lundi 27 avril 2026

Avaler des Rivières d'Eaux d'Égoûts

Le dîner des correspondants de la Maison-Blanche est un gala annuel prestigieux qui se tient à Washington, tenu depuis 1924, réunissant journalistes, politiciens et célébrités. Organisé par l'Association des Correspondants, il célèbre la liberté de la presse tout en offrant un moment de détente avec des discours humoristiques, notamment  sur le président en fonction au moment de la soirée.

L'objectif de la soirée est de remettre des prix journalistiques,  de s'amuse en tirant la pipe au président ou à son administration, et offrir une soirée de divertissement politique. 

Les présidents, généralement s'y rendre, bons joueurs. 

Jimmy Carter, en 1978 et 1980, Richard Nixon, avant lui. en 1974, et Ronald Reagan, en 1981, avaient été les derniers à ne pas se rendre à ce dîner. Carter avait choisi de ne pas y aller en 1978, car la crise du pétrole devenait trop sérieuse et il ne voyait pas le moment de s'amuser avec les journalistes. 4 ans plus tard, la crise était à son sommet, la crise des otages, extraordinairement mal gérée, et au finale, contrairement à ce qu'Argo raconte faussement, réglée presque 100% par le Canada, ferait tomber Carter. Il n'était pas question d'aller rigoler avec les journalistes. En 1974, Richard Nixon était sous enquête pour le scandale du Watergate, personne n'entendait à rire. Il tomberait justement grâce au brillant travail des journalistes. Ronald Reagan ne s'y rendait pas, en 1981, pour la simple et bonne raison qu'il se remettait tout juste d'une tentative d'assassinat. Ce n'était pas approprié. 

36 ans plus tard,  le pédophile actuellement en poste allait refuser, année après année, depuis 2017, de s'y présenter. Parce qu'il est bête. En plus de couper les fonds aux journalistes et de choisir ceux et celles qui le questionnent , trop souvent, il considère les journalistes comme les "ennemis du peuple", parce que la pire ennemie du mensonge, est la vérité. 

Mais cette année, le pédoprésident avait promis d'y aller. Et d'avoir la main haute sur la soirée, contre les journalistes. Ce serait leur bien-cuit à eux, et non pas l'inverse.  Selon ses propres mots, il allait être le plus inapproprié possible, envers les correspondants. On ne savait pas comment allait se dérouler la soirée.

Mais eux, savaient. Ce n'était pas un samedi soir. C'était la finale d'une saison de mises-en-scènes.

Karoline Leavitt, disait à quelqu'un sur la sorte de tapis rouge que "you will hear some memorable shots fired tonight". Qui, traduit correctement, voudrait dire "Vous entendrez des flèches mémorables décochées ce soir" Mais qui peut aussi se comprendre par "Vous entendrez des tirs de fusil tirés!". Une correspondante, à sa propre table, disait à la station Fox, en direct, que le mari de Leavitt, lui avait sérieusement dit, avant les prétendus tirs, "...qu'il ne fallait pas s'inquiéter de la soirée, tout irait bien, qu'elle était en sécurité..." Ce qu'elle n'a pas compris. Pourquoi lui dire une telle chose ? La station de télé Fox a coupé son appel téléphonique prétextant un problème de communication, mais ça coupait aussi sa phrase qui allait probablement en révéler trop de l'organisation de la soirée.

Celle -ci allait débuter par un numéro de "Mentaliste". Traditionnellement, il s'agit d'un # d'humoriste. Mais si le pédoprésident se présentait dans une soirée où ce n'était pas tous les journalistes qui le vénéraient, il n'étaient pas non plus pour être "the butt of the joke" avant même que la soirée ne commence. Le vieux monsieur avait été présenté, on avait fait résonner l'hymne national, on avait servi le premier plat,  quand on s'est agité pour prétendre que des tirs avaient été entendus d'un tireur comme dans les écoles des États-Unis, et qu'il fallait mettre un terme à la soirée, en sécurité. 

Avec une régie bien rodée, plusieurs angles de caméras, inexplicables en de telles circonstances extrêmes, arrivaient à filmer les mouvements des agents de sécurité, chose contre indiquée, dangereuse et habituellement très contrôlée, quand une vraie situation de survie est potentiellement menacée. 

RIEN, n'a paru vrai. Du rictus du pédoprésident quand tout le monde a joué la scène de la stupeur ahurie (voir photo), à Stephen Miller prenant "courageusement" sa femme enceinte comme bouclier humain, avec un visage semblant vouloir freiner aussi un amusement, en passant par les prises de photos qui ont suivi où tou(te)s les traumatisé(e)s de la soirée souriaient pleines dents, comme après une générale de pièce de théâtre qui aurait fait mouche. Sur la photo de Miller sortant sa femme par le sein, on peut aussi voir le pédoprésident derrière, observer le mouvements des eaux de derrière les rideaux. 

Ça fait vraiment peu sérieux. Le crétin en chef a parlé de la nécessité d'avoir la "sécuritaire" salle de bal nazie, dont la construction a été freinée par successions d'illégalités. Le grand guignolesque du soir justifiant la carnavelesque salle de bal illégale. Il l'a répété, post présentation théâtrale agitation. 

Il n'était pas énervé du tout, comme on l'est quand on tire toutes les ficelles.     

On arrive plus rien à croire. 

Des journalistes se sont pris en autoportraits, tout souriants...comme le enseignant(e)s le font pendant les tueries dans les écoles...non ?   Cole Thomas Allen n'a pas été tué, il a été arrêté. Son devoir manifeste de 1000 mots disait vouloir éliminer toute l'administration Trump, sauf Kash Patel. Ironiquement, il écrit qu'il voulait assassiner tous les gens d'influence de l'administration en place, du plus haut rang et plus bas, ce qui ne pouvait inclure le ridicule Patel. Qui est si incompétent, il ne passe pas le barre de moins influents encore. 

Parlant de compétences, on a engagé les meilleurs, Shaggy Rogers, Fred Jones, Daphne Blake, Velma Dinkley de l'escouade de Scooby-Doo. 

Une administration qui ment sur absolument tout ne choisit pas ce que sont peuple choisi de trouver douteux. Ce privilège est disparu.  On y croit plus. Une fois la réalité empoisonnée, chaque nouvelle diversion est traitée avec soupçon. C'est un processus digestif d'ingestion de soupe à la bullshit.

Une fois arrêté par l'escouade de Scooby-Doo, comme à l'habitude, le suspect a été démasqué.

Contrairement à la nouvelle distraction pour nous faire penser à tout sauf aux dossiers Epstein, on est resté surpris...

On ne trompe pas Shaggy, Fred, Daphne, Velma et ce bon vieux Scooby-Doo.

Mais le peuple des États-Unis, le monde...

Le monde a soif de vérité. Mais depuis 2016, qu'est-ce qu'on avale des eaux usées...De Grab'em by the pussy à Une civilisation entière va mourir ce soir... 

dimanche 26 avril 2026

Elefant (& Diego Garcia)

Je crois avoir découvert et aimé pour la première fois en même temps, Interpol, The Strokes et la formation de Diego Garcia, Elefant. 

En faisant mes recherches, je remarque qu'ils ont débuté sur le marché musical du rock indépendant New Yorkais à peu près en même temps: au début des années 2000. 

Si les deux premiers étaient plus brut ou garage, la formation de Diego Garcia incarnait la part plus romantique et européenne. Mais si son origine, est de parents Argentins. Lui, nait à Detroit, ou très vite, il s'initie aux sons de MC5 ou d'Iggy Pop. Beau garçon, les bands dans lesquels il chante font du post-punk. Il semble porter une très naturelle élégance et est doté d'un charisme magnétique. En 2003, année de naissance de notre merveilleuse fille Punkee, avec son ami guitariste, Mod (Jimmy Asquito), le bassiste Jeff Berrall et le batteur Kevin McAdams, ils forment Elefant et tricotent ensemble de la new wave new yorkaise et de la musique underground très accessible avec leur premier effort: The Sunlight Makes Me Paranoid.

Je ne sais pas d'où je déniche le son, je n'ai alors ni Spotify, ni Applemusic, ni une seule chanson sur mon téléphone. J'ai un Ipod. Peut-être qu'en écoutant The Strokes, suivi d'Interpol sur Iceberg radio, je finis par croiser leur petit frère Elefant, mais bien que je pirate beaucoup plus que je n'achètes, j'achèterai ce premier album, qui, je me rappelle très bien, en CD cartonné, ne m'avait pas coûté 10$. Peut-être l'avais-je un peu écouté en magasin, à l'époque, c'était encore un peu comme ça qu'on pouvait s'agacer les tympans avant achat. Écoutez un album sur poste d'écoute. 

Porté par le single Misfit, qui ne cartonne qu'en radio étudiante ou en circuit d'initié(e)s, mais surtout par cet album où aucun morceau ne se fait vraiment rejeter à l'écoute, leur son capture l'essence d'une jeunesse urbaine, que j'étais alors, à 31 ans. Mélancolie musicale, sophistication. La voix de Garcia, souvent comparée à celle de Morrissey ou Tim Booth, chanteur de la formation James, apporte alors une profondeur émotionnelle et une théâtralité qui manquaient à beaucoup de leurs contemporains. Le groupe ne se contentait pas simplement de jouer fort, il jouait avec une assumée vulnérabilité, enveloppée d'une ligne de basse sombre et des guitares mélodiques. 

Trois ans plus tard, la formation lance son second effort. Cet album marque une étape cruciale dans leur évolution. La production est plus riche, les arrangements plus complexes, et l'esthétique du groupe devient plus affirmée. flirtant avec un glam rock moderne. Des titres comme Lolita ou Sirens ont montré leur capacité à composer des hymnes de stades tout en conservant une aura de mystères.  

Cependant, malgré une base de fans dévouée, et des critiques à leur avantage, les tensions internes et les pressions de l'industrie commencent à peser. Très populaire en Europe et en Amérique Latine, Elefant ne se rend pas aux radios commerciales. En 2010, on annonce la séparation du band. Laissant une empreinte d'à peine une décennie sur la scène underground de NY. Et avec un impact en Amérique Latine. 

Diego Garcia ne se retire pas de la scène musicale, au contraire, il effectue un virage musical important, se tournant vers ses racines argentines et son héritage familial, s'éloignant du rock et offrant plus acoustique et plus latin. En 2011, il sort un premier album solo, dédié à sa femme (sa muse de longue date) avec une sorte de lettre d'amour musicale. On y retrouve l'influence du flamenco, du tango et des auteurs compositeurs comme Sandro ou Julio Iglesias, mais avec une touche de modernité new-yorkaise. Ce fût un choc pour les fans d'Elefant. La voix de Garcia est plus chaude et mielleuse, ça fait trop sucré, pour plusieurs. Il glisse davantage vers les crooners. 

En 2013, il lance un second album solo en ajoutant des sons tropicaux, Ohlàlà, tropical bungalow...

Je vous parle de lui car parmi les albums vers lesquels j'aime me retourner pour une écoute quand même assez courte (Plus longue chanson 4:19, plus courte, 2:49- 10 morceaux) mais qui me fera grand bien, car je ne "skipperai" rien, se trouve The Sunlight Makes Me Paranoid, album que je trouve assez parfait. 

Même le titre. 

Parce l'été approche, je n'aime pas l'été, je commences déjà à éternuer tous les jours, et que le soleil, pour les vampires...enfin...vous savez...on aime pas.

Mais ce premier album d'Elefant. 

Perfecto.       

On est allé du 514 au 418 ce week-end.

Devinez ce que j'ai fait (re) découvrir à la belle sur la route?

Elle a aimé. Accessible. New York en rock'n roll fibres. 

samedi 25 avril 2026

MAGA C'est L'Éloge de la Laideur

"Already great, you're already great..."

-N.Y. 

MAGA c'est l'Étatsunien laid transformé en État religieux. Avant les casquettes rouges, c'était le gars en short cargo à l'aéroport Charles de Gaule qui criait, furieux, en anglais, parce que fromage là-bas portait un nom. Bruyant. Pas curieux du tout. Spirituellement armé. Se dandinant dans le monde chaussé de mauvaises sandales et de pires jugements hypothétiques. Il était obèse, mais restait lutin social quand à son impact.

Le pédoprésident des États-Désunis l'a franchisé et l'a fait passer de honte privée à identité gouvernementale. 

MAGA c'est l'Étatsunien laid à qui on a donné accès aux corridors du pouvoir et placé sur certains podiums. Un papier de permission. Un drapeau de confédérés. Un vocabulaire composé de griefs. Un roi concierge de la télévision qui s'est appris tout seul, avec l'aide d'un "petit million paternel", que l'ignorance pouvait être authenticité, que la cruauté était une force, et qui si tu humiliais en premier, personne ne pouvait t'humilier ensuite. Chaque rassemblement t'apprenais la même leçon. Ne jamais apprendre. Ne jamais douter. Ne jamais t'excuser. Simplement pointer vers quelqu'un de plus "faible" et appeler ce qu'on vient de roter, "la vérité". 

MAGA c'est l'Étatsunien laid c'est l'élévation du ressentiment au rang de la diplomatie. L'Étatstunien laid ne veut pas comprendre la culture de l'autre; il veut que l'autre s'excuse d'exister différemment. Sous MAGA, cette arrogance n'est plus un trait de caractère embarrassant, c'est une stratégie nationale. On ne négocie pas, on exige. On ne visite pas le monde. On le traite comme une aire de repos dont on possède les titres de propriétés. C'est la fin de la nuance, remplacée par le volume sonore de celui qui n'a jamais ouvert un livre, mais qui possède trois fusils d'assaut et des couteaux de toutes les marques et de tous les formats. 

MAGA c'est l'Étatsunien laid dont le visage est une lune dans les rassemblements partisans. Une lune vide et masquée par les éclipses. Ce n'est pas la joie, c'est de l'extase de soulagement. Le soulagement de ne plus avoir à faire semblant. Plus besoin de respecter les experts. Plus besoin de baisser le ton à la bibliothèque, plus besoin de se demande, jamais, si on a tort. "Le roi de la télévision" leur a dit "Votre étroitesse d'esprit est une vertue patriotique. Ils ont transformé leur manque d'empathie en un bouclier de bronze. 

MAGA c'est l'ignorance devenue cool conservateur. Avant, on cachait son manque de culture et on voilait son racisme. Aujourd'hui on le brandit comme une preuve de pureté contre "les élites". Les mêmes qui sont flattés par le dément démon. C'est le triomphe du gars qui refuse de prononcer correctement le nom d'un plat étranger par fierté. MAGA a réussi ce tour de force de convaincre des millions de gens que la curiosité est une trahison et que le doute est une faiblesse libérale. 

MAGA c'est aussi une esthétique de la laideur revendiquée. Les décors dorés de mauvais goûts, calqués sur le modèle Russe. les cravates trop longues, les souliers affreux forcés de porté par l'entourage, la peau orange artificielle, le botox et les chirurgies plastiques. C'est le rejet du beau, du fin, de l'organique. Pourquoi? parce que la beauté demande un effort d'appréciation, alors que le clinquant impose sa domination. C'est le buffet de restauration rapide à volonté de Las Vegas appliqué à la Constitution. C'est gras, excessif, et ça finit par rendre tout le monde malade. Hospitalisés à grands frais.

MAGA a transformé le grief en carburant infini. L'Étatsunien moyen laid se sent toujours lésé, même quand il tient lui-même, le sceptre. Il a besoin d'un ennemi pour justifier son propre vide. Si il n'y a pas persécution, il l'invente. C'est une religion où le seul sacrement est le droit d'être odieux sans conséquence. La cruauté n'est pas un effet secondaire, c'est le produit final. C'est le "petit million" d'un pédophile qui se pense intouchable multiplié par des millions de frustrations individuelles. 

MAGA c'est traiter la vérité comme un obstacle à leur confort mental. Si un fait les dérange, c'est un complot médiatique. Si une science les contredit, c'est une attaque personnelle. L'Étatsunien laid a décidé que la réalité était une option et que son opinion, aussi mal informée soit-elle, valait bien une loi physique. C'est la narcissisme porté au niveau métaphysique.

MAGA est la mort lente de l'aspiration. On ne cherche plus à devenir meilleur. On cherche la cryptocombine. On ne cherche plus à être le/la plus sage ou le/la plus ouvert(e). On cherche à ce que le monde entier se rabaisse à son niveau. Les cancres contrôlent l'école de la vie. Adulescent colérique qui a hérité des clés du garage, on décide de tout brûler pour y bâtir sa "mancave". Parce qu'on lui a demandé de faire le ménage de sa chambre. Fascime ordinaire. 

Comme les États-Unis n'exportaient plus de rêves, on exporte désormais ses cauchemars. Le monde regarde maintenant avec effroi ce touriste braillard qui, non content de gâcher le paysage à Charles de Gaule, est maintenant assis dans le cockpit de l'avion. 

Hurlant qu'il n'a pas besoin de cartes pour voler. Tant qu'il a sa casquette rouge et sa haine comme boussole. 

La boucle est bouclée.   

L'ombre est devenue la lumière et la laideur est devenue sacrée. 

vendredi 24 avril 2026

À La Recherche du Temps Perdu*******************L'Adversaire d'Emmanuel Carrère

Chaque mois, dans ses 10 derniers jours, tout comme je le fais pour le cinéma (dans ses 10 premiers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu) je vous parles de l'une de mes 3 immenses passions: La littérature !

Lire c'est comme un second souffle pour moi. Je suis traducteur, Je le fais tout le temps. Partout. Je le fais aussi pour le simple plaisir.

Lire, c'est accepter d'entrer dans la tête d'un(e) autre. Dans un univers qui n'est pas le sien. De voyager, à peu de frais. C'est apprendre. Découvrir. C'est s'ouvrir les sens. C'est confronter ses idées préconçues, faire tomber ses préjugés ou les nourrir. C'est plonger dans des mondes. Des réalités autres. c'est choisir de respirer calibré sur le rythme de quelqu'un d'autre. 

Et respirer, c'est vivre. 

L'ADVERSAIRE d'EMMANUEL CARRÈRE.

Troublant, difficile à classer, à mi-chemin entre récit journalistique, enquête psychologique et réflexion morale, Carrère s'amuse avec les frontières de tout ça. Dictateur des genres. Inspiré d'un fait divers réel- l'affaire Jean-Claude Romand, il raconte l'histoire d'un homme qui, pendant près de vingt ans, a menti à tout le monde sur sa vie avant de commettre l'irréparable lorsque la vérité menaçait d'éclater. Mais réduire le livre à son intrigue serait passer à côté de ce qui en fait la force: une exploration vertigineuse du vide, du mensonge et de l'identité. 

Ce qui frappe d'abord, c'est le ton adopté par Carrère. Loin du sensationnalisme ou du jugement facile, il choisit une écriture sobre, presque retenue. Il ne cherche pas à expliquer à tout prix ni à imposer une interprétation. Au contraire, il avance avec prudence comme s'il marchait sur un terrain moral instable. Cette retenue créé un effet puissant: le lecteur est placé face à un mystère humain qui résiste aux simplifications. Qui est vraiment cet homme ? Et surtout, que se passe-t-il à l'intérieur de quelqu'un qui construit sa vie entière sur le vide ?

Le personnage central, Jean-Claude Romand, fascine précisément parce qu'il semble dépourvu de consistance. Contrairement à d'autres figures criminelles, il n'est pas animé par une passion, une idéologie ou même une révolte. Il n'y a pas de "grande raison" derrière ses actes. Il ment. D'abord peut-être par facilité. Puis, par nécessité. Jusqu'à se trouver prisonnier de sa propre fiction. Cette absence de profondeur apparente est profondément dérangeante. Elle évoque une forme de néant intérieur, une incapacité à être soi-même, qui rappelle certaines figures de la littérature existentialiste. Mais ici, sans la conscience lucide qu'on retrouverait chez Jean-Paul Sartre ou Albert Camus. 

Carrère ne se contente pas de simplement raconter l'histoire de Romand. Il s'interroge aussi sur a propre position d'écrivain face à un tel sujet. Le livre est traversé par une réflexion sur le regard que l'on porte sur autrui. Quand on fait la rencontre de quelqu'un, sait-on vraiment toujours tout le bagage qui l'a mené à la personne devant vous ? Comment ça pourrait être possible ? Quand il s'agit d'une âme criminelle, peut on comprendre les sources ? Sans excuser ? Peut-on raconter sans trahir ? Cette dimension méta-narrative donne au texte une profondeur supplémentaire. L'auteur se met lui-même en jeu, reconnaissant ses doutes, ses hésitations, et même une certaine fascination pour cet homme opaque. Cela rend le récit plus honnête, mais aussi plus inconfortable.

Un des aspects les plus marquants du livre est la manière dont il traite le mensonge. Chez Romand, le mensonge n'est pas seulement un outil, c'est son volant de véhicule vital. Le mensonge devient sa manière d'être. Il ne s'agit pas de dissimuler une vérité honteuse, mais de remplacer la réalité elle-même. 

Nos sociétés y sont largement confrontés depuis 10 ans d'un président dément qui tout le temps, ment en occident.

Ce glissement progressif vers le mensonge à perpétuité est au coeur du malaise que suscite le livre. Il pose une question inquiétante: jusqu'à quel point notre identité dépend-elle du regard des autres ? Selfie/Autoportrait, je te vises. Si personne ne vérifie, si tout le monde croit, ou se situe la frontière entre le vrai et le faux. MAGA, comment va ton cerveau ? 

Le livre explore aussi le rôle de la société dans cette histoire. Romand a pu maintenir son mensonge pendant des années parce qu'il correspondait à une image socialement valorisée: celle d'un médecin respecté, travaillant pour une organisation internationale. Il incarnait une réussite crédible, presque banale. Cela suggère que le mensonge a trouvé un terrain favorable dans les attentes et les illusions collectives. En ce sens, L'Adversaire ne parle pas seulement d'un individu, mais d'un système de représentations dans lequel chacun peut, à sa manière, se reconnaître. 

Enfin il y a une question morale omniprésente mais jamais tranchée qui hante ce livre. Carrère ne propose pas de réponse définitive sur la culpabilité, la responsabilité ou la possibilité de rédemption. Il évoque notamment la dimension religieuse qui apparaît après le drame, lorsque Romand se tourne vers la foi. Là encore, le doute persiste. S'agit-il d'une réelle transformation où ne devient-on pas toujours soudainement pieux quand tout s'écroule dans nos vies ? Sincère conversion ou prolongement du mensonge? La religion n'est elle pas le mensonge le mieux réussi sur terre ? Le livre ne tranche pas. Laissant le lecteur face à son propre jugement. 

Ce qui rend ce premier récit d'Emmanuel Carrère si impressionnant, c'est donc moins l'histoire elle-même que l'expérience de lecture qu'il propose. C'est un livre qui bouleverse. Dérange. Non pas par des effets spectaculaires, mais par sa capacité à faire vaciller nos certitudes sur l'identité, la vérité et la nature humaine. Il nous confronte à une forme de vide difficile à appréhender, et à l'idée que ce vide peut exister, silencieusement, derrière des apparences parfaitement ordinaires. 

En refermant le livre, on ne ressort pas avec des réponses claires, mais avec une impression persistante d'inquiétude. Et c'est là que réside sa force 

Dans cette zone grise où la compréhension se heurte à l'inexplicable. 

jeudi 23 avril 2026

Trop Tard, Marlene

Dans la chanson Too Late, Marlene, de Duran Duran, de 1988, la narrateur décrit une relation marquée par une attraction persistante malgré la conscience croissante qu'elle est vouée à l'échec. 

Le refrain n'est pas seulement un constat temporel, mais un aveu psychologique: celui d'être allé trop loin pour ensuite choisir de reculer. On est plus dans le choix libre, mais dans une forme d'inertie émotionnelle complaisante. Cette dynamique peut servir de métaphore pour certaines alliances ou proximités politiques contemporaines. 

Chez Marjorie Taylor Greene, par exemple, on observe des moments, actuellement, où elle semble infléchir son discours et prendre des distances tactiques avec certaines positions républicaines et avec le pédoprésident lui-même. Tout en restant fondamentalement ancrée dans un écosystème politique, une bulle toxique,  qui l'a portée là où elle est dans l'oeil des caméras et aux micros. Comme dans la chanson de DD, il y a dualité et tension entre lucidité et attachement. Elle semble reconnaître les limites et les risques d'une relation politique, éveil forcé par des menaces de morts contre ses enfants. Mais elle ne se détache pas pour autant de ses couleurs républicaines conservatrices et reste la lie de la lie mentale. Le rouge à lèvres sur la porcine qu'elle est n'en fait pas plus un brillant corvidé. Il n'y pas rupture autant qu'oscillations. Ajustement de ton. Pas véritable virage. 

Et bien que plusieurs gens équilibrés disent maintenant qu'ils sont plusieurs fois par mois tout à fait d'accord avec ses propos, il est trop tard. On oublie pas qu'elle a aura été lourde toxicité sociale. Pour bien des branches de la société d'Amérique du Nord. La première fois que je l'ai vue, c'était un "live" qu'elle faisait, dans un lieu où un travesti racontait une histoire à des enfants. Elle tentait de marquer un point. De catégoriser le moment dans la section "Voyez à quelle point c'est horrifiant pour nos enfants". C'était atrocement pathétique. Comme c'était en direct, aucun effet de montage n'arrivait à masquer la majorité de parents autour qui plaignait son manque de jugement. Le direct faisait mieux paraître le travesti en question et les parents ouverts à l'histoire racontée. Qui n'avait aucun lien avec le travestisme, mais qui parlait d'amour. Et d'acceptation. Comme leur Bible. De la belle fiction.

Ancien soutien au pédoprésident actuel à la station de propagande télé Fox, Tucker Carlson, a été limogé de cette station quand celle-ci a été trouvée coupable de mensonges volontaires sur leurs ondes, et qu'il en était l'émission de mensonges la plus populaire. Une amende de 787, 5 millions de dollars a été imposé à la triste station, en avril 2023, et comme elle continue, elle fait maintenant face à une autre poursuite du genre, pour les mêmes motifs, mentir délibéremment,  de la part de Smartmatic qui leur réclame, 2,7 milliards. 

Il est resté, indépendamment soutien au pédoprésident, assistant même à des évènements en sa compagnie, avec sa famille même. On l'a compris toujours médiatiquement ami de l'olibrius. Mais dernièrement, il a montré des signes de distances ou des repositionnement, disant même cette semaine qu'il regrette d'avoir leurré les gens si longtemps...trop tard, nain mental. Le mal est fait. Même les Nazis n'ont trouvé les remords que lorsqu'ils ont capitulé, en 1945. Ce jeu de désengagement se rapproche du "tout s'effondre, mais je n'étais pas de cette entreprise". On s'éloigne, mais jamais complètement. On critique parfois, mais sans rompre le lien structurel avec le public. Sans le pédoprésient, Tucker Carlson n'existe pas dans l'univers collectif médiatique. L'ambiguïté est stratégique. Tucker Carlson sera toujours le raté qu'on a connu à Fox. C'est trop peu trop tard. C'est Lance Armstrong qui regrette ses tricheries après la plus belle des vies aisées. 

Même le diminutif Joe Rogan a commencé à avoir des doutes sur le pédoprésident. Il hésite, mais juste assez pour que le principal interressé ne s'en aperçoive pas trop. Il dira qu'il ne croit pas qu'on a "sauvé" des pilotes de manière héroïque, dont l'avion aurait été abbatu en Iran, pilotes qui n'ont d'ailleurs aucune identité et n'ont offert aucun commentaire post-traumatique, ni leurs proches, mais sera aussi rieur aux côtés du dément président, dans un gala de combat ultime, la semaine suivante. Sa désolante influence médiatique le place au coeur des actualités politiques, est ses prises de positions vis-à-vie du meileur ami de Jeffrey Epstein sont de plus en plus nuancés et douteux de l'honnêteté du vieux pervers au pouvoir. Cette hésitation, cette posture légèrement fausse de celui qui ne lisait pas qu'au Canada, pendant la pandémie, on ne fermait pas les épiceries, seulement l'accès aux covidiots, mais ne lisait que le titre disant que l'accès serait interdit, n'est pas tiraillement intérieur autant que choix stratégique volontaire. Une conscience douteuse des enjeux et des controverses, mêlée à une réticence à trancher définitivement. 

Dans les 3 cas, ce ne sont pas des "changements de cap" autant que des mouvements des eaux parfois contradictoires, mais un agencement des couleurs qui restera toujours le même. 

Couleur manipulateur. 

Dans la chanson signée Simon LeBon, le "trop tard" est une notion de temporalité pour une métaphore émotionnelle. Il marque un seuil. La prise de distance des trois cas mentionnés plus haut mesurent les conséquences de crédibilités pour leur public.

Une crédibilité perdue, parce que, trop tard...On voit le rouge à lèvres, mes suidés


Mettre du rouge à lèvres sur un cochon ne fait oublier le fondamentalement mauvais ou médiocre en dessous. 

Le "rebranding" est trompeur.  

On reste dans le leurre. 

mercredi 22 avril 2026

Uber Driver

Chevalier de l'asphalte, Lucas fixait la note sur son écran de voiture. 

4,6 étoiles. 

Une injustice.

Une de plus dans ce monde en décomposition qu'il observait chaque nuit à travers son pare-brise. À 30 ans, sa vie se résumait à une berline d'occasion qui sentait le sapin chimique et à une application qui lui dictait ses moindres mouvements. 

Il se voyait et se savait purificateur. Un Homme. Un vrai, au milieu d'une époque devenue lâche, féminisée, et artificielle. Il passait ses journées à la salle de gym, poussant de la fonte, fonte, fonte, pour oublier la honte. Jusqu'à la nausée. Il passait ses nuits à écouter des ballados de masculinistes, d'auto-déclarés "mâles-alpha", qui lui expliquaient comment reprendre le pouvoir. 

Il méprisait ses clients. Les fêtards ivres, qui vomissaient sur des banquettes, les cadres supérieurs arrogants qui lui parlaient sans le regarder, et surtout, ces hommes modernes qu'il jugeait faibles et soumis.

Puis, l'obsession.

Chloé est montée à bord.

Elle avait l'air épuisée, les yeux rivés sur son téléphone. Lucas a immédiatement ressenti le besoin viscéral de la protéger. Dans sa tête, le scénario s'est écrit instantanément: elle était une demoiselle en détresse, et lui, son sauveur. Il a commencé à accepter toutes les courses dans son quartier. Espérant désespérément d'à nouveau la croiser. L'algorithme a fini par l'exaucer. Lorsqu'elle est remontée dans sa voiture, une semaine plus tard, Lucas a tenté d'engager la conversation. Il a utilisé les techniques de séduction agressives apprises dans ses ballados. Il a critiqué la "faiblesse" des hommes qu'elle devait fréquenter et lui a assuré qu'elle avait besoin d'un "protecteur traditionnel". 

Chloé. mal à l'aise devant cette intimité soudaine et cet intense regard fixe braqué sur elle par le rétroviseur avant, lui a alors demandé de la laisser débarquer au prochain coin de rue. Lucas a insisté, elle dit non, mais c'est toujours oui, si j'en ai envie, pensa-t-il, haussant le ton, persuadé qu'il agissait pour son bien. Paniquée, elle a exigée de descendre tout de suite, peu importe le moment, lui lançant 20 dollars même si elle n'avait roulés que pour 7$. La voiture s'est immobilisée et elle a vite quitté, claquant la porte et fuyant vers ailleurs. 

Le soir même, la sanction est tombé, compte suspendu pour comportement inapproprié.

Une étoile. 

La chute.

Le monde de Lucas s'effondre alors. Il écoute Fight Club pour la xe fois, pour se convaincre que son statut d'incel n'est pas une mauvaise chose. On l'a castré. On lui a retiré son gagne-pain et sa mission sacrée. Sa frustration s'est muée en une rage incontrôlable. Ce n'était pas sa faute. C'était celle d'un système injuste qui rejetait les "vrais hommes". 

Il a alors passé une partie de la soirée à astiquer sa voiture. Puis s'est rasé la tête. Plus qu'un crâne lisse. Avec teintes de gris bleus, là où on devinait des poils passés. Il a enfilé son blouson noir et s'est mis à errer dans les rues. À pieds. Cherchant une cible pour extérioriser sa violence. 

C'est là qu'il a revu Chloé. 

Elle marchait aussi, sur le trottoir de la nuit. Mais cette fois, en "madame". Elle était si belle et désirable. Elle tenait la main de l'homme qui l'accompagnait qui représentait pour Lucas, tout ce qu'il détestait: une silhouette fine, un rire léger, aucune agressivité. 

Un imposteur. 

Lucas a accéléré le pas. Le coeur battant au rythme d'une musique industrielle imaginaire. NON! pas imaginaire ! You're gonna get what you deserve ! Il s'est interposé violemment entre eux. hurlant à Chloé qu'il était là pour la sauver de cette mascarade. Elle avait mis une de ses mains dans son dos, elle lui faisait face, Lucas ne pouvait pas le savoir, mais il s'inventait qu'elle faisait ce signe de la main que font les Femmes quand elles veulent faire comprendre qu'on doit les sauver d'un homme toxique. Il n'était pas cet homme toxique. Du moins, dans sa tête lisse. 

Christ. 

Quand le compagnon a tenté de s'interposer calmement, la cocotte-minute a explosé. 

Lucas a projeté toute sa haine et sa frustration dans un premier coup de poing.

Il ne nettoyait pas la ville. Il en était le poison.

Les badauds autour l'ont maitrisé au sol. Il n'a pas pu donner deux coups de poings à celui qui gisait maintenant au sol. Knockouté. Mais avec au dessus de lui, affolée, la belle Chloé. 

Lucas, sous les poids des gens qui le tenait au sol a eu le temps de dire "Je suis là! je suis là! ne t'inquiètes pas!". 

Ce que la police a confirmé quand ils l'ont arrêté. Elle pouvait ne plus s'inquiéter. 

Lucas restera coffré.

Taxi Driver a 50 ans cette année. Ce terrible, mais aussi fameux film de Martin Scorsese, scénarisé par Paul Schrader, traitait de la solitude malsaine mâle. Mais aussi, du traumatisme. Travis Bickle était un ex-soldat du Vietnam, sans mission. Il fallait s'en inventer une. Cette malsaine solitude existe encore vivement de nos jours. Plus que jamais le masculinisme pue de sa grosse tête sale. Il a son porte-voix, ici, en bas. Tous les jours au micro de nos télés. Ce film n'a pas pris une ride.

Je pense à cette 9e victime de féminicide au Québec, en seulement 3 mois et 3 semaines. 

Je penses aussi à Véronique Champagne, de Rougemont, ou Mary Tukalak Iqiquq du Nunavuk.

Et à Karina Poliquin.

Qui a crié de sa douce voix en octobre dernier, un appel à l'aide non entendu.  Femme bravement dévouée dans un monde trop mâle et pressé. 

Non ! les hommes ne l'ont pas nécessairement poussé là où elle a mis fin à l'aventure de la vie. 

Mais oui ! les Hommes avec un grand  H l'ont complètement échouée. 

1987-2026

Depuis le week-end dernier, je ne cesse de penser à elle.

Papillon qui a perdu ses ailes.  

On a envie, comme elle, que les enfants soient replacés au coeur des priorités de nos environnements médicaux. Et pourtant, on regarde la gestion des dossiers Epstein, et nos coeurs saignent.

Que JAMAIS nous ne lâchions le morceau de ses dossiers qui doivent, faire exploser la malpropreté. 

Ils n'auront jamais notre voix.