mercredi 28 novembre 2012

Un Martyr

"At the still point of destruction, at the centre of the fury, all the angels all the devils, all around us can't you see?"
                                    -Gordon Sumner.

Hossein Khatami avait été recruté à l'âge de 13 ans.

Pas d'école secondaire, il ferait ce qu'on appelle là-bas "l'école militaire". On lui avait dit qu'il était de "l'élite". Que pour certains élus comme lui, il fallait passer par ces classes spéciales.

"Tu as vu grandir ton pays, l'Iran, avec des yeux d'enfants, avec nous, petit frère Hossein, tu verras l'Iran avec des yeux d'hommes, et Allah t'en seras éternellement reconnaissant" lui disait-on.

C'est une question d'honneur et de prestige dans la communauté que tu viens chercher, pensait Hossein. On ne pensera plus jamais à toi de la même façon.
Pendant 5 ans, il voyait ses frères se faire exploser et il savait. Il savait qu'ils avaient fait la bonne chose. Là où ils étaient maintenant, ils étaient en sécurité. Et pour toujours, dans le coeur des fidèles de l'Iran, dans le coeur de leurs familles et de leurs amis, ils étaient, et seraient à jamais des héros.

Techniquement, toutes les manières autres que celles du kamikaze étaient réprouvées. Aux yeux et aux oreilles d'Hossein en tout cas. On le privait d'actualités. On le logeait, on le nourrissait, on lui remplissait la tête de l'essentiel. L'essentiel de ce dont on voulait bien qu'il se rappelle.

Il fallait veiller face au pouvoir malveillant et pour Hossein, il n'y a guère mieux que ce qu'avait à lui offrir l'Iran. Il fallait résister jusqu'à la totale disparition d'Israël. Hossein n'avait plus besoin d'en être convaincu. Il avait besoin de le vivre. De le vivre par la mort. Il serait un martyr, il serait un demi-dieu. Là-haut, ce seraient des dizaines de vierges qui l'attendraient. Il le savait, on lui avait promis. C'est toujours important de posséder la femme complètement en Iran. Vierge devait-elle être. Pure. L'embrigadement mental est total. Hossein se ferait sauter à l'aéroport de Bulgarie. Il avait été fidèle à son Dieu, fidèle à son pays. Il serait grand, il avait tout juste 18 ans, les vierges l'attenderaient. L'attentat coïnciderait jour pour jour avec le 18e anniversaire de l'attentat commis en 1994 contre la Mutuelle juive argentine à Buenos Aires, qui avait fait 85 morts et 300 blessés.

L'excitation se mèlait à l'agitation qui elle, baignait dans la testostérone.

Hossein était un jeune homme maigre, il s'était mis une perruque. Il était habillé d'une chemisette bleue, d'une casquette bleue, d'un short, de chaussettes blanches et de chaussures de sport. Il allait et venait dans le salon de l'aéroport avec un grand sac-à-dos noir et un sac à ordinateur portable. On ne pouvait en rien le distinguer des autres touristes de l'aéroport. Il faisait les cents pas comme bien d'autres. Il attendait. Il attendait son heure de gloire. Puis voilà. La lumière divine, l'appel de l'au-delà, la sainteté instantanée, la frappe explosive.

L'explosion visait un autobus transférant au terminal de l'aéroprt de Bourges en Bulgarie, tout près de la Mer Noire, des touristes israéliens descendus d'un avion et qui devaient se rendre ensuite vers la station balnéaire de Slantchev Briag, au nord de Bourgas. Il y aura 7 morts, 5 Israéliens et 1 Bulgare. Hossein aussi y passera.

Mais lui, il a son accès direct aux vierges. C'était l'entente. Et le voilà au ciel, dans cet endroit étrange, où les vierges l'attendent...

"كسي هست؟ y a quelqu'un?"

Pas de réponse.

Une odeur. Âcre, presqu'une odeur d'urine. Épicée? la virginité serait-elle épicée? Hossein est excité.

"بله، در اینجا با, oui, par ici" entend enfin Hossein. Mais étais-ce...? étais-ce une voix d'homme?

"ما اينجا ما تو انتظار مي رفت، بز جوان, nous sommes là, nous t'attendions jeune bouc" lui dit un homme à la tête d'une quinzaine d'autres.

"اما ... اما ... کجا هستند دختران باكره؟ mais...mais...où sont les vierges?"

"ما مريم زيبا بور، ته دوتاي آنها بيشتر از همه ما نهفته است می دانم که شما از آلت تناسلی ترجيح مي داد تا اين تغيير
Nous sommes vierges beau blond, ne te conte plus de menteries, nous le savons tous que tu préférais les pénis aux matrices..."

"اما تو عیب یا چی؟ هيچ همجنس گرايان در يران! Mais vous êtes cons ou quoi? il n'y a pas d'homosexuels en Iran!"

Les rires entèrèrent la suite des évenements.

On l'a penché, embroché, comme tant là-bas souhaiteraient se le faire faire.

Mais dans le mensonge préfèrent-ils se tairent.
Un martyr ne saurait être vulgaire.

1 commentaire:

Cybèle a dit…

Je ne m'attendais pas à cette fin.

Bravos!