Lire c'est penser, réfléchir, parler à un ami, l'écouter, l'entendre, le comprendre (ou pas), c'est s'immiscer dans une réalité qui n'est pas la nôtre, c'est oser braver ses préjugés, c'est s'ouvrir, découvrir un nouvel angle de vie, se découvrir soi-même, découvrir les autres. C'est prêter une oreille à des confessions, une culture, des moeurs, des fantasmes. C'est avoir l'oeil et la tête sur de nouvelles conceptions, se permettre un nouveau regard. C'est faire acte de générosité mentale. C'est générateur aussi. Ça fait fleurir les idées. C'est forger ses propres pensées en le confrontant parfois à celles des autres. ou s'en inspirant. C'est écouter sa musique des mots, explorer son rythme, en faire naitre de nouveaux. C'est plonger dans une nouvelle lumière, parcourir et agrandir ses corridors cérébraux. C'est se balader dans le monde entier à petit prix. C'est voyager. C'est danser sur le cerveau des autres, se synchroniser sur la respiration d'un(e) autre.
Et respirer, c'est vivre.LA FIN DE L'HOMME ROUGE OU LE TEMPS DU DÉSENCHANTEMENT de Svetlana Aleksievitch
La Biélorussie est l'alliée principale de la terroriste Russie, ce qui fait que les oeuvres de Svetlana Aleksievitch y sont censurées. Comme elle raconte la réalité trop près de la réalité, et fait parler les désenchantés, elle est menacée et forcée à l'exil. Elle est Biélorusse. La dépendance économique de la Biélorussie est au 2/3 Russe. Comme Svetlana Aleksievitch parle de Post-Soviétie et que les sbires de Vladimir veulent parler de ressuscitation de l'URSS, elle est interdite en son pays.
Son livre, lancé en 2013, présente une réalité Biélorusse, un an avant la première invasion illégale des Russes en Ukraine. Un traité existe entre la Biélorussie et la Russie pour que les deux pays écrasent l'Ukraine et ne le reconnaissent jamais comme un pays, lui-même. Svetlana Aleksievitch a gagné. pour l'ensemble de son oeuvre. le Prix Nobel de Littérature, en 2015.
Le livre raconte la chute de l'URSS et les débuts d'une souveraineté désorientée et pauvre, dans les jeunes années 90. Elle y présente multiples points de vue, des nostalgiques voulant retrouver le côté soviétique, maintenant absent de repères, et ceux et celles qui crient à la liberté, mais qui angoissent face à un avenir incertain. Les témoignages sont multiples, poignants, déchirants, contradictoires et souvent juxtaposés comme on l'aurait fait dans une salle de montage, au cinéma. Cette multiplication des voix, sans jugement de sa part, empêche tout parti prix. Mais il semble clair que la voie du changement est ardue. L'approche est moins historique qu'humaine. Elle privilégie l'émotion, les souvenirs, les contradictions intimes. On se permet de comprendre ce qu'était être Soviétique au-delà des discours officiels.
Les souffrances de la transition vers une économie de marché après des décennies de régime communiste, l'insécurité nationale et personnelle, le désarroi plus présent que la confiance, y sont tous présentés sous différentes voix. Elle interroge la mémoire collective et la manière dont les sociétés se racontent leur histoire. Elle offre une vitrine intime sur une certaine fin du monde. Un vrai désenchantement. Une grande transformation politique qui a cicatrisé.
Elle montre que l'histoire d'un pays ne se résume pas toujours à des dates ou à ses dirigeant, et se concentre sur les gens ordinaires qu'elle fait parler de manière polyphonique. Elle préserve une mémoire fragile et fébrile. Elle parle de vies ordinaires, de rêves brisées, de jeunesse meurtries, d'espoirs persistants.Parfois fragmentés, le texte est structuré de manière à donner l'impression d'un chant choral. Une multitude de voix qui se répondent, se contredisent, se chicanent. À la fois littéraire et documentaire, elle brouille les frontières entre réalité et fiction. Elle expose malgré elle la corruption croissante de Loukachenko, auto-élu depuis 1994. À la Russe.
Pour une bonne compréhension de la fin du monde Soviétique, que Putin tente de faire renaître criminellement, ce livre est recommandé.
Parce que l'Ukraine, par la Russie ET la Biélorussie, est tout à fait agressé.
Dans les tonnerres quotidiens d'absurdités, on a un peu tendance à l'oublier.
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