dimanche 15 mars 2026

La Mort de Jules César

Quand Jules César, 55 ans, est au faîte de sa gloire, il marche quand même sur un fil.

Un Sénat conquit le nomme dictateur à vie. Être dictateur, alors, n'est pas péjoratif. Le titre existe pour représenter une magistrature légale et même prestigieuse, prévue par la Constitution de la République pour répondre, de manière temporaire, pendant 6 mois, à des situations de crises extrêmes. Des guerres ou des troubles civils. Le dictateur reçoit alors les pleins pouvoirs et il doit accomplir une tâche précise sur la période de 6 mois. Une fois la mission terminée, il rendait son tablier. César brise la perception du mot en se faisant voter ceci pour lui, à vie. 

Ceci survient dans le trouble mois de Février. 

Il a accumulé des honneurs, qui heurtent de front la République.  Il refuse la royauté mais en épouse tous les traits. Il siège sur un trône d'or. Sa statue côtoie celles des anciens rois de Rome, et son visage figure sur la monnaie. Pour les sénateurs aristocrates, les "optimates", la menace est claire. César s'apprête à restaurer cette même royauté, abolie 450 ans plus tôt. 

Le climat à Rome est donc électrique et tendu. Une soixantaine de conjurés, se faisant appeler les "libérateurs", s'unissent sous la direction de Caius Cassius et de Marcus Junius Brutus, ce dernier étant un proche de César, que le dictateur traire avec une affection quasi paternelle. On a souvent pensé que c'était son fils, mais non, Brutus est traité comme un vrai fils, mais n'est pas le fils de Jules César. Seulement celui qu'il aurait souhaité avoir. Un complot se trame et il doit aboutir avant le départ de César pour une grande campagne militaire contre les Parthes, à la mi-mars. Le 18. Le devin a dit ça après coup, il est le seul témoin de cette conversation, et ça lui a fait une excellent publicité, il a pu faire de très bonnes affaires par la suite et se munir d'un spa de luxe. Été comme hiver.

La nuit du 14 au 15, est agitée de mauvais augures. La femme de César, Calpurnia, 32 ans, trop jeune pour lui, fait des rêves funestes où elle voit le toit de leur demeure s'effondrer et son mari, César, mourir dans ses bras. Ça c'est passé il y a plus de 2000 ans, c'est donc surement vrai. Et plusieurs témoins oculaires qui étaient sur place ont encore confirmé la semaine dernière que ça c'était passé comme ça. Le devin Haruspice Spurinna, consulté par César, fin février, le met en garde. Un grand danger le guette, au plus tard pour se réaliser au plus tard, aux Ides de Mars. 

Dans le calendrier romain, l'ides de Mars est le 15 mars, un jour festif dédié au Dieu de la guerre, Mars. Les dictateurs aiment partir leurs guerres autour du mois de Mars. Une pièce de monnaie est frappée justement par Marcus Julius Brutus, et arbore son portrait, à l'avers. 

Le matin du 15 mars, Jules César hésite à sortir. Il ne se dit pas au meilleur de sa forme et les craintes du devin et de sa femme l'ont ébranlé mentalement. C'est l'un de ses conjurés, Decimus Brutus, qui le convainc de ne pas décevoir les sénateurs et de les joindre, eux qui l'attendent. César a renvoyé sa garde personnelle par bravoure ou par fatalisme. Il se rend à pied vers la Curie de Pompée. En chemin, il croise le devin Spurinna et le lui lance, bravache, "Les ides de Mars sont arrivées!". Haruspice lui répond calmement, "Oui, mais elles ne sont pas encore passées". 

Ce sont les mots exacts d'il y a plus de 2000 ans, c'était écrit le jour même dans le site CybeRoma.com.

Quand il arrive à la Curie de Pompée, vers 11 heures le matin, un complice fait diversion avec Marc Antoine, principal lieutenant, bras droit et fidèle allié de Jules César, et le retient à l'extérieur en l'entretenant de banalités à son insu. Afin que le dictateur entre seul, face à 59 bourreaux. 

Le signal est donné par Tillius Cimber. Sous le prétexte de présenter une pétition pour le retour de son frère, injustement exilé selon lui, s'approchant de lui pour lui remettre, il tire sur sa toge, ce qui lui dégarni les épaules nues. "Mais c'est de la violence" a le temps de dire Jules César. Aussitôt, Casca, sénateur romain, porte le premier coup de poignard à sa gorge. Une blessure superficielle qui n'empêche pas César de s'en défendre et de même porter lui-même un coup de poinçon en métal à son agresseur. 

C'est alors la ruée sur César. 

Les conjurés ont tous convenu qu'ils devaient porter au moins un coup pour son destin lui soit fatal et que le leur soit lié à jamais. César est entouré par 59 conjurés, acculé. Il reçoit 23 coups de poignards. Lorsqu'il voit Brutus, l'arme au poing, ça marquera les esprits, il aurait alors prononcé, alarmé de manière justifié, " Tu quoque fili mi !", ou en français, "toi aussi, mon fils !...". Il l'aurait même dit en Grec: "Kai su, teknon ". Réalisant que tout est fini, il se voile le visage dans sa toge et s'effondre, ironie du sort, au pied de son ancien rival, une statue de Pompée.

Il en meurt. Trahi par les siens.

Ça s'est passé aujourd'hui, il y aurait 2070 ans. 

Je dis ça comme ça...

Pour rien...

Les dictateurs, ça se traite comme ça, voilà.        

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