vendredi 2 octobre 2026

Bobby Fuller

Comment Peter Grant a réussi à convaincre le président d'Atlantic Records, Ahmet Ertegun, un contrat donnant 90% des recettes à ses artistes et à lui-même, Led Zeppelin, contrat qui allait changer (à peine, demandez à Taylor Swift) le monde de la musique ?

Bobby Fuller en est une partie de la réponse. Qui était Bobby Fuller ? Le prochain Phil Spector à la production qui ne s'est jamais produite, le prochain Brian Wilson qui n'a jamais existé, le prochain Barry Gordy qu'on a jamais vraiment vu complètement formé. Bobby Fuller a été le poids lourd qu'on aura jamais amené à la balance. C'est l'histoire d'un "suicide" et d'un "accident" trempé dans un monde cupide. Monde qui présentement, tristement, nous domine.

Mais la vraie histoire de ce talent non développé, de ce potentiel étouffé, de ce meurtre jamais catégorisé ainsi, n'a pas souvent été publique. Les monstres protègent les monstres. Qui a tué Bobby Fuller ? Facile à déduire.

Mais d'abord Bobby. Il a grandit dans l'Ouest du Texas dans les années 50, musicien dans l'ombre de Buddy Holly. Pour Bobby, comme bien d'autres, Buddy Holly était un Dieu à vénérer. Mais quand on a trouvé le cadavre de Buddy Holly dans un champs de maïs de l'Iowa, au travers des débris d'un avion, en février 1959, Bobby Fuller, d'El Paso, s'est considéré digne héritier de sa créativité musicale. Il en avait le talent. Il pouvait chanter, jouer de la guitare, jouer de la batterie, produire, mixer et même arranger les morceaux. De plus, il était plus beau gosse que Buddy Holly. Non seulement il chantait ses propres chanson composées par lui-même, mais il les enregistrait aussi lui-même dans un studio qu'il s'était bâti de ses mains, adolescent. Il avait fondé sa propre maison de disques. Et faisait jouer son band dans un club qui lui appartenait. Il en menait large. Bobby Fuller était tout. Le compositeur, l'interprête, le cuisinier du studio, le leader du band, le propriétaire de la scène. Mais il était au Texas. Et sans Buddy Holly, qui lui aussi commençait ses percées, il n'y avait pas d'industrie musicale au Texas. Pas de distributeurs, pas de promoteurs, pas de muscles pour faire transporter ses créations. 

C'était 1963, Fuller avait des hits locaux, mais rien hors du Texas. Dick Dale et les Beach Boys, en Californie, réinventaient les sons. Dans l'est, Phil Spector réinventait les enregistrements avec des bans de filles. Pendant ce temps, à Detroit, Barry Gordy réinventait aussi une trame sonore aux États-Unis d'Amérique. Bobby voyaient les trains. Il savait qu'il avait un son qu'ils n'avaient pas. Et pour faire voyager le son du Texas, il devait quitter, le Texas. 

En 1964, avec son jeune frère Randy à la base et son guitariste Jim Reeves, ont a déménagé à L.A. le plan était de trouver un batteur, ce qu'ils ont fait, DeWayne Quirico. The Bobby Fuller Four jouerait partout assez vite. Aidé par un jeune Casey Kasem, alors DJ. On rencontrerait Phil Spector qui avait eu vent du band. Et les suivait attentivement. En 1964, Bobby Fuller est une sensation en pleine montée. 

Mais il nageait parmi les requins. En Californie, on avait signé avec Delphi Records. Si on signait avec son patron Bob Keane, on allait vite comprendre que le vrai patron était Larry Nunes (en photo, ici), un homme dont l'attitude et la réputation disaient la même chose: "Don't mess with me!". Nunes était intimidant, mais allait les brancher au PJ's, la scène de bar de toutes les stars. 

 1965. Jaguar, Rolls Royce aux portes du PJ's. Presque tout le temps. En spectacle ou dans les spectateurs, régulièrement, de jeunes blondes qui ont comme noms Linda Evans ou Sharon Tate, compétitionnant pour l'attention de Steve McQueen. Une jeune Sally Field y est souvent vue. Elizabeth Taylor et Richard Burton s'y engueulent souvent, au bar. Paul Newman et Joanne Woodard sont plus sages, et si cool. George Harrison ne manque pas une performance du Bobby Fuller Four, qu'il adore. Une jeune danseuse à gogo, appelée Mia Farrow, y travaille. Frank Sinatra ne la lâche pas des yeux. Johnny Roselli, de la Cosa Nostra de Chicago, est l'ami de Frank. PJ's est partiellement la propriété de la Mafia. Le proprio principal étant un ami proche de Larry Nunes. Qui en ce moment, contrôle la carrière des Bobby Fuller Four. 

Let Her Dance aurait pu être un gros hit. La chanson est mal entourée et n'atteindra que la 133e position du biblique Billboard. On devra user de payolas pour que ça joue à la radio. Ce qui est illégal et a coûté la carrière du DJ Alan Freed. Ça aidera sur la Côte Ouest, mais pas ailleurs. Qui aiderait sur la Côte Est ?

Le diable.

Morris Levy était un voleur d'artistes. Le contraire d'un Peter Grant. Bobby Fuller n'est pas satisfait de ne pas recevoir de recettes, de l'encadrement et de l'absence de réelle promotion chez Delphi. Levy sait sentir le poisson frais. Il est en affaires avec la Mafia depuis toute sa vie adulte. La famille Genovese l'appelle The Octopus (la pieuvre).  Morris Levy a comme habitude de ne jamais payer ses artistes, de se battre légalement en cour pour obtenir tous les droits de leurs morceaux, et de les lancer dans des "Greatest Hits" un concept que certains disent qu'il a inventé, comme des "nouveaux morceaux". Empochant toute les cagnottes. Bobby Fuller ne connait pas ses magouilles. Fait affaire avec Levy. 

Rodgers et non nouveau nez

En paiera de sa vie. 

Quand les artistes se plaignent, la Mafia a des moyens de les faire taire. James "Shep" Sheppard, mourra à 35 ans, battu à mort et retrouvé sur l'accotement d'une autoroute, en 1970. Jimmy Rodgers est arrêté par la police de L.A., alors à son plus corrompu, pour se faire battre (suivant des ordres bien payés) à un cheveu de la mort. Deux prometteurs en affaires avec Levy avaient un problème avec Morris Levy, ils ont été retrouvés morts avec une balle dans la tête chacun, le soir du spectacle, près de l'endroit du spectacle.

Quand Bobby Fuller est retrouvé mort, battu dans la voiture de sa mère, sans clés, le matin même où écoeuré, il devait annoncer qu'il passe chez Atlantic Records, d'Ahmet Ertegun, sa voiture et son corps complètement aspergé d'essence, on comprend vite pourquoi. On comprend aussi pourquoi quand Peter Grant propose un modèle inverse pour Led Zeppelin, on craint moins la mort. 

La police corrompu (et bien payée) de la LAPD elle, refuse de comprendre. Et d'enquêter. On choisit tout de suite, l'option du suicide. Sans enquête. Après s'être débarrassé du jerrycan d'essence. Ce qui ne fait pas de sens. Ni pour les assurances, qui ne rembourse pas, si il s'agit d'un suicide. La LAPD change alors pour "mort accidentelle". Car on dit qu'il serait mort en buvant de l'essence. Après avoir aspergé toute sa voiture (sans clés) d'essence ? ce serait arraché les cils tout seul ? 

On comprend tous ce qui s'est passé.       

Morris Levy touchait 1 million de dollars si Bobby Fuller perdait la vie. 

Joe Strummer et Mick Jones s'en sont trouvés inspirés plus de 10 ans plus tard. Fuller disait s'être battu contre la loi et que la loi avait gagné. Mais la bataille qu'il a perdu pour vrai, était celle contre la famille Genovese. 

Bobby Fuller, 23 ans, perdait la vie en juillet, cette année, il y a 60 ans. 

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