Elle s'abat comme une punition.
Dans l'habitacle saturé d'humidité d'une vieille voiture jaune, l'air est lourd de fumée de cigarette et de trahison imminente. Ils sont trois. Et aucun d'entre eux ne porte son véritable nom.
Tout avait commencé 6 mois plus tôt dans un bar borgne du port de Brunswick. Elias que tout le monde appelait simplement "le chauffeur" n'avait jamais eu d'ambition, seulement des dettes. Il avait rencontré Victor, un colosse au regard vide qui portait des costumes trop larges pour cacher son Holster. Victor était le muscle, l'homme qui n'avait jamais su faire autre chose que prendre ce qui ne lui appartenait pas.
Puis, il y avait Elena. Qui ne devait jamais faire partie du plan final. Mais Elena possédait la seule chose que l'argent ne pouvait pas acheter: l'accès. Elle travaillait comme assistante pour un consortium d'import-export qui servait de façade à un réseau de blanchiment. C'est elle qui avait fourni le code des chiffres du coffre, les horaires des rondes et, surtout, l'emplacement de la mallette. Ils n'étaient pas des professionnels, juste des gens désespérés cherchant une sortie de secours. Ils avaient convenu d'un partage égal.
Mais dans le monde du crime, l'égalité est une illusion qui s'évapore dès que le cuir de la mallette touche les doigts.
Victor, marche avec cette mallette comme si il portait son propre cercueil. Elias est au volant, les mains tremblantes sur le cuir craquelé dudit volant. Elena est là aussi. Silhouette mélancolique sous un réverbère, son long manteau trempé, collant à sa peau. Multiples bracelets au poignet droit, regard inquiet.
Le vol avait été étrangement calme. Pas de coups de feu, juste le clic métallique du coffre et le silence d'um jour de semaine sans histoire en campagne rustique. Dès qu'ils s'étaient retrouvés dans la voiture, tous trois, le silence était devenue une arme. Malgré la tension. L'adrénaline. Elena surveillait Victor dans le rétroviseur. Victor, lui, ne quittait pas le regarde foncé d'Elena. Il savait qu'elle était la plus intelligente des trois. Ce sont des choses qui se lisent dans les yeux. La manière de les faire bouger. La manière de poser ses regards. La durée de fixation qui inspire l'absolue confiance qu'on a en soi et en ses capacités. Victor savait aussi qu'elle n'avait plus besoin d'un chauffeur ou d'un homme de main une fois la frontière passée.
La pluie commençait à s'infiltrer partout. Elle noyait les regrets. Alors que la radio diffusait une mélodie mélancolique - la voix haute d'un homme chantant qu'il pleurait sous la pluie pour que personne ne voie ses larmes-le trio s'enfonçait dans la zone industrielle.Victor finit par briser le silence "On s'arrête ici".
Elias rangea la voiture près d'un entrepôt désaffecté. C'est là que tout s'est imprégné dans les mémoires. Des visages marqués par la fatigue et la méfiance, des regards qui cherchent une issue qui n'existe pas. Elena sortit de la voiture sans dire un mot. Ses bottes claquant sur le bitume inondé. Elle n'avait pas peur de la pluie. Elle l'utilisait comme écran de fumée. Le futur serait dissolution des âmes.
Elias, le chauffeur, fût le premier à craquer. Consumé par la paranoïa, il tenta de démarrer en trombe pour écraser Victoir avec le bolide et s'emparer de la mallette. Mais Victor, prévisible dans sa violence, avait déjà sorti son arme. Deux détonations étouffées par le tonnerre. Elias s'effondra sur son volant sur-le-champs, Le klaxon hurlant une note monotone et lugubre dans la nuit.Victor, quand même touché par la voiture, est blessé à l'épaule par un éclat de verre. Récupère la mallette laissée tombée au sol. Il se tourne vers Elena, prêt à l'éliminer, elle aussi. Mais Elena n'était plus là. Elle s'était fondue dans l'obscurité des docks. Victor erra une partie de la nuit, perdant son sang et peu à peu, sa raison. Jusqu'à ce qu'il s'écroule de vertiges sur le sable mouillée de la plage, la mallette menottée à son poignet.
Il fût retrouvé mort au petit matin, par des pêcheurs matinaux, mort d'hypothermie et d'épuisement. protégeant un trésor qui ne lui servait plus à rien.
Quand à Elena, elle fût la seule à véritablement s'évaporer. Sous une probable autre identité. On raconte qu'une femme correspondant à son signalement fut vue quelques jours plus tard, à l'aéroport d'Hartfield-Jackson. Sans bagages. Sinon un enveloppe contenant assez de billets pour aller simple en Europe.
Elle n'avait jamais voulu la mallette entière. Elle savait qu'elle portait malheur. Elle avait simplement pris sa part.
Une liasse de billets cachée sous son manteau.Laissant les deux mâles auxquels elle avait appris à ne jamais faire confiance, s'entretuer pour le reste.
On dit qu'elle vit maintenant dans l'anonymat dans une petite maison du Portugal, isolée. Chaque fois qu'il se met à pleuvoir, elle sort sur son balcon en béton, sans parapluie. Porte son manteau, porte sa mini. Elle laisse couler l'eau sur son visage, se souvenant de cette nuit en Georgie, de la voiture noire et des 2 hommes restés là-bas.
Elle pleure parfois mais jamais ne le confessera. Pour le reste du monde oculaire, ce ne devait être que des gouttes d'eau venus du ciel.
Rappelant la pluie passée, un butin, la genèse d'un plan et les ombres d'une plage de la Georgie.