Je l'ai surconsommé, le surconsomme toujours, l'ai étudié, en fût triple diplômé universitaires, y ai travaillé, en fût récompensé, en suis sorti, mais le cinéma ne m'a jamais quitté.
Je vous parle d'un film dont j'ai aimé la réalisation, le thème, les interprètes, la musique, le ton, l'audace, l'inventivité. la direction photo, le montage, l'originalité, bref je vous parle d'un film dont j'ai aimé pas mal tous les choix. Je vous parle cinéma !
AMADEUS de Milos Forman.
Adapté de la pièce de théâtre de Peter Shaffer, le film de Forman, à l'instar de la pièce, n'est pas qu'une simple biographie de Wolfgang Amadeus Mozart, mais bien un affrontement fictif entre le génie d'un enfant terrible et la dévotion stérile d'un compositeur de cour jaloux. Le film est une réflexion profonde sur la condition humaine, le talent, l'envie, et le divin. C'est la jalousie maladive et la médiocrité face au génie.
La coeur du film repose sur la frustration dévorante d'Antonio Salieri, incarné si magistralement par F.Murray Abraham, qu'il en a gagné l'Oscar du meilleur acteur. Salieri, homme pieux, travailleur et respecté, est cruellement conscient de ses propres limites académiques. Face à lui, Mozart, incarné tout aussi brillamment par Tom Hulce, apparait comme un être vulgaire, puéril, et obscène, à qui Dieu a pourtant accordé le don de la perfection musicale absolue. Le film explore le drame de l'homme médiocre capable de reconnaître la beauté suprême, mais condamné à ne jamais pouvoir la créer. Ce sera la révolte contre le divin.
Pour Salieri, le talent de Mozart est une trahison divine. Ayant voué sa chasteté et sa vie à Dieu en échange de la gloire musicale, il ne comprend pas pourquoi le Créateur a choisi un "enfant gâté" comme instrument de sa voix. Sa vengeance ne s'adresse pas tant à Mozart qu'à Dieu lui-même. En cherchant à détruire le compositeur, Salieri cherche aussi à punir Dieu pour son injustice apparente.
Le complexe d'Oedipe et la pression parentale traversent toute l'oeuvre. Mozart est hanté par l'ombre de son père, Léopold. Cette culpabilité étouffante se matérialise après la mort de ce dernier à travers de l'opéra Don Giovanni et plus tard, par la commande mystérieuse du Requiem. Salieri exploite machiavéliquement ce traumatisme psychologique, se déguisant sous les triats du commandeur pour pousser Mozart vers la folie et la tragédie. Le tournage relève du miracle politique. Milos Forman, réalisateur d'origine Tchèque, exilé aux États-Unis après le Printemps de Prague, en 1968, à dû retourner dans sa patrie alors sous régime communiste. Pour y recréer Vienne, jugée trop moderne et coûteuse. Prague a servi de doublure parfaite grâce à ses quartiers baroques intacts. L'équipe de production a dû composer avec une surveillance constante de la Police d'État qui infiltrait le plateau sans prévenir. En se dissimulant même parmi les figurants. On avait un souci d'authenticité obssessionnel. Forman a refusé les compromis d'Hollywood. Il n'a accepté aucune lumière artificielle moderne pour éclairer les scènes de nuit ou de théâtre. Tout a été filmé à la lueur de milliers de véritables bougies (comme Kubrick l'avait fait pour Barry Lyndon) conférant au produit fini cette texture visuelle unique et intime si bien captée par le directeur photo Miroslav Ondricek. De plus, les scènes d'opéra ont été tournées au Théâtre de Prague, l'endroit exact où Mozart avait lui-même dirigé la première mondiale de Don Giovanni en 1787.Contrairement à de nombreux films musicaux où les acteurs miment grossièrement, Forman a exigé une précision totale. Tom Hulce et F.Murray Abraham ont tous deux suivi un entrainement intensif au piano et à la direction d'orchestre pendant des mois. La bande-son, supervisée par Sir Neville Marriner, était diffusée en direct sur le plateau pendant le tournage pour que les mouvements des acteurs soient en parfaite synchronisation avec le rythme de la musique du génie.
Amadeus recevra 10 nominations aux Oscars, en gagnant 8. Dont ceux du meilleur film, Meilleur réalisateur, Meilleur Acteur (Abraham, Hulce était aussi nommé) Meilleur Scénario Adapté (Shaffer). Le film transcende le genre de film d'époque en opposant l'immortalité de l'art à la tragique finitude de l'homme. Son tournage, ancré dans l'authenticité de la vraie Guerre Froide, a réussi a saisir le véritable génie musical qui ne réside pas seulement dans la création, mais aussi dans la capacité à capturer la fragilité humaine.
Le vrai Salieri n'était surtout pas médiocre. Il connaissait même un immense succès. Il était compositeur principal de la Cour Impérial de Vienne. Enseignant éminent pour Beethoven, Schubert et même Liszt, il y avait toutefois une vraie rivalité avec Mozart. Pour l'attention de la Cour. Mais peu prenne cette rivalité au sérieux. Ils se respectaient tous les deux grandement. Mais parce que Salieri. dément et en fin de vie, a déliré qu'il avait tué Mozart, (ce qui n'était pas vrai, il délirait) on a construti en fiction là-dessus.
Liberté créative.
D'abord Pouchkine, en URSS, dans une pièce.
Et Shaffer, inspiré de cette histoire.
En cette ère de prédateurs sous les projecteurs, Salieri en est tout un pour Wolfgang dans ce film.
(La version du réalisateur de 3h00 vaut la peine)






















































