samedi 30 septembre 2023

Polarités & 6/10

Je ne le dis jamais assez souvent, au Québec, on se pense grand parce qu'on est petit. On a jamais besoin de se penser grand quand on l'est déjà. ON L'EST déjà. On pense à autre chose. We just are. We is, we be.

Mais on est capable d'immensités. Comme le miracle francophone encerclé d'anglos que nous sommes. 

Un 1-2 punch, dans les dernières années a beaucoup fait changer nos sociétés nord-américaines. Beaucoup beaucoup. Grandement. Issus des réseaux que je qualifiais de "prétendus" sociaux mais que je suis forcé d'admettre, le sont.

En 2011, Twitter n'avait que 2 ans. Personnellement, j'avais quitté Facebook depuis 3 ans. J'aimais très peu. Le seul avantage que j'y trouvais était d'y mettre des photos de voyages afin de ne pas raconter le même voyage 32 fois, mais encore. Je ne l'aurais pas raconté à mes centaines d'ami(e)s. Ça révélait trop et pouvait rendre jaloux, agacer. Je ne tenais pas à être si public. Quand Twitter est né, j'était le premier à y lever le nez, trouvant que c'était un faible concurrent à Facebook et chaque fois que j'en entendais parler, de Twitter, c'était pour les mauvaises raisons. Celles qui m'avaient faites quitter Facebook. Des gens s'était révélés trop eux-mêmes, donc parfois, spontanés et non réfléchis, révélaient une vraie nature ou avaient une bulle au cerveau et perdaient tout ce qu'ils avaient pour un gazouillis.

En 2011, l'acteur Charlie Sheen faisait une psychose très publique contre ses producteurs de la série télé Two & Half Men qui mettaient fin à son émission télé. Sheen les traitait de Nazis, de fabricant de festival du vomi et, en adulte, il les invitait à se battre dans une cage devant public. Il multipliait les présences publiques et, bien qu'il disait qu'il était sobre et non intoxiqué, il montrait tous les signes du contraire dans ses interventions. Il faisait pitié à voir. C'était un train qui déraillait sur plusieurs jours.


Quand il a commencé une tournée narcissique où il était assis dans un fauteuil et improvisait du rien sur scène, les billets se sont vendus en 18 minutes. Ce sera ce que ça sera. Du narcicisme pur jus. Il réussira, grâce à Twitter qui commentait massivement l'effondrement mental très public de Sheen et séparait les pour et les contre, à se gagner plus de 7 millions en commanditaires sur le fil. Il faisait moins pitié.

Twitter, vieux de 2 ans, je le répète avait trouvé son ton: La polarisation. Constante. Le coup d'éclat. L'existence par le coup de gong. Exposer un peu plus des accidents duquel on arrivait pas à retirer nos yeux, jour après jour. Fondant mentalement sous nos yeux ahuris, Sheen avait tout de même son lot de partisans sur les réseaux sociaux. Les anti-juifs, anti-homosexuels, les amateurs de pornographie (Charlie a eu au moins 2 amoureuses issues du milieu,). Les trolls gonflaient leurs ego. Se décomplexait un peu de laideur.

Twitter deviendrait l'outil principal de communication de plus vulgaire encore:l'homme d'affaires Donald Trump. 

L'olibrius Trump, 4 ans plus tard. se présentait comme candidat Républicain. Réseaux sociaux aidant. Facebook autant que Twitter, sa popularité sera gonflée. Par simple partisanerie, même si il allait réinventer l'acceptable du grossier, il serait choisi comme candidat présidentiel Républicain. En trois doses: Misogynie, envie de protéger les riches et les armes à feu et ignorance, il sera élu président contre Hillary Clinton.

4 années surréalistes. Contre tout attente, le parti que Goyette et moi inventions par absurdité au CEGEP allait avoir une sérieuse voix. Toujours très active. 

Je suis rendu aux États-Unis en commencant par le Québec, mais quand les États-Unis toussent, le Canada attrape le rhume. 

Nos politiciens d'ici se sont tristement inspirés du populisme Trumpien et le parti Conservateur, qui menace gravement de prendre le pouvoir au pays, y communie pieusement. La partisanerie fait tache et le prénom de Justin Trudeau, dans plusieurs villes canadiennes est devenu Fuck. Dont ici, au Québec. La polarisation est aussi bien vivante.

Finalement, localement, notre parti au pouvoir a été voté par 4 Québécois sur 10. Mais avec la multiplication des partis, ils ont gagné quand même et assez facilement leurs dernières élections avec l'impression que tout le monde les voulait. 4/10, c'est pas tant. C'est donc assez normal qu'une majorité de la province ne soit pas souvent d'accord avec le gouvernement Legault. Il n'en a jamais voulu.

Mais depuis quelques temps, la déconnexion avec le peuple semble plus large. En santé, on a perdu toute confiance avec les Libéraux et les ponts d'or de Gaetan Barrette avant la CAQ actuelle. On y pense plus tellement. Le cynisme a gagné. En éducation, Bernard Drainville y a été planté et comme le chien barbette qu'il est, ça s'agite dans le salon. Il ne fait pas beaucoup de bon, mais il n'a pas tout faux en souhaitant confronter les méthodes et surtout les sclérosant regroupements scolaires. 

Là où le gouvernement promet errance est avec son "comité de sages" qu'il veut créer afin de débattre sur le niveau d'exposition de la divertisité sexuelle à l'école. Il a dit ne pas souhaiter de "polarisation".

Ouf! Et si elle y était déjà? Je ne crois pas que ce ce gouvernement comprend quoi que ce soit à la diversité sexuelle de 2023. 

À la lumière des choix qu'a fait ce gouvernement depuis son accession au pouvoir, on a toutes les raisons de s'inquiéter de la "sagesse" promise. Ce parti a fait les choix du 40% des gens qui les voulaient. 

Ce qui me rassure est qu'on entend beaucoup le 60% depuis quelques semaines. Particulièrement autour des transgenres. La grogne marmite avec intelligence. Devient visible et audible.

Le 6/10. La moyenne. La probable vraie classe moyenne.

Mais avec la multiplication des partis je ne sais pas comment ça peut se traduire dans les votes.

On est peut-être pris longtemps avec ces gens d'affaires...

Camouflées par les préjugés et l'ignorance, la peur nous porte à rejeter la possibilité d'acquérir de meilleures connaissances et nous empêche de mener des réflexions de manière rationnelle*.

Seuls ceux qui écoutent le bruit du présent peuvent prendre la décision juste.

J'espère qu'on parlera vraiment possiblités parmi les "sages".  

* La sage Natasha Kanapé Fontaine, sera-t-elle du comité ?

vendredi 29 septembre 2023

Buckley & Fils

Tim Buckley est né la Saint-Valentin de 1947, à Washington District Capitol. Très jeune, sa mère, musicienne, l'expose à Miles Davis. La famille déménagée sur la côte Ouest Californienne, sa grand-mère, pour sa part lui fait découvrir Bessie Smith, Billie Holiday. Il découvre aussi Frank Sinatra, Judy Garland, Hank Williams, Johnny Cash. S'imprègne de tous leurs sons. Il s'apprend à jouer du banjo pour les imiter, dès ses 13 ans et forme des bands, inspiré par The Kingston Trio, à l'école secondaire. 

À cette école, il brille partout. Il est élu président de ses classes, est quart-arrière au football. Brille au baseball. Il se blesse aux doigts de la main gauche ce qui l'empêchera toujours de faire de "barrés" sur ses cordes de guitare. Il devra placer un coda pour s'aider à jouer pas mal toute sa vie. Plus les années avancent, moins il participe aux classes et plus il s'investit dans la musique. Il se lie d'amitié avec Larry Beckett qui deviendra son parolier. Il forme avec lui The Bohemians et The Harlequin 3. On inclut du spoken word et de la poésie beat dans les morceaux qu'on propose.

Buckley joue beaucoup à Orange County, dans les bars, et est si populaire, qu'avec Steve Noonan et Jackson Browne, il est considéré comme l'un des Orange County Three. C'est le batteur des Mothers of Inventions de Zappa qui le recommande à leur gérant, Herb Cohen, qui lui, met Buckley en contact avec Lee Underwood, un guitariste qui composera avec lui et le suivra pas mal tout le temps. Son premier album est lancé en 1966.  Le folk, croisé de jazz, et de toutes les influences nommées plus haut fait écho face aux critiques et dans les spectacles mais n'en fait pas une grande vedette. Il réfute les comparaisons avec Dylan qui pourtant, ne le trouve pas inintérressant du tout.  En 1966, son fils Jeff nait de son union avec Mary Guibert, mais Tim n'a aucune fibre de père en lui, il a 20 ans. Et quand il lance ses deux albums suivants, il n'est plus dans l'entourage de Mary et Jeff. Qu'on appelle en fait, de son nom du milieu, Scott. Scottie plus précisément. Son fils n'aura conscience de lui qu'une seule fois, à l'âge de 8 ans, leur seule rencontre "valable". En 1968, il est du dernier épisode de la série des Monkees, et on peut facilement bien voir son coda sur sa guitare. 

Le son de Tim évolue beaucoup vers le blues et l'avant-garde. Les morceaux deviennent aussi plus longs. Son originalité lui vient en partie de sa voix qu'il utilise comme principale "instrument". Ses textes sont assez littéraires et souvent politiques. Son 4ème album est plus audacieux et ne vendra pas très bien. Ses fans le voulaient folk. Il devient rock et jazz progressif. Les critiques l'aiment toujours  beaucoup. Composé en même temps que son 4ème, le 5ème album, plus niché encore, est appelé du nom du poète Federico Gabriel Lorca. Il n'est pas très intéressé par la popularité. En 1970 toujours, son 6ème album est lancé et aucune trace de folk ne s'y trouve. Devenu trop expérimental ses fans peineront à le suivre.  

On ne veut plus produire sa musique qui ne vend pas de toute manière. Il travaille un film qui ne verra jamais le jour, en vidéo technicolor, une nouveauté en 1971. Il travaille aussi un band funk et pond 3 albums avec eux

Après une courte tournée en juin 1975, à Dallas, il va fêter dans un chalet avec des amis et s'injecte de l'héroïne. Ses amis le ramène chez lui car il semble ne pas s'en remettre. En effet, il ne dort pas, il tourne au bleu et en est mort d'une overdose. Tim a 28 ans.

Jeff, en a 8.

La mère de Jeff, qui se fait toujours appeler Scottie par ses proche, est pianiste et violoniste. La musique est omniprésente chez lui. Le chum de celle-ci lui fait connaitre Led Zeppelin, Queen, Jimi Hendrix, The Who, Pink Floyd à Jeff à un jeune âge. Kiss capturera son imagination. Il s'apprend à jouer de la guitare et à 13 ans, a sa première Les Paul. Il joue dans des bands progressifs s'inspirant de Rush, Genesis, Yes ou Al Di Meola. Il ira à Hollywood dans une école de musique un an seulement, ayant l'impression d'y perdre son temps. 

Il passe de bands en bands et se déplace à New York, au début des années 90. Il y jouera dans les cafés et se passionne de Nusrat Fateh Ali Kan, dont il couvre en partie, l'oeuvre. Il retourne à Los Angeles, où Rob Cohen, qui avait travaillé avec son père, lui fait faire un démo. Avec son ami, le guitariste rock Gary Lucas, ils tricotent ensemble ce qui deviendra l'unique album qu'il lancera, à l'âge où son père est mort, à 28 ans. 

Mais le chiffre clé, c'est 29.

Jeff attire l'attention de Chrissie Hynde, Soundgarden, The Edge, de U2. Se fait un nom en reprenant Leonard Cohen. Bob Dylan le trouve meilleur que son père et ce qu'il y a de mieux dans les années 90. Jimmy Page considère que c'est son album préféré. Brad Pitt trouve l'album hanté. 

Surtout après le 29 mai 1997.

Après avoir travaillé sur ce qui aurait été son second album, Jeff choisit de se baigner tout habillé mais ne remonte jamais plus à la surface. On retrouve son corps 6 jours plus tard. Il est mort noyé à 30 ans. Ce ne sera ni un mystère, ni un suicide, et il n'était aucunement intoxiqué. Ce sera un accident. 

Pas moins de 15 artistes lui rendront hommage en musique dont Elizabeth Fraser qui avait été sa partenaire amoureuse, PJ Harvey, Chris Cornell, des amis, Rufus Wainwright et plus récemment Lana Del Rey.

Tim est mort le 29 juin, 1975. Jeff le 29 mai 1997. 

Lui ayant survécu tout juste, 2 ans. 

jeudi 28 septembre 2023

La Race Humaine Au Pédoncule Charnu

C'était 1990. Nous entrions au CEGEP et avions 16, 17 ou 18 ans. Kluzak était à la lead guitar, Goyette à la base, Miv à la batterie, c'était le trio de vrais musiciens. Michaud (occasionnellement) était aux claviers et moi au chant et la guitare rythmique. Nous étions pompeusement The Human Race d'un nom entendu dans une chanson de Men Without Hats

On se donnait en spectacle à l'école ou dans les partys entre amis.
On jouait R.E.M. , The Cure, Bowie, The Clash, Led Zep, les Stones, The Doors, qui redevenaient populaires avec la sortie du film d'Oliver Stone. C'est justement en spectacle dans le café du CEGEP qu'une fille nous avait remarqué et qu'elle en avait parlé à ses parents qui étaient propriétaires d'un magasin de plantes, de fleurs et de décoration qui s'appelait Le Pédoncule Charnu. Ils étaient ouverts depuis moins d'un an et cherchait à attirer plus de gens et cette fille, et ses deux parents, avaient pensé que ce serait une bonne idée de nous embaucher afin de faire un spectacle de musique dans leur magasin. 

Ils allaient nous payer.

Comme ils ne nous avaient pas vu, ni entendu, il y avait risque. Mais ils avaient fait suffisament confiance à leur fille pour nous demander de performer...un vendredi de jour. Ce qui impliquait donc que certains d'entre nous manqueraient assurément des cours de CEGEP.  Si ils nous demandaient un vendredi, de jour, c'était justement parce qu'il y avait moins de monde et que le risque de se tromper avec nous produisant des sons inconnus d'eux serait moins fâcheux à corriger. 

Tout s'était décidé très vite et personne n'avait eu le temps de s'informer ou de se rendre sur place afin de voir comment on allait procéder. 

Nous nous sommes pointés avec nos kits (mais pas Michaud) à 4 et sommes restés stupéfaits de constater qu'il n'y avait pas vraiment d'endroit pour nous pour y jouer. Pas de scène, mais surtout pas de prises de courant proches. Enfin, une, de deux branchements (les prises multibranchements n'existaient pas vraiment encore ou nous étions trop bêtes) Et nous avons tout juste pu brancher les amplis de Kluzak et Goyette et leurs instruments avec d'habiles combinaisons de rallonges que nous avions, mais j'ai dû jouer acoustique et aucun micro n'a pu être branché, j'ai (on a) chanté de vive voix. 

On avait très bien joué. Dans cette même semaine, on avait joué le dimanche d'avant dans une pizzeria de Cap-Rouge, et pratiqué les mardis et le jeudi, cette dernière journée, précisément pour ce vendredi. On avait appris le mercredi qu'on serait en spectacle. Comme on disait dans le jargon, on jouait "tight". Serré. Orange Crush, The One I Love, Love Me Two Times, Going to California,  Pretty Girls Make Graves, Rebel Rebel, Spanish Bombs, Lost in the Supermaket, Dead Flowers, Time Waits For No One. The Passenger avait particulièrement attiré l'attention. Leur fille nous avait filmé. Avec des yeux amoureux pour notre bassiste.

Mais on avait rien dans le répertoire floral ou autour des plantes. On a pensé faire The Hanging Garden de The Cure mais le ton était trop sombre. On chantait du Robert Plant leur avait-on dit, les faisant rire. Mais nous étions surtout bruyants dans un univers où on était pas convaincus qu'il fallait l'être, sous quelques équivalents de palmiers et avec des grosses plantes partout qui nous donnaient l'impression quand même exotique de jouer dans un bayou. Avoir su, on aurait pratiqué notre CCR que nous jouions aussi parfois. Nous étions surtout dans les jambes des clients qui nous demandaient parfois de nous tasser pour atteindre certains achats potentiels. On s'est pas pire adaptés.

Si les deux premières performances avaient été des surprises pour les clients, surtout les première notes puisqu'on ne pouvait pas s'annoncer au micro, la troisième et surtout la quatrième performance avait attiré pas mal de curieux qui nous écoutaient attentivement et certain(e)s dansaient même. Les proprios nous avaient quand même annoncés d'une affiche à l'entrée. Et si au début de la journée, ils avaient été inquiets de la tournure des évènements, à la 4ème et dernière session, ils étaient contents de l'effet sur leur clientèle. On leur avait même fait trois morceaux de Leonard Cohen en "rappel" botanique. Ce qui était tout à fait dans le ton de leur clientèle et les laissait sur une forte impression de sagesse confortable. Ils avaient tous chanté Hallelujah à la fin avec nous après avoir entonné avec nous le refrain de la chanson d'avant.  

Ils nous avaient présentés comme des "amis de leur fille", ce que nous n'étions pas encore, mais Goyette serait son partenaire de vie, un certain temps par la suite. 

À la fin de ce 4ème set, une dame était venue nous voir pour nous demander si nous n'étions pas supposés être à l'école. 

Oui, mais non, avions nous en somme, résumé vaguement. 

Elle nous avait dit que sa propre fille voulait aussi faire partie d'un band, qu'elle jouait de la guitare. Ça nous avait allumé. Nous voulions ajouter une femme au band, si elle jouait d'un instrument, justement. (Ça ne ferait pas avec elle) Nous étions content de nous, on ne croyait pas jouer au bon endroit pour chanter des fleurs mortes, mais étions content de leur chanter drink in your summer, gather your corn, the dreams of your night time, will vanish by dawn.   

On se sentait épicuriens sans même connaître pleinement le sens du mot.

Puis la dame nous as redescendu sur terre.

"Ma fille veut poursuivre ses envies musicales mais je ne voudrais pas qu'elle finisse comme vous"

(...)

On est resté bouche bée.

Bouche la bée.

Puis on a ri quand elle a quitté. 

Çe fût notre seul (multi)spectacle(s) au Pédoncule Charnu dans notre illustre carrière.

Nos racines étaient ailleurs. C'était pas notre clientèle. 

On avait le monde à conquir.

mercredi 27 septembre 2023

À La Recherche Du Temps Perdu***********************Empire of Pain: The Secret History of the Sackler Dynasty de Patrick Radden Keefe

Chaque mois, dans ses 10 derniers jours, tout comme je le fais pour le cinéma (dans ses 10 premiers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu) je vous parles de l'une de mes trois immenses passions: la littérature.

Lire, c'est une seconde nature pour moi, traducteur, qui passe mon temps à le faire. 

Lire, c'est apprendre à entrer dans le monde des autres, c'est comprendre des univers différents, c'est voyager à peu de frais, c'est découvrir des mondes et des époques, c'est faire face à des réalités qui nous choquent et nous étonnent, c'est aussi apprendre à écrire sans le réaliser; c'est respirer sur le rythme de quelqu'un d'autre. 

Et respirer, c'est vivre.

EMPIRE OF PAIN: THE SECRET HISTORY OD THE SACKLER FAMILY DYNASTY de Patrick Radden Keefe.

C'est un scandale qui fait toujours rage.

Ce livre raconte l'histoire de la famille Sackler, dont Arthur, dans les années 40, au cours d'une tout de même brillante carrière médecinale, en psychiatrie, entre autre, a développé une technique de marketing en s'associant, avant d'acheter tout simplement une agence de ventes de médicaments et d'en présider les directions. Il vendait directement aux docteurs. Arthur a été immensément important pour la médecine, particulièrement dans les années 60, étant à l'origine des créations des Betadines, du Senaflax, du librium et du valium. Cette dernière pilule deviendra la première à lui rapporter 100 000 millions, à partir de 1971. L'éthique n'était pas au rendez-vous, mais facilité par des gouvernements faciles à corrompre en leur versant de généreux pots de vins. Quand Arthur meurt en 1987, son neveu Richard prend la relève de ses manières. 

En plus de graves problèmes d'éthiques, l'oxycontin, un médicament dangereux, dérivé de la cocaïne, un opioïde, devient le médicament vedette de la compagnie familiale Purdue qu'Arthur avait créée. Le nom Sackler est à l'origine des opioïdes accessibles facilement. Qui rendaient ses usagers dépendants, mais rendaient aussi les Sackler, très très riches. Bien que l'oxycontin est refusé par le bureau des inspections des médicaments, à maintes reprises, un important travail de séduction des gens qui refusent la vente publique de ce dangereux médicament, pour finalement les corrompre purement et simplement et faire accepter l'inacceptable, finira par faire accepter la drogue. 

Car c'est une drogue. Qui a tué des milliers et des milliers de fois aux États-Unis et ailleurs. Dont Tom Petty et Heath Ledger, entre autres. Et ouvert la porte à toute sortes d'autres opioïdes qui tuent tout autant. Comme Prince, Dolores O'Riordan, Micheal Jackson, Anna Nicole Smith ou Phillip Seymour Hoffman.

Ce livre n'est pas une fiction. C'est une étude de la famille Sackler. Qui a été poursuivie en cour. Mais qui a aussi acheté la justice. L'oxycontin tue encore, est toujours prescrit par certains docteurs des États-Unis, et Purdue Pharma n'est pas inquiétée par rien. C'est tout simplement révoltant.

C'est un exemple criant que l'argent avilit.

Comme complément de lecture, le visionnement de l'excellente, mais bouleversante et forcément tout aussi révoltante série télé de 6 épisodes, Painkillers, sur Netflix, serait à voir. Elle est adaptée de ce livre.

Impossible de ne pas se sentir affecté par tant d'injustice sous nos yeux.

Soyez informés, si votre médecin vous proposes de l'oxycontin, faites fi de ses recomendations.  

C'est un marchand de la mort.    

Les publicités extraordinairement mal jouées/dialoguée/mise en scène qui passent actuellement, qui ne disent rien sinon parlez-en à votre médecin sont un crime voilé. Ils n'ont pas le droit de dire de quoi il s'agit car ces médicaments sont potentielllement dangereux.

Ce livre n'est pas trop dur envers la riche famille Sackler, qui pourtant, est aussi associée à de grandes choses au niveau de la médecine internationale. C'est ce qui brouille tous les jugements. Mais la série donne envie de se monter une armée.

mardi 26 septembre 2023

Neo-Respect Pour Swifty

Swifty, c'est Taylor Swift.

Sur les milliards de morceaux que j'ai sur mon téléphone: zéro de Taylor Swift. Ce n'est pas une artiste dont la créativité m'intéresse. J'y ai si peu porté attention que je ne saurais nommer aucun de ses titres dans toute son oeuvre (Trouble ?). Je ne connaissais pas son histoire. Sans aimer davantage ce qu'elle offre dans son art, j'ai un nouveau respect pour elle.

Pour Taylor, la Femme avec un F majuscule.

Les premières fois que j'ai entendu parler d'elle, elle était chanteuse de musique country, un genre dans lequel je ne suis pas naturellement versé (de plus en plus en vieillissant). Quand elle a transféré vers la pop, je n'étais plus tellement pop moi-même et avait connu la jeune LeeAnn Rimes faire à peu près la même chose dans les années 90, même si Taylor vendait plus, ses sons ne sont jamais venus me chercher. Sinon dans des niaiseries bien appliquées. Je la connaissais donc assez peu, mais ai appris plusieurs choses sur elle, la semaine dernière, qui changent ma vision de la Femme de 33 ans. 

Trois choses majeures dont je n'avais pas vraiment entendu parler dans mon désintérêt pour elle. Mais qui en valent toute la peine pour les jeunes Femmes de demain.

1. Être une célébrité n'est pas toujours de tout repos. On est aimé, mais on attire parfois très très dérangé. Et pour les Femmes, les hommes qui pensent pouvoir "posséder" leurs objets de désirs sont beaucoup plus nombreux que les groupies féminines. Taylor est adorable. Et elle est adorée. Mais parfois, par de purs désaxés. Roger Alvarado a 22 ans. Originaire de la Floride, par deux fois, il s'est rendu à Tribeca dans le logement appartenant à Taylor, ce faisant prendre par la justice et disant devant le juge qu'il ne regrettait pas d'y être allé (sans qu'elle y soit) et qu'il le refrait. La prochaine fois, avec plus de violence encore, mais pas vis-à-vis son idole. Qui lui semble une bonne personne et avec laquelle, il aimerait jaser...

Non merci, creepy.  Il s'est fait prendre à lancer un morceau de pierre lourde au travers d'une fenêtre pour y entrer, 30 jours après avoir été relâché de prison pour avoir fait la même chose. Il a fait un mois de prison, 30 jours pour penser refaire la même chose. Il a maintenant 5 ans et demi à faire en prison. 

Eric Swarbick, 30 ans, du Texas, écrivait de longues lettres d'amour à celle qu'il considérait comme son âme soeur. Mais comme Taylor n'y répondait pas, il s'est enragé. A commencé à faire des menaces par écrit. Il a écrit plus de 40 lettres et courriels à son équipe afin d'arranger un rendez-vous avec elle. À trois reprises, il s'est rendu aux bureaux de son équipe de gérance afin de livrer ses lettres en personne. Il a menacé de brutaliser Taylor et de lui faire du mal sans hésiter pour l'éliminer. Il a écopé de 30 mois de prison en 2020. Il prétend dans sa tête débalancée qu'ils étaient ensemble dans plus de 100 de ses rêves. 

En 2019, David Liddle a été trouvé près de l'endroit où elle se trouvait avec dans sa voiture, un bâton de baseball en aluminium, une barre à clou, des picks coupants et des gants et il a prétendu être un ami de Taylor qui tenait à la rencontrer afin de recevoir des conseils en musique. Mais ses gardes du corps le connaissent bien et il la pourchasse depuis longtemps. Les accusations contre lui sont tombées, en 2019, toutefois Taylor Swift a un système de reconnaissance faciale pour les trois hommes qui se traine partout où elle va et ses résidences sont extraordinairement surveillées, elle en a maintenant le moyens.

2. Toutefois, elle n'a pas toujours eu le contrôle sur son argent. Après 6 albums, sa compagnie de disques qui changeait de propriétaire a conservé les droits sur l'ensemble des 6 albums. Taylor a bravement réenregistré 4 de ses 6 albums, compte aussi lancer les 2 autres réenregistrés et fait une fortune avec et en tournée qui le rendent extraordinairement riche. La réponse publique a été immense les nouveaux albums vendant plus que les originaux qui avaient déjà beaucoup vendus. 

3. En 2013, le disc-jockey David Mueller a perdu son emploi après que Taylor Swift l'eût accusé d'avoir glissé sa main sous sa jupe et lui avoir pincé les fesses. Sur la photo prise avec lui, il a effectivement la main à la hauteur des fesses, ça ce serait produit quelques seconde après cette photo. Mueller l'a poursuivie en cour pour diffamation et Taylor l'a contre poursuivie pour inconduite sexuelle. Elle l'a poursuivie pour un symbolique 1$. Elle a gagné sa cause et Mueller a payé le dollar en question, ravalant toute dignité. 

Je ne savais rien de tout ça. Et avoue l'avoir légèrement méprisée 

Taylor gagnant mon admiration pour tout ce qu'elle a à endurer par sa seule condition de jolie jeune Femme faisant une fortune. 

Et étant un fameux exemple de battante dans ce monde mâle toxique. 

Armée pour toutes les envoyer au tapis avant le 12ème round.

Go girl ! Je ne suis pas plus fan de son oeuvre. Mais je suis fan de la Femme.

This is 2023.

lundi 25 septembre 2023

Le Discours du Poulet à la Kiev

Le 1er août 1991, trois semaines avant la déclaration d'indépendance de l'Ukraine, le président des États-Unis d'alors, George H. Bush a fait preuve d'une grande absence de flair en livrant ce qu'il a été commun d'ensuite appeler: le discours du poulet à la Kiev.

Ayant discuté plusieurs fois avec Micheal Gorbatchev, Bush réitérait sa foi en sa glasnost, sa perestroika et sa tentative de rendre l'Union Soviétique démocratique. Ce qu'une très large partie de l'Ukraine, une presque majorité, atteignait déjà. 

Inspiré de ses discussions avec Gorbatchev, Bush n'était pas en faveur de l'indépendance de l'Ukraine, disant qu'il ne fallait pas l'obtenir afin de remplacer la lointaine tyrannie par le despotisme local. Ce ne serait pas aider quiconque de faire le promotion d'un suicide nationaliste axé sur la haine ethnique.


Une jeune Condoleezza Rice de 37 ans lui avait écrit un discours qui allait dans ce sens. Peu importe la direction des vents politiques, les États-Unis voulaient voir quelque chose de stable et par dessus tout des changements dans la paix. Il y avait envie de noblesse et de dignité, mais du côté des partis nationalistes Ukrainiens, il y avait la même chose. C'est pas dignité et par refus du totalitarisme Russe qu'on souhaitait une indépendance et marcher main dans la main dans la démocratie. C'est ce qui se produirait au référendum de décembre suivant alors que par une très large majorité, on se votait une indépendance Ukrainienne. 

Condoleezza Rice était alors responsable des affaires soviétiques et de l'Europe de l'Est pour George H. Bush. Le discours mal avisé avait principalement enragé les Ukrainien qui s'était dit que les États-Unis parlaient de liberté sans même comprendre que l'indépendance en était la seule voie et non la botte Russe. On disait à Bush père que les milliards donnés par les États-Unis à l'URSS nourrissait l'esclavagisme Ukrainien. On lui reprochait de ne pas comprendre que la démocratique Ukraine s'opposait au totalitarisme Soviétique. 

L'Ukraine se créait, avec succès, une liberté du peuple toute sienne et toute saine, se créant aussi d'importants réseaux de services indépendants, sa propre monnaie, en plus de déjà avoir sa propre langue et sa propre identité. Tout ça était dans le but de protéger leur économie et l'empêcher de s'effondrer. Ce qu'ils réussissaient à faire. 

William Safire, journaliste du New York Times, était celui qui avait appelé le discours du Chicken Kiev, qui était en même temps un jeu de mot sur l'idée de ne pas oser une indépendance, de se dégonfler.  Mais qui est aussi un plat à l'apprétation traditionnelle Ukrainienne

Le discours avait donné l'impression que George H.Bush, et les États-Unis étaient anti-liberté alors que tout le monde pouvait percevoir que l'URSS avait quelque chose de très malsain dans l'ADN. Le temps le confirmera.

George H.Bush était celui qui avait ajouté le terme "suicide nationaliste" au discours afin de prévenir les Ukrainiens qu'il ne voudraient pas qu'il arrive ce qui était alors arrivé à la Yougoslavie.

Le discours, avec le temps sera considéré comme un colossal manque de jugement, au ton faible et une majeure erreur de calcul. Les billes étaient dans le mauvais sac. Le discours serait gravement critiqué, même par Margaret Thatcher, et les journalistes diront de Bush qu'il s'était comporté comme un reflet Soviétique, un commissionnaire des Russes, et que le discours pouvait peut-être être un des pires de l'histoire des présidents des États-Unis à l'étranger alors qu'il associait les mots suicide nationaliste, haine ethnique et despotisme local avec errance contre le mauvais peuple. Bush père ne fera qu'un mandat. Bill Clinton le battra facilement aux élections suivantes. 

Dans l'année qui suivra, il n'était pas étonnant de voir des citoyens s'habiller en poulet dans les scrotums politiques où discourait Bush père. Pour lui rappeler à quel point il avait raté le cible avec sa foi en ce qui fonçait vers le mur.

145 jours plus tard, l'URSS s'effondrait pour de bon.

On connait la suite. 

La Russie tente de redevenir URSS et tente d'éradiquer l'Ukraine. 

Et Zelensky fait le tour du monde afin de dire merci de votre aide souterraine. Mais aussi, merci d'en faire davantage si possible. La survie peut avoir ses limites. Être neutre dans ce conflit, c'est valider le côté de l'oppresseur. Il ne fait aucun doute que Putin est l'oppression.

 La fin du conflit, que l'on souhaite tous plus rapide que lointaine, doit vouloir aussi dire la fin de Vladimir Putin.

Pour les deux peuples impliqués.