jeudi 11 novembre 2010

Rizzutos

Le 35ème homicide à avoir eu lieu à Montréal en est un bon.
Un de ses meurtres qui fait moins pleurer.
On avait promis du ménage.
C'est commencé.

Nicolo Rizzuto, né en Sicile, est arrivé à l'âge de 20 ans à Montréal. Rizzuto a commencé sa carrière mafieuse au Canada en tant qu'associé du clan Cotroni qui contrôlait le trafic de la drogue à Montréal dans les années 1970 pour le compte de la famille Bonanno de New York. Cependant, il était plus étroitement lié à la Mafia sicilienne, en particulier le clan Contrera-Caruana, originaire de la même région que lui, dans la province d'Agrigente.

En 1974, face au refus de la famille Cotroni de lui faire plus de place et d'écouter ses doléances, il s'exile au Vénézuela. C'est là qu'il prend de l'influence auprès du clan Contrera-Caruana. Se trouvant des appuis au Canada, aux États-Unis, au Vénezuela et en Italie, il aurait apparemment participé au meurtre de Paolo Violi (et de son frère) en 1978, un bras droit des Bonanno qui avait été nommé par Vic Cotroni, grand patron de la Mafia Montréalaise. Rizzuto le remplace faisant entrer l'héroïne corse au Canada et aux États-Unis. Cet évenement marque le début d'un réalignement des forces dans la mafia alors qu'un ténor passe d'une famille calabraise (les Cotroni) à une famille sicilienne (les Rizzuto).
Violi s'était plaint du mode opératoire indépendant de Nick Rizzuto l'accusant de faire les choses à sa manière sans en parler à personne, sans suivre les ordres, sans se rapporter à quiconque. Le patron de Violi, à l'époque Vic Cotroni,  se réserve le droit d'expulser Rizzuto de ses rangs mais réagit trop tard.

Une guerre de territoire se livre entre les factions siciliennes et calabraises de la Mafia de Montréal et permette aux Rizzuto de prendre tout le contrôle des activités mafieuses de la ville avant que les années 80 aient pris de l'élan.

Le seul fils de Nicolo Rizzuto, Vito, a 35 ans en 1981. Il en avait 9 quand son grand-père, le père de Nick, est assassiné à New York. Il a un devoir à faire aux États-Unis.

Rusty Rastelli, est le patron de la branche de New York des Bonnano. La business s'articule autour des pizzerias (idéal pour y cacher des immigrés illégaux) de la pornographie sur vidéo (toujours très payante) des cafés et des restaurants gérés par la "famille" et des narcotiques. Trois "capos" de Rastelli ne sont pas satisfaits de leur part de la galette. Ils réclament avec insistance plus d'argent. Philip "Philly Lucky" Giaccone, Alphonse "Sonny Red" Indelicato et Dominick "Big Trin" Trinchera sont des tares pour Rastelli. Il s'en occupe donc de la bonne vieille manière.

Il demande à un subalterne, Joseph Massino de réunir une équipe qui liquidera les trois achalants. L'équipe de tireur sera composée de tireurs de la branche montréalaise de la mafia. Ils sont choisis en partie parce que leur fuite hors du pays sera facile à mettre en place. Vito Rizzuto se trouve parmi eux. Massino invite les trois capos à une réunion pour supposément régler leurs désaccords. Aussitôt assis à une table, les tireurs sortent d'un faux mur et mitraillent les trois capos. Ils prennent la fuite sur le champs. Une autre équipe de ménage vient libérer les lieux des cadavres et laver l'endroit de potentielles preuves d'un méfait.

Les problèmes des Bonnano n'allait pas se régler pour autant grâce entre autre à un certain Donnie Brasko qui aidera à trucider leurs plans de l'intérieur.

Nick Rizzuto à Montréal est fier de son fils. Il vient de gagner ses gallons.

Dans les années 80, les Rizzuto jouent un rôle-clé dans l'importation, l'exportation et la distribution de stupéfiants (marijuana, cocaïne, héroïne) au Canada et dans toute l'Amérique du Nord, le blanchiment de centaines de millions de dollars, les jeu illégal, la fraude, les prêts usuraires et les extorsions de fonds.

Les années 90 sont tout aussi fructueuses. Vito prend peu à peu le contrôle des opérations mais le padre, Nick, reste l'inspiration ultime. C'est l apternel qui tisse les liens politiques et d'affaires.
Vito, pour sa part, s'impose comme médiateur dans une trève entre les Rock Machines et les Hells Angels. Il brille aussi dans le même rôle entre les différentes factions des cartels de drogue Colombien. Il réussit à négocier des parts de marché avec deux des cinq grandes familles de New York (les Bonnano et les Gambino). Il dresse des ponts aussi avec les gangs de rue et la mafia irlandaise.

Nick est très fier de son fils mais il est tout aussi fier de Nick Jr, le fils ainé de Vito. Il voit le jeune homme comme la relève. Il le place donc au coeur des opérations mafieuses: dans la construction.

En 2004, Vito Rizzuto est arrêté pour son implication dans les meurtres de 1981 à New York.
Deux ans plus tard l'opération Colisée arrête Nick Rizzuto sur des accusations de fraudes fiscales.
En 2007 Vito est condamné à dix ans de prison aux États-Unis.
Fin décembre deux ans plus tard, Nick Jr est assassiné en quittant la maison de sa maitresse.

Nick Senior est dévasté. Son fils coffré, son petit fils abbatu.

Hier soir autour de 17h45, c'était son tour.

À 86 ans debout dans sa cuisine.
Il y avait du plomb dans son eau.
Du sang plein le parquet.

Le pouvoir de la Mafia bascule.
Le milieu de la construction est en deuil.
Le parti Libéral aussi.
Mon quartier est éploré.
Mon maire aussi.

3 commentaires:

Manuel a dit…

Excellent résumé! Quel est ta théorie sur la source du ménage qui est en cours?

Jones a dit…

Changement de la garde.

Comme nous on change de parti politique from time to time.

La mafia en avait assez du règne sicillien avec un seul chef.
On souhaite une gestion avec plusieurs chefs pour faire moins de cibles faciles pour les clans rivaux. Et retomber plus vite sur ses pattes si un des chefs est assassiné.

Un règne calabrais comme sicillien d'origine. Pas juste sicillien.

Vito sors dans deux ans.

Il y a des cartouches réservées pour lui c'est certain.

Jones a dit…

Job from the inside in my book.