mardi 19 juin 2018

Jasheh Dwayne Onfroy (1998-2018)

Je n'aime pas vraiment le hip-hop. Parce que je trouve son univers assez ridicule. Sa vison des femmes, immature et accessoire, et son amour du "gangsta style" ou du "thug life" risible. C'est du bling bling pathétique.

Pas étonnant que, dans les États-Armés d'Armérique, on y périsse plus facilement du fusil dans ce milieu que d'une overdose de drogue.

Jasheh Dwayne Onfroy se faisait connaître sous le pseudonyme de XXXTentacion. C'était son nom de rappeur.
À 4, chez nous, on se partage le Spotify. C'est mon fils et moi qui se le partageons beaucoup plus que les deux autres. Nous leur laissons l'accès à Spotify chaque fois qu'elles le réclament car mon fils et moi...on en abuse.

Bref, un soir, au condo du Nord, tard dans la nuit, entre amis, l'alcool ruisselant nos gorges, je décide de mettre un fond de musique, mais ne réalise pas que mon fils, 167 kilomètres plus loin, est en train de gérer la musique avec ses amis. Il fait jouer l'album ? de XXXTentacion. Et mon oreille adooooore*. Mes amis aussi restent intrigués. C'est quoi ta musique si cool?

C'est pas la mienne c'est celle de mon fils. Quelqu'un qui a son âge. Et que je découvre. Et que depuis hier, certains pleurent. Sans oignons.

Jasheh Dwayne Onfroy est né près de Miami. C'est à Miami qu'il fera son dernier repos. Par le tempe. De descendance syrienne, indienne, allemande, jamaïcaine et italienne, il s'était fait toute une tête, toute en hirsute couleurs et en tatous.

Sa courte vie sera intense. Sa fin aussi.

À 6 ans, 6 ans, il poignarde un homme qui tente de s'en prendre à sa mère. Très jeune, il fait partie de la chorale. Mais en est expulsé pour avoir agressé un autre enfant. Il est trouvé coupable de multiples petits crimes et doit fréquenter le centre correctionnel pour jeunes. Il est trop souvent trouvé en possession d'une arme à feu. Il reste au centre correctionnel presque plus longtemps qu'à l'école.

Il aime le Nu-metal et le hard rock. Il en fait sur certains morceaux qui étonnent l'oreille tranquille. En 2013, alors qu'il n'a que 15 ans, il fait paraître sa première chanson sur le site de téléchargement Soundcloud. Son premier mini album est paru l'année suivante. Mais il est arrêté, la même année pour vol à main armée et voies de faits. Toujours en 2016, il est arrêté pour subornation de témoin, séquestration et voies de faits, pour coups et blessures volontaires sur sa conjointe, alors enceinte. Il prétend, un peu pompeusement, que Drake lui a copié certains passages musicaux.

C'est en mars dernier, exactement quand je l'ai découvert, qu'est lancé son dernier album, ?, qui est celui dont certains morceaux me sont tombés dans le coeur.

Il était une relative merde au civil. Y a pas à dire. Pour lever la main sur une femme enceinte, il n'y a pas beaucoup de justifications à préciser. Faut avoir de sérieux démons dans le citron. Il avait de sérieux problèmes de consommation de drogue. Et il n'est pas difficile d'imaginer qu'un type comme XXXTentacion avait des ennemis. Le milieu du hip-hop le commande par tradition.

En début d'après-midi, hier, à Miami, in the land of the fusil, XXX est au volant de son véhicule quand un Dodge Journey noir aux vitres teintes et aux roues noires s'amène à sa hauteur. À bord de ce véhicule, deux hommes à la peau noire portant des capuchons. Celui qui tirera porte un masque rouge au visage. Ils prennent un sac Louis Vuitton du véhicule de XXX, après l'avoir tiré à bout portant.

À 14h40, on annonce Jasheh Dwayne Onfroy décédé. C'est comme ça que certains partent dans ce milieu.

Scott La Rock, D-Boy, Charizma, Stretch, Seagram, Tupac Shakur, Yaki Kadafi, Notorious B.I.G., Fat Pat, Big L, Freaky Tah, DJ Uncle Al, Jam Master Jay, Sabotage, Camoflage, Half a Mill, Soulja Slim, Mac Dre, Blade Icewood, Proof, Big Hawk, Dolla, Magnolia Shorty, Bad News Brown, Killa Keise, Slim Dunkin, Lil Phat, Pavlos Fysaas, Doe B, The Jacka, Flabba, Chinx, Bankroll Fresh, Lil' Peep et maintenant XXXTentacion, sont tous décédés des coups de fusils d'un autre entre 1987 et maintenant. Ils étaient tous issus de la communauté hip hop des États-Unis. Sauf Sabotage, qui est mort au Brésil, Bad News Brown assassiné à Montréal. Pavlos Fyssas, poignardé en Grèce et Flabba, poignardé en Afrique du Sud.

Le corps de XXXTentacion n'avait pas encore refroidi que Jimmy Wopo était aussi tiré à bout portant. Et en mourrait. Vers 20h, hier, à Pittsburgh.

Ça donne une idée du ridicule du milieu.

Les plus vieux de ses rappeurs avaient 37 ans.

XXXTentacion, 20. Né 6 mois avant mon fils.
Mort brutalement. Bêtement. In the land of the fusil.

Son père m'avait ému, entendant son fils à la radio en Jamaïque, il y a pas longtemps.
Son père est aussi un moyen moineau.

C'est d'autres larmes qu'il a probablement versé hier.

Milieu idiot que celui du hip-hop.

Maudit bon album que ?
Pas tout à fait hip hop non plus. Ce qui doit expliquer mon affection du son.

*Les versions originales sont plus lentes, pour qu'elles passent sans être retirées du net, on les as accélèrées.

lundi 18 juin 2018

En Voiture Sans les Garçons

Les dernières semaines ont été bouleversantes pour les Femmes en Arabie Saoudite.

Le pays a commencé, timidement, à accorder des permis de conduite, aux Femmes. On a décerné des permis à 10 femmes, le premier lundi, puis à 2000 autres la semaine suivante. Cet écran de fumée obscurcit les réels problèmes en Arabie Saoudite, comme la réelle reconnaissance du droit des Femmes, là-bas et la corruption, omniprésente dans le pays.

Les Femmes n'ont toujours pas le droit de voter. L'Arabie Saoudite était le seul pays au monde où ne permettait à aucune femme de conduire une voiture. Ça en dit long sur la valeur que l'on accorde à la Femme.

Aussi étrange que ce l'est à l'écrire, les Femmes d'Arabie Saoudite négocient depuis longtemps leur droit...de se déplacer. Dans un pays sans autobus ou service de transport public. C'est donc un petit changement, arrivant extrêmement tard.

On mousse beaucoup l'idée que les Femmes d'Arabie Saoudite peuvent maintenant travailler, voyager, aller au cinéma, se partir en affaires, elles sont toujours sous la gouverne masculine, sous une tutelle de supervision masculine. De la famille directe idéalement. Et pour tout faire ce que je vous disais plus haut (voyager, se partir en affaires, travailler) elle doit toujours demander la permission à Monsieur. Chaque femme doit avoir une laisse "un gardien".

Les changements cosmétiques prétendus modernes du prince Mohammad Bin Salman ne vont pas jusqu'à faire de la Femme arabe, une citoyenne.

Il y a à peine trois semaines, un groupe de 9 femmes, activistes de la femme au volant, ont été arrêtées pour l'obscure raison "D'avoir collaboré avec des journalistes étrangers". L'une de ses femmes, emprisonnées, a 70 ans. Elles ont fait la Une des journaux, leurs photos ont été publiées et elles ont été traitées comme des traîtres. Mais tout ça reste lourdement vague et ambigu.

Donc que les Femmes puissent aller au cinéma ou voyager, la situation de la Femme saoudienne est encore inhumaine.

Ce ne sont pas toutes les Femmes qui voudront conduire des voitures. Le changement se fait lentement dans ce pays. La plupart n'ont aucune mainmise sur l'argent familial et une voiture, c'est de la dépense. Dépense que ne contrôle que monsieur.

C'est donc une grosse nouvelle, traitée par les observateurs mondiaux comme une révolution, mais une très petite révolution quand même.

Mohammad Bin Salman se fait souvent appeler MBS. Il est le fils favori du roi, en poste depuis janvier 2015. MBS est le successeur du trône. Il a 32 ans. Il sera même roi, bientôt car le roi a 82 ans.

Il a fait arrêter beaucoup de gens très très riches dans son pays en les gardant prisonniers d'un chic hôtel d'Arabie Saoudite, mais a surtout mis la main sur une large partie de leur fortune. Soit de force, soit acheté par les gens d'affaires. Il présente qu'il lutte contre la corruption, mais il y plonge aussi. Il veut surtout montrer que la personne en charge, c'est bien lui.

Ces réformes sont progressistes, mais modestes. Il a dilué la police religieuse, les empêchant d'arrêter quiconque, mais de plutôt référer à la police locale, qui jugera du "crime" ( comme d'être en compagnie d'un homme qui ne serait pas votre mari, crime pour lequel seule la Femme serait trouvée coupable, en tout temps). Ce n'est pas rien. Il a même engagé une filiale de Cambridge Analatyca afin qu'on puisse vendre l'idée, en Arabie Saoudite et surtout, en occident, qu'il est un réformateur moderne.

Mais la Femme a encore moins de droit qu'un enfant là-bas quand même.

Mais elles peuvent conduire leurs voitures sans une odeur mâle dans leur bagnole.

Ce qui n'est pas un grand pas en avant, mais une légère courtepointe dans un grand ballet diplomatique.

Où la Femme avec un grand F n'est pas tout le temps consultée autant que manipulée. 

dimanche 17 juin 2018

Blonde & Idiote Bassesse Inoubliable*********************Jaune de Jean-Pierre Ferland

Chaque mois, vers le milieu, comme je le fais pour le cinéma (dans les 10 premiers jours) et la littérature (dans les 10 derniers), je vous parle de Musique. Avec un grand M.

Le titre de la chronique est inspiré de 4 albums que je connais pas coeur. Qui sont à la fois ma chair et mon sang.

Par ordre de création:
Blonde on Blonde de Bob Dylan
The Idiot d'Iggy Pop
Low de David Bowie
The Unforgettable Fire de U2

Bibi c'est aussi moi. Tout comme c'est la terminaison du terme habibi, qui, en dialecte irakien veut dire "je t'aime".

Musique, je t'aime.

1970.

Jean-Pierre Ferland a 10 albums derrière la casquette. Il chante depuis 1959 et obtient du succès autant ici qu'en Europe. Il chante plutôt lyriquement et garde un côté charmeur et amoureux des femmes, évident.

Quand Ferland, qui a tour à tour été animateur de Jeunesse Oblige à Radio-Canada, récipiendaire du grand prix du festival du disque de Montréal, participant du premier gala de la Place-des-Arts et en tournée en Ontario, L'île-du-Prince-Edouard, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse, revient de France, où il a fait sensation, il gagne le grand prix du disque de l'Académie Charles-Cros. Il se produit à la Comédie Canadienne et à Terre des Hommes. Il sera sur scène avec Marie Laforêt à l'Olympia et à La Tête de l'Art avant de chanter à l'Exposition Internationale d'Osaka.

Les années 60 ont bouleversé les moeurs à travers le monde. 6 de ses 10 premiers albums se sont appelés Jean-Pierre ou Jean-Pierre Ferland. Il chante à la Moustaki ou Brassens, mais sent qu'il a besoin de donner un sérieux coup de volant. Les Beatles et l'invasion britannique sont venus révolutionner le monde de la musique. Ferland se sent un peut trop "square" dans une société de plus en plus "hip". Il a le coeur cool. Et veut le crier.

En studio, il engage trois musiciens des États-Unis. David Spinozza à la guitare, Tony Levin à la basse et Jim Young à la batterie. Le premier sera musicien pour Paul McCartney sur son album Ram. Il sera aussi musicien pour Paul Simon. Le second sera du band de Peter Gabriel, de King Crimson, Asia, Yes, Pink Floyd, Sarah McLachlan, Stevie Nicks, David Bowie*. Le dernier sera batteur pour Frank Sinatra et Ben E. King. Michel Robidoux s'occupera du piano et des claviers qui feront entendre pour la première fois sur un album Québécois, un synthétiseur Moog.

À l'image du Abbey Road des Beatles, paru en 1969, JPF enregistrera un album concept qui ne laisse aucun espace entre les chansons. Les pièces s'enchaînent naturellement comme un long son continu avec variations harmonisées.

L'album, résolument moderne pour le Québec de 1970, a à la production André Perry qui fera un travail hors pair. Il est enregistré dans une ancienne église de Montréal et se vendra à 60 000 exmeplaires dès sa première année. C'est aussi Perry qui enregistrera le Give Peace a Chance de John & Yoko à l'hôtel du Queen Elizabeth.

Jean-Pierre Ferland est né le jour de la fête des Québécois. Dans une semaine, il aura 84 ans.

Il y a 48 ans, il lançait dans la sphère musicale, une galette magique. Qui a drôlement bien vieillie.

JAUNE de JEAN-PIERRE FERLAND

Le disque s'ouvre sur une minute de musique guidée par une guitare et la voix de JPF qui nous invite ailleurs. Et nous dit qu'il faudrait y aller. Invitation à un nouveau son.

La première chanson complète offerte sera vite un classique. Ferland semble y faire son deuil d'un ancien "moi". On raconte que seraient passés en studio Mick Jagger, Cat Stevens et Art Gartfunkel (séparément) lors de l'enregistrement de ce disque.

La pièce qui suit est aussi une chanson qui a traversé les époques et que Ferland n'hésites pas à rechanter en spectacle pour le plus grand plaisir de ses fans qui entonnes tous le refrain. Guido Basso fait l'arrangement des cuivres.

La chanson d'après, est un clin d'oeil à la prison de Sing Sing, duquel le protagoniste chantant serait libéré, après une incarcération de 20 ans. Ferland ramène le refrain de Quand on aime, on a toujours 20 ans, en plein milieu de cette chanson. Les superbes arrangements de cordes sont travaillées par Josiane Roy.

La chanson suivante commence par un roulement de batterie de Jim Young et le leitmotiv musical rappelle un immense hit du printemps 1969. Jean-Pierre se trompe, Dieu n'est pas un américain. Je le sais, je l'ai vue. C'est une belle femme noire. Les Petits Chanteurs du Mont-Royal apparaissent ici pour la première fois de l'album. La construction offre un peu de cabaret, ce qui est fort habile. Dieu est comme aujourd'hui. Fâché. Et comme toujours, à la fin, il s'étouffe dans sa rage.

On entend des papotements au début du morceau suivant. Un fameux morceau chanté avec un accompagnement orchetral qui est l'oeuvre de Buddy Fasano et Ant Phillips. Les Petits Chanteurs du Mont-Royal y sont encore plus présents. Il y a un peu du Gainsbourg de Melody Nelson là-dessus. Sa fille a d'ailleurs repris le morceau en 2009. Il y a quelque chose de joliment sinistre là-dessus. On termine aussi sur des échos de papotements de café.

La pièce qui suit n'est qu'un pont musical d'un cinquantaine de secondes. Elle enchaîne directement avec Y a des Jours. Ces deux chansons n'ont pas de liens cybernétiques. Elle sont plus acoustiques et rappellent le Ferland entre 1959 et 1969. Chansonnier.

Au secours! sont les derniers mots de la chanson précédente. Je le dis moi-même en ce moment car aucun lien du net n'est aussi disponible pour ce morceau. Une autre ballade plus folk que psychédélique qui confesse que JPF ne saurait pas quoi dire à une femme quand il la tient dans ses bras. Me semble, oui. Le dernier 45 secondes est plus électrisé et l'orchestre y est aussi très présent.

L'épilogue en est un faux. Non seulement ne termine-t-il pas l'album, mais il reprend aussi une partie du Petit Roi. Ça ne dure que 1 minute 22 mais offre un rappel aérien de ce qu'on vient d'entendre.

Le dernier morceau est assez inexplicable. Il est en anglais. Le synthé est assez agressant. Les choeurs sont aussi à faire hérisser quelques poils de bras. Pour terminer, l'accent de Ferland est assez pénible. Stick to french, JP!

Un album assez formidable pour nostalgiques, amateurs d'orchestrations, anciens hippies, Baby-boomers, Fiers Québécois, amateurs d'albums concepts, amateurs de jolis arrangements chansonniers.


*Sur Heaten et sur The Next Day

samedi 16 juin 2018

Libres & Braves?

GOD IS NOT GREAT!

La religion est la base de TOUTES les guerres.

L'argent?
L'argent est une religion.

Chrystia Freeland est une femme fascinante. Allez lire sur sa famille, c'est impressionnant. Elle parle plusieurs langues, est diplômée en arts, en histoire Russe, ce qui reste en lien avec sa famille, et est aussi diplômée en littérature de Harvard, est auteure d'une maîtrise en étude slaves et de deux excellents essais . Sa grand-mère maternelle a un passé nazi indéniable, ce qui rend Miss Freeland, tout sauf plate.

Et surtout fort intelligente. On pourrait même dire qu'elle porte le nom de famille d'une super-héros. "Pays libre"

C'est elle qui se rend au marbre pour le Canada pour frapper les balles frondes que nous lancent les États-Unis sur l'accord du Libre-Échange et les illégales taxes douanières sur l'acier et l'aluminium.

Elle est formidable. Formidable parce qu'elle doit négocier avec des intimidateurs, de parfaits perdants et des drogués de la religion.

Jeff Sessions, procureur général des États-Unis, a cité, le plus sérieusement du monde, la bible, en parlant de cette loi des États-Unis qu'on met en place voulant que les enfants d'immigrés illégaux soient séparés de leurs parents à la frontière.
Il a dit précisément, pour défendre l'indéfendable : "Je pourrais vous renvoyer à l'apôtre Paul et à son commandement clair et sage (...) qu'il faut obéir aux lois du gouvernement car Dieu les as décrétées afin d'assurer l'ordre..."

Si il veut citer la bible, on pourrait en parler longtemps.

Enfin, il ne l'a pas dit vraiment sérieusement. Il l'a même dit, sourire en coin. Reste toutefois qu'une trop large partie des États-Unis, intoxiquée par la religion, y a probablement bu dans le calice de la vertu tendu.

Les États-Unis livrent une guerre aux djihadistes.
Une idéologie politique et religieuse, comme deux mains d'une même personne.
En quoi leur religion serait meilleure que celle des autres?
La religion devrait relever du privé, comme aller à la salle de bain.

Ils livrent une guerre au nucléaire.
Ils ont la bombe nucléaire mais personne d'autre n'en aurait aussi le droit.
En quoi ce raisonnement est-il justifié?

Ils livrent aussi des guerres commerciales parfaitement illégitimes au Canada, au Mexique, à la Chine.

Les États-Unis, pour moins, ce sont mérités deux avions sur des tours jumelles, un autre dans un champs et une agression au Capitol en simultanée.

Donald Trump n'est pas en train de transformer les alliés en ennemis et les ennemis en alliés. Il se déclare purement et simplement ennemi des nations lui-même.

Dans sa diplomatie de l'insulte, sur Twitter, il a lancé, en parlant de Kim Jong-Un: "Hey! He's the head of a country, and he's a strong head -he speaks  and his people sit up at attention. I want my people to do the same."

Donald déteste Justin Trudeau depuis le jour 1. Il est jeune, il est beau, il est aimé, populaire, désiré de sa femme, tout ce que Donald envie grandement. Le Rolling Stone a même titré à l'Une, sur une photo de Justin: "Pourquoi notre président n'est-il pas celui-là?". Justin lui fait donc de l'ombre. Pas étonnant qu'il invente des conflits à son égard.

Ce qui est plus impressionnant, et pas dans le sens ravi du terme, est qu'il vante un assassin de son propre peuple, un assassin de sa propre famille, un tyran de la pire espèce emprisonnant tous les gens empreints d'une ombre de liberté mentale et physique.

I want my people to do the same...

Donald exige cela de son peuple. La complète soumission. Il fantasme de dictature.

Le capitaine tweete en déjeunant et les marins ne sont pas encore capables de s'emparer du bateau.

Mais ils le feront un jour.

Avec l'aide du monde entier.

Car un ennemi mondial #1 est toujours battu par la bonne part mondiale.
La part non religieuse. Ou religieuse privée.

Dans la dernière ligne de l'hymne national des États-Unis, on entend:
...the land of the free and the home of the brave!

Je sens les États-Unis si prisonniers.
Et ne bravant que la décence humaine.

vendredi 15 juin 2018

Dé de Chansons Décortiquées

1956
I Can Quit You Baby
Otis Rush est un être particulier. Gaucher de nature, il joue de la guitare pour droitier, de la gauche. Il joue donc les cordes à l'envers. Son style de blues est unique. Construit sur la longue note soutenue, vocale ou jouée. Il a 21 ans quand il enregistre le morceau que lui a écrit Willie Dixon, 41 ans. Dixon lui écrit car Rush vit une relation tumultueuse avec une femme. Il voulait que Rush en tire une performance vraiment sentie. Ce qui sera le cas. La chanson lance la compagnie Cobra records et fait un tabac sur la scène blues. Dixon lui-même ne l'endisquera qu'en 1970, sur son album I am the Blues. Led Zeppelin, pilleur de blues professionnels, aura eu le temps, en 1968, d'enregistrer leur propre version pour la sortie de leur tout premier album. Jimmy Page y est hallucinant à la guitare.
Ce blues est si parfait qu'il a été aussi repris par John Lee Hooker, John Mayall & the Bluebreakers (qui comprend à bord des Bluesbreakers, Mick Taylor, à 18 ans!), Little Milton, Dread Zeppelin, Gary Moore et les Rolling Stones avec Clapton à la guitare tout récemment.
Sip off that beer, dude, blues is rude.

1966
Sunshine Superman
Le père de Ione Skye est une superstar dans les années 60. Fin 1965, la jeune actrice Sue Lyon est largement connue pour le film à scandale Lolita de Stanley Kubrick et The Night of the Iguana de John Huston. Elle a 20 ans, Donovan a aussi 20 ans. Ils tombent l'un pour l'autre. Donovan a laissé derrière lui son influence Dylan/Woody Guthrie et épouse parfaitement le flower power. Il entre tout à fait dans le moule de la contreculture de la côte Ouest des États-Unis même si il est écossais d'origine. Son producteur Mickie Most le branche avec John Cameron, un arrangeur jazz formidable et la crème des musiciens de session, dont Jimmy Page et John Paul Jones (encore eux!) futurs Led Zeppelin. Seul Page se retrouve sur ce morceau, pièce titre de son album de 1966. Shawn Phillips (de The Mama's & the Papa's)  y joue aussi de la sitar.
Donovan compose ce morceau par esprit de conquête de Sue Lyon. Mais avant que l'album ne sorte, le couple n'existe déjà plus. Lyon s'est fait verser par Donovan du LSD dans son drink et a eu la frayeur de sa vie par la suite. Elle ne lui a pas pardonné. Le plus gros succès de Donovan viendra de l'album suivant, dont la pièce titre parle subtilement de vibrateur frustrant les amants impuissants et qui cache Paul McCartney à la base. (Donovan l'avait aidé sur la chanson Yellow Submarine).

1972
Superstition
Un jeune Jeff Beck est un grand admirateur de l'oeuvre de Stevie Wonder. Alors qu'il s'apprête à enregistrer son matériel pour Talking Book, Wonder est mis au courant de la chose. Il le fait venir en studio. Beck, brillant guitariste, lui présente toutefois un beat de batterie. Wonder aime, mais réenregistre en jouant lui-même la batterie entendue. C'est Wonder qui trouve le riff que jouera Beck sans arrêt et Stevie improvise le reste au fur et à mesure. Wonder jouera de la clarinette funky et du synthétiseur Moog. La base y sera aussi tirée de ce synthé. Il chante, bien entendu, et ajoute Steve Madaio à la trompette et Trevor Laurence au saxophone ténor.
Un hit est né et tout le monde le sait. Beck veut l'enregistrer aussi, ce que Wonder lui accorde. Mais Wonder sort le single avant lui. Le succès sera monstre. Au Super Bowl de 2013, la compagnie de bière, propriétaire de la Bud Light, enregistre une pub, dont le thème est la validité (ou non) des superstitions, utilise un échantillon de la chanson et Stevie lui-même, en roi vaudou.

1982
Party Girl
Originalement appelée Trash, Trampoline & the Party Girl, cette chanson n'a été créée que pour faire une face B de single. Les paroles adolescentines parlent d'un gars et d'une fille qui se donnent l'un à l'autre, et d'un troisième qui les envie. On dit qu'Adam Clayton, party boy, en aurait été l'inspiration. Le sexe, thème rare dans les textes de Bono. Qui n'avait que 21 ans quand il en a composé les mots. Mais le single n'a pas eu d'impact du tout. Si peu qu'on l'a même retiré du marché après quelques mois. La Face B toutefois, trouvait son public en spectacle. Des ados qui voulaient se donner l'un à l'autre. U2 l'a donc incluse très souvent, dans ses tournées, même récemment. Les vrais fans comme moi en gardent des frissons en tout temps dès les premiers accords. Les chansons composées rapidement sont parfois les meilleurs moments de créativité.
Mon moment préféré survient vers 1:47  "when I was three, I thought..." et la riche guitare de The Edge qui accompagne. Guitar hero. Trash Can Trampoline Jones loves everything about it. Le band n'enregistrera qu'une fois sur disque sa "silly song", soit sur l'album en spectacle de 1983, Under a Blood Red Sky. Elle n'était pas destinée à une aussi longue vie, mais les fans en ont toujours eu envie.

1995
Tom Courtenay
Les chansons de Yo La Tengo ne sont jamais totalement personnelles. Celle-ci est peut-être ce qui s'en rapproche le plus. La nostalgie évoquée est celle du couple Ira Kaplan et Georgia Hubley qui étaient tous deux enfants dans les années 60 et pré-ados (en ce qui concerne Ira). Ils ont connu les acteurs Tom Courtenay et Julie Christie au sommet de leur gloire. Mais si le nom de Julie Christie est évoqué, celui de Courtenay, pas du tout. Et Kaplan chante du point de vue d'un personnage qui s'injecte de l'héroïne et revisite mentalement tout ça, peut-être pour une dernière fois. On y fait référence à une obsession pour Eleanor Bron dans le film Help! des Beatles et de nostalgie des années 60 avec un soupçon de sombres compulsions.
Christie & Courtenay étaient bons amis, jouant tous les deux ET dans Doctor Zhivago ET dans Billy Liar, deux grands succès cinématographiques des années 60.  Mais j'ai triché, je vous ai placé la version a acoustique chantée par Georgia. Que je préfère. L'originale est plus grunge (que je n'aime généralement pas du tout) et chantée par Ira Kaplan. Yo La Tengo est probablement l'un des bands les plus sous-estimés sur terre. Mais c'est beaucoup de leur faute. Ils me font beaucoup voyager.

2002
J'ai Demandé à La Lune
Indochine n'est plus en communion avec son époque depuis au moins 10 ans. Ils ont pourtant lancé trois albums. La chanson, esquissée en 1996, ne trouve pas satisfaction aux oreilles de Nicola Sirkis. Il l'avait commencée, avec son frère jumeau, mais celui-ci, décédé trois ans plus tard, Nicola oublie peu à peu de la retravailler. Il pense abandonner le morceau. Son producteur insiste. Il sent que la chanson a quelque chose. Il demande alors la collaboration de Mickaël Furnon, de Mickey 3D pour prêter main forte à l'incomplète pièce. Furnon compose aussi deux autres morceaux qui se perdront dans les studios.
Lors de l'enregistrement du morceau, Sirkis demande à la fille de son ami Rudy Léonet, Pauline, qui n'a que 8 ans, de chanter avec lui. Ce sera payant pour le groupe. Indochine renaît dans les radios populaires et accroche particulièrement les enfants. Furnon, habitant en face d'une école, restera abasourdi d'entendre ce qu'il avait composé, chanté par les enfants de l'école en face de chez lui, dans un cours de musique, alors que quelques mois auparavant, tout ça n'existait que dans sa tête. 

Ces chansons sont des choix tout ce qu'il y a de plus personnels.

Toutes disponibles sur mes listes de lecture.

jeudi 14 juin 2018

Valeurs d'Hommes, Valeurs d'Artistes

Longtemps, j'ai défendu l'artiste de l'humain.

Je pardonne Woody Allen de fréquenter la fille adoptive de son ancienne partenaire de vie. C'est une hygiène extrêmement inconfortable que je ne supporterais probablement pas dans mon entourage, et je suis un grand apôtre du "non-non" dans les écarts d'âge démesurés entre partenaires de vie.

Woody ne serait pas mon ami au civil, disons.

Mais j'aime l'oeuvre. À l'écrit comme sur scène, comme à l'écran. Je lui pardonne même ses films ratés. Je les trouve toujours mieux qu'une tonne d'autres.

Je n'ai jamais lu Louis-Ferdinand Céline. Car l'homme, à la ville était vil. Mais je reconnais la valeur artistique et historique de Céline. La littérature moderne lui doit beaucoup. Et le lirai un jour.

Je respecte assez peu le rap pour ses valeurs misogynes. mercantiles et risibles. Mais j'en accepte quelques incursions ici et .

J'ai toujours séparé l'intime de l'oeuvre publique.

Mais ça ne fonctionne pas partout.

Je n'écouterais pas en entier un spectacle de Dieudonné par exemple.
Je n'écouterais jamais plus la voix du trop bien nommé ancien groupe Noir Désir, non plus.

Bertrand Cantat a mis fin prématurément à sa tournée de spectacles, dimanche dernier, à Bruxelles. Il a annulé les deux concerts prévus à l'Olympia car il considérait qu'il risquait de troubler l'ordre public. Des Festivals l'avaient poliment rejeté de leur programmation cet été, même si plusieurs fans veulent le voir sur scène. La discussion est revenue dans l'espace public, tout comme Cantat est revenu dans l'espace public, "a-t-il encore le droit de chanter?". Il a purgé une négligeable peine de prison pour la mort de Marie Trintignant, vit avec ce poids moral en tout temps, mais vit aussi avec la mort de son ex partenaire de vie sur la conscience, Christina Rady, qui, après avoir confessé toutes les violences qu'elle a subies de sa main à lui, s'est enlevé la vie en 2010, à l'âge de 41 ans.

Le tempérament violent de Cantat n'a plus besoin de preuves, il est toxique. Nocif. Fatal. Cantat, en privé, est ignoble. Inhumain.

La violence faite aux femmes de l'ancien chanteur de Noir Désir est indéniable, mais des gens veulent encore le voir et l'entendre sur scène. Ce qui est leur droit. On a pas à vivre dans le corset moral dont parlait Flaubert.

Le 7 juin dernier, Cantat en a rajouté sur scène. Au Zénith. Il a pris le micro et a craché sur les journalistes et le traitement qu'ils lui faisaient vivre. Il était la victime.

Certains croient au droit à la réhabilitation. Ce qui reste quelque chose de possible. Et d'honorable lorsque réussi.

Mais la scène et sa musique nourrit son caractère agressif. Je crois personnellement qu'il a le devoir moral à la discrétion à vie. À une mort publique. Au silence et à l'effacement.

On devrait réentendre parler de Guy Cloutier à sa mort, pas avant.

Eric Salvail réapparaîtra dans plusieurs années. Si il réapparait. Il a de l'expérience de producteur en banque, il pourrait rester derrière les caméras pour le reste de sa vie.

La prod pour Cantat serait un bon refuge.

Un refuge.

Ce que Marie et Christina n'ont jamais trouvé.

Cantat est la source de fins prématurées.

Salement malsaines.

C'est un cas de l'homme avec un petit "h" faisant de l'ombre, à jamais, à l'artiste.

Il ne faudrait pas banaliser le violence qui se dégage de Cantat. C'est une bonne nouvelle qu'il descende de la scène. Qu'il soit en coït interrompu avec l'osmose narcissique qu'il allait boire, soir après soir, au micro.

Les violences conjugales ont déjà été de l'ordre de l'intime et du privé et il n'était du devoir de personne de s'en mêler.

Ce temps est aussi révolu que l'époque où on pouvait dire à une femme au foyer:
"Ah! donc vous ne faites rien de vos journées!"

La victime ne sera jamais Bertrand Cantat.
Même si il travaille fort à se présenter comme ça.