Avvocato (avocat) de formation, ce pianiste et auteur-compositeur unique a marqué la musique européenne par sa voix rauque, ses textes poétiques et une élégance nonchalante que l'on retrouve encore de nos jours, dans toutes les classes de la société. Son style fusionne jazz, blues, cabaret et tango, créant atmosphère feutrées et effets nostalgiques. À ses débuts, comme Serge Gainsbourg, auquel il pouvait aussi être comparé, il composait des morceaux pour les autres, dans l'ombre des succès.
Dans les années 60, avec son frère Giorgio, il se fait un nom comme créateur à succès. C'est lui qui écrit le célèbre Azzurro, chanté popularisé par Adriano Celentano, en 1968, un tube international qui reste un classique de la chanson italienne. Il signera également des titres pour Caterina Caselli ou Enzo Jannacci.Sous la pression des producteurs, dans les années 70, on le pousse à la scène et aux studios. Pour lui-même. Composant pour lui-même aussi. Lançant un album éponyme en 1974. Sa voix éraillée (pas encore), rappelant celle des fumeurs invétérés, deviendra sa signature. Un mélange de fumée et de décontraction. De chic et de dangereusement mystérieux. Sa première grande percée commerciale survient en 1979, avec l'album Un Gelato al Limon. Il devient alors rapidement synonyme de raffinement, associant des mélodies sophistiquées à des paroles qui dépeignent des tranches de vie, des paysages méditerranéens ou des histoires imaginaires.
En 1981, une de ses chansons fait le tour du monde. Via Con Me. Retitrée en anglais sous le nom de "It's Wonderful". Avec son rythme swing, sa mélodie entraînante et son refrain italo-anglais, la chanson voyage bien et conquiert le monde. Notamment en France, un pays avec lequel il entretiendra toujours des liens artistiques très forts. Son album de 1981 sera un gros vendeur. Mais ceux de 1987, et de 1990, feront tout aussi bien.
Cette année-là, j'en suis à ma première année d'université. À Sherbrooke. En Études Françaises. Pour la pièce de théâtre de fin d'année, je suis choisi pour incarner un des deux personnages principal de la pièce de théâtre La Grande Magia d'Eduardo de Fillipo. Un auteur/acteur qui avait écrit l'histoire d'un magicien (moi) qui utilisait ses prétendus pouvoirs, afin de cocufier un mari naïf, à qui il promettait de trouver un 3e oeil. 3e oeil, afin de mieux comprendre la vie. Du charlatanisme. Une comédie, mais aussi, une sorte de drame. Un franc succès. Deux maudits beaux personnages. Si intéressants que de Fillipo lui-même, quand il jouait sa propre pièce, passait d'un rôle à l'autre, de semaines en semaines, tellement il aimait les deux personnages qu'il avait créé.
Notre metteur en scène nous avait demandé d'écouter Paolo Conte pour nous baigner de l'Italien que nous n'étions aucunement (Jones, Charpentier & Leblanc). Je le découvrais alors et ne pouvait m'empêcher de le comparer à Cohen. Dans le style et le ton. Mais plus piano que folk. Son style à lui reste inimitable. Croisement de jazz, de nostalgie, d'humour, de cabaret. Il est un des rares italiens si respecté qu'il est comparé aux grands de la chanson française, des statures comme George Brassens ou Jacques Brel. Conte ne se contente pas simplement de chanter. Il peint des images avec ses mots. Son univers est rempli de personnages étranges, de soirées pluvieuses, de voitures anciennes, comme dans La Topolino Amaranto, et de souvenirs de jazz. Il pratique un art du collage ressuscitant des formes musicales anciennes sans jamais tomber dans la caricature. Sa passion pour la peinture et pour le dessin est également un pan important de sa créativité. Souvent explorée à travers des expositions de ses créations et de ses oeuvres sur papier.En 2001, il sera fait Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres en France et il reçoit le prix Galileo pour la musique contemporaine, en 2015.
Même après des décennies de carrière, Paolo Conte est resté fidèle à son style, refusant de suivre les tendances. Des albums récents comme Snob, lancé il y a deux ans, ou le projet expérimental Amazing Game de 2016, montrent sa capacité à se renouveler tout en restant le "maestro" du swing italien. Sa musique continue d'influencer de nouvelles générations et est régulièrement utilisée au cinéma.
Il y a 3 ans, il a enregistré un album en spectacle à la prestigieuse Scala de Milan, Alla Scala -Il Maestro è Nell'anima. célébrant ses 50 ans de carrière solo.
Paolo demeure un artiste discret, préférant l'ombre de son piano à la lumière des projecteurs.Incarnant à la perfection le charme et l'intelligence de la chanson italienne.
Ses chansons, souvent ironiques et teintées de mélancolie, explorent les amours compliquées, la fuite du temps, et une certaine nonchalance face à la vie. Ses paroles sont des sortes de poèmes cinématographique, influencées par la littérature et le cinéma, créant un pont entre la culture populaire italienne et le jazz international.
Paolo Conte est plus qu'un chanteur, il est poète du quotidien, un orfèvre de la mélodie et un géant de la musique increvable. Qui continue de fasciner, à 89 ans.
Et en lequel se reconnaissent encore, les Italien(ne)s.