jeudi 31 octobre 2019

Le Vrai de La Série Mindhunter

Soir d'Halloween, laissez-moi vous parler d'horreur.

La série télé Mindhunter, sur Netflix, explore les histoires vraies de tueurs en série, l'invention du terme et l'étude du genre, dans les années 70-80, par une unité spéciale du FBI.
Les producteurs de la série se sont inspiré du livre des deux enquêteurs, membres de l'équipe qui a documenté ce qui n'avait jamais été fait avant 1979. Un livre de Mark Olshaker et John E.Douglas.

Mais comme toute oeuvre d'art tirée du "vrai", qu'est-ce qui est vraiment vrai et qu'est ce qui est dramatisé au nom de l'oeuvre d'art?

John E. Douglas/Holden Ford

Douglas a bel et bien joint l'unité d'analyse comportementale du FBI en 1979 après avoir été négociateur d'otages pour le FBI. C.est de son livre qu'est tiré le gros de la série. Son partenaire était Robert Ressler et ensemble, ils ont bel et bien interviewé des tueurs en séries, des violeurs en séries, et ont tenté d'entrer dans le confus labyrinthe mental des criminels.
Comprenant que certains meurtres répondaient à des impératifs personnels, ils ont pu, peu à peu, donner des indices aux autorités de la police pour tenter de deviner les prochains mauvais coups de ceux qui les répétaient.

Douglas a interviewé, entre autres criminels, Ted Bundy, Charles Manson et John Wayne Gacy. En deux saisons, nous n'avons vu encore que Manson dans la saison II. Un grandiose épisode. On a aussi évoqué Bundy dans la I.
Le travail de Douglas, Ressler et leur équipe a mené à de nombreux éclaircissements sur le côté sombre de l'âme humaine. Et a largement aidé à capturer des assassins bien plus tôt qu'auparavant.

Il a bien commencé sa carrière au FBI à 29 ans, mais n'a jamais vécu d'épisodes de panique.

Ann Burgess/Wendy Carr

Pendant que les agents Holden et Tench mènent des entrevues avec les pires meurtriers des États-Unis, l'enseignante en psychiatrie du Boston College, interprétée par la très jolie Anna Torv, a documenté les données, amené ses larges connaissances de la psychiatrie, compilé les recherches, et travaillé avec la sociologue Lynda Little Holmstrom a aussi contribué a développer des données sur les traumatismes post-viols. Elle a été capitale dans la construction des questions posées aux meurtriers et aux directions souhaitées dans les entrevues.

Elle n'a toutefois jamais quitté son emploi au Boston College et n'était pas du tout homosexuelle. Son fils a bien rigolé en voyant la série, lui demandant ce qu'elle lui cachait.

Robert Ressler/Bill Tench

Ressler est entré dans la vie de Douglas quand il a travaillé sur le cas de Ted Bundy. Ressler avait alors tracé un profil psychologique de Bundy avant que Douglas n'y mette son nez.

Quand Bundy s'évade en 1978, on le retrouve facilement grâce, en partie, au travail de Ressler, sur le comportement anticipé d'un tel type de personnalité. 5 jours après son évasion, on le coinçait en Floride. Ressler mènera 36 entrevues avec des tueurs/violeurs en série, et ce sera lui qui inventera le terme "tueur en série". Aucun de ses trois fils n'a vécu ce que son fils (adopté dans la série) vit. C'est de la fiction pour placer l'innocence face à l'horreur.

Dennis Rader connu sous le nom du BTK Killer.

Bind. Torture. Kill.

Entre 1974 et 1991, le technicien en système d'alarme avait le poste idéal pour entrer par effraction chez les innocentes familles. Bien connu dans son église, il en était même président de sa congrégation. Oui, il avait de nombreuses déviances sexuelles et sa femme l'a effectivement surpris en pleine séance d'auto-érotisme. Il carburait principalement à l'abus de pouvoir, qui, lorsqu'il n'opérait pas à son goût sur certaines personnes, confirmait que ceux-ci seraient probablement ses prochaines victimes. Ce seront 10 assassinat qu'il fera, sur des gens ne comprenant pas ce qui leur arrivait, donc des fillettes de 9 et 11 ans.
Douglas dira que c'est le meurtrier le plus sans âme qu'il n'aura jamais rencontré.

Rader aimait narguer la police en leur envoyant des lettres ou en laissant des indices sur place. C,est ainsi qu'il s'est aussi gouré en envoyant un disque mou, en 2005, à la police, qui a pu retracer que celui-ci avait été gravé de son bureau, à l'église de Kansas City.

Dans la série, il n'est qu'esquissé en pleine action pendant quelques séquences dans presque tous les épisodes, nous terminons la saison II au début des années 80. Mais on sait que son tour viendra dans les saisons suivantes.

Lorsqu'arrêté en 2005, quand on lui a demandé si il savait pourquoi, il aurait simplement souri en disant "j'ai ma petite idée pourquoi..."

Edmund Kemper

Les entrevues du co-ed killer sont presque verbatim dans la série. Kemper était détesté par sa mère qui ne voulait pas en faire un gay. Kemper était difforme avec sa taille de 6 pieds 9 et ses mains larges comme des gants de hockey.
Enfant, il décapite les poupées de ses soeurs et suit son enseignante de deuxième année jusque chez elle, bayonnette que son père utilisait en temps de guerre, en main. À 10 ans, il assassine le chat de la maison. Et à 13 ans, il fait la même chose dépeçant l'animal et gardant ses restes dans son garde-robe.
Son père déserte la famille en 1957, ce qui le laisse seul homme avec sa mère et ses soeurs. À 15 ans, il fait déjà 6,4 et penche vers l'obésité. Il a un Q.I. de 140. Sa mère en a peur donc, le torture  davantage et l'enferme dans le sous-sol pour qu'il y dorme. Il tue ses grands-parents à 15 ans.

Il se livrera lui-même à la police qui n'en veut pas plus et l'envoie dans un institut psychiatrique. À 21 ans, il en sort et est retourné à cette mère qui le déteste. Il tuera 8 autres étrangers. Il les décapite et viole les têtes davantage par la suite. Il pulvérise finalement la tête de sa mère à coups de marteau, dans son sommeil, la décapite, s'excite sexuellement avec sa tête, et l'utilise comme jeu de dards.
La meilleure amie de sa mère est aussi assassinée afin qu'il lui vole sa voiture et fuit le Colorado.

Entendant la nouvelle de ses meurtres a la radio, il fait demi-tour et se livre à la police.
Il est toujours en vie, en prison à jamais.

Richard Speck

Quand l'étudiante infirmière Corazon Amurao répond à la porte le 13 juillet 1966, elle trouve Speck pointant un fusil à son visage. Il tuera 8 des étudiantes ce soir là. Son cerveau sera un cas d'étude longtemps, puisqu'il avait été sauvagement battu par un beau-père alcoolique toute sa vie.
Il est en tel psychose ce soir de juillet qu'il ne se rappelle de rien et ne remarque jamais que Amurao réussit à se cacher sous un lit pendant la boucherie. Quand elle le décrit trop bien à la police, son visage est partout. Il tente de se suicider en se taillant les poignets, mais se rate, et en ambulance, est appréhendé.
À sa mort, en prison, on découvre que son cerveau était déjà plein d'anomalies, avant que son beau-père ne l'endommage davantage.
Dans la série, on le voit passer de la tendresse avec un petit oiseau, à la violence absolue face à ce même oiseau.

Paul Bateson

Pas "complètement" gay, (il l'était) il tue et démembre 6 gays, plaçant leurs restes dans des sacs de papier, et les tirant dans le Hudson River. C'est le linge qui aidera à les identifier. Quand un journaliste du variety (gay) est assassiné et que la police ne réagit pas, les journalistes en sont outrés et en parle sans arrêt. Ça inspire un délateur qui confirme qu'un collègue, technicien de rayons-x, lui aurait confessé au moins le crime du journaliste.
C'est le seul que Bateson confessera, mais dès qu'il est arrêté, les meurtres de gays, cessent.

Il n'y a pas que la série de Netflix qui l'évoque, le film Cruisin de 1980, avec Al Pacino y trempe toute son intrigue.

Montie Rissell

Commençant à violer dès ses 14 ans, il est vite arrêté et placé sous supervision en institution psychiatrique. Il violera davantage dans son institution. À 18 ans, il passe de violeur à meurtrier. Il tuera 4 des femmes habitant son bâtiment, lorsque sorti de l'institution.

Il sera capturé grâce aux profils psychologiques tirés des enquêteurs. Ressler en apprendra beaucoup de lui. Ils comprennent avec lui que le viol a peu à voir avec le sexe et tout avoir avec le pouvoir. la série prend ses entrevues verbatim et évoque ses crimes comme ils ont été tragiquement commis.

Charles Manson et David Berkowitz.

Tout leurs passages dans la série sont fidèles aux entrevues. Ce sont aussi les meilleurs moments.

Elmer Wayne Henley

Tout est aussi vrai autour de ce pauvre homme. Il est d'abord complice de Dean Corll, qui lui, viole et tue 30  adolescents à Houston. Henley, devient son complice dès ses 14 ans, recevant 10$ pour chaque ado amené dans le piège. En 1973, il assassine son patron, Corll quand celui-ci tente de le violer à son tour.
Son cas est compliqué et Henley, toujours en prison, ne se considère pas lui-même comme un tueur en série, mais un survivant.

William Henry Hance

Quand l'étrangleur avec des bas nylons étrangle plusieurs femmes âgées blanches en Georgie, et que tout le monde soupçonne (à raison) un noir des crimes, Hance commence à faire la même chose...avec des femmes noires, afin de diriger les enquêtes vers les blancs. Ressler ne mordra pas à l'hameçon et saura, dès le second cadavre de femme noire, qu'il s'agit d'un noir, probablement un soldat de bas rang de l'armée.
C'était le cas de Hance. Il est si con qu'il sera facile à coincer.

Contrairement à Kemper, son Q.I. était de 71. La série s'amuse là-dessus en quelques lignes comiques.

Wayne Bertram Williams

Les meurtres d'enfants/ados d'Atlanta font toute le saison II. Plus de 30 morts ont lieues. Douglas mène personnellement l'enquête et prédit correctement que l'assassin changera son modus operandi à mi-parcours.

On le coince une nuit, après qu'il eût probablement lancé un corps dans la rivière Chattahoochee. Mais on ne retrouve pas le corps. Tout, tout, tout TOUT le lie aux assassinats des jeunes ados. Il les as presque tous fréquentés avant qu'ils ne disparaissent. Ses alibis sont terriblement incohérents et il échoue tous les tests de polygraphe. Toutes les victimes sont noires. Il croyait être protégé par une enquête pointant vers des membres du KKK.
Il se fait coincer pour les meurtres de deux adultes. Mais jamais pour les meurtres des enfants.

Mais les disparitions d'enfants cessent lors de son arrestation.

Douglas, Ressler, Burgess et leur équipe ont accouché d'un fameux travail de profilage de tueurs en séries qui ont permis par la suite de sauver bien des vies en faisant capturer plus rapidement des désaxés en mission.

Troublante série, au troublant contenu, avec troublantes performances d'acteurs.

La saison II commence et se termine sur des chansons non seulement dans mon répertoire de chansons préférées, mais plus-que-parfaites avec les scènes choisies.

Davantage à ce sujet, bientôt.

mercredi 30 octobre 2019

Sus Aux Femmes?

Je constate, depuis quelques temps, un pernicieux regain d'attaques des mouvements masculinistes.

Contre les femmes d'Amérique du Nord. De la part de réactionnaires masculins, d'Amérique du Nord.

Je lis un livre troublant sur ce qui entourait les enquêtes d'agressions d'Harvey Weinstein contre une quantité industrielle de femmes et ça reste phénoménalement terrible de constater que plusieurs complices, beaucoup trop de femmes aussi, l'ont protégé et aidé dans ses crimes sexuels et dans le secret de ses crimes.

Mais ce qui est plus troublant encore c'est que pour chaque victime interviewée, Weinstein semblait toujours être mis au parfum de l'enquête, (et même quelques fois, prenait les devants en appelant une femme qu'il ne se souvenait plus avoir agressé ou non "Did I do anything wrong with you, ever?") et se pointait dès le lendemain afin d'intimider la victime pour qu'elle taise ce qu'elle savait avoir vécu.

Gwyneth Paltrow, aussi sotte peut-elle être parfois, brille de courage (elle livre de très nombreux noms de victimes du milieu aux journalistes (dont le sien) et fait preuve d'astuces, afin de se protéger contre les interventions soudaines de Weinstein chez elle). Elle est le lien vers le coeur du problème. Elle n'aura jamais eu la reconnaissance méritée sur ce sujet. Rose McGowan, actrice brutalisée par Weinstein, a été ridiculisée par la presse parce qu'élevée dans des sectes communes, aux moeurs douteuses, et que ses premiers (seuls?) rôles étaient des rôles de femmes fatales. De plus, par tempérament, trop impulsive et pleine de rage, ses dénonciations sont souvent mal sorties, et ont mal atterries un peu partout, même dans son livre, qu'elle a refusé d'écrire supervisée d'un(e) vrai(e) auteur(e). Ce qui en fait un livre désordonné où la colère et la rancune vient bousiller les témoignages.

Il semblait entendu de beaucoup BEAUCOUP trop de gens que l'agression faisait partie de la norme. D'un cynisme absolu, près du Chinese Theater d'Hollywood, trône un "Hollywood couch", une banquette pouvant aussi être un lit d'amour, qui rappelle comment trop d'actrices (et d'acteurs surement) sont montées au sommet, en baisant qui il fallait. Avec les mots pour le dire aussi, inscrit dans le ciment près de la banquette. Si vous doutiez de l'ironie.

Et celui qu'il fallait baiser pendant trop longtemps, depuis le début des années 90, c'était le gros Weinstein. On a ajouté une réplique de la banquette ailleurs et un nouvelle statue, cette fois, avec quelqu'un pouvant suggérer Harvey Weinstein.

Je prends plus de temps à lire ce livre et triche quelques fois vers La Frousse Autour du Monde de Bruno Blanchet, afin d'alléger les lourdeurs que m'apporte la lecture du récit. Pour espacer les traumatismes de découvertes. Encaisser l'inencaissable. Comme ces très nombreuses fois (TOUTES LES FOIS) où on s'attaque aux victimes et aux dénonciatrices. Encore de nos jours, l'accusatrice est toujours démonisée.

Quand c'est une femme, on semble avoir l'attaque agressive facile. Homme comme Femme, femme contre femme, mais hommeS surtout. Au pluriel.

Comment expliquer ce qui guette les actrices Lori Loughlin et Felicity Huffman qui ont payé très cher les entrées dans des Universités où leurs filles n'avaient pas les notes pour y entrer, comment expliquer, dis-je, que la première fasse face à 50 ans de prison et que Huffman fasse face à 45 ans en tôle?

Au pays du président tricheur/agresseur?

50 ans et 45 ans? Pour 15 000$ investis frauduleusement?

Et elles feraient plus de prison que Bill Cosby qui a violé sur plus de 50 ans?

Cette planète est à réparer. Ce pays en tout cas, c'est certain.

Chez nous, la (trop) traumatisée Martine Delvaux, a écrit un livre sur ce qui l'irrite: "Le Boy's Club". Elle en trace l'histoire et les impacts, dérives, bref, sa vision de la chose. En soulignant les épines que ce Boy's club laissent sur le le chemin des Femmes, un peu partout.

Elle est passée à l'église l'émission dominicale Tout le Monde En Parle (que je n'ai pas vue) pour parler de son livre et du sujet de son livre, émission écoutée par au moins le 8ème de la province. Une émission millionnaire de téléspectateurs. Elle a dû essuyer des centaines de messages personnels, l'attaquant justement, personnellement. Sur un tas de choses qui n'ont rien à voir avec son livre que peu ont lu puisqu'il est sorti la semaine dernière.

Une peur en attaquant une autre. Juste de la laideur.

Delvaux fait régulièrement des sorties contre l'univers masculin et les injustices envers les femmes. Ça implique toujours des lendemains matins houleux où les agressions écrites sont multiples et où les attaques personnelles deviennent plus qu'odieuses.

Et que penser de cet homme de 76 ans qui écope de 90 jours! les week-ends! Et donc on se soucie de la santé, qui a violé une fillette de 9 ans!. Sa santé devenant plus importante que celle de sa victime. Elle, cicatrisée pour la vie, si jeune!

La semaine dernière, après avoir gagné proprement ses élections, Catherine McKenna, du Parti Libéral. a dû, à nouveau faire face à du vandalisme de mauvais goût en trouvant, à la porte de son bureau de comté, une photo d'elle derrière le mot "cunt", dessiné au travers de son visage. Six semaines après avoir été forcée d'engager de la sécurité personnelle quand un abruti lui a crié, alors qu'elle était accompagnée au cinéma de ses enfants : "FUCK YOU CLIMATE BARBIE!".

Certains se trouvent-ils plus de couilles quand c'est une Femme qui accumule les gains et que lui, choisit dans son esprit malade d'incarner la perte?

Que perdez vous?
Sinon votre propre dignité d'homme à vous comportez comme homme de crocmagnon?.

Chiens incapables de vaincre le chat,
Jappant de toutes ses dents, mais toujours proche du Dystemper.

J'espère.

On se dit progressistes en Amérique du Nord en terme de relations avec les Femmes.
Faudrait maintenant l'incarner bravement loin des anonymes et souvent lâches claviers.

mardi 29 octobre 2019

À La Recherche Du Temps Perdu************Generation X: Tales For an Accelerated Culture de Douglas Coupland

Chaque mois, dans les 10 derniers jours, tout comme je le fais pour le cinéma (dans les 10 premiers) et pour la musique (vers le milieu), je vous parle littérature.

Lire c'est un pue beaucoup mon métier. J'en arrive même à ne pas penser travailler en lisant. Perdre mes yeux seraient perdre ma vie. Lire c'est plonger dans des univers étrangers aux nôtres ou encore revisiter quelques conforts. C'est ouvrir ses sens et ses horizons.

Lire c'est apprendre à respirer autrement.
Et respirer c'est vivre.

GENERATION X: TALES FOR AN ACCELERATED CULTURE de DOUGLAS COUPLAND

1993.

Nous sommes trois co-locs. Polychuk, Goyette et moi, habitant au 1588 Logan, à Montréal. Polychuck y trouvera l'amour qui fait d'elle aujourd'hui, une très jeune grand mère de 46 ans. J'y trouvais la même chose, un an avant (mais ne suis pas grand-père). Avec Goyette, on trouve la bouteille et le videoway. On s'amuse ferme.

Ce qu'on nous confirme sur les bancs d'école, à l'Université, avec empressement, c'est ce que nous ne trouveront pas de sitôt: du travail.

Nos parents sont dans la jeune quarantaine, ils ne sont pas prêts à quitter leurs postes. Personne ne nous attends, sinon dans des postes au service des baby-boomers. Nullement intéressant. De plus, de très nombreuses femmes, ayant sacrifié leurs vies professionnelles au profit de l'éducation de leurs enfants, se choisissent maintenant de nombreux emplois sans formation réelle. Le marché du travail, pour ma génération, devient ou bien a)accessible par secteur extrêmement contingenté ou b)bouché.

Les gens à qui nos CV sont offerts sont sous-diplômés, terrorisés par nos diplômes ou les deux. Rien ne sera facile. Sinon l'amertume et le cynisme qui nous gagne vite. Douglas Coupland atterrit dans mes mains je ne sais trop comment. Par Goyette je crois. Tout aussi mordu de lecture que moi.

Son premier livre est un détournement de projet. Il devait écrire un guide mais écrira au final un roman. Des chroniques d'un trio de la génération X (nés entre 1965 et 1985). Presque tous les livres de Coupland sont sous forme de chroniques d'une galerie de personnages. 

Ici, on suit surtout Andy Claire & Dag, tous dans la vingtaine (J'avais 21 ans en 1993), et quittent tous leur McJob dans l'indifférence de leurs collègues et choisissent de vagabonder en direction de la côte californienne. À la recherche de changements drastiques qui donneraient un sens à leur vie. Ils marinent dans les résidus de la mémoire culturelle américaine (qui est trois continents, pas simplement les États-Désunis). 
Réfugiés de la société, les trois migrants développent un régime esthétique de narration, à coups d'alcool, de McJobs, de paies faméliques, d'envergure noyée, de bénéfices volés, de destin sans espoir au service de l'industrie. Ils créé ensemble des fables modernes ou amour, drogue, boudoir de chirurgie plastique, cocktails bars à Palm Springs, histoires amusantes de dégâts nucléaires, overdoses et culture centre d'achats s'amalgament avec beaucoup d'humour. Et de détresse réprimée.

Portrait drôle mais aussi sombre d'un trio dont la forteresse se bâtit dans un monde intérieur, dont les paysages sont parfois composés de télévision jouant des séries télés vétustes. Le trio fraye avec la mort avec ses "moments Elvis" et ses meubles IKEA. De ses fresques pessimico-comiques, naît un portrait plus profond d'une génération qui aura bientôt besoin d'être "réparée".

Parce forcé à l'île des jouets brisés.  

Même si ils n'ont jamais été vraiment utilisés.
We're on the road to nowhere

Andy, Dag & Claire sont sous-employés, suréduqués intensément privés et imprévisibles. Ils n'ont aucun endroit ni moyen pour apaiser leurs craintes et leur anémie devient insoignable.

Ils sont de la génération X.

Beaucoup plus drôle qu'à première vue.
Mais avec fond pathétique.

Presqu'emo
X.

 

lundi 28 octobre 2019

CHOM, 97,7 FM

La station de radio CHOM FM de Montréal se targue de ne présenter que du "Classic rock".

Radio d'abord bilingue, elle a vu passer des DJ de renoms tels Claude Rajotte, Terry DiMonte, Doug Prindle, Tootall, Peppermint Patti, Paul Beauregard, Randy Renaud ou Denis Grondin.

Styx, Supertramp, Genesis, Yes et Chris DeBurgh sont parmi les artistes qui ont été largement valorisés par la station qui a été parmi les premières à diffuser leur musique avec régularité.
DiMonte, toujours fidèle au poste

Le 97,7 est un incontournable qui nous fera jouer Run Like Hell de Pink Floyd (1979) comme si c'était une nouveauté, absolument TOUS les jours de 2019.

Pour 9,77$, vous pouvez voir ce soir sur scène, à l'ancien Metropolis devenu MFuckingTelustonAnus, The Tea Party, Michel Pagliaro, Sam Roberts Band et The Damn Truth parmi d'autres surprises.

Voici les 50 albums que la station considère les meilleurs des 50 dernières années.

Par ordre décroissant d'estime d'après CHOM:

Slippery When Wet* de Bon Jovi, 1986
Funeral* d'Arcade Fire, 2004
Pyromania de Def Leppard, 1983
Toys in the Attic d'Aerosmith, 1975
Harmonium* d'Harmonium, 1974
Equinox de Styx, 1975
Dookie de Green Day, 1994
The Colour & The Shape de Foo Fighters, 1997
2112  de Rush, 1976
Breakfast in America* de Supertramp, 1979
Damn the Torpedoes de Tom Petty & The Heartbreakers, 1979
Harvestde Neil Young, 1972
Frampton Comes Alive de Peter Frampton, 1976
Fragile* de Yes, 1971
Band on the Run* de Paul McCartney & The Wings, 1973
Machine Head de Deep Purple, 1972
Achtung Baby* de U2, 1991
Blood Sugar Sex Magic de Red Hot Chili Peppers, 1991
Goodbye Yellow Brick Road* d'Elton John, 1973
Boston de Boston, 1976
Fully Completlydes Tragically Hip, 1992
Born To Run* de Bruce Springsteen, 1975
London Calling* des Clash, 1979
Paranoid* de Black Sabbath, 1970
American Idiot de Green Day, 2004
Ok Computer* de Radiohead, 1997
Sticky Fingers* des Rolling Stones, 1971
So* de Peter Gabriel, 1986
Synchronicity* de The Police, 1983
Rumours* de Fleetwood Mac, 1977
Appetite For Destruction de Gun's & Roses, 1987
Van Halen de Van Halen, 1978
Selling England By The Pound* de Genesis, 1973
Crime of the Century* de Supertramp, 1974
The Rise & Fall of Ziggy Stardust & The Spiders From Mars* de David Bowie, 1972
Moving Pictures* de Rush, 1981
Led Zeppelin II* de Led Zeppelin, 1969
Ten de Pearl Jam, 1991
Hotel California* des Eagles, 1976
The Wall* de Pink Floyd, 1979
Exile on Main St.* des Rolling Stones, 1972
Back in Black* d'AC/DC, 1980
Metallica de Metallica, 1991
The Joshua Tree* de U2, 1987
Who's Next* de The Who, 1971
Nevermind de Nirvana, 1991
A Night at the Opera de Queen, 1975
Abbey Road* des Beatles, 1969
Led Zeppelin IV* de Led Zeppelin, 1971
The Dark Side of The Moon* de Pink Floyd, 1973

Ceux marqués d'un astérique sont parmi mes cd's (ou mes cassettes, ou les deux).

Inutile de dire que j'y trouve facilement mon compte quand dans l'entrepôt, la radio traîne ses sons sur cette station.

Son fondateur, Geoff Stirling, est décédé il y a 6 ans, à l'âge de 92 ans.

Il y a 50 aujourd'hui, le DJ Doug Prindle faisait jouer Here Comes The Sun des Beatles pour ouvrir la station.

Qui n'est pas morte malgré son demi-siècle dans le corps.

dimanche 27 octobre 2019

Joaquin Phoenix

Nous avons été voir, très tard en soirée, Joker, un vendredi où les astres valsaient avec les nuages.

les astres val...?...ah bon...

Joaquin est né de la seconde union de John Lee Bottom et de Arlyn Dunetz. Jude était son grand frère et Joan est sa grande soeur. Il naît deux ans après elle. Il aura aussi deux petites soeurs, Mariposa & Joy.

Quand papa et maman joignent la secte Children of God, ils sont tous invités à changer leur nom. Jude devient River, Joan, Rain, Joaquin, Leaf, Mariposa, Liberty et Joy, Summer. Il y avait déjà une inclinaison vers cette idée de communion avec la nature puisque River était le premier nom du baptistaire du grand frère et il en était de même pour Rain, dont le middle name est Joan of Arc.

Désenchantés par la secte qui les avaient amenés en Amérique du Sud (Joaquin est né à Puerto Rico) après la naissance de leur petite dernière, la famille voyagera à bord d'un cargo partant du Venézuela pour se refaire une vie aux États-Unis. Ils changent légalement leur nom pour Phoenix. De l'oiseau renaissant de ses cendres.

Maman se trouvera un job d'assistante à la chaîne de télévision NBC. Ça ouvrira le chemin pour la télé pour River, Leaf et Summer. Les 5 enfants feront de la télé et/ou du cinéma à un moment ou à un autre.

En 1982, il joue pour la première fois sur écran dans un projet télé avec son grand frère. C'est encore avec River qu'il a son premier rôle marquant. Un autre special pour la télé.  River, Leaf et Summer font un peu de télé et River obtient beaucoup de visibilité rapidement. Ce sera vite la bougie d'allumage de la famille. La même année que River perce publiquement, Leaf tourne son second film sur grand écran, mais le premier où il y tient un rôle légèrement plus substantif. 

Il sera de la série mythique Alfred Hitchcock Presents... , il continue quelques projets télé, avant de refaire un projet cinéma qui lui vaut beaucoup d'admiration et une nomination pour le meilleur jeune talent dans un film aux Young Artists Awards.

Il se retire du milieu du cinéma et voyage avec son père en Amérique du Sud quelques années. À son retour, sa famille est frappée par le drame. River décède d'une overdose de cocaïne et d'héroïne au bar de Johnny Depp, le Viper Room, en compagnie de Joaquin (qui a laissé tombé le "leaf" à partir de 1995). C'est Joaquin qui appelle le 911. Joaquin venait de fêter ses 19 ans. River n'en avait que 23.

Joaquin sera brisé. Il se retire de l'image publique pendant 1 an.

Il revient sur grand écran en 1995 et depuis, nous éblouit.

 Demain, on sera le 28.
28 fois où Joaquin nous auras peut-être ébloui.

1986: Spacecamp*
Un camp spatial frôle le drame quand la navette dans laquelle une simulation devait avoir lieue est forcée de vraiment décoller. Drôle d'idée que de lancer ce film 5 mois après l'horreur de Challenger. Joaquin, crédité Leaf, 12 ans, y tient le rôle du plus jeune des participants.

1989: Parenthood*
Comédie familiale mettant en vedette Steve Martin dans des moments candides familiaux entre frères et soeur s'étant promis d'être de meilleurs parents que les leurs l'ont été. Le film fera fortune avec 126 millions de recette. Leaf y joue un ado à qui manque son père, accro de la porno.

1995: To Die For*
Je remarque pour vrai Joaquin pour la première fois dans ce formidable film de Gus Van Sant, inspiré de ce qui entourait la triste Pamela Smart. Joaquin y est trouble. Il brillera souvent dans le troublant.

1997: Inventing The Abbotts
Joaquin y incarne un jeune homme d'origine modeste tentant de frayer son chemin dans la vie d'une jeune fille dont il est tombé amoureux, d'un milieu riche.

1997: U Turn*
Joaquin y joue auprès d'un autre acteur que j'aime beaucoup, Sean Penn. Il y incarne Toby N. Tucker, T.N.T. un personnage secondaire plus ou moins ignorant. Aussi drôle que triste.

1999: 8MM*
Joaquin y tient le rôle secondaire d'un commis video qui fait aussi du montage de film douteux. Il jouera rarement le gars normal.

2000: The Yards
Il y joue le cousin trouble frayant dans le milieu interlope, très heureux qu'un autre ait servi 4 ans de prison pour un coup de sa gang.

2000: Gladiator*
Il aura sa première nomination aux Oscars (pour un rôle secondaire) dans la peau de Commodus, un jeune homme sans pitié, incestueux, auteur d'un patricide, sans pitié afin d'assouvir ses propres ambitions.

2000: Quills*
Adaptation de la pièce de Doug Wright qui imaginait les dernières années du Marquis de Sade. Il y joue l'Abée du Coulmier.

2002: Signs*
Il y joue une ancienne gloire du baseball, aidant maintenant son grand frère à élever ses enfants sur une ferme, au prise avec des étranges agroglyphes dans leur champ familial.

2004: The Village*
Encore sous la direction de M.Night Schyamalan, on y explore l'idée de l'esprit de clocher et le concept de la secte. Joaquin s'y connait un peu étant né au coeur de la bête.

2005: Walk The Line*
Il incarne un jeune (et moins jeune) Johnny Cash et se mérite une nomination pour le meilleur acteur. Qu'il n'aurait pas complètement aimé recevoir jugeant l'effort cinématographique comme collectif et pas du tout individuel. Sa partenaire de jeu gagnera l'Oscar de la meilleure actrice pour ce film.

2007: We Own The Night
Joaquin renoue avec le prodige réalisateur James Gray qui nous raconte l'histoire de deux frères, dont l'un est policier (dont le père est chef) et l'autre est dans l'entourage du crime. Je vous laisse deviner qui est le frère le plus sale. Nouvelle collabo Mark Wahlberg et Joaquin Phoenix. Dans les mêmes couleurs anges et démons.

2007: Reservation Road
Le destin de deux familles suivant une tragédie familiale.

2008: Two Lovers*
Troublé Joaquin retournant là où il a grandi après une séparation. Il est déchiré entre deux jolies femmes le désirant, l'une impétueuse et plus près du confort, et l'autre plus près de ce qui a mené à la fin de sa relation précédente.

2010: I'm Still Here
Faux documentaire sur Joaquin laissant la business pour se concentrer sur une carrière rap. Ça a marché pendant un bout de temps.

2012: The Master*
Nouvelle plongée dans l'univers des sectes. Joaquin y est plus vrai que nature.

2013: The Immigrant
Renouant encore avec l'admirable James Gray, il incarne cette fois un opportuniste profitant du désespoir d'une immigrante polonaise. Trempant dans les abus de tous genre.

2013: Her
La relation entre un homme blessé et une âme soeur technologique. Du toujours très intéressant Spike Jonze.

2014: Inherent Vice*
Thomas Paul Anderson, 1969, Thomas Pynchon, Joaquin dans la peau de Doc, enquêteur très à l'écoute de son époque en Californie, la recette était parfaite pour moi.

2015: Irrational Man*
Woody Allen ne pouvait pas lui donner un rôle 100% équilibré. Un professeur (JP), entretenant des relations avec deux femmes, une collègue et une élève, assassine un homme qu'il considère injuste afin de donner un sens à sa propre vie. Les deux femmes commencent à assembler les indices pointant vers le meurtre que le professeur leur cache. Elles en savent trop, ça ne peut que mal finir.

2015: Unity
Il est l'une des multiples voix dans ce documentaire humaniste et rassembleur.

2017: You Were Never Really Here*
Il y joue ici, sous la direction de la toujours étonnante Lynne Ramsay, un homme engagé pour "régler le cas" de trafiquants de jeunes filles, utilisant de brutales méthodes contre les agresseurs, tout en luttant contre ses propres pensées suicidaires. Troublant.

2017: Don't Worry, He Won't Get Far On Foot
J'ai assez hâte de voir ce film. L'histoire relativement triste du caricaturiste John Callahan, paralysé suite à un accident impliquant l'alcool. Joaquin y fait la rencontre de l'adorable Mara Rooney, devenue sa fiancée depuis.

2017: Mary Magdalene
Avec sa fiancée dans le rôle titre, il sera Jésus.

2018: Dominion
Il est le narrateur de ce documentaire faisant la promotion de ce qu'il est depuis toujours: végétarien.

2018: The Sisters Brothers
Western où il incarne l'un des deux brutaux frères se bâtissant une vie à coups de fusil, nulle part ailleurs qu'aux États-Unis.

2019: Joker*
Aussi poétique que pathétique, atypique et extraordinaire.

Je suis un très grand fan de Joaquin Pheonix dont la performance dans Joker me reste beaucoup en tête.

Il est aussi activiste démocrate, militant pour les droits des animaux, réalisateur de clips et producteur.

Il est formidablement coloré dans un monde parfois si beige.

Demain on sera le 28, il aura alors 46 ans.

Happy-B en avance, Leaf .

*J'ai vu