lundi 6 janvier 2020

20 x Fellini

Federico Fellini est un grand admiré de ma part.

Il aurait eu 100 ans cette année.

En hommage à ce grand réalisateur italien, voici une cavalcade de 20 de ses films. Par ordre de préférence de ma part. Parce que si, le ho viste tutte.  (oui, je les ai tous vu).

Humblement vôtre.

La Voce Della Luna (1990)
Candide épisodique Fellini dans lequel Roberto Begnini incarne Ivo, un personnage un peu fêlé, qui voyage assez loin, à travers toute l'Italie, dans une croisade romantique, fantastique, et allégorique, afin de capturer la lune. Une lubie. Mais une lubie poétique.

Ginger & Fred (1986)
Le film réunit deux des plus chéris collaborateurs du maître italien, Marcello Mastroianni, et l'amour de sa vie, son épouse, Giuletta Masina, dans les rôles deux vieillissants excentriques pratiquant une routine en hommage à leurs idoles: Ginger Rogers & Fred Astaire. Chorégraphié et dansant.

Intervista (1987)
Un docu-fiction fantaisiste de Fellini, sur Fellini, offrant une "entrevue" largement scriptée à une équipe de télé japonaise à qui il fait faire, entre autres choses, une tournée de son studio Cinecittà. Il ouvre aussi son tiroir mental de souvenirs, et parle de ses élans de création et les sources de son inventivité.

La Cité des Femmes (1980)
FF était très sensible au charme des Femmes. Il a donc fait appel à son alter ego, Marcello Mastroianni, pour incarner ce personnage "Dantesque" qui se réveille un jour dans un hôtel, au mi-temps de sa vie, un hôtel situé au milieu du bois, envahi par des Femmes fort désirables.

Fellini's Satyricon (1969)
Un autre Satyricon, dont le titre avait été sécurisé par un producteur italien, Alfredo Bini, en 1962. FF a été obligé d'y intégrer son nom afin de se distinguer de l'autre. Film surréaliste sous forme épisodique, un rêve fiévreux dans la Rome Impériale, reprise à Petronius. FF utilise volontairement un douteux processus de doublage voulant volontairement que les voix ne soient pas synchronisées avec les bouches afin d'y ajouter un effet d'étrangeté plus soutenu.

Variety Lights (1950)
Premier film co-réalisé avec Albert Lattuada avec un réel goût d'exubérance et de théatralité en veilleuse, une jeune femme joint une troupe d'artiste. Introduction de Giuletta Masina dans un petit rôle secondaire.

Fellini's Casanova (1976)
La controversée embauche de Donald Sutherland provoque bien des réactions. Casanova n'est pas aussi beau que prévu, Fellini enlaidit Sutherland, le rend gauche et mauvais coureur de jupons, anarchique, bordélique, absurde, surréalisme à la clé. Comédie où Casanova est plus près de Chaplin, à la merci de ses pulsions amoureuses.

Prova d'Orchestra (1978)
Plus près de Milos Forman que de l'éclaté Fellini habituel, satire politique au sujet d'un orchestre dont les membres tombent en grève. Film largement sous-estimé dans sa palette.

Les Clowns (1970)
Une docu-fiction, aussi amusante que glauque, sur la passion et la fascination de FF pour les clowns et leur univers. Une naine, costumée en soeur écclésiastique, Adriena Poerio, réapparaîtra chez Nicolas Roeg, dans Don't Look Now, toujours en Italie, trois ans plus tard, en terrible assassine. Touchant film. Toujours étrange.

Le Cheik Blanc (1952)
Premier film avec FF seul réalisateur. Comédie ensoleillée avec Alberto Sordi, dont le personnage voit sa femme disparaître. Gros gros succès en Italie. Woody Allen reprend en partie la trame narrative dans To Rome With Love, en 2012.

Il Bidone (1955)
Croisement de néoréalisme et de d'humour picaresque parfois pathologique. Broderick Crawford, Richard Baseheart et Giuletta Masina brillent dans ce film où des escrocs se liguent ensemble afin de frauder les gens de villes en villes. Les arnaques sont menacées de dérailler quand le leader de la gang voit sa fille réapparaître dans sa vie.

Roma (1972)
Chronique autobiographique extravagante et exubérante mettant en vedette la capitale italienne dans des vignettes du passé et du présent. Anna Magnani y fera son chante du cygne. Séjour halluciné dans la ville qui a vu Romulus et Rémus s'entretuer. Le trafic d'ouverture à lui seul vaut le coup d'oeil.

Et Vogue Le Navire (1983)
Autre bijou surréaliste de FF, un film un brin complaisant envers sa propre esthétique. Créé entièrement en studio, la mer aussi, le film est un véritable bouquet offert à ses fans (et détracteurs) poussant le néoréalisme le plus loin possible. Un groupe de notable musicien se pousse en mer afin d'y laisser les cendres d'un ami, fameux chanteur d'opéra. L'action se déroule en 1914, tout juste après l'assassinat de l'archiduc Franz Ferdinand, à l'orée de la Première Grande Guerre. La tension monte d'un cran quand un groupe de réfugiés Serbes monte à bord du navire.

Juliette des Esprits (1965)
Ça prenait du culot pour mettre sa Femme et sa maîtresse à l'image sur un même écran dans un  même film. Premier film en couleurs de FF, il y met toutes ses croyances occultes et semble aussi explorer la complexe relation que FF a avec Sandra Milo, Giulette Masina et les coryances spirituelles. Ésotérique.

Amarcord (1973)
Souvenirs de l'Italie fasciste qu'a connu FF, enfant, l'éveil sexuel de pré-adolescent, et l'emprise de l'église catholique sur la société italienne. Le titre est du jargon italien voulant dire "je me souviens". La spiritualité, la folie, l'humour, l'esthétique et le cirque, thèmes omniprésents dans son oeuvre, s'y retrouvent.

Les Nuits de Cabiria (1957)
Les 5 prochains sont de très grands films. Mélancolie, tragédie., cruauté, Giulette Masina y trouve un très grand rôle dans la peau d'une travailleuse du sexe oscillant entre richesse et pauvreté des rues, dans un univers où la mort sévit trop vite. La vulnérabilité du personnage est bouleversante. La finale, troublante, la cinématographie parfaite. Une signature presque Antonionesque dans des décors naturels formidables. Une lumière fameuse dans un film noir. Presqu'atypique dans l'oeuvre de FF.

I Vitelloni (1953)
Explosion d'énergie, de vitalité et de chaleur, un groupe de jeunes hommes, dont l'étoile montante d'alors, Alberto Sordi, rêve de s'évader du village qui les tient prisonniers d'une certaine misère sociale tout en restant loyaux à leurs origines. Bien souvent, ils n'ont rien à faire car il n'y a rien à faire. Ils s'inventent donc des choses à faire, comme se faire pousser des moustaches pour mieux les raser, courir les filles et surtout éviter les responsabilités qui feraient d'eux des pères. Un moment carnavelesque vient, bien entendu, ponctuer le film d'un moment "Fellini".

La Strada (1954)
Performance Chaplinesque de Giuletta Masina dans un exercise de cruauté aussi rempli de grande beauté. Une pauvre fille est vendue par sa famille à une brute, phénomène de foire, artiste de cirque forain, qui exploite à peu près tout ce qu'il fréquente, dont la pauvre fille. Le grotesque côtoie le beau dans ce grand road movie. Fellini nous montre la laideur de la vie d'artiste, et nous brise le coeur.

La Dolce Vita (1960)
Le swinging Rome, l'Italie devenait le centre du monde cinéma, tout comme les Beatles allaient devenir le coeur de la musique trois-quatre ans plus tard. Le sacré, le divin et le profane, côte à côte dans un film grandiose.

8 1/2 (1963)
Troublant existentalisme, séquences de rêves glauques, plongée dans l'inconscient, quête thérapeutique, un réalisateur (Marcello, toujours alter ego) en pleine crise de création, tente de se réinventer jonglant avec une certaine mythologie autour de sa propre aura. Voyage personnel au sein du moteur de création (ou de sa panne), glissade dans la mémoire et le passé et deuil d'un Don Juan.

Pour la folie, la fantaisie, les clowneries, le grotesque, le cruel, le comique, l'existentiel, le baroque, le joli: Federico Fellini.

Matin, midi, nuit.

Demain, encore un peu d'Italie.

De racines italiennes, mais d'un artiste né en Californie.

dimanche 5 janvier 2020

Les Dangers de Tuer Qassem Suleimani

"Imprévisible".

C'est le mot qui définit le mieux et le plus justement toute la présidence Trump jusqu'à maintenant.

La mort du commandant en chef iranien Qassem Suleimani jeudi soir dernier, dans un raid ciblé des États-Unis est le geste pouvant provoquer le plus de conséquences de la part de Téhéran depuis les 30 dernières années. Même si on ignore encore ce que ces conséquences seront.

Une seule chose semble claire, les États-Unis, pays où déjà les fusils peuvent pétarader absolument partout, n'importe quand, commencent 2020 avec la possibilité que ça saute aussi n'importe où, n'importe quand. Il y a promesse de dérape. Et dans un pays tout en impulsions, comment déraperons qui?

La bio de Suleimani est remarquable. Depuis la fin des années 90, c'est un figure de proue pour son pays. Il s'était engagé à faire de sa région du Moyen-Orient quelque chose d'avantageux pour son peuple. N'hésitant pas à tuer quiconque se plaçait dans son chemin dans ce qui ne serait pas dominé par l'Iran entre Téhéran et la mer Méditerranée. Il a obtenu tant de succès que sa légende est née. Il était sans aucun doute le plus influent militaire des temps modernes de la région.
Il appuyait les attaques terroristes pour les despotes comme Bashar Al Assad en Syrie, était une main lourde dans l'assassinat du premier ministre libanais Rafik Hariri, tuant des centaines de soldats des États-Unis dans le processus.

Les États-Unis avaient ce qu'on appelle "un beef" (une dent) contre lui.

La milice de Suleimani a déployé une arme fameusement mortelle appelée E.F.P. , contre lequel les véhicules militaires des États-Unis, ses soldats, ses marines, ne pouvaient absolument rien. C'est une drôle d'ironie de constater qu'il a trouvé la mort sur le chemin de l'aéroport, là où tant de soldats des États-Unis et tant d'Irakiens ont aussi trouvé la mort sous sa commande dans des embuscades.

La mort de Suleimani est une lourde perte pour le régime iranien. Il n'était pas que la figure centrale de la politique étrangère de l'Iran, il en était l'absolu leader militaire. Il était un pilier de la révolution de 1979, et un moteur de la survie de la ligne directrice de cette révolution: la défense de la souveraineté face aux pays ennemis, plus précisément: face aux États-Unis.

La vision de Suleimani s'est formée dans les années 90, dans le conflit Iran-Irak, quand il a tendu la main aux États-Unis pour se battre contre l'Irak. Ce que ceux-ci ont refusé. Des millions de morts ont suivi dans le conflit et l'Iran a toujours considérer les États-Unis responsables de ce non-engagement. Suleimani s'était juré que ça n'arriverait plus en Iran et avait fondé une garde révolutionnaire militaire.

Suleimani vivait bravement sans surveillance. Non pas caché comme un Ben Laden. Il aurait pu facilement être tué bien des fois, mais les administrations précédentes n'ont jamais voulu mettre le feu aux poudres. L'administration Trump....enfin...je ne crois qu'ils réfléchissent autant qu'ils réagissent.

Depuis que le gouvernement Trump a annulé le plan nucléaire qu'avait mis en place Obama, les gestes de provocation n'avaient qu'escaladé entre l'Iran et les États-Unis.

Et comme un arbitre au hockey, laissant passer trop de gestes illégaux, ça risque de dégénérer avant la fin du match.

C'est quand la fin d'un match qui commence?

L'administration Trump a dit que le monde était aujourd'hui "moins dangereux" grâce à cette mort.

Rien n'a jamais été plus faux.

Téhéran! Washington est à 947 kilomètre de Montréal.
Visez-bien, svp.
جستجوی به جای

samedi 4 janvier 2020

Six Livres Sur le Sexe

Parlons d'une très belle chose sur terre sur cette planète délétère.

Le sexe.

Six livres sur le sujet, trois angles.

Middlesex de Jeffrey Eugenides, 2002, 544 pages.

Après l'excellent The Virgin Suicides, Eugenides, d'origine grecque, a pris 10 ans à écrire un second roman.

Gore Vidal a un jour dit que l'avantage d'être bisexuel était de doubler ses chances à passer une belle nuit en compagnie de quelqu'un, un samedi soir. Par extension, les hermaphrodites pourraient dire que leur statut leur permet d'avoir assurément une soirée formidable, sexuellement, parfaitement seul(e).  Jeffrey Eugenides raconte, sur trois générations, narré par un Étatunien, né avec les deux sexes, une histoire gorgée de comédie causée par ce gêne récessif.
Tout comme dans son premier livre, Eugenides réussi à raconter une horrible condition avec une voix comique. Et dans une forme de narration gardant un oeil intéressé pour les bizarres détails. Les liens entre le sexe, la vie et l'hérédité, sont multiples et complexes. L'androgynie évolue comme un pistolet apparaissant à tous les actes d'une pièce tragi-comique. L'incertitude sur la croissance de l'enfant qu'on hésite à élever au féminin ou au masculin est habilement négocié par l'auteur.

En cette ère de "them", de tolérance LGBTQ+, d'inclusions de toutes les couleurs, de non-genrisme, ce livre et totalement en communion avec son époque. Même si écrit il y a 18 ans.

La Vie Sexuelle de Catherine M. de Catherine Millet, 2001, 221 pages.

Récit autobiographique de la vie sexuelle de la critique d'art, commissaire d'exposition et femmes de lettres Catherine Millet. Elle confesse avoir eu un nombre incalculable de partenaires sexuels, connus et anonymes, s'inscrivant dans la philosophie des libertins, style très présent dans la France du 18ème et 19ème siècle, chez Sade et Laclos, entre autres. Le point de vue féminin passe du cru et direct, parfois fort détaillé, au style précis et chirurgical, presque clinique.

Le livre est presqu'un essai, offrant quelques analyses, théorisant sur certaines expériences.

Le livre sera aussi fascinant que scandaleux pour la France archaïque, parfois incapable de s'imaginer que le Femme soit capable de désir, liberté et de choix.   

Tropic of Capricorn d'Henry Miller, 1939, 367 pages.

Pendant une vacances de trois semaines, travailleur de la Western Union en 1922, Miller écrit sa première nouvelle, Clipped Wings. Une chronique de 12 travailleurs de la Western Union. Jamais ce ne sera publié. Des fragments de ce livre, le portrait de certains travailleurs de la Western Union entre autres, dans Tropic of Capricorn, apparaîtront dans ces oeuvres futures.
Au printemps de 1927, Miller vit à Brooklyn avec sa seconde femme, June, et sa copine lesbienne, Jean Kronski. Le triangle amoureux est aussi évoqué dans l'excellente fiction cinématographique Henry & Junenon pas avec Jean Kronski, mais avec Anaïs Nin.
Un jour, Miller revient à la maison et trouve une note disant que June et Jean ont quitté ensemble pour Paris. Ça l'inspire, vers 1933, à mettre leur relation sur papier. Il publiera d'autres livres avant celui-là, mais au final, June n'y sera pas tant que ça dans le livre, agissant comme une inspiration davantage qu'étant un absolu personnage. Le livre lui sera toutefois dédié.

Autobiographique et non chronologique, Miller raconte son impossibilité à s'accommoder de ce qu'il perçoit comme de l'hostilité envers les États-Unis, alors qu'il vit à Paris, mais replongeant aussi à Brooklyn au début du siècle, explorant sa relation avec sa prof de piano de 30 ans quand il en a 15, et discutant de ses aventures adolescentes. Le livre explore le sexe, mais ne le fera pas aussi bien que la trilogie de la crucifixion en rose composée des romans Sexus, Plexus et Nexus, lancés successivement en 1949, 1952 et 1959. Ses trois livres plongent directement entre les jambes, et cette fois impliquent June.

Le sexe n'est pas le diable ni le déshonneur.

Bien articulé, entre adultes consentants, c'est le bonheur. 


vendredi 3 janvier 2020

Cocktail Cognitif

Fritz Heider, en 1946, est le premier à formuler une théorie de la consistance cognitive dans nos cerveaux.

D'après cette théorie, si une contradiction existe entre les jugements ou attentes d'une personne concernant un aspect de son environnement social et les implications des jugements ou attentes relatives à d'autres aspects de cet environnement, on peut observer une modification de la représentation que la personne s'en fait afin de restaurer l'équilibre. Selon Heider, l'Homme recherche l'ordre, la symétrie et la cohérence entre les éléments de leur environnement. Si une contradiction apparaît, des forces tentent de restaurer l'équilibre soit en modifiant les rapports entre ces éléments, soit en modifiant la représentation que la personne s'en fait.

C'est un peu ce qui s'est déréglé chez moi, en 2019.

Autour de novembre/décembre 2018, au boulot, on a procédé à un déménagement. J'ai été, avec un collègue, celui qui était sur la première ligne pour transporter l'entièreté de nos bacs d'un entrepôt à l'autre. Nous avons fait ça à deux. Ça a été fort épuisant, physiquement et mentalement. Surtout après où jamais n'avons nous senti que nous atterrissions proprement de l'autre côté. On s'est facilement cherché dans le nouvel entrepôt, plus grand pendant 6-7 mois et je dirais qu'on se cherche encore. On a jamais vraiment repris le dessus et rien n'a plus été pareil au travail.

Puis, au niveau personnel, on a aussi déménagé. Ce qui ne me plaisait pas du tout. Pas que je voulais rester là où nous étions, mais je savais que je n'était pas celui qu'on voulait que je sois ailleurs. Je ne le suis pas. Je ne peux pas l'inventer, je ne le suis fondamentalement pas. Ce qui a rendu ma nouvelle vie largement désorientée. Et m'a déséquilibré comme Heider en parlait en 1946.

En conduisant, je suis devenu accro au GPS. Me perdant encore assez souvent dans des trajets communs. J'ai, physiquement, plusieurs fois, eu toute la misère du monde à placer mon corps dans l'environnement. Pour vrai. Passant d'un étage à l'autre, incertain de l'endroit où me placer. Incertain de l'endroit où placer mon ordinateur portable. Je me suis dirigé vers des salles de bains inexistantes dans la nouvelle maison. J'ai ouvert des tiroirs et des armoires pour y ranger des choses qui m'ont fait exploser de rire.

Les trois autres membres de mon unité familiale (et le chat) ont eu une année 2019 formidable. Pas moi. Qu'est-ce que ça dit sur ma personne? Je me suis longuement penché sur la chose. J'adore ce trio (quatuor) plus que tout au monde, comment se fait-il que je sois si dans la marge dans tout ce qui nous est arrivé l'an dernier?

J'ai lu et entendu qu'un changement important dans une vie, comme un déménagement, créé parfois les circonstances idéales qui amènent une personne à agir en désaccord avec ses croyances. Ainsi, il n'est pas anormal d'éprouver un état de tension inconfortable appelé dissonance.

J'ai beaucoup dissoné et pogné le vertige.

J'ai jonglé avec mon équilibre cognitif, échappant quelques balles, ici et là.

J'ai choisi de rétablir un certain ordre mental en juxtaposant, de temps à autre, trois choses qui me passionnent, la musique, les films et les livres, me gorgeant de chacun dès que j'en avais la chance. Ceux cliquant sur les "J'ai vu, J'écoute, Je lis", en haut, à droite, savent que ça changent assez souvent. Et encore, je ne mets pas toujours tout. J'ai boulimisé dans la consommation des films, livres et de la musique. Spotify et la bibliothèque sont définitivement mes carrés de jeu. Pas le garage.

En (re)visionnant successivement deux de mes films préférés, avant la fin 2019, j'ai été frappé par la ressemblance narrative de ceux-ci.

Dans La Notte de Michelangelo Antionioni, qui, comme Kubrick, semble n'avoir fait que des films dans sa carrière me rejoignant profondément, un couple prend une nuit pour lentement se séparer.

Dans Lost in Translation, de Sofia Coppola, dont le cinéma semble laisser une grande place à la errance, deux étrangers, à Tokyo, prennent une nuit à être ensemble. Juste être ensemble.

On a dit des deux films que c'étaient des heures où il ne se passait rien. Moi j'ai vu deux films où on tentait de rétablir un certain équilibre cognitif. D'une beauté qui me touche et que je trouve rare dans nos vies.

Rééquilibre fortuit dans les thèmes.

Moins fortuit maintenant.

Si mon cognitif a été secoué l'an dernier, 2019 a aussi, internationalement, mis à jour une extraordinaire déviance.

L'écrivain français Gabriel Matzneff, a toujours ouvertement montré sa pédophilie. Il l'a présentée publiquement et l'a beaucoup écrite dans ses oeuvres que l'on dit fameusement signées. Vanessa Springora, 47 ans, a été l'une de celles qui, trop jeune, ont visité ses draps à l'âge de 14 ans. Elle s'en confesse aussi dans un livre appelé "Le Consentement", paru hier.

Denise Bombardier, peut-être trop virago pour qu'on la prenne trop au sérieux alors, avait, en 1990, confronté publiquement, de manière extrêmement courageuse, l'auteur sur le sujet. Et l'inconfort de tous les invités d'alors, dont Alexandre Jardin, montrait l'absence de ce courage dont faisait preuve Bombardier.

Je suis tout le contraire d'un fan de Bombardier, mais là dessus, chapeau! Elle eu les couilles que peu ont eût.

Dans nos sociétés, désormais largement polarisées, la France est aujourd'hui fort divisée. Entre les regards d'alors et ceux d'aujourd'hui. 

Bernard Pivot, homme de plus en plus dégénératif, a défendu l'auteur. C'est impardonnable de sa part.

Mais la plupart ont été écoeuré par Matzneff.
Comme Bombardier en 1990 et plusieurs autres plus secrètement.

Le secret est public. L'a toujours été.
L'outrage aussi.
Ses pulsions sexuelles sont criminelles.
Impardonnables aussi.

Quel désordre règne dans ces cerveaux?

Ce matin, on se lève et Matzneff est enfin inquiété.


jeudi 2 janvier 2020

Catsastrophe (sic)

T.S. Eliott est un immortel parmi les auteurs.

La comédie musicale est un constant succès depuis 1981.

Andrew Lloyd Weber est une légende dans le genre.

Les chorégraphies de Andy Blankenbuehler sont devenues aussi des références aériennes.

Judy Dench, Ian McKellen, Jason Derulo, Taylor Swift, James Corden, Jennifer Hudon, Idris Alba, le casting était de l'or.

Alors pourquoi la catastrophe?

Money.

Je ne prétendrai pas être allé le voir. Je méprise ouvertement le genre de la comédie musicale. Mais ce qu'on entend sur la sortie du film Cats, adapté inutilement de la comédie musicale, est une réelle catastrophe de l'ordre d'Angelo, Fredo & Romeo.

Vous n'avez jamais entendu parler d'Angelo, Fredo & Romeo?

Retour dans un temps honteux.

Le film Québécois de 1996 a été tourné entre le 9 septembre et le début octobre 1994. Il a été tourné très vite. Voulant capitaliser sur la sympathie universelle Québécoise entourant les acteurs Martin Drainville et Benoit Brière (surtout) et de Luc Guérin, trois grands amis dans la vie, on leur a laissé une certaine liberté sur le tournage pour improviser autour du maigre scénario. Celui-ci est composé de pastiches de films connus, est plombé par de nombreuses caricatures grotesques ratant leur cible. Ils ont très certainement eu du plaisir à tourner ce film, mais le public en a été insulté. Ce n'était pas drôle et la réalisation de Pierre Plante avait été bâclée. La direction d'acteurs surtout, mal contrôlée, avait tant dérangé le public que les gens avaient été brutaux dans leurs critiques de la comédie.

"Fond du baril du cinéma Québécois..."
"...brouillon qui aurait été recalé dans un cours collégial de cinéma..."
"...pitreries n'apportant rien de nouveau..."
"...pur navet..."
"...un furoncle sur le nez du cinéma Québécois..."
"...imitations sottes et ratées liées entre eux par une bouillie qui ne saurait prétendre au titre de scénario..."

Et l'effet le plus répandu:
"...cette basse comédie prend le public pour un crétin...".

Très tôt après sa sortie, les producteurs ont offert le film tout à fait gratuitement au public.
Les trois acteurs s'en sont sortis plutôt honorablement par la suite.
On les aime encore beaucoup.
Les producteurs, scénaristes, réalisateurs...bon...couci-couca.

Cats n'avait pas l'intention d'insulter personne. Son intention était de faire de l'argent. Point.

Certaines oeuvres, littéraires, bédéesques, scéniques, n'ont pas besoin d'être adaptées en films. Cats étaient peut-être l'une de celles-là. En animation peut-être. Mais pas en CGI. Le CGI est toujours au stade du "cringe" de son invention.

Et Cats servira maintenant de "comment ne pas faire..."

Les erreurs de Cats sont inacceptables.
Des mains humaines ont été oubliées à quelques reprises.
Parfois de mains avec des bagues de mariages.
On a vu un homme avec une tuque, un manteau, debout au milieu des chats.
On a vu une femme, ressemblant à une statue, peinte rapidement en gris, se pencher au dessus des chats, mais on a oublié de lui mettre du poil.

Le réalisateur Tom Hooper a confirmé qu'à la première, effectivement, il venait, quelques heures avant, de terminer les derniers ajustements autour du film dans un rush de 36 heures de montage.

Pour atteindre la date de lancement.

Non. NON. ET NON ENCORE.

L'art n'est pas que des impératifs financiers.

Tom Hooper a tourné vite. Il devait rencontrer la date de livraison prévue pour le temp$ de$ fête$. Si ce n'est pas prêt, CHRIST! tu le sors juste pas! Déjà que la rumeur était inconfortable avec ces humains jouant les chats. Même les chats auraient compris  que si la météo ne suggère rien de bon, on ne sors pas! même si la porte est ouverte.

Si vous utilisez le CGI, il est capital d'accorder le temps et l'argent (justement) pour que ça sorte bien fait, au final. Même Angelo, Fredo & Romeo, tourné en 1994, avait été lancé seulement en 1996.

Aussi catastrophique d'Angelo, Fredo & Romeo, on a choisi de continuer à retravailler les erreurs et le film. SANS RETIRER L'ACTUEL FILM EN SALLE. Pour éventuellement offrir aux salles la nouvelle version. Comment savoir si ce qu'on voit est "amélioré"? Ça confirme qu'on ne veut que faire le plein de bidous. Le public n'est qu'une vis dans l'architecture du film, mais il n'a jamais besoin de se le faire rappeler. Tout mérite de s'écrouler. Et la vis ne voudra pas prendre part au meuble.

Le public a besoin de voyager et de ne pas sentir que son 25$ (et plus) aura été investi sur un jeans patché.

On aurait pu dire du film Cats, "Cette basse comédie animale musicale prend le public pour un guichet" et on ne se serait pas beaucoup trompé.

Si le ridicule tuait, toute l'équipe du film serait morte.

Judy (85 ans) & Ian (80) doivent faire d'autres films.
Que ce ne soient pas leur dernier.

Ils ont eu une trop brillante carrière pour la terminer dans la disgrâce.

L'argent devrait toujours être perçu comme un outil.

Partout.

Pas un objectif.

Votre Jésus a changé de composition.
Maudits terriens.

mercredi 1 janvier 2020

Cinema Paradiso**************Her de Spike Jonze

Chaque mois, dans les 10 premiers jours, tout comme je le fais pour la littérature (dans les 10 derniers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu), je vous parle de l'une de mes trois grandes passions: le cinéma.

Un film est un voyage à très peu de frais et celui dont je vous parle m'a séduit pour sa facture visuelle, ses interprètes, son propos, ses directions narratives, ses trouvailles sonores, ses ambiances, parfois tout ça en même temps.

Je suis diplômé en cinéma et y ait travaillé. Dur de sortir ce médium de ma personne.

Surtout quand un film nous pénètre comme celui-là.

HER de SPIKE JONZE

J'ignore si ce premier film entièrement scénarisé par Spike est tiré de sa propre expérience. Mais ce film est renversant de bien des manières.

Il raconte, dans un futur proche, dans un univers relativement dystopique, l'histoire de Theo, un futur divorcé pas 100% en deuil de sa dernière relation dont il doit signer les papiers de divorce à contre coeur. Pour se changer les idées, il se munit d'un logiciel qui lui présentera la voix de Samantha. Une simple voix avec les capacités de disons, Google. Mais aussi un sens de l'humour, des humeurs, et bientôt, des sentiments et des désirs aussi.

Le film est très beau. Et touche le plus beau sujet sur terre: l'amour. Il n'y a pas que l'histoire qui est belle, il y a aussi la manière de la livrer. La trame sonore, signée Arcade Fire est tout simplement magique. Parfaite. Le côté visuel, la direction photo de Hoyte van Hoytema, est phénoménale. Ses trouvailles visuelles apportent beaucoup au film. Le film est franchement, franchement beau sous toute ses formes. Vaut l'écoute sur la meilleure de vos télés.

On pourrait penser que le film est une satire de nos dépendances à la technologie, le début du film le suggère, mais au contraire, c'est bel et bien une histoire d'amour. Theo est un homme seul, qui tombe peu à peu sous le charme de la voix de son logiciel, un système hyper conscient et hyper intelligent. Pensez au film Lucy en forme virtuelle et ajoutez y des sentiments. Ironiquement, la voix de Samantha est (brillamment) jouée par Scarlet Johansson, aussi interprète principale de Lucy. Elle est si bonne ici, qu'on a milité pour qu'elle soit acceptée dans la catégorie de la meilleure actrice, même si on ne la voit pas du tout, on ne fait que l'entendre. Samnatha Morton avait commencé dans ce rôle de la voix, mais on l'a remplacée.

Facile d'avoir des idées préconçues sur le fait qu'un homme tombe amoureux d'un système d'exploitation et pire encore, qu'un système d'exploitation tombe amoureux d'un homme. Mais le film parfaitement fonctionne. La montée narrative est fortement crédible. Rapidement, on se retrouve assez près de ces personnages qu'on a peut-être un peu d'abord méprisé.

C'est une des beautés du film. Il prend nos idées préconçues sur l'amour, les prends par les chevilles et les secouent au point que nous nous en retrouvons désorientés. On vivra une montée du bonheur réelle. Une phrase du film le dit bien "Le coeur n'est pas une boite que l'ont remplit, c'est quelque chose qui prend de l'expansion à mesure que l'on aime".

Avant même les premières images, les sons d'Arcade Fire nous introduisent aux premiers mots de Theo qui seront "play melancholy song". Le système d'opération Samantha composera une chanson qu'elle appellera "Photograph". Voulant capturer le moment comme le fait une photo.

Parlant de photo, les amateurs de photos, de belle cinématographie seront ravis. Hoyte van Hoytema fait de parfaites images poétiques. Des intérieurs et des extérieurs formidables. Du moderne séduisant. Les designer d'intérieur seront aussi comblés. Les appartements, les bureaux sont des rêves mouillés de designers. Les multiples vues panoramiques de la ville nous donnent envie de ce futur proche. Seule la vue du toit pourrait battre ces délices de l'oeil.

Et la vue du toit sera peut-être aussi le refuge de l'âme.

Tous les morceaux de ce film en font un extraordinairement joli puzzle.

Le rouge étant la couleur de la passion, de la colère et de l'amour, il sera honoré de toutes ces manières.

Charlie Kaufman, scénariste que j'aime beaucoup, a secrètement travaillé au script avec son ami Spike.

Que je n'arrive pas à ne pas aimer.
Being John Malkovich, Human Nature, Jackass, Synecdoche, New York, Where the Wild Things Are, je n'ai rien PAS aimé de lui encore.

L'attrait du nom de famille peut-être...

Film non pas à voir. À vivre et à sentir.