lundi 9 février 2015

Lire Au Volant (ou faire semblant)

Nous étions quatre dans un coin de l'entrepôt cette nuit-là. Chad, Butch, Lizbeth (Lili) et moi. Nous travaillions à 6 ou 7 pieds les uns des autres. Avec la même musique qui jouait pour tous.

La meilleure musique au monde. Je vous l'ai souvent dit, la nuit, sans animateur, sans publicité, la radio, c'est du bonbon. Nos nuits sont plus belles que vos jours. On venait d'entendre une chanson qui était à saveur d'aube. En regardant dehors, effectivement, on pouvait deviner l'aube se pointer sur le St-Laurent. C'était suivi d'une voix fameuse. Puis du bonheur en canne. La journée serait belle. Le moment qui a semblé amuser Lili, la seule fille dans notre coin d'entrepôt, c'était de nous voir chanter tout bas et danser des jambes sur un vieux beat danois qui rend si heureux. De virils boyz attendris par un petit beat reggae d'antan. Chacun avec ses moments privilégiés en tête. On a alors l'impression de loger notre espace mental des parfums les plus cool sur terre. Avec tout cet alcool autour grisant nos sens.

On faisait tous semblant que travailler dans cet entrepôt, la nuit, nous était agréable. On faisait semblant que le soleil dans nos têtes prenait le dessus sur le froid en dehors de murs.

Puis, explosion nasale brutale:
ArtchAAAAPF!
 J'ai sorti les vidanges sous-habillé vendredi dernier et voilà...je pitchoum avec une violence foudroyante depuis.

"Hunter!" m'a hélé mon superviseur pour ensuite me suggérer d'aller reprendre des forces à la maison et surtout me soigner afin de ne pas contaminer les autres membres de l'entrepôt. Tout en restant payé pour ma journée.

Bonheur, je vous disais.


(amoureux du froid)

Il y a quelques temps,  si vous cliquiez sur "je lis" en haut à droite. l'hyperlien renvoyait à 1Q84 d'Haruki Murakami. J'en ai bien lu 284 pages (sur 1157), mais bien que j'aimais beaucoup ce que je lisais, le livre me tombait peu à peu des mains. J'ai laissé mon signet au chapître 18 pendant plus d'un mois.La brique allait rester sur la table en vitre sans que j'y retourne, faute de temps. Mais depuis, j'ai lu d'autres livres. Et en ce moment je lis Bolano. Pas au rythme que je voudrais mais bon, il me plait bien lui aussi. Une autre brique toutefois. 930 pages.

Murakami m'a échappé je crois parce que j'ai acheté une copie en anglais. J'ai toujours lu Murakami traduit en français. Il est très simple en français. Hyper intéressant. Aérien parfois. Occulte aussi. Pervers par moment. Précis, Les traducteurs aiment la précision. En anglais, je le trouvais moins japonais. C'est con, je sais.
Puis, en me rendant à la bibliothèque pour autre chose je remarque un jour sur une étagère dans les recommandations, le livre parlé d'1Q84 d'Haruki Murakami.

Les livres parlés, j'ai toujours trouvé que c'était pour les aînés. Quand je vendais du livre, du disque et de la musique, ceux qui achetaient les livres parlés étaient toujours des petits vieux. Je me moquais secrètement d'eux. Trop fatigant de tenir un livre dans ses mains et de tourner les pages? que je me disais secrètement en tête. Vision étroite de ma part de jeune loup. Ces gens manquaient peut-être de temps eux aussi. Comme je suis régulièrement sur la route, seul, et à toute heure du jour, j'ai donc emprunté le livre parlé. 16h57 de livre parlé. Depuis, dans ma voiture, je suis au japon en 1984, avec Tengo et Aomame, de jour comme de nuit. Dans mes nuits, il y a maintenant deux lunes. J'ai repris ma lecture au chapître 18 et je vous avouerais que je jubile. Les lecteurs/acteurs Maia Baran et Emmanuel DeKoninck font un travail remarquable*. J'aime tellement me faire lire 1Q84 dans ma voiture que j'en suis presque déçu quand quelqu'un m'accompagne sur le siège du passager car je ne voudrais pas l'emmerder avec mon livre parlé et je mets la radio. Toujours décevante celle-là avec ses diarrhées d'annonces.

Mes circulations sont la route, presque toujours les mêmes, je ne me les rappelle même plus, tellement les mots narrés de Murakami me transportent. Prendre la voiture, manquer une sortie et faire un léger détour, sont maintenant de véritable plaisirs. Mon fils a un tournoi de hockey à La Tuque le week-end prochain. 5 heures de route. Même chose au retour. J'ai même flirté avec l'idée de le faire monter/revenir avec un autre, afin que je puisse me taper 10 heures de Murakami.

Mais je me suis raisonné.

Se parler entre père et fils est encore une joie absolue. Un plaisir sans effort. Un bonheur naturel.

Ce qui me fait rire c'est que quand je me couche en soirée, je déplace le signet sur la table en vitre, là où je suis rendu, dans la brique de Murakami.
Que j'écoute dans ma voiture...
Comme si je le lisais... Je fais semblant de le lire, puisqu'en réalité j'écoute les voix de Maia et Manu me jouer Murakami.

J'étais donc très content quand la petite neige qui tombait sur Montréal, s'est peu à peu transformée en tempête paralysante sur les routes.
Paralysez-moi sans souci, je cherche dorénavant le trafic.



Une fois à la maison, l'amoureuse et moi étions pour une rare fois tous les deux seuls pendant quelques heures. Pas d'enfants. Elle et moi. Et un chat de 94 ans. Elle n'était pas intimidée par mes microbes, Il y avait ce je ne sais quoi d'électrique dans nos regards l'un vers l'autre...

Let the good vibes, get a little stronger.

Bien vite il y a avait plus de peau que de vêtements dans le salon.

C'était l'heure des communications.
Heureusement que ma copine a soudain l'idée de génie
de me toucher le porte-avion, vite fait je lui sors mon canon.

Il y a encore de ses moments ou on ne fait plus semblant de rien.

Enfin...ça reste encore à valider pleinement, mais bon...




*Même si on grince des dents à chaque fois qu''on entend "Big BroZeur" au lieu de "Big Brother"



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