C'est vendredi, dans ce monde si lourd, jour après jour, j'ai envie de léger.
1985.
J'ai 13 ans. Je passes le journal Le Soleil. Que j'ai lu de bout en bout d'abord, bien entendu, dans notre cuisine familiale. Pendant que mon père et ma mère faisaient la même chose avec deux autres copies. Dans le 418. Dans chaque pile, au moins 3 journaux étaient usés de nos 6 yeux avant livraison. Déjà aux petites heures du matin, j'ai sorti le chien puisque je suis le plus près, dormant au sous-sol, le sortant du garage, pour ses besoins du matin, dehors. Les heures du matin seront toujours les miennes. J'ai la plus belle "run" possible. J'entre dans un bloc à 4 longs étages qui comprend une vingtaine de logements par plancher et laisse les journaux à des portes précises. Je ne vois donc qu'à peine le jour, circulant presqu'exclusivement à l'intérieur, sans me soucier des intempéries, walkman en tête.
Walkman ? Il me fallait donc, des cassettes. Si j'avais acheté deux 33 tours de Culture Club, leurs deux premiers, et un autre de Duran Duran, Arena, avec mon argent de poche de ma paie du journal, je n'ai jamais investi sur des cassettes encore. Si j'écoutes le Zoo, à la radio du FM 93, entre 13 et 14 ans, sur mon walkman, je ne m'achèterai mes deux premières cassettes de musique qu'en 1985.
Après avoir vu le spectacle de Bryan Adams, au Colisée de Québec, les sons me restent en tête et je devrai avoir son dernier album. Je vois son spectacle en janvier, mais, sans sentiment de grande urgence semble-t-il, je n'achètes pas sa cassette Reckless, avant juin. Le même jour qu'est aussi lancé le premier album solo de Sting, ancien chanteur de The Police, The Dream of the Blue Turtles. Avec un même 20$ (belle époque) j'achètes le même jour mes 2 premières cassettes avec mon propre argent. Si l'album d'Adams est rock et très de mon âge (13 ans), celui de Sting est légèrement plus "adulte" puisque plus jazz, reggae, sophistopop. J'adorerai ces deux albums. Pas assez pour que j'achètes Bring on The Night, de Sting, enregistré en spectacle, lancé en 1986, mais ce n'est pas parce que cet album n'est pas bon. J'adore la chanson d'ouverture. Mais j'ai acheté, peu de temps après mes 2 premières, Under a Blood Red Sky, de U2, en cassette, et je découvre que je ne suis pas du tout fan d'album enregistrés en spectacles. Je ne savais pas qu'Arena, de Duran Duran est à 90% enregistré en spectacle quand je l'ai acheté. la pochette ne le suggérait pas. Une seule chanson restant nouvelle et studio. Celle qui m'avait fait acheter le 33 tours.
Enfin j'écouterai sans relâche ces deux albums. Reckless et The Dream of the Blue Turtles, en 1985.Deux ans plus tard, entre mars et octobre, je serai aux aguets pour les nouvelles sorties de ces deux même artistes, Qui lanceront respectivement un 5e album studio et un second, solo. Nous sommes en 1987. Cette année là, j'aurai ma première relation sexuelle. C'est un mouvement fondateur. Une impression majeure pour un mineur. Une expérience forte qui me rendra aussi passionné de la chose.
Fin mars, Bryan offre un album plus sombre, et un premier single assez sexuel d'un rythme hanté. Son album parle d'une plongée dans le feu. Si Reckless n'était qu'énergie adolescente brute, hymnes immédiat et riffs accrocheurs, on entre dans une certaine finesse du doigté de la guitare, on est plus dense, profond et on parle même d'identité autochtone, ce que je suis. Il y a définitivement quelque chose de plus adulte. Même la pochette offre des tons de gris qui suggèrent la nuance. Adams dira qu'il voulait rupture avec son son du passé et, bien que mal aimé dans sa discographie, puisqu'il en a omis tous les morceaux, en octobre dernier, à Montréal, il reste important pour moi. Pour ma trame sonore de cette époque.
À l'automne, Sting offre un album double un peu tricheur. Mais si bon, lui aussi. Pour mes oreilles de jeune playboy. Je dis "tricheur" car des 4 "faces" de 33 tours, ce sont 3 morceaux sur chaque portion des 2 galettes, et un seul ne franchit le cap de 7 minutes et ensuite une seule pièce franchit le cap du 5:32. Une seule autre fait plus de 5 minutes. Près de 55 minutes ne justifient pas un album double. Mais à cette époque, sur vinyl, oui. Peu importe. Je l'ai en cassette et ça ne comprenait qu'une seule cassette. Face A et Face B. De la première jusqu'à Fragile sur la Face A. De We'll Be Together à The Secret Mariage pour la Face B.
Pop, jazz, musique du monde, acoustique, électrique, sophistopop, cet album me rejoint droit au coeur.L'adolescence est plus souvent qu'autrement, un ressenti. Où tout change tant, avec des intensités variables, qu'on a pas toujours la tête pour rationaliser tout ça. Mais avec le recul, il semble qu'avec un certain côté précoce, cette relation sexuelle, qui m'a rapprocher de la lumière du soleil, avait une sorte de trame sonore qui comprenait aussi du The Cure, R.E.M., Depeche Mode, U2, Led Zep, Stones, The Smiths, Pink Floyd et du Bowie.
J'allais bientôt plonger dans The Who pour comprendre "The Qui" j'étais. Mais surtout pas sexuellement. J'avais Prince aussi pour ça. Et Duran Duran. Et les belles femmes autour d'eux.
La musique, encore un peu comme aujourd'hui des fois, me parlait avant que je ne comprenne pourquoi.Dans la chaleur de la nuit, pour forger la forteresse autour de mon coeur et me faire réaliser que même si vampire, il n'y a rien comme le soleil.
Cette fausse maturité soudaine d'alors ne m'empêcherait pas, de nos jours, de simuler une fausse flatulence avec ma bouche, dans la paume de ma main, pour surprendre ma fille qui erre dans le salon, en tranquille chute vers le sommeil.
C'est la maturité commandée en 2026.
