mardi 14 juillet 2026

Délices de la Beauté Française

Hier je vous parlais de la laideur américaine.

Aujourd'hui, concentrons nous sur la beauté.

Française. Non pas Léa Seydoux, Emmanuelle Béart ou Isabelle Huppert. Pas la beauté primaire au simple regard.

La beauté sonore de la France. 

Et comme la France a 1545 ans aujourd'hui, les 15 meilleures chansons (15 x45 tours) selon moi.

Subjectivement vôtre.

D'un plouc d'Amérique.

Par ordre de création:

Il n'y a Pas d'Amour Heureux - George Brassens 1953.

À l'origine un poème de Louis d'Aragon, cette oeuvre magistrale mise en musique par Brassens explore la fragilité et la douleur inhérentes aux sentiments humains. Barbara & Françoise Hardy l'ont aussi reprise. La chanson exprime avec mélancolie l'idée que le véritable amour est indissociable de la souffrance et des épreuves du temps. 

Le Déserteur- Boris Vian 1954.

Écrite en pleine guerre d'Indochine, ce chef d'oeuvre antimilitariste prends la forme d'une lettre ouverte adressée à "Monsieur le Président" par un homme refusant de partir au front. Longtemps censurée parce que contreproductive pour le recrutement, et radicalement pacifiste, ce morceau est devenu un hymne international francophone contre l'absurdité guerrière. 

La Chanson de Prévert. Serge Gainbourg. 1961.

En s'inspirant des Feuilles Mortes de Jacques Prévert, Gainsbourg signe un titre mélancolique d'une immense délicatesse sur la nostalgie des amours perdues. C'est l'un des premiers grands succès français qui utilise le prétexte d'une chanson en souvenir d'une autre, afin d'évoquer le temps qui passe.  

La Javanaise - Juliette Gréco. 1963.

Chantée par la grande Juliette, la chanson était signée Serge Gainsbourg, qui n'avait pas fini de signer des succès pour lui-même et pour les autres. Serge est un monument de la chanson française. Greco aussi. On utilise ici le style de danse "Java" et l'utilisation de l'argot javanais pour raconter, avec une élégance poétique infinie, une liaison amoureuse aussi brève que passionnée.  

La Bohème - Charles Aznavour 1965.

Portrait nostalgique de la jeunesse artistique de Montmartre, fauchée mais heureuse et libre. Porté par une interprétation théâtrale et vibrante, le morceau est devenu l'hymne universel d'une époque révolue et le plus grand succès international du grand (mais aussi petit) Charles. 

Ni Dieu, Ni Maitre. Léo Ferré. 1965.

Inspiré de la célèbre devise de l'anarchiste Auguste Blanqui, ce cri viscéral pour la liberté individuelle et le refus des autorités me parle immensément. Et les harmonies me touchent beaucoup. À travers une interprétation habitée et un texte d'une violence poétique rare, Ferré fustige notamment la peine de mort et l'oppression religieuse ou politique. 

La Chanson des Vieux Amants. Jacques Brel, 1967.

Monument de tendresse qui dresse le bilan d'un amour mûr, qui a survécu à 20 ans de tempêtes, d'orages et d'infidélités. L'écriture bouleversante de Brel sublime la routine et l'usure du temps, célébrant la triomphe de la complicité d'un couple sur la passion destructrice des débuts. 

Comme d'Habitude - Claude François. 1967.

Inspirée de sa rupture avec France Gall, cette oeuvre inspirera Frank Sinatra, Elvis Presley,. David Bowie et Sid Vicious. Parmi tant d'autres. Froide lucidité sur le quotidien d'un couple qui ne s'aime plus. 

La Quête. Jacques Brel.1968.

Adaptée de la comédie musicale Étatsunienne L'Homme de la Manche, cette chanson est le testament poétique ultime du courage et de l'idéalisme. À travers la figure de Don Quichotte, Brel y chante avec une force et une intensité théâtrale uniques l'importance de poursuivre ses rêves, mêmes les plus fous, même lorsque jugés, inaccessibles.  

Il est 5h, Paris s'Éveille.  Jacques Dutronc. 1968.

Le rouquin Jacques capture la transition poétique de la capitale entre la fin de la nuit et l'aube, au rythme de la célèbre flûte traversière de Jean-Pierre Rampal. Co-écrite avec Jacques Lanzmann, le texte oppose les fêtards fatigués de la veille, aux travailleurs matinaux des rues de la ville, pour brosser le portrait unique de la vie parisienne.

Le Sud- Nino Ferrer 1975.

Initialement écrite en anglais, cette ballade nostalgique évoque avec mélancolie le souvenir d'un paradis perdu, inspiré par la maison d'enfance de l'artiste en Italie et sa vie en Nouvelle-Calédonie. Porté par une mélodie chaleureuse et planante, ce morceau est devenu l'hymne intemporel de la douceur de vivre et du temps qui s'arrête. 

Mistral Gagnant -Renaud 1985

Ballade intimiste au piano et déclaration d'amour bouleversante d'un père à sa fille, Lolita, face au temps qui s'envole. En évoquant les bonbons disparus de son enfance, Renaud y chante la nostalgie de l'innocence avec une tendresse et une poésie universelles qui ont ému des générations de Français. 

Foule Sentimentale. Alain Souchon. 1993.

Morceau phare de la chanson pop française, critique douce-amère de la société de consommation qui pousse au matérialisme et la superficialité, à travers des paroles d'une grande sensibilité, Alain rappelle notre besoin viscéral d'amour, de poésie et d'idéal face aux illusions de la télévision et de la publicité.

10 Heures en Été. Françoise Hardy. 1996. 

Chanson envoûtante inspirée d'un roman de Marguerite Duras, co-composée avec Rodolphe Burger, chante l'été à l'automne de sa vie, la belle Françoise utilise la métaphore d'un orage d'été dévastateur pour peindre avec gravité la tension, le chaos et la fin imminente d'une histoire d'amour. Sensuel.

L'Horizon. Dominique A.. 2006.

Chanson magistrale, en crescendo, déployant une atmosphère à la fois épurée, et d'une énorme puissance rock. La paysage marin est aussi le mien, issu d'une famille de marins Irlandais portés sur la mer. La mer, symbole incontestable de toutes la liberté, de toutes les possibilités. Dominique A. y chante la fuite du temps, la quête d'absolu, le besoin vital d'espace pour réinventer sa propre existence.

La France a tant d'histoire, impossible de ne faire que 15 sans omettre des tonnes d'autres.

Ne serais-ce que les génies de la musique classique comme Berlioz, Ravel, Fauré, DeBussy, Satie ou Saint-Saëns. Et sans Piaf, le reste est possible ? Et L'Accord Parfait d'Autour de Lucie, 1994, parabole subtile du bonheur ?  AAAAAAAAAAAAArrgh!

Je vous ferai, d'ici la fin de l'année, mes préférées des 20 dernières années, issues de la 5e République.

Entre cousins, malgré les griffes occasionnelles, on s'aime bien.

C'est mon vote pour le Mondial. L'Angleterre a un capitaine ami de l'ennemi mondial Trump, l'Argentine est favorisée par la triche, l'Espagne, ben non pas l'Espagne, LA FRANCE!. 

Le match a lieu aujourd'hui à 15h, heure d'ici. ALLEZ LE 11 FRANÇAIS !!!! 

C'est le jour parfait pour en sortir fier. Même à l'étranger. 

Oh et du coup, bonne fête, encore. 

lundi 13 juillet 2026

Le Malaise de la Beauté Étatsunienne

Il y a des choses qui vieillissent plutôt mal.

Quand Patti Smith a chanté son excellent chanson Rock'n Roll N..., le dernier mot de ce titre, qui est le refrain, était bien le mot en N qu'il fallait cesser d'utiliser. Celui qui parle de la couleur (réelle) de certaines peaux humaines. C'était 1978 et Smith ne voulait pas parler de la race autant que de l'aspect marginalisé des artistes, des rebelles, des exclus de la société. Ce n'était pas 100% habile. La chanson a discrètement été retirée des plateformes de diffusion en 2022, mais reste disponible sur les CD ou les copies de 33 tours originaux. Elle ne la joue jamais en spectacle aussi. Consciente que les époques ont changé. 

Les auteurs sudistes du passé des États-Unis, Harper Lee, John Steinbeck, William Faulkner, Mark Twain (bien que ce dernier ne soit pas issu du Sud) ont tous vu leurs brillantes oeuvres être retirées des lectures obligatoires dans les écoles des États-Unis. Certaines éditions ont remplacé le mot par le mot esclave. Jusqu'à près de 220 fois pour Mark Twain, dans un seul livre. Les moins brillants ont tout simplement banni le livre au lieu d'en choisir les copies qui ont fait des éditions modernes avec un N*** partout où c'est nécessaire. 

Mark Knopfler, chanteur de Dire Straits, chantait "The little faggot got his own jet airplane, the little faggot is a millionaire" sur le plus grand hit du band. Mais 2 mois après la sortie de l'album, il chantait déjà the little maggot (larve) et continuera de le faire tout sa carrière. Il a corrigé aussitôt son récit d'ouvriers enviant les riches gens chez qui ils travaillent, avec le nouveau regard que les gens commençaient à porter sur les homosexuels et le SIDA qui pointait son horrible tête. 

Elvis Costello a aussi été forcé de réécrire un passage de Oliver's Army, Only takes one itchy trigger, one more widow, one less white N*** qui faisait référence à l'armée britannique qui, dans son conflit Nord-Irlandais, voulait rabaisser les catholiques en les appelant ainsi. Comme l'attention n'était plus sur la cruauté militaire, il a choisi d'en changer les paroles par one more widow, another pallbearer

 

Avec la mort de Bonnie Tyler récente, le vidéo de son plus grand succès, Total Eclipse of the Heart, a recommencé à circuler et ça m'a rappelé deux choses. 1- Bonnie est la pire actrice du globe pour jouer le surprise/l'étonnement 2- Il y a malaise quand on voit une femme de 31 ou 32 ans, flirter avec ce qui semble être un étudiant de 15-17 ans. Mais ça peut toujours se défendre. Au collège, on a entre 18 et 22 ans. Il est peut-être collégien. Et l'acteur qui le joue, est visiblement majeur.  


Knopfler est Britannique. Costello. Irlando-Britannique et Tyler était Galloise. C'est en pensant à American Beauty, excellent premier film de Sam Mendes, 5 fois Oscarisé, que le malaise est devenu plus grand. Il a été lancé en 1999. Il y a 27 ans. Tout est des É-U autour de ce film.    

Dans son rapport avec aujourd'hui, il y a profond malaise. 

Le premier niveau d'inconfort vient du télescopage direct entre le personnage et l'acteur. Kevin Spacey incarne Lester Burnham, père de famille en pleine crise de la quarantaine, obsédé sexuellement par Angela, une amie mineure de sa fille adolescente. En 2017, la vague #MeToo a mis en lumière de nombreuses accusations d'agressions sexuelles et de harcèlement contre Spacey, plusieurs impliquant de jeunes hommes, alors mineurs. 

Le second niveau d'inconfort nait de cet effet sociétal, aux États-Unis, qui protège actuellement un lot de prédateurs indéterminés, en position d'influence, qu'on soupçonne tous pédophiles.

Depuis Lolita de Vladimir Nabokov, en 1955, une sorte de banalisation de l'attirance pour les mineures a semblé favoriser la pédocriminalité actuelle. Impunie. Et Mendes, et Alan Ball, son scénariste, ont dit que de nos jours, on ne pourrait pas présenter cette idée et tourner ce film. En tout cas pas de la même manière. 

Dans American Beauty, il y a cette scène qui est le vrai sujet du film. Qui en fait toute sa beauté. Le personnage du fils du voisin de Burnham explique un vidéo qu'il a tourné d'un sac qui vole au vent, à la fille de Burnham. Il conclut que "Parfois, il y a tellement de beauté dans le monde, que j'ai l'impression que je ne peux pas la supporter, et que mon coeur est simplement sur le point de lâcher. 

Je vis le contraire en ce moment en pensant aux États-Unis. Je vis la laideur dans le monde.

Les États-Unis ont tant de beau à offrir mais on semble n'en retenir qu'une malsaine laideur.

Quand j'ai appris que Lindsey Graham, 71 ans, idiot utile au pédoprésident après avoir juré être son ennemi absolu, était décédé, je n'ai pas cherché à savoir de quoi ou comment ou même à ;ire sur sa triste vie. 


Je me suis contenté de penser "Parfait, un de moins"

Et je me suis trouvé laid.   

On a plutôt tous envie de voir la plus belle chose qu'on ai jamais sentie.

Dès aujourd'hui.   

dimanche 12 juillet 2026

Une Année Madonna

Musicalement je ne suis pas immense fan de Madonna. 

Mais je reconnais tout ce qu'elle a accompli dans le monde de la présentation musicale. Elle a décomplexé les femmes par rapport à leurs envies sexuelles, en a surcomplexé des milliers d'autres, et est passée dans le monde visuel et auditif au beau moment. Elle a marqué de toutes les manières possibles. 

Luisa Maria Ciccone n'a jamais aimé être mise de côté dans l'attention publique. Il y a 21 ans, elle lançait Confesssions on a Dance Floor qui revisitait le disco et le dance, et lui faisait faire équipe avec Stuart Price. 

Après les retours récents de Depeche Mode, Duran Duran, The Cure, U2, Rush en tournée et une semaine jour pour jour avant les Rolling Stones, voilà que la Madonne refait un tour de piste de danse avec Confessions II, qu'elle lançait le 3 juillet dernier, refaisant équipe avec Stuart Price. Elle avait tricoté 9 autres albums entre 2006 et 2019, avec majoritairement d'autres bidouilleurs musicaux. Je ne suis pas géant fan de sa musique, mais j'ai une liste de lecture d'1h29 sur mon téléphone. Qui pourrait regrossir si je revisite comme je vous le propose. Une durée raisonnable pour une artiste qui ne l'a (heureusement) pas toujours été. Sur son dernier effort, sa propre fille Lola Leon, Sabrina Carpenter et Stromae font des apparitions. 

Je suis conscient que je ne dois pas strictement vous parler de ce qui me plait, ici. Je le fais souvent d'ailleurs,  je parle constamment de ce qui me déplait (en Amérique du Nord ou ailleurs).  Je n'aime pas que Madonna tente de défier le temps en se surplastifiant le visage. Je trouve dommage. Mais je peux comprendre, quand on vit de son image...

Je vous proposes un 2026 tout en Madonna. Je sais, je sais, je sais, ça aurait été plus simple dès janvier, avant le 7e mois de l'année, mais c'est cette semaine que j'y ai pensé. Et c'est du concept. 12 albums, 12 mois. J'ai fait ça avec U2 et avec Kubrick par le passé. (Il me semble) 12 mois de Madonna, selon moi.

Janvier rebelle.

Rebel Heart (2015)

Étonnamment candide et tard dans sa carrière, croisant vulnérabilité avec une sorte d'acharnement sonique, un côté taureau qui fonce qu'elle a eu pas mal toute sa carrière, ce 13e album s'assume pleinement. Elle a même un morceau, peut-être inspirée de la frenchée Britney, qui s'appelle Bitch, I'm Madonna. Co-produit par Diplo, Sophie Xeon, Avicci et Kanye West et avec comme invité(e)s, Mike Tyson Nicki Minaj, Nas et Chance The Rapper.    

Février filmé. 

MDNA (2012)

Conçu et enregistré pendant le tournage de son premier long métrage comme réalisatrice, les producteurs sont multiples en Alle & Benny Benassi, Demolition Crew, Free School, Micheal Malih, Indiigo, William Orbit, Martin Solveig. M.I.A et Nicki Minaj y font des présences. Osée musique dance électronique, pop encore très assumée. 

Mars bédéesque.

I'm Breathless (1990)

Cette musique inspirée du film Dick Tracy, dans lequel elle tournait avec son Adonis d'alors, Warren Beatty, était un détour assisté de Stephen Sondheim, aux arrangements et à la production, un essai hors de la musique pop qui offrira quand même un immense morceau mondial. Une de ses immortelles.

Avril disco.

Confessions on a Dance Floor (2005)

Oui, Abba emprunté. Album absolument conçu pour les clubs de danse. Deux décennies plus tard, son single où elle emprunte au groupe Suédois reste un de ses plus rassembleurs. Intergénérationnel. Et ne peut que donner envie de taper du pied.

Mai maverick.

Music (2000)

À mon avis, un de ses meilleurs efforts musical. Son 8e album lui fait jouer de la guitare comme une grande. William Orbit était alors au sommet de son art de producteur/arrangeur. Mirwais Ahmadzaï y est aussi pour beaucoup à la programmation, aux guitares et aux claviers. Michel Colombier fait aussi des arrangements. Madonna se réinvente de manière lisse et tout à fait à la hauteur des musiciens auteurs compositeurs de tous sexes. 

Juin sexy.

Erotica (1992)

Lancé en même temps qu'elle faisait sa promotion de son livre érotique Sex, elle est à son plus défiant et plus provocateur alors, enveloppant cet album d'une sexualité certaine, taboue, cool, house-pop assez minimal, sensuel assurément, sexe et romance au temps du SIDA, multiples kinks, et homophobie sont traités comme sujets. LL Cool J et Kool & The Gang seront échantillonés et Shep Pettibone et Andrew Betts y signent leurs empreintes de producteurs/compositeurs. 

Juillet bleu.

True Blue (1986)

Nancy voulait me faire plaisir, à 14 ans et à mon anniversaire, m'avait donné cette cassette (er celle d'Europe). Elle savait se me faire plaisir de bien des manières. Son sommet commercial avec pas moins de 5 hits sur 9 morceaux. Dont une de mes préférées, sinon ma préférée de la Madonne, pour le film dans lequel jouait son chum Sean, son frère Chris et Christopher Walken. Album ensoleillé comme l'été. 

Août lumineux.

Ray of Light (1998)

La maternité (1996) et le style électronica a réinventé Madonna complètement. Travaillant avec William Orbit, trip hop, électronique, techno-pop. new age se croiseront. Madonna embrasse la spiritualité hindouiste et le bouddhisme tout en pratiquant le yoga Ashtanga. Babyface et Patrick Leonard commence l'album avec elle avant qu'Orbit ne s'impose par son talent. Plusieurs considèrent cet album comme son meilleur. 

Septembre dans la chambre.

Bedtime Stories (1994)

Volontairement plus doux suite aux bruits causés par son livre et son disque érotique et ses rôles très sexuels, au cinéma, elle infuse un peu plus de swing, co-écrit la chanson titre avec Björk, travaille avec Herbie Hancock et encore Babyface. R & B & pop gomme baloune.

Octobre sobre.

Like a Prayer (1989)

L'album qui pour plusieurs, a fait passer Madonna la star pop était transformée en Madonna l'artiste. Elle mêle gospel, rock, confessions multiples, foi, famille, sexe et profondeur innocente et assumée. Plusieurs considèrent que c'est son premier grand album.

Novembre ambre.

Madonna (1983)

Où tout a commencé sur les pistes de danse et dans les clubs. Déjà, à 24 ans, elle montrait un instinct pop naturel, doublé d'une présence vidéo, vite stratégiquement utilisée. Ou tout à fait naturelle. Madonna, peu importe ce qu'on en pense à beaucoup fait pour la confiance féminine, les homosexuels et l'acceptation de tabous mondiaux. Dangereuse pour certain(e)s, mais encore docile, en 1983.  

Décembre cambre.

Like a Virgin (1984)

L'album qui l'a mondialement lancée. La production de Nile Rodgers le plaçait lui aussi au sommet des producteurs recherchés après ses consécutifs succès avec David Bowie, Duran Duran et INXS. Ce nouvel éclat brillant nous présentait à la fois innocence et provocation. Brouillon de ce qui allait suivre. 

Inoubliable pour l'ado de 12 ans que j'étais. 

En route pour un pèlerinage pop, volontaire ou non. 

12 mois pour faire la paix avec celle qui refuse de vieillir, mais qui refuse surtout de se taire.  

Sortez vos justaucorps, le reste de cette année pourrait s'annoncer longue, mais diablement rythmée.

Peut-être, étonnamment, plus sexuelle...

Pas pour rien que Prince a aussi travaillé avec elle...

samedi 11 juillet 2026

Marty Feldman

L'une des figures les plus singulières, reconnaissables, surbversives, qui vous disait tout de suite, dans les années 80, dans les clubs vidéos que vous auriez à composer avec une comédie ou un film d'horreur si il était en couverture de copie VHS, était scénariste, acteur au magnétisme étrange. et réalisateur audacieux. Il a marqué la culture populaire par son physique atypique et son sens aigu de l'absurde. Derrière des yeux exorbités, qui sont devenus sa signature visuelle mondiale, se cachait un esprit brillant, profondément influencée par le surréalisme, la tradition du music-hall et un anti conformiste assez féroce.

Martin Albert Feldman est né en 1934, dans le East End de Londres, au sein d'une famille d'immigrants Juifs d'Europe de l'Est. Son enfance est marquée par la pauvreté, les bombardements de la Seconde Guerre Mondiale et une scolarité forcément chaotique, car brisée entre ses 5 et 10 ans. renvoyé de plusieurs écoles, il quitte le milieu scolaire dès ses 15 ans. Avec une seule ambition: devenir trompettiste de jazz.

Il l'apprends et joue dans des clubs de seconde zone, réalisant rapidement que son véritable talent est qu'il réussit à beaucoup faire rire. Il se développe une envie d'écrire de la comédie. C'est à la suite d'une maladie de la thyroïde (la maladie de Basedow), combinée à un grave accident de voiture et à une opération chirurgicale ratée au niveau des yeux, que son physique se transforme radicalement. Ses yeux deviennent exorbités et asymétriques. Loin de s'apitoyer sur son sort, Marty choisit de faire de cette anomalie, sa force et son plus grand atout comique. 

Avant de crever l'écran, Feldman fait ses armes dans l'ombre comme scénariste pour la radio britannique et la télévision. Il fait équipe, dans les années 50 et 60 avec Barry Took. Ensemble, ils écrivent des sketches pour des émissions de la BBC qui deviendront cultes comme The Army Game et surtout, Round to Home, une émission de radio révolutionnaire qui repousse les limites de la censure conservatrice d'alors. On utilise entre autre le terme polari, un mot londonien codé pour parler (et se moquer comme le voulait alors les moeurs) des homosexuels. Leur humour absurde sera quand même d'une grande modernité. 

Le grand public lui découvre le visage en 1967, grâce à l'émission At Last the 1948 Show, émission conçue par d'anciens étudiants de Cambridge et d'Oxford et qui réunit entre autres artistes les futurs Monty Python John Cleese et Graham Chapman. Marty y démontre une agilité physique d'un burlesque saisissant, rappelant les génies du cinéma muet comme Buster Keaton. C'est dans ce programme qu'est créé le sketch Four Yorkshiremen, où 4 hommes rivalisent d'exagération sur la misère de leur enfance passée, une idée qui sera reprise chez les Monty Pythons, quelques années plus tard. 

Le succès de sa présence est immédiat. La BBC offre à Feldman sa propre émission pour la saison 1968-1969. Ce show croise humour absurde, critique sociale et surréalisme. Elle lui vaudra 2 BAFTA. Sa notoriété est nettement installée, à 36 ans, au Royaume-Uni. Feldman y peaufine son personnage d'anarchiste poétique, capable de briser le 4e mur d'un simple regard oblique vers la caméra, créant une complicité unique avec les spectateur/téléspectateur. 

Son talent traverse l'Atlantique et attire l'attention de Mel Brooks. Qui vient tout juste d'avoir un siècle. L'acteur, auteur, réalisateur le choisit pour le rôle du bossu Igor (prononcé volontairement Eye-Gor avec ses yeux...) dans Frankeinstein Junior, en 1974. Une parodie des films d'horreur des années 30. Ce rôle à lui seul le fait entrer dans la culture populaire. Aux côtés de Gene Wilder et Peter Boyle, Marty improvise une large partie de son rôle au plus grand plaisir de Mel Brooks, et du public, au final.  Quand le personnage de Gene Wilder lui parle de sa bosse, il improvise "quelle bosse?". Sa réplique "Walk this way" où Igor montre à marcher de manière boiteuse à Gene Wilder inspirera la formation Aerosmith a en adopter le titre. Le succès du film de Brooks est tel qu'il réinvite Feldman à jouer dans son film Silent Movie. Un vibrant hommage au cinéma muet. Ce format convient parfaitement à celui qui s'exprime d'abord pas son visage à l'expressivité exceptionnelle. 

Fort de sa célébrité. il n'a quand même pas envie de toujours jouer les faire valoir comique. Il souhaite passer derrière la caméra pour exprimer sa propre vision du monde. Profondément anti capitaliste, anti-institutionnelle et teintée d'humour noir. En 1977 il réalise et interprète le "beau" légionnaire dans The Last Remake of Beau Geste. Une parodie iconoclaste des films d'aventures coloniaux. Le film est un succès commercial modéré mais témoigne de son audace visuelle et de son mépris pour le militarisme.

En 1980, il réalise In God We Tru$t, une satire féroce de la religion, ridiculisant la business des télé-évangélistes crasses,  des États-Unis. Trop provocateur, cynique et pointant du doigt les É-U, le film ne marchera pas là-bas. Feldman y exprime ses convictions les plus profondes et personnelles. Un dégoût viscéral pour l'hypocrisie des puissants et une empathie totale pour les marginaux. 

Il vie une vie effrénée et consomme jusqu'à 5 paquets de cigarettes par jour. Tout en buvant excessivement de café, ce qui fragilisé précocement sa santé. Le 2 décembre 1982, en tournage dans le film de son ami Graham Chapman, Yellowbeard, au Mexique, il est victime d'une crise cardiaque qui le fauche du monde des vivants à seulement 48 ans. 

Sa mort subite si vite choque le monde du spectacle. Mel Brooks le pleure publiquement et dit avoir perdu un grand génie comique irremplaçable. Feldman est enterré au cimetière de Forrest Lawn, tout juste à côté de la tombe de son idole absolue, Buster Keaton. 

Marty Feldman n'était pas qu'un acteur comique au physique mémorable, il était architecte de rire moderne. Symbole d'adversité intelligemment renversée. Faisant le pont entre la tradition britannique du music-hall et l'humour absurde qui gagne aussi l'Amérique du Nord. Son trajet pave la voie à des générations de comédiens qui su transformer leurs singularités physiques ou leurs névroses en forces créatives. 

Plus de 40 après sa disparition, son regard unique, je choisis mes mots, continue de hanter et de faire rire les cinéphiles du monde entier, rappelant que la normalité, n'est souvent que plate illusion. 

Marty Feldman aurait eu 92 ans, mercredi dernier. 

Contrairement à la croyance populaire, il avait tant de personnalité. de sens de la répartie, et était si agréable de compagnie qu'il avait beaucoup de succès auprès des femmes.

Comme quoi l'esprit charme parfois autant que "l'emballage".