lundi 5 août 2019

Puerto Rico Brote Joven

Le 13 juillet dernier, 889 pages de conversations de la part du gouverneur de Puerto Rico Ricardo Rossello avec sa garde rapprochée ont été rendues publiques.

Ses propos lourdement sexistes, homophobes, mais surtout son souverain mépris envers les victimes des ouragans Irma & Maria de 2017, ont soulevé un tollé de colère dans la population Puertoricaine et ailleurs dans le monde.

L'évidence de la profonde corruption naturelle dans ses propos a mis le feu au poudre. Devant la pression populaire des gens descendant dans la rue, il a été forcé de quitter ses fonctions et de démissionner.

Ironiquement, ça c'est produit le même jour où Robert Mueller passait devant le Congrès des États-Unis, provoquant peut-être, pensait-on, potentiellement la démission du président des États-Unis, aussi.

Après tout, tout ce qui fût reproché à Rossello, Trump l'a facilement biffé dans ses listes "d'exploits" depuis longtemps. Ça prendra la forme un jour d'une encyclopédie de plus de 1000 pages pour répertorier les actes de corruption, les pots-de-vins, les mensonges, les obstructions de justice, les ingérences, le sexisme, le racisme, l'homophobie, le non respect des morts, les illégalités et toutes les contorsions de la justice que Donald Trump et son cercle d'initiés ont jusqu'à ce jour perpétré. Et continuent de faire.

Afin de comprendre pourquoi un homme a dû plier bagage et pas l'autre, il faut reculer dans le temps.

En 1898, peu de temps après que les États-Unis eût déclaré la guerre à l'Espagne sur le statut de Cuba, les bateaux de guerre des É-U ont vogué vers l'Est et pris possession de Puerto Rico. Pendant que des anti-impérialistes au Congrès empêchaient le président William McKinley de complètement annexer Cuba, Puerto Rico passait tout de suite de colonie espagnole à colonie entièrement Étatsunienne.

Quelques années plus tard, afin de stimuler les affaires sur l'île, on en a fait une île exempte de taxes pour y attirer les investisseurs.
En 2006, pas avant, grâce à un projet de loi pensé par Bill Clinton et son équipe 10 ans plus tôt, la plupart de ses exemptions de taxes avaient disparues. Les importantes compagnies qui s'y étaient installées ont alors commencer à quitter l'île. L'économie de Puerto Rico a plongé. En 2015. on annonçait qu'une dette de 124 milliards ne pourrait jamais être remboursée.

Au lieu de passer l'éponge sur la plus vieille colonie des États-Unis, Barrack Obama, un président pour qui les Portoricains ne peuvent pas voter ni pour ni contre, a mis sur pied le programme PROMESA garantissant l'absence de poursuites en échange d'un comité des États-Unis, formé pour restructurer toute l'économie sur place. On appelle ce comité La Junta.

Sous Trump, l'austérité Puertoricaine est devenue plus stricte. La crise devenant plus creuse. Les ouragans ont fait fuir davantage. Quelque 80% des Puerto Ricains rêvent de fuir les lieux.

Aux États-Unis, quand ça chauffe, ou n'importe quand, on se place au dessus des lois.
Sur l'île, on l'a vu, on ne peut plus se le permettre.

Mueller a refusé de poursuivre Trump malgré les nombreuses preuves d'infractions qu'il a sous la main car le président est en fonction et que le Congrès ne l'appuierait probablement pas dans ses démarches.
À Puerto Rico, on a pas attendu les décisions des enquêteurs, les gens sont allés dans la rue, ils ont bravé les gaz lacrymogènes, ils ont manifesté jour et nuit, ils ont fermé les principales routes, Rossello était visé de partout. Quand on a, très tard, entendu Rossello accepter de démissionner, la foule a tout de suite scandé que sa successeure, de la même équipe, devait aussi lever les pattes. Que ce n'était que les mêmes vieux bateaux avec un différent capitaine. Dans la même direction.

Une phase 2 de démission est toujours sur les rails à Puerto Rico.

Ce qui reste fascinant, c'est que c'est l'absolu manque de pouvoir politique, d'une colonie de seconde classe, la plus vieille des États-Unis, qui a fait avancer les choses à Puerto Rico .Le même jour où le puissant pouvoir politique des États-Unis freinait toute poursuites qui seront inévitablement légitimes au jour 1 de la fin de la présidence de Donald Trump.

Souffrir et mourir, ne pas avoir son mot à dire sur ton leader ultime, et voir ce leader aux cheveux oranges te tirer du papier de toilette auront allumé l'étincelle d'une île en mode jeune pousse.

Si ce n'est pas économiquement, où ils sont menottés par les États-Unis, ce sera au moins socialement.

Somos màs y no tenemos miedo lisait-on dans les rues qui se sont découvertes démocratiques.
Ça veut dire Nous sommes plus nombreux que vous. Nous n'avons pas peur.

C'est bouleversant de beauté.
Comme l'île de Puerto Rico que j'ai visitée trois fois.

dimanche 4 août 2019

Terry Melcher

Terrence Paul Jorden est né à New York, en 1942, du tromboniste Al Jorden et de la chanteuse/actrice Doris Day. Doris le baptise ainsi du prénom de son héros de jeunesse préféré dans Terry & The Pirates.

Al Jorden, apprenant l'arrivée de l'enfant exige un avortement. Ce qui indique à Doris de quitter cet homme. Il était violent avec elle de toute manière. Mais une fois né, Melcher est vite confié à la mère de Doris. Day aura un second mariage aussi pénible, avec un autre musicien, le saxophoniste George Weidler, qu'elle divorcera aussi. Ensuite, elle épouse Martin Melcher, qui sera son gérant. Et bon père adoptif de Terry. Terry en gardera le nom de famille.

Au début des année 60, il tente sa chance comme chanteur dans le duo Bruce & Terry, avec Bruce Johnston, futur membre de remplacement des Beach Boys, devenu permanent en spectacle quand Brian a cessé de monter sur scène.

Ils formeront ensuite The Rip Chords et obtiennent un certain succès. Melcher connaît ses limites comme artiste et se joint à l'équipe de production de Columbia Records. Qui produit justement, entre autres artistes, les Beach Boys. Dont ils imitaient le son parfaitement.

C'est avec la formation The Byrds qu'on place Mercher qui produira deux de leurs premiers gros hits, des reprises de Dylan et de Pete Seeger.
En raison de conflits entre la gérance des Byrds et le groupe, il sera vite remplacé, mais la band l'aime assez pour le réengager pour la trame sonore de Easy Rider. Et pour leur 10ème album, en 1971.

Melcher produira pour Paul Revere & the Raiders, Wayne Newton, Frankie Lane, Jimmy Boyd, Pat Boone, Glen Campbell, Mark Lindsay et les Mamas & The Papas. Il a aussi été instrumental à faire signer les Rising Sons qui avaient parmi leurs membres Taj Mahal et Ry Cooder.

Melcher était si proche des Beach Boys qu'il fera des voix sur leur album Pet Sounds. C'est aussi lui qui avait introduit Van Dyke Parks à Brian Wilson pour cet album.

Mais les gens s'approchant de Melcher étaient presque tous frappés par la fatalité. Le tandem Parks/Wilson mènera Brian Wilson au confinement.

Puis, Dennis Wilson, batteur des Beach Boys, introduit Melcher à un jeune homme sortant de prison duquel Wilson a enregistré deux chansons: Charles Manson. Wilson avait pris sur le pouce Patricia Krenwinkel et Ella Jo Bailey, deux membres de la "famille Manson", et la famille s'était imposée dans sa maison pendant un certain temps. C'est ainsi, en esprit de commune, que Manson avait glissé une de ses créations musicales à Wilson avec succès.

Melcher habite alors au 10050 Cielo Drive, avec sa copine du moment, l'actrice Candice Bergen, et Mark Lindsay, chanteur de Paul Revere & the Raiders. Melcher est intéressé, sous les conseils de Dennis Wilson, à peut-être faire enregistrer Manson. Peut-être aussi faire un documentaire sur le style de vie particulier de Manson et de sa commune.

Melcher auditionne Manson, mais celui-ci est lamentable. Melcher ne pense plus le signer mais ne lui dit pas clairement. Ou Manson ne veut pas l'entendre. Melcher est toutefois toujours intéressé à faire un documentaire sur le groupe qu'il semble mener. Mais sur le site de Spahn's Ranch, Melcher est témoin du tempérament brutal de Manson à l'égard d'un cascadeur de film, et prend peur. Il laissera tomber l'idée. Manson étant trop imprévisible. Et Dennis Wilson et Terry Melcher coupent les liens avec Manson. Ce qui lui fera perdre la tête.

Plusieurs fois, Manson se rend au 10050, Cielo Drive, afin de rencontrer Melcher, mais celui-ci, avec Bergen, et Lindsay a déménagé. Et c'est maintenant le réalisateur Roman Polanski et sa copine enceinte, l'actrice Sharon Tate, qui habitent maintenant sur les lieux.

La nuit du 8 août 1969 sera brutale. Manson ordonne à "Tex" Watson, Susan Atkins, Patricia Krenwinkle et Linda Kasavian de se rendre au 10050 Cielo Drive, où Melcher vivait et de tuer tout ce qui s'y trouve de la manière la plus dégueulasse possible. Kasavian restera dehors et tentera de dire aux autres que quelqu'un s'en vient pour les faire arrêter le massacre, mais Watson tue un ami de Polanski aspirant écrivain, Sharon Tate, enceinte de 8 mois, Jay Seebring, ancien amant de Tate et artiste du cheveu, Abigail Folger, fille du géant du café Folger et amoureuse de l'ami de Polanski. Ce dernier est à Londres pour y faire du repérage pour un film.
Steven Parent est au mauvais endroit au mauvais moment et est tué par Watson au volant de sa voiture, dans la rue.

Au même moment, Melcher enregistre une première version de chansons avec Jimmy Boyd en studio. Mais il lui est suggéré d'aller se cacher dès le lendemain et la session ne sera jamais complétée. Susan Atkins dira qu'ils avaient été envoyé sur place afin d'effrayer Melcher qui leur avait fait plusieurs promesses qu'il ne tiendrait plus.

Melcher aura un garde du corps en tout temps pendant une longue période et était le témoin le plus terrorisé du procès Manson. Il a dû suivre des traitements psychiatriques pour chasser sa frayeur. Il passera le reste de sa vie à compulsivement dire que tout ça n'était pas de sa faute et à su justifier sur les meurtres de la famille Manson.

Dennis Wilson, au contraire, prend tout le blâme et n'en survivra pas.

Melcher sera producteur télé pour les émissions de sa mère dans les années 70 et vers le milieu des années 80.

Il co-écrit, avec John Phillips des Mamas & The Papas, Scott McKenzie, auteur d'un hymne national hippie et Mick Love des Beach Boys un des derniers grand hit des Beach Boys, en 1988, pour le film Cocktail.

Melcher meurt avant l'heure aussi, d'un mélanome, à 62 ans, en 2004. Avant sa mère, décédée, elle, en mai dernier.

J'avais envie d'un peu éclaircir la boucane qu'à infligé Quentin Tarantino dans son dernier film.

Par plus noir, dirons certains.

Mais plus vrai.

samedi 3 août 2019

Ailleurs

Nous sommes au 10ème jour de la traque de Kam McLeod et Bryer Schmegelsky, les deux présumés assassins de Leonard Dyck, Lucas Fowler et Chynna Deese.

La police canadienne paraît extrêmement mal dans toute cette affaire.

Les deux jeunes hommes, de 19 et 18 ans respectivement, étaient ensemble au début du mois de juillet en Colombie-Britannique. Ils ont fait la rencontre de Lucas Fowler, voyageur bohème australien et de sa compagne, toute aussi touriste, la très attachante Chynna Deese, une Étatsunienne Des images très belles de leur complicité circulent sur le net quelques jours avant leur disparition, en train de faire un plein d'essence. L'amour transparaît de ces images. Il s'apprête à faire le plein, elle l'enlace amoureusement. Peut-être une dernière fois de sa courte vie. Elle n'avait que 24 ans, Lucas, 23.

Ils ont d'abord été portés disparus, tout comme Bryer Schmeglesky et Kam Mcleod, puis, retrouvés assassinés, ce qui plaçaient les deux autres de "disparus" à "suspects".

Tout près d'une autoroute, au Nord de la Colombie-Britannique, près de Dease Lake, on a ensuite retrouvé le corps d'un très aimé conférencier en botanique et chargé de cours, Leonard Dyck, 64 ans. Une voiture, ayant appartenu aux deux adolescents a été retrouvée brûlée. Les liant à Dyck. Ils ont aussitôt été accusé de meurtres. Mais où étaient-ils?

Le 25 juillet, la Gendarmerie Royale du Canada a confirmé que deux fois, on aurait aperçu McLeod & Schmeglesky au Nord du Manitoba, à Gilam. On a cherché comme des fous pendant plusieurs jours, impliquant aussi l'armée à vol d'oiseau car la région est touffue, très accidentée et pleine de brousse. Le père de l'un des deux à confirmé qu'ils se pratiquaient depuis 2 ans et demi à survivre en forêt, qu'ils pourraient probablement tenir longtemps. On a trouvé des ours polaires, mais pas d'adolescents en fuite. Puis il y a eu léger énervement on a cru les voir à quelques lieux d'où ils cherchaient. Mais non, les infos étaient faussées par l'envie de les attraper, et pendant plusieurs jours, aujourd'hui 10, on cherche toujours.

Moi, qui ne suis pas du tout enquêteur, je me suis dit, chaque jour que la radio, la télé, les journaux me parlaient de leur cavale, qu'ils devaient surement avoir aussi une équipe qui cherche ailleurs. Car entre le Manitoba et l'Ontario, il y a 28 heures. On peut effectivement rouler en se moquant des infos radios, longtemps.

Ben voilà, on les aurait vu au moins 20 fois en Ontario. Dans le Nord de l'Ontario. Autour de Sudbury. Et au moment d'écrire ceci, on a toujours pas mis la main au collet de celui qui portait un t-shirt A Wild Catahulhu Appears et qui arborait une barbichette et une moustache, Kam, pas plus qu'on a retrouvé Bryer, qui semble le plus déséquilibré des deux, dans son costume d'armée. Bryer parlait depuis quelques mois de se monter une sorte de milice parallèle, personnelle. Il avait aussi un fascination, probablement devenue malsaine, pour les Nazis et leur univers.

Ça, on est certain.

Mais si on ne les trouve pas c'est parce qu'ils n'utilisent aucunement des téléphones portables. Tout comme ils ne paient avec aucune carte. Leurs visages ont fait le tour du pays plusieurs fois, des images saisies par une caméra de surveillance d'un magasin à grande surface. À la sortie de ce magasin. On les distingue très bien tous les deux. Mais ils n'étaient pas facile à retrouver sur le net. Kam, n'était pas Cam. Et personne n'écrit le nom de famille de Schmeglesky du premier coup. Je me suis moi-même recorrigé deux fois dans cette même chronique. Même sur le net ils étaient difficiles à trouver.

Ils ne communiquent avec aucun membre de leur famille. Qui sont tous (J'espère!) étroitement surveillés et dont les téléphones sont assurément implantés de micros enregistreurs.

La police, l'armée parait extrêmement mal. Pendant 10 jours, les deux ados se poussent assez facilement d'eux. Comme en plein jeu vidéo. État mental dans lequel leurs cerveaux troubles on dû se placer assez facilement aussi.

Ils sont les vedettes de leur propre jeu vidéo. Et on dû rire chaque fois qu'ils ont entendu leurs noms à la radio. "Cherchez à Gillam, bunch of cocksuckers!".

On a utilisé comme argument qu'aucune voiture n'avait été rapportée volée depuis le Manitoba.
As-t-on pensé au vélo?
Beaucoup plus facile à voler, et prenant 5 jours et demi pour se rendre de Gillam à Sudbury.

Ces deux petits cons, et toute leur génération, se plaisent à jouer aux jeux vidéos, plongé dans un ailleurs qu'ils considèrent parfois meilleur.
Ils ont (probablement) supprimé le meilleur de trois vies humaines et ruinés la vie de familles, de collègues et d'amis qui ne verront plus jamais l'ailleurs de la même manière.

Chaque jour, j'ai jeté un oeil sur cette traque de keystone cops.

Mais voilà, les keystone cops étaient risibles.

Qui éteindra vraiment leur console de jeu?

Qui les mettra Game Over?

Quand?


vendredi 2 août 2019

James Baldwin

James est né d'une mère quittant aussitôt papa, abuseur de drogue. Elle se marie aussitôt avec un prêcheur, et aura avec lui 8 autres enfants. Ce prêcheur est un Baldwin, il a aussi déjà un fils, 9 ans plus vieux que James. Ce nouveau papa sera dur envers James. Mais James sera un remarquable étudiant. Et l'enfant de la famille développant le mieux son intelligence. Tout le monde le reconnaît.

À 13 ans, il signe son premier article dans le magazine scolaire. Dès ses 10 ans, Baldwin est harcelé par les policiers blancs sans réelles justifications. Il le sera toute sa vie. En 1943, le jour où le dernier demi-frère de Baldwin naît, son beau-père décède. James fête ses 19 ans en enterrant celui qu'il a considéré comme son père. Le même jour, Harlem s'enflamme. Tout ça entre dans la peau de l'adolescent intensément. Ado, il sait déjà qu'il désire les hommes plus que les femmes.

Dégoûté par la ségrégation raciale dont il est perpétuellement victime, à 24 ans, il s'exile à Paris. À 20 ans, il avait fait la rencontre de Richard Wright qui lui permettra et le convaincra qu'il veut vivre de son écriture. Entre 1953 et 1956 il publie Go Tell It To The Mountains, Notes of a Native Son et Giovanni's Room. Dans ce dernier livre, il aborde l'homosexualité.

Après 9 ans à l'étranger, il revient aux États-Unis. Et devient vite un porte parole sincère et important des différents mouvements de révolte en faveur des droits civiques aux États-Unis. Il découvre que les relations entre noirs et blancs, aux États-Unis, sont pires que lorsqu'il a quitté dans les années 40. Ça le met en colère. Il pond coup sur coup trois puissants essais sur les conditions sociales qu'il perçoit et vit: Nobody Knows My Name, en 1961, The Fire Next Time, deux ans après, où il anticipe l'inflammation des noirs prochaine, et More Notes of a Native Son. En 1962, il lance aussi le roman Another Country. En 1965, un recueil de nouvelles, Going To Meet the Man. Un an avant, il écrit aux côtés des photos de Richard Avedon dans Nothing Personal. 4 ans plus tard est pondu un autre roman: Tell Me How Long the Train's Been Gone.

Il écrit aussi du théâtre pour Broadway. The Amen Corner, en 1955. Blues for Mr.Charlie, en 1964, racontant la mort d'un adolescent de Chicago en 1955, au Mississippi, assassiné par des blancs suprémacistes.

Les assassinats successifs de trois amis proches, Medgar Evers, Martin Luther King Jr, et Malcolm X, détruisent tout espoir chez Baldwin de possible conciliation entre les races aux États-Unis et il choisit de retourner en France au début des années 70.  Ses oeuvres de fictions futures comprendront If Beale Street Could Talk (1974), Just Above My Head (1979) et dans les essais: No Name In the Street (1972),  The Devil Finds Work (1976), un survol de l'image des afro-américains dans l'industrie du film, et The Evidence of Things Not Seen (1985), une discussion sur la race autour des meurtres à Atlanta d'enfants en 1979 et en 1980. La même année il lance un recueil de poésie: Jimmy's Blues.

Baldwin reste les 15 dernières années de sa vie en France, mais ne renoncera jamais à sa citoyenneté Étatsunienne, même si il avait de nombreuses raisons de le faire.

Le plus grand héritage de Baldwin a été sa capacité à discuter intelligemment des effets du racisme, des inégalité basées sur les différences raciales, et les impacts sur les esprits. Dans ses essais, ses articles, ses fictions, et ses interventions, il calculait et évaluait toujours le point de vue de la victime et celui de l'oppresseur. Soulevant régulièrement que le racisme n'était jamais uniquement blanc. Que les noirs pouvaient aussi l'être. Les fictions, essais et pièces de théâtre explorent les différents refuges humains lorsque l'injustice frappe. Son écriture est belle, puissante, intelligente, et utilisée souvent afin de choquer autant qu'afin de réveiller les esprits endormis.
Ses thèmes principaux sont maintes fois répétés, la constante dynamique chaotique entre noirs et blancs aux États-Unis, les parallèles entre la culpabilité et la honte et la liberté sexuelle, l'expérience de la générosité et de l'amour et le charme du bien par rapport au mal.

Il a démontré les vertus de la réalisation artistique parmi les problèmes majeurs de la société tel le racisme, l'industrialisme, le matérialisme, la poursuite de la richesse sans fin, et les luttes de pouvoir en général.

Il aimait couvrir tout ce qui réduisait l'esprit humain pour le recalibrer d'amour, de fierté et de justice.

Il était immense.
Il est décédé du cancer de l'estomac, chez lui, à Saint-Paul-de-Vence, en France, le 1er décembre 1987, à l'âge de 63 ans.

Il aurait eu 95 ans aujourd'hui.

jeudi 1 août 2019

Lee Dante Tay

Je n'avais pas remarqué cette ombre constante sur ma galerie. Je ne sais toujours pas ce que c'est.

Paige Thompson a profité d'une faille dans le système pare-feu sensé protéger les données personnelles de l'entreprise hébergeant les données personnelles de millions de gens dans le monde, principalement aux Amériques, et menacé du même coup les données privées de ces mêmes millions d'innocents.

Encore du vol d'identité. Encore de la techno qui plante. Encore Twitter qui se retourne contre son utilisateur.

Ce même week-end, les aéroports d'ici collaient leurs avions au sol un plus longtemps que prévu parce qu'une panne généralisée des systèmes informatisés gelaient absolument tout le monde.

Cette confiance qu'on a placé sur nos technologies, naïveté suprême? Est-ce ce que c'est ce que les générations futures étudierons de nous?

Plus jeune, il y a trois choses qu'on me disait de ne jamais donner à personne.
-Mon # d'assurance sociale
-Mon # de compte en banque
-Mon # de carte de crédit.

Le nombre de gens qui ont tous ses numéros à moi doit dépasser 50.

Chez Desjardins, ce sont aussi des millions de Québécois qui ont vu leurs données piratées par un abruti, guidé par l'appât du gain. Personnellement, je ne suis pas peu fier de n'avoir jamais eu à faire avec la Caisse Pop. Mais je connais plein de gens qui sont double baisé depuis quelques jours.
Par Capital One et par Desjardins.

Pourquoi des services comme Equifax n'étaient pas d'emblée en place pour protéger les données privées des gens? Pourquoi fallait-il attendre le grand scandale éventé? Mais en même temps, j'ai acheté une passe d'un jour pour ma fille pour Osheaga et si vous aviez vu tout le trouble qu'on a eu à mettre la main sur la passe en question parce que c'était moi qui l'avait achetée. Je ne voulais pas d'autant de sécurité.

Quand nous sommes allés à Punta Kana, mon fils s'est fait reluquer par 2 filles de son âge sur la plage. Elles ne lui ont jamais parlé, là-bas. Mais elles le dévisageaient en tout temps. Et paradaient leurs bikinis sous son regard assez souvent. Il ne les avaient même pas remarquée. Moi oui. Leur subtilité était nulle.

Sans même se parler, les deux filles ont entendu son nom prononcé par nous à un certain moment. Elles ont scanné avec leur téléphone les gens autour qui seraient sur "airdop". Elles ont trouvé ce qui pouvait être un diminutif de son prénom. L'une d'elle lui a texté si il était bien le beau gosse de Punta Kana. Ils se sont texté, facetimé, snapchaté, elle est du 418, lui du 450, il fait le voyage, elle l'a fait aussi. Ils se fréquentent maintenant. Dans une certaine intimité. À eux.

Quand mon fils a passé le dernier week-end à Québec, l'amoureuse et moi, on a scruté le net pour trouver qui était les parents de la jeune fille. On a trouvé facilement les deux parents. L'adresse. Grâce à la localisation sur Snapchat. On a su le travail de monsieur et madame sans même le chercher. On en a trop su sur les deux. On a découvert que elle, ma soeur la connaissait. On a découvert aussi que lui, c'était ma belle soeur qui l'avait fréquenté dans ses années de beuveries.

On a eu peur. Il était beaucoup trop facile de trouver plein d'infos sur toute la famille de la jeune fille, sur le net. On a ensuite essayé la même chose sur nous. OUF! on ne trouvait rien. Sinon plein d'erreurs puisque nous avons déménagé et que je suis lisse comme un poisson dans mes emplois.

On ne devrait donc pas se surprendre que nos données personnelles soient si faciles à dilapider. Si des ados trouvent leurs conquêtes à un rayon de téléphone et que des parents peu éduqués en informatique tombent facilement sur toute la vie de deux étrangers du 418, des zélés de l'informatique peuvent surement facilement s'amuser davantage et avec plus de précision dans les mêmes carrés de sable.

Dimanche, en regardant la télé, la conjointe dit à voix haute en voyant une Québécoise, "oh! la belle robe, c'est ça que je voudrais, je me demande où elle l'a prise?"
On est 8 millions. C'est pas si gros. J'ai demandé à la fille en question, sur Messenger où avait-elle prise cette très jolie robe. Dans l'heure qui a suivi, elle m'a répondu. J'étais fasciné. C'est si facile de se rejoindre.

C'est si facile de se rendre à l'autre. Et vice-versa. D'être l'autre.

J'ai été voir d'où originait l'ombre sur ma galerie.
C'était un corps humain.
Celui de Lee Dante Tey.

Un ancien refugié.
Maintenant nu.

Et bien mort.

Zuckerberg avait raison.
La vie privée est surévaluée.

Pas certain que Gilles Duclos soit d'accord toutefois...

Ou au contraire, elle n'est plus assez considérée.

La vie privée n'est plus considérable.
On est en pleine culture du viol de la vie privée.
Volontairement.