Je l'ai surconsommé, le surconsomme encore, l'ai étudié, en fût diplômé, y ai travaillé, en fût récompensé, en suis sorti, mais le cinéma n'est jamais sorti de ma personne.
Je vous parle d'un film dont j'ai aimé l'histoire, l'originalité, le sujet, la réalisation, le cinématographie, les interprètes, le décor, la mise-en-scène, l'audace, bref, je vous parle d'un film dont j'ai aimé pas mal tous les choix.
Je vous parle cinéma.LE SAMOURAÏ de Jean-Pierre Melville.
Considéré comme père spirituel de la Nouvelle Vague Française, Jean-Pierre Grumbach, dit Jean-Pierre Melville était un grand réalisateur français. Il était un rare réalisateur à rallier succès critique et succès populaire tout en restant cinéaste indépendant. C'est lui qui a dit à Jean-Luc Godard de monter son film À Bout de Souffle de la manière que JLG l'a fait, en en gardant seulement ce qui lui plaisait et accélérait le rythme. Faisant inventer à Godard la technique du "jump cut" qui a depuis fait école.
Melville ne tournera que 3 autres films après celui-là, ayant écrit le début d'un 4e, il meurt d'un anévrisme au cerveau en train de manger avec l'auteur Phillipe Labro, à 55 ans, seulement, en 1973, Labro tentant de compléter le film, sans y parvenir.Le 11e de ses 14 long-métrage sera radical. Presque ascétique. Il marquera le film policier français et le film noir moderne (alors). C'est moins un polar classique qu'une méditation sur la solitude, la rigueur et la mort, portée par une mise en scène guidée d'une précision presque obsessionnelle.
Dès les première minutes, le ton est donné. Un appartement gris, presque vide, une homme immobile, un voix off minimale. Les dialogues seront aussi rares. Le silence est un langage. Rien n'est plus payant pour téléspectacteur que d'être forcé de se concentrer sur celui ou celle qui pense à l'écran. L'investissement est alors total. Tout est en regards dans ce film, Entre Delon et sa femme (alors) Nathalie, très jolie, à seulement 25 ans. Entre Delon et la pianiste Cathy Rosier. Chaque geste de Jef Costello (Alain Delon) est mesuré, répété, ritualisé. le film avance au rythme de cette mécanique froide, fascinante, parfois déroutante. Le jeu de Delon est délibérément minimaliste. Le Clint Eastwood français est d'une élégance austère. Il incarne un personnage réduit à son devoir, sa fonction. Une sorte de mort en attente. Melville ne copie pas Hollywood, il l'épure, le refroidit, le dépouille.Le scénario de comptes à rendre reste assez simple. Sert une obligation à la réflexion sur l'isolement et l'inuléctabilité. Jef Costello est condamné, tel un samouraï, à sa fidélité et à une règle intérieure impossible à transgresser. Comme des tonnes de Républicains, aux États-Unis, en ce moment, il se punit de sa loyauté .
Le film a la grâce des films qui n'ont rien à prouver. Le silence n'est pas un manque mais une discipline. Melville force le spectateur à être présent, attentif au moindre geste, au moindre regard. On ne consomme pas le film, on l'habite. La cinématographie du grand Henri Decäe, est froide et épurée. Les gris, les bleus, la pluie, l'éclairage naturel, fort à la Nouvelle Vague, les rues qui créés des espaces mentaux d'époque et de lieux qu'on a pas nécessairement connus. Une France figée au moment même où elle existe. Delon est un code d'honneur incarné. Jef Costello n'explique rien, il fait. Tout est dans la posture. La lenteur. La répétition rituelle. Sur la mort. C'est presque zen.Moins il y a de mots, plus il y a de règles. Et quand ces règles se fissurent, le monde s'effondre. C'est ce que Melville tourne. On ne reconnait pas l'époque si on ne l'a pas connue, on reconnais le sentiment. Cette sorte d'état intérieur du travailleur mort en dedans, parce qu'étouffé de devoir. Paris y est abstrait.
Troublant et très beau à la fois. Un accès à une mémoire empruntée, à une émotion qui te précède. Ce film est hanté et nous habite, une fois vu.
Il m'a fait penser à Lutnick, Grahan. Leavitt, Patel, Bondi, Noem, Hegseth, DJT, Miller, Johnson, tout cet empire du mal.
Leur loyauté devrait leur être un jour, fatale.