samedi 6 juin 2026

Paolo Conte

Né le 6 janvier 1937, à Asti dans le Piémont, ce monument de la chanson est un peu le Leonard Cohen de l'Italie. Souvent décrit comme un crooner, mélancolique, et doublé d'un génie du jazz. 

Avvocato (avocat) de formation, ce pianiste et auteur-compositeur unique a marqué la musique européenne par sa voix rauque, ses textes poétiques et une élégance nonchalante que l'on retrouve encore de nos jours, dans toutes les classes de la société. Son style fusionne jazz, blues, cabaret et tango, créant atmosphère feutrées et effets nostalgiques. À ses débuts, comme Serge Gainsbourg, auquel il pouvait aussi être comparé, il composait des morceaux pour les autres, dans l'ombre des succès.

Dans les années 60, avec son frère Giorgio, il se fait un nom comme créateur à succès. C'est lui qui écrit le célèbre Azzurro, chanté popularisé par Adriano Celentano, en 1968, un tube international qui reste un classique de la chanson italienne. Il signera également des titres pour Caterina Caselli ou Enzo Jannacci

Sous la pression des producteurs, dans les années 70, on le pousse à la scène et aux studios. Pour lui-même. Composant pour lui-même aussi. Lançant un album éponyme en 1974. Sa voix éraillée (pas encore), rappelant celle des fumeurs invétérés, deviendra sa signature. Un mélange de fumée et de décontraction. De chic et de dangereusement mystérieux. Sa première grande percée commerciale survient en 1979, avec l'album Un Gelato al Limon. Il devient alors rapidement synonyme de raffinement, associant des mélodies sophistiquées à des paroles qui dépeignent des tranches de vie, des paysages méditerranéens ou des histoires imaginaires.

En 1981, une de ses chansons fait le tour du monde. Via Con Me. Retitrée en anglais sous le nom de "It's Wonderful". Avec son rythme swing, sa mélodie entraînante et son refrain italo-anglais, la chanson voyage bien  et conquiert le monde. Notamment en France, un pays avec lequel il entretiendra toujours des liens artistiques très forts. Son album de 1981 sera un gros vendeur. Mais ceux de 1987, et de 1990, feront tout aussi bien.

Cette année-là, j'en suis à ma première année d'université. À Sherbrooke. En Études Françaises. Pour la pièce de théâtre de fin d'année, je suis choisi pour incarner un des deux personnages principal de la pièce de théâtre La Grande Magia d'Eduardo de Fillipo. Un auteur/acteur qui avait écrit l'histoire d'un magicien (moi) qui utilisait ses prétendus pouvoirs, afin de cocufier un mari naïf, à qui il promettait de trouver un 3e oeil. 3e oeil, afin de mieux comprendre la vie. Du charlatanisme. Une comédie, mais aussi, une sorte de drame. Un franc succès. Deux maudits beaux personnages. Si intéressants que de Fillipo lui-même, quand il jouait sa propre pièce, passait d'un rôle à l'autre, de semaines en semaines, tellement il aimait les deux personnages qu'il avait créé. 

Notre metteur en scène nous avait demandé d'écouter Paolo Conte pour nous baigner de l'Italien que nous n'étions aucunement (Jones, Charpentier & Leblanc). Je le découvrais alors et ne pouvait m'empêcher de le comparer à Cohen. Dans le style et le ton. Mais plus piano que folk. Son style à lui reste inimitable. Croisement de jazz, de nostalgie, d'humour, de cabaret. Il est un des rares italiens si respecté qu'il est comparé aux grands de la chanson française, des statures comme George Brassens ou Jacques Brel. 

Conte ne se contente pas simplement de chanter. Il peint des images avec ses mots. Son univers est rempli de personnages étranges, de soirées pluvieuses, de voitures anciennes, comme dans La Topolino Amaranto, et de souvenirs de jazz. Il pratique un art du collage ressuscitant des formes musicales anciennes sans jamais tomber dans la caricature. Sa passion pour la peinture et pour le dessin est également un pan important de sa créativité. Souvent explorée à travers des expositions de ses créations et de ses oeuvres sur papier.  

En 2001, il sera fait Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres en France et il reçoit le prix Galileo pour la musique contemporaine, en 2015. 

Même après des décennies de carrière, Paolo Conte est resté fidèle à son style, refusant de suivre les tendances. Des albums récents comme Snob, lancé il y a deux ans, ou le projet expérimental Amazing Game de 2016, montrent sa capacité à se renouveler tout en restant le "maestro" du swing italien. Sa musique continue d'influencer de nouvelles générations et est régulièrement utilisée au cinéma

Il y a 3 ans, il a enregistré un album en spectacle à la prestigieuse Scala de Milan, Alla Scala -Il Maestro è Nell'anima. célébrant ses 50 ans de carrière solo. 

Paolo demeure un artiste discret, préférant l'ombre de son piano à la lumière des projecteurs.

Incarnant à la perfection le charme et l'intelligence de la chanson italienne.

Ses chansons, souvent ironiques et teintées de mélancolie, explorent les amours compliquées, la fuite du temps, et une certaine nonchalance face à la vie. Ses paroles sont des sortes de poèmes cinématographique, influencées par la littérature et le cinéma, créant un pont entre la culture populaire italienne et le jazz international. 

Paolo Conte est plus qu'un chanteur, il est poète du quotidien, un orfèvre de la mélodie et un géant de la musique increvable. Qui continue de fasciner, à 89 ans. 

Et en lequel se reconnaissent encore, les Italien(ne)s. 

vendredi 5 juin 2026

Vénérer le Mal

Il reste toujours difficile, à 151 jours des élections de mi-mandat aux États-Unis d'articuler, un verbe que bien des citoyens des États-Unis ne comprennent pas, pourquoi un nombre toujours beaucoup trop élevé de gens des États-Unis, vénèrent et adulent ce sous homme. Cet homme est soutenu davantage qu'on soutien la démocratie. C'est tout à fait impensable comme imbécilité. 

On le préfère à l'empathie, qu'on vend comme une faiblesse, on le préfère à la liberté, qu'on prend pour acquis, on veut le protéger plus qu'on ne veut protéger les enfants des États-Unis, on accepte sa très potentielle pédophilie, on réduit les droits des Femmes, et JAMAIS le personnage de la bible Jesus Christ n'a été plus accessoirisé pour faire danser les serpents hors du panier. 

Ce gonflable raciste misogyne xénophobe stoopid piece of white trash est celui pour lequel des millions d'Étatsuniens ont sacrifié leurs portefeuilles, leur liberté, leur travail,  leur dignité. C'est icompréhensible.

Et impardonnable pour des décennies de reconstruction à venir, encore.

Si il ne vénère plus le grotesque animal, ils vénèrent ce qu'il représente. Une fortune extrême. Une bigoterie accessoire. Un patriotisme travesti. Un racisme lousse. Une violence verbale décomplexée.  Quand, avant lui, aviez vous vu un homme prétendu sérieux traiter des femmes de cochons, d'idiote ou de stupide (injustement chaque fois) en direct ? C'est tout ce que les moins que rien on toujours souhaité de faire. mais n'ont jamais osé faire en public, et ce démon se le permet ? Rock on, man ! He shoots from the hip!

Il leur permet d'être misogyne et raciste ouvertement. 

Les Britanniques, sur l'ogre, avait ceci à dire après que Charles III soit passé à ses côtés quelques jours. 

Quelques petites choses nous ont sauté aux yeux. Il avait beaucoup de choses qui nous sont assez étrangères en tant que Britanniques. Des qualités qu'on tient généralement en haute estime par chez nous et dans le monde. Il n'a pas de classe. Aucun charme. N'est aucunement cool. Ni crédible. Ne semble avoir aucune compassion. Semble incapable de mots d'esprit. Ne dégage aucune chaleur. Ne semble pas avoir de sagesse. Ni de subtilité. Ni de sensibilité. Ni d'auto-reconaisance. Ni d'humilité. ni d'honneur, ni de grâce ou de finesse. TOUTES des qualités. En tout cas, en Angleterre. 

Ce qui étonne surtout, c'est que ses deux prédécesseurs, Joe et Barack, avaient tout ça. Naturellement. Sans se forcer. C'était en eux. La comparaison est inévitable d'un point de vue britannique. Et le contraste marquant par les limites de ce 47e présdient des États-Unis. 

Les Britanniques adorent aussi rire et sont la niche de grands comiques des 100 dernières années. Bien que le président des États-Unis est risible, il n'a jamais fait rire ou dit quelque chose d'assez drôle pour faire rire spontanément. Non, on ri de malaise et de stupéfaction en se disant est-ce bien ce qui vient de se passer ? Il n'amuse pas. Jamais. Manquer d'humour, d'un point de vue britannique, nous est tout simplement inhumain. Avec lui, il ne semble même pas comprendre comment on fait une blague. Son concept de la blague est de faire un commentaire crasse sur quelqu'un, quelque chose, ou un nouveau mensonge. Une insulte d'ignare. Un propos de cruauté gratuite. Comme un troll. Mais président. 

Et comme tous les trolls, il n'est pas drôle. Jamais. Ne rit pas mais grogne, ricane et se moque de son prochain. Et de manière épeurante, il ne fait pas que lancer des insultes crues et sans imagination, il se convainc que c'est ce qu'il pense d'eux/elles. L'algorithme de sa trop petite tête de noix, est presque un croisement de bot informatique et de jock qui frappe en bas de la ceinture dans le vestiaires ses propres coéquipiers comme ses adversaires. Du bain de méchanceté pure d'agresseur/intimidateur.

Il n'y a jamais de couche d'ironie, de complexité, de nuance ou de profondeur. Tout est là. Tout est surface. Le mensonge commande un titre, pas de développements. Certaines coquilles vides des É-U y voient fraicheur. Pas les Britanniques. On voit un homme sans monde intérieur. Sand âme. Et en général, au Royaume-Uni, on se lie d'amitié avec David et non avec Goliath. Tous les héros britanniques sont des négligés. Robin Hood, Dick Whittington, Oliver Twist, Pas lui. Lui, c'est le méchant.

Parce 100% contraire à eux. Il n'est même pas un enfant riche gâté, mais plutôt un graisseux chat avaricieux, une grosse limace blanche. Un Jabba the Hut du privilège. Et incarne ce qu'il y a de pire aux yeus des Britanniques, un intimidateur. 

Sauf lorsqu'il se trouve entre agresseurs. Il se transforme alors en Mr.Sidekick. Il y a des règles non écrite là-dessus. Les régles du marquis de Queensberry, de la décence. Il les brise toutes. Il frappe en bas de la ceinture. Toujours. Ce qu'un gentleman ne ferait jamais. Surtout les vulnérables et les polus faibles. Les sans-voix. Et les frappe aussi quand ils/elles sont au sol. 

Donc de savoir (comme moi) que facilement 1/3 des habitants des États-Unis se disent "That's my guy" en le voyant. reste estomaquant. Tout le temps. Ce qui confond les gens est que ses défauts sont très apparents, et ses malfonctions ont un impact direct à la pompe, à l'épicerie, au boulot, au sein des rangs militaires dont on sacrifie les soldats.Même ses défauts on des défauts. 

Là se trouvent les couches d'épaisseurs. 


Si Frankenstein décidait de nos jours de construire un humain composé du plus grand nombre de défauts, il nous présenterait Donald J. Trump.

Assurément.  

Et le regretterais ausstôt.

Dans 151 jours, le regret matérialisé ou le mal recyclé ?   

jeudi 4 juin 2026

Capitano Del Titanic Permettendosi un Riposino Al Sole Prima Dell'iceberg

Je suis le plus "chanceux" des hommes. On a eu brièvement, au travail, un supérieur qui n'y est resté que 3 mois. Parce qu'intelligent. Il a tout juste eu le temps d'accepter mes demandes de vacances, qui elles, ne faisaient pas tellement de sens si la compagnie ne se réorganisait pas un peu. 

Ce qu'elle a fait tout croche et trop tard. Je reviendrai dans le chaos absolu. Ils ont engagé deux femmes, mais pas 100% pour notre département. 

 Alice.

Alice calisse. 

Mentalement, je lui ai trouvé ce nom car ce sont souvent deux mots qui me naissent en tête en même temps quand je l'entends de l'autre côté de nos cubicules. Souvent je m'entends même dire mentalement "ne sois pas comme ça...".  Elle est nouvelle. Elle est bruyante. Quand elle s'assoit à son bureau, on ne la la voit pas, mais on a l'impression qu'elle monte une tente. Elle est bien gentille et tout et tout, mais elle bouffe beaucoup de nos énergies. Notre entreprise à franchi le 80% de croissance cette semaine au bureau, et jusqu'à il y a une semaine et demi, on était encore que 8. Là on est 10. Ils ont engagé Alice et Calie. Ça fait du bien un peu de féminin dans notre univers de garage.

Alice est dyslexique. Et s'en excuse souvent quand vient de le temps de justifier toutes sortes de choses. On a dû lui dire de cesser d'en parler car on voulait la sentir acceptée même si dyslexique, mais aussi parce que ça n'excuse pas tout, l'émotivité entre autre, et que ce n'est jamais grave, on ne traite pas dans les vies humaines dans notre entreprise. 

L'imperfection c'est nécessaire mais transformée en incompétence, en mépris ou en auto destruction complaisante, ça grafigne. 

Alice grafigne un peu. Elle parle fort, fait du bruit, déplace de l'air, est impulsive, sacre assez souvent fort, s'impatiente de choses impertinentes, comprend lentement, mais c'est correct, ce qu'on fait peut être compliqué. Elle a un petit côté vulgaire qui la fait parler en mangeant beaucoup trop souvent et ékri un terribe terribe terribe ortograf (sic). La dyslexie ne fait pas beaucoup lire. Et je n'en voudrai jamais à ceux et celles qui écrivent mal, mais dans ses fonctions chez nous, elle doit faire une partie des nôtres. Justement parce que je suis en Italie et que mon collègue sera occupé sur d'autres tâches pendant cette période. Dans nos tâches, on doit corriger les fautes de nos techniciens sur le terrain accompagnant les photos de leurs tâches. Texte que nos clients (les villes) voient. Gênant de lire de grossières erreurs ou des mots phonétiquement écrits. Elle ne pourra pas faire cela. Elle le sait. Elle fuit donc la formation que mon collègue et moi lui faisons. Elle a d'autres tâches, qui l'occupent, mais pas tant. Pendant qu'on déborde. Et comme elle a fui pas mal toutes les formations qu'on lui faisait pour palier mon absence, et qu'on voulait rattraper le retard, il ne restait plus que 15 jours de travail quand on a appris la bombe qu'elle nous as laissé tomber, 9 jours avant que je ne partes.

Calie, c'est l'eau par rapport au feu qu'est Alice. 

Elle est 100% son contraire. La douceur incarnée. Elle parle peu, fait ce qu'il y a à faire, semble aimer ce qu'elle apprend, mais reste la personne la plus docile du bureau. Son tempérament est complètement différent de celui d'Alice, qui peine à lire son prénom car ce sont toutes les mêmes lettres que le sien, mais dans un ordre décomposé et OUI, là, la dyslexie sévit. Alice a donc fait quelques heures en faisant des choses qui ne lui étaient pas assignées, en double. Calie rassure là où Alice inquiète. Je suis partie en Italie avec mon amoureuse et ne tient pas à me faire une charge mentale de ce qui se passe au bureau, Calie m'aide à ne pas penser au bureau, on lui a montré ce qu'on fait pendant 9 jours, elle comprend mieux, vite, et travaille assez bien.

Alice nous as annoncé très tard qu'elle quittait un mois, depuis, le 15 mai, pour une opération et pour sa récupération ensuite. Elle ne me remplacera donc pas du tout, puisqu'on revient en même temps au bureau. Alice avait en revanche avisé la direction, il y a longtemps, ce sont eux les vrais incompétents de ls désorganisation anticipée.

 Je n'ai pas envie de naviguer en Italie, la tête autrement qu'en paix. Pendant que je dégusterai des pâtes al dente sous le soleil de Rome en zone de bombardements "contrôlés". 

Au fond, je devrais remercier la sainte incompétence de mes patrons. En omettant de nous dire qu'Alice s'absentais pour se faire opérer, ils m'ont offert le plus beau des cadeaux de départ: l'immunité totale. Le plant initial de me faire remplacer par un ouragan dyslexique a foiré. C'est Calie qui sera la bouée de sauvetage. Et, avec mon pauvre collègue, tiendra le phare. Pendant qu'Alice soigne son estomac et que la direction cherche probablement le bouton pour allumer ses propres cerveaux, mon collègue et Calie prendront les bouchées doubles 

Quant à moi, je refuse de faire de la rétention d'anxiété. Si le bureau doit brûler, qu'il brûle en italien. Arrivederci, le cubicule. Je ferme mon téléphone, et plonge ma fourchette dans les rigatonis. 

Je laisse le chaos à ceux qui l'on si brillamment planifié.

De toute manière, en Italie, le chaos est part du quotidien.         

mercredi 3 juin 2026

CINEMA PARADISO*******************************8 1/2 de Federico Fellini

Chaque mois, dans ses 10 premiers jours, tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu) je vous parle de l'une des mes 3 immenses passions: Il Cinéma !

Je l'ai surconsommé, le surconsomme encore, l'ai étudié, en fût double diplômé, y ai travaillé, fût primé, puis, j'ai quitté, mais le cinéma ne m'a jamais quitté.

Je vous parle d'un film qui m'a charmé par son histoire, ses interprètes, son sujet, ses thèmes, sa réalisation, sa cinématographie, son originalité, son audace, sa musique, bref, je vous parle d'un film dont j'ai aimé pas mal tous les choix. Je vous parle bien souvent d'un film dont j'ai une copie ne DVD, chez moi.

8 1/2 de Federico Fellini

Immersion totale dans les méandres de la création artistique, cet autoportrait déguisé et pilier de l'histoire du cinéma mondial, gagnera 2 Oscars, celui du meilleur film en langue étrangère et celui des meilleurs costumes. Chef d'oeuvre de noir et blanc et de mise-en-scène, le film, son 8e et demi, capture l'essence même du doute intellectuel et de la crise existentielle.

Ce que traversait Federico, alors. 

1962, FF a alors tourné 6 films, 2 courts métrage (qui font 1) et une co-réalisation (1/2). Ce projet était son 8e et 1/2, le titre de travail qui était d'abord provisoire, semblait alors pertinent à garder, symbolisant parfaitement l'inachèvement et l'introspection de l'entreprise cinématautobiographique. 

L'histoire, signée des mains de Fellini, Tullio Pinelli, Ennio Flaiano et Brunello Rondi, nous fait suivre Guido Anselmi, incarné par Marcello Mastroianni, un réalisateur de cinéma célèbre en pleine crise de la quarantaine. Épuisé par le succès et harcelé par ses producteurs, ses acteurs et ses admirateurs. Guido cherche à fuir. Il s'isole dans une station thermale luxueuse pour trouver l'inspiration pour son prochain film de science-fiction, dont les décors gigantesques sont déjà en construction.


 Le problème est majeur, Guido n'a plus d'idées. Il est bloqué. Autour de lui gravitent les femmes de sa vie: Luisa, son épouse délaissée, Carla, sa maitresse charnelle, Claudia, l'actrice idéale qui incarne la pureté perdue. Submergé par la pression, Guido se réfugie dans ses souvenirs d'enfance, ses fantasmes érotiques et ses névroses religieuses. Mélangeant constamment réalité et imaginaire. 

En 1980, Woody Allen, fan avoué, refait pratiquement le même film, dans le même noir et blanc et reprenant la scène d'ouverture et beaucoup de la trame narrative et de la mise-en-scène, l'orientant vers sa vie post-Oscar, reçu 2 ans avant. Federico, a aussi reçu, en 1956 et en 1957, l'Oscar du meilleur film en langue étrangère

Mais en 1962, il brise la narration traditionnelle linéaire classique. Le Maestro structure du flux de conscience visuel avec la complicité de son as directeur photo, Gianni Di Venanzo. Le spectateur voyage sans transition de la réalité objective de la station thermale aux visions subjectives de Guido. On y traverse le cauchemar initial de l'enfermement quand Guido, coincé dans une voiture au coeur d'un embouteillage, semble l'asphyxier. Il réussit à s'enfuir par le ciel. Retenu au sol par une corde comme un cerf-volant. Métaphore parfaite de son étouffement face aux responsabilités. 

On passe aussi par le harem fantastique. Guido s'imagine maître d'un harem où toutes les Femmes qu'il a aimées ou désirées vivent en harmonie, le vénérant et lui obéissant au doigt et à l'oeil, avant de se rebeller contre son autorité vieillissante. On passe aussi par le souvenir de Saraghina, une danse sauvage sur la plage devant une prostituée un peu grotesque, souvenir d'enfance qui déclenche la culpabilité imposée par son école religieuse. 

Le film est visuellement formidable grâce au travail de Di Venanzo, à la caméra. Les contrastes de noir et blanc sont d'une netteté aveuglante. accentuant l'aspect onirique des décors thermaux. Les mouvements de caméra commandés par Fellini sont fluides, dynamiques et baroques, enveloppant les personnages dans un ballet incessant. 

Marcello Mastroianni, Claudia Cardinale, Anouk Aimée, Sandra Milo, Rossella Falk, Barbara Steele, Guido Alberti, Madeleine Lebeau, Jean Rougeul, Caterina Boratto, Annibale Ninchi, Giuditta Rissone sont cadrés par la brillante caméra de Gianni Di Venanzo. 

La musique de Nino Rota joue un rôle crucial. Sa partition alterne entre des marches de cirque joyeuses, des airs mélancoliques, et des morceaux classiques revisités. Le thème final est devenu l'hymne universel de la magie du cinéma, transformant la confusion de Guido en une célébration festive de la vie.

Le génie du film réside dans sa résolution philosophique toujours pertinente en 2026. Accepter le chaos. Au départ, Guido cherche la perfection et une vérité absolue pour construire son oeuvre. Face à l'échec de cette quête, il réalise que la richesse de sa vie se trouve précisément dans ses imperfections, ses doutes, ses contradictions et le chaos qui l'entoure. Le film se termine par une scène qui deviendra culte. Tous les personnages de la vie de Guido rassemblés, réels et imaginaires. Et une piste de cirque, bien entendu. 

Ne pas chercher la perfection. Aimer les êtres tel qu'ils sont et accepter ses propres faiblesses. Le processus créatif est débloqué non pas par la logique, mais par l'abandon à l'amour. 

Le film a fait naître un sous-genre cinématographique meta-fiction confessionnel, dans les années qui suivront. Son ADN se retrouve en Suède en 1966, en France en 1973, aux États-Unis en 1970, 1979 et 1980,  chez lui, en Italie, en 2013, en Espagne, en 2019, au Mexique, en 2022. Et surement ailleurs. 

En explorant sa propre intimité, Fellini a touché l'universel, Son film reste un miroir ultime de l'artiste face au vide, un hymne immortel au cinéma comme outil de psychanalyse et de rédemption.  

Panne créative devenue tourbillon visuel d'une modernité absolue. Et nouvel Oscar, en 1963. Meilleur film en langue étrangère. 

mardi 2 juin 2026

Livres Nouvellement "Interdits" Dans Certains États (Attardés) des É-U

Voici une liste d'oeuvres littéraires EXTRAORIDINAIREMENT brillante, oeuvres interdites nouvellement, depuis l'arrivée du fascisme, au pouvoir, aux États-Unis, dans certains États, dans les programmes scolaires, âge où il est primordial de se bâtir un soi-même intelligent.  

Il est donc primordial de lire ces livres d'une quelconque manière.

1984 de George Orwell

Dans une société dystopique soumise à la surveillance constante de Big Brother, Winston Smith tente de se rebeller contre le contrôle totalitaire de la pensée. Brillante métaphore du fascisme. Contesté à Jackson, en Floride depuis toujours, restreint dans certains districts, de l'Iowa et du Colorado ou simplement retiré. Les toxiques conservateurs trouvent qu'il est anti-gouvernemental. Ce qui confirme le fascisme au pouvoir.

Animal Farm de George Orwell

Les animaux d'une ferme se rebellent contre leur maître humain pour créer une société égalitaire, mais certains seront plus égaux que les autres. Variation d'une même critique de la dictature, par le même brillant auteur. Dans le comté de Bay. en Floride, the dumbest state, dans le comté de DeKalb, en Georgie, et dans le district de Stonington, dans le Connecticut. on a trouvé que le livre était critique des gouvernements. Parce qu'un peuple doit le vénérer n'est-ce pas ? Même si ce sont des pédophiles, d'incompétents filous et des escrocs.

Brave New World d'Aldous Huxley

Dans une société future gérée par la génétique et le conditionnement mental, les humains sont programmés pour être de parfaits consommateurs dociles anesthésiés par le sexe récréatif et une drogue appelée le soma. Retiré dans le comté de Collier, en Floride, interdit de manière récurrente dans plusieurs districts du Texas, de l'Indiana, et contesté dans le Delaware, on le qualifie d'antireligieux. Et on l'accuse de banaliser le sexe et la drogue. 

Farenheit 451 de Ray Bradbury

Dans un futur dystopique où les livres sont interdits et brûlés (tiens, tiens...) par des "pompiers" Guy Montag remet en question son métier de censeur et rejoint un groupe de résistants qui mémorisent les oeuvres littéraires pour les sauver de l'oubli. Satire de la censure, censurée à Élizabeth, au Colorado, retiré au Texas et en Floride.     

To Kill a Mockingbird de Harper Lee

Dans l'Alabama des années 30, une jeune scout est en admiration (légitime) face à son père, l'avocat Atticus Finch, qui défend un humain à la peau noire accusé à tort du viol d'une jeune fille à la peau blanche. Comme les États-Unis veulent se blanchir, il est retiré à Burbank, en Californie et à Santa Clarita, dans l'État de Washington, à Mukilteo, au Texas, à Biloxi, au Missiissippi et bien sur, en Floride. On y utilise le mot en N, comme on le faisait, dans les années 30. 

The Catcher in the Rye de J.D.Salinger

Un de mes livres préférés à vie, et de l'avis de plusieurs un des meilleurs jamais écrit. Le jeune Holden Caufield (que j'étais) est adolescent désabusé, récemment expulsé de son école, et erre pendant 3 jours dans new York exprimant son dégoût face à l'hypocrisie du monde adulte. On craint comprendre que ce soit une éloge de l'indiscipline et de du décrochage, mais moi, je l'ai lu adolescent et ça m'a remis sur le droit chemin. Banni en Iowa, au Mississippi, au Texas et en Floride.


 Of Mice and Men de John Steinbeck

Pendant la Grande Dérpression, George veille sur son ami Lennie, un colosse au coeur d'enfant souffrant d'un retard mental alors qu'ils errent de ferme en ferme en rêvant d'acheter leur propre terre. Le mot en N y est utilisé car c'était l'époque. Le viol et l'euthanasie sont aussi condamnés à Burbank, en Californie, à Collier, en Floride, au Texas, au Minnesota et en Iowa.

The Grapes of Wrath de john Steinbeck

Mythique et essentiel livre pour comprendre l'exode pendant les sécheresse du Sud dans la Grande Dépression, on y suit une bande de gens de l'Oklahoma en recherche de dignité. Épouvantable, n'est-ce pas ? On y dénonce une métaphore communiste, et la dénonciation du traitement abusif et cruel des migrants. Parce qu'on aime en abuser et être cruel envers les migrants, au Texas, en Floride en Iowa, à Kern, en Californie et à Kansas City.

Lord of the Flies de William Golding

Un groupe de jeunes garçons britanniques se retrouve seul sur une île déserte après l'écrasement de leur avion et régresse rapidement vers la sauvagerie, la violence et la tyrannie. retiré au Texas, en Floride, à Waterloo, en Iowa, en Caroline du Nord et en Ohio parce que la violence y est extrême et la cruauté envers les animaux aussi.   

The Adventures of Huckleberry Finn de Mark Twain

Le jeune Huck fuit son père abusif en naviguant le fleuve Mississippi sur un radeau en compagnie de Jim, un esclave qui lui, fuit pour gagner sa liberté. L'utilisation du mot en N, récurent à cette époque, agace Philadelphie, en Pennsylvanie, Burbank en Californie, le comté d'Acoomack, en Virginie, le Misssissippi et le Texas.  


The Adventures of Tom Sawyer 
de Mark Twain

Le jeune orphelin multiplie les mensonges et les bêtises le long du fleuve du Mississippi jusqu'au jour où ses escapades légères le mènent à témoigner d'un véritable meurtre dans un cimetière.  Le mot en N encore. Je sais que ce serait du changement de texte, mais n'y a t-il pas moyen de tous les changer pour "black" ? C'est ridicule. Ce livre est un chef  d'oeuvre. retiré au Colorado, en Virginie, à New York, en Pennsylvanie et au Texas.

Beloved de Toni Morisson

Dans l'Ohio d'après la Guerre de Sécession, Sethe, une ancienne esclave vit hantée par le fantôme de sa propre fille qu'elle a tuée des années plus tôt pour lui éviter de grandir en captivité. Prix Pultizer, rien de moins, considéré "pornographique" et pouvant stimule l'infanticide, en Floride, au Texas, en Virginie, Iowa et Utah. 

The Bluest Eyes de Toni Morisson

Pecola, une fillette noire de 11 ans, est victime de violence dans les États-Unis des années 40. Elle développe un complexe d'infériorité en grandissant et fantasme sur l'idée d'avoir les yeux les plus bleus de la fille heureuse. Formidable livre. Mais effrayant parce que parlant d'inceste, de viol et d'agression sexuelle dont on ne veut pas entendre parler en Floride, au Nebraska, à Colton, en Californie, au Texas, en Ohio et au Missouri. 

Song of Solomon de Toni Morisson

Quête identitaire de Macon "Milkman" Dead III, jeune afro-américain quittant son Michigan natal pour le Sud des États-Unis afin de retracer l'histoire oubliée et magique de ses ancêtres. Évoquant les tortures raciales passées, les conservateurs préfèrent taire ces moments de leur histoire, dans la Maryland, en Floride, en Georgie, au Colorado et en Indiana. 

Lolita de Vladimir Nabokov

C'est la plus grand des ironies que de voir un livre narré par un adulte, attiré de manière charnelle et sprituelle par une mineure soit interdit en Oregon, au Colorado, au Massachusetts et en Alabama alors que la pédophilie n'a jamais été plus au pouvoir du pays, de manière aussi transparente. 

Ulysses de James Joyce

Puisqu'on y parle de masturbation (quelque chose qui ne doit pas exister, n'est-ce pas ?) le Texas et la Floride l'ont retiré et l'Iowa l'a interdit, ce qui a été renversé en cour, en 2025.

Ce pays régresse à la vitesse d'années lumières.

lundi 1 juin 2026

La South Sea Company

La South Sea Company est l'une des histoires les plus fascinantes et dévastatrices de la finance mondiale. 

Fondée à Londres, en 1711, cette entreprise commerciale britannique est devenue le centre de la première grande bulle spéculative de l'histoire moderne, connue sous le nom de "bulle des mers du Sud". Ce récit mêle géopolitique, manipulation financière, corruption politique et psychologie des foules. 

Tout d'abord, une fausse promesse commerciale. Au début du 18e siècle, la Grande-Bretagne est enlisée dans la guerre de Succession d'Espagne. La dette publique du pays est astronomique. Pour la soulager, le chancelier de L'Échiquier, Robert Haley, imagine un stratagème. Il accorde un monopole du commerce avec l'Amérique du Sud espagnole à une nouvelle entité: La South Sea Company. 

En échange de ce monopole, l'entreprise accepte de racheter une grande partie de la dette publique britannique. Les créanciers de l'État échangent leurs titres de dette contre des actions de la compagnie. Sur le papier, l'affaire semble lucrative. En réalité, elle repose sur un immense mensonge géopolitique. L'Espagne contrôle fermement ses colonies et ses colonies et limite drastiquement l'accès des navires britanniques. La compagnie n'effectuera finalement que très peu de voyages commerciaux. Son véritable produit n'est pas la marchandise, mais sa propre action. 

Le mécanisme de la spéculation s'active alors. En 1720, les dirigeants de la South Sea Company lancent un plan encore plus ambitieux. Ils proposent de prendre en charge la totalité de la dette nationale britannique. Pour convaincre le parlement, l'entreprise distribue d'immense pots-de-vins aux ministres et aux membres de la famille royale. Le projet est adopté en avril 1720. 

Pour rentabiliser l'opération, la compagnie doit faire monter le prix de ses actions. Une machine de propagande redoutable se met en marche. Les directeurs alimentent les rumeurs les plus folles sur les richesses inépuisables de l'Amérique du Sud (comme l'or, l'argent, les plantations). L'engouement est immédiat et irrationnel. Tout le monde veut sa part de richesse. Des nobles de la cour aux domestiques, en passant par des intellectuels célèbres comme Isaac Newton. 

Le cours de l'action explose de manière spectaculaire. En janvier 1720, il passe à environ 120 livres sterling. 4 mois plus tard, ce sont 550 livres sterling l'action. 3 mois plus loin, on frôle le 1000 livres sterling. 

Pour entretenir la hausse, la compagnie permet aux acheteurs d'acquérir des actions à crédit, avec des acomptes minimes. Cette injection massive de liquidités artificielles gonfle la bulle à des niveaux insoutenables. 

Le succès insolent de la South Sea Company suscite des vocations. Des dizaines de compagnies éphémères et frauduleuses voient le jour à Londres. On les appelle les compagnies bulles. Les entrepreneurs de l'époque proposent des projets absurdes comme une entreprise "pour fabriquer une roue à mouvement perpétuel" ou plus célèbre encore, une compagnie "pour mener une entreprise de grande importance, mais que personne ne doit connaitre". 

Inquiète de voir les capitaux se détourner de ses propres actions, la South Sea Company fait pression sur le parlement pour voter le bubble act en juinn1720. Cette loi interdit la création de compagnies par actions sans chartre royale. Ironiquement, en voulant détruire ses concurrents, la compagnie déclenche sa propre perte. Le marché prend conscience du caractère artificiel de toutes ces entreprises. À la fin de l'été 1720, le doute est installé ferme. Les investisseurs les plus prudents, ainsi que certains directeurs de la compagnie, commencent à vendre discrètement leurs titres pour empocher leurs gains. Le manque de liquidités se fait cruellement sentir. Les acheteurs à crédit ne peuvent plus payer. Krach.   

La panique s'empare de la bourse de Londres. En septembre, la bulle éclat brutalement. En quelques semaines, l'action s'effondre pour retomber à 150 livres sterling. Les fortunes d'une vie entière sont réduites à néant  en quelques jours. Isaac Newton, qui y perdit une somme colossale, formula alors sa célèbre réplique "Je peux calculer le mouvement des corps célestes, mais pas la folie des Hommes". 

Le pays plonge dans une grave crise économique et politique. La colère populaire est immense. Le parlement ouvre une enquête qui révèle l'ampleur de la fraude et de la corruption. Plusieurs directeurs de la compagnie sont arrêtés, leur biens sont saisis pour indemniser les victimes, et des ministres sont contraints à la démission. Robert Walpole prend alors la direction du gouvernement et réussit à stabiliser l'économie en transférant une partie des actifs de la compagnie vers la Banque d'Angleterre. 

Contre toute attente, la South Sea Company n'a pas été forcée de disparaitre. Restructurée, débarrassée de ses ambitions spéculatives, elle a continué d'exister comme une société de gestion de la dette publique et de commerce d'esclaves (jusqu'à l'aboliton de ce type de trafic). Elle a finalement été dissoute au 19e siècle. 

La bulle des mers du Sud reste un cas étudié universellement, Elle a démontré comment la cupidité, combinée à l'absence de régulation et à la complicité corrompue de l'État pouvaient mener à la totale chute commune. 

Ce qui guette tous les jours les cryptomanes.