dimanche 29 janvier 2012

Falardeau Philippe

C'est comme ça qu'on devrait l'appeller: Falardeau Philippe.

Parce que chez nous, il y en eu un autre Falardeau de pas mal connu, et aux mêmes initiales en plus.
Dans le même médium.
Mais avec une signature tout à fait différente.

Ce qu'ils ont en commun toutefois: L'intérêt politique.

Phillipe, né à Hull en 1968, a étudié en sciences politiques et en relations internationales à l'Université d'Ottawa de 1985 à 1989. Il en ressort avec la médaille d'argent ainsi qu'une bourse méritoire pour sa diplomation.
Il travaille ensuite deux ans en tant qu'analyste politique pour la Fédération des francophones hors Québec, d'où il écrit Hier, la francophonie, un survol historique de la diaspora francophone canadienne. Bien qu'inscrit à la maîtrise en relations internationales à l'Université Laval en 1991, il quitte presqu'aussitôt lorsque choisi comme candidat à La Course Destination Monde à l'antenne de Radio-Canada. Il gagne le grand prix de la course et rafle aussi le prix du Centre de recherche pour le développement audiovisuel.

Il travaille quelques années comme réalisateur sur la version française (de France) de Surprise Sur Prises avant d'être caméraman sur le documentaire de Marie-Claude Harvey Attendre. Le documentaire d'Harvey traite de la situation au Sud-Soudan et est produit par l'Office National du Film. Il tourne par la suite un court-métrage satirique sur l'immigration asiatique appellé Pâté Chinois en 1997.

Avec les années 2000 Falardeau devient encore plus habile.

Il tourne La Moitié Gauche du Frigo, film brillantqui raconte l'histoire de deux co-locataires qui choissisent de faire un documentaire sur l'emploi. L'un des deux est à la recherche d'un boulot et le documentaire éprouvera les liens d'amitié qui les unissent. La caméra vidéo du co-loc suit l'autre à chaque entrevue d’embauche, dans les séminaires de formation à la recherche d’emploi et dans les rencontres avec les conseillers en placement. Le cinéaste obtient les moyens financiers de s’adjoindre une équipe technique. Plus l’espoir du chercheur d'emploi diminue, plus le tournage s’étire en longueur en n’épargne aucune sphère de sa vie de chômeur. Son flirt avec une caissière, ses loisirs et même son sommeil, tout est filmé. Pour le réalisateur en herbe, dorénavant intéressé par les congédiements massifs, la sous-traitance et les intérêts égoïstes des compagnies, le projet limité au début devient un tremplin politique qui finit par nuire à la recherche d’emploi de son ami.

Drôle, fin, brillant film.
Prix de la meilleure première réalisation canadienne au Festival de Film de Toronto.
Prix Claude-Jutra aux Génies qui récompensent le cinéma canadien.
Prix Jutra du meilleur acteur à Paul Ahmarani.

6 ans plus tard, c'est une co-production avec la France mettant en vedette Olivier Gourmet et encore Paul Ahmarani, Congorama, qui retient l'attention de tout le monde. Le film nous présente un inventeur belge, fils d’un écrivain paralysé dont il s’occupe, marié à une Congolaise et père d’un enfant noir à qui il assure que coule dans ses veines le même sang que dans les veines de son père. Il apprend à 41 ans qu’il est adopté. Il est né dans une grange au Québec à Sainte-Cécile. À l’été 2000, l'inventeur voyage au Québec pour y vendre une de ses inventions et se rend à Sainte-Cécile. Dans sa quête improbable d’une filiation sans trace apparente, il croise un homme au volant d’une voiture électrique hybride. Ils ont un accident qui changera leur vie.

Magnifique film, sélectionné pour la quinzaine des réalisateurs à cannes et gagnant de 5 Jutras cette année-là, dont les statuettes du "meilleur film", "de la meilleure réalisation" et "du meilleur scéanrio".

Deux ans plus tard il adapte avec brio deux livres de Bruno Hébert avec C'est Pas Moi Je Le Jure.

En août dernier, il adapte une pièce d'Évelyne de la Chenelière en nous présentant Monsieur Lazhar, film qui raconte l'histoire d'un Algérien de 50 ans qui va prendre en charge une classe de 6e année à la suite du décès de leur institutrice. Bachir Lazhar tissera des liens forts avec sa classe, mais ce dernier cache un lourd secret.

Son prochain projet traitera des bagarres dans le monde du hockey de la LNH.

"From Canada, Mészieu Lézar..." a dit la jeune bimbo mardi dernier au matin à Hollywood quand elle a annoncé les nominations aux Oscars du meilleur film tourné dans une autre langue que l'anglais.

Si Phillipe Falardeau gagne la précieuse statuette le 26 février prochain, prix dont il n'a pas besoin pour que l'on admire son talent, je ne souhaite qu'une seule chose.

En fait comme je sais que le film a peu de chances de gagner mais que les nombreuses nominations françaises autour du film français The Artist donneront la chance de faire monter sur scène un français.

Je souhaite donc que l'un d'eux prenne le temps de parler français au micro tout en soulignant aux ricains que croire que cette langue est celle du diable c'est nager dans la démence.  

samedi 28 janvier 2012

P.I.G.S.(Économie Cochonnée)

P.I.G.S.

Portugal
Ireland
Greece
Spain

Dans la fragile économie mondiale voilà les 4 pays les plus en déséquilibre en ce moment. Ls quatres pays qui doivent ABSOLUMENT redresser leur situation économique afin de ne pas faire basculer les marchés du monde entier.

La Grèce à elle seule est un horrible problème. C'est 14, 4 milliards que la Grèce doit rembourser et 18,5 milliards supplémentaires qu'ils doivent aux États-Unis et qu'ils doivent rembourser d'ici le 20 mars.

IM
POS
SI
BLE

Le 20 mars l'euro plante. Tout le monde s'entend là-dessus. C'est l'effet domino que tout le monde redoute.

En Espagne, le plan de stabilité présenté à Bruxelles par le gouvernement de José Rodriguez Zapatero est mal accueilli. La dette publique espagnole devrait atteindre 74,2% du PIB en 2012, contre plus de 120% en 2010 pour la dette grecque.

Le Portugal devra intensifier le rythme de consolidation de son budget. C'est exactement ce que le gouvernement portugais a essayé d'éviter : le danger d'identifier la situation portugaise avec la grecque. Les pires craintes du gouvernement en place se sont matérialisées. Le portugal était le pays qui avait flairé le danger depuis le plus longtemps. Ils ont donc fait leurs devoirs avant les autres et le pays condidère les objectifs "réalisables" d'ici le 20 mars.

Le dernier des PIGS, l'Irlande, a choisi une autre voie. Dublin s'apprête à s'engager dans "le plus gros pari dans l'histoire de l'Etat". Le gouvernement de Brian Cowen va lancer un plan de 90 milliards d'euros pour sauver les banques et relancer l'économie, l'une des plus touchées en Europe par la crise mondiale. Dotée de larges pouvoirs pour reprendre les terrains et les projets de construction pour lesquels les promoteurs ne peuvent rembourser l'argent emprunté aux banques, la NAMA (La National Asset Management Agency) rachètera des prêts en émettant des obligations.
Toutefois ce sont les Irlandais qui paieront la facture pour des dettes impayées dont personne ne voulait au départ. Car avant que la Commission ne donne son feu vert à ce projet hautement risqué, la NAMA termine les premières évaluations des prêts immobiliers les plus importants et a annoncé que les actifs seront rachetés 30% moins cher. Ce qui ne constitue pas tout à fait une bonne nouvelle pour le contribuable, car les banques auront donc des trous plus grands que prévus, qui devront être comblés avec encore plus de capital par... le gouvernement.

Vous croyez que l'irlande, déjà bordélique, a besoin de tout ça?

Le I de P.I.G.S. faisaient à l'origine référence à L'Italie de Berlusconi. L'Italie est aussi en très sérieuse chute libre. Certaine observateurs parlent de P.I.I.G.S. On parle aussi quelques fois de GIPSI. Bien que le terme soit largement repris par les différents médias, le milieu économique ne l'utilise pas beaucoup, certains le banissant même (Le Financial Time et le Barclays Capital entre autre), le jugeant trop péjoratif.

 Le PIB de l'Italie, 2051 milliards, en fait la 6ème puissance mondiale. Les autres étant Les États-Unis, le Japon, La Chine, l'Allemagne et la France. 7% du PIB de l'italie est issu du crime organisé solidement implanté depuis une centaine d'années. La Mafia est bien établi sur le territoire et est active dans les activités d'extorsion, de trafic de drogue, de prostitution et d'économie informelle.

Les investisseurs avaient gardé l'Italie à distance devant le manque total de crédiblité de Berlusconi, mais celui-ci a finalement quitté ses fonctions. Malgré l'adoption de mesures d'austérité devant lui permettre de parvenir à l'équilibre budgétaire en 2013 l'été dernier et de réduire sa dette colossale (120% du PIB), et des promesses de réformes économiques, les marchés ne semblent plus croire à la capacité de Rome de faire face à la crise.

Le chef du gouvernement italien a confirmé avoir fait appel au Fonds monétaire international (FMI) pour "surveiller" et "certifier" la mise en oeuvre des mesures anti-crise du pays. Il a ajouté avoir reçu, et refusé, une proposition d'aide financière du FMI, qu'il  a jugé "non nécessaire". Ce qui laisse croire qu'il y a peut-être espoir pour ce pays. De plus, le nouveau président de la BCE, la Banque centrale européènne, est italien, Mario Draghi. Voilà pourquoi l'Italie apparait et disparait sporadiquement dans l'expression P.I.G.S./P.I.I.G.S.

Une chose ne ment pas en tout cas, la situation n'est pas rose pour ses pays.

Une observation pour les touristes: Si vous prévoyez prendre vos vacances en Europe, attendez après le 20 mars. Quand la Grèce aura officiellement fait faillite (bien que ce mot...faillite...La Grèce ne s'effacera pas mais bon...vous comprenez...disons que leur économie se rapprochera de Théo Angelopoulos)

L'euro devrait coûter largement moins cher.

vendredi 27 janvier 2012

Marie Curie

À la lumière des vagues qu'on créé l'affaire DSK l'an dernier, on pourrait croire que la femme française a très peu de dignité.

Ce serait peut-être injuste de le croire.

De TRÈS grandes femmes sont issues de l'héxagone.
Celle-ci était d'abord polonaise de naissance.

Maria Salomea Skłodowska naît le 7 novembre 1867 à Varvosie, alors sous l'empire russe, d'un père professeur de mathématiques et de physique et d'une mère institutrice. Elle est la plus jeune d'une famille de 5 enfants. Les jumeaux Zofia et Josef, Helena, Bronia et elle. Elle perd coup sur coup sa soeur ainée Zofia des suites du typhus en 1876 (sa soeur avait 13 ans) et sa mère deux ans plus tard qui succombe à la tuberculose. Marie concentre sa peine sur ses études où elle obtient des notes parfaites dans toutes les matières. On lui donne son diplôme de fin d'études secondaires accompagné d'une médaille d'or. En Pologne sous influence russe, elle fréquentera alors clandestinement l'université volante, qui est illégale.
Elle veut bien faire des études supérieures mais à cette époque, elles sont interdites aux femmes. Elle est alors gouvernante en province pendant quelques temps. Le temps de récolter des sous pour aller rejoindre sa soeur Bronia à Paris.

Lorsqu'elle la rejoint, Marie s'inscrit aux études de physique de la faculté des sciences de Paris. Elle peut étudier parmi les hommes grâce à son statut d'étrangère. Comme 23 autres étudiantes. Les françaises n'ont pas le droit à ses études. À 26 ans elle obtient sa licence ès science physique terminant première de sa classe tout sexe confondu. Ceci lui donne donc une bourse de 600 roubles afin d'étudier un an de plus à Paris. Elle obtient sa licence ès mathématiques un an plus tard, terminant deuxième de toute la promotion.
Elle rejoint ensuite le laboratoire de Gabriel Lippman qui dirige des travaux de recherche sur les propriétés magnétiques de différents aciers. Elle y rencontre Jozef Kowalski qui lui fait rencontrer le chef des travaux physiques de l'École Municipale de physique et de chimie industrielle, Pierre Curie.

Pierre et Marie étudient tous les deux le magnétisme. Un autre type de magnétisme s'installe entre les deux: la passion mutuelle pour le sujet devient passion amoureuse. Le couple se marie en 1895. Marie continue ses recherches sur l'acier et a une première fille deux ans plus tard.
En utilisant l'instrumentation, élaboré par son mari, qui permet de mesurer avec une grande précision l'effet des rayonnements sur l'ionisation de l'air. Marie démontre que certains gisements et espèces minérales sont de deux à quatre fois plus actives que l'uranium. Ses recherches lui méritent un prix de 4000 francs, le prix Gegner de l'Académie des sciences. Prix qu'elle gagnera deux autres fois en 1900 et en 1902.
Ses découvertes sont si importantes que Pierre Curie laisse tomber les siennes afin de seconder celles découvertes par sa femme.
Des extractions, faites à partir de tonnes de minerai, sont effectuées dans des conditions difficiles, dans des locaux dépourvus de tout confort. Marie y découvre le polonium, baptisé ainsi en hommage à son pays d'origine, et le radium, neuf fois plus rayonnant que l'uranium.

En 1900, elle est nommée chargée des conférences de physiques de 1ère et 2ème années de l'École normale Supérieure d'enseignement secondaire des jeunes filles de Sèvres. Trois ans plus tard elle soutient sa thèse de doctorat intitulée Recherches sur les substances radioactives. En décembre de cette année-là, on lui décerne le prix Nobel de physique.

En fait pas tout à fait...

Le prix suédois ne comporte que les noms de Pierre Curie et d'Henri Becquerel qui a fait beaucoup lui aussi sur la même lignée de recherche. C'est Pierre Curie qui doit insister afin que le jury accepte d'y mettre le nom d'une femme, ce qui semble inconcevable. Pierre dira qu'il s'agit de ses travaux à Elle qui sont la source de tout ceci, qu'elle en est le chef de file et non l'inverse. On rectifie la chose et elle devient la première femme à reçevoir un tel prix. Elle reçoit le prix 4 jours après avoir donné naissance à une seconde fille.

Le couple devient célèbre, et ces découvertes suscitent un engouement tant scientifique que public. À cette époque, et ce jusque dans les années 60 (du moins au Québec) les femmes ne pouvaient pas aspirer à une carrière sans d'abord passer par l'église. On suivait la voie de Dieu, on prenait mari et fondait une famille en s'occupant de la maison ou les plus dégourdies enseignaient dans les écoles primaires mais une carrière autre? Impossible. Marie Curie venait de prouver le contraire au monde entier.

La naiveté face au radium est telle qu'une danseuse, Loïe Fuller, leur demande de l'aider à faire un costume phosphorescent au radium. Ce qu'ils refusent bien entendu.

Elle est nommée professeur titulaire d'une nouvelle chaire de physique générale et gagne maintenant 2400 francs par année.

En 1906, Pierre Curie se tue dans un accident de calèche. Marie est effondrée. Elle devient alors la première femme en France directrice d'un laboratoire universitaire dans lequel elle favorise la candidature de femmes chercheuses ou étudiantes.
En classe elle affirme:
En vérité, je vous le dis : le temps est proche où les femmes deviendront des êtres humains.

En 1910, Marie Curie parvient à isoler un gramme de radium sous forme de métal pur. Elle publie la même année Le Traité de la Radioactivité. L'année suivante elle est la seule femme à participer au congrès Solvay qui réunit les plus imminents physiciens mondiaux dont Albert Einstein.
Elle développe une relation avec le physicien Paul Langevin, qui rappelle beaucoup Pierre Curie dans ses recherches sur le magnétisme comme dans son apparence physique. Toutefois Langevin est marié. Et en cette époque misogyne et xénophobe, elle est dépeinte comme la "méchante polonaise" qui vient briser un bon ménage français. Ceci enflamme l'opinion publique. En novembre de cette année-là, malgré la tourment elle gagne encore le prix Nobel mais de chimie cette fois. Deux Nobels dans deux catégories différentes, une femme, que d'exploits inégalés!

La presse française taira lâchement son succès.

Un professeur français propose la création d’un Institut du radium, dédié à la recherche médicale contre le cancer et à son traitement par radiothérapie, institut qui deviendra plus tard l'Institut Curie. L'institut est achevé en 1914, tout juste avant la guerre. Quand celle-ci éclate, Curie se mobilise. Aux côtés d’Antoine Béclère, directeur du service radiologique des armées, et avec l'aide de la Croix-Rouge, elle participe à la conception de dix-huit unités chirurgicales mobiles, d'ambulances "radiologiques " surnommées les "Petites Curies". Ce sont des véhicules de tourisme pouvant se rendre très près des champs de bataille et permettant ainsi de limiter les déplacements des blessés. Elles permettent aussi de prendre des radiographies des malades, opération très utile pour situer plus précisément l'emplacement des éclats d'obus et des balles et faciliter les chirurgies. À l’Institut du Radium, elle forme des aide-radiologistes.
En 1916, elle obtient son permis de conduire et part régulièrement sur le front réaliser des radiographies. Sa fille Irène, qui a désormais 18 ans, l'aide et l'accompagne.

À la fin de la guerre, sa fille devient son assitante à l'institut du radium. Après la découverte des vertus thérapeutiques du radium pour la lutte contre le cancer, le radium connaît un vif engouement au point d'être utilisé dans de nombreux produits de consommation courante comme les crèmes rajeunissantes, les cigarettes, les réveils-matins, etc.

En 1921, elle fait son premier voyage aux États-Unis et achète un gramme de radium pour l'institut à l’usine du radium de Pittsburgh, où sont utilisés de manière industrielle les procédés qu'elle a développés. En 1929, toujours grâce aux femmes étatsuniennes, elle reçoit un nouveau gramme de radium, dont elle fera don à l’Université de Varsovie.

Très sollicitée, elle voyage énormément, et s'engage aux côtés d'Albert Einstein dans la Commission internationale de coopération intellectuelle nouvellement créée.

Ayant le nez dans dans le radium depuis facilement 20 ans, Marie Curie est ainsi exposée aux éléments radioactifs depuis très longtemps. Les employées qui travaillent une-à-une les aiguilles d'horloges et les montres sont toutes malades ou meurent. On commence à faire des associations.

Marie Curie est atteinte d'une leucémie radio-incuite qui a déclenché une anémie aplasique. Malgré sa faiblesse, elle continue d’assurer la direction de la section de physique et chimie de l’Institut du radium. Le 29 juin 1934, elle se rend en haute-Savoie pour y être hospitalisée et y meurt 5 jours plus tard.

Cette femme IMMENSE avait 67 ans.

Ses découvertes lui survivent
Et sauvent nos vies.

Merci la vie pour Marie Curie.

jeudi 26 janvier 2012

Blanc et Vert

Octobre 1974.
États-Unis.
Du sang sur le mur.
Un cadavre.
Un homme ébouillanté qui hurle sa détresse.
Le monde vient de basculer pour celui-là.

**********

Al Green a lance son second album en 1969. C'est là qu'on commence à le remarquer. Bien que ce ne soit en fait un titre des Temptations de Smokey Robinson qui soit son plus gros hit.  Ce que l'on remarque surtout c'est cette couleur soul dans la voix. Un genre de plus en plus populaire dans les États-Unis des Black Panthers, de Martin Luther King, Marvin Gaye, de Malcolm X et des Pirates de Pittsburgh.
Au mois d'août 1971 Green obtient son premier #1 avec son album suivant.  Un peu à la manière de Otis Redding, il aime reprendre des chansons connues et les texturer "à la Green". Redding est mort prématuréement en 1967, il y a donc un espace à combler chez les fans et Green cadre bien dans cette case. Le succès et la demande sont si forts qu'en 1972 il sort un premier album fin janvier (gros succès) et un autre en octobre (encore un énorme succès). Green est au zénith de sa carrière.

Al Green a alors 26 ans, il est beau et riche, il attire les donzelles, les femmes mangent dans sa main.

Mary Woodson White mange aussi dans la cuisine de Al Green. Elle y déjeune car, en général, elle passe la nuit dans les mêmes draps que lui. White est une femme mariée, mais qui viendra lui parler de fidélité, elle se tape un riche adonis, ils s'acoquinent de la cuisse.

Call Me est lancé en avril 1973. Green est une star. En décembre de la même année c'est Livin' For You qui est mis sur le marché. C'est 8 disques d'or (8 singles) qu'enchaine Al Green. Al Green Explores Your Mind est lancé en octobre 1974.  Les Talking Heads feront aussi un hit 3 ans plus tard avec une reprise d'une chanson de cet album.

Le 18 octobre 1974, la vie de Al Green prend une tournure dramatique.

Mary Woodson White devient de plus en plus étouffante pour Green. Elle soutient qu'il lui a promis de la marier. Elle est elle-même déjà mariée, je le répète. Green reste vague comme tout ceux qui veulent faire quelques plongée en apnée le sont toujours. Le 18 octobre en soirée, Green se dévêtit dans sa chambre, dans le but de prendre une douche. White l'appelle dans la cuisine. Il la retrouve en train de brasser ce qui frit dans la poële. Elle lui demande si ils ne devraient pas se marier. Green lui répond "pourquoi n'en discutons nous pas demain matin?" Elle baisse la tête et ne lui répond pas. Puis elle s'approche de lui et après un temps lui murmure étrangement à l'oreille "Je ne te ferai jamais jamais de mal". Green n'en fait pas de cas et va prendre sa douche.

Il ne soupçonne pas que White viendra le voir, ouvrira le rideau de douche et lui lancera le contenu brûlant de la poële à frire dans le dos. Lui affligeant du même coup de très sévères brûlures dans le dos, sur les bras et sur l'estomac.
Green n'aura jamais le temps de s'expliquer avec elle car elle se rend dans la pièce où se trouve un fusil de calibre .38, se le place sur la tempe et tire la gachette. Son cerveau s'étend sur le mur. Elle en meurt bien entendu. Dans sa sacoche, on trouve une lettre expliquant ses intentions et les raisons de son geste "Plus je te faisais confiance, plus tu m'as laissé tomber" se plaignait-elle en substance. Elle a perdu la tête au sens propre comme au sens figuré. Le plus ironique est qu'à ce moment de sa carrière, son single à la radio est Let's Get Married...
Green aussi perd sensiblement la tête. Il ne se remettera jamais complètement de ce traumatisme.

À partir de maintenant il croit que Dieu lui a envoyé un message. Tout dans sa vie sera dorénavant commandée par Dieu. Il devient pasteur dans les 48 mois suivants, messager de Dieu encore aujourd'hui, puisque devenu révérend. Il enregistre toujours de la musique à partir de 1977 mais il ne sera jamais aussi intéressant qu'entre 1969 et 1974. Une large partie de son public se désintéresse de ses nouveaux enregistrements qui versent dans le gospel et le chant religieux. Ses messes restent toutefois fort populaires. En 1979, lorsqu'il tombe de scène à Cincinnati, il prétend le plus sérieusement du monde que c'est Dieu qui lui a fait une jambette.

Dieu devient le coeur de sa vie.

La semaine dernière, Barack Obama a relancé sa carrière avec cette simple allusion à une chanson de Al Green.

Les ventes de Let's Stay Together se portent très bien depuis.

Ça ne pouvait venir que d'un président noir.
(de Dieu selon le point de vue de Green)

Car le blanc ne se mélange pas au vert.

Al le sait désormais.

mercredi 25 janvier 2012

L'Odeur de la Pagaille Bleue (et caca des culs)

Ceci n'est pas une pub de papier hygiénique.
Elle n'aura que le titre de scatologique.

La CAQ et l'ADQ ne font maintenant plus qu'un. CAQADQ

Chez les bleus, le PQ a pensé au baiser de la mort avec Québec Solidaire.
Québec Solidaire qui a ouvertement appuyé le NPD aux dernières élections fédérales. Qui a donc aussi contribué à "effacer" le Bloc Québécois de la carte politique. Bloc Québécois dont le chef trainait ses savates dans les corridors des bleus.
Québec Solidaire qui impose l'une de ses deux têtes dirigeantes, Françoise David, dans la circonscription de Gouin. Une circonscription que défend Nicolas Girard du Parti Québécois. David se présente donc CONTRE Girard. Elle a réitéré encore son désir de jouer la fouille-merde et de rester dans la circonsciption de Girard.

Avec des amis comme ça...et on veut les avoir dans son équipe?

Nicolas Girard est l'un des rares membres du PQ qui n'a pas oublié son travail d'opposition officiel. Et il le fait admirablement bien. La fraude des garderies, c'est Girard qui l'a placé sur le menu. La construction, c'est encore lui (et Sylvie Roy de la désormais CAQADQ) qui martèle. Le PQ doit se rappeler que le loup n'est pas dans la bergerie mais sur la banquette d'en face. Faut savoir chasser! Dans des scènes de parfaite absurdité, Pauline Marois a détourné l'attention en annonçant deux nouvelles recrues qui joignaient les rangs du PQ. Elle a détourné l'attention comme on veut faire dévier des attaques d'adversaires. Qui était cet adversaire? ...John James? non! Gilles Duceppe!!! Gilles Duceppe qui tendait le cou pour voir si il allait avoir des appuis comme chef potentiel du bateau ivre. Pauline lui a servi une sévère raclée encore pour lui dire de rester dans son trou et pour la seconde fois, Gilles a presque dû s'excuser de s'être exprimé. Il a de nouveau baissé pavillon et dit qu'il retournait jouer chez lui, tranquille. Couché pitou, prend ton trou.

C'est quand même étrange, Marois a reçu quoi? 400 coups de couteaux dans le dos depuis qu'elle règne? Elkle a la coutellerie au complet dans le dos. Et elle est toujours en scelle. Il a suffit d'un coup de couteau en plastique pour mettre fin aux ambitions de Duceppe. Au roi qui se cherchait une couronne et non une lutte.

Drôle d'idée de vouloir brasser ce type de dés.  Jamais le PQ n'a autant menacé d'être lui aussi "effacé" de la carte politique. Vous vous imaginez le scénario d'un PQ,avec Duceppe comme chef, évincé par les électeurs comme le Bloc a été anéanti au dernier printemps? Duceppe aurait été à la tête de deux navires qui auraient, en l'espace de quelques mois, complètement coulé au plus profond de l'abyme. Humainement, Duceppe aurait trouvé du matériel à le prendre peut-être un peu personnel. Tabouret, corde, un petit élan.

Pourquoi  la Marois de Charlevoix dompte le Duceppe d'Amérique aussi habilement et ne parvient pas à ébranler les rouges qui sont une cible si facile? Parce que le pétard qui les éclabousserait, les éclabousserait eux aussi, c'est simple. Des fois j'ai l'impression qu'on se débat entre clubs de dernière place dans un sport dont le réglements changent au gré du temps.

Bernard Landry avait promis publier une lettre dans les journaux. Il l'a fait lundi en fin de journée. Encore des petites grafignes lancées vers Pauline. Ça faisait partie du putsch qui a fait kaputsch? Quelqu'un s'intéresse à cet homme qui n'a pas encore digéré sa propre démission? Jacques Lemaire qui souffle comment coacher à Bob Berry derrière le banc n'a pas été un succès. Toutefois Jacques Lemaire soufflant comment coacher à Jean Perron a donné une inespérée coupe Stanley en 1986.  C'est ce qui doit inspirer les "souffleurs" du PQ.

Il faut toutefois le souligner, depuis le début du week-end, Marois a joué habilement du fouet sur la banquette.

Mais il est aussi là le problème. L'autobus politique du Québec a des banquettes qui changent tellement que l'on s'y perd. Au fédéral Lise St-Denis a donné une nouvelle saveur péjorative au terme "opportuniste" en prenant moins de 30 jours pour trahir ceux qui l'avaient choisis et chez nous, François Rebello a réussi le rare exploit de se mettre à dos à la fois ceux qu'il quittait, à la fois ceux qu'il joignait. En effet, depuis qu'il a joint les rangs de la CAQ, ceux-ci ont perdu de l'élan dans les sondages. Ils ont regréssé de 4%.

Quand la CAQ et l'ADQ ont fusionné dimanche dernier, le peu d'intérêt que j'avais pour la CAQ s'est peu à peu dilué. 54% des anciens adéquistes ont dit oui? 54%...d'un parti mortibond? 1338 votes de valides sur une possibilité de 2521? Ça fait pas tellement sérieux non? Si ces gens ne s'intérressent même pas eux même comment pourrions nous s'intéresser à eux? Nommez moi 4 candidats de l'ADQ: Roy, Deltell, Bonnardel....Bordel?

Y a pas un Bordel là-dedans?

Le mariage de ses gens qui n'ont en commun que le simple désir de vouloir le pouvoir à tout prix ne saurait tarder à s'égrainer. La CAQ reste d'un vague absolu. Au lieu de nous faire des propositions claires, on parle encore "d'étudier" des dossiers. Il y a deux mois c'était "on verra" maintenant on est rendu à "on va consulter"...cybole...que de réthorique...et un plan? une vision? un créneau politique?

On va y penser en groupe.
Dépareillé mais en groupe pareil.

La drwette n'a jamais pelleté autant de bouette.

Le linge sale a été ramassé à la grue et on lave ça au caucus du PQ aujourd'hui.
La CAQ consulte...
Les rouges n'ont même pas besoins de couteaux, ce sont les bleus qui les ont tous.

mardi 24 janvier 2012

L'Écho de St-Profond-De-L'Intestin-Grêle

Journée de totale folie.

Mais j'ai quand même légèrement provoqué les choses.

Les matins de janvier sont pas mal identiques aux matins de septembre.

Après mon jogging et mes 100 redressements assis inspiré par la belle Britta (que je crois avoir aperçu récemment, non identifiée, dans une publicité de la société protectrice des animaux en train de jouer avec son chien) Monkee qui  réapparait car il a raté son autobus. Je dois donc aller le reconduire, me plaçant du même coup dans un trafic éhonté d'une demie-heure pour une randonnée qui aurait dû me prendre 5 minutes, aller-retour. De plus, j'ai accepté un contrat de traduction il y a 20 heures pour livraison le lendemain, 16h. Kammy-Kaz Jonz. J'ai 5 heures de trad. à faire plus une heure de révision. 300$ à me mettre en poche rapidement mais il faut aussi que je cours deux meubles à deux endroits différents parce que madame est dans un cycle Canal Vie. En effet, l'amoureuse s'est mise en tête que le sous-sol devait être réaménagé, elle a donc sacrifié une bibliothèque, un meuble de rangement, le meuble de la télé, la massive et lourde télé, trois tables de différents formats pour les remplacer par de nouveaux. Elle a fait réserver deux de ses meubles de remplacement et "C'est seulement jusqu'à aujourd'hui qu'ils vont les garder pour nous!".

Seulement aujourd'hui? You got the money mais tu ne sais pas négocier, bébé.

J'ai donc couru à Terrebonne puis à Mascouche pour faire rentrer ses folies dans ma petite voiture. J'ai aussi dû passer par la bibliothèque qui m'avait gardé trois films pour meubler mes insomnies.

C'est vers 15h00 que notre chatte chérie a choisi de tomber sévèrement malade j'ai donc dû me battre avec le félin et briser ce lien de confiance que j'ai mis 14 ans à bâtir avec elle en la transportant de force chez le vet où elle devra y passer la nuit. Problème de vessie.

J'aurai réussi à tout faire, et bien le faire pour 15h58. J'ai alors couru chercher Punkee à l'école, l'ai assisté dans ses devoirs de 16h16 à 16h47, ai préparé le souper dans le processus tout en répondant au téléphone trois fois dont deux fois pour dire à l'amoureuse inquiète qu'il n'y a pas de nouveau dans le dossier de la chatte. Ai fait manger les deux kids, ai vite préparé mon sac d'école, parce que pour moi aussi c'est la rentrée et ai sauté dans ma voiture à 17h00 pour quitter pour mon cours à 19h00 downtown.

La langue à terre.

J'étais tout de même fier. Pas d'avoir encore oublié de souper moi-même mais d'avoir été si efficace en une seule journée 100% folle.

Mon cours du mardi est totalement ordurier. Un cours "obligatoire" sur la traduction juridique. C'est bête le second certificat comporte des cours "obligatoires" dirigés comme Traduction scientifique et informatique, Traduction Économique et Commerciale et le cours déjà mentionné auquel se rajoute le mot "administratif" aussi. C'est là que seraient les besoins selon les enseignants. Pas surprenant. Quel ennui! C'est comme si on obligeait les ingénieurs à se spécialiser dans la conception des Honda Civics parce que le besoin est criant dans le secteur de l'automobile. Si vous préférez autre chose, vous faites quoi? Où sont les cours de traduction de Hunter S. Thompson, Philip Roth ou Paul Auster? Quand m'appelleront-ils ceux-là?* Auster pourrait même diriger ma traduction, lui qui parle un français impeccable. Je mangerais dans sa main, je traduirais son carnet d'adresses. Mais les valeurs immobilières? K-Liss...

J'étais toutefois de bonne humeur en direction de mon cours avant de découvrir la merde qui s'y trouvait.

Je marchais d'un pas vif. Je venais d'acheter un Don DeLillo que j'avais glissé entre un livre poche sur l'économie et un autre pire sur le code civil. Ipod en tête je jubilais secrètement, barbe naissante au vent.

Une chanson kickass.
Une autre plus teintée de ma personne.
Une nostalgique.
Une autre plus près du spleen (lalala lala lala)
spleen (Laaaaaaaaa lalalalalalalaaaaaaaaaa lalala...)

Je devais faire des "lalas" à voix haute quand j'ai acheté sur le pouce un sandwich, une liqueur diète et une barre de calories vides. Mon ventre ajoutait un sombre bruit sourd, un tonnerre qui rappelait un roulement de tambour, dans l'harmonie de ma marche jusqu'au cours.

Dès la quatrième minute, avant même que le prof ne commence à faire son fier fendant, j'avais déjà tout avalé tel un ogre. Il y avait quelques visages connus. Des beaux culs encore. Toujours 88% de filles, plusieurs forcément plutôt jolies.
Je n'ai jamais rien vu venir. Comme une gratte qui serait passée dans la rue sur de l'asphalte jusque devant votre fenêtre, le son est monté progressivement et un retentissant rot est sorti de ma bouche contre mon gré.

Un profond et guttural coup de clairon dont l'écho a rebondi sur le tableau devant la classe pour mieux redistribuer sa tonitruance au travers de l'assemblée trop ébranlée (dégoûtée?), pour en rire. Moi-même je ne savais trop quoi penser. Aurais-je préféré que cette digestion hâtive ne sorte par l'autre côté m'attribuant du coup une odeur putréfactoire pour toute la session? Non. Je préférais être associé à un son.

Pour tous j'étais officiellement un paquebot. (renversé/renversant)

Nous étions là à tous nous regarder comme si on venait d'annoncer la mort d'un président en fonction. Ahuris, tous ensemble. Cherchant du regard un parachute dans un avion en chute libre sans pilote .
Je ne me suis même pas excusé et j'ai échappé un terriblement mononcle "ah ben kin..." avant de plonger ma tête dans mes affaires, tête dont le visage épousait maintenant la couleur de la pomme.

C'était quoi la date limite pour annuler ce cours?
Le 19? AAAAAAAArgh il est déjà trop tard.
'M'en fous, j'ai vu le trou dans la lune.

Si certaines de ses filles me trouvaient aussi agréable que je les trouvais agréable, mon chien était mort.
Même si c'était mon chat qui valsait avec la faucheuse.

*Je sais, je sais Thompson est mort depuis longtemps...

...et la chatte s'en est tirée 263$ plus tard FYI.

lundi 23 janvier 2012

Half Blood Blues

Et au printemps, comme la pluie, arriva la guerre...

Dans les années 20, l'Europe était un beau havre pour les noirs qui espéraient vivre avec décence.

En Allemagne qui allait devenir Nazie, le traitement des noirs dépendait de la caste duquel ses noirs étaient issus. Il y avait les enfants des diplomates africains qui étaient arrivés durant la période coloniale. Il y avait aussi les artistes afro-américains, la chanteuse d'opéra Marian Anderson, Josephine Baker, Arthur Briggs, Bill Coleman et quelques autres qui fuyaient du même coup le racisme du Sud des États-Unis. Les lois Jim Crow y faisaient rage en interdisant aux gens de couleur d'avoir une participation active dans la société. Ces lois instaurées dans les années 1800 dureront jusque dans les années 50 aux États-Unis.

Dans les années 20, l'Europe était encore un endroit où les artistes noirs pouvaient s'y produire et y gagner dignemnent leur vie. Particulièrement en Allemagne où les frontières étaient ouvertes aux étrangers depuis le traité de Versailles. De plus, depuis la défaite allemande de la Première Grande Guerre, toute une panoplie de nouveaux artistes émergeait dans la culture allemande. Le monde du jazz a, entre autre chose, pris beaucoup d'ampleur à cette époque.

Les enfants de femmes allemandes et d'hommes noirs étaient toutefois considérés commes des insultes à l'Allemagne d'Adolf et ses amis. Des croisements impurs. Des taches culturelles. Des indésirables.

Half Blood-Blues c'est l'histoire d'un sextet de jazz et d'une gérante/admiratrice en 1939, entre Berlin et Paris, au coeur même de ce qui allait devenir la deuxième Grande Guerre.  Une histoire de musique et d'envie. Une histoire de jalousie telle que narrée au travers de la voix du bassiste à qui les honneurs de la vie n'ont pas toujour souri. C'est l'histoire de musiciens très différents les uns des autres, des noirs, des blancs, des juifs, des allemands, 6 hommes, 1 femme. Un band qui jouera avec Louis Armstrong. Puis avec Bill Coleman. Chaque fois émerveillé. Notre narrateur, humilié par Satchmo. Une histoire qui atteint le nirvana le 13 juin 1939 alors que le groupe joue en totale harmonie alors que les bombes menancent Paris. La musique comme refuge de guerre. C'est une histoire de guerres multiples.
Elle navigue entre 1992 à 1939. Baltimore et Berlin. La Pologne un peu aussi et Paris. Avec les survivants et les fantômes du passé. La culpabilité, dans une ville (Berlin) qui ne la connaîtra que trop bien, est un thème important de ce livre. Le deuxìème roman d'Esi Edugyan. Si joliment écrit que depuis sa sortie, récolte les mises en nominations pour toute sorte de prix.

Esi Edugyan, visiblement renseignée, nous écrit une histoire sur rythme musical. Ses dialogues sont tout à fait propre à la langue parlée des noirs. Je ne suis pas noir mais je les entends. Les dialogues entre le bassiste, son batteur et le trompettiste à moitié allemand ne sonnent pas faux. Tout comme leur musique que l'on entend pratiquement aussi. Il s'agit d'un livre musical. Jazzé. L'auteure s'est documenté dans 4 livres d'une grande importance dans l'histoire des noirs et qui donnent une pertinence certaine à l'ensemble. Comme une ligne de base dans un groupe de jazz.

Ceci étant dit pas besoin d'être un fin connaisseur de jazz pour apprécier ce livre. Ces témoins d'un moment tragique de l'histoire de l'Homme nous offrent de grands moments de confrérie dans la misère. Et de trahison aussi.

Je vous suggère la lecture de ce livre en anglais pour la musicalité qui ne pourrait pas offrir le même effet en français.

En tant que traducteur je refuserais de traduire un livre comme celui-là.
La langue originale étant trop pure, j'aurais l'impression de faire une mauvaise publicité d'informercial avec la voix de Serge Bélair.

Half-Blood Blues, un original portait de gens apatrides, unis par le son, dans les coins noirs de l'histoire de l'Homme. La véritable beauté de ce livre se trouve dans le côté bâtard de ses héros atypiques, qui ont fait durer la musique d'une langue, encore aujourd'hui bien vivante.

Falk(le trompettiste) "There's all sorts of way to live, Chip. Some of them you give a lot. Some of them you take a lot. Art, jazz. it was kind of taking. You take from the audience, you take from yourself."

Chip (le batteur) "But what it gives, it gives in spades"

Sid (le bassiste) "What do it give, Chip? You a great artist, but you a miserable man"

once again, à lire idéalement en anglais.