jeudi 8 avril 2010

Malcolm Robert Andrew Edwards (1946-2010)


Malcolm MacLaren savait faire une chose et il savait bien le faire: vendre.

Ne s'entendant pas du tout avec le nouvel amant de sa mère et élevé par sa grand-mère, Malcolm tente de subvenir à ses propres besoins en cumulant des tonnes de petits boulots dans les années 60. De serveur dans les cafés à goûteur de vin en passant par la couture dans des manufactures de mode. Complétement désintéressé par les écoles d'Art d'Angleterre qui le renvoie des classes avec une étonnante régularité, il laisse tout tomber et quitte pour Paris essayant de joindre les rangs du mouvement situationiste.

Ce mouvement consiste à encourager les gestes absurdes et provocants afin d'obliger des changements sociaux. Bien qu'il tente de se joindre à eux, on le rejette à nouveau. Il en gardera toutefois des techniques de promotion pour faire parler de soi.

Dès 1971 il met son talent de couturier à l'oeuvre et ouvre avec son amoureuse, Vivienne Westwood, une friperie nommée Let It Rock. La boutique est un succès instantané, surtout auprès des gens de cinéma et de théâtre (théâtre aussi important à Londres que le hockey peu l'être chez nous). Mais rapidement McLaren s'ennuie. En 1972, il habille le groupe Punk New Yorkais The New York Dolls avec du linge tiré de sa boutique rebaptisée Too Fast To Live To Young To Die. Les New York Dolls provoquent mais personne ne les suit vraiment. Même pas Malcolm. En s'improvisant gérant du groupe il s'intéresse soudainement aux Neon Boys dont deux membres formeront bientôt le groupe Television.
En 1975, il retourne en Angleterre et renomme sa boutique SEX. Sa boutique vend désormais des articles et du linge en lien avec le sadomasochisme (Max Mosley est peut-être déjà un client :)

Il est alors le gérant du groupe musical The Strand. Un groupe qui deviendra les Sex Pistols. Son assistant, Bernie Rhodes (qui deviendra le gérant des Clash) lui fait rencontrer un jeune homme aux cheveux verts et portant un t-shirt déchiré de Pink Floyd sur lequel est inscrit "I Hate". MacLaren vient de trouver le frontman des Sex Pistols, Johnny Rotten.

En mai 1977, il amène le groupe sur un bateau sur la Thames River face au parlement dans la semaine du Jubilé de la reine et leur fait jouer à tue-tête God Save The Queen. Ils sont bien entendu arrêté par la police et leur nom est partout dans les journaux le lendemain. Quand le seul album des Sex Pistols sort en octobre, tout le monde les connait déjà. Never Mind the Bollocks, Here's the Sex Pistols est un hit dès sa sortie. MacLaren se garde une large part du gâteau sur les revenus des Sex Pistols et dès 1978 ça ne marche plus entre Johnny Rotten, Steve Jones et Sid Viscious. Tout le monde veut se péter la gueule et tout le monde se plaint de la douteuse gestion de leurs revenus. Dès janvier 1978, les Sex Pistols n'existaient plus. En 1980 John Lydon (Rotten) gagne un procès contre MacLaren et en 1987 Lydon obtient le contrôle absolu sur les revenus du groupe tassant MacLaren for good.

Dès 1979 Adam Ant de Adam Ant & the Ants lui tend la main pour qu'il gère le band. Trois membres des Ants forment presqu'aussitôt sur la suggestion de MacLaren la controversée formation Bow Wow Wow(avec leur chanteuse de 13 ans).

MacLaren y va de quelques projets on the side sous son propre nom. Il mêle rythmes africains et hip-hop aussi tôt que 1983 ce qui est bien avant l'heure de gloire du hip-hop. Il a un retentissant succès avec Madame Butterfly qui mêle opéra et musique pop. Le clip y est aussi pour beaucoup.

Il rencontre ceux qui deviendront les Red Hot Chili Peppers et reste peu impréssionné par le band. Il leur suggère de jouer tout nu et de mettre toute l'emphase sur le chanteur mais le groupe refuse (mais reviendront à cette idée de nudité un jour...).

Il tente de développer un film scénarisé par le bédéiste Alan Moore(réécrit par Steve Means) mais lorsque le producteur meurt en 1988, l'idée de film disparait avec.

Il devient un maitre du sampling des pièces des autres dans les années 90. Il écrit des morceaux pour des grandes vedettes comme Catherine Deneuve. Tarantino, un autre maitre de l'emprunt, utilise certaines de ses pièces dans les trames sonores de ses films.

Une rumeur voulait dans les années 2000 qu'il se présente comme maire de Londres mais il n'osa jamais cette ultime provocation.

Il a été l'un des producteurs de l'adaptation du livre Fast Food Nation en film.

Comme dernier coup d'éclat, en janvier 2008 il fût introduit dans le reality show britannique Big Brother Hijacks afin de demander entre autre aux participants de se déshabiller, de se tremper dans la peinture et de faire des oeuvres d'art en utilisant leur corps et un vélo.

Le cancer l'a emporté aujourd'hui.

1 commentaire:

Romeo a dit…

Businessman maître du détournement (bien moins dérangeant avec le temps), Malcom fuyait la répète mainstream pour les buzz qui pètent l'ennui.