mardi 4 août 2026

Henry Wilson

Henry Leroy Wilson est né le 31 juillet, en 1911. Il est né en Pennsylvanie d'un père très ancré dans l'industrie du divertissement. Papa est vice-président de la Columbia Phonograph Company (future Columbia), et en sera président dès 1922. Relocalisés près de New York, il est vite en contact avec le théâtre de Broadway, l'opéra et le vaudeville. Il côtoie les Will Rogers, Fanny Brice, et Fred Stone Rogers, grandes stars des Années Folles. Ses vedettes passent même quelques fois à la maison tellement la famille en est proche. 

Henry est donc vite intéressé par le divertissement, mais au grand dam de son père, qui ne le trouve pas très viril avec ses cours de danses à claquettes. Il envoie son fils "s'endurcir" dans une école de la Caroline du Nord, où le football et l'escalade en montagne est de mise, les week-ends. Mais son intérêt est pour l'équipe de cheerleading et ses escapades en montagne rappelle Brokeback Mountain, quelques 65 ans avant l'heure. À l'Université, il se passionne pour ses chroniques qu'il écrit sur le cinéma et la télévision et envoie au magazine Variety

Qui le publie parfois. 

En 1933, il se rend à Hollywood, en bateau, où se trouvent aussi Bing Crosby et son épouse. Il se lie d'amitié avec cette dernière qui trouve au jeune Henry un emploi au magazine Photoplay, par son influence, à son arrivée. Son premier article sera sur la naissance du premier enfant des Crosby, Gary. Il écrira pour le Hollywood Reporter et le New Movie Magazine. Il n'a que 24 ans et fréquente régulièrement les bars gays du Sunset Strip. Il recrute les jeunes hommes de son goût à la fois pour son plaisir personnel et en fera bientôt aussi sa profession, comme agent d'artistes. Un de ses premiers clients est Junior Durkin, 19 ans, qui se tue presqu'aussitôt, en 1935, dans un accident de voiture. Il joint la Zeppo Marx Agency du plus jeune des frères Marx. 

Il fera faire le débuts de Marjorie Belcher, Jon Hall, William T.Orr et Julia Turner, recrutée à l'école secondaire, qui deviendra Lana Turner, peu à peu, en étant elle, présentée à Mervyn LeRoy. En 1943, David O.Selznick, futur patron de la MGM, mais alors patron de Vanguard Films, qui fait ses débuts, l'engage comme superviseur du talent chez lui. Wilson trouve Claudette Colbert, Jennifer Jones et Shirley Temple dans un drame de guerre et Guy Madison, Craig Stevens et John Derek (alors sous le nom de Dare Harris) dans des petits rôles secondaires du même film. Trouve plusieurs "Wilson boys".

Il se part sa propre agence de talents qu'il recrute dans les bars gay, souvent après une audition au lit avec promesse de placement à Hollywood ou en publicité. Il ne le cachera pas dans ses propres confessions, en livre.  Ses clients comprendront Chad Everett, Robert Wagner, Nick Adams, Kerwin Mathews, Troy Donahue, Mike Connors, John Saxon, Yale Summers, Clint Walker, Doug McClure, Dack Rambo et tout ceux et celles nommé(e)s plus bas (sauf Nathalie Wood).

Il se découvre un talent pour rebaptiser les jeunes talents qu'il découvre dont la beauté physique vient masquer le manque de talent généralisé. Sous sa tutelle, Robert Mosely devient Guy Madison, Orison Whipple Hungeford Jr devient Ty Hardin, Arthur Gelein devient Tab Hunter et Roy Scherer devient Rock Hudson

Il est au coeur de l'industrie du bellâtre qui nait dans les années 50, autour de ses clients. Il ne dit jamais ouvertement qu'il est gay, mais c'est très su. On assume, à tort, que TOUS ses clients sont homosexuels. Nathalie Wood dira que certains étaient hétérosexuels, mais qu'une disproportion importante existait parmi ses clients d'homosexuels, de bisexuels, et d'hommes prêts à "faire des échanges" pour avoir du boulot de sa part. Ann Doran, une de ses clientes, dira que dès qu'un nouveau talent, jeune et beau, arrivait dans le décor, il était entendu, sans le dire, qu'il était assurément gay. Comme si c'était écrit dans son front. 

Son plus important client est Rock Hudson. Transformé de maladroit naïf grand garçon de Chicago musclé, ex-chauffeur de camion en star virile du grand écran. En 1955, le magazine Confidential menace de publier l'homosexualité de Rock Hudson. Wilson leur négocie une autre histoire, celle de Rory Calhourn et Tab Hunter, qui auraient été arrêtés tous les deux dans un party gay, qu'il échange contre leur silence. Faire tomber 2 clients pour Rock. Afin de faire taire les rumeurs sur Hudson, qui naissent quand même, Wilson le force à se marier à sa secrétaire Phyllis Gates. Et garder ainsi une image machiste. Mais trois ans plus tard, le manège ne tient plus. Le mariage est annulé. 
Tony T. (1940-2023)

Tony Tarantino, le père biologique de Quentin, jeune acteur de 20 ans dans les années 60, dit avoir refusé des avances sexuelles de la part de Wilson, avec promesse d'opportunités au cinéma et d'un style de vie somptueux. Plus son homosexualité est connue, plus ses clients s'en éloignent. Ils ne tiennent pas à y être associer pour rien. 

Il sombre dans l'alcool, devient accro à la drogue, est plutôt paranoïaque et est irrégulier avec son poids, dans les années 70.  Même ses clients homosexuels le quittent. Dont Rock Hudson. Ce qui le marque au fer rouge du désespoir absolu. 

Atteint d'une cirrhose, il entre au Motion Picture & Television Country House & Hospital, mais en sortira à l'horizontal. Sans emploi, il y meurt, à 67 ans dans un corps qui pouvait faire croire qu'il en avait 81, le 2 novembre 1978, le mois des morts. Rock Hudson, lui, sera parmi les premières victimes populaires du SIDA en 1985. Mourant à seulement 59 ans. 

L'association Wilson/Hudson prenait fin cette année, il y a 60 ans. 

Un âge que n'aura jamais eu, Rock Hudson. 

Dans la série de Netflix Hollywood,  qui raconte l'Hollywood d'après guerre, Henry Wilson est joué par Jim Parsons

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