vendredi 20 septembre 2019

Façons d'Être

Je ne supporte pas Justin Trudeau pour les mêmes raisons que je ne supporte pas Céline Dion.

Pour leurs façons d'être.

Quand Céline Dion prend un petit air qui se veut comique, je ne la trouve jamais drôle et j'entends les matantes du Québec entier dire en unisson "Hi qu'est folle!". Son art d'interprète ne me séduit pas non plus.

Je n'aimais pas Richard Abel ou Andrea Bocelli car je travaillais dans le monde de la musique et que je voyais le type de clientèle qui achetait leurs disques.
Je n'ai jamais aimé les B.B.
Étudiant universitaire à Sherbrooke, nous pratiquions une pièce de théâtre au sous-sol de la salle Maurice O'Bready en 1992. Un samedi soir de pratique, les B.B. allaient se produire sur scène au-dessus de nous. J'étais convaincu que c'était un spectacle d'Henri Dès!
QUE DES ENFANTS!!!! Ça confirmait pourquoi cette musique ne me rejoignait pas.

C'est possible de ne pas être attiré par un artiste en raison du public qu'il génère.
Il est parfois important de se reconnaître en un artiste.

C'est ce qui fera qu'on votera Libéral, NPD, Bloc, Vert ou Conservateur.
Quand on a perdu la tête, ou qu'on en a jamais eu, on votera Bernier.

Justin Trudeau, les Trudeau père et fils, je n'aime en rien leurs façons d'être.

Le père était un arrogant suprême qui avait promis de "mater" le Québec et qui l'a en quelque sorte fait à coups de Tanks et de vendetta contre les gens d'allégeance Péquistes. Il a eu du sang plein les mains suite à la mort de son collègue Pierre Laporte. Il était grand gueule, gosse de riche, donc l'argent n'avait jamais manqué, ce qui lui a donné le mauvais réflexe de mettre le feu au portefeuille du pays. Plongé dans un trou duquel on tente encore de se sortir.

Fiston fait pareil. Il a promis de flamber et il le fait. On découvrira tout ça davantage quand il ne sera plus au pouvoir.

Pour l'instant, on a découvert ses photos de 2001. Et une vidéo. Et une autre photo.

(...)

et alors?

Ça m'a pris du temps à vraiment m'en faire. Trudeau, qui n'a rien d'un raciste, s'est maquillé (mal, Aladdin n'est pas si foncé) dans le but de ressembler au personnage. Pas dans le but de se moquer des gens de couleurs.

Mais il va de soi, que si j'arrive quelque part, déguisé en femme, je serai sujet à moqueries. Et je jouerai le jeu. En faisant des féminités qui feraient rire. Mais je ne rirais pas des femmes pour autant.

TOUT ce qu'on a entendu hier sonnait faux. Même les excuses de Trudeau. Sauf peut-être Jaghmmet Sing et Yves-François Blanchet.

Il y a effectivement erreur de jugement et maladresse.

Le Canada, les États-Unis se sont outrés. Le Québec moins. Et j'étais fier de mon pays qui n'est qu'intérieur. Ce qui nous as irrité et nous semblons avoir été presque les seuls à le remarquer, c'est la main lourde sur le plastron et assez près de la jolie jeune femme devant lui sur la première photo. 38% #MeToo approved.
(C'était peut-être aussi son amoureuse d'alors).

Peu de gens ont, hier, souligné le vrai problème autour de tout ça. Pourquoi ne pas en avoir parlé en ouverture de campagne? Ça s'explique bien. "Nous étions jeunes et insouciants..." même si à 29 ans, il avait déjà des ambitions politiques. 

Ce qui est aussi déplacé c'est qu'il était enseignant. Et en Colombie-Britannique. Deux raisons qui alourdissent un "I should have known better". La Colombie-Britannique a un historique de Blackface et être enseignant devrait vous obliger à être quelques pas en avance sur votre époque.

Mais je vous l'avais dit! ce n'était pas un si bon prof!
C'était LUI qu'il mettait en valeur (ou pas) pas ses élèves.

C'est dans la façon d'être que je n'aime pas Selfie Trudeau. Son incapacité à devenir mordant quand Donald Trump, bipolaire, choisit d'en faire son tapis de salle de bain.
Son envie d'épater la galerie en insolences.
C'est parce qu'il avait l'air perdu dans un magasin de costumes et insultait jour après jour ET l'Inde et le Canada en montrant avec excès sa famille entière déguisé en folklore indien qu'on l'a tous trouvé gênant.

Comme Céline quand elle change son ton en entrevue et roule ses "R" pour jouer la comédie et faire la "folle".

Leur façons d'être énarvent.

Moi, ils m'énarvent.

La première ligne de l'hyperlien que je vous mets où Trudeau veut tant épater, est révélatrice:
"la vie est trop importante pour qu'on la prenne au sérieux"

OUI, pour un gars comme moi, qui blogue, qui conduit des camions, qui traduit, mais pour un Premier Minus, NON.

La diplomatie des chaussettes, la diplomatie du selfie, la diplomatie des costumes, TROP LÉGER!
On n'exige pas quelqu'un de 100% austère. On exige quelqu'un qu'on ne sentira pas continuellement en audition pour une pièce de théâtre.

Il est à l'image de son époque. "like-moi". Il aime le monde mais reste en surface. Il aime le Canada, mais dirige aussi en surface. Symboles sur symboles. Excuses symboliques. Tu aimes l'idée que les Strumbellas, un groupe aimé et populaire, plein de "J'aime" sur le net, produisent la chanson de la campagne en français mais tu ne fais pas les efforts pour superviser quoi que ce soit et le résultat est une catastrophe. Tu prêches en militant pour les droits autochtones, mais quand un symbole, droit, autochtone, fait passer la dignité avant l'aplat-ventrisme capitaliste, tu la limoges.

Judy Wilson-Raybould est un puissant symbole de réussite chez les autochtones. Et l'achat d'un pipeline n'est aucunement populaire chez les autochtones. Tu ne les comprends pas. Tu restes en surface.

Le narcissime de 2019 veut que l'univers commence par soi et se termine par soi. C'est comme ça que Juju s'est comporté en 2001. Et sur les deux autres photos/vidéos. Peu importe le passé douloureux d'une communauté, on va bien rigoler grâce à moi.

J'aimerais bien demander aux femmes sur la première photo et aux deux hommes, d'origine indienne, sur la seconde, comment, au fond d'eux-mêmes ils avaient trouvé Trudeau dans son kit.

Peut-être que déjà, on trouvait ses façons de faire, d'être, un peu connes.

Incapable d'anticiper la controverse, ça confirme le narcissisme. Moi, aujourd'hui, et demain. Hier? Pas important, nous n'y sommes plus.

C'est beaucoup ce qui a expliqué le peu d.empressement à trouver de la désolation au Québec face à ses erreurs de 2001.
Il s'est colorié le visage. Il voulait ressembler à Aladdin et à Harry Belafonte. Peu à voir avec le racisme.
Tout à voir avec le manque de sensibilité.

Je n'aime ni Justin, ni Céline pour les mêmes raisons.
Ni Maxime Bernier, ni Donald Trump.
Ni ben du monde.

Pour leurs façons d'être.

Mais il y a tant de bouffons sur terre en ce moment au pouvoir.
On navigue encore dans le léger ici avec cette histoire.
Qui n'en était pas une tant que ça.

On le savait que Trudeau était un superficiel sot.

jeudi 19 septembre 2019

J'Arrive

Rien ne m'irrite plus que de lire ou d'entendre ces mots.

"J'arrive"

CE N'EST JAMAIS VRAI!

Personne ne veut jamais lire ou entendre J'arrive. IL/ELLE VEUT LE VOIR!

J'étais au dépôt depuis 6h59. Il était maintenant 7h24. Je ne faisais que du rien. Une journée où j'avais 99 adresses à travailler. Je devais attendre H., une cloche des ligues majeures, fille de la ville que je déservirais ce jour jour-là, qui avait la clé pour ouvrir le hangar du dépôt où je devais y prendre deux tonnes et demi de bacs de recyclage, de déchets et de compost.

Pas d'excuses, pas d'explications, alors que nous devions commencer à 7h, un simple, "j'arrive" suivi, 14 minutes plus tard d'un plate "je suis là". J'attendais K. pas H. K. travaille mieux, même si elle est terrrrrrible, elle aussi.

La ville pour laquelle je fais le service le mercredi est une ville de crottés. Une vraie. Et je ne dis pas ça parce que c'est le quartier de Montréal contenant le plus grands nombres d'immigrants, je dis ça simplement parce que personne, dans cette unique ville, alors que j'en travaille une quinzaine d'autres les autres jours de la semaine, ne fait aucune distinction entre déchets, compost et recyclage. Le poulet se retrouve continuellement dans les trois. Donc, les larves aussi. Je ne suis techniquement pas supposé toucher à un bac si plein. Et ceux de cette crottée de ville le sont tous. Je suis brave joueur et je transvide le contenu du bac brisé dans le nouveau que je livre. Je ne devrais pas. C'est 100% dégueulasse. Je passe de joyeux lurons avec qui il fait bon jaser à face de marde dégouté qui ne veut communiquer que des sacres.

Le mercredi, je sacre.

Alors quand on commence la journée en me donnant du "J'arrive" c'est un peu comme pincer le martyr avant la torture.



À la radio récemment, j'ai entendu l'auteure montréalaise Heather O'Neill. Je ne la connaissais pas. J'ai beaucoup aimé ses observations. Son tempérament. Son accent. J'ai alors voulu savoir si j'aimerais aussi sa plume. Je me suis donc lancé dans ma bibli locale et ai emprunté son premier livre. Si vous aviez cliqué sur l'onglet "Je lis", en haut, à droite, vous auriez trouvé erronément le livre Lullabies for Little Criminals d'Heather O'Neill.

Erronément puisque, si j'avais bien ce livre en main, je n'avais pas la version originale anglaise. J'avais la copie traduite.

EN FRANCE!
J'allais le découvrir à la page 1 et abandonner le livre aussitôt.

"Putain ce sale con, il caille!"
Mon père était furax.

CALEVER

Ce n'est pas vrai que je lirais Montréal en franchouillard au risque de lire une phrase comme:
"Il s'est cassé avec la meuf du type de la mégateuf!"

L'histoire de son premier livre est celle d'une pré-ado, plongé dans un monde adulte par un père perpétuellement intoxiqué qui la fait glisser dans le chemin du monde interlope. On a la perspective de l'enfant et ça semble assez réussi.

Mais pas le langage et les références à l'Europe! Ça parle d'ici christ!
Ça m'a tellement outré, après une journée de vomi en ville de crotté, que je suis allé troqué "La Ballade de Baby" pour The Girl Who Was Saturday Night, son second roman, qui, pour mieux tourner le fer dans la plaie, me mettait en couverture "from the author of Lullabies for Little Criminals."

I Fucking know.

Je ne lirai pas Lullabies for Little Criminals passé dans la moulinette des traducteurs de France. C'est une réalité AMÉRICAINE!
Si par malheur elle évoque le baseball, faudra se refaire des constructions mentales afin de savoir de quoi elle parle!

Comme ma journée se précipitait dans le catalogue des jours de marde, en allant à la bibli, l'amoureuse m'a piégé mis dans les mains- "T'es tellement le plus gentil, t'es tellement le le plus beau pis le plus fin..."-, la commande arrivée d'un magasin de meuble qui attendait l'un de nous avant vendredi pour aller chercher le dit meuble.
J'ai été cave brave encore. Et m'y suis rendu. Essayé fort au début. Vers 20h, on commençait à mettre des dalles de béton pour des constructions de la route nocturnes. L'entrepôt en question s'y trouvait enclavé. J'ai passé tout droit. Puis, 10 minutes de détour plus loin, j'ai repassé tout droit, ne trouvant pas l'entrée. Il y avait quand même bien des voitures à cet entrepôt! comment s'en sortiraient-elles?

Treize autres minutes plus loin (J'ai pris trois minutes de textos à l'amoureuse pour y texter mon impatience), j'ai finalement vu une voiture sortir du rond que je ne cessais de faire depuis plus de 30 minutes. Si cette voiture avait été noire, j'aurais encore manqué l'entrée cachée dans la nuit. Vers la fin des pilones de bétons.

Sur place, nous étions 7 à attendre notre commande.
Ce cauchemar bourgeois dansait sur mes nerfs.

L'amoureuse a fini par me texter:
"Je suis désolé minou, je ne pensais pas que ce serait si compliqué, je sais que tu es fatigué, merci beaucoup "

Je l'ai gratifié du silence du boudeur. Même pas marqué "lu" sur son téléphone.

Puis, 17 minutes plus tard, quand on a rentré tout ça dans mon (trop petit) char, elle a minouché par texto:

"Tout va bien? Où est mon chum?"

J'ai répondu "J'arrive"

Pas vrai, comme toutes les fois qu'on dit "J'arrive".
Il restait 21 minutes entre l'entrepôt, moi et elle.

Je me hais.

mercredi 18 septembre 2019

ZeD

J'envie parfois le champs d'études des neurologues.

Le cerveau est fascinant de mystères.

Qu'est-ce qui fait qu'un être humains pour se trouver émoustillé par le port d'un manteau de pluie?
Par le port d'une couche sur un adulte?
Par l'idée d'être transporté ou de transporter quelqu'un sur son dos, comme le bédéiste Harry Crumb?

Marie Pier Morin, pourquoi l'intérêt?

Plus sérieusement, les langues.

Qu'est-ce qui fait qu'ayant appris une langue, on peine parfois à tant être en mesure d'en parler une autre?
Qu'est qui fait que certains sons nous collent à la bouche?

Sophie Durocher, chroniqueuse du Journal de Montréal, a passé de nombreuses années en France et en est revenue avec un indécrottable accent français.
En revanche certains acteurs réussissent à masquer leurs accents anglais afin qu'ils sonnent anglais du Sud des États-Unis.

Qu'est-ce qui fait, dans un cerveau comme le mien, que je puisse imiter un accent français pendant des heures et me faire vraiment passer pour un français de France, et que d'autres n'arrivent pas du tout à imiter l'accent français?

La France peut être extraordinaire de stupéfaction avec le son "th" anglophone.
Qui est plus près du "de" que de n'importe quelle autre son.
Pourtant, de la bouche de plusieurs Français, ce son devient un "Z".

En 1990, quand le mur de Berlin est tombé, Roger Waters, ancien Pink Floyd, mais aussi compositeur à 96% de leur album The Wall de 1979, avait promis de faire un spectacle de cet album concept double à Berlin. Si le mur séparant les deux Allemagnes tombait enfin. Son album concept de 1979-79 raconte l'aliénation par l'érection d'un mur, vaincu en toute fin par son effondrement. Pendant son spectacle (que j'aurai vu 2 fois, une fois en direct sur les Plaines d'Abraham de Québec, extraordinaire, et une fois à la télé) on érige, petit à petit un mur au fur et à mesure que le spectacle progresse, jusqu'à ce que Waters et ses musiciens soient 100% derrière ce mur. Puis, en toute fin, on le fait spectaculairement s'effondrer. TEAR DOWN THE WALL pendant la chanson The Trial. (Je retrouve les mêmes frissons à simplement revoir ces images sur Youtube).

Probablement autour de 1991, la station musicale Musique Plus avait acheté les droits du spectacle de 1990, alors filmé et présenté avec une tonne d'invités dont Ute Lemper, Van Morrison, The Band, Bryan Adams, Sinead O'Connor et Cindy Lauper.

Cégepiens, nous nous étions tous réunis dans le sous-sol de chez notre ami Wakaluk. On trépignait d'impatience de voir enfin ce que nous n'avions qu'entendu à la radio. Et encore là, pas tout le monde. L'internet n'existant pas encore vraiment, on avait aucune ressource pour mettre des images sur ce que nous avions entendu.

À l'heure promise, nous étions une dizaine entassés devant la télé pour écouter la rediffusion. Un homme, dans la soixantaine, cheveux absent, les lunettes lourdes, Suisse, se présentait à l'image directement à nous pour nous dire ceci:

"La Banque de Suisse est fière de vous présenter: ZEVOL"

Aussitôt on a tous crié:
"WAKALUK! T'ES PAS AU BON POSTE!"

On a zappé, on a cherché ailleurs puis quelqu'un a cliqué...

"ATTENDEZ!!! Ze Vol, ça ne pourrait pas être The Wall?"

On est revenu sur la station et...
oui, cette tronche ne savait pas prononcer De Oualle.

Plus récemment, une amie me disait avoir écouté la série de Netflix Stranger Things, saison III avec son fils de 10 ans. Ce dernier ne maîtrise pas beaucoup l'anglais, ils l'ont donc écouté en français.

...de FRANCE

Elle m'a demandé comment s'appelait le personnage joué par Francesca Reale, la salvatrice de piscine endoctrinée par Billy dans la saison III.
"En français ils l'appellent Hézeur? C'est quoi ce nom?"

Heather.
Eder.

Pas difficile de placer sa langue sur ses dents, il me semble.

Je travaillais, il y a une semaine, avec une collègue ontarienne d'origine, qui est admirable dans ses efforts d'apprendre et de bien parler le français. Elle allait se chercher un café. Sachant que je suis intolérant au café, elle m'a demandé "si je voulais qu'elle me prenne un Smoozie?".

"un quoi?"

"Un smoozie"

"Un smoothie?"

"Vous ne dites pas smoozie en français? j'ai entendu ça dans un film..."

TRADUIT EN FUCKING FRANCE!

Je me demande comment ils prononcent Thirst. (la soif)
Zeurste?
ou Thorough (complet, minutieux,approfondi, détaillé)
Zorro?

Mithère
Misère...

mardi 17 septembre 2019

Blonde & Idiote Bassesse Inoubliable************Deja Vu de Crosby, Stills, Nash & Young

Chaque mois, tout comme je le fais pour le cinéma (dans les 10 premiers jours) et comme je le fais pour la littérature (dans les 10 derniers), vers le milieu, je vous parles musique.

Le titre de la chronique est inspiré de 4 albums que j'ai tant écouté que j'en connais chaque note, chaque vibrations, chaque son. 4 albums qui forment mon ADN musical.

Par ordre de création:
Blonde on Blonde de Bob Dylan
The Idiot d'Iggy Pop
Low de David Bowie
The Unforgettable Fire de U2

B.I.B.I. c'est moi. C'est aussi la terminaison du terme habibi, qui, en dialecte irakien veut dire Je t'aime.

Musique, je t'aime.

DEJA VU de CROSBY, STILLS, NASH & YOUNG

Automne 1968.

David Crosby a été limogé des Byrds et depuis fait des essais musicaux avec Stephen Stills dont la formation Buffalo Springfield vient de se saborder. À une soirée chez Joni Mitchell (ou chez Mama Cass, déjà on ne s'entend pas là-dessus) Graham Nash, chanteur, claviériste/guitariste anglais des Hollies voulant explorer de nouvelles avenues musicales, improvise des harmonies vocales avec les deux autres et on y trouve une chimie qui les ravit au point de former un trio professionnel.

Leur premier album se vendra par millions.

On exige un second album. Pour les spectacles, Stephen Stills recrute son ami (et rival) guitariste Neil Young, qui le secondait avec Buffalo Springfield, et qui accepte sous la condition qu'il puisse travailler une carrière solo parallèle.

Leur tout premier spectacle a lieu à Chicago. Leur second, sera historique puisque ce sera à Woodstock, dans le même 24 heures. L'apport de Neil Young est si important qu'on en fera un membre du band à part entière. L'album suivant aura une lettre de plus: Y. CSNY.
Crosby, Stills, Nash & Young.

4 têtes fortes qui peineront à s'inscrire ensemble dans la durée, mais qui réussiront quelques miracles décomposés, en solo, dès 1970, Nash, Stills, Crosby et Young, mais aussi parfois recomposés, Crosby, Stills & Nash, Stills & Young, Crosby & Nash.

Entre 1969 et 1970, CSNY tricote un petit bijou mémorable.
Dont la pochette noire et blanche, y montrant les 4 membres, mais aussi le jeune bassiste Greg Reeves et le batteur Dallas Taylor, sera maintenant brune à partir de 1977.

L'album ouvre avec un morceau composé par Stephen Stills où les 3 voix originales de CSN se représentent en parfaite harmonies. La fin du morceau a ce petit côté exotique pouvant rappeler les tons moyens-orientaux. J'aime beaucoup cette fin. Neil Young n'y est toutefois nulle part.

Le second morceau est signé Graham Nash composé lorsqu'il était membre des Hollies. C'est cette photo de Diane Arbus qui inspirera Nash. On demande au leader des Grateful Dead, Jerry Garcia, d'y ajouter un riff de guitare. Garcia colle plusieurs segments d'un solo à la guitare à pédale qu'il avait travaillé et leur offre en échange d'une sorte de "formation" pour son propre band afin que ceux-ci chantent mieux en harmonie sur leurs prochains albums. Ce qui sera non seulement le cas, mais leur fera vendre des millions à eux aussi. Teach Your Children sera le second single lancé pour promouvoir le disque et le band.

Le troisième morceau est un blues dont le propos, pris au premier degré, a souvent été tourné en ridicule. La paranoia de David Crosby sur ses cheveux a continuellement été moquée. Mais Crosby parle de la longueur des cheveux comme d'un niveau d'intégration dans la contreculture des États-Unis. Et qu'il a presque joint les rangs de la rectitude en se faisant presque couper les cheveux.
Contrairement aux autres morceaux de CSNY, la chanson est uniquement chantée par un chanteur (Crosby) et l'apport des autres membres n'est qu'instrumental. Young Inclus.

La chanson suivante a d'abord été enregistrée par Neil Young avec son band, Crazy Horse, en 1969. CSN le convint que le morceau conviendrait bien à CSNY. La ville du Nord de l'Ontario évoquée en début de chanson a été sujette à bien des interprétations mais Young a spécifié, 25 ans plus tard, qu'il s'agirait plutôt de la ville de Omemee, où il a été à l'école dans des années importantes de son évolution sur cette planète.

La chanson qui clôt l'ancienne Face A a été signée Joni Mitchell, qui avait été tour à tour partenaire intime de David Crosby, mais surtout de Graham Nash. La version de CSNY sera électrifiée et bluesée, avec entre autre une intro de Neil Young, inspiré de Jimi Hendrix. Une version avec Hendrix à la base existe d'ailleurs quelque part. Ce sera leur premier single. J'avoue préférer la version originale de Joni.

La Face A sera signée de 4 auteurs différents, dans l'ordre, Stills, Nash, Crosby, et les deux canadiens en toute fin, Young et Mitchell.

La Face B s'ouvre sur la pièce titre signée Crosby. Il sera démesurément fier d'être l'auteur de la pièce titre au point d'y investir des centaines d'heures en studio. Stephen Stills y joue de l'excellente base. La chanson frôle le style progressif en changeant perpétuellement de ton. Pas mal du tout. John B. Sebastian, leader des Lovin' Spoonful, y ajoute un zest d'harmonica tout simplement formidable dans la deuxième minute. "We have all been here before" Crosby, expert en expériences hallucinogènes en tout genre, reste lunaire "One day, I woke up, and we all knew!". L'intro jazz me plait beaucoup.

La chanson suivante est ma préférée du band. Signée Nash, il la compose une heure après avoir acheté un vase peu cher avec sa compagne Joni Mitchell, sur son piano à elle. Les harmonies sont adorables. Nash avouera trouvé le morceau ennuyeux aussitôt enregistré, mais c'est plutôt parce qu'il associe ce morceau à un amour qui a échoué avec Mitchell. Il dira aussi que l'apport vocal de Crosby et de Stills sera tiré de l'extraordinaire. Our House sera le troisième single du supergoupe.

Stephen Stills signe le morceau qui suit. Il s'agit d'un morceau extrêmement personnel et introspectif touchant à ses douleurs de 24 ans. Son âge. Le 2:04 le met en vedette seul à la voix, et seul à la guitare. Une solitude servant le propos de sa douce chanson acoustique.

Neil Young fait un collage de trois morceaux qu'il avait en chantier. David Crosby y fait un apport vocal extrêmement intéressant. Graham Nash y est très adéquat alternant claviers et piano. Blues et jazz s'y croisent avec brio. Les trois titres anticipés seront intégrés au morceau entre parenthèses : Whiskey Boot Hill, Down Down Down et Country Girl (I think you're pretty) mais aussi simplifié en Country Girl. Sa Country Girl étant alors Susan Acevedo.

Neil et Stephen composent le dernier morceau. CSN formera le trio vocal. Le morceau semble légèrement incomplet. Et complété par Stills lui-même, en solo, quelques mois plus tard.

Pour amateurs de folk, Woodstock memorabilia, d'harmonies vocales hautes comme celles des Beach Boys, de blues, de jazz, de folk rock, de Neil Young, d'acoustique, de "weed music" et de country.