lundi 23 septembre 2013

Fais-Moi un Dessin

"Vous étiez au deuxième étage de l'autobus, dites-moi ce que vous avez vu, comment avez vous vécu ça?"

Non.

NonNonNonNonNonNonNonNonNonNonNon.

Dans ma cavale sur l'autoroute de la vie, j'ai encore le droit de dire NON à cette diahrée dans mon pare-brise.

Quand nous débarrasserons-nous de cet envie de cadavres? de viscères sur un corps maculé de sang, d'intestins exposés hors de leur habitacle habituel pour notre imagination si peu inventive?

J'aurais tué ce journaliste. On m'aurait posé cette question et pour toute réponse convaincante, parce que je suis un homme précis (atout nécessaire dans la traduction), je lui aurais arraché les tripes du ventre pour lui faire comprendre ce que j'ai vu. Je l'aurais battu pour le faire brailler et supplier que je cesse de le violer ainsi.

Ma réponse allait alors été claire.
J'ai vécu ça comme ça.

Moi comme spectateur en tout cas, je vis ça comme ça.

Le cadavre n'est pas encore froid qu'on s'empresse d'enfoncer le micro dans la gorge du père de la victime. On zoom sur la larme de la mère. On remontre en boucle l'élan émotif et non rationnel d'un grand-père qui a perdu ses enfants et ses petits enfants de manière absurde, broyés par un train fou dans la nuit.

On est très très près de tenter d'interviewer le gars en feu qui fuit la maison pour lui demander comment qu'on se sent quand on brûle vivant.

Non. NONONONONONONONON.
Fermez-moi cette télévision mais surtout tirez sur ces vautours. Je ne veux rien savoir des survivants de l'apocalypse. Je ne veux pas mettre l'orteil dans l'eau de l'apocalypse. Je ne veux pas voir. Je ne veux pas imaginer. Je ne veux pas de dessin.

J'ai
une
imagination.

Je suis amer de mon Amérique qui aime tant le sang. Pas celui qui nous fait vivre, celui qui nous éteint. Celui qui fait du CSI New York, L.A. Chicago ou Denver des succès télés. Je suis amer des États-Unis qui baisent avec leurs fusils.

Je suis amer du sang que je ne peux plus donner. J'ai un sang rare, j'étais donc donneur depuis longtemps, donneur convoité et hautement sollicité. Mais voilà,  Fluoxetine, Crestor, Rosuvastatin, Clonazepam, moi qui n'ai jamais pris plus que 10 aspirines dans toute ma vie, prend maintenant autant de pillules pour freiner ma dégénération qu'un grand-papa gâteux dépassé par le nouveau IOS7 du Ipad. Je ne peux plus donner de se sang là.

Je mords les cous la nuit pour mieux me sustanter.


Mais ce sang, ce sang, ce sang de jour?
À la Recherche du Sang Perdu de Marcel Pouls?
NON.

Finnissons-en avec ces fantasmes de UFC.

Libérez-nous de ces chasseurs de sensations fortes à toute heure du jour.

Et laissez-moi tranquille pendant que je visionne l'épisode final de Dexter en buvant mon Bloody Mary du lundi.

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