dimanche 11 janvier 2015

La Vie Comme Un Jeu Vidéo

Mercredi dernier, on a remontré en boucle la mort du policier français Ahmed Merabet, avant de peut-être finalement se trouver une conscience et réaliser que cette mort dans la rue était probablement un peu traumatisante.

On a par la suite fait un montage qui coupait le bout de la séquence où l'un des deux frères terroristes touche Merabet qui se tord de douleur au sol et gémit avec horreur. Juste ça, c'était assez traumatisant. On a cessé de montrer aussi quand l'un des terroristes s'approche du policier qui lui tourne le dos, plié au sol, presqu'en position de foetus, se tourne la tête vers lui et dit quelque chose entre "Vous voulez me tuer?" ou "Vous allez me tuer?". Ce à quoi l'assassin répond calmement "C'est bon, chef" avant de lui tirer, sans même viser, une dernière balle dans le crâne en trottant à ses côtés. Déjà près à passer à autre chose. Comme si ce n'était qu'un stormtrooper sur le chemin de Darth Vader.

Comme si les joueurs passaient à un second tableau.

"C'est bon, chef!"
Voilà quelque chose qu'on dirait à un ami dans une game de paintball.
À un confrère de travail.
À un gardien de but.
À un coéquipier de jeu.

La vie comme un jeu vidéo.

Vous ne l'aviez pas vu? Vous venez de le faire avec mes mots.

Les frère Kouachi ont tué comme on le ferait dans un jeu vidéo. J'ai eu le temps de voir cette mort du policier français plusieurs fois, et chaque fois, je me suis demandé comment fait un Homme pour dormir avec les images du visage tordu de douleur d'un autre Homme couché au sol. plaidant pour sa vie. Comment peut-on passer à autre chose? Comment ne pas cauchemarder? On a éteint une vie. On a vu les yeux d'un homme qui vivait, on a vu ses yeux paniqués et  puis on lui a fermé les lumières à jamais. On l'a soustrait à sa famille et à ses deux jeunes enfants pour toujours. Comment vit-on avec ça? On réussit à dormir?

Pour retrouver un tel détachement absolu du respect et du droit à la vie. il faut se tourner vers les animaux.

J'étais au travail et je suivais sur mon téléphone la traque en direct de ces désaxés. Je découvrais via Google Map Villers-Côtterets, Crépy-en-Valois, Dammartin-en-Goële. Je suivais tout ça avec le même énervement que lorsque les États-Unis avaient traqué les frères Tsarnaïev qui avaient bombardé la ligne d'arrivée du marathon de Boston. Je sentais que la conclusion de ce drame d'horreur arrivait à terme. Pour les Tsarnaïev, au troisième jour de traque on retrouvait le frère assassin caché dans le bateau. L'horreur arrivait à terme.

Ironiquement, le jour du massacre de la rédaction de Charlie Hebdo, c'était aussi le premier jour du début de la sélection du jury pour le procès de Djokhar Tsarnaëiv, le frère survivant de cet horrible attentat qui a tué trois innocents sur place, un policier trois jours plus tard, a estropié plusieurs autres et traumatisé tant de gens.

 Était-ce un hasard? probablement. Mais frapper un mercredi de réunion de rédaction ne l'était pas. Et le déséquilibré qui a tué une policière dès le lendemain à Montrouge, n'était pas un hasard non plus.

À ma seconde pause, on apprenait que deux prises d'otages avaient lieux en simultanée. D'un côté, le tueur de Montrouge qui avait en otage autour de 5 personnes, séquestrées dans une épicerie casher de Vincennes. De l'autre, et avec des informations beaucoup moins claires. les frères Kouachi, maintenant cernés, à l'aéroport de Roissy rapportait-on erronément (TVA, bien entendu). tenait aussi en otage un nombre indéterminé de personnes.

C'est con, il ne faisait aucun doute dans ma tête que c'était sur le point de se terminer bientôt. Et dans un bain de sang, absolument. On dirait que je le souhaitais. Je ne voulais même pas entendre leurs raisons. Il ne me semblait pas pertinent de les entendre s'expliquer. Amedy Coulibaly ou un frère Kouachi, peu importe. Je ne voulais pas entendre ce qu'ils auraient eu à raconter. La propre mosquée des frères Kouachi les avaient d'ailleurs expulsés parce qu'ils tenaient des propos dangereux et contraires aux principes de l'islam.

So why bother?
Vos victimes se taperont vos vierges au ciel.

J'ai d'ailleurs trouvé plutôt intelligent les médias qui n'ont pas diffusé les entrevues téléphoniques avant l'assaut final. On ne donne pas de tribune à la folie. J'ose croire que c'était un choix et non une contrainte de temps.

Ces gens n'étaient pas l'islam. Ils étaient Al-Qaïda. Du Yémen. Ils étaient le terrorisme.
Dans un jeu vidéo, ils avaient la tête, l'âme et les idées d'un zombie de Resident Evil.

Quand j'ai fini de travailler à 13h on titrait (quelqu'un avait au moins changé le poste de télévision de la salle des employés à Radio-Canada) que tout était terminé et que tous les preneurs d'otages étaient maintenant tués.

Je me suis surpris à lâcher un "yeah" (pour moi-même) de satisfaction.
Ma colère était aussi bête que la leur. Je les voulais morts.

Charlie Hebdo, vengé.
Tout ça ne serait qu'histoires de vengeances?

Non, on pouvait nous aussi passer à un nouveau tableau.
Comme dans un jeu vidéo.

Pendant que giclait le sang de la gorge tranchée de ces porcs.

Qui n'auront qu'aiguisé davantage les crayons du monde entier.

Vous venez, à votre tour, de créer un monstre multi-têtes.

2 commentaires:

yves lapierre a dit…

Vous dites jeux vidéo, hé ben ça l'air que TVA ne sait pas c'est quoi! :)

http://branchez-vous.com/2015/01/09/charlie-hebdo-quand-metal-gear-solid-2-passe-pour-la-reconstitution-de-la-prise-dotage-de-dammartin-en-goele/

Jones a dit…

Incroyable!

TVA est pire que je ne me le serais jamais imaginé!

Merci pour le lien

J'en ai ri une shotte:)