vendredi 26 janvier 2024

Obstructions

Je me pose parfois la question sur ce que l'histoire retiendra de notre époque actuelle. 

À la vue de la photo ici présente de Joe Biden et de Benjamin Nethanyahu, trois mots me sont venus spontanément à l'esprit. Deux fois. De deux manières différentes mais versant dans le même sens.

Une première fois c'était partenaires de crimes. 

La seconde fois, c'était axe du mal. 

OH mais Jones, les méchants, c'est le Hamas!

Aussi, oui. Mais ce n'est pas ce que cherche simplement à éliminer Israël. Ce sont les Palestiniens au grand complet. Ils se sont trahis plus de 30 fois en disant que jamais ils ne voudraient d'une solution de cohabitation. Il se disent chez eux. Ce qui veut dire que civils ou mécréants, ils veulent génocider la race. Et ce ne seront pas les États-Unis qui vont les arrêter. Une telle position géostratégique aux côtés de pays arabes facilement hostiles aux É-U est très séduisante pour eux. Keep you friends close, your ennemies closer. Et soyons réalistes, parlons sérieusement entre adultes. Depuis 1946, Israël, ce sont les États-Unis. Ça n'a jamais été autrement. 

Les États-Unis, dans un futur pas trop lointain, ce sera aussi la Russie. Les Républicains ne voteront jamais, au grand jamais, pour une Femme, et Donald est seul dans la course à l'investiture présidentielle de son parti. Une ignominie dure à expliquer aussi pour les générations futures. Accusé 91 fois au criminel ça ne devrait même pas être légal qu'il se représente. Il a promis de punir tous les "Wokes". 

Traduction: Tous ceux et celles qui ne lui obéissent pas au doigt et à l'oeil. 

Élire Trump est une promesse de guerre civile. Et là-bas, tout le monde est armé.

 

Qu'a-t-il aussi demandé cette semaine ? L'immunité sans conditions pour les présidents des États-Unis. 

Traduction: une autocratie. Il ne se cache absolument pas afin de demander à la Cour Suprême de le protéger partout. Il confond la lettre M et la lettre P. Il n'exige pas l'immunité, il exige l'impunité.

La loi aux États-Unis, c'est caduque d'emblée. Les juges de la Cour Suprême des États-Désunis (sic) sont ouvertement politisés. Rendant la tâche de juge invalide, puisque partisane et orientée sur l'envie du pouvoir et non sur la logique et légitime justice. 

C'est là qu'on voit que le Canada et les États-Unis sont très largement différents. 

Notre justice ici n'est pas parfaite, mais nettement mieux. Prenez le cas de cette jeune fille qui s'est dite agressée sexuellement en Ontario par 5 joueurs de l'équipe Canadienne Junior, en 2018. La justice canadienne a choisi de forcer, cette semaine, les 5 joueurs à se livrer à la police car ils allaient être appelés à témoigner dans la poursuite de 3 millions qu'intente la victime contre Hockey Canada. On a jamais voulu identifier les joueurs impliqués par le passé. On a non seulement protégé les agresseurs, on a donné quelques millions à la jeune femme la première fois que tout ça a été soulevé, il y a 6 ans. Qui ne les prendrait pas ? Mais le mal intérieur, ça se tait ? Les rides intérieures ça perce les coeurs. Sa dignité reste fragilisée à jamais. Elle a été droguée et abusée en 2018. 

"Pourquoi papa, 6 ans avant de pourvuivre?" m'a demandé ma fille. Elle l'avait fait avant. Ça s'était réglé hors cour. Je devines qu'il faille être victime soi-même pour mieux l'expliquer, mais subir un viol est un tel traumatisme qu'on ne doit pas être en mesure d'en parler trop vite. On doit aussi passer par toutes les étapes du questionnement personnel. Étais-ce moi le problème ? À qui en parler ? Qu'est-ce qui aurait dû être quoi dans toutes les décisions prises cette fois-là?. Et ainsi de suite. Il faut être en mesure de surmonter le second viol quand on ne vous croit pas. Ensuite il y a les multiples obstructions. Être une travailleuse dans une boutique ou une étudiante qui tente d'obtenir justice face à DES multimilionnaires, surprotégés par des concessionnaires sportifs multimilionnaires dans une Ligue multimilionnaire, ça créé des distances presqu'insurmontables. 6 ans, c'est moins encore que certaines victimes de Gilbert Rozon. Bravo au courage de cette jeune femme. 

Hockey Canada, qui était représentant de ces 5 joueurs au moment des faits, a tout fait pour faire étouffer la chose. Voilà pourquoi l'amertume a monté jusqu'aux 3.5 millions qu'elle leur réclame maintenant. 5 joueurs ont dû se présenter aux autorités et leurs 4 équipes les ont relâchés de manière indéfinie (2 sont du même club). L'obstruction est venue de partout. 3 d'entre eux ont déjà dit par le passé qu'ils n'avaient rien fait. 

C'est souvent ça le problème. 

Comme les États-Unis face à la Palestine. Ne rien faire. Mais encore, on ne peut plus dire que les États-Unis "ne font rien". Ils aident Israël, sans aucun doute.

Nethanyahu dit que les discussions avec Gaza ne fonctionnent pas. Bien entendu, Gaza parlent de deux pays, il n'en veut qu'un seul.

Il a intérêt à créer toute l'obstruction possible. Il a des puissants à ses côtés qui ne feront rien pour ceux qui se bataillent injustement dans la cour. 

Ne pas porter assistance à un jeune qui se fait battre par d'autres, aider celui qui bat, on apprend à punir ce type de non réaction dans nos écoles.

Le fera-t-on un jour pour Biden et surtout le criminel de guerre Benyamin Nethanyahu ?

"Nous nous défendons" dit B.N. Traduction: "Laissez nous génocider". 

jeudi 25 janvier 2024

À La Recherche Du Temps Perdu***********Le Deuxième Sexe de Simone De Beauvoir

Chaque mois, dans ses 10 premiers jours, tout comme je le fais pour le cinéma (dans ses 10 premiers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu) je vous parles de l'une de mes trois immenses passions: La Littérature. 

Lire c'est se réincarner, c'est accepter de découvrir de nouveaux univers, de nouveaux mondes, de nouveaux milieux, c'est apprendre, c'est ouvrir ses sens, c'est danser sur les neurones de quelqu'un d'autres, c'est accepter de respirer sur le rythme de quelqu'un d'autre.

Et respirer c'est vivre.

LE DEUXIÈME SEXE de SIMONE DE BEAUVOIR.

Cet essai féministe de 1949 est aussi pertinent de nos jours, partout dans le monde, qu'il l'était dans la Francophonie de l'époque. Le propos est si universel qu'il a été traduit en dizaines et dizaines de langues à travers le monde, se vendant toujours par millions de nos jours.  C'est dire à quel point la situation de la Femme fait tristement du surplace. 

Simone écrit ici une sorte de manifeste avant l'heure des manifestes. Elle stipule que les deux grandes portes pour l'émancipation de la Femme sont le contrôle des naissances de leur part, une partie pas encore gagnée aux États-Unis et au Canada CONservateur, en France, je ne sais pas trop et l'accès au travail. Simone, qualifiée trop souvent d'ombre de Jean-Paul Sartre, dont elle était l'épouse, était une excellence écrivaine. Fiction et essai. Dans cet écrit magistral, elle explore les inégalités et doubles standards entre hommes et Femmes. Des inégalités et doubles standards encore très lourds de nos jours. 

Les intelligentes observations de De Beauvoir nous plongent dans un existentialisme qui doit faire encore plus écho si vous êtes une Femme. L'envie de plaire, le manque de fermeté, le sacrifice facile, l'acceptation d'être deuxième, le manque d'assurance quand vient le moment d'affirmer une opinion, le sentiment d'être déplacée dans sa vie professionnelle, les culpabilités de toutes sortes, dont toutes celles autour d'une maternité, tous ses sujets sont abordés avec finesse et non désespoir et fatalisme. 

On y dissèque le patriarcat par la métanarration scientifique, médicale, biologique et psychoanalytique. Elle nous parle de manière humaniste, avec des références claires et simples, philosophiques, mythologiques, littéraires et historiques. Le matérialisme et la superficialité y sont aussi beaucoup évoqué. 

La Femme libre est prestement trop pensée au travers du prisme du regard masculin, ce qui est encore excessivement vrai. L'homme étant souvent le miroir dans lesquels les Femmes (de cette époque, mais encore beaucoup de nos jours) se définissent et se reconnaissent. Vos ambitions, mesdames, sont elles les vôtres où celles d'années d'indoctrination subliminales sociétaires qui vous auraient domptées dans l'accommodement déraisonnable qui finira par nuire à votre développement personnel? 

La coexistence égalitaire entre homme et Femme en public comme au privé n'est pas sans quelques déséquilibres occasionnels. Mais quand ça devient la norme, ça use mal les gens. La liberté commence toujours dans la tête. Et si celle-ci est dans une sphère mal influencée, la marginalisation malsaine vous attends. 

Je ne dis pas que ce livre est absolument à lire, mais pas loin. Ne serais-ce que pour réaliser qu'assez peu a bougé dans la calibration des égalités entre sexes en 75 ans. Ne serais-ce qu'en terme d'agressions sexuelles, 97% des victimes, qui sont majoritairement Femmes, ne sont toujours pas crues, ou leur prédateurs ne sont jamais puni. C'est titanesque comme statistique pour des pays modernes comme les nôtres. 

La non culpabilité d'Eric Salvail, chez nous, la peine bonbon de Guy Cloutier, aujourd'hui en liberté, Gilbert Rozon, jamais inquiété malgré le vrai de toute l'horreur qui l'entoure sont des exemples très locaux des inégalités toujours présentes. 

En France, ça reste immonde, en 2023, de savoir que le Président défende un comportement prédateur comme celui de Gérard Depardieu alors que sa toxicité est cancéreuse. 

On seconde, appuie et défend ce poison. 

Simone édulcolore ce poison avec subtilité, intelligence et pertinence.

Qui même 75 ans, voit les traces d'un certain patriarcat salir effrontément ce qu'il y a de plus beau sur terre.

L'harmonie.       

mercredi 24 janvier 2024

Radio City Music Hall

Situé au 1260 Avenue of the Americas, à New York, et composante du Rockefeller Centre, il s'agit du quartier général des folies bergères The Rockettes, groupe de danseuses existante depuis 1925, mais qui y loge depuis l'ouverture du Radio City Music Hall, en 1932. Ça fera 92 ans, le 27 décembre prochain.

Initialement bâti pour y tenir des spectacles sur scène, principalement de l'opéra, dès sa première année, la présentation de films parlant y sont projetées. Plusieurs films y ont tenu leur première. Vers la fin du 20ème siècle et au début du 21ème, on y tient beaucoup de concerts de musique, incluant des artistes pop/rock. On y tiendra aussi la cérémonies de remises de prix Grammys, Tonys, Daytime Emmy, MTV Video Awards, le repêchage de la NFL ainsi que le remise de diplômes de finissants de certaines universités.

Inspiré de cette (non datée) photo en ouverture, que je trouvais fort jolie, je vous parles un peu, en anagramme selon la luminosité de l'enseigne.  

r age Against The Machine et Limp Bizkit étaient deux faces d'une même pièce anti-autoritaire musicale en 2000. Le vidéo de RATM pour la chanson Sleep Now On Fire, réalisé par le documentariste Micheal Moore, montrait le band performer à l'extérieur du New York Stock Exchange, pendant que des policiers tentaient de les arrêter pour désordre public (ils n'en avaient l'autorisation exigée par la ville de NY). Cette journée agitée avait forcé la fermeture du NYSE. Les images de la performance sont intercalées avec une parodie de l'émission Who Wants To Be a Millionnaire?. Humour noir traitant des inégalités dans le monde. Le vidéo de Break Stuff de la formation Limp Bizkit, fait chanter des fans et des célébrités leur chanson. Les deux clips sont en nominations à la remise des MTV Awards, c'est Limp Bizkit qui gagne le trophée. Afin de protester contre la décision, le bassiste de RATM, Tim Commerford monte sur scène et escalade dans le décor ce qui le fera se faire arrêter pour désordre public. 

A pple, Fiona, en 1997, remporte le MTV Award pour le meilleur vidéo d'un(e) nouvel(le) artiste pour sa chanson Sleep To Dream, peu épatée par le star system, elle dit dans son discours que ce monde est de la bullshit. que personne ne devrait modeler sa vie sur des gens comme eux. Ou encore sur ce les artistes pensent qui est cool, qu'ils devraient s'inspirer d'eux-mêmes et de rien d'autre. Elle sera principalement rabrouée pour son intervention. Elle dira que quand elle a quelque chose à dire, elle le dit. Que si ça ne plait pas, c'est comme sa musique, qu'on ne l'écoute pas. 

D isney y a tenu le tout premier films d'animation de l'histoire du cinéma des États-Unis, en 1937, Snow White & The Seven Dwarfs. Les premières de King Kong, Show Boat, The Philadelphia Story, Breakfast at Tiffany's, To Kill a Mockingbird, Mary Poppins, The Jungle Book, The Lion King. Cary Grant est l'acteur qui y apparait dans le plus de films, soit 25. Le prix des billets étaient .99 cents à l'origine, puis 2,75$, l'équivalent de 7$ et de 20$ de nos jours. 

i nvasion de Slim Shady au Video Music Awards de 2000. Toujours les MTV qui cette année-là faisaient parler d'eux au RMCH. Eminem chante sa chanson The Real Slim Shady suivi de The Way I Am, imbécilement censurée à l'image et au son. Il chante à l'extérieur avec ses traditionnels cheveux blonds platines, un t-shirt blanc et un jean. Et accompagné d'une armée de Slim Shady, 53 sosies habillés comme lui, qui entreront avec lui dans le RCMH. Une idée de Dr.Dre.    

O rchestral Lord of The Rings. Entre le 6 et le 9 février dernier, 238 musiciens ont accompagné la représentation spéciale des films de la trilogie de Peter Jackson 

C oncerts mémorables. Plusieurs, parmi ceux-ci, Whitney Houston, en 1991, qui offre aux soldats Étatsuniens revenus de la guerre du Golfe au Moyen-Orient, "Welcome Home Heroes" , un concert voulant leur rendre hommage. David Bowie, deux ans plus tard, y joue l'entièreté de son nouvel album en ajoutant quelques anciens hits pour le lancement de son 18ème album. Il habite maintenant New York avec sa nouvelle épouse, Iman. Frank Sinatra, Elton John, Aretha Franklyn et The Grateful Dead seraient les artistes qui y auraient joué sur scène le plus souvent.   


    i mpressionant de savoir que seulement 2 joueurs d'orgues ont été les joueur d'orgues du RCMH entre 1932 et nos jours. L'orgue est un Wurlitzer et le plus grand jamais construit par Wurlitzer. Richard Leibert y a été organiste entre 1932 et 1971, Dans les années 30 et 40, on diffusait à la radio ce qu'il y jouait. Raymond Bhor lui a succédé jusqu'à nos jours. Ashley Miller, Dick Leitbert, Eddie Layton et Raymond Bohr ont enregistré sur disques ce qu'ils ont joué sur l'instrument.  

Trente six Rockettes peuvent se tenir sur scène côte à côte en même temps de nos jours. La scène est de 144 pieds, c'est-à-dire la moitié d'un terrain de football. Les Rockettes sont une trouve de danse de précision fondée en 1925, à St-Louis, par le chorégraphe Russell Markert, inspiré des Tiller Girls qu'il avait découvertes 3 ans plus tôt dans un numéro des Ziegfield Follies. Un impressario les remarque et les faits passer du Missouri à New York. À l'origine, la troupe comprenait 16 danseuses devant mesurer entre 5 pieds 2 et 5 pieds 7. Puis, entre 5 pieds 6 et 5 pieds 11 jusqu'en 2022. On ajustait les talons des danseuses afin de créer l'illusion qu'elles étaient toutes de la même grandeur. Mais depuis fin 2022, on accepte les femmes de 5 pieds 5. Il faut avoir du talent en danse à claquettes, jazz moderne et en ballet. On voulait étrangement unifier toutes ces femmes et ne pas distraire le public de diversité. La première non blanche, une asiatique, est apparue en 1985 et la première danseuses à la peau noire trois ans plus tard. Elle s'appelait Jennifer Jones et a fait sa première prestation avec les Rockettes au spectacle de la mi-temps du Super Bowl de San Diego, en Californie, avec Chubby Checker aussi sur scène. 

 Y ont joué, Pink Floyd, 16 jours après la sortie de leur album mythique The Dark Side of The Moon, mais aussi le rappeur Tupac Shakur, y fait sa dernière apparition publique au MTV Video Awards, où on lui pose la question sur la guerre entre rappeurs de New York et ceux de L.A. et sur sa chicane avec son ancien associé Notorious B.I.G., ce à quoi il répond qu'il n'a pas envie de nourrir la rancoeur mais de fêter le fête de la musique. Il est assassiné trois jours plus tard. 

Les actuelles personnalités sur scène au Radio City Music Hall sont les humoristes Ronnie Chieng et ensuite le très imbu de lui-même Matt Rife à partir de février.

Le plus beau mois de l'année quoique vous en pensez. 

Le Radio Music City Hall a 92 ans, mais reste jeune en quelque sorte.


mardi 23 janvier 2024

Conversations sur la Solitude Sentimentale en 2 Films (& 10 ans)

Sofia Coppola & Spike Jonze.

Il est largement compris, et Sofia l'a confirmé elle-même, que son film de 2003, Lost in Translation était semi autobiographique et s'inspirait de l'échec de son mariage avec le réalisateur Spike Jonze. L'excellent film existentiel met en vedette Bill Murray dans le rôle d'un acteur, et Scarlett Johansson dans le rôle d'une femme malheureuse accompagnant son mari à Tokyo. Le personnage de Scarlett, aliéné socialement et émotivement, fait la rencontre de celui de Murray, au même carrefour des spleens.

Le film allait être nommé 4 fois à la cérémonie des Oscars remettant les prix des meilleurs efforts cinématographiques en sol Américain, mais ne remporterait que celui du meilleur scénario, signé/vécu par Sofia Coppola. 

10 ans plus tard, Spike Jonze allait tourner sa propre vision du même mariage, dans son film Her. Le tout premier film dont il était l'unique scénariste, après 3 (excellents) qu'il n'avait pas écrit lui-même. En 2010, Spike avait tourné un court-métrage traitant déjà un peu des thèmes entourant l'intelligence artificielle. Trois ans plus tard, il tournait avec Joaquin Pheonix l'histoire d'un homme dont l'extrême solitude le fait tomber en amour avec une femme créée en intelligence artificielle, incarnée...par Scarlett Johansson. 

Ce qui n'était pas innocent. Point. Contrepoint. Est-ce que Scarlett, qui n'avait que 17 ans, en 2003, réalisait qu'elle incarnait deux fois le même personnage sur 10 sous deux regards différents ? Samantha Morton est celle qui avait originalement fait la voix de l'intelligence artificielle, mais Jonze l'a remplacée par celle de Johansson en post-production. Dans ces 2 radicalements différents films, Scarlett incarne une version fictive de Sofia Coppola. La première fois, avec Giovani Ribisi dans le rôle du mari de Scarlett, qui connecte peu avec elle, absorbé par son travail de photographe, la seconde, dans une réponse de Jonze sur la froideur et l'artificialité d'une intelligence faussée par les ordinateurs. 

Les films sont différents, toutefois, ils ont aussi des points communs. Le plus important et tout à fait commun restant la solitude. Johansson est presque cet enfant (qu'ils n'ont pas eu ensemble détrompez vous) qu'on utilise contre l'autre parent, dans une séparation. 

Chez Sofia, dans les jeunes années 2000, elle réalise que la vie n'est pas ce qu'elle anticipait, pour elle-même. Les gens se tiennent ensemble, ont du plaisir, les lumières de la ville sont brillantes et scintillantes, l'atmosphère en devient surréelle par les néons pastels. Tout le monde semble sur son X mais vous semblez en territoire étranger et la communication est largement imparfaite, presque non-existente. 

10 ans plus, tard, nous sommes tous connectés par le travail, l'internet, par les téléphones, les réseaux sociaux. Une inertie s'en dégage. L'attachement au travail devient plus diffus. Moins solide. Mais on cherche toujours à se brancher. Ne serais-ce que par des câbles soutterrains du coeur. Il y a même des moments où vous vous êtes créé des instants mentaux qui vous ont donné l'impression de goûter un peu au bonheur. Mais ce n'était qu'arôme artificielle. Sucre. Même que parfois, ton téléphone devenait ton ennemi. 

Charlotte, chez Sofia, est à la dérive d'un monde qui semble plein de possibilités. Dans un futur pas si lointain, Theodore, chez Spike, a eu le coeur brisé par ce qu'il pensait être l'amour de sa vie, Catherine, et se le rapièce artificiellement avec Samantha, une assistante virtuelle se livrant à ses moindre besoins avant de se rendre compte qu'elle est nettement plus vaste que lui, et qu'être avec soi-même ne veut pas toujours dire, être seul. 

Les deux films sont, sans aucun doute la dernière conversation du mariage entre Sofia Coppola et Spike Jonze sur 2 films, et sur 10 ans. 

La chanson qui cloture le film Her est Supersymmetry.

Un délicat crescendo tiré de l'extraordinaire album d'Arcade Fire, Reflektor. 

L'ironie veut que sur la chanson titre de cet album double de 2013, Win Butler chante "We all got something to hide" vers la fin. Il a été depuis été accusé d'agressions sexuelles sur des fans d'Arcade Fire. Plus d'une fois. Il est conjoint de Régine Chassagne, multi instrumentiste à ses côtés sur scène et en studio. Co-créatrice des morceaux et mère de leur fils. J'ignore comment la chimie opère en ce moment dans ce groupe. Entre Sofia & Spike, l'équilibre passionnel n'a pas été calibré de manière égale et commune très longtemps. 

Le choix de Supersymmetry est adéquat. Non seulement il est ascencionnel, mais la super symétrie souhaitée entre la fille de Françis Ford Coppola et Adam Spiegel dit Spike Jonze, ne s'est jamais pleinement coordonée. Sauf peut-être artitisquement, sur 10 ans, en 2 films. 

Her a ironiquement été nommé plusieurs fois aux Oscars aussi, ne remportant, que celui du meilleur scénario original, en 2014. 

Comme quoi, l'incommunication se communique parfois.

Et Mars et Vénus restent 2 planètes d'une même galaxie.

Les nominations pour la cérémonie des Oscars 2024 sont annoncées ce matin de Los Angeles. 

lundi 22 janvier 2024

La Fille à Chiens

Nancy avait une rencontre potentiellement amoureuse avec ce gars qu'elle avait trouvé assez joli sur les réseaux sociaux. On avait choisi ce café tout simple, assez sécuritaire puisque toujours très peuplé et on voulait se voir de jour afin de ne pas suggérer une nuit ensemble trop vite. 

Nancy arriva après Greg. Il s'appelait Grégoire. Elle était contente. Sa photo était vraie. Ce petit look de mauvais garçon un peu viril, c'était son genre. Elle posa sa sacoche sur un coin de la chaise sur laquelle elle se posa, s'excusa de son retard et se présenta en souriant sincèrement:

"Salut! Moi c'est Nancy, contente de te rencontrer"

"Salut, moi c'est Greg, je dois tout de suite te dire que je sors tout juste de prison depuis quelques mois, que mon thérapiste et mon agent de suivi m'ont suggéré d'adopter un chien, j'espère que t'es pas allergique aux chiens ?"

Nancy paru surprise.

"..ohh!!! un chien ? as tu dit un chien ? tu as un chien ?"

"Oui, je viens tout juste de l'adopter, un pitbull, je l'ai appelé Killer".

"Formidable ! J'adore les chiens, j'en ai un, elle s'appelle Butterbean!"

Le téléphone de Greg sonna, sur l'afficheur on pouvait clairement lire le nom de "drogue". Greg s'empressa de refuser l'appel, inconfortable d'être ainsi coupé de sa disccussion avec la belle blonde devant lui. Nancy fit une pause le temps d'assimiler ce qu'elle voyait et le fond d'écran de Greg était justement devenu une photo de son chien. 

"Aaaaaaaaaaaaaaaaaw! est-ce ton chien ? Il est donc ben "cuuuuuuuuuuute". Elle prit son téléphone pour mieux le voir, accrocha l'application de l'appareil photo et tomba par mégarde sur plusieurs photos de femmes ligotées, baillonées, ça l'a surprise un peu, puis elle tomba sur une photo de Killer, bébé. Elle redevint très vite très attendrie.

"Aaaaaaaaaaaaaaaaaaw! mais y est donc ben cute ce bébé chien-là." Elle prit une voix de bébé:

"C'est quoi ton ti nom toi hein ? c'et quoi ton ti-nom ?" dit elle à la photo du téléphone.

Greg imita "une voix de chien" un peu flutée.

"Je m'appelle Killer!"

(toujours à la photo du téléphone) "Qu'est-ce que tu fais là, le 'tit bébé chien?"

Imittant toujours la voix du chien de manière caricaturale, Greg répondit:

"Je viens de me faire toiletter"

"T'es un gentil 'ti-chien toi?"

"...Sauf quand je mange les coussins du salon" dit Greg

"Je te parlais pas à toi, je parlais au chien, et il ne dirait jamais ça" dit Nancy, plus sombre.

"...Tu parles à une photo du chien sur mon téléphone..." répondit Greg, amorphe.

"Tu prends la voix du chien..." conclu Nancy, la paupière lourde.

Un ange avec une enclume sur le dos passa.

Greg passa aux chose sérieuses.

"Je pense vouloir une famille un jour, pour cela, il me faut une femme au foyer capable de s'occuper des enfants, qui me laisserait gérer le budget familial sans jamais regarder comment je m'y prends et ne pas y avoir accès sans mon consentement, répondre à mes besoins sexuels continuels, gérer 100% des repas, le chien s'assoit sur le banc du passager, la passagère sur le banc arrière, dans la voiture, elle doit s'occuper du chien et le prioriser..."

"Chien ? Tu voudrais qu'elle s'occupe du chien ? C'est formidable ! Je m'occupes de Butterbean depuis 10 ans, elle et moi on se comprend juste à se regarder. Je suis plus que bonne avec les chiens, on a en avait toujours eu quand j'habitais chez mes parents. C'est tellement fabuleux un chien..." elle se posa une main sur la menton, heureuse et épanouie.

Ils avaient beau parler chien depuis plusieurs minutes, ils semblaient vraiment ronronner ensemble pendant cette rencontre dans le café. Ils conclurent qu'ils devraient se revoir à nouveau. Nancy se leva, Greg aussi. Nancy pris la parole.

"Il faut absolument se revoir, je te trouves très intéressant. On pourrait même se revoir dans un parc avec nos chiens"

"La nuit idéalement, dans un parc..."

"Tout à fait! on devrait faire ça !"

"Killer est actuellement chez ma blonde mais je devrais revoir ma blonde d'ici jeudi, ou on se revoit une nuit du week-end avec nos chiens ?"

Elle prit un temps pour assimiler et répondre à ça.

"J'aimerais vraiment beaucoup" dit elle, heureuse et épanouie. 

Instinctivement, tout lui paraissait bien avec ce gars-là. Enfin se trouverait-elle un gars intéressant. 

dimanche 21 janvier 2024

De l'Étouffant Chaos à l'Oxygène (Le Surfeur)

"Comme un train, dans la nuit, déviant de sa trajectoire.."                      -S.D.                                                                                                                                                                                                                       
Je ne devrais jamais parler de boulot les dimanches.                                                                                                                                                                                                                                                                Je vais un peu le faire.                                                                                                                                                                                       Sans trop insister.                       

                           
Nous vivons au travail une véritable situation de crise. On nous avait annoncé une année assez faible en terme de chiffres et de tâches, c'était avoir le flair de Dick Rowe, l'homme qui a refusé de signer les Beatles. Non seulement c'est tout le contraire, nos villes exigent entre 60 et 82 tâches par jour et nous faisons plusieurs villes par jour, mais deux de nos chauffeurs n'y sont plus, un a claqué la porte et l'autre a eu un prolongement de son congé de maladie. On a stupidement exigé que les gars du bureau aille faire de la route (sans suppléments salarials avant que je n'en parles) nous sommes 2 à avoir refusé la route. 

Mais le service prévu dans plusieurs villes qui ont leur propre journée de travail habituelle de notre part, dans lesquelles citoyen(ne)s et employé(e)s de la ville sont habitué(e)s qu'on y passe, ont dû être déplacées devant notre incapacité à honorer le service le jour même. Ça a fait beaucoup de communications de ma part qui suit le lien avec les villes. 

Nous sommes habitués de travailler plusieurs tiroirs ouverts en même temps dans nos têtes. Mais depuis deux semaines, le meuble a des roues et se déplace et les étourdissements se multiplient. Ça sent même le Titanic pleine vitesse fonçant sur le glacier. Ce rythme est presque promis jusqu'en février.

Mais on s'en sort. Pas "je". 

On.

Parce que je suis depuis toujours, malgré une parfois lourde indépendance, un gars d'équipe. Ce n'est pas pour rien que mes deux sports préférés sont le hockey et le football (Américain). Un(e) seul(e) athlète ne fait pas sa part et tout s'écroule. 

La musique, forçant cette indépendance au travail me permet de me concentrer sur ce que je fais sans être dérangé par ce qu'il y a autour. Oui, les cubicules permettent de se jaser rapidement entre gens qui ont besoin de se communiquer souvent, mais en même temps, quand vient le moment de se concentrer sur une tâche précise, pas envie de connaitre le week-end de Capitaine Smoutch et de Mademoiselle Miew. 

Et depuis deux semaines, on a eu tant de remaniements, de redirections, de virages sur un 5 cennes, de communications avisées et contraires, de "défis", mot devenu codé pour les cravates depuis plusieurs années afin de parler de problèmes, que l'écoute de musique s'est faite plus rare. 

Mais possible quand même. 

J'ai plus de 400 listes de lecture sur mon téléphone de presqu'autant d'artistes différents. Je les titre de ce qu'ils/elles/leurs oeuvres m'inspirent. Une photo de l'artiste au sommet de la liste de lecture aide à m'y retrouver mais quelques fois, ce n'est pas assez. Ça reste 400 photos à consulter si je ne me rappelle pas comment j'ai titré ma liste de lecture de Jethro Tull et que j'en ai envie (C'est Sitting On a Park Bench) . J'ai été frocé de me faire un fichier excel les précisant par nom d'artistes. Étonnament je les écoutes pas mal toutes. Je me fais un devoir de les écouter au complet et je les ajuste car on en rajoute et/ou en élimine à notre gré. J'ai fait un bon travail d'aiguyage sur Elton John (Lonely Out In Space, 2h33) le week-end dernier, en cuisinant. Elles sont toutes de différentes durée selon les degrés d'intérêts.

1h02 Donovan (Colors), 1h15 Thomas Fersen (Le Bestiaire de M.Thomas), 1h20 Yes (Oui) , 1h34 Midnight Oil (Powderworks), 1h43 Morrissey (Moz), 1h44 Elvis Costello (Clubland), 1h55 Interpol (My Blue Supreme), 2h33 Moby (Moonhead), 2h43 The Waterboys (Unicorns, Cannonballs, Palaces & Piers), 3h14 Tom Waits (Bourbon in a Smokehouse), 3h29 U2 (Dubliners), 4h35 Prince (The Beautiful Ones), 9h33 David Bowie (Throwing Darts in Lover's Eyes) et ainsi de suite. Spotify est mon terrain de jeu. 

Bien entendu la totalité de l'oeuvre d'un(e) artiste impacte sa durée. J'adore My Bloody Valentine (Summer Dawn Dress in Dublin) mais ne pourrait pas faire plus que l'1h40 qui me plait sur ma liste de lecture, ils ne font plus rien. XXXTentacion (Gekyume) a été assassiné en 2018, mes 47 minutes ne pourront plus jamais progresser. Ça me force toujours à tout explorer et ça, j'adore. Ces plongées dans l'univers d'un(e) artiste. Mon travail, aussi souffrant peut-il être parfois, m'offre cette possible plongée en poste. 

Mercredi dernier, on était au coeur d'un seconde semaine toute aussi mouvementée que la précédente. Au coeur d'un incendie en cours depuis trop longtemps. Comme j'allais éteindre pendant au moins 2 heures, je voulais de la constance et pas d'interruptions. Je me suis branché sur ma liste de Dumas (2h10, Transsibérien Xpress). Ça m'a rappelé ce mot qu'il surutilise dans ses chansons: ensemble. Il y a même un de ses titres qui est tout simplement Ensemble. 

Quel joli mot.

Dumas est né au même hôpital que moi à Victoriaville (Arthabaska, en fait, sa ville jumelle). J'ai parfois l'impression que c'est mon petit frère. Il aime sensiblement les mêmes artistes que moi. On s'en est jasé sur les réseaux sociaux. Il doit aimer ce mot qui est entendu à toutes ses 2-3 chansons. Ça a dû le rassurer de voir que Bowie aimait beaucoup le mot Sailor. 

C'est presque toujours comme ça qu'on s'en sort. 

Ensemble.

Seul ensemble, seul et ensemble.

On s'en sort tout le temps.  À l'aube de mes 52 ans, je commence à savoir bien surfer les vagues. 

Et je l'oublie chaque fois, au gré de saisons, suivant le cours des jours tout en en fixant le temps, que ce talent m'allume tant!

Merci Steve d'exister et de continuer à créer. T'inspires.