dimanche 7 juillet 2013

Le Train Fantôme

Température 30-33 degrés Celsius.
La nuit.
Avec le facteur humidex, on en ressent à peu près 40.

Cuba en Québec.

Ce ne sont pas tous les villageois qui ont le luxe de posséder une piscine. Aussi bien aller boire une bière sur la terrasse à Yannick. Y a toujours plein de monde sur la terrase à Yannick. Il fait si bon, la nuit, l'été, entre amis de se couler de la bonne bière au fond de la gorge entre amis. Quoi de plus normal, un vendredi que de prendre une bière en plein air, en totale collégialité. Avec toute la legereté que l'été commande. Il y avait deux anniversaires ce soir-là. Un soir parfait pour les chansonniers Yvon et Guy. Yvon est parti griller une cigarette, Guy est resté en dedans.

Le feu qui allait sauver le premier, bientôt celui qui perdrait l'autre.

Entre 6000 villageois, tout le monde se connaît. Il n'est pas donc jamais rare de voir François ou de rencontrer Magalie. Certains, ce vendredi-là, flirtaient peut-être. L'innocence planait comme il se doit, un vendredi soir d'été dans la région des Appalaches. Il faisait si humide qu'on pouvait s'attendre à reçevoir une petite pluie. Ça n'aurait fait que du bien aux citadins du Centre-Ville de se faire mouiller un peu les chevilles.

On pouvait s'attendre à une fin de nuit tranquille au Lac Mégantic. On pouvait espérer une partie de jambes en l'air avec des conquêtes ravie au grand air. On pouvait espérer simplement dormir bientôt. Certains dormaient d'ailleurs à cette heure. Des hommes, des femmes, des enfants dans les bras de Morphée roupillaient tranquillement dans les logements. Ils rêvaient peut-être. On pouvait s'attendre à bien des choses un vendredi devenu samedi à 1h00 du matin.

Mais pas à un train fou fonçant de plein fouet pour exploser là où il l'a fait, en plein coeur de la détente molle de gens savourant l'été.

C'est la mort qui a explosé.
Pour rien.
Gratuitement.
Ce sera le sixième du village qui sera évacué. Le reste tétanisé, dévasté, traumatisé.
Ce seront une soixantaine de disparus qui feront flancher les nerfs de leurs proches.

C'est la journée la plus triste de l'histoire du Lac Mégantic.

Pas de chauffeur dans le train. Un train transportant du pétrole brut. Comme une métaphore de mauvais goût qui voudrait nous dire que le pétrole tue. 

On n'avait pas besoin de preuve.

Le train roulait sur une sorte de pilote automatique contrôlé à distance. À très (trop)vive allure. Il a déraillé pour aller assassiner de l'innocent au Centre-Ville du Lac Mégantic. Ce train fantôme ne comprenait aucun passager. Trop occupé à faucher des âmes comme dans un mauvais roman de Stephen King.

Ce train assassin ne contenait aucun passager, pas même un pilote. Il a en revanche fauché des âmes ce convoi qui multipliait les boules de feu. La machine est hantée.

Le premier drame est de ne pas savoir. Le second...

Été hanté dans les Appalaches.

Le nom du village porte le nom Abénaqui qui signifie "Lieu où se tient les poissons".
Nous sommes effectivement peut-être tous un peu naifs de croire ainsi en la machine.

Un train a sifflé au loin en écrivant ceci. Par solidarité je présume. J'ai eu un frisson.

Nos pensées vont aux gens éplorés par l'absurde tragédie dans cette ville qui flambe toujours.

1 commentaire:

Josée L a dit…

En espérant que ce ne soit pas un acte criminel. Quel drame, nos prières pour ces gens. Merci pour ce récit.