mardi 19 mai 2015

T.E. Lawrence

Enfant comme adolescent, Thomas Edward Lawrence était un fort adeptes des errances constructives.

Adolescent, il allait faire de longues randonnée en France en vélo avec un ami afin d'étudier l'architecture. Avide littérature, il sera diplômé en poésie médiévale et sera aussi breveté archéologue, faisant de nombreux séjours au Moyen-Orient, notamment au Cachemire. Polyglote et grand amateur de cultures diverses en général, il parle le français, le grec ancien, l'anglais bien entendu et l'arabe. Ses connaissances géographiques du Moyen-Orient l'amèneront à dessiner les cartes (de l'Irak entre autre).

C'est précisément grâce à ces connaissances de la culture moyen-orientale, et aussi parce que dans l'armée, il est perçu comme un OVNI, trop cultivé, trop artiste, trop indépendant, que l'armée britannique le recrutera lors des premiers conflits de la Première Guerre Mondiale.

Officiellement on lui demande seulement de dessiner les cartes du Désert de Neguev au Sud d'Israël, mais en vérité on veut aussi connaître les mouvements potentiels des troupes Turcs et de l'empire Ottoman en ces lieux.

Ses connaissances de la Mésopotamie, du Levant, de la Syrie et de ses habitants en font un candidat parfait pour l'armée afin d'approcher le Prince Faysal d'Irak, futur roi du royaume Arabe et de la Syrie. Comme agent de liaison. Ne serais-ce que pour connaître ses plans face aux attaques potentielles Turques. Lawrence a du flair et réunit les tribus rivales des Hachémites (de Sherif Ali) et les bédouins Howeitates (d'Auda Abu Tayi).

Non seulement Lawrence réussit à en faire une équipe unie, mais avec eux, et sans l'accord des britanniques, il réussissent à repousser les Ottomans de la Mecque et les font faire prisonniers à Médine, ville qu'ils conquiert aussi.

Lawrence va annoncer à ses généraux le succès de ses attaques qui n'avaient pas été commandées au début de l'hiver 1916.
Comme il porte les costumes arabes, on se moque ouvertement de lui, mais ses succès sur le terrain forcent les généraux à le supporter, le coordonner, l'armer pour de prochaines missions. L'objectif de Lawrence est d'offrir aux Arabes leur liberté. Celles de l'armée britannique est de gagner des territoires contre les Turcs. Lawrence est la bougie d'allumage de la révolte arabe.

Dans cette révolte, l'harmonie entre Hachémites et Howeitates n'est pas toujours parfaite. En janvier 1917,  Lawrence est contraint de tuer un des siens qui sème la zizanie dans ses troupes. Il en sera hanté toute sa vie.

En mars, Lawrence et ses hommes réussissent à faire dérailler des trains de ravitaillement turcs. Au moins deux fois. Les opérations sont de tels succès qu'il ne perd qu'un seul de ses arabes tandis que les morts et les prisonniers chez les Turcs se comptent par centaines. Mais Lawrence souffre affreusement des meurtres qu'ils opèrent. Il se déteste davantage quand il tue lui-même tout en y prenant goût. Il déteste l'idée de pouvoir tuer. Et d'y prendre goût.

L'alliance avec Audi Abu Tayi est un important gain stratégique et politique puisque jusqu'à ce que Lawrence ne l'approche, ses bédouins Howeitates étaient des sous-contractants des Ottomans.  Quand en juillet les hommes de Sherif Ali, Audi Abu Tayi et T.E.Lawrence conquièrent Aqaba, Lawrence est promu major militaire par les Britanniques. Il a la confiance totale de ses chefs, devient un proche du Prince Faysal et devient le commandant en chef de la force expéditionnaire égyptienne.

Lawrence est fait prisonnier par la milice ottomane qui ne savent pas qui il est et torturé à coup de fouets. Masochiste depuis toujours, il souffrira mais moins que les prisonniers habituels. Il est relâché et laissé dans la merde, considéré comme mort, mais survit à ce qui restera tout de même un humiliant traumatisme.

En janvier 1918, la bataille de Tafileh fera 400 morts chez les Turcs et 200 prisonniers. Lawrence est promu Lieutenant Colonel. La rumeur précède maintenant T.E. lawrence et les Turcs offrent de généreuse récompenses pour sa tête.

À l'automne, et à la fin de la guerre, la ville de Damas tombent aux mains des hommes de Lawrence, mais il ne s'y trouve pas. Il arrive après les généraux Australiens et ceci diffuse ses exploits. De plus, les ententes Franco-britanniques ne partagent pas le rêve de Lawrence de rendre les Arabes libres. Lawrence en restera amer. Toutefois, ses efforts de conquêtes contre les forces Turques sont plus qu'honorable et son rôle de liaison aura été nettement plus guerrière et victorieuse qu'originalement prévu.

Le journaliste britannique  Lowell Thomas se magasine un héros de guerre. Il filme Lawrence, le côtoie et rapporte des textes et des images de l'homme qui font fureur en tournée en Amérique et en Europe. La légende autour de Lawrence d'Arabie se construit davantage.

Lawrence est fait colonel au terme de la guerre et sera aux côtés du Prince Faysal lors de la Conférence de Paix de Paris. En 1921, il est conseiller au secrétaire d'État des colonies, Winston Churchill.

Lawrence contribue à sa propre légende car il a aussi une belle plume. Il correspond beaucoup et narre et document pratiquement tout ce qu'il vit. Il écrit à George Bernard Shaw, sa femme Charlotte Shaw, Edward Elgar, Winston Churchill, Robert Graves, Noel Coward, E.M.Forster, Siegfried Sassoon, John Buchan, Augustus John, Henry Williamson et Joseph Conrad.

En 1922, il publie sa vision de la révolte arabe sous le titre Seven Pillars of Wisdom (les 7 pilliers de la sagesse). Il traduira aussi L'Odyssée d'Homère et un roman français d'Adrien le Corbeau qui restera obscure.

Avide conducteur de bateau moteur et de motocyclette, Lawrence quitte une armée dans laquelle il ne se voyait même pas au début (et vice-versa) avec regrets en mars 1935.

C'est en motocyclette, deux mois plus tard, qu'il tente d'éviter deux jeunes garçons en vélo et se tue en perdant le contrôle de sa moto. Sa mort, comme ses luttes auprès des Arabes, ne sera pas vaine puisque le docteur qui le soigne sur son lit de mort, sera celui qui lancera une campagne par la suite qui obligera tous les motocyclistes d'Angleterre à porter un casque en moto.

Quand David Lean tourne son majestueux film Lawrence of Arabia entre 1960 et 1962, un frère de Lawrence, Arnold, ne reconnaît pas son frère et refuse que le nom du livre duquel le récit est composé (Seven Pillars of Wisdom) soit utilisé. Le film remportera 7 Oscars (Meilleur film, direction, direction artistique, cinématographie, musique originale. montage et son) sur 10 nominations.

Thomas Edward Lawrence meurt des suites de ses blessures en moto aujourd'hui, il y a 80 ans.

C'est un héros des Arabes et du flair militaire anglais qui s'éteint alors.

Il n'avait que 46 ans.

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