Comme je l'ai revisitée en voiture et au travail, en m'étendant là où nous souvenirs deviennent des îles flottantes, la nuit, j.ai rêvé à plusieurs d'entre eux/elles. Et ils m'ont parlé.
J'ai d'abord croisé Bashung. Alain. Il était près du lavabo. Fond du couloir 3e porte à droite. C'est pas toujours cohérent les rêves. Il m'a dit:
"Ton époque est comme un paysage brumeux, Jones (il me connaissait!), saturé d'écrans bleus et de silences numériques qui font pourtant tant de bruits. Les mots circulent trop vite. Il s'usent avant même d'être aimé. Vous manquez de mystères, mais débordez de signaux. Les foules sont connectées, seules, sous les néons, cherchant dans la lumière crue des algorithmes."
Il m'a murmuré, grave et tendre, "Le vertige est toujours là, simplement passé en haute définition".
Les voleurs d'amphores du fond des criques nous tiennent. Ivres de jour et de nuit.
Puis, là où semblait se trouver un bar, David Bowie, vers l'àge de 27 ans (cohérence encore qui fuit) en Ziggy Stardust, il buvait quelque chose de foncé. Servi par le comité des cygnes. Il m'a dit : "Ton époque est comme un scène mouvante où chacun change de masque à la vitesse du scroll. L'identité est fluide, mais surveillée par des miroirs numériques. C'est fascinant de voir l'humain se métamorphoser ainsi. L'angoisse climatique se drape dans des paillettes qu'on ne prend pas au sérieux. Vous dansez au bord du chaos."
Et avec un sourire oblique, il m'a soufflé que "L'étrangeté n'a jamais aussi nécessaire pour rester vivant"
Ce qu'il n'était plus.Sortant du bar, qui fume tout près ? Lou Reed. Trottoir humide, volutes bleutées de cigarette, néons. À 30 ans ou quelque chose comme ça. (cohérence ?)
"La ville n'a pas changé" a dit son spectre. "Toujours les mêmes fantômes, mais mieux connectés. La ville a simplement appris à se vendre de meilleures manières. Les solitudes numériques sont devenues les nouvelles addictions. Y a encore des héros dans les marges. Loin des filtres et des slogans. La vérité est encore trop peu virale. Seulement humaine "
Dans une lumière pourpre m'est ensuite apparu Prince."L'âme se négocie trop vite en données" m'a-t-il dit. "L'intelligence artificielle ne remplacera jamais le feu. Le groove doit rester. Le futur appartient à ceux et celles qui osent rester indomptables"
J'ai pas osé lui demander si il était dans son "Something else" son afterworld.
J'ai peut-être eu un oeil vitreux à ce moment. J'ai tant d'admiration pour ces gens, et ils me parlaient tous comme si ile me connaissaient, si lucidement.
Puis, en tournant la tête. Dolores O'Riordan et Sinead O'Connor. J'ai pris un dernier verre avant la guerre avec les deux. Dolores était d'une douceur inquiète, sentant les échos de conflits nord américains. "La colère change de forme" a-t-elle dit. "Les blessures collectives ne disparaissent pas sous les filtres. On a encore besoin de chanter pour ceux et celles qui crient sans être entendus dans le vacarme du bruit de 2026. La mémoire est un acte d'amour et de résistance." Sinead, à ses côtés, a levé les yeux sur le mot résistance. A tout de suite enchainé:"La vérité dérange toujours mais aujourd'hui elle se noie dans le bruit permanent. J'applaudis ceux et celles qui dénoncent les abus, le courage a un prix. La foi n'est pas un refuge, mais une lutte intime au milieu du tumulte. Rien n'est plus radical que la vulnérabilité assumée." a-t-elle conclu. Faussement fragile.
Puis, finalement, Ian Curtis me regardait de loin, dans l'ombre. Je me suis levé de notre table et me suis rendu à lui.
"L'isolement n'a pas disparu" m'a-t-il aussitôt dit. "Il s'est simplement connecté sur le monde entier. Les villes sont plus vastes. les chambres toujours aussi étroites. Le flux continu de la surnotification se fait entendre. Le battement mécanique d'une anxiété collective aussi. La transmission reste fragile mais cherche toujours à passer."
Je me disais qu'il fallait probablement que je sorte de ce rêve quand je suis arrivé face à face avec Robin Williams. Il m'a pris par les épaules comme le professeur Keating l'aurait fait en 1987, et m'a dit, "Le monde s'est peut-être accéléré, mais le remède reste le même. Un peu de folie bienveillante, beaucoup d'écoute, et le courage de rire même quand le coeur tremble".
J'ai voulu lui demander pourquoi il n'avait pas trouvé ce courage, le 11 août 2014.Mais me suis réveillé.
Avec deux chats qui avaient faim et qui me ronronnaient avec intérêt dans le visage. Et si leurs têtes ne forçaient pas contre ma main pour que je les flatte, ils me léchaient la face. Langue qui venait peut-être de...enfin...
Ce roi et cette reine, quadripèdes à poils, me rappellent constamment que le mystère persiste toujours. Même si on pense connaître ceux et celles qui nous parlent, sans techniquement, nous parler. Ils/elles gardent leur part secrète, intacte.Qu'un David du Montana savait habilement tourner.
Et qui continue à nous manquer.