dimanche 12 mars 2023

Guitares

 Mon fils m'a fait rire l'autre tantôt.

"Papa, on le sait quand c'est ta musique qui joue parce qu'il y a des instruments"

(...)

J'espère...des africains et leurs tams-tams, en commençant par les crocs-magnons et leurs roches et leurs sons gutturaux, jusqu'au Djembé et au violon électrique, la musique s'est toujours faite, avec des instruments. Quand je lui ai demandé de s'expliquer, il m'a dit que sa musique à lui, c'était un "feel". Ce qui n'est pas illégitime non plus. Il faut la ressentir d'une certaine manière cette musique pour la trouver bonne ou intéressante. Et comme je suis un enfant des années 70, la musique qui est venue me chercher est celle des bands de rock, de pop et de jazz. 

Je suis un fan de musique qui sort de l'ordinaire. Uncertain Smile de The The et ce solo de piano de Jools Holland qui me fait complétement jouir. Cet harmonica chez Dylan, plusieurs fois, ou Young qui me fait planer. Cette base (et guitare) chez La Roux, Supertramp ou Franz Ferdinand

Mais beaucoup aussi, la guitare. 

J'ai eu envie de vous parler de plusieurs moments de guitare qui me donnent la chair de poule. Je vous en ai choisi 13, top of my head,  mais si j'y pense trop longtemps, je vous fais un interminable, surtout, un minable, top 50. Ces moments de cordes ne sont pas classés en ordre de meilleur au pire selon moi mais grosso modo, dans l'ordre que je les ai découverts. Je vous dit comment ils viennent me chercher. 

Not In Love (Sergio Galli) c'est probablement un croisement de la guitare de Galli, de Platinum Blonde et de celles de Roger Morris et John Ashton des Psychedelics Furs sur Pretty in Pink qui m'ont donné ce son grain sonore qui me plait tant dans l'oreille. À la fois harmonique et underground, Galli reproduira ce son ici et dans la courte carrière de Platinum Blonde. 

Un groupe que j'ai tout simplement adoré au tendre âge de 13 ans.  Et que j'ai revu dans mon 450 il y a à peine 3 ans. Revivant mon adolescence.

Since I've Been Loving You (Jimmy Page) Ce que Jimmy a fait à la guitare est restée technique par plusieurs guitaristes qui ont tenté de répéter son doigté magique. Sur ce morceau, que Plant, n'a enregistré qu'en une seule prise, ce qui se sent dans l'interprétation où il a improvisé des mots emprunté d'une chanson de Moby Grape, Page (Jones et Bonham aussi) a été obligé de faire une première version, suivie de plusieurs autres, où les arrangements me donnent encore la chair de poule. Plusieurs ont parlé d'une des meilleurs arrangements de cordes tiré d'un groupe rock versant dans le blues.

Hotel Calfornia (Joe Walsh & Don Felder) Bien qu'ouvertement inspirée d'une chanson de Jethro Tull, avec lesquels ils avaient fait une tournée un an avant. La chanson de Don Henley, Glen Frey et Don Felder, a vu ce dernier demander à sa femme de lui rejouer au téléphone l'enregistrement du demo de son riff de guitare de la fin, qu'il avait fait en demo, presqu'un an avant 1976. Il a répété ce qu'il avait alors improvisé et, en dualité avec Joe Walsh, les deux se sont répondus dans ce qui reste un des plus impressionnants combo de guitares de l'histoire de la musique populaire. Frey est aussi, à la guitare acoustique avec Felder. 

Right (Carlos Alomar) Cette chanson, en pleine ère de disco, offre une guitare qui me fascine. Je l'entends comme une rivière dont le fluidité continue est parfois accompagnée par les choeurs de Geoff MacCormack, Robyn Clark (épouse d'Alomar) et Luther Vandross me plait hors de tout entendement. Je me suis tanné de Young Americans, de Fascination, je n'ai jamais aimé Fame, mais Right, elle se grave dans mon coeur comme le son d'une rivière qui apaise. 

Let's Go Crazy (Prince) J'ai adoré Prince. Qui jouait d'absolument tous les instruments et qui s'auto-suffisait. Il s'est fait en entier. Sur ce morceau, qui me ramène tout à fait à mon adolescence, dès l'orgue magique du début, avec son air trouble presque mal accordé, qui me fait tant plaisir, la guitare est longuement accompagnatrice pendant les 3/4 de la chanson jusqu'à la toute fin où Prince nous montre tout son brio pour un solo final assez fameux. 

Times Waits For No One (Keith Richards & Mick Taylor) Lors d'un passage au Brésil des Rolling Stones, Mick Jagger et l'autre Mick, Taylor, le prodige jeune guitariste, sont inspirés par les sons latins de l'endroit et tricotent l'un des plus mélodiques phrasés à la guitare que les Rolling Stones n'auront jamais produit. La période entre 1969 et 1975, avec Mick Taylor, est pour mes oreilles la plus intéressante. Sur le même album, Fingerprint Files, utilise aussi une guitare qui me plait beaucoup.


 Time Waits For No One sera le point de contentieux final avec Taylor qui considère l'avoir largement écrite, mais Richards, jaloux prend le crédit tout seul, avec Jagger. Taylor quitte le band après la sortie de cet album. Qui comprenait déjà la présence de celui qui allait le remplacer sur la chanson titre.

Little Wing (Jimi Hendrix) J'ai découvert cette magnifique chanson par le second album solo de Sting, en 1987. Sting a réussi un assez parfait combo de ses deux premiers albums solos. Mais la chanson était une reprise de l'as guitariste gaucher Anglais Jimi Hendrix. Que je découvrais ensuite. Et qui était nettement meilleure. Du moins, à la guitare. Jimi était redoutable quand on lui mettait une 6 cordes électriques entre les mains. Cette chanson en est un autre bel exemple.


Young Lust
 (David Gilmour) Il aurait été trop facile de mettre Confortably Numb, qui oui, est aussi formidable de sa part. Mais Young Lust ouvre avec la guitare de Gilmour et en est la colonne vertébrale pendant 3:30. En 1990,quand Roger Waters livre son spectacle en hommage au mur de Berlin récemment tombé, avec invité(e)s, c'est à un autre amoureux de la guitare électrique, le Canadien Bryan Adams, pour une formidable version (alongée) de Young Lust. Une rare version en spectacle que je garde sur mes listes de lecture. Et qui me donne autant de frissons.

Where The Streets Have No Name (The Edge) The Edge est le roi du reverb sur une guitare. Sur ce morceau, qui m'émeut encore presqu'aux larmes de nos jours, il joue de plus d'une guitare, réussissant à faire décoller ce morceau complètement propulsant. On surfe avec lui du début à la fin comme on le ferait sur la plus nostalgique des vagues, où les rues porteraient toutes le même nom: Guitar hero.

Big Love (Lindsay Buckingham) Lindsay a toujours été trouble avec Fleetwood Mac. Sois trop cocaïné, sois trop directif par rapport aux autres. C'est pour ça qu'on a fini par simplement le limoger du band. Mais en 1987, quand le groupe effectue un retour sur disque, d'entre Stevie Nicks, Christine et John McVie, et Mick Fleetwood, c'est Buckingham qui a le plus de morceaux à proposer dont ceci qui sera le premier single. Un morceau assez parfait, à tous les niveaux. Dont cette guitare avec laquelle il était si habile.

North, South, East & West (Peter Koppes & Marty Wilson-Piper) La formation australienne est très généreuse en guitares, et offre justement ce son que Galli/Ashton/Morris m'avaient fait découvrir. ce grain unique et si riche. Sur ce morceau de leur parfait album, Starfish,  Koppes & Wilson-Piper se partagent la tâche à la guitare avec une belle agilité. 

Sweet Child O' Mine (Slash & Izzy Stradlin) Je n'ai jamais été un fan de Gun's & Roses que je considère très près d'un groupe d'un seul succès. Celui-là. À 90% en raison de ce splendide morceau de guitare si excellent dès le départ qui nous guide de bout en bout. Vers 2:34 une chanson qui avait déjà un certain aplomb, devient encore nettement meilleure avec ce combo Slash/Izzy Stardlin qui est un de plus mémorable tandem de guitare sur un même morceau des années 80.  

Alone Together (Nick Valensi & Albert Hammond Jr) Tous les albums de la formation de New York sont très généreux en guitares (les albums de la formation Interpol, un autre band que j'adore et de New York, aussi). J'aurais pu vous parler de Trying My Luck, une de mes chansons préférées du band, dont je joue systématiquement de la air guitar quand je l'entends, mais Alone Together, aussi de leur premier album, offre des guitares bien modestes de Valensi et d'Hammond Jr, jusqu'à ce que la dernière partie de la chanson nous offre ou Valensi, ou Hammond Jr dans un délire de guitare en plusieurs formes continues fort intéressantes.

J'aurais pu vous parler d'un album de The Dandy Warhols qui fait une belle place à la guitare, du shoe gaze et de My Bloody Valentine et leur primer de guitares en fond sonore qui en fait un de mes bands préférés, de l'ouverture de Pride (in the name of love) de U2, mais ce qui aurait aussi rendu moins attentif à la parfaite batterie de Larry Mullen Jr en intro, de l'étonnant funk de Bernard Summer ou encore de Porl Thompson et Robert Smith sur Fascination Street mais ce serait aussi insulter tous les autres instruments du même morceau qui sont tout simplement extraordinaires. Comme je vous ai dit, cette chronique pouvait s'étirer sur plusieurs heures.

J'aime la guitare. 

J'aime la musique créée par des instruments. 

Le "feel" aussi. 

Mais la musique, fiston, a besoin d'instruments. Sinon on est tous musiciens avec notre seul voix. 

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