Enfin libre!
J'ai finalement fait le grand saut.
Après de multiples plaintes que je vous ai fait de mon travail au bureau, j'ai finalement choisi de prendre le large. On m'a aidé. Restructuration, nouveaux rôles, nouvelles insultes aux intelligences, cette fois, j'ai dit non. Plongeon.
Je ne travaille plus depuis jeudi le 17 septembre dernier. Ils ne sont intéressés que par les chiffres. Ne savent donc aucunement ce que nous faisons. Nous sommes deux dont les rôles ont été effacés. Je m'y attendais. Après plus de 9 ans chacun, on voyait venir. Je me disais qu'on attendait tout juste la fin de la période chaotique de vacances pour nous renvoyer. On voyait les rénovations qui se faisaient au bureau et quand venait le moment de demander où on serait situé, nous deux, ça restait vague. J'en ai parlé à mon collègue. Il ne m'avait pas cru. Est forcé de le faire maintenant. Il prend ça plus mal que moi. Pourtant, il est 12 ans plus jeune que moi. Comme ils ne s'intéressent qu'aux chiffres, ils n'ont jamais voulu savoir complètement ce qu'on faisait. On leur montrait et on voyait que ça les ennuyait vite. Ça ne correspondait pas à ce qu'ils avaient imaginé et ils semblaient ranger dans la catégorie "on verra ça plus tard". Ce plus tard ne nous comprenait pas dans leurs plans. Deux personnes qui ne nous connaissent pas nous ont annoncés la suppression de nos rôles. On nous as surtout dit, on a des plans, vous êtes pas dedans. Rôles supprimés.L'histoire de ma vie.
J'ai été camelot jusqu'à mes 16 ans. Inutile de vous préciser que les journaux, avec le temps, se sont peu à peu éteints. Mon beau-père est l'un des rares à encore insister pour son journal du weekend. L'unique copie papier des deux jours du weekend.
À 16 ans, nos parents achetaient un chalet au lac St-Joseph qui nous plaçait alors à une minute de marche dans le bois avec un camp de vacances populaire. Les trois enfants que nous étions, Moi, à 16 ans, J.J. à 15 et Greenjelly à 13, on a tous travaillé à ce camp. D'abord dans les cuisines en raison de nos jeunes âges, mais par la suite, comme animateurs/animatrices de camps, puis formateurs/locateurs de voiliers/embarcations marines/planches à voile dans le site adjacent du même camp. De 16 à mes 20 ans, j'y ai travaillé. Ce camp a fermé peu de temps après que j'ai quitté pour étudier hors du 418. C'est devenu des sites ont y a construit des chalets pour y vivre. Au moins 5 ou 6 sur toute l'étendue du terrain qu'était ce camps d'été.À 20 ans, j'étais en amour, et à l'université. Et en logement à payer. À Montréal. Pour le payer je devais aussi travailler. Je travaillais dans un cinéma. Le cinéma du Complexe Desjardins. Avec mon co-locataire. Par pur hasard. On avait tous les deux appliqués au même endroit à des moments différents et avions été passés en entrevue sans mentionner que nous étions co-locs. Quand l'appel est venu, j'ai répondu au téléphone le premier.
"Oui! Bonjour est-ce que je parles à Hunt...EUH! Goyette?"
J'avais eu le temps de me réjouir un peu intérieurement tout en restant déçu presqu'aussitôt, comprenant que c'était lui qu'on avait choisi. Je lui passais le téléphone et il confirmait. Il avait été choisi pour y travailler. Goyette me disait qu'il lui avait dit qu'il devait en appeler un autre et il n'avait pas fini sa phrase que le téléphone resonnait. La même voix me disait "Hunter Jones ?" j'ai confirmé, oui. "Je viens tu d'appeler deux fois à la même place moi, là ?" Oui, je confirmais. On allait avoir du fun tous les deux au Complexe. Cinéma fermé depuis. Mon amoureuse viendrait nous rejoindre à Montréal par la suite. Les étés, j'étais plus intense. De jour, endormi généralement. Au Complexe Desjardins de 17h à 22h. Schindler's List pendant presque 2 ans. Puis travailleur de nuit dans un club vidéo 24h de 22h30 à 8h le matin. À Verdun. Donc oui, je dormais de 9 à 15h genre. J'avais même réussi à y faire travailler Goyette et mon amoureuse. Du fameux temps aussi. Des tonnes de fun.Les clubs vidéos sont morts.*
Mes études universitaires se termineraient...en traduction. Un métier maintenant mourant.
Je suis constamment là où ça va s'éteindre. Je regarde cette maison qu'on a acheté tout juste avant (pendant?) la pandémie, et qui m'avait généré une demie tonne de stress. Si vous me lisez vers 2019/2020, vous verrez que je ne voulais pas mériter ma maison. Je réalises que je gère cette maison comme l'unique autre qu'on a eu. n'utilisant pratiquement qu'une seule pièce. Comme si j'étais en condo. Je réalises aussi que j'utilise la porte de côté plus souvent que la porte de devant.
Ça faisait 9 ans que je travaillais là où je le faisais. Je comptais quitter d'ici décembre. On s'était même pris un spectacle le samedi 5 décembre anticipant que serait la party de Noël d'une entreprise que je veux quitter depuis 2 ans, que ce serait traitre de ma part d'y aller. Ils ont précipité les choses. Depuis le 17, je n'y travailles plus. 18 au matin, j'ai ramassé ce qui y trainait encore. Weekend, on était à Québec. Punkee est en stage à l'hôpital et c'est intense. Je n'ai pas envie de fragiliser quoi que ce soit.
Je cache encore tout ça.Je me lève encore à 5h du matin, me fait des lunchs, quitte pour le stationnement de la bibliothèque, m'y rendort un peu, lit. Y écoute des balados le temps que ça ouvre. Me suis délocalisé sur mon téléphone. Mais suis en mesure de voir où se trouve l'amoureuse et Punkee. je connais l'horaire de Punkee qui se rapprochait du mien. Pour les 3 prochaines semaines. Mais l'amoureuse travaille parfois de la maison. Comme maintenant. Je vous écrit de la bibli.
Et y fait mes recherches d'emploi.
Je ne sais pas comment je garderai le secret encore longtemps.
J'aimerais (naïvement) trouver avant.
Je me couche dans un cercueil connu. Mais pas à 54 ans...
*je les faire revivre en bibli!