Il y a ce commerce tout près, mal situé, trop près d'un boulevard où on passe trop vite et presque directement dans le quartier industriel. La cour arrière est en fait, carrément le quartier industriel et en face, c'est aussi le quartier industriel alors aussi bien dire que ce commerce, de restauration, est littéralement DANS le quartier industriel.
Auparavant c'était une branche de franchisé de restauration rapide connue au Québec. Franchisé qui, contrairement aux autres de la même bannière, s'offrait aussi comme bar sportif. Deux grands écrans géants, peut-être trois, et plusieurs tables, un endroit idéal pour des partys de compagnie, ce que je soupçonne qui soit maintes fois arrivé. Une des fois que je m'y suis rendu, c'était plein de gens qui avaient des allures de motards, mais dehors, dans le stationnement très visible du boulevard, il n'y avait absolument aucune moto. Peut-être tous le même genre de voitures, je ne sais trop, je ne suis aucunement la référence en ce qui concerne les voitures ne connaissant jamais spontanément l'année de la mienne. Question d'intérêt. Mais cette fois, pour une rare fois, c'était tout à fait plein. De mâles surtout. Qui m'avaient remarqué entrer justement car ce devait être un moment où tout le monde se connaissait, mais ne me connaissait pas, moi. Quand j'y allais, c'était toujours pour une commande à prendre et aller manger chez moi. Seul, avec les enfants, avec la belle et les enfants. Plus je vieillis, plus c'est comme ça, si il y a eu un temps où je voulais qu'on me remarque partout, j'en suis rendu à l'âge où j'ai surtout envie d'anonymité. Presque partout. Même au bureau. Où j'ai le bureau...HAHA!...le cubicule!, le plus dans le coin, et je fais mes affaires tranquilles. Mais chrissement occupé. Quand je me rendais à ce resto, pour un pick & go, j'espérais l'impossible. Être ce client anonyme qui commande, prend, quitte. Mais non. Y avait jamais personne dans cet endroit trop grand. Des fois, le samedi soir, je pouvais voir la fille, dans la trentaine, qui opérait la caisse et une table où y mangeaient quelques gens en regardant le match des Canadiens de Montréal sur grand écran. Si je ne me trompes pas, une table de billard y était aussi. Elle ne manquait personne qui entrait dans le resto. Son partenaire/collègue/patron/employé, beaucoup plus imposant physiquement, sortait aussi de la cuisine et venait voir qui arrivait. On me parlait comme si on était mon ami. On faisait des blagues. On voulait en savoir trop pour quelque chose que je ne voulais que transactionnellement drabe. C'était inconfortable de SURservice à la clientèle. Trop. Et ce qui m'affectait davantage, pour ces 2 jeunes trentenaires, c'est que je me voyais. Ils travaillaient trop forts pour ce que ça devait leur rapporter. Le peu de fois que j'y ai été, ils m'ont fait de surplus dans la cuisson qu'ils m'ont gentiment ajouté dans mea commandes sans que je leur demande et la technique était bonne. J'y suis retourné parce que justement, c'était sympathique de leur part, ils cuisinaient fort les eaux de la sympathie pour le client. et même cette fois où il y avait tous ces pas-motards-mais-qui-en-avaient-tous-l'air, tout le monde m'avait remarqué arriver, commander et sortir. La familiarité était obligée. Je disais avoir un peu pitié d'eux qui ne devaient pas arriver aux fins de mois. Ce qui a été confirmé il y a quelques mois, les proprios ont changé, c'est maintenant une enseigne qui me semble grecque. On tout rénové. C'est presque chic. Y a la face du nouveau proprio à même l'enseigne. Ils sont si neufs qu'ils n'ont pas de menu sur le net et leur adresse est l'ancienne (ils ont en quelque sorte déménagé), Je passe tous les matins et tous les 15h30 devant. Samedi dernier, on a eu envie de "manger mou". J'y suis donc allé. Encore naïvement pensant que j'y serais anonyme. PFFFFFFFFFFFFFFFFFF! il n'y avait qu'une auto dans le stationnement. Probablement celle du jeune couple à l'intérieur. Du frère ou de la soeur. Des deux jeunes, dans la vingtaine cette fois, qui m'ont accueilli. pas avant que je ne bouge mes clés du comptoir pour faire sentir ma présence dans cet endroit si désert. Encore. Il y avait un menu sur papier que je consultais pour m'occuper. Mais quand j'ai passé nos commandes, elle est restée devant moi pendant que le gars cuisinait nos plats. Ça m'a semblé éternel. Je n'avais pas envie de small talk. Je voyais bien qu'ils allaient vouloir vendre eux aussi, un jour. Ils semblaient si surpris de me voir, et si convaincus qu'il n'y aurait personne qu'un de leur téléphone cellulaire trainait sur une table près de la porte et un autre sur le comptoir, loin de la caisse.J'ai accepté de payer nos petites poutines beaucoup trop chers parce qu'ils ne feront pas tant d'argent. 16.5 $ Tout en me disant ce qu'on devrait tous tout le temps se rappeler: LES RESTAURANTS SONT UN LUXE. Mais mon grand coeur avait encore pitié de ces pauvres investisseurs. Tout en me disant tout le temps, if you can't take the heat, get out of the kitchen.
Le lendemain, autre ton. Magasin grande surface dont je tairai le nom. Là où paie une carte annuelle pour avoir le luxe de payer pour toutes sortes de choses.
Malgré les écouteurs, sollicité à l'entrée, sollicité aux caisses, sollicité à la sortie.Hostie. Sur une chanson de The Cure dont je vous demande d'écouter attentivement les deux dernières lignes. Je vous invite aussi à visionner ce que le personnage du capitaine Rex Kramer a fait dans le film Airport, en 1980.
J'y ai songé. Cessez de nous harceler, il n'y a aucune chance que vous ne vouliez nous faire des aubaines. C'est soit A) vous pourrez dépenser plus ou B) on va faire plus d'argent avec vous. Y a pas de C. FUCK OFF!
Prochaine fois, je traine ma canne de RAID.
