Sur le chemin du ciel, il fait l'arrêt traditionnel, sur le nuage de Saint-Pierre, qui l'accueille, mais sans trop de protocole. Truchon demande aussitôt.
"Bonjour, je crois comprendre que je suis sur le chemin du paradis, Monsieur...St-Pierre je présumes ?..."
"De père en fils depuis des générations" a confirmé Saint-Pierre, jetant son mégot de cigarette dans un cendrier de verre. "Vous avez le droit de fumer ici, au bureau ?". demanda Truchon."Je travaille dehors monsieur...Cruchon...je fais bien ce que je veux dans le plein air céleste. "
"Truchon !" a corrigé Truchon.
"Vous vous trompez toutefois, on ne va pas directement au paradis lorsque décédé. ce sont des concepts terrestres dépassés, nous nous sommes modernisés, vous devrez passez une journée en enfer et une autre, au paradis, et ensuite, vous décidez lequel vous plairait le plus. "
"Oh ! O.k. si c'est comme ça, allons-y...on commence par quoi ?""Par l'enfer " a dit Saint-Pierre en envoyant l'ascenseur au sous-sol, dans les limbes. Truchon descendit dans les profondeurs, sans trop savoir à quoi s'attendre. Il s'imaginait toute sortes de choses, mais ne s'attendais absolument pas à ce qu'il allait trouver sous son regard, à la sortie de l'ascenseur.
Un immense terrain de golf d'un vert espoir alors qu'on avait toujours imaginé l'enfer rouge et noir, infernal, alors que le paysage qui se dessinait devant lui était tout ce qu'il y avait de plus encourageant. En regardant plus précisément, il y trouvait soudainement plein d'ami(e)s disparus aussi, des frères, des soeurs, même quelques femmes qui semblaient flirter avec lui. On allait s'amuser ferme à jouer au golf ensemble, boire, manger, festoyer toute la journée et la soirée, perdre absolument la notion du temps tellement on était bien tous ensemble.Comment le paradis pouvait dépasser les attentes maintenant ?
Quand Saint-Pierre a ramené Truchon aux nuages d'entrée, l'a remonté au paradis, il l'a alors envoyé, par l'ascenseur, par en haut. Où Truchon a vu les portes s'ouvrir sur des anges lui jouer sa musique préférée, a vu une autre fête se poursuivre, une nouvelle version d'un même plaisir que retrouvé en enfer,
Mais étrangement. un peu moins bien que tout ce qu'il avait connu la veille.
Quand Truchon est revenu vers Saint-Pierre ils ont eu cette conversation:
"Bon...je devine que maintenant je dois choisir entre l'enfer ou le paradis, c'est bien ça Monsieur Sainte-Bière" a dit Truchon"Saint-Pierre!" a corrigé Saint-Pierre.
"Oh pardon ! Vous m'avez appelé Cruchon l'autre tantôt, j'ai le droit de me tromper aussi alors, vous me pardonnez ?"
"Ça aussi c'est dépass,,,(excédé)Vous savez le nombre de gens que je vois dans une journée mon ami ? dans un mois ? Dans une année ? et vous savez dans combien de langues différentes ?" répondit Saint-Pierre, irrité.
"Ça va, ça va, je devine que le travail reste ingras..." a dit Truchon, compréhensif."Alors ?" a repris son souffle, St-Pîerre, solennel. "On a fait son choix ?"
"Je penses que oui" a dit Truchon. "J'ai bien aimé le paradis, mais je crois vraiment avoir préféré l'enfer...bizarre, non ?"
"Il ne faut jamais se prétendre bizarre, ce sont toujours les autres qui vous trouvent bizarre" a répondu Saint-Pierre. "C'est pas moi qui le dit, c'est le grand Frank, qui avec nous depuis un bout de temps." a conclu Saint-Pierre.
"Sinatra ?" a demandé Truchon.
"Non, Zappa". A répondu, Saint-Pierre. "Alors ? on a choisi l'enfer ?"
"Oui" A confirmé Truchon.
Saint-Pierre l'a alors envoyé par l'ascenseur bien bas dans les tréfonds, où soudainement, l'air devenait de plus en plus nauséabond.En effet, quand les portes se sont ouvertes, la puanteur et la saleté étaient totales. les gens si laids et édentés, Presque tous avec une casquette rouge ou avec un gilet sur lequel était inscrit ICE. Des marchands de glace a présumé Truchon. Cette fois l'enfer ressemblait vraiment à l'enfer. Il faisait trop chaud, c'était étouffant, invivable. On disait même que la seule station de sports sur les télévisions était TVS Sports.
Ça ne pouvait pas se passer comme ça. Il avait droit à un appel à Saint-Pierre, mais pas de changer de décision, il était trop tard.
Il l'appela promptement."Mais qu'es-ce qui se passe ? j'ai visité complètement autre chose l'autre jour, je ne peux pas passer le reste de mes jours ici !"
Saint-Pierre lui a alors expliqué:
"Hier on était en campagne de présentation, aujourd'hui, c'était le vote."
Truchon avait beau s'en vouloir, il s'était commis. À vie. Mort.