lundi 24 février 2020

À La Recherche Du Temps Perdu*****************La Succession de Jean-Paul Dubois

Chaque mois, comme je le fais pour la musique (vers le milieu) et tout comme je le fais pour le cinéma (dans les dix premiers jours), dans les dix derniers jours, je vous parle de l'une de mes trois grandes passions: la littérature.

Lire, c'est un peu beaucoup mon travail de traducteur. Je le fais tout le temps sans toujours m'en rendre compte. Ce n'est, pour moi, pas 100% travailler. C'est un troisième poumon.

Lire c'est s'ouvrir de nouveaux horizons, explorer de nouveaux mondes, de nouveaux univers, voyager. C'est apprendre, se confronter à de nouvelles visions. Comprendre. Son contraire. Mettre acquis en danger.

Lire c'est réapprendre à respirer. Et respirer, c'est vivre,

LA SUCCESSION de JEAN-PAUL DUBOIS

JPD a écrit pour Le Nouvel Observateur une série d'article sur l'Amérique qu'il a réunit au final dans un recueil appelé "L'Amérique M'inquiète". Ça en fait aussi l'un des auteurs Français (il est de Toulouse) au style des plus américains qui soit. Sa conjointe étant Montréalaise, quelques unes des intrigues de ses livres placent l'action chez nous.

C'est Kennedy & Moi, ensuite adapté en film, qui me l'avait fait découvrir avec bonheur. Deux autres des ses livres ont aussi été adaptés au cinéma tellement ses narrations s'y prêtent. Le Cas Sneijder (qui a un lien Québécois) est devenu La Nouvelle Vie de Paul Snejder et Si Ce Livre Pouvait Me Rapprocher de Toi est devenu Le Fils de Jean sur grand écran.

Certaines thèmes reviennent perpétuellement dans ses livres.

-Les prénoms de Paul ou Anna.
-La tondeuse à gazon qui serait une de ses douces perversions.
-Le rugby, le sport étant un sujet sur lequel il a longtemps écrit.
-Les accidents maritimes ou d'avion. Les accidents en général.
-Les voitures
-Le dentiste, toujours méprisé, méprisant.
-L'amour et le sexe, mais ça, n'est-ce pas tout simplement la vie?

Il est à la fois drôle, précis, rendant des scènes ou des situations drôle dans la tragédie, rendant le triste cocasse. Il est un croisement entre John Updike, John Fante, Emmanuel Bove, Cormac McCarthy, Charles Bukowski et Jim Harrisson. Tous des auteurs qui me plaisent beaucoup. Très difficile alors de ne pas y trouver mon compte dans son oeuvre.

Ses deux citations préférées, et parfois répétées telles quelles dans ses livres sont de Sartre et Günther Anders.

"Tout homme, fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n'importe qui" qui sont les derniers mots du livre Les Mots de Jean-Paul Sartre.
et
"L'Homme est plus petit que lui-même" d'Anders,

Le parfois très poétique et élégant Dubois s'accorde le droit à la paresse, au bonheur et à la dépression.

Ça tombe bien, moi aussi.

Dans son 21ème roman, son 22ème lui valant le précieux Goncourt, Dubois nous livre une histoire bouleversante où l'évocation nostalgique du bonheur se fond à la tristesse de la perte. On y retrouve toute son élégance, son goût pour les situations absurdes et la liste presqu'entière de ses obssessions.

Paul (encore) vit à Miami et est inadapté au monde qui l'entoure. Athlète de Jaï-alaï, variante de la pelote Basque, il apprend la mort de son père. Il est alors forcé de revisiter le passé familial. Il y découvre de nouvelles choses. Un grand-père proche de Staline traînant une lamelle de son cerveau quand il fuit l'URSS, son propre père, médecin aussi et insensible, un oncle cocufiant son père avec maman Anna (encore).

Une famille vouée passionnément à sa propre extinction.

Paul doit se confronter à l'histoire tragique de son ascendance et se résoudre à vider la demeure pleine de secrets. Deux carnets signés de la main de son père l'aideront à donner un sens à tout ça.

Dubois a une sensibilité à part, un univers à lui seul, et quel que soit le drame qu'il nous conte c'est avant tout la grâce de son imagination décalée qu'il s'agit d'apprécier. Absurdité de situations, intime alchimie entre tragique et comique, émotion, ironie, dérision, poignantes introspections, le livre est tout ce qu'il y a de plus solides.

dimanche 23 février 2020

NC-17

24 septembre 1986.

Lisa Dedmond, Steven A.Jones et John McNaughton lancent le film Henry: Portrait of a Serial Killer au Chicago International Film Festival. Le financement pour le film a été extrêmement ardu puisque le sujet est lourd, sombre et violent.
Après voir visionné un reportage sur les sales vies de Henry Lee Lucas et Otis Toole, McNaughton s'en inspire (avec Richard Fire) pour écrire sa fiction inspirée des faits. Le film peinera à avoir une vie dans sa distribution car jugé beaucoup trop violent, dur, voire abject selon certains. Insupportable à voir.   

On coupe 38 secondes au montage, On suggère une sortie avec classification "R" pour "restriction" ou "X". Mais "X" est associé au pornographique, ce que le film n'est pas, et aucun nouveau montage ne pourra être laissé à "R" qui appelle à la discrétion publique, donc chaque personne de moins de 17 ans doit être accompagnée d'un adulte et à la distribution restreinte. Le film est définitivement trouble. Autant que Joker l'a paru à certains. 

Avec des films comme Midnight Cowboy (1969) ou A Clock Work Orange (1971) on s'était entendu pour que les mineurs ne soient jamais admis en salle. Non-pornographique, mais non pas pour les enfants. Coté X. Mais le X étant devenu si synonyme de pornographie, il fallait maintenant changer ça. Henry... était un film qui se classait dans le même moule que A Clock Work Orange. En moins bon, mais tout aussi brutal dans son développement.

Un débat débute. Le facteur indécisionnel de la chose affectera la distribution, le succès public du film en souffrira même si une saveur culte en naît.

11 septembre 1989.

Presque deux ans, jour pour jour, du Royaume-Uni cette fois, un autre film plonge le monde du cinéma dans le questionnement. The Cook, The Thief, His Wife & Her Lover, de Peter Greenaway, un de mes films préférés à vie, est lancé. Le film fait se côtoyer beauté, horreur, grâce, violence et sexualité. On pense tout de suite X. Mais le film est à la fois si beau et gracieux...On ne sait pas comment le coter. Sa distribution en souffrira aussi. Aucune cote ne semble servir ce merveilleux, potentiellement dérangeant, film.

26 janvier 1990.

Le réalisateur Espagnol Pedro Almodovar lance son film Àtame! qui raconte l'histoire d'un patient d'hôpital psychiatrique, libéré, et qui pense que l'amour se construit comme un cours d'école, à coup d'efforts, de persistance et de dur labeur. Il est plus animal qu'humain. Il kidnappe une actrice de son goût, et la séquestre dans le but qu'elle tombe aussi en amour avec lui.

Trouble encore.

Et si certains désaxés ou mal mûris mentalement y voyait un ABC de leur avenir? On ne sait pas comment coter. Ce sera la troisième prise sur un questionnement qui dure depuis trois ans. On créé alors la nouvelle cote NC_17. Ou si vous préférez "aucun enfant en bas de 17 ans ne sera admis en salle.

Le 26 janvier 1990, j'ai alors 17 ans.
La semaine d'après, 18.

J'ai vu les trois films. Les deux premiers, en salle, au Clap, à Québec.

C'est Miramax, distributeur qui a à sa tête Harvey Weinstein qui forcera la nouvelle classification. Il traînera la cause devant des juges pour faire changer les classifications X originalement posées.


Ironique de penser qu'en privé. ce même Weinstein serait un prédateur aussi dangereux que ceux exposés dans certains de ses films.

samedi 22 février 2020

Les Castors & L'Eau Verte

Au hockey, quand les arbitres n'appellent pas les pénalités sur des gestes illégaux, les esprits s'échauffent. Le tempérament des joueurs des deux clubs prend l'ascenseur de la frustration et c'est un ascenseur qui ne se freine pas si les arbitres continuent de ne rien appeler.

Les joueurs se font alors justice eux-mêmes. Et ça dégénère.

On a un peu vécu de cela cette semaine au Canada.

En Colombie-Britannique, les chefs héréditaires de la communauté autochtone Wet'suwet'en sont farouchement opposés au passage du gazoduc de Coastal Gaslink sur leur territoire. Il n'y a toutefois pas unité sur le sujet. Le conseil de bande de cette même communauté soutient le projet. On est en conflit depuis très longtemps avec la GRC, qui est aussi la police provinciale de la Colombie-Britannique. On les veut hors des sentiers. On veut tout le monde hors des sentiers.

Par soutien, des Mohawks de Belleville en Ontario ont investi les rails de train, les forçant à l'immobilisme. Lundi, d'autres militants de l'Ontario ont bloqué le pont des Milles-Îles reliant l'Ontario à New York pendant environ trois heures avant de retraiter à la maison. À Montréal, une chaîne humaine a relié des gens entre les rues Sherbrooke Ouest et de la rue McGill. On a surtout bloqué la ligne de train de Candiac toute la semaine. Et on a fait la même chose à St-Lambert, où là, il y a un peu plus de Cegepiens voulant avoir du fun. Forçant l'arrêt des transports par train. Cette fois, sur un territoire non autochtone. Ce qui choque un peu plus. Les gens vont travailler autrement ou ne travaillent pas. Les conteneurs végètent. Les pertes anticipées ont grandies de jours en jours. On parle de ruptures de stock potentielles en chlore, en propane et en ketchup.

(...) vous avez le droit de rire.

On parle aussi de lourdes pertes pour les compagnies. De l'ordre de 500 000$ allant jusqu'à quelques millions. C'est un dialogue sur la sempiternelle dualité: Ton argent contre ma dignité.

Notre Premier Minus Trudeau a eu une dure semaine. Il a été l'arbitre qui n'appelait rien. Mais il faut lui accorder que "les pénalités" n'étaient pas claires à appeler. Il a appelé à la patience alors que tout le monde appelait à de plus en plus d'urgence. Pas pour des raisons dignitaires ou nobles. Pour des raisons économiques. Hier il a demandé que les barricades tombent.
Les autochtones et leurs supporteurs ont été assez intelligent pour frapper là où ça fait mal. Saigner le portefeuille. Et soudain, on écoute.

Mais il est aussi là le problème. Depuis toujours. On leur dit "on vous écoutera", on le fait, mais ce n'est que fausse écoute. Tout est décidé d'avance. On suivra l'argent. Nos politiciens sont tous comme ça. Legault plus que quiconque. Vous avez remarqué qu'il était leader parmi les leaders pour tasser tout ce monde par la force? Il poussera là où il flaire l'eau verte, capitaine business.   

Comme l'arbitre n'appelait rien, les gens ont voulu se faire justice eux-mêmes. Alors qu'à Edmonton, des gens allaient aussi obstruer des voies de transports, des contre-protestants civils ont pris les choses en main et ont démantelé les barricades qu'on mettait en place.
Peter MacKay, terrible candidat au poste de futur chef Conservateur a fait preuve d'un grand manque de jugement. Il a tweeté que "...ces gens avaient fait en quelques heures avec un camion plus pour notre économie que Trudeau en 4 ans". Ce qui est non seulement faux, mais rend hommage aux gens qui auraient l'initiative de vouloir s'en mêler. Irresponsable de sa part. Tweeter est magique pour les imbéciles.

Dans cette guerre de nerfs, les autochtones sont justifiés de vouloir être entendu. Ils ont des raisons ancestrales de ne plus vouloir être ignorés.
Les trains sont aussi justifiés d'être en marche. On ne peut pas critiquer les autochtones d'être divisés sur la nature du projet, nous le sommes tous aussi, propriétaires contre notre gré d'un pipeline. Nous le sommes sur plein de choses.

Le Canada est le contraire de ce que Trudeau a dit quand il a été réélu minoritaire comme leader au pays. Il est largement divisé.  Vous trouverez autant de gens en faveur des militants autochtones qu'il y a en aura qui seront en faveur des travailleurs qui commencent à recevoir leurs mises à pied.

Avec des nuits de -20, il faut accorder aux manifestants une certaine détermination. Et ça fait 10 ans que la communauté Wet'suwet'en est en conflit sur le sujet en Colombie-Britannique. La patience a le droit d'avoir une date d'expiration. Surtout quand on promet, larmes à l'oeil, d'écouter les premières nations devant la caméra.

Il y a cette émission assez fascinante animée par Patrice Godin, appelée Les Survivalistes qui suit des gens animées par le sentiment de panique et l'extrême prudence. Des gens étranges qui se préparent à des films qui ne joueront peut-être que dans leurs têtes.

Vivant dans le peut-être.

Ces gens rient probablement en ce moment en se disant que eux, ils en ont du ketchup.
Et sont prêts pour le film qu'on regarde en ce moment.

Personne ne veut que ça dégénère.
Quand tout le monde se bat au hockey, on ne pense plus au hockey.

Les autochtones veulent qu'on pense à eux.
Les gens veulent travailler.
Les gouvernements veulent faire de l'argent.

Film à la fin inconnue mettant en vedette des castors, de l'eau verte et des bateaux qui passent dessus.
Ça peut tous co-exister

Et même être beau.
"La balle est dans le camp de la police" disait-on hier.
C'est le sous-titre de film le plus dérangeant qui soit.
Semblerait que St-Lambert aurait réussi à plier bagages.
Mea culpa, cops.

Mais rien n'est réglé.

vendredi 21 février 2020

Anti-Héros

Bon.

Je n'achetais pas tant que ça sur le net. C'est officiellement terminé. À jamais.

J'ai acheté un livre dont je ne veux pas révéler l'identité tant le traumatisme est grand. 41$. J'étais très excité. Il s'agissait de 4 livres condensés en 1 seul partageant le même anti-héros. Si rare qu'on ne le trouvait plus qu'en ligne de nos jours. Une copie usagée. Je me rendais à la boîte à courrier assez excité.

Comme mon fils commande sur Amazon plus régulièrement, j'ai acheté du compte de mon fils. Mais voilà, ce dernier vient me voir et me dit que mon achat a été refusé. Il me rajoute même que ces gens ne l'avaient pas finalement. Je comprends que c'était EUX l'erreur, et le re-commande ailleurs. Il se trouve que c'était relié au même vendeur, mais je découvrirai plus tard. Mon fils me revient, le même jour. "papa, ils t'ont encore refusé ta commande". Refusé se traduit dans ma tête comme "annulé". Ne sera jamais en mouvement. Je le recommande une troisième fois, avec la carte de l'amoureuse inscrite sur le site. À nouveau refusé. Je comprends que sa carte à elle, était vieille et expirée. Elle commande encore moins que nous deux. Je réalise du même coup que dans ma méthode de paiement, lors des premiers achats, je m'étais moi-même trompé dans la date d'expiration. Dans ma tête, les trois commandes refusées, sont aussi annulées.

Je corrige l'erreur et RECOMMANDE le livre puisque les trois première fois JE SAIS que c'est annulé refusé. Cette fois on confirme l'achat.

FAUX. Mais je ne le réalise pas tout de suite. Je plonge dans le plus grand des pièges.
ON CONFIRME LES 4 ACHATS. QUATRE FOIS LE MÊME CÂLISSE DE LIVRE!

Comme la correspondance sur ce qui s'en vient passe par le courriel de mon fils et que non seulement il ne va pas aussi souvent que moi dans ses courriels chercher ses messages, mais aussi que du lundi (13h de job) au jeudi (12h15, 12h45, 11h) je n'existe pratiquement pas, je n'apprends que trop tard que 4 fois on m'a chargé 41$. En fait qu'une de ses fois, on m'a même chargé inexplicablement 47$.

41+41+41+47.

Non. Je saute sur le téléphone et parle à Amazon. On me dit que c'est pas eux qui vendent, que c'est une sorte de sous-contractant, qu'il entreront en contact avec ses gens. 4 fois le même vendeur. Superbookdeals. Ceux-ci me diront qu'il est trop tard, tout est parti et faudra retourner lorsque reçu. C'est Amazon qui me relaie le message. Je rappelle deux autres fois Amazon, car il y a tout de même 11 jours encore avant que tout ça arrive et Amazon fera toujours l'intermédiaire. Rien ne peut être annulé, tout bouge, j'ai la main dans ta poche petit merdeux.

Cette semaine, je reçois. Les 4 briques.

À la fille de la poste:
"C'est quoi ça 9,05 sur trois des paquets et 9,10 sur l'autre?"
"Les frais de douanes"

CALEVER! 36$ DE PLUS!

Je ne peux refuser les paquets sinon je ne serai jamais remboursé. Je dois honorer le frais et prendre et je leur écrit directement à eux Superbookdeals, le lendemain, leur expliquant l'erreur humaine. Ils me renvoient comme message que je dois retourner à mes frais, et pensent me faire une faveur en disant que pour cette fois,  ils ne me chargeront pas le 20% de crosse frais de restockage. PFFFF!

Je retourne, à mes frais, en me gardant une copie: un autre 27$

41+36+27= 104$

J'INVESTISSAIT 41$ DANS LA JOIE ET LA CANDEUR, JE SUIS DÉROBÉ DE 104$
(minimum, je saurai demain) DANS LE CAUCHEMAR ET L'HORREUR.

104$ Minimum. Parce que je n'ai rien renvoyé encore. Sinon tous mes repas que je vomis systématiquement depuis le 1er février tellement tout ça m'est indigeste.

Je ne peux pas leur donner de marde sinon je ne serai jamais remboursé.
Je ne veux pas non plus salir le nom d'acheteur de mon fils davantage.

Je suis violé de partout.
Impuissant.
Et tellement tellement TELLEMENT en colère, je ne me supporte plus.
J'ai fait 4 marches sur les trottoirs dehors au grand froid pas assez habillé dans le but de contracter la pire des maladies.

J'avais 40$ à placer sur un livre qui m'excitait, je vis la pire expérience d'achat de ma vie.

"Daddy if you out there, Daddy all I want to say, you're so far away..."

Je vous ai écrit ceci pour arrêter de pleurer.
Les vraies larmes et celles de l'intérieur.

Quelque chose en moi viens de mourir.
Une rivière ne coule plus.
Serai jamais capable de lire ce livre dans la sérénité.

J'ai un trophée de 104$ dans ma bibli.

Quelque chose naît aussi. Un criminel. Je le revolerai ailleurs.
L'anti-héros, c'est moi.

jeudi 20 février 2020

Dans l'Ut-Delà

Elle avait un pouvoir je le savais.

Elle venait de dire que "si le ridicule tuait, tout le monde serait mort là dedans". Elle réagissait à notre écoute de Le Killing, série Québécoise que j'ai savouré avec délectation sur le net. Trop fan de la série, je me drapait du même coup, de ridicule. Je suis donc mort sur le coup.

Mais contrairement à ce que j'avais toujours pensé, un bureau sur un nuage avec St-Pierre, fonctionnaire, assis derrière, plume à la main, on m'a accueilli autrement là-haut.

"Que...qu'est-ce que vous faites? où suis-je vraiment?" ai-je demandé semblant déranger celui qui était penché sur une feuille et qui écrivait: "I really got a lucky life, my writing, my motorcycle and my wife..."

"L...? Lou Reed?"

J'étais bien parmi les morts. Lou m'a indiqué que j'étais arrivé au paradis, que ça n'avait rien de ce que les gens sur terre avait toujours pensé, sinon les morts. C'était labyrinthique et confus, mais pas tellement plus que sur terre. Que le vrai message de la vie sur terre était qu'il ne fallait pas prendre la grandeur pour de l'importance et ne pas penser que l'ambition était signifiante.
Et qu'à la mesure de mon intérêt pour les arts de mon vivant, il avait été entendu que je commencerais mon séjour dans l'au-delà au moins au départ, dans un environnement musical.

Après avoir laissé mes empreintes à...(CHRIST À MARC BOLAN!) un poilu sur moto, une jeune femme (JANIS!) me guidait vers un ascenseur dans lequel se trouvait Roger P. Nelson.

Je ne savais vraiment pas quoi lui dire. Tout ce que j'ai trouvé à dire à Prince a été :
"toutes...toutes ses belles femmes autour de toi...tu...t'as...enfin...je... je ne sais pas quoi te dire..."
"Où va tu?" m'a t-il demandé.
"Alphabet Street" m'a t'on dit.
Il a ri.
"Ils se moquaient de toi, tu as le look, c'est ici que tu descends" a-t-il dit.

Un comité d'accueil s'y trouvait. Micheal Jackson en tête.


"Trop vieux!" a-t-il dit en me voyant sortir et il a vite tourné les talons. En revanche j'ai semblé attirer l'attention de la belle (mais vraiment trop mince) jeune femme à ses côtés. Un vieil homme semblait curieux de voir qui sortait de l'ascenseur. Il guettait l'action de sa chambre où semblait s'activer quelques femmes légèrement vêtues. Il a vite semblé désinterressé. Un autre homme était aussi près de lui.
"Nous on attends une colombienne ou une fille des Caraïbes ou les deux!" a t-il beuglé avant de claquer la porte.

John Lennon et George Harrison avaient tous deux une guitare en bandoulière tout près et m'ont lancé un classy "Welcome mate!".

"Je...je ne fais que me choisir une chambre sur l'étage?" que j'ai demandé au gars que je voyais dans son bain un peu plus loin. Il ne m'a pas répondu. C'est un autre gars dans un bain qui m'a répondu que oui. Ça semblait être la section des bains puisque me rendant vers la chambre 237, j'ai aussi croisé deux très belles femmes dans leur plus simple élément, dans leur bain aussi. Puis j'ai été surpris par un homme faisant l'électricité dans ma salle de bain.
"Je n'en ai que pour une petite minute" m'a-t-il dit, avant de me laisser dans mon intimité.

J'étais étrangement bien. L'odeur de cannabis aidant. En effet, sur la terrasse voisine un rasta s'en donnait à coeur joie avec deux amis. Le plus imposant des trois m'a demandé si je voulais les joindre et on a fraternisé un peu. Je leur ai demandé si ils pouvaient m'indiquer où trouver Juice WRLD ou XXXtentation, ne serais-ce que pour me rappeler mon fils, ils l'ont pris personnel, trouvant que j'associais tous les noirs ensemble et m'ont viré de leur terrasse. Ils avaient eu le temps de me dire ce qui m'attendais.

Rien. Après la vie, on ne fait enfin plus rien, sinon ce qu'on veut. Deux éméchés, whiskey en main n'ont pas eu de difficultés à me convaincre de me joindre à eux pour quelques rasades. Mais leurs manies de frapper sur tout en tout temps avec des baguettes a fini par m'agacer. J'avais besoin d'aller au petit coin, et un ivrogne vomissait dans leur salle de bain. J'ai demandé à un timide aux cheveux longs dans le corridor si il y avait des toilettes publiques. À la salle de bain, j'ai surpris deux boys se livrer à des cochonneries JoelLegendresques.

"Oh guys! get a room!" que je leur ai dit. Un peu agacé par leur manque de pudeur. Pas pu faire ce que je voulais y faire. La cabine était occupée par un obèse de toute manière.

J'étais un peu désorienté. Deux poilus ont semblé me parler mais je ne leur ai pas prêté attention. J'ai rejoint une piscine où un blond tentait de séduire une belle brune, tous deux DANS la piscine. Interceptant un possible flirt, je me suis poussé ailleurs. Non pas sans avoir eu l'impression d'avoir croisé mon père dans cette piscine.

"Hey tu veux un tatou?" m'a demandé un punk.
Je lui ai dit que je n'avais jamais été séduit par les tatous et que dans l'autre monde, ça n'avait pas tellement changé. C'est soudainement Joe Strummer que j'ai vu sortir de son salon.

Je suis resté saisi. Je croyais qu'il s'en allait ailleurs, lui.
Qui était l'assistant du tatoueur lui ai-je demandé, il semblait appliqué. Il m'a répondu qu'il était comme moi, Québécois.

DÉDÉ! J'ai tout de suite été le voir pour savoir si il y avait une section Québécoise, pour peut-être trouver mon père. Pas dans la section musicale, non, m'a t-il dit.
"...mais j'ai croisé une actrice! un acteur! un réalisateur de film! Y a pas que des chanteurs et des chanteuses et il doit y avoir d'autre civils comme moi, ici, non?"

"Ce que tu vois, t'es le seul à le voir, comme sur terre, buddy" m'a-t-il dit, un peu blasé. Patrick Esposito de Napoli riait tout juste à ses côtés. Et je crois bien que c'est Chichin qui se trouvait aussi là.

Un suicidé comme Dédé...ça voulait dire qu tout le monde était accepté ici.

Mais est-ce que je vivais bien tout ça? Mort?

C'est fou ce que ça me donnait le vertige cet endroit. J'ai dit, à personne et à moi-même en même temps:
"C'est bien ça le paradis?"

"Seulement pour les imbéciles" m'a répondu un binoclard qui m'avait entendu.
"Ne te sens pas si seul" m'a dit l'autre binoclard à ses côtés.
"Tu ne fais que parcourir un rêve, champion" m'a dit un gars, sans rapport,  à côté.

J'ai marché, sans but, dans ce drôle de décor aussi futuriste que déjanté. Puis j'ai croisé Ian et Kurt.

"Il y a donc de la place pour vous aussi, ici."
"Les églises n'ont jamais eu raison là-dessus" m'a répondu Curtis
"Les églises ont toujours été des prisons" m'a dit Cobain.

Puis soudain, devant moi en train de prendre un autoportrait avec plusieurs de ses amis et nouveaux amis, ce qu'il n'avait jamais fait sur terre...

"...papa?...."

Comment est on géolocalisé sur un téléphone intelligent? ai-je eu le temps de penser.

Avant que je ne ramasse mon filet de bave qui perlait sur l'oreiller. Avec un chat qui plantait son nez sur le mien.

C'est la gars pas rapport qui avait raison, je parcourais un rêve.

Je dors bizarre ces temps-ci.