dimanche 15 septembre 2019

Campagnes Éléctorales au Canada Depuis 1968

C'était assez marrant de voir la campagne électorale canadienne, mercredi cette semaine, débuter dans les nombreux malaises.

Justin Trudeau a vu son annonce être détournée par des inconforts pendant toute la première partie de sa tribune par rapport aux nouvelles révélations sur l'ingérence dans le dossier SNC-Lavallin, puis a répondu presqu'exclusivement sur la loi 21, sur la laïcité au Québec, pendant toute la seconde partie, où il a finalement laissé tombé un"je n'invaliderai pas cette loi pour l'instant...". Deux mots qui lui assuraient le non support de la majorité des Québécois. Comme si on voulait marquer la journée d'un dernier malaise, peut-être métaphorique celui-là, un autobus de journaliste abîmait l'aile de l'avion du Premier Minus.

Andrew Scheer, qui aurait dû parler second, selon les codes politiques canadiens, étant l'opposition officielle, était pour sa part pris dans le ciel de Trois-Rivières. Incapable d'atterrir. Autre métaphore?
Il a ensuite menti sur ce que la classe moyenne a payé sous Trudeau (il a en moyenne GAGNÉ 2000$).

On a alors fait parler les autres oppositions, Jagmeet Singh, du NPD, a discouré face à un public de robots applaudissant Pavlovievement.

Elizabeth May n'a pas remarqué qu'elle était en direct et dirigeait des petites affaires de cuisine (le café, les brochures sur la table...) elle faisait très amateure. JAMAIS avant cette année les enjeux climatiques n'auront intéressé autant de gens. C'est le moment de capitaliser là-dessus, Mais Eli semble étourdie. Elle a semblé laissé entendre qu'un de ses députés, voulant proposer des interdits d'avortement, ne serait pas freiné. Son candidat Pierre Nantel n'a pas beaucoup aidé non plus en étant le type de joueur qui prend des pénalités en début de match. T'est vert Pierre. Ne souhaite pas l'indépendance publiquement.

Comme le reste du Canada, je n'ai pas entendu Yves-François Blanchet. Mais contrairement au Canada, je l'écouterai, lui.

Et Maxime? Maxime qui? Celui su Saguenay ou de la Beauce?

HEY! n'oubliez pas qu'on votera sur des impressions et sur votre personnalité!

Au hockey, une fois les séries commencées, TOUT peut arriver. L'an dernier l'a encore prouvé.
En politique, une fois la campagne commencée, TOUT peut aussi arriver, comme vous le verrez plus bas.

Petit survol des 15 dernières campagnes électorales canadiennes et leurs conclusions entre 1968 et nos jours.

D'un Trudeau à l'autre.

1968
Une reconfiguration des sièges est effectuée et désavantage grandement les territoires généralement conservateurs. Pierre Elliott Trudeau cause la surprise en devenant le successeur de Lester B.Pearson à la barre du Parti Libéral, alors que les gens attendaient plutôt Paul Martin Senior, Paul Hellyer ou Robert Winter. Ce sera la première campagne où on fera des débats. P.E.T. brillera dans les deux langues avec sa grande gueule et une "trudeaumania" opèrera. Avec des filles (engagées?) qui crient à son passage en voulant le toucher, comme si c'était une star du rock. Trudeau père gagne 155 sièges, Robert Stanfield, du parti Conservateur, en gagne 72, Tommy Douglas, du NPD, fait patate, avec 22. Réal Caouette, du Ralliement Créditiste gagne 9 sièges et A.B.Patterson, du Social Credit en gagne 5.

1972
P.E.T. (comme son fils) dépense outrancièrement. Plonge le pays dans la dette profonde. Plombe l'économie. Je nais. Notre génération, celle de Justin, héritera de jolies factures et de surfacturation sur tout ce qui était anciennement gratuit. Les Conservateurs de Stanfield naviguent là dessus et gagnent beaucoup. P.E.T. gagne sur une fesse. Le gestion de la triste crise d'Octobre 1970 au Québec fait mal aux Libéraux. Les Libéraux seront minotaires. Avec 109 sièges au pays. Les Conservateurs, seulement 2 de moins. Le NPD de David Lewis en gagne 31, le Crédit Social de Réal Caouette, 15.

1974
Robert Stanfield se ridiculise en deux temps. La première fois en étant incapable de nommer une seule politique promise ou souhaitée de son propre parti, en entrevue, puis en se faisant prendre en photo, échappant un ballon de football, devenue métaphore pour sa campagne. P.E.T. regagne sa majorité avec 141 sièges, le parti Conservateur tombe à 95, le NPD, 16, le Crédit Social 11. Les Libéraux restent au pouvoir.

1979
Joe Clark sera le plus jeune Premier Ministre (alors) et on ne lui fait pas 100% confiance. Maintenant chef des Conservateurs, on le sent nerveux et peu leader face à l'aile droite de son propre parti. Pierre Elliott Trudeau est un paquet de selles collé sur des os. Une montagne d'orgueil et d'arrogance doublé d'un immense dépensier On met du temps à s'en rendre compte, mais on commence à le faire. Clark gagne minoritairement avec 136 sièges. Trudeau et les Libéraux en gagnent 114 en plus de gagner plus de 400 000 votes de plus que les Conservateurs. Ed Broadbent, nouveau chef du NPD gagne 26 sièges. Fabien Roy, du Crédit Social, 6.

1980
Le parti Conservateur tombe au dévoilement du budget. Clark veut freiner l'hémorragie dépensière laissée par Trudeau et fait annoncer une ère d'austérité qui ne passe pas. On lui reproche avec condescendance, sa jeunesse. P.E.T. avait quitté après la défaite de 1979, mais comme on a pas le temps de se trouver un nouveau chef, il revient sur sa décision, et ce con, gagne encore. 33 sièges de plus, soit 147. Le PC de Joe Clark, après seulement 9 mois, redevient l'opposition, avec 103 sièges. Le NPD en gagne 32. Le Crédit Social, 0.

1984
Trudeau quitte la direciton du parti et son ministre John Turner prend sa place. Trois mois plus tard Turner, non élu, bien qu'il ne soit pas obligé de le faire avant 1985, lance une campagne électorale, puisque selon les sondages, ils sont favoris. Les Libéraux sont au pouvoir depuis 1963. L'Ouest est 100% aliéné au nom Trudeau (L'est toujours). Un seul siège à, l'Est de l'Ontario (Lloyd Axworthy au Manitoba) Libéral sera gagné. Avant de quitter, Trudeau avait offert des postes d'influence à 200 amis libéraux. Turner, qui pouvait renverser la décision, le fera aussi 70 fois. Ça pue trop, le peuple en a assez. Et le beau Brian Mulroney a une si jolie voix, et une si jolie femme, il charme tout le monde. Les Conservateurs de Mulroney font un ravage pancanadien avec 211 sièges, les Libéraux en gagne 40, le NPD 10 de moins.

1988
La campagne se joue sur principalement une seule question: L'accord de Libre-échange avec les États-Unis et le Mexique. Turner, des Libéraux est contre. Sa campagne chancelle. 3 fois dans la même journée, on annonce un budget différent pour un programme de garderies au Québec. On glisse aussi qu'en coulisse, on voudrait remplacer Turner par Jean Chrétien. Bien que le pays vote majoritairement pour les partis anti accord de libre-échange, ce sont encore les Conservateurs de Mulroney qui passent avec 169 sièges. Les Libéraux en gagnent 83 et le NPD, 43.

1993
Mulroney se retire en juin 1993. Son parti est toujours favori. Kim Campbell devient la première femme Premier Ministre du Canada, mais elle n'est élue, simplement désignée. Elle sera en poste seulement 4 mois et demi. Au jour 1 de la campagne, elle a raison mais ne devrait pas dire ce qu'elle a dit "Oh le problème du chômage ne sera pas réglé avant l'année 2000". Jean Chrétien, maintenant chef du parti Libéral en fait ses choux gras et gagnera 177 sièges. Le Bloc Québécois de Lucien Bouchard charme tout le monde et il ramasse 54 sièges. Le Reform Party de Preston Manning gagne 52 sièges, tous à l'Ouest sauf un. Le NPD d'Audrey McLaughlin gagne 9 sièges, le Parti Conservateur de la pauvre Kim, 2. Perdant 154 sièges. Une défaite conservatrice historique et épouvantable.

1997
Le pays n'a pas souvent été aussi polarisé. L'Atlantique vote massivement pour le NPD d'Alexa McDonough (21), le Québec reste Bloc avec Gilles Duceppe (44), l'Ouest de Manning reste Reform (60), Jean Charest ramène les Conservateurs à 20. Jean Chrétien est réélu avec 174 sièges.

2000
Ça change assez peu au final de l'élection suivante, Chrétien est réélu avec 155 sièges, Le Reform est devenue une secte l'Alliance et c'est l'OVNI Stockwell Day qui refait le score de Manning et gagne 60 sièges. Le Bloc de Duceppe en gagne 44. McDonough en gagne 13 et Joe Clark, revenu comme Chef Conservateur en gagnera 12.

2004
Jean Chrétien, dont la bravoure du petit gars de Shawinigan et le triomphe de son handicap facial auront suffisamment charmé, se retire et Jacques Martin, un gars qui le poussait vers la porte en coulisses, le remplace. Mais Chrétien quitte avec le scandale des commandites qu'il laisse en héritage à son successeur, Martin, fait l'erreur d'en faire une commission d'enquête publique. OUI, Jean Chrétien en ressort comme l'escroc, mais le parti est aussi éttiquetté fort corrompu. (Il le restera toujours). Quand 3 ans plus tard, Martin, lance les élections, il devient Premier Ministre, minoritaire, avec 135 sièges, les Conservateurs (renés) de Stephen Harper gagnent 99 sièges, le Québec vote encore Bloc avec 54 sièges. Jack Layton, au NPD, fait 19.

2006
Les Libéraux sont favoris alors Martin exige de nouvelles élections, qu'il souhaite maintenant au service d'un gouvernement majoritaire et toujours en faveur de son parti. La première partie de la phrase ne fonctionnera pas. Ni la seconde. Le parfum de corruption est trop lourd. Toutefois, Stephen Harper et les Conservateurs ne seront pas plus majoritaires. Et tout aussi corrompus. Son gouvernement de 124 sièges sera le gouvernement minoritaire qui tiendra le plus longtemps. Les Libéraux gardent 103 sièges. Le Bloc, 51, Le NPD, 29.

2008
Cet abruti d'Harper propose une nouvelle élection, mais il est si bête qu'il restera minoritaire avec 143 sièges, contre Stéphane Dion qui offrira le clip le plus drôle de l'histoire de la politique Canadienne, digne de la radio communautaire de François Pérusse, obtiendra 77 sièges, Le Bloc 49, le NPD, 37 et la parti Vert d'Elizabeth May, qui avait 1 siège de l'élection précédente, le perd.

2011
La troisième fois sera la bonne, quand le gouvernement tombe en chambre, on tombe en élection, Harper gagne 166 sièges bitumineux, une vague orange grâce au sympathique (mais mourant) Jack Layton gagne 103 gros sièges, Micheal Ignatieff, trop intello chez les Libéraux, et mortellement marqué par des huées lors d'un match de hockey, ne gagne que 34 sièges, Le Bloc est effacé avec 4 sièges, le Québec trouvant que ça sert assez peu finalement de voter pour le gardien réserviste. Le Parti Vert regagne un siège.

2015
Les sondages sont favorables aux Conservateurs ou au NPD de Thomas Mulcair. Et pourtant c'est le prof de théâtre qui va passer. Justin gagne 184 fois, Harper 99 fois, Mulcair 44 fois, Le Bloc, 10 fois et le Parti Vert reste à 1. Harper n'annoncera jamais sa démission. En parfait perdant.

C'est là qu'on est rendus.

Vous noterez que CHAQUE changement de gouvernement, dans les 15 dernières campagnes, a fait élire un candidat qui n'était pas favori au départ (Mulroney, Chrétien, Harper, Trudeau fils). Mais tout ces gens faisaient campagne sur un puissant vent de changement qu'ils ont canalisé en leur faveur en campagne électorale.

Mais tous les premiers ministres, depuis 1945 même, élus avec une majorité une première fois, ont ensuite été réélus. Parfois minoritairement, mais réélus.

Ce vent de changement ne souffle pas tant, encore.
On parle d'une brise.

MAIS,
Tout peut arriver.

Comme un parti dont le chef est d'origine Québécoise, mais dont l'équipe nous donne toutes les raisons de considérer le Canada comme un pays qui nous est étranger...


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