lundi 22 avril 2019

Ne Jamais Plus Tuer le Temps

J'ai éclaté de rire.

À mon dernier anniversaire, l'amoureuse m'a offert une montre Adidas Fitbit. Le type de montre qui te montre le calibre de ton pouls en temps réel, qui te présente l'heure bien entendu, qui calcule tes étapes de sommeil (donc tu couches la montre au bras) qui calcule tes pas, tes temps de jogging, etc. Ce type de chose. Elle te propose même des exercices de respiration.

Je l'aime beaucoup. Mais comme le téléphone intelligent, cette montre "intelligente" fonctionne à batterie et il faut, après quelques temps, la recharger.

La semaine dernière m'a été parfaitement folle.
Lundi, j'ai travaillé 10 heures, mais fait 227 kilomètres.
Mardi, 12h00, 254 kilomètres.
Mercredi 12h30, 201 kilomètres.
Jeudi, 12h00, 233 kilomètres.

L'amoureuse et moi n'avions pas pris le temps de communiquer adéquatement sur l'horaire du week-end de Pâques que nous allions passer à Québec. D'autant plus que dans cet horaire de fou, une offre nous était présentée sur notre maison à vendre, un inspecteur venait inspecter, on essayait une dernière fois de nous faire baisser notre prix, ce qu'on a refusé de faire, et on concluait mercredi soir. Nous avions la tête à bien d'autres choses.

Vendredi, je croyais avoir ma journée jusqu'à 16h30 pour faire tout ce que je veux:
-Regarder le premier épisode de Games Of Thrones dernière saison.
-Regarder les deux derniers épisodes de L'Amour est dans le Pré.
-Lire À Toi Pour Toujours, Ta Marie-Lou de Michel Tremblay que je pense n'avoir jamais lu.
-Peut-être aussi regarder un film.
-Vivre.

Mais non, l'amoureuse avait pris congé et on partait plutôt vers midi pour Québec. Ce qui ne me pressait pas tant. Je savais que j'aurais trois fois, peut-être 4, la conversation obligatoire sur la maison vendue et celle achetée, à venir. Et je ne voulais pas briser le mood de personne avec mon désenchantement de la chose. 

Il est maintenant évident que j'ai besoin de temps. Et devant moi, branché à l'ordi, ma montre.

Ma montre qui chargeait. Ça m'a fait rire. C'était encore une parfaite métaphore de ma vie actuelle. Je chargeais du temps, parce qu' comme s'il m'en manquait.

Nous sommes bien partis vendredi. 4 heures de route. Ce qui restait inhabituel.  D'habitude ça nous prend entre deux heures et deux heures et demi. 273 kilomètres de plus. Ce qui n'était PLUS inhabituel après la semaine que je venais de faire. Mais tout aussi crevant. J'étais profondément zombie une fois à Québec. J'ai même eu peur d'être sans conversation, surtout au troisième rendez-vous familial, chez ma mère, le dimanche, après un vendredi chez la belle-mère, un samedi chez le beau-père, une soirée entre amis et ce dimanche avec mes deux soeurs, leurs enfants et ma maman, encore une fois, plus crevé que le mot ne le laisse entendre.

Là je réalisais que mon corps me demandait de lever le pied. Vraiment. De prendre le temps de télécharger le dernier album de Beirut donc mes amis m'apprenaient la sortie, la veille. Pendant que je les initiait plus ou moins* aux saveurs de la formation Metric, que je leur avouais aimer beaucoup plus que je ne l'aurais jamais cru. 

Comme prévu, on a parlé des maisons. Au début, j'ai plus ou moins esquivé en me cachant au sous-sol et dans les toilettes chez le beau-père, pour aussi y lire le livre de Tremblay que j'avais trainé dans mes bagages. Pour voler du temps. Et Tremblay m'a sorti du temps réel. Pour me faire jouer dans un univers sombre, mais formidable aussi. Un autre espace. Je ne l'avais effectivement jamais lu. Et une pièce de théâtre, ça se lit vraiment tout seul. Dans cet horaire de week-end pascal, j'ai eu le temps de la commencer et de la finir. J'achetais du temps un peu partout puisque qu'il me manquait aussi partout. Pour vivre.

Parce que parler des maisons, pour moi, c'était un peu mourir. Et on l'a fait partout. Comme anticipé. Et c'était tout à fait normal de leur part de féliciter et de me prêter des excitations qui n'étaient pas miennes.  Mes soeurs faisaient exprès pour me narguer car elles savaient que je n'étais pas enthousiaste sur la nouvelle maison.
Le beau-père tournait aussi le fer dans la plaie en disant constamment des choses comme: "OOH! c'est fou ce que vous aurez du travail à faire cet été!"**

Ce à quoi je ne réagissais pas. Prenant le temps de changer de pièce pour ne pas cracher de venin.

Le temps, ça ne devrait être géré que d'une seule façon:
Le temps, ça se prend. Tout simplement.
C'est une chose qu'on apprend en vieillissant. Et que je chéris formidablement, maintenant.

Et je l'ai pris. En lisant Tremblay en sourdine. Noyant la déprime. Téléchargeant Beirut. Écoutant aussi Metric quand je le pouvais. Complétant finalement tout ce que j'avais prévu le vendredi, dimanche en commençant vers 17h30. Fatigue, pas fatigue. Puisqu'aujourd'hui: congé Pascal. Où je vivrai. Revisitant avec mes enfants Earth pour le jour de la terre.

Ce qui inclura aussi ironiquement le début de la lecture d'un livre de Fanny Britt, une intervenante de la radio que j'ai appris à aimer beaucoup, un livre qui s'appelle...Les Maisons...

Avec le but avoué de faire la paix, une fois pour toute avec tout ça.

Il le faudra prochainement.

L'amoureuse, avant de revenir vers Montréal, disait à Punkee, notre fille, "sors ton livre de ton sac qu'on met dans le coffre, tu pourras l'avancer, on a deux heures trente au moins à tuer."

J'ai éclaté de rire à nouveau.

Il ne faudra jamais plus tuer le temps.

Ce serait le plus grand des crimes.


*Certains connaissaient bien Metric, déjà.
**Non.

dimanche 21 avril 2019

L'indélébile Humiliation Volontaire de E.L.James

Ericka Leonard était directrice de la production à la BBC, puis directrice de la société de production télévisuelle Shootingstarsproductions avant de faire la vraie grosse passe en affaires et devenir l'une des femmes les plus riches au monde.

Sous le pseudonyme de E.L.James.

Quand la série de romans pour adolescents Twilight est lancé en livres , entre 2005 et 2008, et ensuite quand celle-ci est adaptée en films, entre 2008 et 2012, Leonard les dévore. Elle adore. Ça lui donne la folle envie de vivre un rêve: écrire. Avec l'aide de son mari, en 2009, elle commence à écrire sur le net des fictions à caractère érotique, qui seront de plus en plus inspirés de ses propres fantasmes à elle.

Partiellement inspiré des vampires Bella Swan et Edward Cullen des romans et films Twilight, elle écrit Master of the universe I & II. Bella devient Anastasia Steele et Edward devient Christian Grey. Bonne idée, elle change son titre pour Fifty Shades of Grey, à la fois un jeu de mots envers le mystérieux multimilionnaire de son histoire, à la fois une belle pensée envoyée dans l'air cosmique voulant suggérer que nous sommes tous teints de couleurs extrêmement variées. Et devons le rester.

La réception de sa trilogie sera phénoménale. Il se trouve que son fantasme est aussi l'écho de millions d'autres femmes, et peut-être d'autant d'hommes. En vacances, au Mexique, je n'ai pas réussi à prendre une photo (j'aurais eu à le faire teès discrètement au risque de passer pour pervers) mais autour d'une piscine, pendant une semaine, il y avait pas moins de 6 femmes différentes (et un homme), donc 7 personnes, c'était en 2012, qui lisaient tous en même temps le premier tome. Des gens qui ne voyageaient pas ensemble. Et qui était très absorbés par le livre. C'est une image qui m'a marqué profondément. C'était vraiment devenu un phénomène.

Comme Harry Potter l'a été.

Et comme Harry Potter, ça a peut-être fait lire des tas de gens qui ne lisaient peut-être jamais. J'étais assez content. J'ai donc aussi choisi de le lire. J'ai trouvé très pauvre, au niveau de l'écriture et bon, pas vraiment excitant. Mais relativement déprimant de penser qu'il faille peut-être se marcher complètement sur la dignité pour plaire ou se faire plaisir. Pas mon truc. Mais je n'étais pas le public visé. La trilogie démocratisant les pratiques sado-masochistes chez les femmes a définitivement répondu à un besoin chez un paquet de femmes dans le monde. Le fantasme a fait écho. Encore aujourd'hui, faites le test, en regardant ce que les gens lisent sur la plage, vous trouverez toujours quelqu'un (une femme) en train de lire un des trois tomes. Ou une des deux suites du point de vue de Grey. Le premier tome est tout de même sorti il y a presque 10 ans. Elle en vendra 150 millions. Qu'on aime ou non. ça force une certaine admiration. Elle a écrit facilement, une danse assez paresseuse, qu'on ne peut surtout pas faire toute seule, et qui a besoin d'un guide sinon madame ne bouge pas, et le fantasme sécuritaire du millionnaire cochon jouant au maître sexuel qui a facilement décomplexé des millions de personnes, secrètement gênées de penser qu'elles étaient seules à penser à ces choses avec un certain émoi.

Traiter de la sécurité par l'insécurité restait une piste intéressante. La déstabilisation a touché sa cible et c'est tant mieux.

Toutefois, son dernier effort, lancé cette semaine, frôle le pathétisme.
Le dégradant, le rétrograde.

Ça partait de la noble idée de parler de l'immigration et de trafic humain. En effet, un de ses personnages, Alessia, est une immigrante d'origine Albanaise, maltraitée chez elle, menacée des pires choses, promises à un gangster local par son propre père, et devenue bonne chez un (autre) multimillionnaire, un DJ/photographe/playboy qui ne pense qu'à baiser.  Ce qui sera sa mission avouée, même quand elle se réveille la nuit, en criant, cauchemardant son passé. Lui, un duc, lui tient la main en souhaitant la faire crier autrement (c'est écrit sans sensibilité comme ça).

Très vite évacuée l'idée du trafic humain, on effleure à peine, et on glisse dans le semen de la passion amoureuse où le multimillionnaire, attiré par les vierges de 23 ans, qui n'ont jamais pris d'alcool de leur vie et qui se sont fait convaincre qu'une femme doit obéir à un homme en tout temps, l'invitera à vivre avec lui. Et dans ce qui semble être une affirmation féministe (James vend son livre comme ça) le personnage d'Alessia prend une grande respiration et lui dit fermement: "Je ferai le ménage chez vous, et tu me paieras."

(...)

Pendant que des pompières éteignent des feux, sauve des sinistrés, font de l'ardue négociation avec les preneurs d'otages ou tente de devenir de meilleures combattantes à mains nues pour sauver le monde des méchants, Miss James fait de sa ménagère immigrée, un autre corps à exploiter au service d'un mâle. Un corps propre.

Finalement ma photo avec des femmes en bikini lisant Fifty Shades of Grey autour d'une piscine me semble moins perverse.

Ou plus encore?

Je ne sais plus.

E.L. James réussit encore à faire ce qu'elle fait de mieux.

Déstabiliser.

Pas certain que sa conception de la dynamique homme/femme soit complètement raccord avec les femmes de notre époque.

J'ai la prétention de croire que non.
J'espère donc.

Nous devons tous être de multiples couleurs.
Mais certaines peuvent moins nous convenir.

samedi 20 avril 2019

Le Plus Grand Crétin de Tous Les Temps

Il a crié à la plus grande chasse aux sorcières de tous les temps.
Mais quand il parle, on ne l'écoute plus que d'une oreille maintenant.

Il est si idiot, qu'il a parlé d'une enquête sur l'enquête. Nous rappelant tous que les dictatures ont toujours le même parcours. Tu es au pouvoir, quand tu ne l'est plus, on essaie de te coffrer. (Lock her up, vous vous rappelez?) . Et pour ne pas se faire coffrer, on change les lois pour que les durées de mandat deviennent plus longs.

Il se dit complètement disculpé de toutes formes de soupçons suite aux conclusions du rapport Mueller.

Comme à peu près tout ce que le président le plus crétin de tous les temps dit, rien n'est plus faux.

Il a eu le pied dans l'antre de l'obstruction de la justice à au moins 11 reprises.

1. Il a demandé et insisté afin que le directeur du FBI, qui allait enquêter sur lui, lui soit loyal.
Il l'a fait dans un souper privé avec James Comey, alors directeur du FBI. Ce qui pouvait facielement se traduire par "fait ce que je te dirai de faire , svp, en tout temps". Même que le "svp" serait exagéré et contre nature. Ça relevait plutôt du "Tu peux baiser ma bague maintenant".
Un directeur du FBI jure fidélité à la constitution des États-Unis, qu'il doit défendre" jamais au président personnellement. Il a résisté à cette invitation au crime. Il ne serait pas le seul.
 C'était en janvier 2017.

2. Il a demandé à Comey de laisser tomber une enquête sur son conseiller en sécurité Micheal Flynn.
"C'est un bon gars, j'espère que tu peux passer l'éponge" a-t-il écrit à Comey. Il lui a aussi dit en personne, ce que Comey a compris comme une suggestion forte puisqu'il est le Président. Et qu'il le voyait en privé.  C'était en février 2017.

3. Le Président a limogé James Comey.
La cause évoquée était que Comey n'était pas la personne adéquate pour enquêter sur "les courriels d'Hillary" (qui n'ont JAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAMAIS été les courriels d'Hillary mais ceux d'Huma Abedin, son assistante, et qui n'étaient RIEN!). Interrogé face au congrès, Comey a refusé de confirmer ou d'infirmer si le président était actuellement sous enquête. Drôle de hasard, il perdait son job quelques jours après. Depuis 1968, les directeurs du FBI sont en poste pour des périodes de 10 ans, afin de les préserver de la pression politique partisane.

4. Le Président a menti sur pourquoi il a limogé Comey.
Il a dit que c'était sous la double recommandation de son procureur général Jeff Sessions et de son adjoint Rod Rosenstein qui lui avait fortement suggéré le congédiement. C'était faux. Il avait déjà décidé tout ça sans même les consulter. Le congédiement suggère une tentative d'influence sur la direction de l'enquête en cours. Nixon a perdu toute crédibilité, et son poste au final, en faisait l'exacte même chose dans les années 70. C'était en mai 2017.

5. Il a demandé à des agents de l'intelligence de garder son nom hors des pistes d'enquête.
Il l'a demandé au directeur de l'intelligence, Dan Coats, au directeur de la CIA, Mike Pompeo, au directeur du renseignement secret Mike Rogers, et à James Comey (avant son congédiement) de ne pas le lier aux Russes d'aucune manière. Il a demandé à Comey "que pourrais-je faire pour que ce nuage s'évapore?". Les présidents ne demandent jamais de clémence face à des gestes douteux de leur part. Ça les rend plus suspect.

6. Il a tenté de diriger les conclusions de l'enquête sur l'influence russe.
Il a demandé à Jeff Sessions d'exiger que l'enquête, peu importe ses conclusions, n'applique ses conséquences sur "les trouvés coupables" que sur les PROCHAINES ÉLECTIONS. Difficile d'avoir comportement plus coupable.

7. Il a demandé à Jeff Sessions de se "dé-récuser".
Se récuser est se retirer d'un dossier quand on se juge en possible conflit d'intérêt. Sessions est un homme intelligent. Il s'est vite récusé. Il en savait trop. Le président a insisté auprès de lui pour qu'il change d'idée. Quand Mueller a été engagé à la place de Comey, il a dit "I am now fucked". Sessions n'a pas plié. Le président voulait en faire le patron du département de la justice afin qu'il puisse avoir le nez près de l'enquête. Un président ne doit jamais s'impliquer dans une enquête, encore moins sur une enquête le concernant.

8. Il a essayé de virer Sessions.
Il a dit a son directeur du personnel, Reince Priebus qu'il avait besoin d'une lettre de démission de la part de Sessions. Qui ne lui obéissait pas assez au doigt et à l'oeil. Priebus a tout de suite compris que le fait que Sessions se soit récusé était en lien direct avec la demande du président.

9. Il a menti sur la nature d'une rencontre entre Donald Junior et des Russes.
De retour du triste G20 où sa bipolarité a fait de Justin Trudeau une tête de turc bien inutilement, il a dit que Don Junior et les Russes s'étaient vus et rencontrés pour parler adoption internationale. Les courriels auxquels les enquêteurs ont eu accès confirment que les Russes ont rencontré Don Junior pour lui parler de Wikileaks et de courriels compromettants pour Hillary si l'équipe du président en voulait. Le président a tout de même fait dire à son assistante Hope Hicks que c'était à propos d'adoption. Mentir, une seconde nature pour ce crétin.

10. Il a tenté de faire limoger Mueller.
En juin 2017, le président a appelé l'avocat de la Maison Blanche, Don McGahn, afin de lui demander si il pouvait virer Mueller. Ce que McGahn lui a déconseillé puisque Nixon était tombé ainsi et que de virer deux fois faisait du président le nouveau OJ Simpson, c'est-
à-dire, l'homme le plus coupable au monde. Quand McGahn a refusé, il a demandé qu'il nie que le président lui eût demandé une telle chose, ce qu'il a dignement aussi refusé.

11. Il a menacé à répétition son ancien avocat Micheal Cohen.
Peu de temps avant que Cohen ne déballe son sac au congrès, cette année, le crétin président a insinué que le beau-père de Cohen serait susceptible d'avoir des problèmes avec la loi prochainement. Cohen a été intimidé tel que prévu et a fait remettre son témoignage. La technique d'intimidation révèle le plus grand des lâches.

"J'aurais pu virer tout le monde" a dit le cancre.
(rires ici)

Pas coupable.
Surtout pas disculpé.
Simplement le plus grand crétin de tous les temps.
Dans le rôle de président.

Le rapport Mueller devient un ouvrage de référence pour une possible destitution.

Ce qui n'arrivera pas, ne soyons pas plus moron.
Mais quand a présidence sera enfin tombée, les vrais héros seront tout ceux qui seront restés dignement humain dans tout ça.

Loyal à l'Homme, pas à l'hommerie. Ce sont eux qu'il faudra retenir et afficher dans les corridors.

Le rapport ne mettra pas fin à la présidence actuelle. Mais le confirme crétin solide.


vendredi 19 avril 2019

Partir la Guerre et Hurler aux Morts

Il est con le PKP. Vraiment con.

Bell et Videotron sont les 2 grosses compagnies de cablodistibution locales. Ils font tous les deux du téléphone, du multimedia et de la cablodistribution. Ils sont nos diffuseurs télés.

Bell est très riche, parce que pancanadien. Videotron aussi, mais moins. Surtout parce qu'ils ont des tentacules dans l'édition, la musique, la diffusion de musique, les spectacles, et qu'ils sont propriétaires d'un éléphant blanc à Québec, qui attends le retour des Nordiques.
Les fiches ici sont 100% inversées

Mais voyez, ce fantasme partagé ne leur rapporte pas encore beaucoup. On parle même de pertes qu'on tente de garder secrètes. On niera on niera, mais le Centre Videotron ne rapporte pas tant depuis son arrivée dans le paysage Québécois. Ce qui rapporte encore moins, c'est leur station sportive TVA Sports, d'abord accueillie comme une bonne chose car, au Québec, la seule station diffusant exclusivement du sport, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, notre TSN, ESPN, c'était RDS, le Réseau des Sports.

Depuis trop longtemps, RDS a été l'UNIQUE diffuseur de sports en continu au Québec, en français. Et, sans compétition, ils se sont un peu assoupis. Ils sont devenus légèrement pantouflards. Ils ne se forçaient plus pour être nécessairement bons. Ils étaient même devenus un peu poches. Claude Mailhot était devenu le spécialiste d'à peu près TOUS les sports.

Alors l'arrivée de TVA Sports avait ça de bon, RDS se devait de relever la barre. Ce qu'ils ont pas pire fait. Mais TVA Sports n'a jamais vraiment décollé. Ils ont même été sujet de nombreuses moqueries. Ils étaient, et sont toujours, assez moches, et, à l'image de leur PKP, très très maladroits.

Renaud Lavoie est le continuel journaliste envoyé au niveau des joueurs, et un des rares non joueurnalistes, c'est-à-dire un ancien joueur, au français approximatif, et à l'analyse mal en bouche. C'est Lavoie qui conduit les entrevues au niveau du banc des joueurs, dans les corridors, sur la glace après le match, et mon fils et moi prenons un plaisir vous à n'écoutez que ce morceau de TVA Sports. On se moque beaucoup de ses continuelles "non-question" du type: "Max Domi, you scored twice today...the game...the win...the team..." avant de lui tendre le micro.

TVA Sports est si terrible dans son exécution que les cotes d'écoute en souffre beaucoup. Depuis deux ans, ils ont le contrat exclusif de la diffusion des séries éliminatoires de la LNH. Mais l'an dernier, ils étaient si mauvais que les vidéos parodiques de Kevin Raphaël étaient plus populaires. Et Montréal leur a fait le coup salaud DE NE PAS FAIRE LES SÉRIES! ce qui faisait diminuer la passion du hockey de moitié au Québec. Même que l'an dernier, on a révélé deux choses:
Notez les logos de clubs

-Le % de cote d'écoute pour les matchs de hockey en anglais, ailleurs, a été nettement en augmentation. Comme jamais, au Québec. Ce qui représentait alors un refus de la part des Québécois de TVA Sports.

-On a aussi révélé que TVA Sports perdait des millions. (sans vraiment les chiffrer, mais la première chose explique beaucoup la seconde).
Pittsbugh gagnait alors le 3ème match, pas la série

Cette année, LES CANADIENS NE FONT PAS PLUS LES SÉRIES! Et je soupçonne que, comme chez nous, ceux qui suivent les séries, car TVA Sports a toujours le contrat exclusif de la diffusion en français, le font en anglais, ailleurs. À CBC, qui font un job fabuleux depuis presque 100 ans. Ou sur Hockey Central. À Sportsnet ou TSN. Mais PAS à TVA Sports et ces multiples fautes de frappe, faute de faits et lapsus importants (comme de nommer Orpik  transportant la rondelle avec les Penguins sur une séquence de jeu alors qu'Orpik est un Capitals depuis 5 ans! et dans un match n'impliquant même pas Washington!).

Bref TVA Sports est si dans le rouge que je les crois quand ils disent qu'ils sont presque sur le respirateur artificiel.

Mais ce qu'a fait Pierre-Karl Péladeau la semaine dernière, brouiller volontairement le signal de TVA Sports pour tous les abonnés de Bell parce que PKP trouve que Bell est trop enclin à payer de meilleures redevances à RDS, le jour du début des séries, était un crime en soi. Et aussi une déclaration de guerre. Car ce qu'on placardait aux abonnés voulait faire porter le bonnet d'âne à Bell.

PKP, un homme d'affaires, depuis, suggère au CRTC de changer sa manière de gérer les redevances. TVA veut les mêmes équivalences, même si la qualité entre les deux stations est très différente. Mais les hommes d'affaire ne dictent PAS les manières de faire du CRTC. C'est plutôt l'inverse.

Quand André Bureau y était, peut-être, oui, j'y travaillais, je ne me rappelle bien la dignité achetable de certains membre du CRTC. Mais plus maintenant. 

Bien entendu, tout de suite après avoir illégalement pris d'innocents amateurs de hockey en otage dans une toujours bête chicane d'affaires, on a ordonné de redonner le signal télé sous peine d'être gravement sanctionné pour cette grenade lancée dans les tranchées.

Le CRTC a pris le taureau par les cornes et a convoqué les deux partis pour les entendre. TVA Sports a répété ses jérémiades au CRTC, en ajoutant plus de ridicule encore, appelant à une "trève" avec Bell (CHRIST! VOUS VENEZ DE PARTIR LA GUERRE!) et en évoquant la mort de la station, faisant dire à une autre que la solution de Bell (de suspendre la licence de TVA Sports pour son réflexe criminel d'un soir) allait être "mortelle" à TVA Sports.

Ben oui, en guerre, il peut y avoir des morts.
Guerre dont vous tenez encore la goupille de la grenade de la semaine dernière au doigt.

TVA Sports est misérable, oui. Il peut devenir meilleur. Surement. Ne l'est pas du tout encore.
Mais si leur boss trempe dans l'idiotie, c'est du suicide pour la station.

André Bureau est décédé cette semaine. C'est aussi la fin d'une époque.
Le CRTC a été clément hier soir. 
Mais le citoyen moyen ne l'entendra pas ainsi.

jeudi 18 avril 2019

Chevaux Sauvages

C'était un typique mardi un peu avant Noël.

Marianne est revenue de l'école et comme toujours, elle s'est enfermée dans sa chambre où, au lieu de faire ses devoirs, comme ses 15 ans le commandaient, elle ouvrait sa radio afin de tenter d'obtenir le signal du poste pouvant lui offrir la musique afin de finir sa cassette de musique diverses. C'étaient les années 80, dans le Bronx. Et dans cette partie du Bronx, le signal de la radio ne rentrait bien que lorsqu'on plaçait les antennes de celles-ci en direction du Whitestone Bridge.

La neige a débutée tôt en fin d'après-midi. Mari, tentant de protéger son radio des riches flocons, n'a pas tout de suite entendu sa mère l'appeler. Quand sa mère lui a finalement demandé un service, Marianne a tout de suite pensé "AAAH! c'est la dernière chose que je veux faire...une commission!". Quand celle-ci a su ce qu'elle aller acheter pour sa mère, elle a pensé "AAAH! c'est la dernière chose que j'ai envie d'acheter...des tampons!" Et pas n'importe lesquels, les Kotex super-size, cette boîte peu subtile mauve et jaune, si grosse qu'elle se mettait mal dans les sacs.
C'était si peu subtil que tout le monde savait, en marchant dans la rue, ce qu'était l'achat et pouvait penser facilement que c'était un achat pour elle. LA HONTE!
À 15 ans, personne ne veut faire savoir que vous êtes dans cette période du mois.

Mari se rendit à 5 coins de rues, à pied, grommelant pour elle-même que le jour où elle aurait un enfant, jamais elle ne le ferait aller acheter ses tampons. Une fois à la pharmacie, passé le commis au visage boutonneux l'ayant fait payé, Mari avait quitté l'endroit rapidement, voulant s'effacer de partout.

Mais sur la rue, deux ados de son âge lui ont rapidement soutiré le sac des mains et sont partis à la course, se tirant le sac l'un vers l'autre, faisait courir Marianne entre les deux garçons. Ce n'était pas que deux garçons, c'était Denis & Jacques, de la gang de Chicken Wings Brothers, deux des gars les plus cool du quartier. Qui le restaient même un peu en se moquant d'elle, en ce moment même. Tous les gars du quartier voulaient être ces deux gars-là et toutes les filles voulaient faire "des affaires" avec eux...

...sauf Marianne.

Ce qui était aussi une menterie qu'elle se contait à elle-même puisqu'elle avait un vrai kick sur Denis depuis longtemps, mais se considérait seule dans cette envie de se toucher différemment, elle et Denis, ne se trouvait pas dans "leur ligue", et maintenant qu'ils se tiraient le sac contenant les tampons, si ils découvraient ce qui s'y trouvait, toutes le chances que quelque chose d'intéressant en naisse devenait nulles. L'exaspération de Marianne courant entre les deux sacs est alors devenue une frustration réelle que seuls les ados peuvent comprendre.

Fatiguée de courir entre Denis & Jacques, Mari a choisi de plaquer au sol Jacques, afin qu'au moins le sac et son contenu reste secret. Mais le sac a été voler jusque dans la rue, l'active Westchester Avenue, où la boîte s'est facilement extirpée du sac, et qu'une roue d'autobus #4 est venu écraser comme on écrapouti un petit pois d'un coup de dent. Mari s'est bruyamment plaint. Jacques, loin du milieu de la rue et du paquet crapou lui a répondu:
"Tu ne feras pas une scène pour une bête boîte de biscuits! on t'en rachètera une autre!"
"Ou on t'en volera une!" a rajouté Denis, qui, lui, OH MALHEUR' se dirigeait vers la boîte au milieu de la rue.

À la pause qui a suivi, Mari a vu Denis prendre conscience de ce que c'était, la regarder à nouveau, puis dire à Jacques de fermer sa gueule.

"Ouais, tes biscuits sont bel et bien finis, oublie-ça, on s'excuse, on va marcher avec toi jusque chez toi" a dit Denis.

Marchant dans des rues toujours plus floconnées, entre les musique de Noël d'Andy Williams ou de John & Yoko, les trio a recommencé à s'amuser, à trois cette fois. Après avoir tenté d'attraper les plus gros flocons sur les langues, Denis a d'abord ramassé le plus de neige sur le toit d'une auto pour en faire un motte lancée en direction de Jacques. La suite n'est que bataille de mottes de neige. Glissant dans les rues, jusqu'à se pendre sur les luminaires, des gros flocons restant perchés dans les cils de tous et chacun. Le ciel était étrangement entre le pourpre et le rouge, annonçant un beau lendemain.
Le flocon sur le cil de Denis, avec ce ciel derrière était la plus belle chose que Marianne n'avait jamais vue. Elle en était complètement paralysée.
"On est bien rendu chez toi? non?" dit Denis, la sortant de sa rêverie. "Oui" a-t-elle confirmée.

Denis l'a fermement embrassé sur les lèvres. Ce qui colora le corps de Mari de frissons de félicité. Jacques a tout de suite fait suivre avec un baiser lui aussi, mais sur la joue.

"Joyeux Noël Mari!" ont-ils dit, repartant au galop comme les deux chevaux sauvages qu'ils étaient.

Mari a tout simplement plané jusqu'au 5ème étage du logement familial.
"Où est ma boîte?" a demandé sa mère. Elle a déduit le montant du compte de Mari quand elle lui a expliqué qu'un autobus l'avait détruite. C'est papa, plus tard, qui ferait l'ingrate commission pour elle.

Peu de temps après Noël, Denis & Jacques ont tous deux été assassinés. Se rendant au McDonald un soir, quelqu'un en voiture, leur avait lancé une canne de bière. Jacques l'avait relancé dans leur direction. Aux États-Unis, où on porte une arme comme on porte un briquet partout ailleurs, la voiture est revenue pour les tirer tous les deux.

À l'enterrement de quelqu'un de trop jeune, si vous l'avez déjà vécu, il y a toujours trop de monde. Parce que jeune, on connait tout le monde et tout le monde nous connait. Mourir à 75 ans, plusieurs de nos amis, de nos entourages, sont déjà partis. Mais mourir à 15, tout le monde est encore là. Et leurs parents. Et leurs grands-parents. Et les cousins, les cousines, et l'école au complet. Tous les niveaux.

Pleurant contre le tombeau fermé de Denis, Mari sentit la présence de la mère de Denis s'approcher d'elle. Cette femme était la plus grise et la plus triste que la planète eût connue.

"Tu connaissais bien Denis?"
"...Un peu, oui..." a dit Marianne
La triste femme l'a dévisagée une minute avant de se rendre ailleurs.

Marianne aurait voulu lui avoir dit à quel point son fils était un gentleman. Qu'il n'avait pas trahi son secret. Qu'il avait joué dans la neige avec elle.

Qu'il était son premier baiser.

Dans ce qui était probablement la dernière fin de journée d'adolescence pure de la vie de Marianne.
Et des disparus.