mardi 20 janvier 2015

Comment Rater Sa Cible en Affaires au Canada (une démonstration de Target)

20 mois.

Personne ici n'aura eu le temps d'aller très souvent chez Target.

Pour ma part j'y ai été deux fois. Les deux fois afin de trouver un item tiré d'une liste de cadeaux de Noël pour quelqu'un d'autre. La première fois j'ai trouvé, mais c'était nettement plus cher qu'ailleurs. Je n'ai pas acheté. La seconde, je n'ai jamais trouvé ce que je cherchais. Et j'étais estomaqué de voir que les tablettes étaient pratiquement toutes vides dans une période aussi généralement payante pour les commerces du détail...Rien acheté non plus.

Je ne serais pas le seul semble-t-il.

Les magasins Target qui ne prévoyaient pas la rentabilité avant 6 ans encore, ont mis la clef dans la porte.

Personnellement, j'étais content que ce navire coule. Je préfère voir des entreprises de chez nous, naître de nos idées, les encourager à fleurir et évoluer avec elles.

Target était tout le contraire.

Arrivée des États-Unis avec ses grosses bottes de cowboy, comme trop souvent les Étatsuniens le font un peu partout et dans toutes les sphères de la société, la compagnie a acheté les magasins mourants de l'ancienne chaîne Zellers. On vendait à l'avance ces magasins comme des magasins cools & tendances. Mais pour faire vite, on a pas retouché les locaux vétuste de Zellers. Étonnante (et mauvaise) décision de la part d'une compagnie qui a d'excellents liens avec milieu du design aux États-Unis. D'ailleurs, Target s'était associée à la Semaine de la Mode parrainée par Mitsou à leur arrivée, mais par la suite, le néant. Le cool n'était qu'un leurre. De toute façon les magasins ne reflétait pas du tout l'idée du cool, puisqu'on y reconnaissait bien Zellers, mais peuplé par Target.

Et pour la tendance, on repassera, un commerce de détail qui n'offre pas le service en ligne signe en quelque sorte sa propre mort.

J'ai travaillé pour de grosse compagnies des États-Unis et chaque fois ce fût la même chose. La filière canadienne n'était traitée que comme le dernier wagon du train et non un train différent sur une rail différente. Parfois avec une arrogance tellement frustrante que ça donnait envie de crier. Un exemple? Dans une compagnie de sport, un joueur de la NFL choisit de changer son nom. Après avoir été accusé de racisme envers les hispanophones des États-Unis et pour montrer sa bonne foi, il change officiellement son nom pour Ochocinco, qui veut dire "85" en espagnol. son numéro de joueur. Mais voilà, notre compagnie (internationale) vend des milliers de gilets portant son VRAI nom avec les # et les couleurs de son club.
Notre grand patron aux États-Unis demande alors au joueur, qui est alors une superstar, peut-il offrir une sorte de compensation pour tous ses gilets qui ne seront jamais vendus? Il est multimillionaire, il en a les moyens (nous aussi remarquez) . Le joueur choisit de racheter tous les gilets portant son ancien nom. Nous sommes contents. Toutefois, il se moque bien du Canada, il rachète seulement les gilets des États-Unis. Je me bats pendant 6 mois, sans succès, pour une entente de remboursement (je quitterai le poste peu de temps après).
On ne m'offrira jamais vraiment d'explications, le Canada n'étant toujours qu'une arrière-pensée, plus ou moins fatigante pour les grands cousins d'en bas. Et où joue ce joueur maintenant? Sans impact aucun sur son club?

Oui, à Montréal pour les Alouettes...Humiliant.

Joueur fini et en fin de carrière. Venant prendre la place d'un canadien.

C'est aussi comme ça que Target s'est installée ici. Avec le même mépris pour la clientèle canadienne. Avec un méconnaissance (une indifférence?) totale envers les acheteurs, les consommateurs et les habitudes de chacun au pays. Des variables indispensables pour assurer le succès d'une entreprise.

Vous vous souvenez des succursales Krispy Kreme? Ils ne sont devenus que kiosques parce que l'obésité au Canada se cultive par petite dose. (de moins en moins, mais bon...)


Si ils avaient étudié les consommateurs, ils auraient su que Target était connus chez nous. Les gens avaient donc des attentes. Sur les prix entre autre. Quand les magasins ont ouvert: surprise! les coûtes reliés au développement de la chaîne d'approvisionnement étaient plus chers, on a donc refilé la facture aux clients. Qui, pas con, a préféré les bas prix de WalMart ou Costco ou Canadian Tire.

Parlons de l'approvisionnement justement. Les manques étaient injustifiables, puisque la compagnie fait affaire avec Sobey's, une compagnie irréprochable, égratignée par association dans cette malheureuse aventure. Des gens ont pêché par lourde incompétence.

Les consommateurs ont de plus en plus de moyens de comparer les prix, par le net justement, deux sujets (le consommateur et le net) qui ont échappé fatalement à Target. Walmart aura été plus qu'une ombre pour Target, elle aura été Moby Dick.

Et même pas blessée.

 Le mot qui tue, le mot qui empoisonne nos vies d'ailleurs est vite.

Target ne sera passée ici que vite.

Que ces 20 mois servent de leçon d'entrepreneurship pour nos futurs gens d'affaires.

Ne vous précipitez pas là-bas pour les ventes, tout est encore trop cher.
Il faudra attendre un bon 3 semaines avant les ventes de feu.

2 commentaires:

yves lapierre a dit…

Pour mon cas j'allais fréquemment au Zeller ( vu que j'ai boycotté wallmarde) et deux fois j'suis passé chez Target. La première fois j'ai été surppris de voir que le magasin était vide de monde et de produits. Je voulais un radio que j'avais vu sur leur site internet, il ne l'avait pas. Devant mon mécontentement le vendeur m'explique que les produits arrivaient des USA et que c'était pas eux qui décidait, mais la maison mère.

Cet article de l'IRIS cerne le problème d'une manière différente des autres experts. À mon avis il a su mettre le doigt sur un des bobos de cette lamentable déconfiture que les autres médias n'ont pas mentionné.

http://iris-recherche.qc.ca/blogue/comment-lobsession-anti-syndicale-a-tue-target



Jones a dit…

Angle fort intérressant, merci