Même si ils n'ont jamais été complètement calculés comme des "suites".
Pour plusieurs de ces artistes, il pouvait y avoir d'autre albums comme "companion albums" comme disent les Chinois.
Par ordre de création:
Rubber Soul & Revolver (1965 & 1966)
The Beatles. Moment charnière dans la carrière des Fab Four alors qu'ils ont rencontré Dylan qui leur a fait réaliser qu'ils pouvaient ouvrir leur sens sur autres choses que les filles. On passe de la pop à l'art en studio. Le premier album amorce ce virage avec une maturité acoustique teintée de folk et des textes plus denses. Du rock aussi. Le second, fait exploser ces barrières en plongeant pleinement dans la pop psychédélique, les doubles sens et les innovations sonores avant-gardistes. Transition parfaite entre écriture intime et révolution technologique. 8 mois et 2 jours entre les deux albums.
Led Zeppelin I & II (1969)
Led Zeppelin. En moins d'un an aussi, on pose les fondations absolues du hard rock moderne. Si le premier album réinvente le blues urbain avec une lourdeur et une puissance électrique inédites, le second durcit le ton en studio à grands coups de riffs massifs et d'hymnes générationnels comme Whole Lotta Love. C'est le passage fulgurant d'un manifeste blues-rock brut sous un rouleau compresseur sonore taillé pour les stades Nord Américains. Lourds nomades.
Low & Heroes (1977)
David Bowie. Coeur de la mal qualifiée "trilogie berlinoise" marquée pas sa collaboration avec Brian Eno, Low est mon album préféré à vie. Si cet album traduit un isolement un peu zen, voir claustrophobe pour certain(e)s, à travers des segments électroniques minimalistes et expérimentaux aux textures instrumentales sombres, l'album suivant, plus berlinois, libère cette tension avec une énergie rock passionnée, symbolisée par son morceau-titre immortel. Et héroïque face au mur de Berlin. C'est l'évolution parfaite d'une introspection communicative. Douloureuse. Qui a fait écho dans ma vie, au bon moment. Menant à la catharsis sonore puissante.
The Idiot & Lust For Life (1977)
Iggy Pop. La renaissance du parrain du punk s'est sculptée dans l'ombre du même David Bowie, la même année hypercocaïnée hyperproductive. Si son premier album solo a beaucoup l'empreinte Bowie (qui a aussi produit les deux albums), dans une modernité industrio robotique et tout aussi claustrophobe, préfigurant le style Cold Wave de Joy Division, le second album, prend le contre-pied total en capturant une liberté sauvage, portée par un rock urgent, instinctif et des hymnes imparables comme The Passenger. C'est le passage fulgurant d'un exil berlinois sombre et expérimental à une célébration viscérale de la survie. C'est aussi la pochette la plus antipunk au monde.
A Farewell to Kings & Hemispheres (1977 & 1978)
Rush. Le trio porte le rock progressif à son zénith absolu, reliant les deux albums par la gigantesque fresque spatiale Cygnus X-1, dont les 4 premiers mouvements ferment le premier album, appelés The Voyage, et les 6 suivants, appelés Hemispheres, forment toute la Face A du second album. La base de cette odyssée place le voyageur au coeur d'un trou noir, le second "livre" ouvre ses portes sur sa résolution mythologique où l'esprit et le coeur s'affrontent. Doublé qui transcende les formats de l'époque, croisant complexité technique ahurissante, synthés flamboyants et récits interconnectés.
Life's Rich Pageant & Document (1986 & 1987)
R.E.M. Quittant légèrement le giron folk-rock jingly jangly, on devient peu à peu géants du rock alternatif. Si le premier clarifie la production et la voix de Micheal Stipe avec un trio de chansons en ouverture tout à fait formidable et des hymnes écologistes et candidement optimistes, le second durcit le ton en adoptant un son de guitare féroce et un propos porté par le cynisme politique. C'est la transition parfaite dans la continuité d'une clarté pastorale rurale vers une puissance rock engagé et agressive. Scott Litt à la production y est pour beaucoup dans l'unification du son qu'avait forgé Don Gehman(et le band d'Athens) sur le premier de ses deux albums.Achtung Baby & Zooropa (1991 & 1993)
U2. Sommet de la réinvention réussie. Berlinoise et Industrio-électro-rock. Si le premier pose les bases de ce virage alternatif expérimental à travers une introspection sombre et sensuelle, le second pousse l'expérimentation électronique à son paroxysme en capturant le chaos de la surinformation médiatique directement en pleine tournée mondiale. Doublé vertigineux qui (re) propulse le band irlandais au sommet du monde musical et le dirige vers un univers futuriste et moderne, audacieux et résolument avant-gardiste.
The Downward Spiral & The Fragile (1994 & 1999)
Nine Inch Nails. Dyptique conceptuel intense et ambitieux qui voit le premier album. enregistré dans la maison où Sharon Tate et ses ami(e)s ont été assassiné(e)s par le clan Manson, orchestrer une spirale aurodestructrice qui se fait l'écho de Reznor, très intoxiqué dans la conception. Brutal, gothique, nihiliste, agressif, le rock industriel mondial en sera secoué. Marilyn Manson n'existe pas sans NIN. Le second album, 5 ans plus tard, tente de recoller les morceaux brisés. Transition d'une mise à mort où on se fait mal pour se faire sentir exister. Violence assez inouïe glissant vers la fresque orchestrale et intime de le reconstruction. Habile.Metallica. Originalement pensé comme album double, on se ravise pensant en offrir trop, trop intensément. Le premier album choque les puristes qui les accuse d'abandonner le trash pour une accessibilité pas toujours souhaitée. Blues et influences sudistes s'y trouvent pourtant. Le second album frappe avec une énergie plus brute, abrasive et expérimentale. Témoignage d'un géant du métal qui brise ses propres codes pour embrasser la maturité et l'expérimentation rock des années 90.Kid A & Amnesiac (2000 & 2001)
Radiohead. Jumeaux utérins issus des mêmes sessions d'enregistrements frénétiques formant le virage électronique le plus radical de l'histoire du rock. Si Kid A propose des fresque minimalistes ambiantes, glaciales et monolithiques qui rejettent les structures traditionnelles pour embrasser L'ADN du Krautrock, Amnesiac recycle ce chaos sous une forme plus fragmentée, chaleureuse et texturée, y injectant des cuivres de jazz funèbres. C'est l'envers et l'endroit d'une même crise existentielle. Le premier observe l'incendie de loin, quand le second brûle de l'intérieur. J'aurais aussi pu placer Ok Computer et In Rainbows, dont le premier pose les questions profondes et le second y répond. Mais les 2 chef d'oeuvres sont séparés par 10 ans.
Love & Theft & Modern Times (2001 & 2006)
Bob Dylan. Ici aussi, j'aurais pu placer Bringing It All Back Home et Highway 61 Revisited, tous deux de 1965 et séparés par seulement 5 mois et 8 jours. Mars et août. Mais j'ai plutôt choisi deux albums d'un certaine renaissance du vieux récipiendaire surpris du Prix Nobel de Littérature. Le premier est un joyau jubilatoire et survolté qui pille joyeusement l'histoire de la musique américaine mêlant ragtime, delta blues, rockabilly, le second poursuit dans la même lignée an faisant dans le groove feutré plus mélancolique et crépusculaire. Passage d'une célébration théâtrale et caustique des racines du pré-rock à une méditation sereine sur le déclin du monde moderne, portée par d'excellent musiciens et une voix de vieux sage rocailleux.Alice & Blood Money (2002)
Tom Waits. Jumeaux théâtraux fascinant de l'homme à la voix trempée dans la cuve de bourbon suspendue dans un fumoir pendant quelques mois puis écrasé par une voiture. Lancés le même jour, ces 2 albums sont nés de sa collaborations avec le metteur en scène Robert Wilson. Alice baigne dans une mélancolie vaporeuse, onirique et feutrée aux accents de jazz de chambre, Blood Money prend le contre-pied total en s'enfonçant dans le style cabaret expressionniste sombre, cynique, brutal et viscéral. C'est l'avers et le revers d'une même pièce de théâtre d'avant-garde. L'un berce l'auditeur dans un rêve poétique perdu, tandis que l'autre l'entraîne dans une marche funèbre grotesque et grinçante.
Ça parait que les arts, la musique, me transportent?
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