vendredi 8 mai 2026

Jim, Pam & Jean

L'histoire du triangle amoureux Jim Morrison, Pamela Coursons et Jean De Breteuil est une fresque tragique mêlant rock 'n roll, aristocratie dévoyée et addiction fatale aux drogues.

Ce trio incarne à lui seul l'aspect le plus sombre et destructeur de la contre-culture des années 1960.

Tout commence au club de nuit London Fog, en 1965, sur le Sunset Strip. Jim Morisson, chanteur charismatique de la formation The Doors y fait la rencontre l'étudiante en Arts Pamela Coursons. Il a 22 ans, elle en a 19. Comme Jim, elle a la chevelure flamboyante. Pour lui, Pam est sa compagne cosmique. Ils ne seront pas un couple avant mars 1966. Se courtisent beaucoup entre les deux. Leur relation est fusionnelle, mais profondément instable. Rythmée par des infidélités réciproques, des disputes violentes et une consommation excessive d'alcool et de drogues. Jim, le hachish et la marijuana, Pam toutes les drogues, même les dures. Surtout l'héroïne. Que Jim méprise. C'est ce qui aliment souvent leurs querelles. Malgré le chaos, ils reviennent systématiquement l'un vers l'autre. 

Le triangle se forme avec l'arrivée de Jean de Breteuil, jeune comte Français qui n'a que 19 ans, lui aussi, quand il fait leur rencontre. Eux qui ont alors, respectivement 23 et 26 ans. Il n'aura jamais leur âge. Il écoule des stupéfiants dans l'industrie musicale de la Côte Ouest des États-Unis.. Issu d'une lignée prestigieuse bourgoeise, il est riche à s'en acheter le ciel. Confort rassurant de l'avoir autour. Il paie tout. Playboy, il en devient arrogant. Et manipulateur. Il est le "dealer des stars". Et en 1969, The Doors est au sommet du monde musical, aux États-Unis. Surtout Jim, "le beau poète Américain". Jean, beau gosse lui aussi, est encore plus beau quand on sait qu'il a les poches creuses. De Breteuil charme aussi Pamela.  Dont l'amoureux et souvent en tournée, suivies de sorties et de soirées où à peu près rien n'est contrôlé, à l'autel de la débauche. 

De Breteuil offre un accès illimité à Pamela Coursons, à l'héroïne dont elle est friande. Jim n'aime viscéralement pas l'héroïne, alors c'est encore plus facile pour lui de mépriser De Breteuil qui lui en facilite l'accès. Il déteste ouvertement le comte qui la fait tomber dans la dépendance absolue. On dit que découvrant Pam & Jean se droguant dans un garde-robe, Jim aurait essayé d'y mettre le feu. De rage. 

En mars 1971, Jim & Pam se déniche un appartement à Paris, afin de tenter de se faire une nouvelle vie amoureuse loin du fla-fla de la Californie. Mais dans le pays d'origine de Jean De Breteuil. On essaie de se tenir loin des excès de Los Angeles, mais De Breteuil est tout près. "dans sa famille". Laquelle ? 

Il fréquente toujours les artistes. Peu lui était interdit, maintenant à 21 ans, il ne s'empêche d'absolument rien. Il vient souvent voir Pam, à l'appartement du 17 de la rue Beautreillis, dans le 4e arrondissement. Il continue d'approvisionner Pam en héroïne de "haute qualité". 

Le 3 juillet 1971, Jim Morrison est retrouvé mort dans sa baignoire. D'un arrêt cardiaque. On parle d'une crise cardiaque, à 27 ans, mais tout pointe vers une dose accidentelle d'héroïne, qu'il aurait consommé, par erreur, ou de force, et qui lui aurait fait sauter la patate. Ça aurait été l'héroïne de de Breteuil. Un médecin dont l'identité restera floue à vie car personne n'arrive à déchiffrer sa signature et personne ne s'est annoncé médecin légiste de ce soir-là, conclut à un arrêt cardiaque lié à un style de vie trop intense, à l'alcool et à une obésité croissante chez Morrison.  Le certificat de décès est illisible. L'autopsie n'a pas été faite parce que le médecin a jugé qu'il n'y avait pas eu crime et très vite, le corps est envoyé rapidement au cimetière du Père Lachaise. 

Jean De Breteuil, se sauve dès le soir de la mort de Jim, avec Marianne Faithfull, au Maroc. Marianne confirmera que Jean avait fourni la dose fatale à Jim. De la China White, trop pure, destinées à Pam. Sam Bernett, directeur du Club parisien Rock'n Roll Circus, dira que Jim est passé très éméché à son bar, pour y prendre de l'héroïne destinée à Pam. Qu'il serait allé se réfugier aux toilettes avec ça. Sans jamais en resortir. On a défoncé la porte pour le découvrir inanimé. On a paniqué et ne voulant pas faire de publicité négative au Club, on l'aurait transporté chez lui dans un bain chaud. Probablement déjà mort. Mais comment ? Du coeur, très certainement. 

Thalita Getty, icône de la mode, actrice et égérie du style boho-chic, tout en épouse du milliardaire John Paul Getty Jr, décède aussi d'une surdose à Rome 11 jours après Jim. Elle était également cliente et amante de Breteuil. Miss Mercy, de l'entourage de Frank Zappa, se dira utilisée pour tester son héroïne pure afin de voir si elle convient pour Janis Joplin. Elle a failli en mourir, mais c'est Breteuil qui la sauve en lui injectant de la cocaïne afin de la faire retentir dans le monde des vivants, une méthode qui aurait pu avoir l'effet contraire. Et qui a eu l'effet contraire, avec Janis Joplin. 

Gram Parsons a aussi consommé du même lot que Miss Mercy, Il a aussi passé près de mourir, la consommant. Mourant d'une overdose deux ans plus tard.

De Breteuil fournit Keith Richards qui enregistre avec son band à la Villa Nellcote qu'il loue sur la côte d'Azur. 

De Breteuil, à 22 ans, meurt aussi d'une overdose d'héroïne, à Tanger, au Maroc. Il sera inhumé dans la commune où se trouve le château familial des Breteuil.

Pamela les suit dans la mort, amants maudits, en 1974, décédant aussi, d'une surdose d'héroïne. 

Attendant ses 27 ans, pour rejoindre comme Jim, Brian Jones, Janis, Jimi Hendrix, Robert Johnson, et plus tard, Kurt Cobain et Amy Winehouse.

Pamela aurait eu cette année, aurait eu 80 ans.

La relation Jim & Pam, avait en mars, 60 ans.    

jeudi 7 mai 2026

Mitrice et l'Injustice (?)

La vie n'est pas juste. 

Il faut se l'avouer jeune. 

Mais la justice devrait toujours gagner. 

Ce n'est pas toujours le cas.

Mitrice Richardson, diplômée en psychologie de 24 ans à l'avenir prometteur, soupe seule au restaurant Geoffrey's, à Malibu. On est le 16 septembre 2009. 

Rapidement, son comportement devient erratique, elle parle entre autre de venger la mort de Micheal Jackson, ce qui n'est pas complètement erratique, de le penser du moins, plusieurs pensent qu'il en savait trop dans les dossiers Epstein, et aurait été précipité vers la mort. Jackson est décédé le 25 juin de cette année-là. Elle prétend toutefois avoir du sang royal, ce qui n'est pas le cas du tout. Elle a bu à table et est incapable de payer sa facture de restaurant de 89$. Le personnel s'en trouve un peu choqué et est forcé d'appeler le département du shérif du comté de Los Angeles (Le LASD). 

Malgré des signes de vulnérabilité psychique, elle est arrêtée pour vol et on trouve une faible quantité de marijuana sur elle. Elle est aussi accusée de possession de drogues illégale pour des fins récréatives. Car oui, si vous êtes malade et que ça vous est prescrit, depuis 1996, la marijuana, en Californie est légale. Pas autrement. Mitrice n'est pas considérée malade. 

Du moins pas encore. Peut-être bipolaire non diagnostiquée. 

Elle est amenée au poste de police de Malibu/Lost Hills à Calabasas. Sa mère, Latice Sutton, appelle la station, inquiète, et propose de venir la chercher. Les officiers lui disent qu'il est tard en soirée (il est 22h00), qu'elle sera gardée jusqu'au matin, qu'elle peut rester couchée. 

Pourtant, à précisément 0h28, Mitrice est libérée, seule, en pleine nuit. Elle est sans téléphone, encore rare comme accessoire personnel, sans sac à main, sans voiture car il a été mis en fourrière lors de l'arrestation. Elle est dans une zone isolée et escarpée. C'est la dernière fois qu'elle est vue en vie. Dans la cour d'un lecteur de nouvelles de l'endroit, qui lui demande au petit matin si tout va bien, quand il la voit errer dans son jardin, sur son terrain.  Elle lui dit simplement "que tout va bien, je ne cherche qu'à me reposer un peu". Avant de repartir vers nulle part en particulier.

On aura plus de ses nouvelles trop longtemps.

Pendant 11 mois, sa famille et ses amis, mènent des recherches acharnées pour la retrouver. Le 9 août 2010, des gardes forestiers découvrent des restes squelettiques et partiellement momifiés dans le dark Canyon, une zone sauvage  à environ 10 kilomètres du poste de police.

La découverte est entachée dès la départ d'irrégularité flagrantes. On contamine vite les preuves. Contre l'avis formel du médecin légiste, les policiers déplacent le corps avant qu'une analyse de la scène de crime ne soit effectuée. Détruisant du même coup potentiellement des indices cruciaux. Mitrice a été trouvée nue, ses vêtements éparpillés à plusieurs endroits à une centaine de mètres de son cadavre, alors qu'aucune trace animale n'était visible sur ses vêtements déboutonnés. Convenablement, les images vidéos de Mitrice quittant le poste de police, n'existent plus. Mais on les "retrouvera" des mois plus tard, dans le tiroir d'un capitaine de police. Qui enquêtait sur le dossier. 

L'autopsie n'a conclu rien d'absolu. On ne peut pas déterminer la cause de la mort. Elle sera classée comme indéterminée. La police soutient qu'il s'agit d'une mort accidentelle due à une crise psychotique ou à une hypothermie. Elle a passé l'hiver 2009-2010, là. Mais la famille ne croit rien de tout ça. Elle voit bien que la police tente de vite régler la chose, et son ancienne amoureuse confirme qu'elle ne souffrait pas de maladie mentale. Ce que la police leur raconte est ponctué d'incohérences. Et le traitement de ce qui restait de son corps a été grossier. Et expéditif. 

L'affaire force une réforme des politiques de libération des postes de police pour les personnes jugées vulnérables. 15 ans après la découverte du corps, rien n'a progressé. Elle a été trouvée près de Monte Nido. Une zone assez isolée. 

Mais Monte Nido, c'est aussi la zone où habite Rick Wayne Forsberg. Comme il a un passé de violence envers les femmes et de toxicomanie, il a été interrogé en 2012. Mais a passé avec succès deux tests de polygraphe qui l'ont vite disculpé. La propriété de Forsberg se trouve à une distance très courte du canyon où les restes ont été découverts, 11 mois plus tard. De plus, Forsberg aurait confessé à un ami avoir fait faire un bout de chemin à Mitrice sur sa moto, autour de sa disparition. Sinon, le soir même. Ce devrait être suffisant pour le cuisiner un peu plus mais on ne le fera pas. 

Forsberg se blesse si gravement à la tête qu'il en meurt, à 64 ans, en décembre 2019. C'est justement après sa mort qu'on trouvera sa cabane dans le bois, encore plus près de l'endroit où on a trouvé les restes de Mitrice, une cabane contentant une collection de sous-vêtements féminins, dont peut-être les sous-vêtements de Mitrice, personne ne pouvait le confirmer, ses sous-vêtements ont aussi disparus des lieux de la découverte de son cadavre. 

Des voix se sont élevés pour dire que sa mort servait tout à fait bien la police qui, avait fermé l'enquête 3 ans avant, "fautes de preuves"...

Alors qu'elles semblaient pourtant toutes peu à peu naitre. Les incohérences sont nombreuses. 

Au restaurant, on dit que son état mental inquiétait. Mais la police ne note rien de la sorte, ce soir-là. Une fouille de son véhicule dévoile beaucoup de flacons de médicaments de toutes sortes. On a d'abord nié que Mitrice eût appelé qui que ce soit du poste de police, avant qu'on ne découvre la signature de celle qui avait nié, lui accordant un appel à sa mère. Mensonge. Pourquoi ? On a si contaminé la scène du crime et le cadavre, à peu près rien n'a pu être utilisé de révélateur. Sinon de négligence. 

Volontaire ?

La police est si opaque dans le dossier, on pense qu'un des leurs aurait proposé de la raccompagner, pour ensuite, peut-être en abuser fatalement. Elle était très près de plantation illégales de marijuana, est elle tombée, sans son errance sur des gens qui ne voulaient pas la voir là ? Qui ne voulaient qu'elle voit, ce qu'elle voyait ? 

Mitrice, homosexuelle, travaillait de jour en logistique et pour payer ses études, dansait le soir au club The Ivy, comme danseuse, dans les soirées à go-go de la communauté LGBTQ+. Est-ce que la police y trainait comme client ? Ses anciens collègues disait de Mitrice que son comportement avait beaucoup changé avant sa disparition, que ses propos sur les réseaux sociaux devenaient incohérents, et qu'elle était prompte à la panique et semblait particulièrement nerveuse. 

Il y a toujours eu de très nombreuses pistes d'explorations qui ont toujours semblé noyées par négligence. Ou par besoin de dissimulation.    

C'est une certaine femme, qui aurait dû être présidente des États-Unis, du nom de Kamala Harris qui relance le dossier.

Qui sera aussi noyé, l'année de l'arrivée du pedoprésident au pouvoir, en 2016, il y a 10 ans. 

Un autre protecteur de prédateurs.     

mercredi 6 mai 2026

La Marchandisation de l'Existence

La crise du logement est une horreur. 

Ce qui est lâche, impropre, raciste et faux est de blâmer cette crise sur les immigrants.

 Le prix des logements n'est pas abominablement élevé parce que des immigrants voudraient un toit au dessus de leurs têtes au Québec, au Canada, se loger est devenu un luxe et extraordinairement dispendieux en raison du capitalisme.

Se loger est cher parce que nous avons pris un droit humain fondamental et l'avons transformé en commode marchandise parasite qui gangrène les plus vulnérables et créé un écosystème auto-entretenu de richesse obscène pour quelques France-Élaine Duranceau parasites au prix de la santé mentale d'un peu tout le monde, notoirement, de la jeunesse qui ne demande qu'à déployer ses ailes. Cette triste situation mobilière n'est pas unique au Québec, pas même au Canada, mais partout dans le monde. Quand elle occupait le poste de ministre du logement, France-Élaine Duranceau, c'était absolument le loup dans le bergerie. C'était complètement la Ministre des propriétaires. Ancienne agente immobilière amatrice de flips

Blâmer l'immigrant pour la hausse des loyers est une manoeuvre de diversion vieille comme le monde. C'est la stratégie du "diviser pour régner" Je ne vous apprends rien là-dessus. On pointe du doigt celui qui arrive avec sa valise pour éviter de regarder celui ou celle qui encaisse le chèque. La réalité est que le marché immobilier actuel ne cherche pas à loger des gens, il cherche à engraisser des portefeuilles d'actions. Nous avons laissé des fonds d'investissements massifs (des fiducies de placements immobiliers) racheter des quartiers entiers. Pour ces entités sans visage, un appartement n'est pas un foyer, c'est un colonne de chiffres dans un tableau Excel qu'il faut optimiser. Si le loyer n'augmente pas de 10% par année, c'est considéré comme un échec financier. 

Cette dynamique créé une rareté artificielle. On nous parle de l'offre et de la demande comme si il s'agissait d'une loi de la nature immuable. Alors que c'est une construction politique. En privilégiant la construction de condos de luxe inaccessibles plutôt que des logements sociaux ou coopératifs, l'État démissionne de sa fonction protectrice comme les États-Unis ont démissionné d'être élu POUR le peuple. On a jeté les clés de la ville aux promoteurs, en espérant que leur cupidité finirait, par un miracle de ruissellement, par loger des infirmières, des enseignant(e)s et des étudiant(e)s. Le résultat est sous nos yeux. Les centres-villes sont devenus des parcs d'attractions pour riches et des banlieues s'étirent jusqu'à l'épuisement des terres agricoles. 

Dans ce système, le/la locataire n'est plus citoyen(ne). Il est obstacle au rendement. Ou saucisse à bouchers. La multiplication des évictions forcées, pour rénovations "majeures", souvent appelées à juste titre "rénovictions", sont la manifestation la plus brutale du capitalisme urbain. On expulse des jeunes et des ainés, des vulnérables, et on force le déracinement. Hochelago-Maisonneuve s'est beaucoup gentrifié à coups de trois murs repeints, nouveaux comptoirs, et nouveaux luminaires. 

C'est une violence sociale qui se drape dans la légalité. Quand la sorcière suggère aux locataires de devenir propriétaires pour régler leurs problèmes, c'est l'étalage d'un mépris déconnecté absolu. Elle confirme, comme aux États-Unis en ce moment, que le pouvoir en place occulte systématiquement le bon jugement. Et le droit au logement. On traite le toit comme une action en bourse. On spécule sur la misère humaine et ceux et celles qui n'ont pas les moyens de jouer au casino immobilier.

Alors tant que vous avez cette face de prédatrice derrière n'importe quel(le) chef(fe) de parti.

Ne vous inquiétez pas de milliers de votes. 

Ne venez même pas cogner aux portes. 

Elle est fragile et on l'aime comme ça. Vintage. Sans rénovictions. C'est une génération complète à qui on bloque l'accès au logement en ce moment au Québec. Et la propriété ? Aussi bien ne pas trop vite y rêver.     

mardi 5 mai 2026

"Je ne te Crois Pas....T'es un Menteur"

En octobre 1998, la maison de disque Columbia/Legacy a officiellement rendu disponible sur double disque un concert mythique de Bob Dylan et des Hawks, qui deviendraient, The Band, appelé (de manière erronée) The Bootleg Series Vol.4: Bob Dylan Live 1966, The Royal Albert Hall Concert

Non. Never was. Le Royal Albert Hall Concert était le dernier, 10 jours après ce concert enregistré par toute sorte de gens, de la foule, ou à la régie, sur place au Free Trade Hall de Manchester. Mais les enregistrements étant mal étiquetés trop longtemps, on a baptisé l'album ainsi. Les connaisseurs savent que Dylan lui-même, n'en est pas à une fraude près.

L'un des moments les plus électriques et les plus mythiques, très certainement dans le top 5 des chahuts entre public et artiste sur scène les plus célèbres de l'histoire de la musique, survenait dans une tournée hostile, qui verrait Levon Helm, de The Band, l'unique Étatsunien des Hawks, temporairement la quitter et être remplacé par Mickey Jones, à la batterie. 

Dylan n'est pas en tournée, il est en guerre. Et après quelques 36 mois parfaitement fous pour lui, et hyperproductifs, il est mentalement épuisé. Il est en pleine mutation fulgurante, porté par une créativité incandescente, et lancera en juin son meilleur album selon moi, l'album double Blonde on Blonde Qu'il joue en partie sur scène, déjà. D'un côté l'artiste amer de voir le public vouloir quelque chose et lui, vouloir livrer autre chose, de l'autre, un public parfaitement coincé de puristes folk qui se sent trahi par le passage de l'acoustique à l'électricité. Leur prophète est un traitre à leurs yeux, mais surtout, à leurs chastes oreilles. 

Dylan est formel. Et il a raison selon moi. Un(e) artiste ne donne pas au public ce dont il a envie. Un artiste proposes des choses qui l'habitent. 

Ce n'est pas comme ils ne sont pas au courant, déjà. Avec ses deux albums précédents, Bringing It All Back Home et Highway 61 Revisited, Dylan est passé à l'électrique. Mais c'est sur scène que la fracture devient une plaie ouverte. La tournée mondiale d'alors  les fait jouer en Australie et en Europe et se termine au Royaume-Uni. Les spectacles suivent un rituel immuable et brutal. 

Chaque concert est divisé en 2 parties. La première est acoustique: Dylan, seul avec sa guitare et son harmonica, interprète ses merveilles comme Visions of Johanna ou Desolation Row. Le public est recueilli, admiratif. Puis, après l'entracte, le choc. Dylan revient, entouré des Hawks-futurs-The-Band, Robbie Robertson, Rick Danko, Garth Hudson, Richard Manuel et le batteur, futur acteur aussi, Mickey Jones. Tous canadien sauf Jones. Les amplis Fender sont poussés au maximum, le son est strident, chaotique, d'une intensité sonore encore jamais entendue à l'époque. C'est surtout ça qu'on critiquera, moins que le passage à l'électrique. Sauf pour Keith Butler dans la foule. Mais nous reviendrons à lui plus loin.

Pour une grande partie de ses fans d'alors, ce volume sonore est une insulte. On accuse Dylan d'être devenue un pantin commercial. D'avoir vendu son âme au rock'n roll américain au détriment du message social des leaders folk. Dans chaque ville, le scénario  se répète. Depuis 1965. C'est pour ça que Levon Helm quitte la tournée. On les hue, on les siffle, on quitte avant la fin et à l'entracte, quand on comprend le rituel de la tournée. Mickey Jones ne trouvera pas plus facile et en souffrira dans son estime. 

Dylan, loin de reculer, répond par le mépris et l'arrogance. Plus le public siffle, plus il joue fort. Il semble se nourrir de cette hostilité. Entre les morceaux, il marmonne des propos ironiques et insiste sur des phrases comme And There's no one to meet and the ancient empty street's too dead for dreaming ou Something is happenning and you don't know what it is, lignes chantées comme autant de flèches empoisonnées au public. L'air hagard derrière ses lunettes de soleil, qu'il laissera tomber, le frêle corps dégingandé sous l'effet de la fatigue et des substances, c'est un homme au bord du gouffre, mais au sommet de son art. 

Le point de rupture se produit au Free Trade Hall de Manchester. La tension est palpable dès les première notes électriques. Le groupe le sent très bien sur scène. Il vient de terminer une version apocalyptique de Ballad of a Thin Man. Après les applaudissements forcés, le silence s'installe trop vite et devient pesant quand il prend son temps pour s'accorder. Et surement, pour les faire chier. 

C'est à ce moment qu'un cri déchire le silence et du balcon on entend celui qui sera, avec le temps identifié comme étant Keith Butler, disant clairement "Judas!". L'insulte est lourde de sens. Elle accuse Dylan de trahison suprême. La réaction de Bob est assez spontanée et glaciale. Il s'approche du micro et dit vers celui qui a crié, sans le distinguer, "I don't believe you....you're a liar!". Puis, se tournant vers son band, il hurle un ordre devenu mythique : "Play it fucking Loud!". Ce qui suivra est probablement la version la plus féroce de l'hymne Like a Rolling Stone jamais capturée sur film ou sur bobine de son. 

Le groupe explose littéralement. La batterie de Jones est lourde et coups de canon. L'orgue de Garth Hudson tourbillonne. Dylan crache les paroles avec une hargne et une conviction renouvelées. Ce n'est plus une chanson, c'est une vengeance. 

À ce moment précis, Dylan redéfinit ce qu'est un concert de rock. Ce n'est plus une communion polie entre un artiste et son public. Mais ça peut être une confrontation brute. Il brise l'image du chanteur folk docile qu'il n'a jamais voulu incarner. Il devient icône rock insaisissable, frondeur et rebelle. 

L'héritage de cette déflagration scénique survient quelques semaines passées la fin de la tournée quand un prétendu accident de moto, fait de Bob Dylan, une victime plutôt consentante, car il venait de se chicaner avec son gérant qui l'envoyait encore en tournée plusieurs mois, ce dont il n'avait pas envie. Il feindra plus grave que prévu ce qui fera dérouter les plans de tournées quand Blonde on Blonde est lancé en juin. Mais qui, avec le mythe, vendra aussi beaucoup. 

Quand même. 

Et reste un extraordinaire album double dont je ne saute absolument aucun morceau.

Ce moment "Judas!" est devenu le symbole de l'intégrité artistique face aux attentes du public, ce mois-ci, il y a déjà 60 ans.   

lundi 4 mai 2026

Aspirés Dans l'Orbite du Chaos

Je suis Américain. 

D'Amérique du Nord. 

Du Québec. Je suis de ceux qui, comme partout dans le monde, doit vivre des conséquences du choix de ces crétins sous-éduqués d'Étatsuniens. Qui pensent que l'Amérique, le continent, c'est eux. 

  

269 millions d'adultes aux États-Unis, 109 millions d'entre eux/elles supporteraient activement le prédateur sexuel. C'est l'équivalent de la population entière d'Égypte qui appuierait le fascisme. le racisme, la violence, la misogynie, le déni climatique, le déni scientifique, l'escroquerie financière et "l'Amérique" en premier. Ce qui, en cour, voudrait dire, les 35 pays d'Amérique. Mais on supporte aussi de se moquer du légal pour arriver à ses fins. Les États-Unis ont voté pour ce délire. Nous en subissons tous, les brouilles.

Et les gens là-bas n'ont absolument rien fait pour l'arrêter. Après son statut de prédateur sexuel lui imposant un casier judiciaire, après avoir dit que sa victime avait aimé être violée et que les Femmes aiment ça, après avoir imité un handicapé pour en rire, après qu'il ait donné le coup de départ de la tentative de renversement du gouvernement, le 6 janvier 2021, après 38 000 fois son nom dans les dossiers Epstein et le témoignage d'une jeune fille de 13 ans l'ayant mordu l'engin, lui faisant donner une tape derrière sa tête, après que certains médias eût tenté de rendre acceptable l'inacceptable, après que les cours de justice soient restés paralysées; Les riches et les plus riches institutions ont continué de donner et d'investir sur le vieux monsieur qui sur le crime, fermera toujours les yeux. Il le fait même de plein jour, devant les caméras qui le filment. Si ce n'est pas lui qui parle. Il ferme les yeux et s'endort. 

Après tout ça, ils ont encore voté pour lui. 

Impardonnablement.

Si n'importe quel autre pays dans le monde remettait au pouvoir le même crapaud visqueux, on se ferait appeler par les États-Unis, un pays qui a échoué. 

Les États-Unis ont échoué. 

Ils appellent encore ça démocratie. C'est du fascisme. Le département de la justice est l'aile personnelle d'avocat(e)s du président. Le poison religieux est un bouclier. On contrôle en partie les médias. On parle de tueries scolaires comme de la météo. On tricote de l'intelligence artificielle ratée avant de nous montrer du plus vrai. Encore le week-end dernier, le prétendu tireur du 25 avril est accepté calmement dans l'enceinte de l'entrée de la soirée des journalistes. Comme si on savait qu'il allait arriver. On voit un gars le diriger vers une pièce tenant un chien laisse. Il lui parle. Le "tireur" sort à la course de la pièce, mais cette fois, armé. La chorégraphie est irrégulière. Même si il y a plein de gens, personne ne réagit comme ils le devraient. Un seul pointe vers lui de son arme et inexplicablement, même très très près, le ratera chaque fois. Pas inexplicablement si il est complice. Ce sont les trois coups de fusils qu'on entendra. Et qu'on prétendra, aurait touché un gardien de l'entrée, un tir ami. Mais le tireur, bien qu'armé, si il tire, ce ne sera qu'au sol. Son arme pointe tout le long vers le sol. 

On tente de nous faire croire à la supercherie. Ils ont tant menti que le doute est devenu normal sur à peu près tout. Avec raison. 

Un point de presse de Karoline Leavitt est inutile d'être désormais rapporté. 

L'algorithme de l'actualité nous est forcé. On entend sa voix tous les jours. Traumatisme collectif continu. On ne s'est pas abonné à leur dystopie mais on y est forcé. On arrive pas à fermer cette télé.

Ils parlent de la démocratie en en tordant le sens. Pendant que les milliardaires achètent les partis et les bureaux de vote et que tout le monde sait qui va voter pour qui avant même l'enregistrement du vote. On y épousent les valeurs sociales de 1787. 

Les États-Unis ne sont pas le centre du monde. Mais nous sommes tous forcés dans l'orbite de leur chaos. Je suis le premier coupable, je vous en parle définitivement trop. Ils avaient toutes les chances d'arrêter ceci et l'auront encore dans 26 semaines. Ils ne le font pas et ne le feront pas car la triche électorale est déjà en marche. Il y a d'absurdes bureaux de vote "démocrates" et d'aussi absurdes bureaux de votes "conservateurs". Mieux équipés, plus nombreux et facile d'accès alors que les "bureaux démocrates" sont moins nombreux, sans budget, et difficile à trouver. Leur système électoral ne fait aucun sens. Prouvé à la présidence. 

Et il faudrait se demander pourquoi on les voit comme ennemis mondiaux et réincarnation Hitlérienne ? C'est un prédateur sexuel !

Et ils ont l'audace de parfois dire qu'on est pas affecté par leur choix de président. 

Jamais je n'ai imaginé un jour souhaiter la mort d'êtres humains. Sur le net, de nos jours, j'en vois tout plein. 

Ils peuvent dire que la rage et la haine les habitent, mais si il n'est pas destitué ou délogé de son poste d'ici les élections de mi-mandat, ce pays est mort pour le reste de la planète. 

Et l'ennemi à vaincre. 

Si ce n'est pas déjà le cas.

J'essaierai de vous en parler moins. 

Mais c'est dur quand revient bourdonner toujours le même maringouin...

Make the USA sane again.   

dimanche 3 mai 2026

Cinema Paradiso***************Monty Python & The Holy Grail de Terry Gilliam & Terry Jones

Chaque mois, dans ses 10 premiers jours, tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu) je vous parle de l'une de mes 3 immenses passions: La cinéma!

Je l'ai surconsommé, le surconsomme encore, l'ai étudié, même à l'université, puis dans une école spécialisée, y ai travaillé, y fût primé, en suis sorti, mais le cinéma n'est jamais resorti de ma personne. 

Je vous parles d'un film que j'ai aimé pour son histoire, son réalisateur, son thème, son sujet, ses interprètes, son audace, sa cinématographie, bref je vous parle d'un film dont j'ai aimé pas mal tous les choix. 

D'un film, souvent tiré de ma collection privée, de dvd.

Comme:

MONTY PYTHON & THE HOLY GRAIL de Terry Gilliam & Terry Jones. 

 Sorti en mars 1975, en Amérique du Nord, cette comédie n'est pas seulement culte, c'est une véritable leçon de créativité sous contrainte. Réalisé par les Python Gilliam & Jones, le film marque le passage de la célèbre troupe britannique du format court de vignettes télévisées, au long métrage narratif, tout en conservant leur esprit de déconstruction totale de l'absurde. 

Ce qui rend l'histoire de ce film aussi fascinante que son contenu, c'est sa production. Le budget initial n' était que de quelque 230 000 livres sterling , donc ensuite co-financé par des ajouts de nulle autre que Pink Floyd, Led Zeppelin, et Ian Anderson de la formation musicale Jethro Tull, (Dans le futur ce sera George Harrison, des Beatles, au financement) Les studios traditionnels ne voulaient pas y toucher. L'absurde ne pouvait pas être payant à leurs yeux. Les artistes y voyaient du même coup une manière de défiscaliser leurs revenus. 

Cette pauvreté financière à créé des éclairs de génie alors que, faute de moyens pour se payer des chevaux à monter, et des écuyers, John Cleese, Micheal Palin, Eric Idle, Graham Chapman, Gillian & Jones ont décidé de faire marcher les acteurs à pieds tout en demandant à des personnages de serviteurs de frapper des demis noix de coco pour simuler les bruits des sabots. Ce qui aurait pu être un aveu d'échec est devenu une signature comique géniale et représentative des Pythons. Un décalage permanent entre le sérieux épique de la quête arthurienne et le ridicule de sa mise en oeuvre, 

Co-réalisé par les deux Terry de la bande, les styles, radicalement différents ont créé une tension visuelle unique. Jones, passionné d'histoire médiévale, voulait un monde réaliste, sale et boueux. Pour lui, l'humour devait être de la trempe vagabonde d'un Charlie Chaplin. Ne fonctionnerait que dans un contexte authentiquement crasseux. On a même teint les dents en jaune aux figurants pour plus de réalisme. À l'opposé, Gilliam, doué en animation sur image de formation, apportait sa vision surréaliste, ses animations déjantées, et ses cadrages baroques et éclatés. Il y avait choc des deux Terry.

Le résultat est un moyen-âge qui semble "vrai" mais où tout peut déraper à n'importe quel moment vers le non-sens absolu. Cette dualité  se retrouve dans les décors. À cause du budget, presque toutes les scènes de château ont été tournées à Doune Castle, en Écosse, filmé sous différent angles pour faire croire à un immense château et une multitude des lieux. 

Le génie du film se trouve dans la satire continue et sa capacité de mêler bêtise humaine pure et folie intellectuelle féroce. On pense à la scène du Chevalier Noir, qui, visuellement battu, continue de parler en plein combat qu'il ne s'agit que d'égratignures Parodie parfaite de l'héroïsme absurde. Comme celui que tente de nous faire croire Pete Hegseth. Sans qu'on y morde.

Le film brille aussi par son écriture politique. La rencontre entre le roi Arthur et la paysan Dennis est un sommet de dialogue comique. Arthur tente d'imposer sa légitimité divine (la Dame du Lac ayant remis Excalibur) tandis que le paysan lui oppose un discours sur le syndicalisme et la légitimité démocratique, affirmant que "des femmes étranges gisant dans des étangs et distribuant des épées ne sont pas une base pour un système gouvernemental. "(!?!). En quelques répliques seulement, les Pythons dynamitent les fondements du mythe arthurien. 

Même la conclusion du film est un pied de nez aux conventions. Alors que le spectateur attend une bataille époque finale, le film se termine par une intervention moderne qui fait tout dérailler. On devient meta et reste surréaliste quand la caméra qui filme les scènes est saisie. Encore une fois, ce choix a comme source le manque d'argent. Lot de tous les artistes, encore de nos jours. La majorité en tout cas

Plus de 50 ans après sa sortie, l'influence du film et de l'humour de la troupe, est partout. Des Simpsons aux réseaux sociaux où les répliques sur le "lapin tueur" ou "Les chevaliers qui ne supportent pas le mot it" sont devenues des mèmes universels. 

Le film a même été adapté à Broadway sous le nom de Spamalot

Monty Python & The Holy Grail reste le témoin d'une époque où l'on pouvait faire du grand art avec peu de moyens, beaucoup de boue et une dose d'impertinence totale envers l'autorité, qu'elle soit royale ou cinématographique.    

 Si vous êtes amateurs de l'humour de Bruno Blanchet ou de François Pérusse, ce film est pour vous.

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