dimanche 22 avril 2012

Dérapages

Quand Paul Arcand, l'homme de la radio, s'est lancé dans la production documentaire télé/cinéma il y a quelques années il s'est aussitôt planté.

Son essai sur la relation des Québécois avec les médicaments était raté, mal documenté, truffé d'erreurs et pas simplement cinématographiques.

C'étaient des erreurs de débutants (au cinéma) mais ça n'excusait pas les erreurs de recherche et de faits.

Maladroit était le mot qui montait spontanément à l'esprit.

Mais cette fois, avec son troisième effort (après Les Voleurs d'Enfance), appelé Dérapages, il vise dans le mille. Pas en terme de cinéma ou de narration où il semble encore fort malhabile mais ce sujet...

Je n'ai pas vu le film encore, simplement quelques bouleversantes bandes annonces mettant en vedette la musique de l'excellente formation Metric. Faudra quelques boites de papier mouchoirs parce que j'ai refoulé des larmes chaque fois que j'ai vu cette bande-annonce.
Et pourtant je n'ai jamais été impliqué dans un accident de voiture de ma vie, ai très peu conduit en état d'ébriété plus jeune et n'ai jamais perdu ou connu des gens qui ont perdu quelqu'un dans de telle circonstances. La soeur d'une amie au secondaire fauchée mortellement par un chauffard au secondaire en 1989 mais ni l'alcool, ni la vitesse n'étaient en jeu. Elle faisait du vélo en bordure de l'autoroute et la voiture l'a happée. C'est le plus près que je n'ai jamais été de la chose et le plus près que je ne voudrais le rester.

Mais ce sujet m'a toujours bouleversé. C'est Albert Camus qui disait que la mort la plus bête, la plus absurde et la plus misérable au monde serait de mourir dans un accident de voiture. Ça ne l'a pas empêché de trouver la mort aux côtés de son ami Michel Gallimard (le neveu du Gallimard des éditions du même nom) qui conduisait la Facel-Vega FV3B qui a foncé à 180 KM/H dans un arbre en revenant du Vaucluse le 4 janvier 1960.

Je me rappelle en 1995 m'être presque battu avec un ami qui, attendant à la lumière rouge à mes côtés, après le travail tard en soirée, m'avait défié de la pédale pour me pousser à courser avec lui. Quand la lumière avait tourné au vert j'avais intentionnellement choisi de ne pas partir du tout le laissant faire crisser ses pneus tout seul et partit comme un imbécile dans la nuit. Nous nous retrouvions à un resto tout près par la suite et je lui avait dit ma façon de penser. C'est encore mon ami aujourd'hui probablement parce que justement, on était capable de se dire les vrais choses.

Paul Arcand est un animateur de radio qui a bâti sa réputation justement sur ceci: dire les vraies choses. Poser les vraies questions. Il a profité du glissement des gens vers la droite au cours des 20 dernières années. Homme au physique ingrat, il est rarement accusé de jouer "une game" pour la télé ou la radio. Les gens ont apprécié ce style d'animation et il est devenu la personnalité phare de la station de radio 98,5 FM.

Contrairement à ses deux films précédents, Arcand n'attaque pas un système. Il laisse toute la place aux jeunes, car c'est un film sur les jeunes et leurs machines à tuer, et laisse aussi (j'espère) le spectateur faire les liens nécéssaires sans les tenir par la main.
J'espère.
Je n'ai pas vu le film encore.
Je ne le verrai pas en salle non plus.
Je vais l'acheter. Il fera patate en salle mais sera un grand succès à la vente j'en suis certain.

Je l'achèterai parce que Monkee est à 3 ans de conduire une voiture.
Et pour Punkee qui suivra 4 ans plus tard.
Pour leur montrer ce qu'ils se mettent entre les mains.
Leur faire comprendre le sens du mot "responsabilité".

Juste pour cela, sans même avoir vu le film encore, le film de Paul Arcand sera encore mieux qu'une pub de 15 secondes sur le sujet répétée ad nauseam.

Nous sommes le 22 avril. Des centaines de milliers de gens se rassembleront aujourd'hui pour crier leur rage sur l'imposition dictatoriale de "compteurs intelligents", sur l'imposition d'une taxe de 200$ sur la santé, sur les réclamations des inondés de St-Jean-Sur-Le-Richelieu qui n'arrivent pas, contre la situation des cols bleus de Québec, de Laval; on hurlera pour Alcoa, Aveos, Air Canada*, on va manifester contre l'augmentation de la facture de 75% qu'on demande aux étudiants de payer, contre les gaz de schiste qui sont une hérésie,  pour dénoncer les manières du Plan Nord mais surtout pour exorciser le ras-le-bol national sur notre manière de traiter cette terre qui nous reçoit le temps d'une vie,...
Ce sont de multiples dérapages que des milliers de gens s'apprêtent à dénoncer aujourd'hui en ce jour de la terre parce que les leaders en place nous offre un fouillis de parfait merdier sur lequel pleurer.

La clémence sur les récidivistes de l'alcool au volant serait aussi pour moi une raison de hurler ma rage.  

Ce ne doit pas être simplement une journée pour être CONTRE quelque chose.
Mais bien une journée où on devrait s'accorder le droit de réfléchir EN FAVEUR de quelque chose.

Je suis en faveur de plus de responsabilités.
Individuelle et collective.

Le film Dérapages est en salle à partir de vendredi.

*On ferme le monde des affaires au Québec par ordre alphabétique...

1 commentaire:

Cybèle a dit...

Outch! Elle frappecette bande annonce!

«Pour leur montrer ce qu'ils se mettent entre les mains.
Leur faire comprendre le sens du mot "responsabilité".«

Si tous les parents étaient sensibilisés autant que toi sur la question...

Je crois, du moins je l'espère, que ce film aidera à le faire.