Le titre de la chronique est inspiré de 4 albums que j'ait tant écouté dans ma vie que j'en connais tous les airs, toutes les paroles, toutes les nuances, tous les tons et tous les sons. Bref, cette musique est désormais composante de mon ADN.
Par ordre de création:
Blonde on Blonde de Bob Dylan
The Idiot d'Iggy Pop
Low de David Bowie
The Unforgettable Fire de R.E.M.
B.I.B.I. c'est moi. C'est aussi la terminaison du mot habibi voulant dire en langue arabe: Je t'aime.
Musique, je t'aime.
THE DOWNWARD SPIRAL de NINE INCH NAILS.
Grâce à Pretty Hate Machine, lancé en 1989, et au mini album Broken, offert 3 ans après le groupe de Trent Reznor s'impose tranquillement comme l'un des fers de lance du rock industriel. Avec ce second album studio, NIN ne cherche plus à choquer ou à innover; Il ambitionne de créer une oeuvre conceptuelle totale, une descente psychologique méthodique vers l'autodestruction.
L'album est enregistré en grande partie dans une maison de Los Angeles tristement célèbre, le 10050 Cielo Drive, lieu du meurtre horrible de Sharon Tate, enceinte de 8 mois et demi, de Jay Sebring. Wojciech Frykowski, Abigail Folger et Steven Parent aux mains des disciples du clan Manson. Reznor y installera un studio appelé "le Pig" par clin d'oeil macabre au mot "Piggies" qu'avait écrit sur les murs les assassins avec le sang des victimes. Deux titres utiliseront aussi le cochon. Ce choix n'est pas anodin. Il participe à une construction précise d'un univers claustrophobique, hanté, presque ritualisé. L'artiste travaillera presque dans un isolement complet, s'entourant d'une équipe technique réduite, principalement le producteur Flood, et l'ingénieur de son Alan Moulder.
Sur le plan sonore, The Downward Spiral pousse plus loin que jamais l'hybridation entre rock, métal, musique industrielle et électronique. Reznor accumule les couches de guitares saturées, les boites à rythmes abrasives, les textures bruitistes, les échantillonnages distordus. Chaque morceau est conçu comme une étape d'un récit interne.
L'album suit la trajectoire d'un narrateur anonyme sombrant dans la dépression, la perte de repères, la violence et la dissolution de l'identité.
Certains titres sont une explosion de fureur mécanique, tandis que d'autres associent groove synthétique et provocation sexuelle. Reznor clôt avec un chef d'oeuvre de dépouille d'instrumentation, un moment de confession fragile et désespéré senti. L'architecture globale de l'album est cruciale. Il ne s'agit pas d'une collection de singles, mais d'un parcours narratif cohérent où les transitions sonores jouent un rôle essentiel. Il y a équilibre entre brutalité et sophistication dans cette production industrielle qui fait distinguer cet album des autres, en 1994. Reznor, formé au piano, et féru de composition, structure méticuleusement ses morceaux. Dans le vacarme sonore se cache une véritable science des dynamiques. Une alternance des silences et des explosions. Une variations des textures. Un contraste entre mélodies accrocheuses et distorsions abrasives.
Pour enregistrer ceci, Trent a écouté obssessivement Low et The Wall et on entend l'influence de David Bowie ou de Pink Floyd dans son ambition conceptuelle. Russell Mills signe l'identité visuelle de l'album.
Aliénation, haine de soi exorcisée, sexualité compulsive, religion, violence, les thèmes sont huile pour le feu. Vulnérabilité extrême. Imagerie surréaliste. L'album sera majeur dans les années 90. Sans cet album, Marilyn Manson n'existe pas. À une époque marquée par le post-grunge, une année qui verra son leader en mourir, la désillusion sociale est au rendez-vous. Une de ses chanson sera réinventée par l'univers du monde country, confirmant la capacité de transcender les genres pour celui qui finira pas se spécialiser dans la musique de films, de nos jours. Le succès de cet album confirmera la spirale du succès qui le terrorise autant qu'elle le fascine.
Pour amateurs de Marilyn Manson, Ministry, Deftones, Radiohead période Ok Computer, rock industriel, metal industriel, rock alternatif, musique électronique expérimentale, ambiente sombre, noise.
Pas aussi déprimant qu'exorcisant.
Suffit de choisir son angle de réception.
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