mercredi 29 décembre 2010

Le Tambour

"Ce jour-là j'ai décidé, voyant les adultes et envisageant mon futur, que je devais faire une halte. J'ai choisi de rester à 3 ans et de cesser de grandir. D'être un gnome une fois pour toute."

Il y a de ses films qui pourraient vous habiter toute une vie.

Le film Die Blechtrommel (le Tambour) de Vicktör Schlöndorff est l'un de ceux-là.

Palme d'or au Festival de cannes de 1980, Oscar du meilleur film en langues Étrangères la même année, le film raconte l'histoire d'Oskar, jeune garçon né dans les années 20, qui choisit de cesser de grandir à l'âge de 3 ans, trop dégoûté par le monde qui se présente à lui.

Le grand auteur Allemand Günther Grass a écrit le livre et adapté le scénario, qui fût par la suite peaufiné par Jean-Claude Carrière et Schlöndorf.

Oskar, interprété de manière magistrale par un jeune David Bennent (11 ans) au regard glacé, apprend à exprimer ses émotions trop intenses par le biais d'un petit tambour qu'il a reçu pour ses 3 ans. Lorssqu'enragé, il hurle d'une voix si stridente qu'il réussit à briser le verre.

Les histoires racontées sur fond de drame social sont souvent marquée d'une profondeur remarquable. L'histoire de Grass, racontée sur fond de montée du nazisme sur plusieurs années offre des scènes tout à fait exceptionnelles. Grotesque et splendide.

Grotesque: Cette scène de rassemblent populaire nazi, désynchornisée par le rythme du tambour d'Oskar. Métaphore brillante afin de démontrer qu'il y avait du sable dans l'engrenange de la pensée Allemande de l'époque.

Splendide: Cette scène d'Oskar dans le ventre de sa mère, le jour de sa naissance, inquiet, et refusant de sortir.

Pendant que l'Allemagne doit choisir entre les forces Polonaises et le vent de changement Allemand, Oskar est tiraillé entre deux hommes, l'un polonais et l'autre Allemand qui l'élève. L'un des deux est son père, son oncle incestueux .
Un juif (et naif) marchand, d'abord amoureux de la mère d'Oskar glisse vers les forces du mal. Il offre à Oskar de lui remplacer toute sa vie son tambour lorsque brisé. Il est joué par le toujours fascinant Charles Aznavour.

Bennent, 11 ans je le rappelle, est extraordinaire jouant de manière convaincante un enfant naissant, un enfant de 3 ans, un enfant de 12 ans, un enfant de 16 ans, un enfant de 21 ans et ainsi de suite.

La trame sonore de Maurice Jarre propose toujours des rythmes imparfaits, laissant glisser un son grincant dans une belle mélodie de violon ou proposant des sons de cuivres et de clarinettes qui font des couacs dans la chorale. Toujours usbtilement pour rappeller que la machine Allemande fait fausse route sans s'en rende compte.

Étrangement jolies, les scènes de guerre font se côtoyer des symboles de l'enfance (et un enfant, Bennent) alors que les Polonais réalisent dans le chaos dans quel bourbier certains se sont lancés de manière fatale. La tendre musique de Maurice Jarre au piano contraste avec le délire meurtrier qui fait rage dans les rues. Touchante scène de l'oncle/père présumé d'Oskar négociant, au poste Polonais de Danzig, avec un mort une dernière brassée de carte sous prétexte qu'il a un jeu extraordinaire. Encore plus vibrant la scène suivante où, les nazis ont enligné les polonais le long du mur.

L'expressionisme Allemand des années 10 et 20 avait été étouffé par le régime Nazi qui jugeait cet art "dégénéré et décadent".  Ce film est un intriguant, sublime et dérangeant  hommage moderne à l'expressionisme Allemand.

Rarement une traduction en version française aura offerte une si bonne performance de la part de celui qui double la voix d'Oskar. Une voix hargneuse, perçante, pénétrante, vive et sarcastique issue d'un personnage témoin de l'ascension et de la chute du troisième reich. Au coeur d'une des périodes les plus troubles de l'humanité.

Le Tambour est un cri: celui du peuple Allemand, désespéré après la guerre et celui de l'enfant qui ne veut pas voir et qui un jour n'a plus d'autre choix que d'ouvrir les yeux. Un cri. Puis le mot fin. Et un silence se forme en nous. Profond comme le film. Bouleversant.

Je recommande vivement ce film à quiconque s'intérresse au cinéma indélébile.
Celui qui nous habite longtemps.

On en sort bouleversé.


(il est gratis et pour 7 jours à votre bibliothèque locale chuuuuuuuuuuuut! gardez ce secret entre nous!)

1 commentaire:

PHéROMONE a dit…

Je fréquentais votre blogue assidument il y a quelques mois. J'ai du rattrapage à faire dans vos écrits et ça me réjoui. C'est au programme de mes prochains jours de farniente
Vos références culturelles me rejoignent toujours de même que vos propos. Le Tambour fait aussi partie de mes films cultes
"Je pulvérise les oeuvres d'art" est ma ligne préférée!!!

Alors au plaisir de continuer à vous lire en 2011