mardi 9 juin 2026

Le Vote

Un politicien de renom, appelons le Truchon, est impliqué dans un accident de la route et en perds la vie.

Sur le chemin du ciel, il fait l'arrêt traditionnel, sur le nuage de Saint-Pierre, qui l'accueille, mais sans trop de protocole. Truchon demande aussitôt.

"Bonjour, je crois comprendre que je suis sur le chemin du paradis, Monsieur...St-Pierre je présumes ?..."

"De père en fils depuis des générations" a confirmé Saint-Pierre, jetant son mégot de cigarette dans un cendrier de verre. "Vous avez le droit de fumer ici, au bureau ?". demanda Truchon. 

"Je travaille dehors monsieur...Cruchon...je fais bien ce que je veux dans le plein air céleste. "

"Truchon !" a corrigé Truchon. 

"Vous vous trompez toutefois, on ne va pas directement au paradis lorsque décédé. ce sont des concepts terrestres dépassés, nous nous sommes modernisés, vous devrez passez une journée en enfer et une autre, au paradis, et ensuite, vous décidez lequel vous plairait le plus. "

"Oh ! O.k. si c'est comme ça, allons-y...on commence par quoi ?"

"Par l'enfer " a dit Saint-Pierre en envoyant l'ascenseur au sous-sol, dans les limbes. Truchon descendit dans les profondeurs, sans trop savoir à quoi s'attendre. Il s'imaginait toute sortes de choses, mais ne s'attendais absolument pas à ce qu'il allait trouver sous son regard, à la sortie de l'ascenseur. 

Un immense terrain de golf d'un vert espoir alors qu'on avait toujours imaginé l'enfer rouge et noir, infernal, alors que le paysage qui se dessinait devant lui était tout ce qu'il y avait de plus encourageant. En regardant plus précisément, il y trouvait soudainement plein d'ami(e)s disparus aussi, des frères, des soeurs, même quelques femmes qui semblaient flirter avec lui. On allait s'amuser ferme à jouer au golf ensemble, boire, manger, festoyer toute la journée et la soirée, perdre absolument la notion du temps tellement on était bien tous ensemble. 

Comment le paradis pouvait dépasser les attentes maintenant ? 

Quand Saint-Pierre a ramené Truchon aux nuages d'entrée, l'a remonté au paradis, il l'a alors envoyé, par l'ascenseur, par en haut. Où Truchon a vu les portes s'ouvrir sur des anges lui jouer sa musique préférée, a vu une autre fête se poursuivre, une nouvelle version d'un même plaisir que retrouvé en enfer, 

Mais étrangement. un peu moins bien que tout ce qu'il avait connu la veille. 

Quand Truchon est revenu vers Saint-Pierre ils ont eu cette conversation:

"Bon...je devine que maintenant je dois choisir entre l'enfer ou le paradis, c'est bien ça Monsieur Sainte-Bière" a dit Truchon

"Saint-Pierre!" a corrigé Saint-Pierre.

"Oh pardon ! Vous m'avez appelé Cruchon l'autre tantôt, j'ai le droit de me tromper aussi alors, vous me pardonnez ?"

"Ça aussi c'est dépass,,,(excédé)Vous savez le nombre de gens que je vois dans une journée mon ami ? dans un mois ? Dans une année ? et vous savez dans combien de langues différentes ?" répondit Saint-Pierre, irrité. 

"Ça va, ça va, je devine que le travail reste ingras..." a dit Truchon, compréhensif.

"Alors ?" a repris son souffle, St-Pîerre, solennel. "On a fait son choix ?"

"Je penses que oui" a dit Truchon. "J'ai bien aimé le paradis, mais je crois vraiment avoir préféré l'enfer...bizarre, non ?"

"Il ne faut jamais se prétendre bizarre, ce sont toujours les autres qui vous trouvent bizarre" a répondu Saint-Pierre. "C'est pas moi qui le dit, c'est le grand Frank, qui avec nous depuis un bout de temps." a conclu Saint-Pierre.

"Sinatra ?" a demandé Truchon.

"Non, Zappa".  A répondu, Saint-Pierre. "Alors ? on a choisi l'enfer ?"

"Oui" A confirmé Truchon.

Saint-Pierre l'a alors envoyé par l'ascenseur bien bas dans les tréfonds, où soudainement, l'air devenait de plus en plus nauséabond. 

En effet, quand les portes se sont ouvertes, la puanteur et la saleté étaient totales. les gens si laids et édentés, Presque tous avec une casquette rouge ou avec un gilet sur lequel était inscrit ICE. Des marchands de glace a présumé Truchon. Cette fois l'enfer ressemblait vraiment à l'enfer. Il faisait trop chaud, c'était étouffant, invivable. On disait même que la seule station de sports sur les télévisions était TVS Sports.

Ça ne pouvait pas se passer comme ça. Il avait droit à un appel à Saint-Pierre, mais pas de changer de décision, il était trop tard.

Il l'appela promptement.

"Mais qu'es-ce qui se passe ? j'ai visité complètement autre chose l'autre jour, je ne peux pas passer le reste de mes jours ici !"

Saint-Pierre lui a alors expliqué: 

"Hier on était en campagne de présentation, aujourd'hui, c'était le vote."

Truchon avait beau s'en vouloir, il s'était commis. À vie. Mort. 

lundi 8 juin 2026

Films d'Arnaques

Un film de "braquage" , (Heist movie), que je rebaptise ici "film de cambriolage" est un genre cinématographique centré sur un groupe de personnes qui planifie, exécutent et tentent de s'échapper après un vol ou une arnaque complexe. 

Les filous sont partout.

Les éléments du genre comprennent généralement un groupe d'experts dans un domaine précis, recrutés pour leurs compétences uniques comme un hacker, un dynamiteur, un perceur de coffre, un électricien ou un conducteur. Dans Breaking Bad, un prof de plate chimie.  Rendue spectaculaire. Ce type de film expose des plans, une phase d'explications détaillée, parfois improvisée avec des schémas, souvent contredite par un imprévu. Un twist surviendra. Un retournement de situation final où l'on découvre que le spectateur (ou la police) a été trompé. 

Quelques classiques incontournables modernes sont:

Ocean's 11 (2001)

À peine sorti de prison, le charismatique Danny Ocean recrute 11 spécialistes de haut vol pour un coup légendaire dans 3 casinos de Las Vegas appartenant à un homme d'affaires sans pitié. Glamour, technologies de pointe et numéros d'illusions, l'équipe orchestre la casse du siècle sous le nez de la sécurité.

Heat (1995)

À Los Angeles, un criminel méthodique et perfectionniste dirige une équipe de braqueurs d'élite sur des coups de haute volée. Ses activités attirent l'attention d'un vieux lieutenant de police qui sacrifie tout, obssédé par sa traque. Parfait film de chat et de souris, splendide cinématographique, distribution parfaite. Réalisation majeure.   

Un voleur d'élite, capable de s'infiltrer dans les rêves de ses cibles pour y subtiliser leurs secrets les plus profonds, se voit offrir une chance de racheter sa liberté. Sa mission ne consiste pas qu'à voler une information, mais à en implanter une nouvelle dans l'esprit d'un héritier d'empire. Pour réussir cette arnaque mentale, il doit s'enfoncer dans les méandres du subconscient. 

Un groupe de criminels qui ne connaitront que par nom de couleurs, est engagé pour un hold-up qui tourne au bain de sang. Intelligente présentation narrative qui suggère plus qu'il ne montre. Distribution parfaite. Sensationnellement violent. Mais drôle aussi. Les survivants du coup réalisent que la police avait été prévenue et qu'un traitre est parmi eux.   

Une équipe Sud-Coréenne se joint à une équipe de Hong Kong pour un braquage de diamants estimé à quelques 20 millions de dollars. Entre ancienne rancoeurs, alliances fragiles et motivations secrètes, cette casse vertigineuse se transforme rapidement en un jeu de dupes mortel où chacun joue sa propre carte.

9 Reines (2000)

Deux arnaqueurs de Buenos Aires s'associent par hasard pour une opportunité unique: vendre une liasse de faux timbres rarissimes appelés "les 9 reines" à un riche collectionneur pressé. Dans une ville au bord de la crise, ils doivent improviser un coup de génie en moins de 24 heures. Mais de ce milieu où tout le monde ment, la frontière entre les prédateurs et les victimes devient rapidement invisible.

Baby Driver (2017)

Un jeune chauffeur souffrant d'acouphène et le soignant en synchronisant sa musique préférée sur ses courses/poursuites est forcé de travailler pour un redoutable boss du crime. Il planifie de tout plaquer le milieu quand il rencontrera la femme de sa vie. Son ultime braquage sera épique.

Des incontournables passés mais non moins remarquables sont:

Dog Day Afternoon (1975)

Étonnamment comique, et inspiré d'un réel fait divers, deux paumés braquent une banque maladroitement et y restent coincés dans une guerre de nerfs avec la police qui tente de négocier de l'extérieur tandis qu'eux sont avec les otages à l'intérieur. 

Le Cercle Rouge (1970)

Un voleur à peine libéré de prison et un détenu en cavale s'associent par hasard pour réaliser un cambriolage dans une bijouterie de luxe de Place Vendôme. Un ancien policier d'élite alcoolique devient un de leur complice, Et un commissaire de police patient resserre l'étau sur eux. Delon, Volonté, Montand, Bourvil parfaits. 

The Killing (1956)

Second long-métrage de l'extraordinaire Stanley Kubrick, un criminel chevronné tout juste sorti de prison planifie un coup audacieux: dérober 2 millions dans les coffres des courses à l'hippodrome. Mais cupidité et trahisons au sein de l'équipe torpille l'opération préparée avec une précision chirurgicale.

Du Rififi Chez les Hommes (1955)

Après 5 ans de prison, un vieux truand malade et fatigué accepte de diriger un cambriolage audacieux dans une bijouterie parisienne ultra sécurisée. Jules Dassin tourne une légendaire scène de plus de 30 minutes sans dialogue. Tension splendide. Jalousie, envie, erreurs, gang rivale, seront de la partie.

The Asphalt Jungle (1950)

John Huston tourne un chef d'oeuvre racontant un brillant cerveau criminel à peine sorte de prison rassemblant une équipe de spécialistes pour cambrioler une bijouterie, mais une suite d'imprévus, de trahisons, de faiblesses humaines vont faire trainer tout ça dans le chaos de la jungle urbaine. 

Double Indemnity (1944)

Billy Wilder signe un bijou du genre improvisé, une histoire signée Raymond Chandler. Un agent d'assurance craque pour un femme qui souhaite se débarrasser de son mari. Ils y parviennent ensemble. Mais un collègue du meurtrier, inspecteur en assurances, n'est pas aussi dupe que la police. 

Dial M For Murder (1954)

Un ancien champion de tennis britannique découvre que sa riche épouse le trompe avec un auteur de romans policiers des États-Unis. Il recrute un ancien camarade pour assassiner sa femme. Mais le soir du meurtre, c'est sa femme qui rappelle au téléphone quand il est en ligne avec, pleurant la tentative d'assassinat qu'elle vient de subir. Son mari, en position d'alibi. Mais avec sa femme, son amant et la police, toujours pris. 

Tous les films d'Hitchcock et plusieurs films des frères Coen, The Inside Man de Spike Lee, et combien d'autres, sont aussi à considérer. 

C'est toujours plaisant des filous qui s'effondrent. 

Ce qu'on souhaite tous vivre en direct, aux États-Unis.  

dimanche 7 juin 2026

Gaetano Bresci

Né le 11 novembre 1869, futur jour des morts, à Coiano, en Toscane, près de Prato, et issu d'un milieu ouvrier très modeste, il est confronté très tôt à la dureté de la condition prolétarienne et à la survie humaine. Dès l'âge de 11 ans, il entre comme apprenti dans l'industrie textile locale pour amasser quelques sous pour sa famille. Devenu ouvrier tisseur qualifié, lorsqu'adolescent, il commence à fréquenter les cercles socialistes et anarchistes de sa région. 

La Toscane, a cette époque, est un secteur en ébullition, une sorte de foyer d'agitation. Les conditions de travail sont misérables, les bas salaires et l'absence de droits poussent Bresci vers l'anarchisme. Ses activités politiques et sa participation à des grèves attirent rapidement l'attention des autorités italiennes. Classé alors comme "subversif" il ne le sera jamais assez pour prévenir avec succès ce qui finira par arriver. Il subit quelques périodes d'arrestations, et d'exil intérieur, ce qui renforce sa rancoeur face à l'État. L'exil intérieur désigne la situation d'une personne contrainte de vivre isolée, ostracisée, dans une région éloignée, ou sous surveillance stricte au sein de son propre pays, plutôt que d'être bannie à l'étranger. 

Face à la répression policière en Italie, Bresci choisit de s'exiler aux États-Unis, à la fin des années 1890. Il s'installe à Patterson, dans "l'exotique" mafieux New Jersey. Une ville industrielle alors surnommée "la capitale de la soie" Il a de l'expérience en textile, il se déniche un emploi facilement. La région de Paterson, que Jim Jarmusch a mis en film de manière candide, mettant en vedette Adam Driver et Golshifteh Farahani, abrite alors une importante communauté de braves immigrants, dont beaucoup sont Italien(ne)s. C'est aussi un bastion important de la marmite anarchique grouillante du Nord de l'Amérique. De l'anarchisme, international.

À Paterson, Bresci mène une vie en apparence tranquille. Il épouse Sophie Kniel, une immigrée aussi, mais d'origine irlandaise, avec laquelle il a une fille. Ses employeurs le décrivent comme un ouvrier sobre, rigoureux et sans histoires. Pourtant, son engagement politique reste total. Il investit son temps libre et ses maigres économies dans l'action militante. Il devient l'un des fondateurs et des principaux soutiens financiers du journal anarchiste de langue italienne La Questione Sociale. C'est dans ce milieu qu'il côtoie de grandes figures du mouvement libertaire, comme Errico Malatesta.

L'évènement qui va faire basculer la vie de Gaetano Bresci se produit en mai 1898, en Italie. Le pays face à la hausse dramatique du prix du pain et de la farine, des manifestations de travailleurs, de femmes et d'enfants éclatent à Milan. Pour réprimer cette révolte populaire qui ne fait que s'escalader aux yeux du roi d'Italie Umberto Premier, il s'en inquiète assez pour que le gouvernement déploie l'armée contre le peuple sous les ordres du général Fiorenzo Bava Beccaris

Le général
Le général ordonne de tirer au canon et au fusil sur la foule désarmée pour un message clair. Ce carnage reste dans l'histoire de l'Italie connu sous le nom de massacre de Bava Beccaris ou de Fatti di Maggio. Il fera plus de 100 mort(e)s et plus de 100 blessé(e)s. Au lieu de condamner ce geste impulsif mal réfléchi, le roi Umberto choisit de personnellement décorer et récompenser son général d'avoir maté la révolte en cours. Il le fait très publiquement et le décore de la Grande Croix de l'Ordre de Savoie pour avoir "sauvé l'ordre public".

Le roi
Pour Bresci, c'est un outrage majeur. Une honte. Une hérésie. Il reste profondément attaché à son pays natal et cette décoration royale est une insulte insupportable envers le peuple opprimé. Dès lors, il considère le roi Umberto comme personnellement responsable du massacre et choisit de vouloir l'exécuter. 

En mai 1900, Bresci réclame brusquement le remboursement d'un prêt de 150$ (autour de 5950$ de nos jours) qu'il avait accordé au journal La Questione Sociale. Sans dévoiler ses intentions réelles à ses camarades.. Il achète en secret un revolver et s'embarque pour l'Europe. 

Arrivé en Italie, il étudie le quotidien du roi et le suit quelques jours. Attendant son moment. Il suit discrètement les déplacements du souverain, déjouant les regards amateurs de la sécurité de son entourage qui ne le remarque en rien. L'occasion se présente le dimanche 29 juillet 1900, à Monza. 

Umberto assiste à une compétition d'athlétisme. Vers 22h, il se lève pour saluer la foule. Gaetano Bresci saisi son moment. Il s'en approche et lui tire 4 balles de son revolver, dont une qui le touche gravement au thorax et une autre, fatalement au cou. Immédiatement arrêté par les forces de l'ordre, Bresci est battu par la foule en délire. Il déclare quand même calmement, peut-être avec un peu moins de dents, qu'il n'a pas tué un homme, mais un principe. Celui de la tyrannie.

En cour, il revendique pleinement son acte disant qu'il a agi seul, pour venger les victimes de Milan. L'Italie vient tout juste d'abolir la peine de mort, 11 ans, avant. Mais voilà un fier candidat. Il est condamné à la peine maximale: les travaux forcés à perpétuité, assortis d'une longue période d'isolement cellulaire strict. 

Incarcéré au pénitencier de l'île de Santo Stefano, une prison de haute sécurité, tristement célèbre pour ses conditions de détentions inhumaines.  Il n'y sera pas si longtemps.

Le 22 mai 1901, on le retrouve pendu dans sa cellule. Moins d'un an après le début de son incarcération. Le "suicide" aura ce parfum Epstein puisque les gardiens l'avaient souvent battu afin de venger le roi. Peut-être cette fois, pour la dernière fois. À 31 ans.  

Maquillée. 

Le geste de Bresci a une portée internationale et s'inscrit dans une période ensuite baptisée "propagande par le fait". Une stratégie prônée par une frange du mouvement anarchiste mondial consistant à commettre des attentats ciblés contre des dirigeants pour éveiller les consciences. Son action inspire entre autre Leon Czolgosz, anarchiste Étatsunien qui assassinera le 25e président des États-Unis William McKinley, le 14 septembre suivant. Cédant sa place d'urgence à un certain Théodore Roosevelt, qui revient d'urgence (à cheval!) à Buffalo où McKinley meurt à 58 ans, où il prête serment l'après-midi même. En costume plus ou moins formels. 

Si la presse bourgeoise le décrit comme un fanatique fou furieux, Gaetano Bresci est perçu comme un héros pour de nombreux militants libertaires et républicains, symbole du sacrifice individuel contre l'arbitraire et la violence de l'État.  

samedi 6 juin 2026

Paolo Conte

Né le 6 janvier 1937, à Asti dans le Piémont, ce monument de la chanson est un peu le Leonard Cohen de l'Italie. Souvent décrit comme un crooner, mélancolique, et doublé d'un génie du jazz. 

Avvocato (avocat) de formation, ce pianiste et auteur-compositeur unique a marqué la musique européenne par sa voix rauque, ses textes poétiques et une élégance nonchalante que l'on retrouve encore de nos jours, dans toutes les classes de la société. Son style fusionne jazz, blues, cabaret et tango, créant atmosphère feutrées et effets nostalgiques. À ses débuts, comme Serge Gainsbourg, auquel il pouvait aussi être comparé, il composait des morceaux pour les autres, dans l'ombre des succès.

Dans les années 60, avec son frère Giorgio, il se fait un nom comme créateur à succès. C'est lui qui écrit le célèbre Azzurro, chanté popularisé par Adriano Celentano, en 1968, un tube international qui reste un classique de la chanson italienne. Il signera également des titres pour Caterina Caselli ou Enzo Jannacci

Sous la pression des producteurs, dans les années 70, on le pousse à la scène et aux studios. Pour lui-même. Composant pour lui-même aussi. Lançant un album éponyme en 1974. Sa voix éraillée (pas encore), rappelant celle des fumeurs invétérés, deviendra sa signature. Un mélange de fumée et de décontraction. De chic et de dangereusement mystérieux. Sa première grande percée commerciale survient en 1979, avec l'album Un Gelato al Limon. Il devient alors rapidement synonyme de raffinement, associant des mélodies sophistiquées à des paroles qui dépeignent des tranches de vie, des paysages méditerranéens ou des histoires imaginaires.

En 1981, une de ses chansons fait le tour du monde. Via Con Me. Retitrée en anglais sous le nom de "It's Wonderful". Avec son rythme swing, sa mélodie entraînante et son refrain italo-anglais, la chanson voyage bien  et conquiert le monde. Notamment en France, un pays avec lequel il entretiendra toujours des liens artistiques très forts. Son album de 1981 sera un gros vendeur. Mais ceux de 1987, et de 1990, feront tout aussi bien.

Cette année-là, j'en suis à ma première année d'université. À Sherbrooke. En Études Françaises. Pour la pièce de théâtre de fin d'année, je suis choisi pour incarner un des deux personnages principal de la pièce de théâtre La Grande Magia d'Eduardo de Fillipo. Un auteur/acteur qui avait écrit l'histoire d'un magicien (moi) qui utilisait ses prétendus pouvoirs, afin de cocufier un mari naïf, à qui il promettait de trouver un 3e oeil. 3e oeil, afin de mieux comprendre la vie. Du charlatanisme. Une comédie, mais aussi, une sorte de drame. Un franc succès. Deux maudits beaux personnages. Si intéressants que de Fillipo lui-même, quand il jouait sa propre pièce, passait d'un rôle à l'autre, de semaines en semaines, tellement il aimait les deux personnages qu'il avait créé. 

Notre metteur en scène nous avait demandé d'écouter Paolo Conte pour nous baigner de l'Italien que nous n'étions aucunement (Jones, Charpentier & Leblanc). Je le découvrais alors et ne pouvait m'empêcher de le comparer à Cohen. Dans le style et le ton. Mais plus piano que folk. Son style à lui reste inimitable. Croisement de jazz, de nostalgie, d'humour, de cabaret. Il est un des rares italiens si respecté qu'il est comparé aux grands de la chanson française, des statures comme George Brassens ou Jacques Brel. 

Conte ne se contente pas simplement de chanter. Il peint des images avec ses mots. Son univers est rempli de personnages étranges, de soirées pluvieuses, de voitures anciennes, comme dans La Topolino Amaranto, et de souvenirs de jazz. Il pratique un art du collage ressuscitant des formes musicales anciennes sans jamais tomber dans la caricature. Sa passion pour la peinture et pour le dessin est également un pan important de sa créativité. Souvent explorée à travers des expositions de ses créations et de ses oeuvres sur papier.  

En 2001, il sera fait Chevalier dans l'Ordre des Arts et des Lettres en France et il reçoit le prix Galileo pour la musique contemporaine, en 2015. 

Même après des décennies de carrière, Paolo Conte est resté fidèle à son style, refusant de suivre les tendances. Des albums récents comme Snob, lancé il y a deux ans, ou le projet expérimental Amazing Game de 2016, montrent sa capacité à se renouveler tout en restant le "maestro" du swing italien. Sa musique continue d'influencer de nouvelles générations et est régulièrement utilisée au cinéma

Il y a 3 ans, il a enregistré un album en spectacle à la prestigieuse Scala de Milan, Alla Scala -Il Maestro è Nell'anima. célébrant ses 50 ans de carrière solo. 

Paolo demeure un artiste discret, préférant l'ombre de son piano à la lumière des projecteurs.

Incarnant à la perfection le charme et l'intelligence de la chanson italienne.

Ses chansons, souvent ironiques et teintées de mélancolie, explorent les amours compliquées, la fuite du temps, et une certaine nonchalance face à la vie. Ses paroles sont des sortes de poèmes cinématographique, influencées par la littérature et le cinéma, créant un pont entre la culture populaire italienne et le jazz international. 

Paolo Conte est plus qu'un chanteur, il est poète du quotidien, un orfèvre de la mélodie et un géant de la musique increvable. Qui continue de fasciner, à 89 ans. 

Et en lequel se reconnaissent encore, les Italien(ne)s. 

vendredi 5 juin 2026

Vénérer le Mal

Il reste toujours difficile, à 151 jours des élections de mi-mandat aux États-Unis d'articuler, un verbe que bien des citoyens des États-Unis ne comprennent pas, pourquoi un nombre toujours beaucoup trop élevé de gens des États-Unis, vénèrent et adulent ce sous homme. Cet homme est soutenu davantage qu'on soutien la démocratie. C'est tout à fait impensable comme imbécilité. 

On le préfère à l'empathie, qu'on vend comme une faiblesse, on le préfère à la liberté, qu'on prend pour acquis, on veut le protéger plus qu'on ne veut protéger les enfants des États-Unis, on accepte sa très potentielle pédophilie, on réduit les droits des Femmes, et JAMAIS le personnage de la bible Jesus Christ n'a été plus accessoirisé pour faire danser les serpents hors du panier. 

Ce gonflable raciste misogyne xénophobe stoopid piece of white trash est celui pour lequel des millions d'Étatsuniens ont sacrifié leurs portefeuilles, leur liberté, leur travail,  leur dignité. C'est icompréhensible.

Et impardonnable pour des décennies de reconstruction à venir, encore.

Si il ne vénère plus le grotesque animal, ils vénèrent ce qu'il représente. Une fortune extrême. Une bigoterie accessoire. Un patriotisme travesti. Un racisme lousse. Une violence verbale décomplexée.  Quand, avant lui, aviez vous vu un homme prétendu sérieux traiter des femmes de cochons, d'idiote ou de stupide (injustement chaque fois) en direct ? C'est tout ce que les moins que rien on toujours souhaité de faire. mais n'ont jamais osé faire en public, et ce démon se le permet ? Rock on, man ! He shoots from the hip!

Il leur permet d'être misogyne et raciste ouvertement. 

Les Britanniques, sur l'ogre, avait ceci à dire après que Charles III soit passé à ses côtés quelques jours. 

Quelques petites choses nous ont sauté aux yeux. Il avait beaucoup de choses qui nous sont assez étrangères en tant que Britanniques. Des qualités qu'on tient généralement en haute estime par chez nous et dans le monde. Il n'a pas de classe. Aucun charme. N'est aucunement cool. Ni crédible. Ne semble avoir aucune compassion. Semble incapable de mots d'esprit. Ne dégage aucune chaleur. Ne semble pas avoir de sagesse. Ni de subtilité. Ni de sensibilité. Ni d'auto-reconaisance. Ni d'humilité. ni d'honneur, ni de grâce ou de finesse. TOUTES des qualités. En tout cas, en Angleterre. 

Ce qui étonne surtout, c'est que ses deux prédécesseurs, Joe et Barack, avaient tout ça. Naturellement. Sans se forcer. C'était en eux. La comparaison est inévitable d'un point de vue britannique. Et le contraste marquant par les limites de ce 47e présdient des États-Unis. 

Les Britanniques adorent aussi rire et sont la niche de grands comiques des 100 dernières années. Bien que le président des États-Unis est risible, il n'a jamais fait rire ou dit quelque chose d'assez drôle pour faire rire spontanément. Non, on ri de malaise et de stupéfaction en se disant est-ce bien ce qui vient de se passer ? Il n'amuse pas. Jamais. Manquer d'humour, d'un point de vue britannique, nous est tout simplement inhumain. Avec lui, il ne semble même pas comprendre comment on fait une blague. Son concept de la blague est de faire un commentaire crasse sur quelqu'un, quelque chose, ou un nouveau mensonge. Une insulte d'ignare. Un propos de cruauté gratuite. Comme un troll. Mais président. 

Et comme tous les trolls, il n'est pas drôle. Jamais. Ne rit pas mais grogne, ricane et se moque de son prochain. Et de manière épeurante, il ne fait pas que lancer des insultes crues et sans imagination, il se convainc que c'est ce qu'il pense d'eux/elles. L'algorithme de sa trop petite tête de noix, est presque un croisement de bot informatique et de jock qui frappe en bas de la ceinture dans le vestiaires ses propres coéquipiers comme ses adversaires. Du bain de méchanceté pure d'agresseur/intimidateur.

Il n'y a jamais de couche d'ironie, de complexité, de nuance ou de profondeur. Tout est là. Tout est surface. Le mensonge commande un titre, pas de développements. Certaines coquilles vides des É-U y voient fraicheur. Pas les Britanniques. On voit un homme sans monde intérieur. Sand âme. Et en général, au Royaume-Uni, on se lie d'amitié avec David et non avec Goliath. Tous les héros britanniques sont des négligés. Robin Hood, Dick Whittington, Oliver Twist, Pas lui. Lui, c'est le méchant.

Parce 100% contraire à eux. Il n'est même pas un enfant riche gâté, mais plutôt un graisseux chat avaricieux, une grosse limace blanche. Un Jabba the Hut du privilège. Et incarne ce qu'il y a de pire aux yeus des Britanniques, un intimidateur. 

Sauf lorsqu'il se trouve entre agresseurs. Il se transforme alors en Mr.Sidekick. Il y a des règles non écrite là-dessus. Les régles du marquis de Queensberry, de la décence. Il les brise toutes. Il frappe en bas de la ceinture. Toujours. Ce qu'un gentleman ne ferait jamais. Surtout les vulnérables et les polus faibles. Les sans-voix. Et les frappe aussi quand ils/elles sont au sol. 

Donc de savoir (comme moi) que facilement 1/3 des habitants des États-Unis se disent "That's my guy" en le voyant. reste estomaquant. Tout le temps. Ce qui confond les gens est que ses défauts sont très apparents, et ses malfonctions ont un impact direct à la pompe, à l'épicerie, au boulot, au sein des rangs militaires dont on sacrifie les soldats.Même ses défauts on des défauts. 

Là se trouvent les couches d'épaisseurs. 


Si Frankenstein décidait de nos jours de construire un humain composé du plus grand nombre de défauts, il nous présenterait Donald J. Trump.

Assurément.  

Et le regretterais ausstôt.

Dans 151 jours, le regret matérialisé ou le mal recyclé ?