mardi 11 décembre 2018

Le Party de Noël de l'Entreprise

Nous avons eu deux chats jusqu'en 2016. Un plus vieux, qu'on a fait tuer en 2008 et qui a démarré ce blogue. Une autre, qui aura duré 20 ans et demi et qui n'a pas supporté l'arrivée de Donald Trump dans l'univers social politique mondial. Elle a préféré mourir.

Ces deux merveilleux chats, en 36 ans de vie combinées, nous ont coûté moins de 5 vaccins.

Vous me voyez venir.

En un an et demi, notre nouveau chat nous as coûté l'équivalent de 104 chats.

On l'a fait vacciner/castrer dans une autre clinique vétérinaire, qui commençait sa business, à la fois pour conjurer l'endroit (qui avait tout de même très bien fait ça) où était morte notre dernière chatte, et à la fois pour encourager une cliente à ma conjointe qui partait cette business.

Et le mot business a avalé le mot vétérinaire.

Étant une clinique débutante, les vaccins donnés étaient de moins forts calibres, ce qui a fait qu'on a dû faire vacciner au même rythme qu'on ferait des pleins d'essence sur une voiture. Puis, on a réalisé que de simplement les appeler, les avoir au téléphone, leur parler, devenait "un appel de service" et nous coûtaient d'emblée 70$.

Inutile de vous dire qu'on a vite déchanté de devenir leur moyen de piler un peu d'argent pour se partir.

Alors quand notre chat actuel s'est mis à se plaindre, boiter, on a compris qu'il avait un problème ou bien au niveau des hanches, ou bien au niveau du bassin. Aux pattes arrières c'était certain. Je me suis rendu à la clinique, là où on avait fait tuer notre dernière, un hôpital vétérinaire. Donc si il y avait à avoir chirurgie, ce serait au même endroit.

Et je vous épargne les détails, mais il a une rare malformation à la jonction des deux fémurs et des hanches (le savoir nous as coûté 262$) et on a dû lui faire faire une prise de sang en vue de la chirurgie de lundi (139$). L'estimé de la chirurgie: 1544$.

Ce qui reste peu en foi de chirurgie vétérinaire pour DEUX opérations, mais pour un portefeuille modeste comme le mien est un ravin de détresse.

C'était le jour du party de Noël de l'entreprise, party auquel je n'avais pas du tout envie d'aller.

Chaque année, l'équipe de 418 (la maison mère) et l'équipe du 514 (nous), passons une journée ensemble pour y faire la fête à cette période de l'année. C'est toujours découpé en trois. L'an dernier c'était à Québec et en après-midi on jouait au bowling, en soirée on soupait quelque part et on couchait tous au Château Frontenac.
Cette année, c'est nous qui recevions. On allait se tirer dessus au laser en après-midi, on souperait ensemble, et ceux qui le souhaitaient, allaient coucher à l'hôtel près du parc Emilie-Gamelin. Tout ça aux frais de la compagnie.

J'avais le coeur en boule d'investir autant d'argent sur notre chat. Dans le trajet qui me menait en ville, en métro, je lisais mon livre sur la présidence de Trump tel que recueilli par Bob Woodward et ça ne déprimait légèrement plus. Et au tir au laser, en deux matchs j'ai consécutivement terminé 21ème sur 22 et 22ème sur 22. Moi les fusils...

En fin d'après-midi, quand je vous ai écris, j'avais le cafard dans les yeux et la melasse dans le coeur.
Rarement n'avais-je si peu eu le goût de me rendre à une soirée de fête. Je soupçonnais qu'on nous place à table en équipe de travail et comme je méprise mon technicien en approvisionnement, que mon coéquipier de travail en entrepôt peut parfois baigner dans la fierté démesurée, ou la médisance incontrôlée, je n'avais pas envie de rien. Sinon de rester chez moi.
Et d'écouter un film. Ou de regarder un match de hockey. Qu'il n'y avait pas.

Heureusement Pierre Brassard et sa gang à la radio et Jean-Phillipe Wauthier avec la sienne me faisaient changer d'humeur en voiture. Mais voilà, ces gens étaient un  niveau de plaisir que je retrouverais facilement avec mes amis, mais pas avec ceux que j'allais rejoindre. Qui n'étaient surtout pas mes amis. Et on finirait par parler job. Un samedi.

 Ce qui a adouci la soirée, c'est le resto. Qui était fameux. Fameux, fameux, fameux. Au 3619, rue St-Denis. À découvrir. Je n'avais pas si bien mangé depuis longtemps. Vraiment. Et on avait mixé les tables. Une table de 12 comprenait donc 6 personnes de Québec et 6 autres de Montréal afin qu'ils apprennent à se connaître. Échec. Les 6 d'un endroit étaient à un bout, les 6 de l'autre à l'autre. On a peu fusionné.
Ce qui a été une belle surprise c'est qu'on m'a jumelé à des gens beaucoup plus agréables qu'anticipé. Et que trois personnes, deux femmes et un homme, dont mon grand boss de Montréal, sont venus me dire leur grande appréciation de ma personne. Trois témoignages amoureux presqu'inconfortables. Mon grand boss m'a même fait miroiter de nouveaux postes.

Ça a coloré mon cafard légèrement différemment, mais ne l'a pas complètement sorti de mon corps.

Nous sommes mardi, et Spooky est sorti de sa chirurgie hier.
Brave poulet.
Tellement stone.

Mais plus fort que jamais d'ici peu.

Promis.

Il me l'a dit.
  


lundi 10 décembre 2018

Danser Avec Monsieur D. (au Château)


1982.

John Belushi, grand frère de James, est une superstar de l'émission d'humour Saturday Night Live depuis 1975. On l'a aussi vu dans The National Lampoon et un rare échec de Spielberg, au cinéma.

Depuis deux ans, il est encore plus populaire pour la reprise de son personnage de Joliet Jake Blues, auprès de Dan Aykroyd au cinéma.

Grand consommateur de cocaïne dans les années 70, il passe à l'héroïne et à l'alcool fin 70/début années 80. En 1982, son entourage est de moins en moins recommandable. Cathy Smith, ex-choriste de la formation The Band, est l'un de ses personnages autour de lui qui manque de jugeotte.

Le 4 mars 1982, Belushi, Smith et un ancien scripteur de SNL, Nelson Lyon, passent la soirée ensemble à faire la fête à L.A. Le trio s'injecte une quantité phénoménale d'alcool et mais encore plus de cocaïne, dans le corps. On passe d'un endroit à l'autre dans Hollywood Ouest, dans le but de trouver le party le plus cool en ville. On se fixe sur le repaire secret On the Rox, situé au-dessus du populaire The Roxy. On choisit ensuite d'aller manger au Rainbow Suite tout juste à côté.  Belushi y prend une soupe aux lentilles. Il est atteint presqu'aussitôt de nausées. Il demande à Smith de le raccompagner à sa chambre #3 de l'hôtel du Château Marmont.

Selon Smith, Belushi lui demande à plusieurs reprises de lui injecter des "fix" ce qui semble invraisemblable puisque Belushi est très apeuré des aiguilles et n'insisterait pas si non nécessaire. Elle prétend qu'il aime le vertige que ça créé instantanément. Pendant que les deux sont au bungalow #3, dans un trip aérien, deux figures connues viennent leur rendre visite.

Le comédien Robin Williams passe pour y faire quelques lignes de cocaïne. Mais il est terrorisé par Cathy Smith, dans un état lamentable et nettement trop entreprenante sur Belushi. Il se sent déplacé. Il se demande aussi ce que son ami, John, fait avec une telle femme de si basse classe.
Williams débarrasse en disant à John avant de partir: "Si jamais tu te lèves de ce divan un jour, tu me donnes un coup de fil".

Peu après 3h00 du matin, l'acteur Robert DeNiro passe à son tour. Il avait croisé Belushi à plusieurs reprises et les deux se promettaient de se revoir dans la soirée. Toutefois, les deux êtres sur place sont disgracieux. La scène est horrible à ses yeux. Il change de décor.

Belushi & Smith continuent de s'injecter des doses jusqu'à ce que Smith juge qu'elle doit quitter. Elle aide John à prendre une douche et le couche au lit, avant de quitter dans sa Mercedes. Elle remarque en quittant qu'il respire bizarrement.

Le lendemain matin, l'entraîneur personnel de Belushi, Bill "Superfoot" Wallace se rend au bungalow car John ne répond pas à ses appels. Wallace le retrouve en position foetal dans le lit, les draps tordus, un oreiller sur la tête, la langue pendante de sa bouche et la peau décolorée sur une large partie de son visage. Il tente de le ressusciter mais aucun signe de vie ne sortira plus jamais de ce corps.

Il avait 33 ans.

Smith a fui au Canada, mais se rend quelques semaines plus tard, lorsqu'un mandat d'arrestation est émis contre elle. Elle sera trouvée coupable d'homicide involontaire et de meurtre écopant de 18 mois de prison, n'en servant que 9.

Le coroner établit que Belushi est mort d'intoxications double de cocaïne et d'héroïne.

La drogue c'est comme fermer les yeux et traverser la rue.

dimanche 9 décembre 2018

Demain Sera Fait d'Autres Choses Qu'Hier

Quand on m'a parlé qu'on avait critiqué les tenues vestimentaires de Catherine Dorion et de Sol Zanetti et d'Émilise Lessard-Therrien de Québec Solidaire cette semaine en chambre, je ne l'ai pas cru tout de suite.

Pour vrai?
Vous allez nous faire un Safia Nolin encore?

Porter un uniforme est une forme subtile de soumission.

Certains messieurs, plusieurs mesdames en sont séduits.
NE PAS porter d'uniforme est de plus en plus la norme.

La fierté du protocole des uns n'est très certainement pas la fierté des autres. Catherine Dorion et Sol Zanetti n'ont pas porté le traditionnel costume des assemblées politiques. N'en avez vous pas assez de ne regarder que l'emballage?

Dans une semaine où un terrible DJ français a demandé à la plus grande joueuse de soccer mondiale, qui recevait son trophée pour le souligner, si elle savait twerker, (ou si vous préférez si elle voulait bien nous montrer son cul), ici, chez nous, on jappait contre les bottes d'Émilise, les Doc Martens de Catherine et les espadrilles de Sol.

Même recul.

Demain sera fait d'autres choses que ce qui a été fait hier.

Entre vous et moi, marchez vous la tête si basse qu'il faille toujours vous plonger les yeux au sol?

WHO FUCKING CARES?

NE PAS porter un uniforme est un message en soi. Vos protocoles, on s'en torche! Mais voilà qu'à même le même parti, on se scandalise de leurs tenues. On parle de faire un code vestimentaire obligatoire. Ce qui n'existe pas en ce moment.

Ces gens n'ont enfreint aucune règle.

Votre orgueil n'est pas le leur.

Concentrez vous donc sur les affaires vraiment importantes.

Dehors les mononcles et les matantes!

Je vous parle de mon propre mononclisme mardi.
Je fais court parce que je dois aller me morfondre quelque part.

Y a toujours pire dans la vie.
Essayez donc d'y voir du ciel dans vos lunettes nuageuses.

Moi, la coupe de cheveux de Catherine Dorion, je la trouve nulle à chier.
Je vous en parle? non.
Ah ben merde, je viens de le faire...

samedi 8 décembre 2018

The Buzzcocks

Howard Trafford publie une annonce à l'Institut de Technologie de Bolton, Manchester, afin de se partir un band qui serait dans le ton de Sister Ray des Velvet Underground. Il est amateur et se développe en musique électronique. Un autre étudiant, Peter McNeish, amateur de rock, répond vite à l'appel.

Fin 1975, après avoir recruté un batteur, une version embryonnaire des Buzzcocks est formée. McNeish se rebaptise Pete Shelley et Trafford se rebaptise Howard Devoto. Avec Garth Davies à la base et Mick Singleton, du groupe Black Cat Bone à la batterie, le groupe, qui choisit son nom du titre d'un article citant "It's the Buzz, Cock!" (Buzz: ce qui est présentement cool, Cock: mon ami, mais aussi, plus familièrement: région du sexe masculin) se produit sur scène le 1er février 1976 au Collège. Le batteur et le bassiste ne resteront pas, mais en juillet de la même année, une chose est devenue claire: on vivra de la musique. Ou du moins, on essaiera.

On recrute Steve Diggles à la base et John Maher à la batterie et dès septembre, on participe à un festival de punk de 2 jours organisé par l'homme derrière les Sex Pistols, Malcolm McLaren. Le festival inclus aussi Subway Sect, Siouxie & The Banshees, The Clash, The Vibrators, The Damned, The Sex Pistols et Stinky Toys.

The Buzzcocks devient le premier band punk qui créé sa propre maison de disque (après The Saints, en Australie). Martin Hannett, qui produira aussi les sons de Joy Division, assure l'unité sonore de leur musique. Enregistrée de manière assez brute, insistant sur la répétition, l'agressivité, et l'énergie mise en opposition à l'ennui. Le punk annonce alors un mouvement de résistance ultime dans le minimalisme musical où le solo est souvent joué sur deux notes répétées ad nauseam. On ramasse ce qu'on enregistre depuis deux ans et on en fait un premier vrai album en 1978.

Devoto n'aime pas la direction que prend le punk et trouve le souffle du mouvement un peu court. Il quitte le groupe qu'il a co-fondé avec Shelley. Celui-ci prend alors le micro, au chant, en plus de la guitare, et sa voix plus haute marque une différence intéressante dans le mouvement punk. Steve Diggle passe de la base à la seconde guitare et Garth Davies revient à la base. Mais celui-ci est si peu fiable qu'il est vite limogé. Steve Garvey prend sa place. Le groupe est signé chez United Artists le jour de la mort d'Elvis Presley.

Leur premier single est d'emblée un affront à la morale des radio qui ne la joueront jamais. Leur second single a plus de succès avec les vents populaires. Un deuxième album est lancé. Un titre les rend très accessible dans la broussaille punk. Un troisième album en trois ans est lancé. On fait le tour des Royaumes Unis, de l'Europe, des États-Unis et du Canada. Ils lancent même leur propre station de radio afin de s'assurer qu'on les joue en ondes quelque part.

Shelley commence quelques projets parallèles, Garvey fait la même chose. Le groupe se sépare en 1981.

Diggle et Maher joignent Flag of Convenience.

Shelley se lance en solo.
Avec un succès relatif.
On est loin du punk.
Certains anciens punkers de la même époque s'en sortent mieux au même moment.
La formation, avec Devoto, se reforme à quelques reprises à partir de 1989. On refera 6 autres albums entre 1993 et 2014. Rien d'impressionnant toutefois. Mais entre 1976 et 1980, les Buzzcocks sont des fers de lance du mouvement punk. Qu'ils aideront à légendiser.

Pete Shelley est décédé hier, d'une crise cardiaque, à l'âge de 63 ans.



vendredi 7 décembre 2018

Les Meilleurs Films de 2018

(Ou ceux qui mériteraient d'y jeter un oeil, selon moi)

Maintenant qu'on connait le pire film du Québec (merci Vincent) pour cette année, dressons une liste d'autres films qui n'intéresseront jamais un 450 Guzzo.

Le mot résistance est un mot qui aurait bien résumé l'année 2018. La résistance prend plusieurs formes. Le cinéma en est une voix parfois. Le menu de cette année qui s'achève en est une autre preuve. La résistance peut être agressive, sexy, docile, baveuse, têtue, obstinée, passive, intelligente, idiote.


Elle nous met toujours au défi face aux idée préconçues. Elle oblige une certaine expansion de l'imagination. La résistance creuse et sensibilise les sens et les réponses émotives, créé des formes de perceptions qui dureront souvent longtemps après le générique. Qui marqueront notre temps. Nos époques.

La survie aussi.
Résistance et survie: mes deux mots clés de 2018.

2018, en petites vites. Aux vues.

Madeline's Madeline
Une furieuse vision dramatique de l'adolescente en banlieue, quand une jeune fille, en conflit perpétuel avec sa mère, se lie d'une amitié particulière avec sa prof de théâtre.

Un Beau Soleil Intérieur
Juliette Binoche joue dans le dernier film de Claire Denis, une femme à la croisée des chemins sentimentaux, traversants les conquêtes et déceptions amoureuses qui finissent par être comiques. Désespoir souriant.

Zama
Le film de Lucretia Martel parle de la bureaucratie et des frustrations intimes d'un magistrat dans la reculée Argentine du 18ème siècle. Passablement original pour un sujet si drabe.

Did You Ever Wonder Who Fired The Gun?
Documentaire personnel, amer, très révélateur d'États-Unis d'hier, se réincarnant peu à peu de nos jours. Une horrible histoire de famille, et un commentaire politique sur ce qui nous guide de nos jours. Dans nos Amériques.

Sorry To Bother You
Une comédie pleine d'imagination, concentrée sur un jeune télémarketeur d'Oakland, dont les dessins deviennent de plus en plus malsains.

BlacKkKlansman
Spike Lee prend toujours de grandes libertés avec "la vérité". Mais il n'ennuie pas beaucoup. Avec cette histoire "vraie" de deux agents ayant infiltré les KKK et approché l'ami de Trump, David Duke, il nous offre le plus laid des États-Unis. De grands supporteurs du président actuel. Jordan Peele à la production.

Werewolf
Intime et hautement appliqué par une réalisatrice canadienne qui nous offre deux accro à la drogue en mode survie, à la fois très humain. Et animal.

Ailleurs
C'est une année en or pour Thédoroe Pellerin. Samuel Matteau tourne son film non seulement dans la ville qui m'a vue grandir, mais aussi dans les mêmes rues et parc. Dur, mais fameux.

Madame Hyde
Une adaptation comique du classique de Robert Louis Stevenson avec la belle Isabelle dans le rôle d'un prof de science plate. Elle ne le devient plus quand elle devient le sujet de sa propre expérience. Qui rend du coup, la nôtre, agréable. Du coup, si, si.

The Old Man & The Gun
J'arrive peu souvent à trouver un film inintéressant quand Robert Redford y joue dedans. Il fait des choix à la hauteur de sa grande intelligence. Ici, il masque une idiosyncrasie dans une brise narrative d'une subtilité désarmante.(Chaque mot a été pesé ici).

Shirkers
Avoir 19 ans, à Singapour, et être une femme qui veut faire des films dans les jeunes années 90 était un rêve. Devenu réalité puis absolu mystère.

Jeannette: L'enfance de Jeanne d'Arc
Bruno Dumont ne fait pas des films faciles et pour grand public. Ici, il se commet dans le mystique et l'opéra rock. Dépaysant.

Claire's Camera
Isa encore. En vampire de l'image. Mais ne suis-je pas amoureux d'elle simplement parce qu'elle est vampire comme moi?

Support The Girls
Dans un bar sportif du Texas, un regard aigre doux dans cette année #MeToo.

Sollers Point
Un rescapé de prison fraie avec la suprématie blanche. Très 2018.

Golden Exits
Un casting formidable sur l'extraordinaire ordinarité de toutes nos singularités. (hein?).

The Ballad Of Buster Scruggs
Un clin d'oeil des frères Coen au far-west, aussi drôle que cruel, toujours réjouissant.

I Am Not a Witch
Une jeune enfant est utilisée comme sorcière par son village. Le squelette du marketing.

A Bread Factory
Un centre de théâtre local est menacé par un nouvel endroit de création artistique qui a des connections Hollywodiennes. Drôle et cruel à la fois.

Gavagai
Une virtuosité hantante, en Norvège, traitant de deuil, poésie, fabuleux décors naturels et renaissance.

Black Panther
Un superhéros mythique faisant écho à la complexité des agonies de nos jours. Pari réussi.

Désolé la France, pleins de vos films ne se rendent toujours pas chez nous.

Que 2019 soit aussi riche.

jeudi 6 décembre 2018

Pourquoi Kubrick?

Quand Stanley Kubrick a associé la musique de Beethoven à la violence dépravée dans A Clock Work Orange,  en 1971, le public était outré.

Stan était si innovateur au cinéma, que le terme "Kubrickien" est devenu synonyme d'anachronisme musical et de mouvements fluides qui rendaient son cinéma si intéressant.

Des hommages, des parodies, des clin's d'oeil, de scènes cultes de ses films sont devenus récurrents au travers des temps. Tarantino, Romero, Lynch ou Scorsese en sont de brillants disciples. Et l'influence de Kubrick sera éternelle.

Qu'est-ce qui faisait son succès?

Ouvrons l'oeil.

-Une perfection maladive (pléonasme).
Il était fameusement reconnu pour son perfectionnisme. Son obsession pour mettre à l'image les détails les plus précis, nécessitait de longues recherches et exigeait une somme considérables, vraiment considérable, de nouvelles prises de la part de ses comédiens/comédiennes. Ça parle beaucoup au traducteur que je suis, où la précision est la pierre angulaire de l'art du métier. Son oeil aiguisé a créé des décors cultes.

Les chaises rouges éclatant, Djinn, très modernes, dans la station spatiale de 2001: A Space Odyssey.

La scène éclairée exclusivement par des chandelles dans Barry Lyndon.

Jack Nicholson qui a fait plus de 60 prises d'une même scène, en venant à improviser, une fois, une parodie du "Here's Johnny!" du Johnny Carson Show, dans la prise qui sera finalement gardée au montage dans The Shining.

Nicholson demandait après les prises:
"C'était bon Stan?"

Ce à quoi il répondait sans faute:
"C'était parfait, on la refait".

-Un bon timing.
Kubrick a été assez chanceux pour sévir à une époque où une nouvelle audace Hollywoodienne se pointait le nez. Une nouvelle génération de cinéastes, bientôt largement éduquée, ce qu'il était, beaucoup, ne serais-ce qu'à l'école du cinéma en salle, allait injecter une fraîche dose d'énergie dans l'industrie du cinéma d'Amérique en prenant des risques et en ayant un penchant pour la jeunesse rebelle. Dans A Clock Work Orange,  il plonge dans la délinquance post-adolescente, la plaçant en confrontation face aux expériences extrêmes du contrôle de la pensée, alors que le gouvernement tente de sonder l'insondable sociopathie d'Alex, coupé dans ses élans de criminalité outrancière. Une violence stimulée par, autre anachronisme: un drink à saveur de lait drogué dans un dystopien UK. L'extrême violence, jusqu'alors sans réel précédent aux États-Unis (le film tourné en Angleterre par l'Étatsunien) avait alors causé un gigantesque scandale. Ce qui n'en fait pas moins un film IMMENSE pour le cinéma.

-L'humour le plus noir.
SK mettait face à face souvent les plus grandes peurs sociétaires. C'est dommage qu'il ne soit plus des nôtres, il aurait fait du règne de Trump un champ de bataille. Il attaque les peurs et les frayeurs et le fait dans l'humour. Comment a-t-il pu s'en tirer en tournant, en 1961, l'histoire d'un adulte tombant en amour avec une mineure? Dans l'humour! Dans Dr.Strangelove or How I Stop Worrying & Love The Bomb, il se moque de la Guerre Froide et de possibles attaques nucléaires. Il se moque de la testostérone et peint une image des Russes aussi grotesque que parfois juste. Kubrick disait d'ailleurs qu'un bon satiriste était quelqu'un de très sceptique de la nature humaine, mais qui trouve tout de même le moyen d'en rire.

Ça aussi, ça me parle vraiment. On a qu'une seule vie, faudrait pas la pleurer en entier.

-L'envie de parler de troublants désirs.
L'affiche de Lolita disait, dès 1962, "How did they make a film of  Lolita?", puisque que le livre de Nabokov, racontant la passion d'un enseignant à l'égard d'une jeune mineure,  était connu depuis longtemps. En atténuant largement les aspects sexuels les plus évidents et en plongeant dans la suggestion et l'évocation, dans la subtilité (Ces oiseaux en cage sur les peintures des murs), il a pu se jouer de la censure absurde des années 60, aux États-Unis. La transgression sexuelle apparaît à quelque reprises dans l'oeuvre de Kubrick. Dans Eyes Wide Shut, son extravagant dernier effort sur images, il nous plonge dans une famille bourgeoise, dans les fantaisies de leur univers, dans la décadence jalouse, dans l'occulte d'une société parallèle, dans la nuit noire de Manhattan, l'espace d'une seule nuit, en direction de Noël. Parlant échangisme, infidélité, soumission sexuelle, prostitution et proxénétisme.

-L'adaptation de matériel déjà écrit.
Stanley aimait écrire, mais aimait mieux encore adapter. Il adaptait Clean Break de Lionel White pour The Killing. Il adaptait Humphrey Cobb pour Paths of Glory. Nabokov pour Lolita, adaptait Red Alert de Peter George pour Dr. Strangelove, écrivait avec Arthur C. Clarke pour 2001: A Space Odyssey, adaptait Anthony Burgess pour A Clock Work Orange,  s'inspirait de The Luck of Barry Lyndon de William Makepeace Thackeray pour Barry Lyndon, adaptait Stephen King pour The Shining, adaptait The Short Timers de Gustav Hasford pour Full Metal Jacket, partait de Traumnovelle d'Arthur Schnitzler pour créer Eyes Wide Shut.
Quand un univers est déjà clairement (ou pas) établi ailleurs, le moteur de la créativité et les pulsions imaginatives sont plus faciles à faire naître.

Dans le cas de Stanley pour le mieux.

Alors pourquoi Kubrick?
Parce qu'il aura frôlé l'inatteignable perfection.

Le formidable film 2001: A Space Odyssey a cette année, 50 ans.