lundi 21 septembre 2026

Le Privilège Blanc de la Neutralité

aJe connais Ed Sheeran. Je suis Irlandais à 50%. Vous le connaissez aussi. Ils aiment vos formes

Je m'intéresse plus vite à un(e) Irlandais(e) (ou un(e) autochtone) comme un(e) humain(e) à la peau noire s'intéressera plus vite à Beyonce ou Frank Ocean.

Macklemore a scandé "Free Palestine!" en première partie de la tournée de Sheeran qui comprenait aussi une autre première partie, Aaron Rowe. On reviendra à ce jeune Irlandais. On l'a remercié pour ça. 

Dans le cycle de commentaires de la semaine passée, le chanteur aux cheveux roux a lancé un message sur les réseaux sociaux, afin de s'expliquer. Coincé entre l'arbre ($on équipe de gérance, $a maison de di$que$) et l'écorce (ce qu'il pense vraiment), il s'est expliqué comme il a pu. 

Ça n'a pas empêché d'être attendri quand j'ai vu une vidéo d'une jeune femme à la colonne vertébrale crochie dire avec humour qu'elle prenait un moment pour accueillir Ed Sheeran dans la communautés des invalides, que son dos était plein de métal, elle savait donc aussi ce qu'on ressentait quand sa colonne vertébrale ne fonctionnait plus comme avant, concluant par le Free Palestine

Dans ce que Sheeran dit il y a quelqu'un qui essaie de se dresser au dessus de la mêlée. Il écrit en quelque sorte "Je ne suis pas complice. J'ai des positions personnelles sur ce dévastateur conflit. Juste parce que je choisis de ne pas la divulguer publiquement, ne veut pas dire que je n'en aurais pas. Ça ne veux pas dire non plus que je supporte pas certaines causes à ma manière. "  

Nier la complicité est un confession de la barbarie de la complicité. Ed Sheeran le sait surement. Sa défense fervente est un peu incriminante. Si il a une opinion, il préfère la garder pour lui. On sait tous que le riche propriétaire des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, Robert Kraft, a passé un coup de fil outré pour mousser l'expulsion de Macklemore, de la tournée. Il est difficile de comprendre comment le silence serait instrumental dans la libération d'un peuple qu'on tente d'effacer de la terre.

Si vous pensez que les Palestinien(ne)s ne sont pas un peuple, n'existent pas, faites votre route ailleurs. Vous ne devriez plus me lire.

 De plus, il dit clairement "si on se concentre sur ce qu'on crie le plus fort, rien ne changera"...

La réalité tend à lui donner raison, on crie sur les dossiers Epstein depuis bientôt un an, et rien ne bouge.

Macklemore n'a pas crié de la scène dans le micro. Il a parlé de manière distincte de gens systématiquement mené à l'extinction. Pas de théâtre, pas de profanités. Sheeran a aider à créer un épouvantail hurlant d'une demande sobre d'arrêt au génocide. Ce qui propose aussi de fermer une conversation toujours nécessaire à une époque où des adolescent(e)s disent, surexcité(e)s, sur les réseaux sociaux ou à la télé. vouloir l'extinction de tous les Palestinien(ne)s. 

L'équivalence entre le pauvre et le riche est complètement faussé. Parce qu'on veut éviter le propos "politique".

(...)

Je l'emporterai dans ma tombe: TOUT EST POLITIQUE. Encore plus quand vous êtes si public.

On a TOUS des gens comme Ed Sheeran dans nos vies. Des gens qui pensent que de ne pas se soucier de politiques serait quelque chose de noble. Ils ont probablement le mot woke près de la bouche. Des gens qui pensent que le silence serait une forme de maturité. Parlez en aux femmes victimes d'abuseurs dans leur propre couple. On a tous comme idée qu'il y a un lieu et une place pour tenir de telles positions.

La scène n'en étant pas une, donc. Pour parler du droit humain.

De penser que le droit humain serait un choix souligne subtilement le privilège blanc et ses parcours sinueux dans nos têtes. Ça permet de placer l'urgence comme optionnelle. Là où d'autres disent, elle est nécessaire. Quand on est à l'abri du mal physique et de la violence, la clôture de la neutralité semble toujours l'endroit à y poser son fessier. Même si elle est mortelle pour ceux et celles qui ne peuvent pas avoir ce confort.

Mais ce qui les Ed Sheerans de ce monde nous disent c'est que ce mal décrié, devrait être toléré. Que ce serait un acte de tolérance et de maturité que de laisser la Palestine s'éteindre. Ou Israël la génocider.

Être apolitique c'est devenir complice des atrocités qu'on refuse de voir. C'est les acceptés. Les yeux grands fermés. 

Pourquoi c'est woke (réveillé/allumé) qui est péjoratif de nos jours et non asleep, les yeux grands fermés ?

Les gens riches comme Robert Kraft testent en ce moment nos niveaux d'inhumanités tolérées. On tolère l'effacement absolue de la Palestine. 

Aaron Rowe était la première partie de la première partie. Il n'est pas connu comme Sheeran, pas même connu comme Macklemore. Il a besoin de la visibilité qu'une telle tournée pouvait lui apporter. Il a choisi de quitter la tournée, marquant le contraire de Sheeran: sa position dans le conflit. Il a refusé le silence face à l'inhumanité.

Ironiquement, son single de janvier dernier est la confession non complètement avouée de tout artiste: 

Please Don't Hate Me.

La semaine dernière, ces trois artistes sont tombés dans les deux catégories. Mais pas ensemble. Et pas partout pareil dans les coeurs et dans les têtes. 

Ça dépend de vos tolérances face à l'intolérable.  

Green Day, au début des années 90, était en tournée avec Pansy Divison, aussi de la Bay Area. Ce band punk était ouvertement gay. Fin années 80, début des années 90, l'homophobie est IMMENSE et tout à fait partout. Les fans menacent de ne pas aller les voir si ils gardent ce groupe gay dans leurs spectacles. Green Day commence tout juste à devenir populaire et leurs foules ne sont pas plus que 12 000-13 000 personnes par spectacle. Dookie arrivera après. Non seulement Green Day dit Fuck You à leur gérance qui demande de les sacrifier, mais Green Day les reprend en première partie, lorsque populaires, et plus devant des foules de 12 000 fans, à partir de 1994. Ils seront très actifs à dire au micro: Vous êtes homophobes ? Ne venez plus à nos shows !

L'envers d'Ed. 

Qui ferait De

Duh! 

J'aime tant Green Day, les individus, mais pas la musique...je penses que je vais finalement m'y intéresser....M'ouvrir à leurs sons. Tolérance nouvelle. Maturité ? 

dimanche 20 septembre 2026

Sorcières

De la racine misogyne, en passant par Elizabeth Proctor jusqu'au racisme actuel.

Nous entrons dans la saison automnale Halloweenesque, plongeons dans leur histoire. 

Les sorcières ont presque toujours été les canaris au fond de la mine, un pouls de la manière dont les sociétés traitaient leurs Femmes, et en général, ça n'était pas fameux comme traitement. C'était même, mal. Très mal.

Trop souvent l'ignorance prenait le dessus et pour tenter d'expliquer des choses qui allaient mal, mais qu'on ne comprenait pas, il fallait trouver des coupables et la Femme en a souvent payé le prix. Par exemple au 17e siècle, des changements climatiques importants surviennent. Comme ce sont des Femmes qui soulignent le problème, elles deviennent absurdement la cause aussi, on les traite de sorcière, et on les brûle au bucher. 

Autour de 1485, à Innsbruck, en Autriche, le pape, issu d'un milieu où les Femmes ne sont pas grand chose, lance un message aux gens d'église pour dire de faire attention aux sorcières ! Vous avez le droit de les chasser, de les trainer en cour, d'en disposer. C'est un danger. On ne sait pas encore ce qu'est une sorcière, tellement. On va l'inventer. Un moine d'Innsbruck, choisit d'en faire sa mission. Une femme d'homme riche ne l'aimait pas, le trouvant terrible. Elle ne se trompait pas. Elle a craché au visage du moine. Elle était femme intelligente, critique, affirmée et avaient des opinions. Épeurant en 1495. Vous imaginez la suite ? Il a voulu la pointer comme étant une sorcière. Mais les villageois se sont ligués du côté de madame. Il en a donc accusé 13 autres, toutes aussi intelligentes et menaçantes d'indépendance. Sans preuves, c'est le moine qui a perdu ses fonctions. 

Mais le moine n'allait pas en rester là. Moine et troll comprennent le même nombre de lettres. Il s'enfermera dans son sous-sol et écrira la bible des sorcières. Dont il était soudainement, un expert. Dans ses descriptions/prescriptions, il écrira que la torture, la mort, ou les deux, sont la solution pour en venir à bout. 

Booh!

Les hommes ont peur des Femmes.  

If it's a witch, it'a a bitch.

À cette même époque, la presse est inventée. Donc l'une des toutes premières "fake news" largement répandue, sera sur la définition de la sorcière. On associe les Femmes aux phénomènes inexpliqués et à ce qu'on ne comprend pas, donc, à la magie aussi. Donc associées un peu, au pagnanisme. Si vous croyez en autre chose que Dieu, vous croyez au Démon. Un(e) enfant meurt gelé dans la neige, la maman sera la sorcière à punir. Les enfants, c'est leur responsabilité. 

Le livre d'Henrich Kramer fait fureur dans le monde au point de se vendre le mieux partout, derrière une autre fiction majeure, la Bible. Et à chaque nouvel endroit où naît ce livre, naît aussi une haine des Femmes, pour un argument de voisinage, une prise de bec dans la rue, bref une attitude en général. Si vous étiez vieille fille sans vous chercher de mari, si vous ne pensiez jamais à la maternité, si vous n'étiez pas pion sur l'échiquier masculin, vous étiez peut-être vite étiquetée sorcière. 

Ceci a créé de l'emploi. Comme la brigade criminelle ICE, de nos jours, on chassait la sorcière à gros prix. Matthew Hopkins, John George II, Walter Dalrymple Maitland Bell ont fait fortune comme tueurs en séries, légaux.

Le mot misogynie n'apparaitra qu'en 1812, dans la langue française.   

L'action de la pièce d'Arthur Miller, The Crucible (Les Sorcières de Salem) se déroule 120 ans avant 1812, dans la famille Proctor, et nous raconte qu'Abigaïl Proctor, nièce de John et Elizabeth, n'aime tellement pas Elizabeth qu'elle lui invente un côté sorcière qui sera la moteur de la pièce. Jouée sur scène en 1952, et un film en 1996. 

Quand le cinéma naît, naît aussi la diffusion internationale. Et si la sorcière est d'abord unanimement méchante, entre autre, chez les dessins animés de Disney, dans The Wizard of OZ, dès 1939. elle sera différente. Elles seront 2. Une bonne et une mauvaise. Le concept de la BONNE sorcière existe.   

Bien vite, on comprend que les "sorcières" sont librement associées aux Femmes intelligentes, qui savent nager, qui ont une marque de naissance, qui donne naissance à un(e) enfant difficile, ont les accuse aussi d'être responsables des hivers trop froids. Si vous êtes vieille et laide, vous êtes sorcière sans argument autre. La subjectivité domine. Matilda Joslyn-Gage écrira un premier livre où pour l'unique fois, la prétendue "sorcière" est une victime de son époque. Son neveu, L.Frank Baum sera l'auteur de The Wonderful Wizard of Oz, en 1900. C'est lui le premier à introduire la bonne sorcière. Influencé par les intelligentes Femmes de sa famille. 

Le cinéma, avec l'arrivée du technicolor, a ajouté un critère qui n'avait jamais été cité, mais qui est directement lié aux couleurs qu'on voulait montrer, la peau des sorcières serait verte. Parfois. Ça tombera avec le temps. Les mauvaises sorcières resteront vertes plus longtemps, mais les bonnes seraient davantage plutôt jolies. Veronika Lake en 1942, où elle a les pouvoirs d'une bonne sorcière capable de faire la potion de l'amour, mais doit laisser tomber ses pouvoirs, en échange de sa vie domestique. Comme après la Seconde Guerre Mondiale où les Femmes avaient prouvé leur magnifique indépendance et tout de suite après on les avait urgés de retour aux cuisines, mariées, machines à bébés et reine de tenue de maison. 

À la télé, naitra Bewitched avec la superbe Elizabeth Montgomery, qui jouait du nez pour influencer le monde dans lequel elle était plongée, mais finissait toujours femme au foyer. Série qui est à la fois féministe nous montrant une femme se découvrant de nouveaux pouvoirs, et comme femme au foyer de banlieue, aux ambitions dirigées, et à la fois cette même Femme qui doit cacher ses dits pouvoirs, si elle veut survivre au monde masculin dans lequel elle vit. 

The Omen, The Exorcist, Rosemary's Baby, la sorcière s'adoucit. Est plus nuancée. Mais peut aussi être sombre chez Nicholas Roeg

À la fin des années 80, Teen Witch vient aussi donner une image positive des sorcières. Avant de passer à la télé, où il y aura Charmed, aussi.  Buffy pouvait elle être considérée sorcière ? Naaaaaaaaaaah! Mais elle avait des pouvoirs, non ?  En 1996, elles sont encore plus le fun.

Elles sont accessibles et non terribles. 

En 1998, Sandra Bullock et Nicole Kidman incarnent deux soeurs sorcières, les soeurs Owens

On les aime à l'écran.

Depuis 2016, un président tout aussi ignorant que les gens de siècles passés, a peur des Femmes intelligentes qu'il transforme toutes en sorcières pour les médias. Et si elles sont racisées, c'est pire encore, dit le 464e élève sur 466 à l'Université. Ils les présentent comme des épouvantails. Un prédateur qui essaie de nous faire peur. 

On ne croit plus en ces sorcières. Elles sont cools. Y a pas longtemps, Wicked. Jouée par une afro-américaine. C'est pas innocent dans le racisme Étatsunien actuel.  

Depuis le 11 septembre dernier, la suite de Practical Magic est en salle. 

Ça m'a donné envie de vous parler des origines de tout ça. 

samedi 19 septembre 2026

Attendrissant AC/DC

À la blague, souvent, pour parler absurdement de quelque chose qui n'existe pas, je dis "Ça existe autant qu'une ballade d'AC/DC."

Je n'avais pas vérifié. Je ne pensais jamais dire aussi vrai. J'avais pas fait la recherche. L'ai faite. C'est un des privilèges d'applications musicales sur nos téléphones. Répondre à nos curiosités à notre guise, un des plus grands terrain de jeu pour un gars comme moi. On paie une vingtaine de dollars par mois afin d'avoir accès à tout, mais je rentabilise à moi seul en deux trois jours. Je suis tous les jours, même les fins de semaine, sur Spotify.

J'ai survolé les 17 albums studios de la formation Australienne des frères Young, et au final, j'ai trouvé autant de "ballades" qu'on trouve de saisons dans une année. 

4

En forçant.

1975

Love Song.

Rareté issue de la version australienne de leur premier album High Voltage, ce morceau unique commence en ballade romantique avec des arpèges clairs et une voix douce de Bon Scott, avant de s'intensifier, constituant une exception totale dans la discographie du groupe.

1976

The Jack.

Blues lourd et pesant aux allures de ballade, porté par des métaphores grivoises de Bon Scott sur une maladie vénérienne. Le tempo ralenti met en valeur le solo de guitare intense d'Angus Young, qui ponctue le morceau de son célèbre strip-tease en concert. Souvent joué avec des paroles plus explicites sur scène qui ferait rougir les soeurs religieuses. Ce titre est devenu un moment incontournable d'humour pour le band, à travers leurs tournées mondiales.

1976

Ride On.

Probablement la plus ballade et la plus authentique et poignante du groupe. À travers un blues mélancolique et épuré, Bon Scott y livre une performance vocale vulnérable, évoquant la solitude, les peines d'amour et l'errance. Le solo d'Angus Young y est magistral, troquant son agressivité habituelle pour des notes étirées d'une immense tristesse. C'est un chef d'oeuvre intemporel qui prouve que le groupe pouvait toucher en plein coeur sans jamais perdre son identité rock. 

1979

Night Prowler.

Ce blues lourd et menaçant ferme magistralement l'album Highway to Hell, testament de Bon Scott, qui périra le 19 février 1980, à seulement 33 ans, lorsque laissé sur la banquette arrière d'une voiture après une soirée trop alcoolisée, mais qui se serait étouffé à la John Bonham, dans ses propres vomissures. Sur ce tempo ralenti, Scott incarne un rôdeur nocturne nébuleux avec une voix habitée, à la fois sinueuse et terrifiante, qui peut glacer le sang. Angus Young livre ici des solos de guitares déchirants, parfaitement rythmés par la batterie implacable et minimaliste de Phil Rudd. C'est la ballade la plus sombre et la plus controversée du groupe, tristement liée à l'affaire du tueur en série Richard Ramirez

Des quelques 160-175 chansons d'AC/DC, 4 ballades seulement, et toutes de l'ère de Bon Scott, Pré-1980. Aucune de l'ère de Brian Johnson. Angus et son frère Malcolm branchaient, respectivement leurs Gibson SG et Grestch, simultanément dans leur amplificateur Marshall et ce sera leur éternelle signature sonore. Jamais les ballades passé 1980, jamais les synthés, jamais la guitare acoustique. Acoustique et synthés pas même avant. Jamais.     

Aujourd'hui la semaine dernière, il faisait une météo merveilleuse. À la fois automnale comme je les adore, à la fois été comme la belle adore. On a choisi de se rendre sur l'île Ste-Hélène, au Parc Jean-Drapeau, où j'y ai passé une journée sensationnelle le 8 août dernier dans le cadre d'Osheaga, où j'aurais voulu voir et entendre Radiohead en août 2001, où j'aurais donné cher pour aller voir et entendre Björk, en 2003, le jour de la fête à ma mère, en août aussi. On s'y rendait pour aller assister à "la soirée des lanternes".  

On ne savait pas c'était quoi. C'était nos deux enfants qui nous avait donné le goût en disant tous les deux qu'ils y allaient en soirée, sans s'être consultés. Les deux avec leurs partenaires amoureux. On s'est dit qu'on irait aussi, et que si la chance le voulait, on les croiseraient peut-être. 

Finalement, sans savoir qu'on y allait aussi, les deux ont eu des plans de dernières minutes qui ont fait qu'ils ne se sont pas rendus aux lanternes du tout. Ils n'ont que savouré nos images envoyées du métro, tard en soirée. On a beaucoup aimé. Très simple, très zen. Relaxant au possible. 

On pouvait s'y rendre et y participer en achetant une lanterne orangée, sur lesquels on écrivait du positivisme, vendredi, samedi ou dimanche. On y est allé samedi sans réaliser que le même soir,  sur la même île, AC/DC jouait sur la scène du Parc Jean-Drapeau derrière nous et qu'on avait leur trame sonore en permanence dans les oreilles.

Ce qui était assez amusant. 

Surtout vers 22h, quand on revenait à pied vers le métro, passant encore plus près du spectacle et que tous les marcheurs et les marcheuses ont chanté le refrain d'Highway To Hell en choeur. Avec les voix de femmes majoritaires ça faisant très beau dans le nuit chaude. 

Inattendu.

Amusant. 

Samedi zen  & rock n' roll lourd.   

vendredi 18 septembre 2026

Étais-ce La Vraie Vie, N'étais-ce que Fantaisie ?

Les biographies, autobiographies, films sur les stars qu'on pense connues, peuvent finir par lasser. C'est parfois de la peinture à numéro. Et c'est souvent lourdement supervisé par les gens concernés qui disent et montrent bien ce qu'ils ont envie de montrer, même si il faut parfois réinventer pour la postérité souhaitée.

En 2018, quand Queen : Bohemian Rhapsody a été lancé, c'était un peu bizarre de voir Freddie Mercury annoncer sa carrière solo au band au Live Aid. Et sa maladie fatale. Sa maladie, dans le vraie vie vraie, il la découvre deux ans plus tard. Et ce n'est pas certain qu'il a tout partagé à May, Deacon et Taylor. La carrière solo ça n'a fait aucun chichi dans le groupe. Rodger Taylor avait lui-même déjà 2 albums en solo avant 1985. De plus, ce n'est pas un bonze de la maison de disque qui leur a dit qu'une chanson, la chanson titre, de près de 6 minutes ne jouera jamais à la radio, c'était Elton John. 

Justement, dès l'année suivante, Taron Egerton (que je viens de découvrir qu'il n'était PAS Tom Hollandincarnait Elton John dans un film qui se permettait tout aussi librement créatif. Elton John n'a jamais choisi son nom en voyant une photo de John Lennon. Il a choisi Elton du nom de famille du saxophoniste de son band, plus jeune I(montré dans le film), et choisit John, celui qui l'a sauvé du suicide, Long John Baldry, en plus de lui écrire une chanson, en hommage à son mentorat dans ce même band: Bluesology

Ça n'a pas empêché le film sur Queen d'être le plus payant de l'histoire des biofilms, avant que le film sur Micheal Jackson ne vienne battre ce record. Celui-là ne m'a jamais tenté car une entente avec la première victime de Micheal Jackson, de ne jamais y faire allusion d'aucune façon, d'aucune manière artistique, existe. Le film s'arrête à 1988, les accusations contre Jackson sont autour de 1992, 1993. Les années Epstein. 

Je pourrais un jour voir le film, j'aime bien Antoine Fuqua, le réalisateur. Mais ce ne sera pas ce que je pensais comme projet. 

Le brillant Sacha Baron Cohen devait être Freddie Mercury dans le film de 2018. Mais quand il a vu que le scénario avait été révisé par les trois autres membres du band et par d'autre producteurs, il n'a pas voulu tourner cette version. 

Où se trouvait la vraie vie, et où débutait la fantaisie ? Glissements de terrain. Pas de fuites de la réalité.

Le film de 2018 ne montre pas Freddie Mercury, le libertin qu'il était, mais le présente en tragique martyre qui s'est brièvement égaré dans son destin. Les questions devenant ceci: Le film a créé un faux Freddie ? Sacha Baron Cohen s'intéressait au vrai ? Qui était le vrai ?

4 personnes le savent plus que quiconque, outre Brian May, John Deacon et Rodger Taylor. Mary Austin, une de ses rare blondes, devenue sa meilleure amie et confidente une fois sorti du placard. Il l'appelait son épouse légalePeter Freestone, aussi connu sous le nom de Phoebe, son assistant. Jim Dutton, son partenaire de vie, à sa mort, et Leslie Ann Jones, auteure et biographe officielle du band. Ces 4 là, ces 7 là,  vous raconteront Freddie, mais personne de la même manière. L'expérience personnelle et affective de chaque moment souvenu, embrouillant l'objectivité. 

D'autant plus que révéler son homosexualité dans les années 70 et même jusqu'au milieu des années 80, pouvait coûter cher à la carrière des artistes, voire les mener en prison. Mais ironiquement, Freddie pouvait porter un t-shirt du club gay le plus populaire au monde dans un clip et personne ne voulait comprendre la référence. 

Au début des années 70, le glam rock était une fantaisie. On pouvait s'habiller en femmes, en collants, en morceau une pièce, en talons hauts, se maquiller outrageusement ou porter un boa. Si Bowie allait incarner Ziggy seulement 2-3 ans, Farrohk Bulsara allait jouer Freddie Mercury toute sa courte vie. 

Les premières critiques n'étaient pas tendres envers le band. Après trois albums en 2 ans, on "savait" pour Freddie. Et comme les Femmes vis-à-vis le marché du travail, il fallait que les gays en fasse un peu plus pour se faire accepter avec égalité. On avait besoin d'un gros hit. Et ce que Freddie a amené aux 3 autres, c'était la mort commerciale. Près de 6 minutes de musique, 5 tempos différents, et des indices d'opéra au milieu. Ce sera leur vache à lait à vie. Bien entendu les cravates ont demandé qu'on coupe à 3 minutes/3 minutes 30. On a glissé une copie au DJ de Londres Kenny Everett qui l'a fait jouer quelques 14 fois dans son intégralité, en moins de trois jours. La demande massive a forcé les cravates à accepter comme tel. 5:55. Un mois plus loin, on était #1 au Royaume-Uni. 

Le meurtre que confesse Freddie dans la chanson est probablement le sien, celui de Farrohk Bulsara. Il serait Freddie, le libertin. Le succès du 4e album leur fera goûter aux excès du rock n' roll. Mercury serait plus souvent à New York. Dans la communauté gaie. De conquêtes en conquêtes.  De saunas en maison privées. Dans l'underground gay, Freddie n'était qu'un des garçons. L'odeur de la fantaisie. Mais une certaine réalité aussi. Sans réaliser qu'il filtrait avec la mort du même coup.

Le band faisait la fête avec Thin Lizzy ou se faisait menacer qu'on avait un vidéo des membres baisant celles qu'il ne fallait pas. En 1977, Bohemian Rhapsody devenait la 3e chanson la plus vendue de l'histoire de la musique. Au moment même où le punk menaçait de rendre Queen, non pertinent. 

Le punk menaçait de vaincre sa propre race de musiciens en leur disant qu'ils n'étaient surtout pas vrais. Que les vrais, il vous crachait au visage de la scène. Et se fâchait avec leur linge à eux, pas des collants ou des justaucorps. Queen a alors choisi de devenir immortel dans tous les sports du monde avec deux morceaux dont on se rappellera toujours, qu'on aime la musique ou non, beaucoup plus que Bodies. Pendant que les Sex Pistols se séparaient, Queen restait les champions des stades de soccer, de football, de baseball, de basketball, les arénas de hockey, les marathons. le punk coursait en deux minutes. Le rock'n roll marathonait. Court toujours. 

Toujours libertin, au seuil des années 80, il pouvait consommer jusqu'a 4000 Livres Sterling de cocaïne par semaine. La drogue du jour. Comme les Stones, Godard et plus tard, Bowie, en exil fiscal, Queen s'est installé en Suisse par la suite. Dans son studio à lui. Maintenant trésor à visiter au Casino*. En allant voir le Tour de France, Freddie a trouvé partenaire de lit et s'en est inspiré pour deux morceaux. Dont le single allait faire jaser de par sa nudité exposée. L'hédonisme a été évacué du film de 2018. 

À l'halloween, toute l'équipe autour de Queen, en compagnie de quelques célébrités, se sont rendus à l'Imperial Ballroom du Fairmont Hotel, à New Orleans. L'occasion était le lancement du disque Jazz, de 1978, Vous y étiez accueilli par un(e) hôte qui vous offrait du sexe oral de la part d'un homme ou d'une femme, selon vos choix. À l'intérieur, vos sens étaient stimulés par des femmes nues fumant de leur...vagin...couchées sur des tables de banquet. Des femmes nues supplémentaires se trouvaient dans des bains remplis de foie (!?!).  Des cracheurs de feu jonglaient pendant que des ménestrels, des gens portant des condamnables blackface et des stripteaseuses déguisées en religieuses, dansaient dans des cages de bambou. Des personnes de petites tailles se promenaient avec des plateaux contenant des lignes de cocaïne, plateaux attachés sur leur tête, dans la soirée.  

Homards, crabes, huitres, cristaux, 200 000 Livres Sterling pour le lancement, soit l'équivalent de plus d'un million de $, de nos jours. Un an plus tard, Mercury a tout payé pour ses amis de partout dans le monde, afin de célébrer avec lui ses 33 ans. Son appétit sexuel et pour la drogue était alors dur à pleinement suivre. Il était l'incarnation de la débauche qui pouvait le faire disparaitre 5 jours dans une orgie.

Orgies qui le feront aussi disparaitre pour vrai, au final. 

Ce qui allait affecter la communauté gaie serait abominable. Fatal. Freddie, et ce ne sera pas dans le film non plus, dira que New York n'était que pêché où on pouvait pleinement s'y prostituer. Ce qu'il faisait promptement. 

Mais si on avait montré tout ça. On aurait vendu 911 millions dans le monde ? On ne le saura jamais. 

Parce les bio, autobio, et autres du genre, pigent largement dans la liberté créative afin de désinfecter tout ça. On ne sait jamais trop ce qui est vrai de ce qui ne l'est pas.

Bohemian Rhapsody était au sommet de monde musical, il y a 50 ans, cette année. 

Je n'aime plus tellement les autobio, bio, et ainsi de suite. Je retourne à mon livre.

* I did, en 2022 

jeudi 17 septembre 2026

Blonde & Idiote Bassesse Inoubliable****************************Trilogy d'Emerson, Lake & Palmer

Chaque mois, vers le milieu, tout comme je le fais pour le cinéma (dans ses 10 premiers jours) et tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) je vous parle de l'une de mes 3 immenses passions: la zizik !!!

Le titre de la chronique est inspiré de 4 albums que j'ai tant écouté que j'en connais toutes les notes, toutes les paroles, toutes les nuances, tous les tons, tous les tons, bref,  je vous parle de musique qui fait désormais partie de mon ADN. 

Par ordre de création:

Blonde on Blonde de Bob Dylan

The Idiot d'Iggy Pop

Low de David Bowie

The Unforgettable Fire de U2

B.I.B.I. c'est moi. C'est aussi la terminaison du mot habibi, voulant dire en langue arabe, Je t'aime.

Musique, je t'aime

TRILOGY d' EMERSON, LAKE & PALMER.

 Au début de années 1970, le paysage musical britannique et mondial est en pleine mutation. Les leaders du monde de la musique, les Beatles, se séparent. Le rock psychédélique des années 60 cède sa place à des structures beaucoup plus complexes, ambitieuses et intellectuelles. C'est l'âge d'or du rock progressif. Au coeur de cette révolution esthétique se dresse un véritable supergroupe né de la fusion de trois talents exceptionnels issus de formations majeures de la scène musicale anglo-saxonne. 

Keith Emerson, claviériste virtuose échappé de The Nice, Greg Lake, bassiste et chanteur à la voix d'ange venu de King Crimson et Carl Palmer, batteur flamboyant et technique ayant office au sein du groupe Atomic Rooster, ensemble, forment une entité démocratique et titanesque, capable de rivaliser avec les plus grands orchestres symphoniques tout en conservant l'énergie brute et contestataire du rock. Avec un petit air cosmique

Après avoir secoué le public avec un premier opus éponyme éblouissant, puis enfoncé le clou avec une fresque conceptuelle agressive et une réinterprétation audacieuse de la musique classique russe, le trio  se retrouve, en 1972,  à un carrefour crucial de sa jeune carrière. La concurrence est alors féroce. Des artistes majeurs de la même époque publient coup sur coup des chefs-d'oeuvre qui redéfinissent les limites de la musique populaire. Pour ne pas se laisser distancer et pour prouver que leur formule n'est pas qu'un simple feu de paille technique, les 3 musiciens s'enferment en studio à Londres durant les premiers mois de l'année, sous la houlette de leur ingénieur de son fétiche: Eddy Offord. 

Ce 3e album studio, lancé durant l'été 1972, marque une forme de maturité tranquille et d'équilibre absolu pour le groupe. Si les efforts précédents brillaient par leur fureur presque punk et leurs longues suites instrumentales parfois décousues, cette nouvelle oeuvre privilégie la nuance, la clarté et une production d'orfèvre. C'est un disque de contrastes savants où la grandiloquence côtoie une intimité acoustique bouleversante. Le groupe y affine son identité sonore en s'éloignant des improvisations massives pour se concentrer sur des arrangements d'une précision d'une précision chirurgicale. L'utilisation des technologies de l'époque y est particulièrement novatrice. Keith Emerson pousse le synthétiseur Moog dans ses derniers retranchements, l'utilisant non plus seulement comme un gadget à effets sonores, mais comme un instrument mélodique à part entière, capable de dialoguer sur un pied d'égalité avec le piano classique ou l'orgue de l'église

Sur le plan historique, l'album cristallise également les dynamiques internes qui allaient, quelques années plus tard, fragiliser le trio. Le processus d'enregistrement s'avère particulièrement complexe et minutieux. En recours massif aux superpositions de pistes, les morceaux deviennent si denses et léchés qu'ils s'avèrent extrêmement difficiles à reproduire sur scène fidèlement en concert. cette quête de perfection technologique en studio commence à créer des tensions créatives subtiles entre le désir de pureté acoustique et mélodique portées par le chanteur, et les ambitions orchestrales et expérimentales du claviériste. Néanmoins, en 1972, cette tension est encore un moteur magique. Le batteur Palmer insuffle à l'ensemble une polyrythmie jazz et une rigueur militaire qui lient parfaitement ces 2 visions opposées.

Trilogy rencontre un succès commercial phénoménal, tant en Europe qu'en Amérique du Nord, propulsant le trio au rang de superstars des stades. La pochette iconique, conçue par le célèbre collectif graphique Hipgnosis, illustre parfaitement cette symbiose. Elle fusionne les visages des 3 musiciens en un seul buste sculpté, symbolisant l'unité absolue de leurs 3 esprits créatifs. 

Considéré avec le temps comme leur joyau accessible discographique, le plus poétique et le plus équilibré,  l'album capture un instant de grâce éphémère où le rock progressif n'avait pas encore sombré dans l'excès théâtral qui allait causer sa perte à la fin de la décennie. C'est le témoignage d'une époque où 3 musiciens virtuoses croyaient fermement que le rock pouvait embrasser la musique de chambre, le jazz et la musique folklorique américaine sans jamais perdre son aura populaire. Un chef d'oeuvre de sophistication technique mis au service de l'émotion pure.   

Pour amateurs de rock, de musique progressive, de musique orchestrales, de nappes de synthétiseurs, de polyrythmie, de musique de chambre, de musique acoustique, de jazz, de superpositions de pistes.