samedi 29 août 2026

Le Blues des Chats

Trahison j'allais faire.

Chaque après-midi, entre 15h37 et une heure plus tard, je suis accueilli à la maison, à mon retour du travail, par les deux chats qui me collent comme deux chiens ayant perdu leur maitre. Ça ronronne, ça pousse fort sur ma main qui les flatte, ça s'impose sur mon clavier quand j'écris, ça perd ses poils qui me remplissent la gorge sans que je m'en aperçoives complètement et me forcent à boire, ça suit ma main agressivement, la patte en l'air pour ramener cette main qui fuit, vers eux, et ainsi les reflatter comme ils le voudraient. Ils affectionnent particulièrement quand je leur gratte les deux côtés du nez (les yeux, qu'ils ferment) en poussant si fort que parfois, d'un de leurs crocs, ils me transpercent la peau d'une main. Le ronron est fort. La dépendance, absolue. Si je me lève, on me suit comme une ombre là où je vais. 

On dit que les chats sentent notre absence quand nos odeurs n'y sont plus tellement. Et quand les stimulis se font rares. Les laisser seuls un week-end peu leur faire croire à un abandon total d'une semaine si on a pas laissé du linge comprenant nos odeurs trainer, ou une vidéo d'oiseaux sur une télé hors d'atteinte pour eux. Ce, à quoi on fait attention lors d'absence prolongée. (plus de 2 jours, on fait venir quelqu'un pour s'en occuper toutefois)

Mais là, trahison de leur confiance j'allais faire. 

Habituellement, on coupe nous-même leurs noeuds. Mais là, c'est devenu infaisable, les noeuds sont trop gros, et trop près de la peau, on a peur de les blesser, on est pas des pros. J'ai donc pris rendez-vous, avec des pros. Comme d'habitude, à mon retour du travail, ils m'attendaient tous deux avec un surplus d'attention réclamée, comme si il savaient qu'ils devaient être réconfortés tout de suite. Ils étaient si chaleureux, si colleux, ça me troublait. Inspiré par un ballado qui m'expliquait l'histoire autour du disque enregistré en spectacle Allman Brothers's Band At Filmore East, j'écoutais cet album, un peu mélancolique.

Ils étaient là, tous deux, ronronnant comme les plus charmantes tondeuses félines, la garde complètement baissée, les deux couchés sur le dos. Elle sur le divan à me côtés, lui sur la table de la cuisine, après avoir flirté avec l'idée de manger le bouquet improvisés de fleurs du terrain derrière, bouquet qui commençait de toute manière à atteindre sa fin de vie. Moi, adulte vilain, j'allais briser cette confiance qu'ils misaient en moi pour les encager et les amener à la tonte. 

J'ai eu une idée. Je devais trimer ma barbe de toute manière. Montant me l'ajuster au cutter, les deux chats m'ont bien entendu suivis, ronronnant toujours, et m'ont regardé me raser avec ce son qu'ils entendraient aussi bientôt, pas mal plus stressé(e)s. Je leur parlais et les réconfortais de caresses et gratouilles, là où ils ne se rendent pas, au son d'un rasoir. Afin d'associer plaisir et son de rasoir. Stratégie tout à fait personnelle. Ile ne me laisseraient très certainement pas assister à tout ça. 

Me préparant mentalement à les traumatiser, avec le Allman Brothers Band comme trame sonore, j'ai sorti les deux cages du garage et les posées au sol. Encore indécis si je sortais par la porte de côté du garage ou par la porte de devant. Pour ajouter au traumatisme, un orage sévissait et un déluge intense versait dans le diluvien. J'allais les sortir là-dedans ? Non mais ! Aidez-moi un peu là-haut !

Ils m'ont suivi dans le garage, ont vu les cages, ont ralenti le pas, ont semblé réfléchir sur les deux formes rectangulaires qui leur rappelaient vaguement quelque chose. Mais qui ne leur rappelaient pas assez. La dernière fois qu'ils étaient allés dedans, ils étaient beaucoup plus jeunes, et en étaient revenus avec des cônes autour du cou, beaucoup plus traumatisants que les cages. Ils avaient retenus les cônes, mais pas les cages. Car peu de temps après, ils baissaient tous les deux leurs gardes, dans le salon et la table de cuisine adjacente avec les photos 2 et 3 que j'ai prises d'eux que vous voyez plus haut. Quand ma fille est revenue de son stage à l'hôpital, elle m'a aidé à les pousser dans la cage, ce qui a été beaucoup moins difficiles qu'anticipé. Mais une fois en dedans, la panique de Madame et les miaulements incessants qui offraient des sons jamais entendus. Les sons de la peur. On s'est mis tous les deux à leur parler et à dire n'importe quoi. Pour les calmer. Nos voix. Pour les rassurer. Des voix probablement flûtées. 

Comme eux, on aimait rien du moment. Malibu, la femelle, et la plus mottonnée, paniquait plus que son petit frère noir, Poncho. On avait seulement 3 minutes de voitures à faire, mais ça a paru très long meublé de leurs miaulements aux sons discordants. Punkee et moi ne cessions de tenter de les rassurer. En vain. Ça miaulait de manière impressionnante. Cauchemardesque. 

Quand on y est arrivé (littéralement 3 minutes plus tard) on remarquait que c'était d'abord un endroit pour les chiens et oui, aussi des fois, les chats. Mais c'était discriminatoire en faveur des chiens. Leur affiche montrait CHIENS en gros et chats . En petit. C'était jeudi, au moment du violent déluge de pluie en deux temps. Triple stress pour les chats et leurs proprios. 

Effectivement, ils ne nous laissent pas assister à leur art de tonte. Ce serait trop con de se faire laisser regarder travailler au risque même de se faire dire "NON! elle aime pas ça...faites pas ça comme ça...

Faites pas ça comme ça. 

Y a -t-il pire chose à dire à celle ou celui qui fait son travail. Qu'on ne connait pas nous-même?

"Mais je connais mon chat Madame!"

Voyez le genre de situations idiotes dans lesquelles on serait plongés ? J'ai donc laissé les deux chats qui ont aussitôt cessé de miauler pour entrer en transe mentale quand des chiens les ont accueillis de jappements et d'odeurs, dès leur entrée. 

Suis reparti avec Punkee, le coeur gros. On aime pas traumatiser nos chats.

Je suis allé faire quelques commissions avec Punkee, le temps de le tuer. 

Tuer le temps. Pas les chats.

Ils nous ont rappelés. Les tondeurs, pas les chats non plus.

Seule Malibu a été tondue car infaisable autrement. Elle a quand même de belle bottes de poils. Pour Poncho, on a eu qu'à le brosser et tout était dénoué. Choquant de donner de l'argent pour quelque chose que...enfin...c'était pour nos royautés félines.

Mais à la maison, Poncho ne reconnaissait plus sa soeur. Il ne l'a pas reniée, n'a ni craché dessus (ce que sa soeur aurait fait contre lui et a fait plusieurs fois, quand il revenait de fugues à l'extérieur et sentait le "dehors") mais il se tenait à distance. Prudent. 

Et Malibu s'est sentie...différente. 

Ils ont tous deux mangé du manger mou et elle a choisit d'aller se cacher au sous-sol.

J'ai terminé l'écoute du Allman Brother Band At Fillmore East.   

Ravi de l'oreille, mélancolique des yeux. J'ai flatté le poil de Poncho et flatté la peau de Malibu. Quand elle est sortie de son boudage. 

Nous sommes pardonnés.

Les ronrons sont revenus. Malgré le regard de tigre qu'elle lance ici. Fachi fachi à manger. 

La confiance est aussi revenue. Malibu a dormi aux pieds de Punkee la nuit suivante. Poncho aux pieds des miens. 

Ils avaient besoin de proximité avec nous. Les pauvres ti-minous. 

vendredi 28 août 2026

À La Recherche Du Temps Perdu************************'Mathieu de Françoise Loranger

Chaque mois, dans ses 10 derniers jours, tout comme je le fais pour le cinéma (dans ses 10 premiers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu) je vous parle de l'une de mes trois immenses passions: La Littérature !

Lire c'est aspirer à comprendre l'univers des autres. C'est s'ouvrir sur des mondes, des cultures, des modes de pensées, c'est confronter les siennes, faire connaissance avec des personnalités, des manière de faire, de réfléchir, c'est croiser des regards. C'est voir et comprendre des époques, des sociétés, des gens. C'est apprendre et découvrir, s'épanouir les sens, ou se salir la tête. C'est voyager à très peu de frais. C'est surfer sur le lyrisme d'un(e) autre, accepter de se calibrer la respiration sur le rythme d'un(e) autre. 

Et respirer, c'est vivre. 

MATHIEU de FRANÇOISE LORANGER.

Publié d'abord pour un concours qui sera annulé, déçue, Françoise verra quand même son unique livre publié, trois ans plus tard, dans un Québec pré-révolution tranquille, en 1949. Roma psychologique avant-gardiste qui explore la crise existentielle d'un jeune homme, le personnage titre, confronté au conformisme bourgeois Québécois. À travers une écriture sobre et analytique, l'oeuvre qui n'a pas d'âge, dissèque les thèmes de l'aliénation, de l'incommunicabilité et du poids des conventions familiales. Ce récit intimiste, centré sur la quête d'identité du protagoniste demeure d'une grande modernité par sa finesse psychologique et son refus du manichéisme. 

C'est un moment charnière de l'histoire de la littérature québécoise. On qualifiait cette période, à tort et à travers "la grande noirceur". L'ouvrage étonne par son ton sa structure. Alors que le roman du terroir commence à s'essouffler, Loranger propose une oeuvre résolument urbaine et psychologique. L'auteure, qui s'illustrera par la suite au théâtre et sera au bon moment, parmi les plumes de la naissante télévision (1952), pose ici les bases d'une critique sociale feutrée, mais implacable. Elle refuse les structures narratives moralisatrices de son époque pour se concentrer sur l'intériorité humaine. Mathieu n'est pas un roman d'action, c'est le portrait, c'est le portrait d'une stagnation étouffante et d'un désir viscéral d'émancipation. C'est le portrait d'un homme en rupture. 

Profondément insatisfait de son existence, issu d'un milieu bourgeois rigide, Mathieu n'arrive pas à se fondre dans le moule que sa famille et la société ont coulé pour lui. Il refuse de tricher avec ses sentiments, mais cette quête d'absolu et de vérité le condamne à un isolement presque total. Mathieu souffre d'un mal de vivre qui préfigure l'existentialisme littéraire. Il observe sa propre vie comme un spectateur étranger , incapable d'adhérer aux rituels sociaux qui l'entourent. Son attitude oscillant entre la léthargie et la révolte intérieure en fait une figure typique du héros "problématique", incapable de se satisfaire  du confort matériel au détriment de sa liberté spirituelle. Il y a omniprésence du carcan familial. 

Au coeur du roman, se trouve l'analyse chirurgicale des dynamiques familiales. Chez Loranger, la famille n'est pas un refuge, mais le premier lieu de l'aliénation. Les relations y sont régies par les non-dits, le chantage affectif et le superficiel souci constant du "qu'en dira-t-on ?". Chaque membre de l'entourage de Mathieu incarne une facette de ce piège en or. Les figures d'autorité maintiennent l'ordre établi de manière conservatrice et font respecter les traditions par peur du vide. Les complaisants acceptent de sacrifier leur authenticité pour obtenir la paix et la reconnaissance sociale. 

L'auteure excelle à décortiquer ces conversations de salon où les phrases assassines sont prononcées avec le sourire, et où chaque tentative d'affirmation de soi est perçue comme une trahison ou une excentricité. Mathieu est une oeuvre majeure sur le thème de l'incommunicabilité. L'impossibilité de communiquer. Les personnages parlent beaucoup mais ne disent rien. Le dialogue sert de façade pour cacher les fêlures plutôt que de pont pour lier les êtres. 

Le drame de Mathieu réside dans cette solitude partagée. Même lorsqu'il tente d'exprimer son désarroi à ceux qui l'entourent, ses mots se heurtent à un mur d'incompréhension ou d'indifférence. Cette possibilité de traduire son monde intérieur en langage socialement acceptable engendre chez lui une profonde amertume et une paralysie de l'action. Il y a esthétique de l'intériorité. 

Sur le plan formel, Françoise Loranger utilise une prose dépouillée, presque clinique. Le style épouse le rythme des pensées du protagoniste. L'auteure alterne habilement entre les scènes de groupe, où la tension sociale est palpable, et le long monologues intérieurs où Mathieu tente de démêler le fil de ses angoisses. Le décor du roman , principalement clos (comme des salons ou des chambres, très Franny & Zooey) accentue l'effet de claustrophobie. La ville elle-même semble oppressante. Renforçant l'idée que le personnage est pris au piège d'un labyrinthe dont il cherche désespérément la sortie sans savoir si elle existe.

Bien que l'intrigue soit strictement centrée sur le drame individuel de Mathieu, le roman possède une forte portée sociologique. Il annonce dix ans à l'avance, les tiraillements qui mèneront à la révolution tranquille au Québec. À travers la crise de Mathieu, c'est toute une génération qui exprime son refus du dogmatisme, de l'hypocrisie cléricale et bourgeoise, et du poids des traditions paralysantes. Le livre témoigne d'un monde qui bascule, où les anciennes certitudes ne suffisent plus à guider les individus, mais où les nouvelles valeurs n'ont pas encore été formulées. 

Mathieu mérite d'être redécouvert pour la modernité de son propos alors qu'on se prépare à voter, au Québec, entre 4 partis tristement conservateurs. La quête d'authenticité du personnage principale peut encore faire écho de nos jours. La pression du succès populaire est encore entier. Françoise Loranger a signé un roman, un seul, d'une grande lucidité psychologique. Qui évite les pièges des explications faciles. Qui n'offre pas de réponses autant que de portes à franchir. Qui pour certain(e)s seront des fenêtres à l'étage. 

L'humain est complexe. Françoise l'exprime fameusement bien.   

jeudi 27 août 2026

Le Beau Désordre

Librement adpaté de John Pavlovitz, Étatsunien.

Assis dans un café, baigné du soleil plongeant sur une piazza de Florence, en Italie, cette pensée est venue lui flatter les sens, comme le doux vent de fin d'après-midi, à l'heure magique, amenant avec elle une grande inspiration de soulagement qui l'a surpris. Comme si il apprenait à respirer à nouveau. 

Ça lui avait pris 5 jours complets, hors des États-Unis, avant de commencer à réaliser à quel point il n'était pas bien. Physiquement et émotivement épuisé depuis plus de 18 mois. Et plus alarmant encore, comment le côté exténuant de sa vie était désormais devenu la triste norme. C'était comme si quelqu'un avait interrompu le chaos omniprésent qui devenait quotidien, et serait venu dire doucement à l'oreille: "Ouin, tu n'est pas obligé de vivre comme ça". 

Petit à petit, 7242 kilomètres plus loin, et encore près d'une semaine le séparant de son chez soi, tous ses symptômes lui sont soudainement devenus clairs. L'irritabilité déchiquetée qui faisaient des bulles sur la surface du cerveau, le noeud perpétuellement présent dans le coeur de l'estomac, la terreur de bas niveau en périphérie de chaque pensée, le désespoir permanent auquel il s'était habitué, la lente, mais certaine usure de sa joie, ne l'alarmaient plus. 

Quitter les États-Unis lui apprenait à quel point les États-Unis étaient malades. Et l'avaient rendus malade.

Mais ce n'était pas que le changement de décor qui avait révélé les maladies qui l'avaient affecté, qui avaient affectés tous le pays des États-Unis, c'était la douzaine d'humains avec lesquels il avait partagé des conversations, ses gens qui lui rappelaient qu'il y a d'autres manières d'exister qu'il avait lui-même, oublié.

Partout où il allait, les tenanciers de boutiques, les serveurs, les chauffeurs d'Uber, les autres voyageurs d'un peu partout sur la planète confirmaient toute l'anormalité de la manière de vivre comme ils le faisaient tous en ce moment, sous la dictature des États-Unis. 

Ce ne sont pas tout le monde qui se lève le matin en se demandant si son enfant va survivre sa journée scolaire. Ce ne sont pas tout le monde qui doit se protéger de toutes les manières possibles de ses élus, et des autorités masquées de leur région. Ce ne sont pas tout le monde qui frôle la faillite si ils ont besoin d'une chirurgie. Ce ne sont pas tout le monde qui risquent leurs vies parce que ce bébé n'était pas calculé et qu'il est temps d'y remédier. Ce ne sont pas tout le monde qui sent son gouvernement contre lui. Ce ne sont pas tout le monde qui a comme première cause de mort infantile, les armes à feu. 

C'est absolument personne qui a comme chef d'État un prédateur sexuel en série, pédophile, cryptofraudeur, menteur, dément, raciste et misogyne. Ce ne sont pas tout le monde qui se dirige vers une théocratie. 

Ce ne sont pas tout le monde qui voit peu à peu s'effacer toutes les libertés fondamentales, en pensant que les meilleurs jours sont loin derrière. 

Et honnêtement, c'est assez stupéfiant. 

La mouture des États-Unis actuelle est insidieuse dans tout le recul qu'elle transmet à son propre peuple. La brutalité est devenue commune. On ne fait plus manchette d'un vieil homme en couche qui dit très sérieusement qu'un immigrant est père de 56 enfants et qu'un autre en avait 98....illégaux. Le monstrueux et grotesque est devenu si normal. Les É-U sont dans une urgence en suspens depuis si longtemps, que telle une femme battue, la douleur ne se reconnait plus. Elle n'apparait même plus ainsi. Une nation civilisée est presqu'une invention de l'esprit. On est fier de son côté vulgaire. L'optimisme a été arraché à chaque citoyen, qui a été habitué aux réalités cauchemardesque quotidiennes.  Des réalités qu'aucun humain sur terre , ne devraient jamais faire la paix en nous. Mais devraient inspirer la révolte. 


Le profond privilège de l'Étatsunien léger en Italie ne l'aveuglait pas non plus. Il y a bien des gens sur terre qui vivent 10 minutes dans leurs pays, qui sont 1000 fois pires que 10 ans dans le spectrum démentiel d'un fasciste. La plupart des gens des États-Unis n'arriveraient pas à géolocaliser l'Italie, encore moins à trouver l'espace mentale pour y accorder une importance quelconque. Mais ça ne fait que faire sonner le glas plus fort dans la tête de ceux et celles qui rêvent de s'en sortir. Qui rêvent de le voir partir. Qui rêvent de redevenir eux-mêmes. D'être great again. Pour vrai. 

Il fallait quitter les États-Unis pour réaliser à quel point le pays était malade. Rendait malade. 

De retour au pays, ce qu'il appelait home, il essayait si fort de ne pas oublier ce sentiment quand il était à l'étranger. Les terribles souffrances qui accompagnent vivre aux États-Unis, cette épidémie contagieuse de corruption baignée dans la haine. Il devait se rappeler à quel point il y avait décalage là-bas, qui empêchait de sombrer dans le nouvel abysse du jour. Il ne faut pas que le pays prive de joie et vide d'espoir. On chante quand même The land of the free and the brave. Il faut l'incarner.  

Si il y avait un seul souvenir à garder de son voyage, c'était la confirmation que rien de tout ça n'était normal. Que les É-U, la plupart des gens, méritaient autre chose qu'un intolérant dystopique chien rageur aux dents cariées bavant sa démence comme un supplice de la goutte dans ce qui semble un rêve fiévreux qui les rendrait trop confortable dans leur sommeil collectif. Ce nihilisme n'est pas destinée. À moins que vous le souhaitiez. À moins que vous ne le permettiez d'exister. 

    Peut-être avaient ils fini par accepter l'inacceptable. Peut-être qu'émotivement, ils sont tous devenus engourdis par les atrocités répétées. Comme sous le choc continuel. Ou peut-être encore que tout le monde est mentalement trop fatigué de se battre et de se cambrer qu'ils ont tous un peu oublié comment respirer. Si tel est le cas, ce sont des symptômes de maladies qui n'ont pas besoin d'être une peine de mort. Ce blackout doit devenir lumière.

Le seul moyen de garder sa santé mentale, pensait-il, était de rester attaché à son humanité, complètement gouvernementalement, évaporée. De ne pas succomber aux virus autour. Que le régime parasitaire qui les détruisait soit en voie d'être anéanti. Que l'on refuse de se faire avaler par le cancer de la cruauté ordinaire, lâché lousse contre le peuple de citoyens. 

Pour tous les Étatsuniens, malades de leur propre pays, courage, continue. 

Des héros comme Jon Ossoff naissent. 

Tout le monde peut guérir. Ensemble. 

Tout le monde guérira. 

Tout le monde pourra se réveiller.

Et de ce grand réveil, naitra la promesse d'un avenir où la dignité et la joie cesseront d'être un privilège pour redevenir leur horizon.

 

 3 des 5 dernières lignes, de moi. (1, 4, 5) 

mercredi 26 août 2026

Dolly Rebecca Parton Dean (1946- 2026)

4e enfant d'une famille de 12, vivant dans la pauvreté d'une maison en bois d'une seule pièce, elle grandit à Pittman Center, une petite localité rurale située dans les Great Smoky Mountains du Tennessee. Ils n'ont pas d'électricité, ni d'eau courante. Papa est cultivateur de tabac analphabète, mais dur travailleur. Elle dira qu'elle apprendra les affaires et la rigueur de son père et la musique par sa mère. Qui s'assure qu'on écoute le folklore quand on trouve de l'électricité sinon on chante ensemble. Maman a une santé fragile après 12 accouchements, elle n'a que 35 ans. Elle s'épuise et vieillit vite. 

La musique est le ciment de cette famille. Maman lui enseigne les ballades traditionnelle des Appalaches, et c'est à l'église pentecôtiste locale où son père y travaille parfois, que la jeune Dolly commence à chanter en public. À l'âge de 7 ans seulement, elle se confectionne elle-même sa propre guitare avant que son oncle, Buck Owens, lui en offre une vraie. Très vite, elle se découvre un talent d'auteure compositrice interprète précoce. Dès l'âge de 10 ans, elle chante à la télévision et à la radio locale de Knoxville. Continuera de le faire adolescente. À 13 ans, elle enregistre son premier single et monte sur la prestigieuse scène du Grand Ole Opry à Nashville, où elle rencontre pour la première fois  Johnny Cash, qui l'encourage à suivre son instinct. 

Dès 1964, le lendemain même de la réception de son diplôme d'école secondaire, elle fait ses valises pour aller vivre à Nashville. La capitale de le musique country. Ses débuts seront modestes. Elle écrit d'abord des chansons pour d'autres artistes en collaboration avec son oncle. Bill Owens. C'est en 1967, à 21 ans, que le vent tourne. Elle est engagée par la star country Porter Wagoner pour l'assister dans son émission de télévision hebdomadaire The Porter Wagoner Show. Le duo musical qu'ils forment devient immédiatement populaire et charme tout le monde. Le public des États-Unis et même du Canada en redemande. Wagoner est accessoire pour lui faciliter la signature d'un contrat de disques avec RCA. Dolly se sentira à l'étroit comme second violon de Porter à la télévision et ses ambitions créatives dépassent ce que l'émission lui offre. Après plusieurs années de tension financières, car bien entendu elle est sous payée même si tout aussi populaire que lui désormais, elle choisit de voler de ses propres ailes en 1974. 

Et c'est là qu'elle compose une immortelle

Libérée de sa tutelle artistique, Dolly Parton enchaîne les succès solos. Jolene fait un malheur dès 1974. Un titre inspiré par une employée de banque rousse qui flirtait avec son mari. La chanson devient un classique instantané du country et traverse les frontières des genres musicaux. Beyonce en fait une mise en garde récente, là où Dolly est presque jalouse et craintive de sa concurrente. Bilinda Butcher, charmante guitariste de My Bloody Valentine, joue une de ses chansons en audition pour charmer les trois autres membres du band et être à son tour engagée. 

À la fin des années 70, Dolly Parton prend une décision stratégique audacieuse: conquérir le public de la musique pop sans pour autant renier son public et matériel country. Elle change d'agent, modernise ses arrangements, et sort l'album Here You Come Again, en 1977. Un autre album, Heartbreaker, atteint les sommets des palmarès pop la transformant en star internationale. Mon père en sera très grand fan et je me moquerai souvent de lui en pensant que c'est d'abord sa généreuse poitrine qu'il apprécie. Mais non, il était très féru de musique country.  Rogers, Nash surtout, mais Dolly aussi. Elle sera associée et partenaire des deux. Dans les sommités du monde country

Dans les années 80/90, elle se fait aussi actrice. Aux côtés de Jane Fonda et Lily Tomlin entre autre, dans un grand succès populaire. Elle composera même la chanson titre du film, ce qui lui vaudra une première nominations, aux Oscars. Elle gagne aussi 2 Grammys pour cette chanson qui condamne les conditions de travail des Femmes. Elle tourne aussi avec Burt Reynolds et Sally Field/Julia Roberts/Shirley MacLaine.
En 1992, elle obtient sa seconde nomination aux Oscars avec Whitney Houston qui la reprend pour un film. Le single devient l'un des plus vendus de l'histoire de la musique. Elle prend tous les sous pour revitaliser sa région d'origine. 

Derrière la "poupée blonde" aux tenues extravagantes et aux formes assumées, se cache une redoutable femme d'affaires très intelligente. Sa philanthropie est un exemple à suivre. Elle s'assure de conserver l'intégralité de ses droits d'éditions de chansons, refusant même à Elvis Presley de reprendre I Will Always Love You parce que son requin de gérant voulait ensuite avoir 50% des redevances du morceau. 

En 1986, elle franchit un nouveau pas industriel en rachetant un parc d'attractions en déclin dans le Tennessee, qu'elle rebaptise Dollywood, situé à Pigeon Forge, au pied des Great Smoky Mountains. Ce parc à thèmes célèbre la culture des Appalaches et l'histoire de la chanteuse en parallèle. Dollywood est aujourd'hui un des sites touristiques les plus visités au Sud des États-Unis. Et facilement un de ses plus grands employeurs dans la région rurale. offrant des emplois et des perspectives d'avenir pour de nombreuses familles.  Elle redonne en quantité industrielle, faisant nettement plus que le gouvernement criminel en place, pendant le Covid en investissant des millions dans les vaccins et les premiers besoins qui nous ont sauvé du pire. Le pire étant tout de même aussi, le syndicat du crime au pouvoir. 

Elle redistribue sa richesse à grande échelle. En 1995, elle fonde la Dollywood Foundation et lance son projet le plus cher: L'Imagination Library. Inspirée par l'analphabétisme de son père. Cette organisation offre un livre par mois gratuitement à des millions d'enfants, de leur naissance jusqu'à l'entrée à l'école. Elle le fait aux États-Unis, mais maintenant aussi au Canada, au Royaume-Uni et en Australie. À ce jour, plus de 200 millions de livres ont été donnés ainsi.  

Ses actions de bienfaisance touchent de nombreux secteurs. Elle finance des bourses d'études, soutient la préservation des aigles à tête blanche, vient en aide aux victimes des incendies de forêt dans le Tennessee, et, tel que mentionné plus haut a donné un million au centre médical de l'Université Vanderbilt qui contribuera de manière définitive à la création du vaccin Moderna. Contre le Covid-19. 

Sur le plan personnel elle mène une vie à l'opposé des standards d'Hollywood. Mariée à Carl Thomas Dean depuis 1966, homme de l'ombre, fuyant les projecteurs et les tapis rouges, dirigeant d'une entreprise d'asphalte, malgré l'exposition médiatique de madame, leur mariage durera depuis plus de 60 ans. Le couple n'a jamais eu d'enfants. Mais elle a toujours considéré tous les enfants du monde comme si ils étaient les siens. 

Au fil des décennies, Dolly n'a jamais cessé de se renouveler. Elle est retournée à ses racines bluegrass à la fin des années 90, avec des albums acclamés par la critique, a collaboré avec des artistes de la nouvelle génération, dont sa filleule, et a été introduite au musée du rock'n roll en 2022. Inspiré par ce moment, elle a même lancé un album appelé Rockstar l'année suivante. Prouvant que son énergie restait intacte. 

Dolly Parton a habilement su transcender les clivages politiques, culturels et sociaux de l'Amérique du Nord contemporaine. Admirée par les conservateurs pour sa foi chrétienne assumée et ses valeurs traditionnelles, elle est tout autant adulée par les communautés progressistes, ayant choisie de ne PAS être multimilliardaire, ce qu'elle pouvait facilement être depuis longtemps, mais de redistribuer aux gens dans le besoin. Son ouverture d'esprit l'a rendue très aimée de la communauté LGBTQ+ envers lesquel(le)s son support est sans contredit. Elle est tolérante, et son refus constant de juger les autres sont aussi très prisés. Avec son humour légendaire et son autodérision plein d'humilité ("Il faut beaucoup d'argent pour avoir l'air si bon marché" dira-t-elle d'elle-même) ainsi qu'avec son immense générosité, elle s'est imposée comme un véritable trésor national et une légende vivante d'une musique dont on disait d'elle qu'elle en était la reine. 
Son mari était dans l'autre monde depuis mars 2025. Elle est allée le rejoindre.

Elle vivait dans la lumière par choix. 

Elle n'a jamais vu une porte sans penser la défoncer du pied.

Elle était immense pour un pays devenu si petit. 

Mon père est assurément très heureux de l'accueillir là-haut.  

mardi 25 août 2026

Elton John, 5 ans

Entre 1970 et 1975. 

Les années de naissance de mon entourage direct. (1970: ma tendre moitié1972: moi, 1973, Ma soeur J.J. et mon beau-frère D. 1975: ma soeur Greenjelly et ma belle-soeur Fanny).

Des années extraordinaires pour le petit homosexuel qui ne le confirmerait pas encore publiquement, et qui laisserait son géant génie musical sur pas moins de 9 albums (+2). Pour faire naitre sa brillante carrière. En même temps que naissaient les nôtres

Je vous parle de 10 d'entre eux. 

1970: Avril. Second album, simplement appelé Elton John.

Mélange de pop-rock, de pop doux et de musique classique qui en fait une révélation internationale et définira son style soutenu par de riches arrangements orchestraux. Son fidèle parolier Bernie Taupin et lui signent une immortelle

Octobre: Tumbleweed Connection.

Étonnant opus folk-rock et country rock voulant rendre hommage au rêve américain de la conquête de l'Ouest sous des structures parfois non conventionnelles. Blues et R & B. Solide et audacieux après deux albums offrant autre chose. Presque soul parfois. 

1971:  Mars: Il signe la trame sonore du film Friends,  et livre un disque en spectacle sur l'album 11-17-70

La trame sonore est entièrement composée par John & Taupin. Surtout instrumentale, parfois chantée. Un morceau sera réutilisé à un moment clé dans l'extraordinaire sérié télé The Wonder Years dans la saison 3. L'album en spectacle est enregistré à la date du titre pour une émission de radio, à NY. Période charnière à l'orée de sa consécration mondiale.

Novembre: Madman Across the Water.

Ironiquement, la chanson titre se trouvait d'abord sur l'album studio précédent. Clôturant l'album avec Mick Ronson, guitariste des Spiders From Mars de Bowie (alors) dans 2 ans. On réenregistre le morceau avec Davey Johnstone à la guitare. Contient aussi une autre immortelle

1972: Mai: Honky Château.

Premier album enregistré au Château d'Hérouxville qui a inspiré la chanson titre. Premier album aussi avec l'excellent band à Elton comprenant Johnstone aux multiples instruments à cordes (les guitares pas le piano), Nigel Olsson à la batterie et aux percussions, Ray Cooper aux congas, et Dee Murray à la basse. Ce band sera capable de jouer n'importe quoi, et se connait si bien qu'ils jouent à la perfections en très peu de prises. Pour quelques albums encore ils seront aux côtés d'Elton. Au moins une autre immortelle.

1973: Janvier: Don't Shoot Me, I'm Only The Piano Player.

Encore enregistré au Château, encore avec son super band, le titre inspiré d'une réplique de films western reflète bien l'ambiance à la fois festive et théâtrale de l'oeuvre. Il est superstar internationale désormais avec l'unique premier morceau que Taupin écrit, inspiré d'un vétéran du Vietnam. Revenu en héros, mais voulant l'anonymité. 

Octobre : Goodbye Yellow Brick Road.

Chef d'oeuvre album double qui sera son plus grand succès commercial, mais qui sera aussi très ambitieux explorant la nostalgie de l'enfance, le cinéma (clin d'oeil au Wizard of Oz dans le titre et la chanson titre) et la perte de l'innocence. Glam, rock, pop, sophistopop, blues, R & B, soul, progressif. Éclectique. Samedi soir c'est Saturday. Dimanche soir c'est Sunday, Lundi soir c'est monday...

1974: Juin: Caribou.

Toujours avec son super band pour un 3e album de suite, il sera enregistré en partie au studio de la formation The Who parce qu'Elton y enregistre le Pinball Wizard qu'il incarnera dans le film de Ken Russell. Décevant pour plusieurs, (la pochette, très certainement) l'album contient toutefois deux incontournables d'EJ en spectacle. Enregistré au Caribou Ranch du Colorado.

1975: Mai: Captain Fantastic and the Brown Dirt Cowboy.

Après le lancement d'une compilation qui sera un des meilleurs vendeurs de tous les temps, encore en compagnie de son fameux band, retour au fameux album qui sera le premier de l'histoire à débuter dès son lancement au #1 des ventes (aux magasins) aux États-Unis. L'album retrace de manière chronologique les débuts difficiles d'EJ et de son parolier Bernie Taupin à Londres. La splendide chanson qui sera l'unique single parle de Long John Baldry, qui par le passé, avait sauvé Elton du suicide, Elton lui piquant alors son nom du milieu pour le restant de sa carrière. (et non John Lennon comme dans le film). Dernier album avec son précieux band. 

Elton change tout sa rythmique, gardant Johnstone & Cooper sur l'album suivant qui contient le mot moves, et affichant pleinement des indices majeurs sur son homosexualité sur la pochette de cet album. 

Qui lui, a 50 ans cette année. En octobre.