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jeudi 9 février 2023

8 1/2 Robin Williams

Hier fût si lourd.

Mais siiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii lourd.

Atrocement lourd. Péniblement triste. J'en ai pleuré tout seul. 

Et je ne suis pas parent d'enfants en âge de garderie. Mais cette garderie est à 12 minutes de marche de chez moi. Mon fils, qui devait être stagiaire cette semaine, (ça a été repoussé) aurait ét parmi les premiers intervenants. Et bien que j'étais déjà au bureau de Montréal quand tout ça est survenu, l'inefficacité et l'envie de pleurer était permanente toute la journée.

Je repousse un texte sur le sujet à demain afin de freiner les larmes. 

J'ai envie de léger. Mais voyez, même en vous parlant de léger, je vous parlerai d'un clown suicidé. 

L'ombre ne peut pas aussi vite se dissiper. 

Robin Williams était un acteur que j'aimais bien. Il était drôle, mais derrière chaque drôle se cache un triste. Il était capable de bien faire passer ce qu'il avait à nous faire passer et le faisait extrêmement bien. Il étai si aimé qu'on l'a récompensé d'un Oscar, en 1998. Mais il n'a jamais réussi à bien faire passer son mal-être pleinement. Personne ne la guéri sa propre tête. 

J'ai envie de vous parler de 8 fois où Robin m'a rejoins droit au coeur. Ce qui devrait être le lot de tout créateur. De tout artiste. Toucher au coeur. 

Question de tenter de freiner mes pleurs intérieurs. La rivière de larmes internes doit couler un peu toute seule avant que des baigneurs étrangers n'y trempent.

The World According to Garp (1982).

C'est la première fois que je découvre Williams. Je ne vois pas le film dès sa sortie, mais au moins trois ans plus tard. New Hamphsire Hotel, est le premier livre que je lis en anglais, quand j'étais pré-ado, je suis donc familier avec l'oeuvre de John Irving, qui a aussi écrit ce qui était d'abord un livre. Je suis même en train de lire L'Oeuvre de Dieu, La Part du Diable, version française de The Cider House Rules, principalement parce que le titre, je le trouvais plus beau en français. Willliams y joue Garp. Un sympathique bougre qui n'aime pas les gens qui passent vite devant chez lui, en voiture, ni que sa femme ne travaille à genoux, sous le volant...J'ai vu celui-là à la télévision.

Good Morning Vietnam (1987).

Robin est ici, beaucoup plus coloré et comique. Il y incarne un animateur radio, en 1965, au Vietnam, sur les ondes armées, pour les troupes. Il devient immensément populaire auprès de son public mais pas tant auprès de ses supérieurs qui le trouvent sur la fine ligne de l'insubordination. Le personnage est librement inspiré d'Adrian Cronauer qui avait ce rôle dans le dramatique conflit Vietno-Étatsunien. Williams fait rire, mais montre aussi un angle dramatique si intéressant qu'il se mérite une nomination dans la catégorie du meilleur acteur, aux Oscars. J'ai vu celui-là, tiré du club vidéo. 

The Adventures of Baron Munchausen (1988).

Dernier film de la "trilogie de l'imagination" de Terry Gilliam, après Time, Bandits et Brazil, ici, Williams y est mémorablement, une simple tête surexcitée, qui passe, ici et là, dans le rôle du roi de la lune. Le film n'a pas eu la sortie, ni la promotion, ni la distribution (ni le budget) que le film aurait dû avoir. Il y avait changement de régime au studio et tout ce qui avait été promis oralement avant, devenait caduque maintenant. Les films de Gilliam sont ce qu'il y a de plus près des films de Fellini, de la part d'un non italien. Williams y est comme un canard dans l'eau dans cet univers fantaisiste de héros du 16ème siècle. J'ai vu celui-là, en avion. 

Dead Poets Society (1989).

Cette fois, j'ai 17 ans. J'ai l'âge des étudiants dans le film. Même que la mère d'un ami à moi dira que je ressemble beaucoup à un des personnages et qu'elle avait eu l'impression de me voir tout le film dans sa peau. Celui-là, je le vois en salle. Avec des ami(e)s. On en sortira soufflé(e)s. On a adoré. Williams y joue un enseignant non conforme dans une école pour garçons des années 50-60. Il est aussi excentrique que touchant. J'aimais déjà le cinéma de Peter Weir, alors, j'ai acheté ce film, depuis.  Williams sera à nouveau nommé dans la catégorie du meilleur acteur.

Awakenings (1990).

Tiré des mémoires du docteur Oliver Sacks, de 1973, on y raconte l'histoire vraie du docteur qui avait trouvé un remède qui ranimait les patients...disons moins animés, victimes de paralysantes encéphalites, les faisant paraître presque guéri(e)s de leur maux, le temps d'un seul été des années 60. La recette ne tiendra guère, mais le temps que ça dure, on croit au miracle. Williams y incarne le maladivement timide docteur. Très bon film. Touchant de partout. J'ai vu ce film dans la salle Maurice O'Bready, alors étudiant universitaire, à Sherbrooke.

The Fisher King (1991).

On retrouve Gilliam ici, que j'aime bien, dirigeant Jeff Bridges, un ancien animateur radio devenu suicidaire après qu'un de ses commentaires en ondes eût été la source d'une tuerie de masse. Alors qu'il veut en finir avec la vie, il est sauvé par un sans abri (Williams) qui devient en quelque sorte, son coloré protégé. Williams est drôle, nous brise le coeur, romantique, habile. Williams y est si bon qu'il sera à nouveau nommé pour l'Oscar du meilleur acteur. J'ai vu ce film en l'empruntant, au club vidéo. 

Good Will Hunting (1997).

J'ai vu ce film au cinéma. Je l'ai aussi acheté. Car je le trouve presque parfait. Williams y incarne un travailleur social qui s'occupe du dossier Will Hunting, génie rebelle qui a merdé quelques fois dans la vie, au point d'avoir besoin, d'un travailleur social. Cette fois, Williams rafle l'Oscar du meilleur acteur dans un rôle secondaire. 

One Hour Photo (2002).

C'est le dernier film que je verrai mettant en vedette Williams et je l'ai emprunté à la bibliothèque. Il y incarne un développeur de photos (à l'ère des négatifs) développant une relation malsaine avec une famille dont il développe les photos. Williams, y est pour une rare fois, plus ombre que sourire. Il y est très bon. Mais il ne fait pas rire, contrairement à tous les autres films précédemment nommés ici, où il fait rigoler facilement. Il était alors plus-que-près à incarner Phil Collins dans un film. 

Je l'ai aussi dans Deconstructing Harry, de Woody Allen, où il y joue un très amusant personnage "brouillé", dont on ne distinguera jamais complètement les traits. J'ai vu le film en salle en 1997 et l'ai eu à Noël ou à ma fête, en DVD, par la suite. Assez drôle.

C'est important de rire.

Plus que jamais. 

dimanche 8 avril 2018

La Grande Mélancolie de Ben Affleck

Il y a tout juste un an, Ben Affleck et Jennifer Garner, mariés depuis 10 ans, se séparaient.

Quand Vanity Fair a demandé à Jennifer de commenter la chose, celle-ci a parlé du tatou de la crise de la quarantaine de son ancien chum. Ce tatou représente un large phoenix multicolore surplombant l'entièreté du dos d'Affleck, renaissant de ses cendres.

"Suis les cendres dans ce type d'évocation?" a demandé Garner. Elle ne voulait pas être les cendres. Elle l'a quitté. Quand les journalistes ont approché Affleck sur le tatou, celui-ci a prétendu qu'il était faux. Pour un film. Temporaire. Des mensonges.

Affleck a eu un bon 20 ans de bonne célébrité. On l'a trouvé charmant et plein de vie aux côtés de son ami Matt Damon lors de la réception de leur prix pour le meilleur scénario aux Oscars, pour Good Will Hunting, en 1997. Certains l'ont trouvé épicé en faux amoureux latin dans son union avec Jennifer Lopez. Plus séduisant comme amoureux de Jennifer Garner et père de trois beaux enfants. On lui a inventé un nouveau respect pour son film Argo, dont il était l'architecte et la vedette et qui a été largement récompensé aux Oscars de 2013 (même si les "vrais" faits exposés trichaient le véritable héroïsme canadien).

Mais dans la poussière de l'après Jennifer Garner, une recalibration de Ben Affleck semble en place. Il est plus vieux, il a forci du plastron, et son énorme tatou n'avait rien de faux. Il est tout là dans le dos. La rumeur a couru qu'il avait succombé à d'autres femmes pendant son mariage avec Jennifer, ce que son camps a nié. Pendant un temps, on a même parlé du si cliché "il a craqué pour la gardienne" qui était bonne pour son ego. (en photo ici à gauche)
Fin 2017, son nom est revenu dans des cercles peu enviables quand le mouvement #MeToo l'a forcé à s'excuser deux fois pour avoir pris les fesses de femmes, sans leur consentement, des moments filmés, qu'il ne pouvait pas nier. Il a tenté de se garder loin du nom d'Harvey Weinstein qui était celui qui avait tracé sa route jusqu'aux Oscars de 1997 et qui l'avait relativement mis au monde dans le showbiz Hollywoodien. Rose MacGowan en a remis en répétant ad nauseam que Ben et son frère savaient pour Weinstein et étaient même complices. L'absence de commentaires sur Weinstein, de la part d'Affleck a été perçu comme une défense d'un mentor.

Plus d'une fois, depuis sa séparation, les paparazzis ou les internautes, l'ont surpris en moment de spleen (hilarants tout de même). En peu de temps, Affleck est devenu le parfait mâle blanc de quarantenaire facile à moquer sur le net. Un souffre-douleur qui rejette à la fois cette tristesse plus ou moins vraie, mais une tristesse sur laquelle il serait facile de l'identifier. Les images d'Affleck suscite à la fois humour et compassion. La sympathie rôde autour de lui. Une certaine pitié, aussi.

En mars dernier, deux ans, jour pour jour après avoir nié l'existence du tatou tapissant son dos, il a été photographié sur une plage d'Honolulu, le phoenix renaissant de ses cendres bien en vue. Il prenait une pause pour le tournage de son film (pour Netflix) Triple Frontier.  Pendant que ses co-stars, beaucoup plus jeunes, Garrett Hedlund et Charlie Hunnam, faisaient du surf comme deux chiots en folie, Ben, 45 ans, nageait avec une veste de sauvetage rouge en eau peu profonde. L'image marquait les esprits. Le vieux, les jeunes. Le tatou, inexistant il y a deux ans, mais si gros que les ailes de l'aigle envahissent même une partie de ses épaules, a capté toute les attentions.

Il regarde au loin, méditatif, presque bedonnant (remarquez le photoshop de la première photo à droite plus haut). En France ou en Russie, ce type de portrait serait peut-être considéré viril. Gérard Depardiesque dans les années 90 ou Vladimir Poutineux.

Ici, on y a vu davantage Homer Simpson.

La serviette drapée autour de lui comme un enfant devant une piscine trop grande pour lui, empereur romain déchu, toutes les images qui naissaient nous éloignaient de l'image romantique du Voyageur Contemplant une Mer de Nuages de Caspar David Friedrich.

Question de perspectives, me direz vous.

Justement, Moi j'y ai vu plus grand encore. J'ai vu dans cette photo, qui titre cette chronique, la chute d'un homme. Il y a quelque chose dans les yeux de père fatigué qui suggère une certaine panique.

J'y vois aussi la fin d'une certaine sorte d'homme en général.

Qui n'est peut-être pas complètement juste pour Ben Affleck.

Mais qui annonce la fin d'une trop longue récréation.

Il aura besoin du rappel de la signification de son tatou.
Qui ne pourra ni être temporaire, ni renaître de la même manière qu'avant.



jeudi 2 mars 2023

Cinema Paradiso*******Boy Meets Girl/Mauvais Sang/Les Amants Du Pont Neuf de Leos Carax

Chaque mois, dans ses 10 premiers jours, tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu) je vous parle de l'une de mes 3 immenses passions: le cinéma!

Je l'ai consommé, surconsommé le fais toujours, l'ai étudié en fût diplômeé, y ai travaillé, en fût récompensé early, m'en suis retiré afin d'élever my family, mais si je suis sorti du cinéma, le cinéma ne sortira jamais de moi.

Je vous parles d'un film qui m'a séduit par son audace, son originalité, ses thèmes, sa musique, son montage, ses interprètes, son histoire, sa réalisation, sa cinématographie, bref souvent tout ça en même temps. Je vous parles d'un film dont j'ai aimé pas mal tous les choix.

J'ai adoré Léos. Au moins 3 fois. 

J'avais 19 ans. J'étais étudiant universitaire. Je découvrais, en salle, entre étudiants universitaires, sur un site universitaire, deux fabuleux vagabonds comme nous étions, en amour sur un pont. Un En Attendant Godot, amoureux. La belle Juliette jouait d'humilité en ne faisant pas la belle, mais en étant surtout pouilleuse devenant aveugle. Tout en restant adorable. Qui était ce réalisateur qui utilisait du Arvo Part, Benjamin Britten, du Iggy Pop, du David Bowie, du Fred Chichin dans la trame sonore de son film ? Leos Carax marquait de points partout. 

J'allais ensuite me taper les deux autres films précédents de ce réalisateur, ses deux premiers longs métrages, auteur d'une poésie urbaine qui me touchera droit au coeur et qui ne sera pas étranger à ce que Wong Kar-Wai nous offrira des années plus tard. 

Je fais une entorse à ma règle habituelle de vous parler d'un seul film, tout en sachant que je l'ai transgressée deux fois déjà. Avec la trilogie de Krysztof Kieslowski Bleu/Blanc/Rouge (qui, ironiquement mettaient aussi en vedette Juliette Binoche et Julie Delpy) et avec Jean de Florette/Manon des Sources. 

Une trilogie de films à financement en partie Français et un duo de film totalement Français (Marseillais même, je dirais). Carax, encore la France. 

Je vous parles d'une trilogie d'errances. Ses trois premiers films. Qui ne font souvent qu'un même poème dans ma tête.

BOY MEETS GIRL/MAUVAIS SANG/LES AMANTS DU PONT-NEUF de Leos Carax.

1984, 1986, 1991.

BOY MEETS GIRL.

La vedette de ce premier film est le directeur photo Jean-Yves Escoffier. Il sera cinéaste de Gummo d'Harmony Korine, Good Will Hunting de Gus Van Sant (dont Carax a beaucoup du style ou est-ce l'inverse?), de Rounders de John Dahl, de Nurse Betty de Neil Labute et du clip de Johnny Cash, Hurt, chanson reprise de Nine Inch Nails. Le film The Human Stain de Robert Benton, filmé par sa caméra, et dont il n'a pas vu le produit fini, décédant d'une crise cardiaque, en 2003, lui est dédié. Il pose ici une caméra amoureuse sur les amours déçues d'un aspirant réalisateur (joué par Denis Lavant), qui vient d'être quitté par son amoureuse, faisant la rencontre d'une suicidaire (interprétée par Mireille Perrier), qui sort aussi d'une relation dont elle n'avait pas choisi la fin. Et qui maintenant, veut la choisir. Le noir et blanc est époustouflant. On sent leurs coeurs gris de brouillard. Ses trames sonores sont tout simplement remarquables. Premier essai croisé entre un jeune Truffaut et un tout aussi jeune Godard. Carax a 24 ans. 

MAUVAIS SANG.

Le titre fait référence à un poème d'Artur Rimbaud, tiré d'Une Saison en Enfer. Il ne fait aucun doute que Carax penche vers la poésie. Escoffier sera directeur photo des trois films dont je vous parles. Retrouvant Denis Lavant et Juliette Binoche, maintenant conjointe de Carax, on navigue dans un Paris dystopique, où les gens meurent d'un mystérieux mal appelé STBO (une des premières métaphores du SIDA naissant), tuant ceux et celles qui font l'amour sans réelle passion, sans s'aimer. Un vol dans un laboratoire de vaccin contre le STBO, et qui a pour but de rembourser de vieilles dettes envers des prêteurs sur gages véreux (Michel Piccoli), ne fonctionne pas complètement comme prévu. Serge Reggiani apparait dans ce film. Hugo Pratt, auteur de Corto Maltese, et Leos Carax lui-même, en voyeur, apparaissent dans ce film. La musique de David Bowie aussi. Encore. Ce qui ne pouvait que me plaire d'emblée. Une des premières chansons qui m'a arraché le coeur, pré-ado, en plus. Denis Lavant incarne un autre "Alex", comme dans Boy Meets Girl.  Dans Leos Carax, il y a  Alex comme le personnage de A Clockwork Orange. Et il y a le mot Oscar. Carax offre un film apparenté à celui de Kubrick d'une certaine manière. Même milieu glauque. Et qui a le talent pour rafler un Oscar. Gagnera le Prix Louis Delluc, le Alfred Bauer et le C.I.C.A.E. au festival de Berlin et sera nommé pour trois Césars. Binoche, Delpy et Escoffier pour ce film là.  

LES AMANTS DU PONT-NEUF.

Leos se voit maintenant accorder un bien meilleur budget pour son nouveau film. Mais Leos voit trop grand, défonce son budget, fait reconstruire le décor à Montpellier, Lansargues plus précisément après avoir dépassé ses jours de tournage sur le vrai pont. Denis joue toujours Alex. Juliette y est encore, mais à la ville n'est plus en couple avec Leos. Juliette y est formidable d'humilité. Deux vagabonds se rencontrent sur le Pont-Neuf et se découvrent. Tous les films de Carax pourraient être muets. Il est un poète de l'image. Les deux vagabonds profitent des rénovations sur le pont en fonction du bi-centenaire de la Révolution Française pour y loger. Il y a un peu de Chaplin dans ce film, mais aussi beaucoup d'imperfections naissent chez ce Alex, de moins en moins aimable. 

Carax est un réalisateur qui a compris le sens des images et qui sait s'en servir intelligemment et avec poésie. Ces histoires n'ont pas besoin de milliers mots, les images dansent sous nos yeux comme des rêves en plein déploiement. Gainsbourg et les Dead Kennedys au son dans le même film, ça prend un merveilleux fou pour y penser. 

Carax est ce merveilleux fou. 

Les trois films, outre Lavant & Binoche, ont en commun des envies d'aimer maladroites. emballées dans la plus belle pellicule qui soit. 

Carax, son oeil, ses complices ont compris, le cinéma.   

vendredi 20 juillet 2018

10 X Gus Van Sant

J'aime beaucoup le réalisateur Gus Van Sant.

J'aimais?

Je réalise que je croyais avoir vu beaucoup plus de ses films. Mais non, j'ai en fait vu ses 6 films consécutifs entre 1989 et 1998, que j'ai tous beaucoup aimé sauf un. Que j'ai beaucoup haï. Celui de 1998. Psycho. Inutile en tout point à mon humble avis. C'est un peu à cause de ce film inutile, qui m'a franchement horripilé, que je n'ai eu envie de voir ses deux suivants. Puis, quand il a évoqué la tuerie de Columbine dans son film Elephant, je me suis un peu réconcilié avec Van Sant. Mais pas assez pour voir ses deux films suivants. Puis j'ai vu celui de 2008. Beaucoup aimé. Mais pas vu ses trois films suivants non plus.

Je vais me chercher Promised Land aujourd'hui. Parce que Matt Damon. Parce que John Krasinksi. Parce qu'écrit par eux deux. Parce que Frances McDormand et Hal Holbrock.

Parce que Gus Van Sant.
Je t'aime tu encore?

10 fois Gus Van Sant au travers de mes yeux:

Gus en courts-métrages:
Entre 1967 et 2008 Gus Van Sant a tourné 18 courts-métrages. Variant dans la durée de 40 secondes à 45 minutes. Ses contributions les plus grand public, et plus récentes, auront été dans les films à sketchs de plusieurs réalisateurs, Paris, Je t'aime, un hommage à la ville de Paris. Son segment fait rencontrer deux jeunes hommes dont l'un est convaincu que l'autre est son jumeau mental, sans toutefois parler la langue française. L'intéressante Marianne Faithfull y joue. Dans 8, autant de courts films tournés par autant de réalisateurs sur 8 objectifs sociétaires tels que pensés par des milléniaux, Van Sant tourne sur la réduction de la mort infantile. Gael Garcia Bernal, Wim Wenders, Mira Nair, Gaspar Noé et Jane Campion sont aussi du projet. Gus s'entoure toujours bien. Et s'intéresse à des gens qui m'intéressent (William S. Burroughs, entre autre)

Gus en videoclips
Entre 1986 et 2017, Van Sant tourne du clip musical pour différents artistes: David Bowie, Tracy Chapman, Elton John, Chris Isaak, K.D.Lang , Allen Ginsberg, Paul McCartney, Phillip Glass, Lenny Kaye , tous des gens qui m'intéressent aussi. Notre remarquable Louise Lecavalier, de la tournée de Bowie cette année-là, est du clip de Van Sant. La connection Québécoise ne s'arrêtera pas là puisqu'il sera aussi producteur du film Laurence Anyways de notre Xavier Dolan.

Gus en télévision
Il est producteur d'une série traduite (adaptée?) chez nous sous le titre "un tueur si proche". La série raconte le lugubre de certaines relations se terminant heureusement généralement bien, après avoir répandu beaucoup de saveurs de mal. When We Rise est un docu-dram de 8 épisodes traitant de sujets relatifs à la communauté LGBT. La série est scénarisée par Dustin Lance Black et les deux premiers épisodes sont tournés par Gus.

Even Cowgirls Gets The Blues
Le livre de Tom Robbins était réputé inadaptable. Uma Thurman, Lorainne Bracco, Angie Dickinson, Pat Morita, Keanu Reeves, John Hurt et Rain Phoenix y sont de la distribution. Robbins est la narrateur de l'histoire de Sissy Hankshaw, née avec deux pouces démesurément grands, et des ses mésaventures sur la route (faisant du pouce) au gré des rencontres étranges. On y parle d'homosexualité, d'amour libre, d'usage de drogue, de droits des animaux, de religion, d'odeur corporelle et de rébellion politique. Ça tire beaucoup dans toutes les directions, mais on ne peut pas trouver cela peu original. Des 17 films de Van Sant, le film est son 16ème le moins aimé. Seul The Sea of Trees est moins apprécié. J'ai pas haï l'excentrique road movie. Une comédie.

Good Will Hunting
Probablement l'un de ses films les moins "signés". C'est aussi une rare (unique?) collaboration avec les grands studios. Celui de Weisntein. On découvrait alors Matt Damon et Ben Affleck, acteurs, mais aussi scénaristes. J'ai tant aimé que j'ai acheté cette histoire de génie caché dans des métiers modestes et habité d'une rage malveillante. J'étais si amoureux de Minnie Driver, le suis toujours. Elle a l'âge de mon amoureuse. Plusieurs séquences sont excessivement fortes dans ce film. L'échange "It's not your fault" me bouleverse chaque fois. Gus n'avait pas à faire dans l'agilité de la caméra pour ce film. Tout était dans le jeu et dans le texte.

Elephant
Ici, Gus fait dans le style. De très nombreux panoramiques, presque tous tournés de dos, comme si on ne voyait pas venir le mal. Référence nette à la tuerie de Columbine. Sans jamais parler de cette institution scolaire. Le film met en vedette des non professionnels, ce qui est toujours payant car on y croit davantage. Avec Gerry et Last Days, ce film est le second de la trilogie de la mort. Les trois films ont été inspirés de faits réels mortels. Gerry s'inspire d'un fait divers réel où deux jeunes hommes s'étaient perdus dans le désert, l'un finissant par tuer l'autre. Last Days est une référence directe à la fin de la vie de Kurt Cobain.

Milk
Sean Penn jouerait une porte que je me déplacerait probablement pour aller le voir faire. Ici, il incarne l'histoire vraie de Harvey Milk, premier dirigeant politique ouvertement homosexuel des États-Unis, à San Francisco dans les années 60-70, qui croisera un conservateur superviseur malsain. Se sachant menacé de mort, Milk avait enregistré sa voix, si il se faisait tuer un jour, disant "Si une balle devait traverser mon corps, laisser là me transpercer afin qu'elle aille aussi briser tous les placards". Penn sera oscarisé pour sa grand performance sous la direction de Van Sant.

To Die For
J'ai franchement aimé ce film. Adapté par Buck Henry, du livre de Joyce Maynard, qui lui s'inspirait de l'histoire vraie de Pamela Smart, une ambitieuse jeune femme ayant exploité sexuellement des mineurs. Maynard et Henry y font de caméos. Nicole Kidman y est fameuse. Joaquin Phoenix, Allison Folland et Casey Affleck sont aussi forts impressionnants chez les abusés. Matt Dillon incarne le pauvre mari de Miss Smart. Le film est tourné comme un moqumentaire. Les trois derniers films de Van Sant dont je vais vous parler, je vais peut-être finir par les acheter un jour. Je les ai aimé à ce point.

Drugstore Cowboy
Adapté du roman autobiographique de James Fogle. Quand le film est tourné, le livre n'est même pas publié encore car Fogle est en prison. Il le sera un an plus tard, en 1990. Matt Dillon et Kelly Lynch y sont formidables. De jeunes Heather Graham, James Legros et James Remar y jouent aussi. Le vieux William S. Burroughs aussi. Puisqu'on y trouve jolis jeunes hommes et drogue, deux passions de WHB. Rick et Dianne volent les pharmacies et les hôpitaux afin de nourrir leur dépendances aux narcotiques. Fogle était en tôle pour ce type de délit. Et ses trafics de drogue subséquents.

My Own Private Idaho
C'est à la fois le premier film qui me fait découvrir Van Sant, à la fois une chanson des B-52's que j'aimais (aime encore) beaucoup. Inspiré librement de Henry IV part I & II et Henry V de Shakespeare, Van Sant signe l'histoire de deux amis, Mike & Scott, River Phoenix et Keanu Reeves, dans un road movie les menant de Portland en Idaho, avec un passage à Rome, en Italie. Discuter d'un sujet aussi tabou (la prostitution mâle et homosexuelle) au début des années 90 prenait une certaine audace. Le style avant-gardiste de sa direction est aussi notable. C'est le film qui me fera reculer et écouter Drugstore Cowboy avec autant d'intérêt et suivre les 4 suivants

Gus Van Sant, attiré par les histoires inspirées de vrais personnes ou de vrais moments, à lancé dernièrement chez nous, Don't Worry, He Won't Get Far on Foot, une comédie dramatique mettant en vedette Joaquin Phoenix, Rooney Mara, Jack Black et Jonah Hill, racontant les mémoires de John Callahan qui, suite à un grave accident de voiture, s'est découvert un talent d'artiste, même si paraplégique.

Et avait même une carrière de caricaturiste.


mercredi 20 janvier 2010

Démocrates mais pas Libéraux(et maintenant Républicains)


"L'impossible" est arrivé hier au Massachussets.

Les Républicains ont raflé les honneurs.

Les Démocrates ont perdu serait aussi une manière tout aussi juste de lire la chose.

Voici en gros pourquoi.

Le Massachusetts est un état démocrate depuis presque toujours mais pas un état libéral. Il y a des différences majeures entre les deux.

Si il est vrai que la majorité des gens dits "Libéraux" sont démocrates c'est aussi vrai que la majorité des démocrates ne sont PAS libéraux.

Tout est dans ce clip du merveilleux film Good Will Hunting dont l'action se déroule justement à Boston.

Ben Affleck et Matt Damon sont des démocrates, le gars à la queue de cheval est un libéral. Les deux premiers sont éduqués mais peuvent choisir de régler une dicussion par un coup de poing dans le stationnement (projection: une intervention militaire?). Le second est plein d'idées mais se débrouille mal. Ses idées il les as prises dimanche dernier à la télévision puisque selon lui les dimanches ont été inventés pour regarder des intellectuels débattre des grands enjeux de la société.
Damon & Affleck, les démocrates, pensent que le dimanche est le jour du football. Le démocrate a assisté à la remontée spectaculaire des Red Sox face aux Yankees en série mondiale, il a crié parmi la foule. Le Libéral a suivi tout ça à la télé ou dans les journaux.

Le Libéral pense que voter c'est poser un geste noble. Le démocrate pense que voter c'est réparer les routes, créer de l'emploi, financer les écoles et les services sociaux.

Le Libéral pense que le monde de la politique est justement à propos de la politique et des projets de loi. Le démocrate pense que c'est la voix du peuple.

Le premier est verbeux, le second est paroissial, rudimentaire, col bleu.

Le premier va expliquer l'ivrogne pourquoi il n'aurait pas dû boire, le second va le relever si il tombe au sol et lui enlever sa bouteille.

Le Libéral a voté Barrack Obama mais le Démocrate a voté Hillary Clinton (Qui a d'ailleurs gagné 56% vs 41% même si Barrack avait été endossé par le lion du sénat- feu Edward Kennedy)

Scott Brown a gagné hier. Le all-american boy

Martha Coakley est une femme mariée qui a choisit de vivre sans utiliser le nom de son mari. Pour une partie de la base démocratique ceci est déplacé et hors du commun. Lire irritant.

Elle croit que de se présenter à un match des Bruins est une perte de temps et quiconque lui ferait croire le contraire aurait une roche à la place du cerveau. Elle ne connait ni Curt Shilling, ni Doug Flutie.

Elle a suggéré à la radio que dans les cliniques d'urgences, ceux qui sont contre l'avortement ne devraient peut-être pas y travailler. Dans un état qui compte 8 hôpitaux Catholiques, 16 cliniques indépendantes et 19 organisations de la santé largement financées par de l'argent de l'église catholique (Sans compter le nombre de soeurs qui y travaillent) c'était plutôt malhabile, non?

Elle est aussi débalancée dans son propre état que le serait Richard Latendresse à Radio-Canada.

La réforme de la santé est-elle morte hier soir au Massachusetts?
Es-ce vraiment surprenant qu'elle ait perdu hier?

Pas tant que ça au fond.

C'est Ben Affleck qui a été élu comme gouverneur de l'état.

Et ce matin il danse en se regardant dans le miroir avant d'aller tenter de séduire sa cible.

mardi 9 juillet 2013

Harmony Korine

Harmony n'est pas pour tout le monde.

Il est né exactement 11 mois après moi en janvier 1973 à Bolinas en Californie. C'est toutefois à Nashville au Tennessee qu'il grandira. Son père est réalisateur de documentaire pour la station PBS et se spécialise dans "les portraits de gens colorés du Sud des États-Unis". Entrainant son fils dans ses expériences documentaires, celui-ci développera une véritable fascination pour les spécimens humains. Rien ne sera toujours complètement normal dans l'univers d'Harmony Korine.

Déménagé à New York afin d'y vivre avec sa grand-mère, il allait y trouver le catalyseur de toutes ses créations. Il fait la découverte du cinéma de Cassavetes, Werner Herzog, Jean-Luc Godard, Fassbinder et surtout Alan Clarke. Il commence négligemment des études mais lâche tout pour une carrière de skateboarder professionnel.

À 19 ans, c'est justement sur le site d'un parc de planche à roulette qu'il fait la rencontre du photographe Larry Clark. Celui-ci lui dit "si tu me ponds un scénario qui parle de skate et qui a aussi une intrigue avec un sidéen, je le tourne en film".  Nous sommes au début des années 90, l'attention sur cette maladie est à son zénith.
Korine, qui attendait une telle occasion depuis toujours lui écrit Kids. Un film qui sera aussi aimé qu'haï et lancé en 1995. Un film qui dérangera beaucoup*. Rosario Dawson et Chloé Sévigny y feront leur début au grand écran. Des scènes de viol, de violence physique, de pacte de drogue, d'abus d'alcool, de vol, de séduction de mineurs et un langage et un intérêt sexuel explicite chez les jeunes comédiens adolescents choquent.
Si certains parlent d'un "Wake-up call" sur les ados d'Amérique, d'autres condamnent le réalisateur en le traitant de metteur-en-scène à la limite du prédateur.

Le film allait mettre en contact le jeune scénariste-rouliplanchiste avec le producteur Cary Woods qui aime tant l'énergie de Korine qu'il lui offre un film qu'Harmony scénariserait et tournerait lui-même.

Ce sera Gummo. Le film raconte la vie d'un groupe de gens étranges de l'Ohio suite à une tornade dans les années 70. Le film fait à nouveau scandale, de la torture animale en début de film dégoûte le public. Werner Herzog est épaté par le talent de Korine et lui fera savoir. Gus Van Sant sera aussi si impressionné qu'il offrira une scène à Korine dans Good Will Hunting.

En 1998, Korine tourne avec la plupart des mêmes non-professionnels de Gummo, une appendice de son premier film, un effort de 40 minutes appelé The Diary of Anne Frank Part II. Le film expérimental écoeure tant la critique qu'ils en deviennent agressifs.

Ceci inspire Korine à tourner avec son ami le magicien David Blaine ainsi qu'un un film où Korine provoquerait les gens sur la rue, sans jamais les frapper en premier et avec la condition que ceux-ci soient plus gros et en apparence plus forts que lui. Le projet, d'abord voulu comme un segment de comédie à la Buster Keaton, vire plutôt mal et après seulement 6 chicanes provoquées par Korine, celui-ci mange une telle raclée qu'il abandonne l'idée.

En 1999, Korine lance un film sous les principes du Dogme 95. L'histoire est racontée du point de vue d'un jeune schyzophrène non diagnostiqué et met en vedette Ewen Bremner (Aussi fabuleux dans Transpotting) et un fascinant Werner Herzog. Choquant pour la plupart des amateurs de simple diverstissement, Korine a désormais une signature: peintre du dysfonctionnel.

En 2000, il tourne un vidéo dans le rôle d'O.J. Simpson avec Johnny Depp (un fan) qui lui, joue le rôle de Kato Kaelin.

Un an plus tard, Larry Clark tourne un vieux projet écrit de Korine mais celui-ci, outre le script original, n'y collabore en rien. En 2003, il offre à la télévision un documentaire sur son ami Blaine. Korine collaborera toujours sur les numéros télévisés de Blaine. C'est à cette époque qu'il fait la rencontre de celle qui deviendra sa femme, Rachel, une fille de Nashville.

Son projet Jokes ne voyant pas le jour, il le lance en livre. Un autre projet, l'histoire d'un jeune courseur à dos de cochon et du cochon Pistachio, tombe à l'eau quand un incendie ravage les prémisses du film.

Son troisième long-métrage sera lancé à Cannes en 2008 et mettra en vedette  Diego Luna, Samantha Morton, Denis Lavant, Anita Pallenberg, David Blaine, Werner Herzog and Mal Whiteley. Un an avant, il était à l'image dans le documentaire d'Aaron Rose et Joshua Leonard.

À l'automne 2009, Korine lance la fiction Trash Humpers mais rafle le grand prix du documentaire (!?!) à Coppenhague. Deux ans plus tard, il tourne deux courts-métrages avant de tourner en Floride son premier film avec des stars.

Selena Gomez, Vanessa Hudgens, James Franco, Ashley Benson et sa femme Rachel Korine sont de l'affiche de Spring Breakers, un film racontant l'incursion de 4 filles dans le monde interlope floridien dans la débauche des semaines de relâche que l'on connait. Un film en apparence d'ados superficiels (en partie assurément) mais qui serait encore du grand Korine. Noir et dysfonctionnel. L'enfant de Scarface et de Britney Spears.

Le film est disponible en DVD aujourd'hui.

*L'impact du film prend une dimension plus dramatique encore quand Justin Pierce se pend 5 ans plus tard et qu'Harold Hunter meurt d'une overdose en 2006.