mercredi 5 août 2026

Cinema Paradiso**************Once de John Carney

Chaque mois, dans ses 10 premiers jours, tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu), je vous parle de l'une des mes 3 immenses passions: Le Cinéma !

Je l'ai surconsommé, le surconsomme encore, l'ai étudié, en fût triple diplômé, y ai travaillé, y ai été primé, en suis sorti, mais le cinéma ne m'a jamais quitté. 

Je vous parle d'un film dont j'ai aimé l'histoire, les interprètes, le sujet, la réalisation, la musique, le montage, le ton, l'audace, bref je vous parle d'une musique dont j'ai aimé pas mal tous les choix. 

Je vous parles souvent d'un film que j'ai dans ma vaste collection de DVD. Ce n'est pas le cas ici, mais je compte désormais tenter de me le procurer.

ONCE de John Carney.

Le film de 2006 du réalisateur Irlandais est un miracle du cinéma indépendant. Tourné en seulement 17 jours, avec un budget minime de 150 000$, ce long-métrage prouve que la sincérité artistique peut toujours surpasser les grands moyens techniques. Situé dans les rues vivantes mais mélancoliques de Dublin, le film transcende les codes de la comédie romantique et du film musical pour offrir une oeuvre brute, intime, et profondément humaine. Sans vous dévoiler entièrement les détails de la trame narrative, voici une exploration de ce qui fait de Once, une oeuvre si singulière, attachante, sympathique et bouleversante. 

L'histoire repose sur une rencontre fortuite entre deux personnages anonymes, simplement crédités au générique comme "The Guy" (Glen Hansard) et "The Girl" (Markéta Irglova) Lui est musicien de rue trentenaire (comme l'a réellement été Glen Hansard, plus jeune, dès ses 13 ans) qui répare des aspirateurs dans la boutique de son père pour survivre. Blessé par une ancienne rupture, il chante ses propres compositions déchirantes la nuit, quand les passants se font rares. Elle, est une jeune immigrée Tchèque (comme Markéta), mère célibataire, qui enchaîne les petits boulots pour subvenir aux besoins de sa famille tout en nourrissant une passion secrète pour le piano. 

Leur première interaction naît d'une curiosité mutuelle autour d'une chanson. Ce qui commence comme une simple conversation de rue évolue rapidement vers une complicité artistique immédiate. Le Gars et la Fille, partagent la même solitude et le même besoin viscéral de s'exprimer au travers des notes de musique. Au lieu de se courtiser avec des mots ou des déclarations enflammées, ils s'apprennent à se connaître à travers les mélodies qu'ils s'offrent mutuellement. La musique est presque leur seul véritable dialogue.

La force absolue du film réside dans sa gestion de la musique. Contrairement aux comédies musicales (que je méprise en général) traditionnelles d'Hollywood, où les personnages se mettent soudainement à chanter et à danser dans un élan irréel, ici tout est naturel. La musique est ancrée dans la réalité la plus totale et on voit et sent les musiciens avant les acteurs. Hansard avait fait un seul autre film, 16 ans avant, The Commitments, un autre excellent film, où il jouait le guitariste (qu'il était aussi) du band. Markéta en était à sa première (et unique) expérience. On sera un couple pour vrai dans la vraie vie, mais aussi complices artistiques dans la formation The Swell Season. Jusqu'en 2009. 

Les chansons n'interrompent pas le récit. Elles sont le récit. Chaque morceau interprété est justifié par l'action. Une répétition dans un magasin de musique, une session d'enregistrement improvisée ou un moment de solitude dans une chambre. La scène centrale du film , où les deux protagonistes interprètent la même chanson, dans la boutique d'un marchand de piano bienveillant, est un moment de grâce pure. C'est à cet instant précis, alors que leurs voix et leurs instruments s'harmonisent pour la première fois, que le spectateur comprend l'intensité de leur lien. La musique comble les vides de leur existence. exprime leurs regrets et formule leurs espoirs d'une manière que le langage quotidien ne pourrait jamais formaliser. 

John Carney a fait le choix de filmer Once avec une esthétique proche du documentaire, en éclairage naturel, dans les rues sans permis, en utilisant des caméras numériques légères et des objectifs à longue focale. Le réalisateur, ainsi, a pu filmer ses acteurs au milieu de véritables passants de Dublin, sans bloquer les rues. Cette approche confère au film un naturalisme saisissant. Les lumières de la ville sont naturelles, les environnements sont exigus et les visages ne sont pas maquillés de manière outrancière. 

Ce minimalisme visuel sert admirablement l'authenticité de l'interprétation des deux adultes qui n'étaient pas acteurs naturels. Ils se connaissaient depuis qu'elle avait 17 ans. Mais étaient tous deux de véritables musiciens. Et tomberont véritablement amoureux au sein de The Swell Season. John Carney était bassiste de The Frames, groupe qu'il formait avec Hansard par le passé et il a scénarisé et tourné ce film. Qui était son 4e. Et qui, pour 150 000$, dont une partie fournie de sa poche, rapportera...23 millions, au final.

Leur complicité à l'écran est authentique, teintée de pudeur et de maladresses désarmantes. On oublie instantanément qu'on regarde une fiction pour avoir l'impression de s'immiscer presque par effraction dans l'intimité de deux êtres humains, en plein reconstruction. Si le film est fondamentalement une histoire de flirt, elle refuse catégoriquement de céder aux facilités du genre. Le film trempe dans une forme d'affection plus complexe et peut-être plus durable que la simple passion amoureuse. L'émulation artistique et le respect mutuel. La Fille devient la muse du Gars, celle qui le pousse à croire en son talent et à enregistrer un démo pour tenter sa chance à Londres. De son côté, le Gars offre à la Fille un espace d'évasion face aux responsabilités étouffantes de son quotidien. 

Leur relation est jalonnée de non-dits et barrière réelles, liées à leurs passés respectifs et à leurs obligations familiales. Carney filme cette tension avec une infinie délicatesse, évitant les grands élans mélodramatiques. Le spectateur que ce qu'ils s'apportent mutuellement en l'espace de quelques jours dépasse le cadre d'une simple aventure amoureuse. Il s'agit d'un éveil mutuel.

Malgré sa genèse modeste, le film aura un destin extraordinaire raflant le Critic's Choice Award de la meilleure chanson, le prix du meilleur film étranger aux 23rd Independent Spirit Awards, le prix du public aux Festivals du film de Dublin et du Festival de Sundance, mais surtout, l'Oscar de la meilleure chanson originale, ce qui a aidé à atteindre les millions. 

Le film a prouvé qu'une histoire simple, portée par une sincérité crédible, et désarmante, ainsi que des mélodies universelles, pouvaient toucher le coeur du public mondial. Il a également redéfini la carrière des interprètes et du réalisateur, dont le film a été adapté à Broadway, en comédie musicale moins réelle. Et qui a fait participer (L'alors ex-) couple à l'émission The Simpsons

Oeuvre rare qui réchauffe le coeur tout en conservant une mélancolie profondément réaliste, c'est un hommage vibrant au pouvoir de la création artistique et aux rencontres spontannées qui changent les vies à jamais. Un visionnement nécessaire à ceux et celles qui croient en la magie des connexions humaines naturelles. 

 

Glen Hansard, au civil. semble avoir été de ceux qui avaient changé des vies. Il a toujours continué à faire de la musique sur scène, sur disque, et en tournée, mais a trouvé la mort la semaine dernière, à seulement 56 ans, l'âge de ma conjointe. C'est moi du couple qui suit l'Irlandais par le sang de par mon père. Sa mort, étrangement, m'a beaucoup affecté. Bête accident de moto. Les témoignages d'amour de par le monde se sont multipliés dans les jours qui ont suivis. Glen était aussi sympathique que ses personnages semble-t-il. Il était lui-même. 

Suaimhneas sìorà dà anam, lad. 

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