dimanche 27 mai 2018

Avorter des hommes

La radio me parlait de Kate McKinnon.

Une actrice que j'aime beaucoup. Très drôle et que je trouve personnellement très jolie. De plus, et ça devrait rester sans importance pas mal partout, elle est lesbienne. Elle partage donc une passion qui est aussi mienne: les Femmes.

J'ai été revisiter sur le net sa performance du 13 novembre 2016 à l'émission satirique Saturday Night Live. Personnifiant Hillary Clinton, elle avait changé les paroles de la chanson culte de Leonard Cohen Hallelujah pour y coller un blues que devait vivre Hillary Clinton, 5 jours après avoir perdu ses élections contre le plus abject des gnochons possible.

Les États-Unis, l'Amérique, le monde, était effectivement en deuil. À la fois de Cohen, décédé la veille de l'élection de Donald Trump, à la fois du résultat final de cette élection. Dont nous vivons actuellement les affres. Et dont la reconstruction sera immense.

Les États-Unis apprennent à vivre avec le perpétuel deuil.

On racontait, sous la forme fictive, toujours à la radio, l'histoire d'une jeune fille, de 15-16 ans, décrocheuse scolaire, travaillant maintenant comme serveuse, parlant à sa mère, lui disant qu'elle serait aussi peu instruite qu'elle, mais vivante. Parce que continuer à fréquenter son école secondaire devenait trop dangereux. Elle ne voulait plus courir le risque d'y mourir pour rien. Elle serait serveuse comme sa maman. Et il ne faudrait idéalement jamais la juger pour avoir choisi de vivre sans peur.

L'histoire fictive se passait aux États-Unis. Mais cette fiction (de la lumineuse Véronique Côté) doit exister pour vrai. Tout comme il doit exister une pluie d'élèves qui sont secrètement armés. Pour pouvoir répliquer à un potentiel agresseur dans leur école. Le concept du héros aux États-Unis est affreusement dysfonctionnel. Armés, ils se convainquent d'un quelconque héroïsme. Exactement comme les déséquilibrés qui tirent aveuglément dans les écoles.

Tous des garçons.

Je comprends Kate McKinnon de s'intéresser davantage aux Femmes.

Lisez les commentaires sous l'hyperlien de SNL montrant Hillary chantant Cohen.
Ce pays est à la hauteur de son président. Malade.

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En Irlande, vendredi, se tenait un référendum sur la légalité de l'avortement. Là-bas, on place les droits d'un enfant non-né et ceux d'une femme sur le même pied d'égalité. Les gens qui ont décidé que l'avortement était illégal, même en cas de viol ou de malformation chez le bébé, passible de 14 ans de prison, n'étaient pas des femmes.

L'avortement devenait exceptionnellement légal, en Irlande, si la vie de la Femme était en danger. Seulement.

Lorsque les Irlandais ont aussi "référendé" sur la question du mariage gay, ce pays largement catholique a largement surpris tout le monde en rendant légal les mariages de même sexe.

Le taux de participation au vote restant toutefois assez faible.

Si bien, que vendredi, le taux de participation a été plutôt élevé. Comme si on n'avait pas voulu se faire coincer deux fois en si peu de temps avec une décision qu'on aurait peut-être regretté.

Et bien non.

Le pays d'une partie de mes ancêtres, pays à très forte tradition catholique a voté à très forte majorité contre son église.

Et en faveur des Femmes.

Avorter, peu importe le motif, sera maintenant légal au pays de James Joyce.

Ce pays est à la hauteur de la dignité humaine.
Soudainement sain.

Comhghairdeas!
nàr lagaì Dia Thù
mo ghraidhin go deo thù

samedi 26 mai 2018

À La Recherche Du Temps Perdu**********L'Étranger d'Albert Camus

Tous les mois, dans les 10 derniers jours de celui-ci, je vous parlerai de littérature. Comme je le fais pour la musique (vers le milieu) et pour le cinéma (dans les 10 premiers jours).

Lire, c'est penser, prier, communier à l'autel d'une nouvelle pensée. C'est parler à un ami, l'écouter, l'entendre, le comprendre. C'est s'ouvrir sur le monde.

C'est un peu beaucoup mon métier. Ce n'est pas un job. C'est une manière de respirer.

L'ÉTRANGER d'Albert Camus

Un jeune employé de commerce, Meursault, apprend que sa mère est morte. Il la veillera sans avoir envie de pleurer. Ça ne lui fait même presque rien. Le voisin de Meursault, Raymond, est un proxénète et lui demande un service afin de se dégager d'une situation avec sa maîtresse, avec lequel il aurait été brutal. Raymond craint les représailles du frère de sa maîtresse, des arabes. Quand Raymond injurie et frappe sa maîtresse, la police intervient et Meursault sert de témoin à Raymond. Meursault épouse Marie, sans passion, une ancienne collègue de travail. Raymond, Marie et Meursault arrose leur soirée et aborde la plage. Ils y feront la rencontre de deux arabes dont le frère de la maîtresse brutalisée. Une bagarre s'en suit, Raymond est coupé au visage.
Plus tard, seul sur la plage, ébloui par le soleil, Meursault revoie le frère arabe et lui tire une balle qui l'abat. Il tirera 4 autres fois sur le cadavre au sol.
Meursault sera arrêté et ses confessions jetterons de la consternation partout. Il est candide et sans filtre. Il ne regrette rien. Il ne sait pas mentir. Ne veut pas. Au procès, on parlera moins du meurtre que des sentiments de Meursault, ou de l'absence de ses sentiments, à l'enterrement de sa propre mère.
Il sera condamné à la guillotine.
L'aumônier qui lui rend visite le mettra en furie. Mais il trouvera la paix dans la sérénité de la nuit.

Camus, journaliste, propose avec ce livre de 1942, son premier roman. Un roman s'inscrivant dans sa tétralogie de l'absurde qui contiendra aussi, l'essai philosophique Le Mythe de Sisyphe ainsi que les pièces de théâtre Caligula et Le Malentendu. Trois autres oeuvres majeures de ce grand auteur.

Notre examen de secondaire 5 du ministère, en 1989, proposait une composition personnelle débutant par la première phrase de ce roman, l'une des plus célèbres de tous les temps:
"Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas."

André Malraux lira la première version et nota l'abus de la simple structure; "sujet, verbe, complément, point. ". Il relayera ses observations à Pascal Pia, ami proche de Camus qui corrigera en conséquence afin d'éviter la caricature. Il est vrai que le style simple, réaliste et précis, rend la lecture facile. Sur fond de profond existentialisme. Camus a cette plume qui vise juste. Et qui plonge dans l'abîme de l'absurde très simplement.

L'absurde se glisse si facilement dans nos vies.

Dans sa seconde partie, la partie judiciaire, le roman rappelle beaucoup les procès Staliniens, 8 ans plus tôt, où on accélérait les délais de procédures pour des condamnations rapides, sans arrières pensées.

Meursault dit plus qu'il ne sent. Il aime le soleil et ne laisse aucune ombre. Il n'est pas privé de sensibilité comme on le suggère, il est tenace, animé par la passion de l'absolu et de la vérité. Camus dira de son personnage qu'il a tenté d'écrire le Christ que nous nous méritons.

Un jeune Robert Smith sera inspiré de tout ça.

Lucino Visconti en fait un film en 1967.

Dans La Peste, Albert Camus y fait un client d'oeil dans un paragraphe:

"...au milieu d'une conversation animée, celle-ci avait parlé d'une arrestation récente qui avait fait du bruit à Alger. Il s'agissait d'un jeune employé de commerce qui avait tué un arabe sur une plage."

Ce que l'on appelle un chef d'oeuvre n'est que superficiel. Un livre inconnu peut nous paraître comme un chef d'oeuvre à une époque de notre vie et paraître insignifiant quelques années plus tard. Ce sont souvent nos émotions qui influent sur notre jugement.

Pas ce livre là. Lu pour la première fois au CEGEP. Puis encore à l'université. Puis deux autres fois adulte.

Camus ne lasse pas.

Il réarticule les particules de nos vies.
Jonglant l'absurde dans l'arène du vrai.

vendredi 25 mai 2018

6 Chansons en Avance sur Leur Époque

Bien des groupes de musique ont été révolutionnaires et en avance sur leur époque. Souvent incompris ou tout simplement négligés par le public auquel il s'adressait, ils sont parfois complètement tombés dans l'oubli.

Explorons 6 phénomènes du genre. 6 Chansons, tellement en avance sur leur époque, qu'ils sont tombés dans la courbe du trop bizarre pour leur époque, mais assez précurseur pour les années futures.

Mes collègues martiens ne peuvent tout de même pas tout vous révéler.
Vous n'êtes pas toujours prêts à tout entendre quand on est prêt à vous l'offrir.

1964.
Je N'attends Plus Personne de Françoise Hardy.
Quand Billy Corgan et ses amis ont lancé Mellon Collie & the Infinite Sadness en 1995, on parlait d'un combinaison originale de guitare croustillante, de grunge rock croisés de refrains pop et de poésie adulescente chanté sans gêne comme un finissant de secondaire 5. Les critiques saluaient l'audace et l'ambition. Le Time nommait cet album double, album de l'année. Clamant qu'il avait les ambitions d'Icare avec des ailes qui fonctionnent. Légitmisant les effets pompeux comme de l'inspiration contagieuse et en harmonie avec son époque.
Ce qui restait un brin mélodramatique.

Ils ne pouvaient tout de même pas prétendre ne pas avoir déjà entendu ce type de riff auparavant. Mais aux États-Unis, si ce n'est pas chanté en anglais, who gives a fuck? Pendant que les Beatles harmonisait une génération entière avec Love Me Do, la belle Françoise, que j'adore tant, offrait une guitare pré-grunge, distortionnée en plusieurs épaisseurs, lourde, sur des vers mélancoliques.

1968
Here Comes the Judge de Pigmeat Markham
Tout le monde s'entend pour dire que le rap a été vraiment lancé vers 1979. Mais 11 ans avant, Dewey "pigmeat" Markham lançait un OVNI musical. Comédien de métier, il ne savait pas chanter. Il devait donc parler son texte. Sans le savoir, il rappait avant l'heure. Puisqu'il sévissait pendant la ségrégation, l'histoire des États-Unis s'est assuré de le garder dans le néant social. C'est Sammy Davis Jr qui allait s'assurer de le rappeler au peuple en l'imitant à la télé.  On appelait déjà cela du "rap". Mais ce genre n'atteindrait la respectabilité que 50 ans plus tard. Mais encore...

1969.
Machines de Lothar & the Hand People.
La nouvelle vague du début des années 80 n'était pas 100% nouvelle. Les chansons de Lothar & the Hand People, en 1968, étaient tout à fait de leur époque. Elles parlaient de faire l'amour, d'aller dans l'espace et de faire l'amour en allant dans l'espace. Leur percussion sonnait comme une batterie électrique moderne des années 80. On jurait aussi parfois qu'on jouait de la batterie sur des canettes d'aluminium. Même les paroles pouvaient donner l'impression d'entendre ce que dirait un homme imitant un robot. Quand Peter Gabriel a lancé Shock the Monkey, on a vénéré le concept de ces 4 même notes répétés sans cesse comme un hook de génie. Pourtant, le band de John Emelin, Paul Conly, Rusty Ford, Tom Flye et Kim King trempait dans ces mêmes eaux, 13 ans plus tôt.

1969.
Caledonia de Cromagnon.
Black metal chaotique. C'est comme ça qu'on décrivait la musique du band initié par Austin Grasmere et Brian Eliot. On a aussi parlé de musique expérimentale, d'avant-garde, de noise rock, de no wave, de rock industriel, de collages sonores, d'obscuro, de psychédélisme. On a dit alors "Mais est-ce vraiment là que nous en sommes rendus avec la musique?". Jimi Hendrix, dont je vous parlais pas plus loin que la semaine dernière, faisait pourtant appel à beaucoup d'expérimentation lui aussi. Et ça passait mieux.
Les mots et les termes utilisés pour parler de la musique du band qui ne fera qu'un seul album dans toute sa carrière seront les mêmes que ceux utilisés pour parler de la musique de Trent Reznor qui nous proposait 25 ans plus tard. du rock industriel brutal. Aussi atmosphérique que violent. Une arme d'audition massive. De la batterie lourde. Du clavier lugubre. De la voix murmurée mais menaçante. De l'instrumentation inusitée. De l'échantillonage.
On dit que Grasmere & Eliot, deux auteurs de musique, se sont tanné d'écrire de la musique jugée trop conventionnelle et ont voulu créér du parfaitement fou et déjanté. Allant jusqu'à changer leur style de vie et partir vivre dans une commune. La chanson Caledonia est la seule ayant une structure plutôt écoutable. Le reste n'est que sons divers. Ils utilisaient des bouts de bois et des os humains pour jouer de leur....musique? Trent a préféré composer sur des claviers.

1969
Love Without Sound de White Noise.
En 1968, David Vorhaus s'est joint à deux compositeurs de la BBC Radiophonic Workshop. Ils sont alors devenus White Noise. Leur premier album est passé complètement sous le radar, personne, mais personne ne s'y est intéressé. C'était comme si personne ne voulait porter attention au son que votre télévision fait, lorsque brisée. Ils étaient alors relégués à l'obscurité.
C'est justement un peu plus à l'ombre que voulait aller Radiohead quand, 31 ans plus loin, on a voulu se distancer du mouvement grunge auquel on avait été associé, pour explorer ce qu'on appelait alors une musique de génie, une musique du future, qui était en fait, peut-être inspirée d'une musique ancienne...
En 2000, plusieurs fans de Radiohead ont trouvé difficile d'aimer ce nouvel angle musical. Imaginez alors en 1969 avec Love Without Sound. Le groupe a par la suite continué dans l'obscurité, Delia Derbyshire étant la membre réussissant à pointer la tête dans le populaire en créant la musique cosmique du générique de la culte série Dr Who. Trahissant du même coup qu'elle était martienne...

...et voyageuse dans le temps.

1970
Eva de Jean-Jacques Perrey.
La moitié du charme du tandem français Daft Punk tiens du fait qu'ils sont rétro assumés. Funk, sons feutrés, synthétiseurs modernes, ryhtmes technos, quand Daft Punk a attaqué la planète pop dans le milieu des années 90, on ne les prenait pas complètement au sérieux avec leur réécriture des simples plaisirs électroniques.
Non seulement Perrey jouait le même type de musique, tiré de l'ancêtre des synthétiseurs actuels, mais il s'affichait lui aussi avec un masque, afin de rester anonyme. Il finirait pas enlever son masque, lorsqu'il joindra ses forces à Robert Moog, afin de devenir davantage un homme d'affaires, créant des mélodies, (la même aussi) afin de mousser les ventes des synthétiseurs Moog. Fatboy Slim a acheté le morceau pour en faire sa version.

De quoi ravir certains baby boomers convaincus d'avoir tout inventé.

jeudi 24 mai 2018

Philip Milton Roth (1933-2018)

Le souhait de certains juifs est arrivé. Roth est mort.

Élevé à Weequahic, un quartier de Newark au New Jersey, il étudie à l'Université de Bucknell en Anglais puis poursuit des études plus poussées à l'université de Chicago en littérature où il enseignera brièvement dans le programme d'écriture.
Il enseignera plus tard dans sa vie l'écriture créative à l'université d'Iowa, de Princeton, étudiera un temps à l'université de Pennsylvanie avant de se retirer définitivement de l'enseignement en 1991.

Lorsqu'à Chicago, il fait la rencontre déterminante de Saul Bellow et épouse Margaret Martinson. Martinson sera l'inspiration de personnages dans ses livres When She Was Good (Lucy) et My Life As a Man (Maureen).

À 26 ans, inspiré par son ami Bellow, il réussit à faire publier Goodbye, Columbus, 5 courtes histoires traitant  toutes des problèmes et des soucis des juifs Étatsuniens de seconde et de troisième génération. Le livre est un grand succès, même si aux yeux de plusieurs juifs, Roth critique beaucoup trop le judaisme dans son ensemble.
En 1962, il publie son tout premier roman, Letting Go. À nouveau, "être juif" se trouve au coeur de la crise qui déchire un couple dans l'intrigue. Le personnage féminin craint tout le roman que son mari ne la quitte. Ce que Roth fera dans la vraie vie, divorçant de Martinson en 1963.
En 1967, Roth publie When She Was Good pour elle. Ce sera le seul roman de toute son oeuvre mettant en vedette un personnage principal féminin. Martinson, son ex-femme, pour lequel le livre avait été écrit, se tue en 1968 dans un accident de voiture. L'écriture de Roth change dramatiquement.
Prenant de plus en plus part dans les années 60 à des débats publics sur les Juifs en Amérique, il appert que Roth ait de grandes difficultés à accepter certaines attitudes des juifs d'une autre génération. Ceux-ci le lui rendent bien en le traitant de traître. Roth est piqué au vif et écrira Portnoy's Complaint dans cet état d'esprit.

Ce livre le rendra internationalement célèbre. Ce sera un giga-succès, principalement nourrit par la controverse qu'il engrange. Ce monologue d'Alexander Portnoy à son psy a l'effet d'huile sur le feu pour tous ses détracteurs. Selon eux, il est clair que Roth, un juif lui-même, déteste les juifs. Le livre, très drôle, extrêmement cru et sexuellement très explicite (dévoilant alors bien des secrets sur un sujet tabou: la masturbation) le rend multimillionaire.
Deux ans plus tard, il publie une satire de Richard Nixon dans le roman Our Gang. En 1972 il publie le délirant et Kafkaesque The Breast. En 1973, The Great American Novel qui raconte l'histoire d'une équipe de baseball (fictive) qui devient la première a passer une saison complète sur la route après avoir prêté son stade aux soldats de la guerre en 1943. En 1974 il publie My Life As A Man qui aura un personnage du nom de Nathan Zuckerman mais qui ne sera pas le même que celui rencontré/créé des années plus tard. En 1977, il reprend son personnage de The Breast, le professeur David Kepesh, dans The Professor of Desire qui explore des thèmes qui seront chères à toute l'oeuvre de Roth. la sexualité, la jeunesse, l'identité.

En 1979, Roth introduit pour vrai son alter-ego Nathan Zuckerman. Inspiré de ses rencontres avec Bernard Malamud et Henry Roth (aucun lien de parenté) il lance The Ghost Writer. Il renforce par la suite l'idée de l'alter ego en publiant Zuckerman Unbound où les références deviennent beaucoup plus claires. Nathan Zuckerman est un écrivain qui doit vivre avec le gigantesque succès de l'un de ses romans écrits en 1969,  il avait écrit 4 livres auparavant, il a plusieurs maîtresses, il doit se défendre contre la controverse et les menaces qui lui collent à la peau; menaces et controverse venant même de sa propre famille. Beaucoup de parallèle se créent avec la vie de Roth.
Il en consacrera au moins trois livres: Zuckerman Unbound (1981), The Anatomy Lesson (1983) et The Counterlife (1986) qui traitent tous de deuils. Celui de son père, celui de sa mère, de son frère, de ses mariages/liaisons et même de sa carrière. Ils sont tous très intéressants dans la mesure où on devine aussi le germe d'une dépression majeure qui le frappera dès la fin des années 80. Il tente d'écrire une autobiographie afin de rétablir le vrai du faux dans ses oeuvres et sa vie en 1988 mais les gens ne le prennent pas au sérieux et ne croient qu'à moitié ses écrits. Roth se sent futile. Il épouse une amie de longue date, l'actrice Claire Bloom, mais, toujours au coeur d'un marasme mental, il écrit de manière plutôt immature sa relation avec elle et son entourage dans le triste et impudique roman Deception en 1990. Un an plus tard il écrit l'excellent récit Patrimony sur sa relation avec son père disparu. Un très beau roman d'amour à celui qui l'aurait peut-être traité de "bastard" sur son lit de mort.
Déterminé à écrire LE roman qui le rendra immortel et effacera le fantôme de Portnoy, il écrit le très bon et toujours impudique Operation Shylock: A Confession en 1993. L'histoire met en vedette...Philip Roth se mettant à la poursuite d'un autre Philip Roth en Israel, jongleries d'identités sur fond d'intifida. Le livre ne rencontre toutefois pas le monumental succès visé par Roth et il rechute dans une dépression majeure. Il sera même interné un temps dans une aile psychiatrique, toujours avec le soutien de Claire Bloom dont il se sépare finalement en 1995. Il publie cette année là l'excellent Sabbath's Theater inspiré du peintre juif R.B. Kitaj.

En 1996, Claire Bloom publie à son tour un livre sur sa vie, ne pouvant éviter les années d'horreurs avec Roth qui l'ont mené à la ruine.
En 1997 Roth écrit une oeuvre majeure, personnellement ma favorite, American Pastoral. L'histoire d'un couple d'anciennes vedettes de l'école secondaire qui perd le contrôle de ses enfants à l'âge adulte.
En 1998, Roth se sent obligé de répondre au livre de Bloom qui l'accuse de toute sortes de choses et il publie le très drôle (mais toujours cruelI Married a Communist. 

Deux ans plus tard il publie The Human Stain qui sera adapté au cinéma avec Hopkins et Kidman.

Le professeur David Kepesh est de retour dans The Dying Animal en 2001. Il prédit la catastrophe Trump dans The Plot Against America en 2004.
En 2006 il commence la série Nemesis, une série de court roman de moins de 200 pages et lance Everyman qui sera suivi de Indignation en 2008, The Humbling en 2009 et Nemesis en 2010.

Il aura entretemps enterré Nathan Zuckerman dans Exit Ghost en 2007.
Aujourd'hui on enterre un l'un des plus grands écrivains ayant questionné l'identité juive en Amérique.
Un auteur très important et ses fantômes, ses doubles.
Un important témoin de son époque.
Un fameux fou.

Celui qui arrivait à se faire des ennemis plus vite que son ombre aura aussi réussi à se faire de nombreux admirateurs. Robert Daudelin, anciennement à la barre de la Cinémathèque Québécoise entre autre, est un ardent défenseur et fervent admirateur de l'auteur.

So am I
Roth aura raconté l'Amérique mieux que des centaines de discours.
Bye bye Zuck.
Tks for the fun.

Il avait 85 printemps.