Le titre de la chronique est inspiré par 4 albums que j'ai tant écouté, que j'en connais toutes les paroles, tous les sons, toutes les nuances, tous les tons. Bref, je vous parles d'une musique qui est désormais composante de mon adn.
Par ordre de création:
Blonde On Blonde de Bob Dylan
The Idiot d'Iggy Pop
Low de David Bowie
The Unforgettable Fire de U2
B.I.B.I. c'est moi. C'est aussi le terminaison du mot arabe habibi, voulant dire Je t'aime.
Musique, je t'aime.
MURDER BALLADS de NICK CAVE & THE BAD SEEDS.
À la fois radical et étrangement accessible, l'album de l'Australien et de ses complices s'inscrit dans la tradition ancienne des murder ballads, qu'on croit popularisées par les Louvin Brothers dans les années 50, mais qui était déjà un hommage à ce type de ballade du 17e siècle. Le concept étant que dans la narration de la chanson, une ballade ou une chanson folk, acoustique, une histoire de crimes violents, souvent passionnels, traditions orales populaires alors. Du journal jaune chanté. Cave ne se contente pas d'en ressusciter la forme, il la réinvente, la théâtralise, et la charge d'une profondeur psychologique et littéraire qui confère à l'ensemble d'une puissance rare.
Cette pochette aux airs d'hivers...ça ne pouvait que me plaire...Dès le départ on est plongé dans un univers narratif sombre et hypnotique avec un titre ironique. Mi-conteur, mi-prêcheur la voix grave du grand Nick installe une atmosphère oppressante où le drame se déploie lentement, parfois à coups de fusils, presque insidieusement. Chaque morceau fonctionne comme une nouvelle macabre quelques fois inspirée des faits divers réels ou de figures mythiques, d'autres fois entièrement fictives, mais toujours ancrée dans une violence profondément humaine. Meurtres, jalousie, désir, vengeance et fatalité forment la trame centrale de toutes les chansons sauf la dernière qui dédouane l'ensemble en proclamant que la mort n'est pas la fin. Et à plusieurs voix. Morceau signé Bob Dylan, rien de moins.
On ne baigne jamais dans le sensationnalisme, même si on en reste cousin. Musicalement, la richesse des invités, PJ Harvey, Kylie Minogue, Anita Lane, Shane McGowan, C'est un morceau originalement pensé pour Henry's Dream, autre chef d'oeuvre du band, qui a démarré le projet car on arrivait pas à l'arrimer à aucun des albums précédent celui-là. On a donc articulé autour sur le même thème. Les mauvaises graines sont formidables comme toujours. Capable de discrétion autant que d'harmonie, de minimalisme et d'intensité. La narration respire et glisse dans le chaos et l'explosif quand le texte le suggère. Cette diversité sonore empêche toute monotonie et renforce l'idée que chaque chanson est un micro-film noir. Une épopée de 14 minutes nous raconte un homme entrant dans un bar où tout le monde y est mort. Mais le narrateur n'est pas fiable.
Le narrateur omniscient ou témoin, parfois même le criminel qui raconte les morceaux n'est pas jugé mais tout simplement exposé à nu. Dans toute leur complexité monstrueuse et vulnérable. Cruelle et pathétique. Notre propre fascination pour la mort est confrontée.C'est un album sur la violence, mais aussi sur la manière dont elle est racontée, consommée et transmise.
La beauté trompeuse est bien placée dans la séquence, mais le récit en est un de féminicide glaçant le sang. Raconté du point de vue de la victime et du meurtrier. La forme parait sombre, mais musicalement on voyage agréablement. Un humour noir y règne. Une dimension ludique. Nick joue avcc les archétypes. Dense, exigeant, presque littéraire, c'est plus qu'un album concept, c'est une obligation de se questionner sur son rapport à la violence. Et sur nos fascinations face à l'horreur.
Pour amateurs de murder ballads, folk, d'austérité, de blues poisseux, de rock abrasif, de chansonniers, de ballade délicates, d'accents gospel ou de cabaret.
Cet album, le 9e de Nick Cave & The Bad Seeds, a 30 ans cette année.
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