mercredi 29 avril 2026

6 x 5

Alors que je disais à un ami que le Québec était trop petit pour contenir 6 partis (CAQ, PQ, Libéraux, Conservateurs, Québec Solidaires, parti Vert) cet ami me disait que non, si j'étais capable de me satisfaire de 6 artistes différents sur 5 ans, en musique, et m'en porter tout aussi bien après, je serais aussi capable de vivre la "vibe" de 6 partis différents. Qu'il en fallait de toutes les sortes pour faire un monde. 

Ça m'a fait réfléchir. Mais pas comme vous pensez.

Ça m'a fait penser à 6 artistes musicaux ou groupe d'artistes musical.

Qui ont connu facilement des séries de 5 albums consécutifs sans réels reproches.

À mes oreilles en tout cas. 

Je vous les (re)présente, car ils sont tous très connus.

 Par ordre de lancement du premier de la séries de 5 albums: Bob Dylan, Led Zeppelin, The Rolling Stones, Stevie Wonder, Pink Floyd, David Bowie. 

Dylan (1964 à 1967)

 

Sans doute l'une des périodes des plus révolutionnaires de l'histoire de la musique avec les Beatles qui ouvraient aussi les sens des baby-boomers au même moment. Avec Another Side of Bob Dylan, son 4e album, Bob délaisse la chanson de protestation pour une poésie plus introspective. Cet album clôt alors une première trilogie (folk) style duquel il voudra se détacher. Il tricote même une nouvelle trilogie, électrique cette fois, au grand dam de certains de ses fans, travaillant à la fois avec John Hammond Jr, le Mike Bloomfield Blues Band, et ceux qui deviendront The Band alors appelés The Nashville Cats par Dylan. Sur Bringing It All Back Home, par qui le scandale arrive, Highway 61 Revisited, où il fusionne le rock mordant et le surréalisme littéraire et le parfait album double Blonde on Blonde. À mes oreilles, toujours. Après son surévalué accident de moto, en 1966, il surprend tout le monde avec John Wesley Harding, americana délicieuse, dépouillé country, acoustique et même un peu biblique. En seulement 5 albums, il est passé d'icône folk à vagabond du son d'Amérique du Nord, pour finir en ermite à l'harmonica, prouvant son génie de la réinvention par vraie passion musicale communicative. 

Led Zep (1969 à 1973)

Cette période retrace l'ascension fulgurante de la formation britannique vers le sommet du rock mondial. Avec Led Zeppelin I, le groupe de Jimmy Page, John Paul Jones, Robert Plant et John Bonham pose les bases d'un blues rock-lourd et viscéral, tandis que II, lancé la même année, définit les codes du hard rock avec des riffs tranchants comme celui de Whole Lotta Love, où la virée des cordes électrisante de Heartbreaker. Sur III, ils surprennent en explorant les sonorités folk et acoustiques, prouvant une polyvalence, toujours trempée dans le blues encore plus parfait. L'apothéose arrive avec IV, chef  d'oeuvre absolu qui fusionne mysticisme, puissance et complexité, porté par la classique Stairway To Heaven. mais dont le rock coule comme une rivière sonore comme sur When The Levee Breaks. Houses of the Holy, premier titre qui ne soit chiffré, marque une ouverture vers des textures plus expérimentales, intégrant des influences reggae, du funk et des synthétiseurs. En 5 disques seulement, le quatuor anglais a redéfini les limites de la production studio et imposé une empreinte indélébile sur l'histoire de la musique. Et sur ma vie.   

Stones (1969 à 1974)

Sans rien enlever à Brian Jones ou Ron Wood, jamais le band n'aura été meilleur qu'avec Mick Taylor à la guitare. Sa virtuosité a rendu le band meilleur que jamais, selon moi. Ces 5 albums, sans reproches pour mon oreilles, me le confirment. Let it Bleed capture la fin des idéaux hippies à travers des classiques incendiaires et hantés comme Gimme Shelter. Jones passe la flambeau, malgré lui. Et ne survit pas à l'été 1969. Mick Taylor fait ses vrais débuts entiers sur Sticky Fingers, pur concentré de rock flamboyant, laissant place à exploration nouvelles, et sons diversifiés. Ballades country blues et chansons spatiale pour la route. Les lèvres du logo du band y naitront. Le magistral album double enregistré dans un été trop chaud, dans un château près de l'eau, ancien repaire nazi, est brut. blues, rock, gospel, plongée viscérale dans les racines du soul rock & Blues des États-Unis. Lourd d'intoxications productives. Autre album double parfait pour mes oreilles. Je nais cette année là. Avec Goats Head Soup, le groupe s'aventure vers des sonorités plus atmosphériques et une certaine décadence glam, avant de conclure cette période avec le cri de ralliement qui réaffirme leur identité et leur passion du rock. En 5 disques, et une tournée mythique, en 1973, les Stones ont cimenté leur titre de plus grand groupe rock au monde", équilibrant parfaitement virtuosité technique et arrogance rebelle.

 Stevie (1972 à 1976)

 

La période dite "classique" de Stevie Wonder représente l'un des sommets créatifs les plus impressionnants de l'histoire de la musique moderne. Libéré de sa tutelle artistique de chez Motown, Stevie prend le contrôle total avec Music of My Mind, où il explore les synthétiseurs TONTO pour créer un son futuriste et personnel. Talking Book et Innervisions assoient son génie, mêlant funk irrésistible et chroniques sociales tout en raflant tout ce qu'il y avait de Grammys. Il poursuit son exploration spirituelle et musicale  avec Fullfillingness' First Finale, avant d'aboutir à son absolu chef d'oeuvre, le double Songs in the Key of Life. Cathédrale sonore célébrant l'amour, l'enfance et l'humanité, confirmant Stevie comme un architecte visionnaire de la soul et du jazz fusion, En 5 albums seulement, il a redéfini les capacités d'un seul homme en studio, jouant lui-même de presque tous les instruments. Pavant la route pour un autre artiste qui fera de même, jouant de tout, assez habilement, seul, un autre génie, que j'aurais pu considérer ici. 

Floyd (1973 à 1983)

Je ne pouvais pas faire de 1970 à 1979, ça faisait trop d'albums, Et une trame sonore en 1972, vient un tantinet obscurcir tout ça, Mais Atom Heart Mother er Meddle sont aussi sans reproches à mes oreilles. Plus que le dernier album avec Roger Waters. L'âge d'or cinématographique de Pink Floyd marque ces 10 années. Mais aussi la transition d'un collectif démocratique vers une vision dominée par un seul homme, le possessif Roger Waters. Le monument sonore de 1973 explore l'aliénation humaine et reste un des albums les plus vendus sur terre. Wish You Were Here rend hommage à un ancien membre fondateur tout en offrant à Rick Wright, ses derniers élans créatifs pertinents. Ses nappes de synthés oniriques sont riches, et ses compositions pour Animals, l'album suivant, ne lui seront pas créditées. Cette fable politique inspirée d'Orwell fait gonfler la tête à Waters. Mais les solos rageurs de Gilmour sont encore majeurs. L'album double The Wall est fort sur l'isolement, l'aliénation encore et les traumatismes. Avec le film, l'album devient phénomène mondial. Et comme Waters y a la signature lourde, jusqu'à la trame narrative personnelle, le dernier effort, celui de 1983, serait vraiment la dernière coupure d'un band qui ne sera plus jamais le même. Le dernier disque est un requiem d'après-guerre. En 5 albums, on transforme le rock progressif en une expérience immersive, psychologique et universelle.

Bowie (1974 à 1977)

Cette période illustre à merveille la capacité de Bowie de se métamorphoser. Passant du rock théâtral, aussi inspiré de George Orwell, à l'expérimentation électronique. Il enterre sa période glam avec Diamond Dogs, dans un univers post apocalyptique sombre et cauchemardesque. Il surprend ensuite tout le monde avec son soul de Philadelphie qui ne pouvait qu'être "plastique" parce qui si blanc d'épiderme. Imprégné du R & B, du funk et du soul. Même du disco. Caramélisé son. Le virage devient plus radical avec son personnage du Thin White Duke, sur une musique mêlant rock, funk et influences allemandes. S'installant à Berlin, pour mieux gérer ses excès, il entame une série de trois albums qui auront l'empreinte de Brian Eno et Tony Visconti. Deux, lancés la même année, seront extraordinaires. Le premier est minimaliste, aérien et changera ma vie tellement il coche toutes les bonnes cases, au bon moment. Le second a comme chanson titre, un immortel hymne. Avant-gardisme, sauce germanique, pop divisée et déstructurée, paysages instrumentaux, espaces évasifs, textures sonores fameuses pour mon oreille.


Considéré(e)s aussi: Prince, de Purple Rain à Lovesexy mais Parade moins intéressant que 1999 pour moi, Radiohead, de Ok Computer à In Rainbows, mais ce serait si injuste pour The Bends,  R.E.M. de Murmur à tellement trop, U2, bloqué par Rattle & Hum, Bruce Springsteen, où commencer ? ou arrêter ? The Cure, avec un meilleur Pornography que The Top, à mon oreille toujours, les 5 premiers de Mike Scott et ses Waterboys, The Smiths qui n'en a que 4, les Beatles avec un sous-marin jaune qui noie l'ascension,  et PJ Harvey, que j'aime tant, et probablement trop, sans me questionner sur le désir, et sans vouloir m'en départir.         

mardi 28 avril 2026

Le Vrai Big Lebowski

Dans l'hilarant film The Big Lebowski, hué au Festival de Berlin, en 1998, donc excellent film, comme Pulp Fiction et Taxi Driver qui avaient aussi été hués (mais eux à Cannes) et avaient aussi gagné des Prix, il y a ce personnage du "Dude".

The Big Lebowski sera nommé pour l'Ours d'Or (sans toutefois le remporter).  

Les frères Coen, ensemble, sont absolument comiques. Me font beaucoup rire.

Le "Dude" est incarné magistralement par Jeff Bridges. Célibataire, chômeur, résident à Venice, en Californie, il est ancien hippie des années 60, il se définit par sa nonchalance, son amour pour le bowling, sa passion du drink le "white russian" (un cocktail vodka-kahlua-crême), et la musique de CCR. Il incarne le "lâcher prise" et se résume à son refus de s'énerver face aux obstacles de la vie. Il est le contraste totale de la société de consommation et de la réussite matérielle. L'intrigue du film commence quand deux malfrats le confondent par homonymie, avec un millionnaire et pissent sur son tapis. Sa quête pour obtenir réparation de ce tapis (qui unifiait la pièce) le plongera dans une affaire d'enlèvement complexe. 

Il est décontracté, glandeur, pacifique, loyal envers ses amis, tolérant, et peu soucieux des apparences (se baladant souvent en peignoir et sandales). Bien que "slacker" il est moralement plus honnête et pur que les personnes riches et influentes qu'il rencontre. Héros malgré lui, il traverse le chaos sans jamais perdre sa sérénité (ou presque) préférant aller au bowling plutôt que de se soucier de l'argent ou du pouvoir. 

Personnage mythique du cinéma contemporain. 

le frisé, ici
Mais les frères Coen se sont inspiré de leur ami Jeff Dowd pour écrire ce personnage. 

Et Dowd EST ce personnage dans la vraie vie vraie

Figure singulière des années 70, il était parmi les Seattle Seven du Seattle Liberation Front. Dans les années 60. Il a même été emprisonné pendant un temps pour outrage au tribunal quand il a été arrêté pour avoir troublé la paix avec ses collègues du Seattle Seven, et choisi de répondre aux questions...honnêtement. Ou avec insolence. La justice des États-Unis n'aime pas l'honnêteté. Doit aimer l'insolence car le pays en ce moment...

Au début des années 80, deux frères, amoureux du cinéma, qui avaient travaillé avec Sam Raimi, sur le succès surprise à petit budget Evil Dead, font la rencontre de Jim Dowd et ensemble, ils monteront la production du premier film des frères Joel et Ethan Coen, Blood Simple, en 1983. En tournant ce film, Barry Sonnenfeld, alors directeur photo des frères Coen, leur fait rencontrer un de ses mais, Jeff Exline, un vétéran de la guerre du Vietnam, très fier de son tapis qui "unie" son appartement. Ce sera l'autre inspiration pour le film, mais pour le rôle de Walter, dans The Big Lebowski, incarné par l'excellent John Goodman. Une rencontre avec le scénariste John Millius, pendant le tournage de Barton Fink, au début des années 90, font découvrir aux frères Coen, ce vrai passionné des armes à feu, personnage aussi intégré au film The Big Lebowski et attribué au personnage de Walter, joué par John Goodman dans ce film, je le répète, très drôle. 

Mais revenons à Dowd. 

C'est officiellement dans un rôle de producteur de films, qu'il vit les années 90 en co-produisant un film d'animation en 1992, mettant en vedette les voix de Robin Williams, Samantha Mathis et Christian Slater, et la même année, co-produit avec Oliver Stone un film d'Anthony Drazan mettant en vedette Micheal Rappaport et N'Bushe Wright. Un film faisant la part belle aux humains à la peau noire. 

Millius

Dowd est resté amis des frères Coen, et incarne aussi le "laisser faire", amateur d'herbes qui se fument tout en étant très loyal face à ses amis. Et réussissant toujours facilement à se mettre dans le pétrin. 

En 1997, les frères Coen s'inspirent d'Exline, qui est joueur de softball entre amis, et transforment le sport du film en bowling, parce que plus facile et légitime d'y placer des slakers qui s'écrasent et se jasent en inhalant de la "joie de vivre".  Et de leur ami Dowd, ils font le héros du film, le "Dude". 

Qui serait ami de John Millius/Jeff Exline, Et qui se mettrait facilement dans le pétrin. Sans complètement l'avoir voulu. Même si, on pouvait dire la même chose de son outrage au tribunal des années 60. Il aurait été facile pour lui d'éviter la prison si il s'était excusé ou avait plié face aux vautours de la cour. Mais non, Dowd arrive facilement à se compliquer la vie. Tout en la prenant à la légère. 

En 2009, au Festival du Film de Sundance, il est agent des ventes pour le film Dirt ! The movie, documentaire narré par Jamie Lee Curtis. Le critique de cinéma John Anderson est dur pour leur film. Dowd ne le pendra pas bien et aura une altercation avec. Loin du Dude des frères Coen qui cherche toujours la solution pacifique, Dowd sera si agressif envers Anderson qu'il sera interrogé par les autorités des lieux, en Utah. 

Entre activisme politique, résistance à la justice, et altercations à Sundance, la vie de Jeff Dowd prouve que le "Dude" n'était pas qu'une caricature de glandeur, mais le reflet d'un homme entier, refusant les compromis. Les frères Coen n'ont pas seulement écrit un film culte; ils ont immortalisé une philosophie de vie où la loyauté et l'authenticité priment sur tout le reste. 

Un bel hommage à ceux qui, comme Dowd, préfèrent se mettre dans le pétrin que de trahir leur vraie nature. 

Beaucoup à admirer, juste là.      

lundi 27 avril 2026

Avaler des Rivières d'Eaux d'Égoûts

Le dîner des correspondants de la Maison-Blanche est un gala annuel prestigieux qui se tient à Washington, tenu depuis 1924, réunissant journalistes, politiciens et célébrités. Organisé par l'Association des Correspondants, il célèbre la liberté de la presse tout en offrant un moment de détente avec des discours humoristiques, notamment  sur le président en fonction au moment de la soirée.

L'objectif de la soirée est de remettre des prix journalistiques,  de s'amuse en tirant la pipe au président ou à son administration, et offrir une soirée de divertissement politique. 

Les présidents, généralement s'y rendre, bons joueurs. 

Jimmy Carter, en 1978 et 1980, Richard Nixon, avant lui. en 1974, et Ronald Reagan, en 1981, avaient été les derniers à ne pas se rendre à ce dîner. Carter avait choisi de ne pas y aller en 1978, car la crise du pétrole devenait trop sérieuse et il ne voyait pas le moment de s'amuser avec les journalistes. 4 ans plus tard, la crise était à son sommet, la crise des otages, extraordinairement mal gérée, et au finale, contrairement à ce qu'Argo raconte faussement, réglée presque 100% par le Canada, ferait tomber Carter. Il n'était pas question d'aller rigoler avec les journalistes. En 1974, Richard Nixon était sous enquête pour le scandale du Watergate, personne n'entendait à rire. Il tomberait justement grâce au brillant travail des journalistes. Ronald Reagan ne s'y rendait pas, en 1981, pour la simple et bonne raison qu'il se remettait tout juste d'une tentative d'assassinat. Ce n'était pas approprié. 

36 ans plus tard,  le pédophile actuellement en poste allait refuser, année après année, depuis 2017, de s'y présenter. Parce qu'il est bête. En plus de couper les fonds aux journalistes et de choisir ceux et celles qui le questionnent , trop souvent, il considère les journalistes comme les "ennemis du peuple", parce que la pire ennemie du mensonge, est la vérité. 

Mais cette année, le pédoprésident avait promis d'y aller. Et d'avoir la main haute sur la soirée, contre les journalistes. Ce serait leur bien-cuit à eux, et non pas l'inverse.  Selon ses propres mots, il allait être le plus inapproprié possible, envers les correspondants. On ne savait pas comment allait se dérouler la soirée.

Mais eux, savaient. Ce n'était pas un samedi soir. C'était la finale d'une saison de mises-en-scènes.

Karoline Leavitt, disait à quelqu'un sur la sorte de tapis rouge que "you will hear some memorable shots fired tonight". Qui, traduit correctement, voudrait dire "Vous entendrez des flèches mémorables décochées ce soir" Mais qui peut aussi se comprendre par "Vous entendrez des tirs de fusil tirés!". Une correspondante, à sa propre table, disait à la station Fox, en direct, que le mari de Leavitt, lui avait sérieusement dit, avant les prétendus tirs, "...qu'il ne fallait pas s'inquiéter de la soirée, tout irait bien, qu'elle était en sécurité..." Ce qu'elle n'a pas compris. Pourquoi lui dire une telle chose ? La station de télé Fox a coupé son appel téléphonique prétextant un problème de communication, mais ça coupait aussi sa phrase qui allait probablement en révéler trop de l'organisation de la soirée.

Celle -ci allait débuter par un numéro de "Mentaliste". Traditionnellement, il s'agit d'un # d'humoriste. Mais si le pédoprésident se présentait dans une soirée où ce n'était pas tous les journalistes qui le vénéraient, il n'étaient pas non plus pour être "the butt of the joke" avant même que la soirée ne commence. Le vieux monsieur avait été présenté, on avait fait résonner l'hymne national, on avait servi le premier plat,  quand on s'est agité pour prétendre que des tirs avaient été entendus d'un tireur comme dans les écoles des États-Unis, et qu'il fallait mettre un terme à la soirée, en sécurité. 

Avec une régie bien rodée, plusieurs angles de caméras, inexplicables en de telles circonstances extrêmes, arrivaient à filmer les mouvements des agents de sécurité, chose contre indiquée, dangereuse et habituellement très contrôlée, quand une vraie situation de survie est potentiellement menacée. 

RIEN, n'a paru vrai. Du rictus du pédoprésident quand tout le monde a joué la scène de la stupeur ahurie (voir photo), à Stephen Miller prenant "courageusement" sa femme enceinte comme bouclier humain, avec un visage semblant vouloir freiner aussi un amusement, en passant par les prises de photos qui ont suivi où tou(te)s les traumatisé(e)s de la soirée souriaient pleines dents, comme après une générale de pièce de théâtre qui aurait fait mouche. Sur la photo de Miller sortant sa femme par le sein, on peut aussi voir le pédoprésident derrière, observer le mouvements des eaux de derrière les rideaux. 

Ça fait vraiment peu sérieux. Le crétin en chef a parlé de la nécessité d'avoir la "sécuritaire" salle de bal nazie, dont la construction a été freinée par successions d'illégalités. Le grand guignolesque du soir justifiant la carnavelesque salle de bal illégale. Il l'a répété, post présentation théâtrale agitation. 

Il n'était pas énervé du tout, comme on l'est quand on tire toutes les ficelles.     

On arrive plus rien à croire. 

Des journalistes se sont pris en autoportraits, tout souriants...comme le enseignant(e)s le font pendant les tueries dans les écoles...non ?   Cole Thomas Allen n'a pas été tué, il a été arrêté. Son devoir manifeste de 1000 mots disait vouloir éliminer toute l'administration Trump, sauf Kash Patel. Ironiquement, il écrit qu'il voulait assassiner tous les gens d'influence de l'administration en place, du plus haut rang et plus bas, ce qui ne pouvait inclure le ridicule Patel. Qui est si incompétent, il ne passe pas le barre de moins influents encore. 

Parlant de compétences, on a engagé les meilleurs, Shaggy Rogers, Fred Jones, Daphne Blake, Velma Dinkley de l'escouade de Scooby-Doo. 

Une administration qui ment sur absolument tout ne choisit pas ce que sont peuple choisi de trouver douteux. Ce privilège est disparu.  On y croit plus. Une fois la réalité empoisonnée, chaque nouvelle diversion est traitée avec soupçon. C'est un processus digestif d'ingestion de soupe à la bullshit.

Une fois arrêté par l'escouade de Scooby-Doo, comme à l'habitude, le suspect a été démasqué.

Contrairement à la nouvelle distraction pour nous faire penser à tout sauf aux dossiers Epstein, on est resté surpris...

On ne trompe pas Shaggy, Fred, Daphne, Velma et ce bon vieux Scooby-Doo.

Mais le peuple des États-Unis, le monde...

Le monde a soif de vérité. Mais depuis 2016, qu'est-ce qu'on avale des eaux usées...De Grab'em by the pussy à Une civilisation entière va mourir ce soir... 

dimanche 26 avril 2026

Elefant (& Diego Garcia)

Je crois avoir découvert et aimé pour la première fois en même temps, Interpol, The Strokes et la formation de Diego Garcia, Elefant. 

En faisant mes recherches, je remarque qu'ils ont débuté sur le marché musical du rock indépendant New Yorkais à peu près en même temps: au début des années 2000. 

Si les deux premiers étaient plus brut ou garage, la formation de Diego Garcia incarnait la part plus romantique et européenne. Mais si son origine, est de parents Argentins. Lui, nait à Detroit, ou très vite, il s'initie aux sons de MC5 ou d'Iggy Pop. Beau garçon, les bands dans lesquels il chante font du post-punk. Il semble porter une très naturelle élégance et est doté d'un charisme magnétique. En 2003, année de naissance de notre merveilleuse fille Punkee, avec son ami guitariste, Mod (Jimmy Asquito), le bassiste Jeff Berrall et le batteur Kevin McAdams, ils forment Elefant et tricotent ensemble de la new wave new yorkaise et de la musique underground très accessible avec leur premier effort: The Sunlight Makes Me Paranoid.

Je ne sais pas d'où je déniche le son, je n'ai alors ni Spotify, ni Applemusic, ni une seule chanson sur mon téléphone. J'ai un Ipod. Peut-être qu'en écoutant The Strokes, suivi d'Interpol sur Iceberg radio, je finis par croiser leur petit frère Elefant, mais bien que je pirate beaucoup plus que je n'achètes, j'achèterai ce premier album, qui, je me rappelle très bien, en CD cartonné, ne m'avait pas coûté 10$. Peut-être l'avais-je un peu écouté en magasin, à l'époque, c'était encore un peu comme ça qu'on pouvait s'agacer les tympans avant achat. Écoutez un album sur poste d'écoute. 

Porté par le single Misfit, qui ne cartonne qu'en radio étudiante ou en circuit d'initié(e)s, mais surtout par cet album où aucun morceau ne se fait vraiment rejeter à l'écoute, leur son capture l'essence d'une jeunesse urbaine, que j'étais alors, à 31 ans. Mélancolie musicale, sophistication. La voix de Garcia, souvent comparée à celle de Morrissey ou Tim Booth, chanteur de la formation James, apporte alors une profondeur émotionnelle et une théâtralité qui manquaient à beaucoup de leurs contemporains. Le groupe ne se contentait pas simplement de jouer fort, il jouait avec une assumée vulnérabilité, enveloppée d'une ligne de basse sombre et des guitares mélodiques. 

Trois ans plus tard, la formation lance son second effort. Cet album marque une étape cruciale dans leur évolution. La production est plus riche, les arrangements plus complexes, et l'esthétique du groupe devient plus affirmée. flirtant avec un glam rock moderne. Des titres comme Lolita ou Sirens ont montré leur capacité à composer des hymnes de stades tout en conservant une aura de mystères.  

Cependant, malgré une base de fans dévouée, et des critiques à leur avantage, les tensions internes et les pressions de l'industrie commencent à peser. Très populaire en Europe et en Amérique Latine, Elefant ne se rend pas aux radios commerciales. En 2010, on annonce la séparation du band. Laissant une empreinte d'à peine une décennie sur la scène underground de NY. Et avec un impact en Amérique Latine. 

Diego Garcia ne se retire pas de la scène musicale, au contraire, il effectue un virage musical important, se tournant vers ses racines argentines et son héritage familial, s'éloignant du rock et offrant plus acoustique et plus latin. En 2011, il sort un premier album solo, dédié à sa femme (sa muse de longue date) avec une sorte de lettre d'amour musicale. On y retrouve l'influence du flamenco, du tango et des auteurs compositeurs comme Sandro ou Julio Iglesias, mais avec une touche de modernité new-yorkaise. Ce fût un choc pour les fans d'Elefant. La voix de Garcia est plus chaude et mielleuse, ça fait trop sucré, pour plusieurs. Il glisse davantage vers les crooners. 

En 2013, il lance un second album solo en ajoutant des sons tropicaux, Ohlàlà, tropical bungalow...

Je vous parle de lui car parmi les albums vers lesquels j'aime me retourner pour une écoute quand même assez courte (Plus longue chanson 4:19, plus courte, 2:49- 10 morceaux) mais qui me fera grand bien, car je ne "skipperai" rien, se trouve The Sunlight Makes Me Paranoid, album que je trouve assez parfait. 

Même le titre. 

Parce l'été approche, je n'aime pas l'été, je commences déjà à éternuer tous les jours, et que le soleil, pour les vampires...enfin...vous savez...on aime pas.

Mais ce premier album d'Elefant. 

Perfecto.       

On est allé du 514 au 418 ce week-end.

Devinez ce que j'ai fait (re) découvrir à la belle sur la route?

Elle a aimé. Accessible. New York en rock'n roll fibres. 

samedi 25 avril 2026

MAGA C'est L'Éloge de la Laideur

"Already great, you're already great..."

-N.Y. 

MAGA c'est l'Étatsunien laid transformé en État religieux. Avant les casquettes rouges, c'était le gars en short cargo à l'aéroport Charles de Gaule qui criait, furieux, en anglais, parce que fromage là-bas portait un nom. Bruyant. Pas curieux du tout. Spirituellement armé. Se dandinant dans le monde chaussé de mauvaises sandales et de pires jugements hypothétiques. Il était obèse, mais restait lutin social quand à son impact.

Le pédoprésident des États-Désunis l'a franchisé et l'a fait passer de honte privée à identité gouvernementale. 

MAGA c'est l'Étatsunien laid à qui on a donné accès aux corridors du pouvoir et placé sur certains podiums. Un papier de permission. Un drapeau de confédérés. Un vocabulaire composé de griefs. Un roi concierge de la télévision qui s'est appris tout seul, avec l'aide d'un "petit million paternel", que l'ignorance pouvait être authenticité, que la cruauté était une force, et qui si tu humiliais en premier, personne ne pouvait t'humilier ensuite. Chaque rassemblement t'apprenais la même leçon. Ne jamais apprendre. Ne jamais douter. Ne jamais t'excuser. Simplement pointer vers quelqu'un de plus "faible" et appeler ce qu'on vient de roter, "la vérité". 

MAGA c'est l'Étatsunien laid c'est l'élévation du ressentiment au rang de la diplomatie. L'Étatstunien laid ne veut pas comprendre la culture de l'autre; il veut que l'autre s'excuse d'exister différemment. Sous MAGA, cette arrogance n'est plus un trait de caractère embarrassant, c'est une stratégie nationale. On ne négocie pas, on exige. On ne visite pas le monde. On le traite comme une aire de repos dont on possède les titres de propriétés. C'est la fin de la nuance, remplacée par le volume sonore de celui qui n'a jamais ouvert un livre, mais qui possède trois fusils d'assaut et des couteaux de toutes les marques et de tous les formats. 

MAGA c'est l'Étatsunien laid dont le visage est une lune dans les rassemblements partisans. Une lune vide et masquée par les éclipses. Ce n'est pas la joie, c'est de l'extase de soulagement. Le soulagement de ne plus avoir à faire semblant. Plus besoin de respecter les experts. Plus besoin de baisser le ton à la bibliothèque, plus besoin de se demande, jamais, si on a tort. "Le roi de la télévision" leur a dit "Votre étroitesse d'esprit est une vertue patriotique. Ils ont transformé leur manque d'empathie en un bouclier de bronze. 

MAGA c'est l'ignorance devenue cool conservateur. Avant, on cachait son manque de culture et on voilait son racisme. Aujourd'hui on le brandit comme une preuve de pureté contre "les élites". Les mêmes qui sont flattés par le dément démon. C'est le triomphe du gars qui refuse de prononcer correctement le nom d'un plat étranger par fierté. MAGA a réussi ce tour de force de convaincre des millions de gens que la curiosité est une trahison et que le doute est une faiblesse libérale. 

MAGA c'est aussi une esthétique de la laideur revendiquée. Les décors dorés de mauvais goûts, calqués sur le modèle Russe. les cravates trop longues, les souliers affreux forcés de porté par l'entourage, la peau orange artificielle, le botox et les chirurgies plastiques. C'est le rejet du beau, du fin, de l'organique. Pourquoi? parce que la beauté demande un effort d'appréciation, alors que le clinquant impose sa domination. C'est le buffet de restauration rapide à volonté de Las Vegas appliqué à la Constitution. C'est gras, excessif, et ça finit par rendre tout le monde malade. Hospitalisés à grands frais.

MAGA a transformé le grief en carburant infini. L'Étatsunien moyen laid se sent toujours lésé, même quand il tient lui-même, le sceptre. Il a besoin d'un ennemi pour justifier son propre vide. Si il n'y a pas persécution, il l'invente. C'est une religion où le seul sacrement est le droit d'être odieux sans conséquence. La cruauté n'est pas un effet secondaire, c'est le produit final. C'est le "petit million" d'un pédophile qui se pense intouchable multiplié par des millions de frustrations individuelles. 

MAGA c'est traiter la vérité comme un obstacle à leur confort mental. Si un fait les dérange, c'est un complot médiatique. Si une science les contredit, c'est une attaque personnelle. L'Étatsunien laid a décidé que la réalité était une option et que son opinion, aussi mal informée soit-elle, valait bien une loi physique. C'est la narcissisme porté au niveau métaphysique.

MAGA est la mort lente de l'aspiration. On ne cherche plus à devenir meilleur. On cherche la cryptocombine. On ne cherche plus à être le/la plus sage ou le/la plus ouvert(e). On cherche à ce que le monde entier se rabaisse à son niveau. Les cancres contrôlent l'école de la vie. Adulescent colérique qui a hérité des clés du garage, on décide de tout brûler pour y bâtir sa "mancave". Parce qu'on lui a demandé de faire le ménage de sa chambre. Fascime ordinaire. 

Comme les États-Unis n'exportaient plus de rêves, on exporte désormais ses cauchemars. Le monde regarde maintenant avec effroi ce touriste braillard qui, non content de gâcher le paysage à Charles de Gaule, est maintenant assis dans le cockpit de l'avion. 

Hurlant qu'il n'a pas besoin de cartes pour voler. Tant qu'il a sa casquette rouge et sa haine comme boussole. 

La boucle est bouclée.   

L'ombre est devenue la lumière et la laideur est devenue sacrée. 

vendredi 24 avril 2026

À La Recherche du Temps Perdu*******************L'Adversaire d'Emmanuel Carrère

Chaque mois, dans ses 10 derniers jours, tout comme je le fais pour le cinéma (dans ses 10 premiers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu) je vous parles de l'une de mes 3 immenses passions: La littérature !

Lire c'est comme un second souffle pour moi. Je suis traducteur, Je le fais tout le temps. Partout. Je le fais aussi pour le simple plaisir.

Lire, c'est accepter d'entrer dans la tête d'un(e) autre. Dans un univers qui n'est pas le sien. De voyager, à peu de frais. C'est apprendre. Découvrir. C'est s'ouvrir les sens. C'est confronter ses idées préconçues, faire tomber ses préjugés ou les nourrir. C'est plonger dans des mondes. Des réalités autres. c'est choisir de respirer calibré sur le rythme de quelqu'un d'autre. 

Et respirer, c'est vivre. 

L'ADVERSAIRE d'EMMANUEL CARRÈRE.

Troublant, difficile à classer, à mi-chemin entre récit journalistique, enquête psychologique et réflexion morale, Carrère s'amuse avec les frontières de tout ça. Dictateur des genres. Inspiré d'un fait divers réel- l'affaire Jean-Claude Romand, il raconte l'histoire d'un homme qui, pendant près de vingt ans, a menti à tout le monde sur sa vie avant de commettre l'irréparable lorsque la vérité menaçait d'éclater. Mais réduire le livre à son intrigue serait passer à côté de ce qui en fait la force: une exploration vertigineuse du vide, du mensonge et de l'identité. 

Ce qui frappe d'abord, c'est le ton adopté par Carrère. Loin du sensationnalisme ou du jugement facile, il choisit une écriture sobre, presque retenue. Il ne cherche pas à expliquer à tout prix ni à imposer une interprétation. Au contraire, il avance avec prudence comme s'il marchait sur un terrain moral instable. Cette retenue créé un effet puissant: le lecteur est placé face à un mystère humain qui résiste aux simplifications. Qui est vraiment cet homme ? Et surtout, que se passe-t-il à l'intérieur de quelqu'un qui construit sa vie entière sur le vide ?

Le personnage central, Jean-Claude Romand, fascine précisément parce qu'il semble dépourvu de consistance. Contrairement à d'autres figures criminelles, il n'est pas animé par une passion, une idéologie ou même une révolte. Il n'y a pas de "grande raison" derrière ses actes. Il ment. D'abord peut-être par facilité. Puis, par nécessité. Jusqu'à se trouver prisonnier de sa propre fiction. Cette absence de profondeur apparente est profondément dérangeante. Elle évoque une forme de néant intérieur, une incapacité à être soi-même, qui rappelle certaines figures de la littérature existentialiste. Mais ici, sans la conscience lucide qu'on retrouverait chez Jean-Paul Sartre ou Albert Camus. 

Carrère ne se contente pas de simplement raconter l'histoire de Romand. Il s'interroge aussi sur a propre position d'écrivain face à un tel sujet. Le livre est traversé par une réflexion sur le regard que l'on porte sur autrui. Quand on fait la rencontre de quelqu'un, sait-on vraiment toujours tout le bagage qui l'a mené à la personne devant vous ? Comment ça pourrait être possible ? Quand il s'agit d'une âme criminelle, peut on comprendre les sources ? Sans excuser ? Peut-on raconter sans trahir ? Cette dimension méta-narrative donne au texte une profondeur supplémentaire. L'auteur se met lui-même en jeu, reconnaissant ses doutes, ses hésitations, et même une certaine fascination pour cet homme opaque. Cela rend le récit plus honnête, mais aussi plus inconfortable.

Un des aspects les plus marquants du livre est la manière dont il traite le mensonge. Chez Romand, le mensonge n'est pas seulement un outil, c'est son volant de véhicule vital. Le mensonge devient sa manière d'être. Il ne s'agit pas de dissimuler une vérité honteuse, mais de remplacer la réalité elle-même. 

Nos sociétés y sont largement confrontés depuis 10 ans d'un président dément qui tout le temps, ment en occident.

Ce glissement progressif vers le mensonge à perpétuité est au coeur du malaise que suscite le livre. Il pose une question inquiétante: jusqu'à quel point notre identité dépend-elle du regard des autres ? Selfie/Autoportrait, je te vises. Si personne ne vérifie, si tout le monde croit, ou se situe la frontière entre le vrai et le faux. MAGA, comment va ton cerveau ? 

Le livre explore aussi le rôle de la société dans cette histoire. Romand a pu maintenir son mensonge pendant des années parce qu'il correspondait à une image socialement valorisée: celle d'un médecin respecté, travaillant pour une organisation internationale. Il incarnait une réussite crédible, presque banale. Cela suggère que le mensonge a trouvé un terrain favorable dans les attentes et les illusions collectives. En ce sens, L'Adversaire ne parle pas seulement d'un individu, mais d'un système de représentations dans lequel chacun peut, à sa manière, se reconnaître. 

Enfin il y a une question morale omniprésente mais jamais tranchée qui hante ce livre. Carrère ne propose pas de réponse définitive sur la culpabilité, la responsabilité ou la possibilité de rédemption. Il évoque notamment la dimension religieuse qui apparaît après le drame, lorsque Romand se tourne vers la foi. Là encore, le doute persiste. S'agit-il d'une réelle transformation où ne devient-on pas toujours soudainement pieux quand tout s'écroule dans nos vies ? Sincère conversion ou prolongement du mensonge? La religion n'est elle pas le mensonge le mieux réussi sur terre ? Le livre ne tranche pas. Laissant le lecteur face à son propre jugement. 

Ce qui rend ce premier récit d'Emmanuel Carrère si impressionnant, c'est donc moins l'histoire elle-même que l'expérience de lecture qu'il propose. C'est un livre qui bouleverse. Dérange. Non pas par des effets spectaculaires, mais par sa capacité à faire vaciller nos certitudes sur l'identité, la vérité et la nature humaine. Il nous confronte à une forme de vide difficile à appréhender, et à l'idée que ce vide peut exister, silencieusement, derrière des apparences parfaitement ordinaires. 

En refermant le livre, on ne ressort pas avec des réponses claires, mais avec une impression persistante d'inquiétude. Et c'est là que réside sa force 

Dans cette zone grise où la compréhension se heurte à l'inexplicable.