lundi 27 septembre 2010

Du Sacre

Patrice Robitaille a-t-il déjà eu un rôle où il ne sacre pas?

Encore cette semaine, dès la récapitulation de l'épisode précédent de l'émission Prozac un "hostie" bien senti est venu nous parler en voix hors champs de la gang de fêlés que son personnage croise dans une thérapie de groupe. Le mot "fuck" a perlé de sa bouche 6 secondes plus tard.

Puis dans l'épisode de cette semaine, le même personnage: "Mon estie de chien sale. T'es rien qu'un tabarnak de crosseur. Une calisse de tache qui me court après depuis 30 ans. Crisse de loser de calisse". Jean-Pierre Bergeron au terme d'une crise de larmes a aussi laissé tomber un "hostie". François Létourneau a aussi échappé un "fuck"...ou deux...En fait le jeu de la série Prozac est si naturel qu'on ne remarque même plus le  niveau de langage utilisé. On entend son entourage. Vous vous rappelez de tout ce que dit votre entourage vous?

Patrice Robitaille est une de nos meilleurs acteurs au Québec car on n'a jamais l'impression qu'il joue un personnage. On a l'impression qu'il est.

Et il sacre. Parce que sacrer, ça arrive.

C'est même touchant.

Sacrer ça démontre une faille. Une faillibilité dans la carapace que nous nous construisons chaque jour. Cette carapace qui tente de démontrer au monde que nous sommes invulnérables. Vous remarquerez, que ce soit Claude Dubois dans son entourage qui bouge avec une énergie qui n'est plus la sienne, que ce soit Franco Labine à la commission Bastarache coinçé dans ses menteries ou que ce soit Patrice Robitaille qui sent sa vie lui glisser sous les pieds dans Prozac, les sacres apparaissent toujours dans des moments de désarroi.

Sacrer c'est toujours un déséquilibre dans la coordination d'un moment parfaitement ordonné. Faites le test, installez vous derrière les gens dans une pièce, au bureau dans une réunion ou ailleurs, laissez tomber un "calisse". Même sans le dire avec aplomb vous aurez toutes les têtes qui se tourneront vers vous. Et assurément quelques personnes qui vous jugeront silencieusement.

Est-ce que c'est vulgaire? Non. C'est vulnérable. Humain. L'Homme est vulnérable. Faillible. C'est une ride sur un visage botoxé. On s'habitue de moins en moins a voir des rides. Claude Dubois le premier. Voilà peut-être pourquoi il ne supporte pas de se voir sacrer à outrance sur les ondes de la télé. Et pourtant, cette téléréalité ne pourrais au fond ne le montrer que plus humain.

C'est un autre de ses contemporains, Daniel Bélanger qui chante "le monde est imparfait".
Justement, ça le rend plus attachant.

Nos héros sont de plus en plus imparfaits et c'est très bien ainsi. Ça les humanise. Ça les éloigne des saints auquel on voudrias nous faire croire. Il est donc particulièrement juste de prononcer les mots d'église en vain quand on sent que la voie de la perfection a une fissure.

En 2010, je m'étonne encore de voir des gens s'outrer de ce type de langage qui fait comprendre bien des affaires en peu de temps et qui nous définis complètement tel que nous sommes, nous Québécois. Quand j'échappe un "tabarnak" mes enfants sentent que la situation est grave. Pas besoin de dire autre chose, on comprend que quelque chose a merdé. C'est pas chic mais la vie n'est pas chic non plus. Je trouve l'outrage face aux sacres légèrement déplacé sur une planète où 130 millions de femmes sont excisées à travers le monde, dans une stratosphère où des enfants sont exploités dans les usines de souliers, une société où on crosse toute le monde et son prochain que ce soit en y nommant des amis à des poste clés de la fonction publique, en les exemptant de taxes ou en laissant la mafia gérer à sa guise nos chantiers de construction au Québec.

Dans un pays où 9 provinces sur 10 vous haissent pour ce que vous êtes.

Sacrer au milieu de tout ça est pas si pire. C'est même normal.
Cessons de nous raconter des histoires et acceptons de faire face à des tableaux légèrement moins vernis dans notre musée de la vie.

Sacrer est humain.
Une pluie dans un ciel pas tout le temps bleu.
Et c'est tant mieux.







1 commentaire:

Jos a dit…

"Tu ne prononceras pas le nom de Dieu en vain."

Voilà pourquoi on dit qu'on "sacre". Parce qu'on invoque une toute-puissance pour des choses vaines et futiles telles qu'un orteil martelé sur une patte de lit. Je le fais, tout le monde le fait, mais ce n'est pas une raison pour continuer de le faire. Sacrer fait partie de notre culture, soit, mais de notre culture de colonisés.

Ce n'est pas une bonne chose et nous ne devrions pas en être fiers. Les sacres devraient être bannis de la télévision afin qu'ils disparaissent de notre langage populaire.

Que penser d'un patron jurant comme un chartier? Justement que c'est un colon qui ne mérite pas notre respect. Je respecte beaucoup plus ceux qui savent se maîtriser,