vendredi 24 juin 2022

Artiste

Christ qu'un Québécois de souche, ça n'existe pas. 

Ou au contraire, ça existe. De 4 milliards de souches différentes. Quand je les entends parler de "souches" ou de "pure laine" j'entends toujours TOUJOURS "nous, mais pas eux".

Je ne suis pas construit ainsi. Personne, selon moi, ne devrait être construit ainsi. 

C'est aujourd'hui la fête de TOUS les Québécois. Et je suis plus qu'heureux de me savoir loin, en Suisse, plus précisément, afin de ne pas à avoir à entendre le Premier Minus Legault, ou à lire les racistes latents discuter d'identité toute la journée, toute la semaine.

Je ne dis pas qu'il faille ne jamais en parler. Mais ici, on le fait plus que n'importe où ailleurs. Parce qu'on a si peur de la perdre notre identité. Et un jour de fête nationale, il est plus que normal de parler d'identité. C'est dans la nature du jour. Ce serait comme ne pas parler d'art dans un festival de musique. Mais quand l'équipe de la CAQ le fait, chez nous, ce "nous", je ne m'y reconnais pas. Ce parti trace des lignes qui en gardent plusieurs en dehors du cercle. Je ne suis pas ce qu'on appelle étranger. Mais si j'étais au sein de la CAQ, on me définirait peut-être comme tel. Parce que mon arrière-arrière grand-mère était Atikamekw. Et que mon autre arrière-arrière grand-mère, était irlandaise. Cette dernière était irlandaise à son arrivée, la première, et toute sa lignée ancestrale était Atikamekw avant notre arrivée à tous. Mais ils étaient surtout, à leur trépas, QUÉBÉCOIS.  

Si le gouvernement savait en plus que je suis extra-terrestre et vampire, on ne serait pas sorti du bois.

Je suis aussi artiste. Si ce n'est pas de talent, de tempérament, assurément. Dès l'école secondaire, dans nos tests de profils de carrière, en répondant tout à fait honnêtement comme on nous demandait de le faire,  je pétais des scores soviétiques dans le profil "artistique". Rien n'était plus vrai. Je lisais beaucoup pour un gars de ma génération, j'étais, suis toujours, boulimique consommateur de musique et de films, et très naturellement, je suis enclin à penser hors des balises réglementaires généralement établies, ici et là. Les hommes ont davantage tendance à se développer artistes pour toutes sortes de raisons. L'une d'elle étant surement notre incapacité à porter un enfant et le faire naître. On créé alors pour la pérénité, autrement. 

La pomme ne tombe pas si loin de l'arbre, maman a été prof de musique toute sa vie, papa a toujours été...disons...coloré. 

Ce que le gouvernement Legault, et tellement trop de nationalistes, refusent de voir et accepter complètement: Les couleurs de chez nous. Essayer de dire que Boucar Diouf est un vrai patriote autour d'eux, vous verrez, ça retiendra son souffle avant de trouver une manière de vous dire...pas tant...un Québécois plus blanc et boomer déclare sa flamme du St-Laurent comme il le fait ?

Avant de partir pour là où nous sommes, au travail et ailleurs, j'ai navigué au travers de mes 290 listes de lecture musicales sur mon téléphone, dans mes listes d'artistes français pour me préparer à la France. 

 Daho, Biolay, Raphaël, Hardy, Dutronc, Gainsbourg, Renaud, Delerm, Niagara, Les Rita Mitsouko, Murat, Arthur H, Fersen, Souchon, Ferré, Bashung, Brel, MC Solaar, Duran Duran (hein?), Indochine, The Pirouettes, Thiéfaine, Gall, Dominique A, Aznavour, Paradis, Reggiani, culminant avec Jerôme Minière qui est à la fois et Français et Québécois.

Pour réaliser que je ne suis pas aussi généreux de mes listes de lecture avec les artistes Québécois...

Mais une de mes listes préférées est celle que je me suis fait de Dumas. (1h40). Et un mot qui revient dans plusieurs de ces chansons, c'est probablement son mot le plus utilisé c'est ensemble.

C'est pas complètement honteux que j'ai moins de liste de lecture d'artistes du Québec puisque qu'on est 8 millions et qu'ils en sont 60, qu'on a des centaines d'années d'existence et eux, des milliers, mais christ...je suis nettement, mais nettement nettement nettement plus américain qu'européen. Contrairement à ce que les États-Unis vous font croire en tout temps, America, ce sont trois continents. Nord, Centrale, Sud. Nous sommes Américains au Québec aussi. Comme au Venezuela et au Colorado. Nous sommes le Canada d'Amérique.

Mieux, nous sommes le Québec d'Amérique.

Bonne fête Gilles, Manon, Isham, Tiana, Jimmy, Anton, Stegrën, Alexandre, Julie, Mi, Mustaffa, Isabella, Kate, Raphaëlle, Felix, Ikram, Thérèse, Alvarez, Boucar, Lisa, Erik, Nikita, Kareem, Djerek, Lisa ou Mingzé.

Vous êtes tous de mon Québec. 

Le Québec, sur la carte géographique et géopolitique se comporte souvent en artiste. Il surprend, dérange, a de l'audace, performe, est capable d'émotions, de sentiments, de poésie, de réflexion, de spiritualité, de transcendances, d'humour, d'intelligence. 

De rendre surtout fier. Et parfois, son contraire.  Ne faisons pas de cette fête une fête de la francophonie. Ce qui es toujours un détour qui trace encore une ligne. Faisons-en, une fête unie. 

Ostie. 


Commence par un sacre, finit par un sacre, sacrement !



*' Compté mes listes de lectures de musique d'artistes Québécois par curiosité: 26. La proportion populationnelle est bonne. Bons baisers de Suisse XXX

jeudi 23 juin 2022

R.E.M.

Georgie, début des années 80. Peter Buck travaille dans un magasin de disque et se lie d'amitié avec un client régulier, Micheal Stipe, qui a pas mal les mêmes goûts que lui. Patti Smith, Television, Wire, Velvet Underground. Stipe achètes tous les albums que Buck se réservaient pour lui. Par une amie commune, ils rencontre Bill Berry et Mike Mills, deux étudiants qui n'étaient pas particulièrement  amis, Berry le fumeur de pot, Mills le studieux élève de musique, avant qu'ils auditionnent ensemble pour le même band (pas R.E.M.) et découvrent qu'au niveau rythmique, Mills à la base, Berry à la batterie, se complètent très bien. 

On fait les premiers shows ensemble sans même avoir de nom et pour l'anniversaire de celle qui a lié des deux duos. On s'appelle Can of Piss, Negro Eyes, Twisted Kites avant de choisir R.E.M., stade du sommeil intéressant pour ce que veut faire le band. Déséquilibrer. 

Se trouvant vite un gérant et deux producteurs fiables, ils sont vite appréciés dans leur région de Athens, en Georgie, et tout aussi haï, par jalousie. Les 4 vivent très pauvrement sur une allocation de 2$ par jour en échange de temps de studio. Le premier single, imprimé 1000 fois, est si demandé qu'on sera obligé de répéter le pressage pour 6000 copies davantage. Le New York Times le place dans les meilleurs singles de 1981, ça aide beaucoup. 

On refuse les avances d'une grande maison de disques afin de rester avec une étiquette indépendante. On lance une première galette multiple qui reçoit un bel accueil. Assez pour faire un premier long effort. On refuse les clichés des solos interminables et les textes de Stipe restent énigmatiques et produits volontairement plus faiblement, afin que ce soit la musique qui domine. Murmur est lancé un an après Chronic Town, qui était un mini-album.  Le magazine musical Rolling Stones classe cet album, parmi les 5 meilleurs albums de l'année 1983. On fait David Letterman et le nom et le son commencent à circuler. Dès 1984, Reckoning devient le second album. Il vend moins mais on a confiance au groupe. On change de producteur pour le troisième effort, et on enregistre, en Angleterre. Les conditions sont si difficiles que le band passe près de séparer. On part quand même en tournée. Partout dans le monde. On se resoude grandement ainsi. 

Fables of the Reconstruction ne vend pas tellement bien, non plus. Ça préoccupe peu R.E.M. et agace la maison de disque, I.R.S. Le 4ème album sera en revanche, fameux. On a engagé le producteur de John Cougar Mellencamp et la musique joue beaucoup à la radio, beaucoup au Canada aussi. I.R.S. tente de capitaliser là dessus et lance un album compilation, de matériel qui n'avait pas trouvé d'album et des faces B. On vend plus de 500 000 fois. Avec Document, on frappe si fort qu'on frôle les 10 millions de ventes. Leur son est riche en guitare, en harmonies, en propos gothiques du Sud des États-Unis. On devient aussi plus politique. Green, sera plus "sons du sud" avec ses banjos, ses mandolines, ses guitares acoustiques et l'orgue occasionnel remplaçant le piano. On a enregistré celui-là à Memphis et le son en est imprégné. Les clips sont recherchés, les tournées, payantes. 

Out of Time fera non seulement sauter la banque avec plus de 20 millions de ventes, mais Losing My Religion, le premier single, est sacré chanson de l'année presque partout. 4 singles en seront issus, ce qui est souvent signe de succès. Je suis alors étudiant universitaire, à Sherbrooke, c'est ma première année hors du foyer familial et R.E.M. est mon band préféré qui joue sans arrêt dans mes oreilles. Je me suis alors tout procuré d'eux, en cassette, avant 1991. 

Fin 1992, on lance Automatic For The People, 17 millions de fois il sera vendu. Un film est même tourné sur Andy Kaufman et on utilise R.E.M. pour le peupler mélodiquement, titrant de l'un de leurs titres qui parle de Kaufman. Une autre idole du band. On tâte du grunge qui sévit alors, en dédicant même un morceau à Cobain, récemment décédé et l'album à River Phoenix, aussi trop tôt parti, pour tricoter Monster. Une de ses soeurs, Rain Phoenix, y chante. L'album vendra 8 millions de fois. On part en tournée pour la première fois en 6 ans, on fait le tour du monde, longtemps. Ça usera. 

L'album suivant sera le dernier avec Bill Berry qui choisit de vivre sur son ranch, fatigué du style de vie. Et effrayé. après avoir perdu connaissance sur scène, victime d'une anévrisme qui aurait pu lui être fatal, à Lausanne, en Suisse, pays où nous nous trouvons en ce moment même. Bien que pratiquement parfait (pour moi) il vend pas mal moins, seulement 5 millions de fois . Peter Buck s'en moque en disant que ça l'importe peu, Patti Smith chante sur une de ses chansons. 

Up, leur 11ème album, sera, selon moi, leur dernier grand effort louable. Le premier sans Bill Berry, qui lui-même, est séduit par ce qu'ils ont fait sans lui. L'album ne vendra toutefois pas deux millions de fois. Ayant toujours tout acheté d'eux, les trois premiers sur cassette, les 8 autres (et Eponymous) sur CD, leur 12ème effort sera le premier (à eux) que je pirate. Leur premier single reste quand même un de leur meilleur morceau, selon moi. Reveal vend un peu plus de 4 millions de fois. On vendra dorénavant toujours moins. On est désorientés sans Berry.

Around the Sun semble indiquer que, justement, on se trouve autour du soleil, mais on n'est plus la lumière d'entre 1986 et 1996.  Les 4 se réunissent lorsqu'acceptés au Temple de la Renommée du Rock'n Roll. Accelerate est comme son titre l'indique, fait dans l'urgence, et mauvais. Leur dernière tournée sera fait cette même année. 

Trois ans plus tard, Buck, Stipe & Mills lancent leur dernier album, Collapse Into Now. En septembre 2011, Micheal Stipe annonce virtuellement que le groupe met un terme à ses opérations pour toujours. 

R.E.M. lançait un premier (mini) album cette année, il y a 40 ans.

Des grands favoris du Sud gothique des États-Unis, à moi. 

mercredi 22 juin 2022

Top Gun est Gay (et alors?)

Et ne devrait pas avoir honte de l'être. 

Aucunement. On est en 2022, christ. 

Je me rappelle l'avoir vu à sa sortie, le premier, l'original, en 1986, j'avais 14 ans. J'avais profondément pas aimé. J'aurais voulu être remboursé. Pas vraiment d'histoire, simplement des avions qui volent, ce qui ne m'impressionnait en rien. Même à 14 ans. 

Quand j'ai entendu l'interprétation de Quentin Tarantino, du film, j'ai beaucoup ri. Ça faisait beaucoup de sens. Et ça expliquait assurément aussi pourquoi ça ne m'avait probablement aucunement rejoint comme rendez-vous. Là où j'avais vu une histoire d'avion qui fait vroum vroum et qui jouent à celui qui pisse le plus loin, se trouvait plutôt quelque chose de beaucoup plus subtil. Et, disons-le, d'assez réussi. 

L'explication de Tarantino va comme suis:

"Il s'agit de l'histoire d'un homme luttant contre sa propre homosexualité. Il y a Maverik (Tom Cruise), sur la clôture, et Iceman et ses bénéouiouis, tous des mâles alpha, ils représentent la communauté gay, mâle. Iceman passe le film a dire (métaphoriquement) viens sur la route des gays. Le personnage de Kelly McGillis représente l'hétérosexualité. Mais pas à 100%. Elle a un nom mâle: Charlie. Le personnage de Tom Cruise se rend chez elle, il a pris une douche, tout est en place, on s'attends à ce qu'ils baisent, Charlie incluse. Mais non. Il repart sur sa moto, il n'y a pas eu échange de fluides sexuel. Charlie ne semble pas comprendre ce qui vient de ne pas se passer. La scène suivante où on verra Charlie, elle est habillée, en homme. Casquette visée à la tête, portant le manteau de Iceman (des gays) elle flirte avec Maverick et cette fois, cette fois seulement, il est tout à fait émoustillé. À la toute fin du film, Maverick doit s'allier à Iceman et sa gang (gaie) afin de battre les "russes" dans leurs simulations aériennes. Et ils réussissent ensemble, unis, alors qu'une tension existait entre les deux depuis le début. Ils sont heureux, se tombent dans les bras l'un de l'autre, s'embrassent et Iceman lui dit alors "Man, you can ride my tail" (Tu peux suivre ma queue). Ce à quoi répond Maverick "You can ride, mine"

Dans le film Sleep With Me, 8 ans plus tard,  il explique verbatim tout ça. 

Et il est vrai qu'avec le recul, le montage des gars musclés sur la plage qui jouent au volleyball ne pouvait qu'être eye candy pour l'homme/jeune homme gay. Que je ne suis pas. Kenny Loggins chante Playing With the Boys* au début du film et le titre, my god! le titre Top Gun, quand on y pense...ça s'applique à l'univers gay, complètement. 

Les gens autour du film ont nié et ajouté qu'on pouvait bien y voir ce qu'on voulait, c'était pas calculé. Peut-être par le producteur, le réalisateur et tout le monde sauf les auteurs du script, oui, mais ça a fait écho.

J'ai lu un auteur ouvertement gay, ce qu'on cachait encore en 1986, qui avait 13 ans, un an de moins que moi alors, et qui a, au contraire de moi, ressenti dans toutes les fibres de son corps, que ce film était entièrement pour lui. 

Avec le recul, j'ai eu une grande admiration pour ce film. Dans le conservatisme nauséeux des années Reagan, qui es encore très lourd dans le Sud des États-Unis, c'était fameusement audacieux de non seulement glisser de l'homoérotisme aussi largement dans les salles de films, mais en plus de réussir à être un immense succès, alors que peu avaient compris complètement de quoi on parlait vraiment. 

Si vous étiez gay, dans les années 80, vous étiez hors du radar des éducations Étatsuniennes. Éducations de toutes sortes. Et à la même époque, on découvrait le SIDA et ses ravages. Y avait rien de bon à l'homosexualité. Mâle surtout. Dieu les punissait par le SIDA dans les têtes les plus sottes. 


On est revenu avec
un nouveau Top Gun, cette année. Qui marche très très fort dans les salles. Que je n'irai pas voir parce que ça ne me parlait pas alors, peu de chances que ça le fasse encore. Et les suites, vous savez, pour moi, c'est pas du film, c'est du marketing, en général.  

Mais j'ai vu la bande annonce. Il y a bien une scène promise de gars en bedaine qui jouent au Volleyball. Et une autre petite moustache dans l'esthétique choisie.


Comme pour dire encore discrètement à la communauté, oui, oui, c'est encore pour vous. 

C'est merveilleux pour eux, je trouve. Une communauté qui a vécu tant de répressions inutiles sur tant d'années. 

Je doutes pas que, sans être gay, on peut adore les deux films. Mais pour les gays, ça doit atteindre plus près du coeur. Et ailleurs...

*On choisit de cacher aussi dans le video suggérant que ce sont les filles qui veulent jouer avec les boys. 

mardi 21 juin 2022

Formidables Subversifs Fous d'Europe

Morts trop jeunes. Trois.

Alfred Jarry était un formidable fou. Sa mère et un de ses frères ont d'ailleurs été institutionalisés chez les coucous pendant un temps. 

Quand il a écrit son chef d'oeuvre Ubu Roi, un tout aussi fou metteur en scène accepta de présenter sa pièce dont le tout premier mot : "Merdre!" qui n'est pas complètement "merde!" mais qui était considéré comme intolérable par certains à généré une commotion de plus de 45 minutes comme un match entre Canadiens et Nordiques, en séries éliminatoires dans les années 80. Huées, cris, lancers d'objets, sifflets, contrecris de joie, hurlements, bagarres, le bordel était absolu. Le succès, certain. La dégénération dans le public était visée. Et obtenue. On ne jouera pas la pièce tellement les turbulences sont intenses. On ne fera que la générale avec costume et la première avec ses 1001 interruptions dans le désordre total. 

Jerry Springer avant l'heure. 

On ne rejouera jamais plus Ubu Roi avant sa mort, en 1907, de la tuberculose, aggravée par l'abus d'alcool. 

Digne de lui-même, il exige comme dernière volonté, sur son lit de mort, un cure-dents.

 

Arthur Cravan, écrivain Suisse (qui nous accueille présentement) et poète (qui nous habite en tout temps) sera expulsé de son service militaire obligatoire, réussissant à fouetter un de ses supérieurs pour être bien certain d'être limogé de l'académie militaire. Il aime tant provoquer qu'il se met en scène à réciter de la poésie dans les rues en chantant ou en boxant. le mouvement dadaïste en fera une figure de proue, après sa mort, même si Cravan ne s'était jamais identifié au mouvement. Cravan critique sévèrement un auto portrait de Marie Laurencin, alors partenaire amoureuse de Guillaume Apollinaire. Ce dernier provoque alors Cravan en duel. Il n'y a pas de témoins du duel, mais Apollinaire porte un bras dans un brassard dans les jours qui suivent. Et évite Cravan. 

Quand la Première Guerre Mondiale éclate, il fuit le pays et pour financer un exil aux États-Unis, fait organiser un combat de boxe contre le champion du monde Étatsunien, Jack Johnson. Il mange une sérieuse raclée et tombe au 6ème round. Neveu d'Oscar Wilde, il en avait le même côté paon. Se considérant à son meilleur exclusivement quand il voyage, il ira à New York (avec Trotsky) Mexico (avec son amoureuse Mina Loy). Vivant chichement, et Cravan, recherché par les services militaires, le couple doit rester en mouvement. Loy part la première mais Cravan, après avoir été une nouvelle fois humilié dans un combat de boxe pour financer son voyage en bateau, disparaît en mer, avec les bateau et tout l'équipage. Le Poète et auteur, pas super boxeur (0-3) avait 31 ans, seulement.

Julius Mordecai Pincas choisit un anagramme de son nom, Pascin comme nom d'artiste. Le "prince de Montparnasse" était d'origine bulgare, peintre, dessinateur et s'était fait naturalisé citoyen des États-Unis afin d'échapper la conscription. Il avait fui en Angleterre, un peu avant. Facilement déprimé et enclin à boire beaucoup, il visite avec son amoureuse et des amis l'Amérique du Sud et Cuba, dans les années 10. Dans les années 20, il retournera en France. rejoindre entre autre sa maitresse des 10 dernières années. Il connait enfin le succès en France. 

Il vivra fameusement le vie de Bohème, avec entre autre Ernest Hemingway, mais surtout de nombreuses jeunes dames. Dans A Moveable Feast, Hemingway lui consacre un chapitre entier. 

Intense il se tranche les poignets, écrit de son sang un mot sur le mur pour sa maitresse, se pend, à 45 ans, à l'aube d'un show solo. 

Je vous parlerais aussi de Gainsbourg si je ne voulais pas faire trop long, mais il y aurait trop long à dire. Et explorer ces trois-là, c'est un peu déjà connaitre Gainsbourg.

Fêlée folie malsaine parfois. 

On en est pas là, la belle et moi. Et de nous deux, c'est fucking moi, l'artiste. 

Je ne vous promets pas drame. 

Mais à Paris, la semaine dernière, j'ai salué intérieurement ces mémorables âmes. 

lundi 20 juin 2022

Lolologie & Humus

Lors de mes débuts, à l'école secondaire, 13, 14 ans, 1984-85, nous avions dans nos classes, pour seulement la deuxième année, des plus de 100 de l'histoire du collège, des filles parmi les élèves. 

Le réflexe parental de les y inscrire n'y était pas encore. Donc les deux trois filles, jamais plus que 4, dans les 5 classes, pour un total d'à peu près 12 sur 140-150 élèves, avaient beaucoup BEAUCOUP d'attention de la part des petits cons pleins de testostérone que nous étions. Et comme les filles, à cet âge, sont nettement plus développées physiquement que les garçons que nous étions, leur passage dans un corridor obligeait un genre de silence nerveux, ponctué par la perversité de nos regards qui n'auraient pas à dire la couleur des yeux de certaines filles. La testostérone nous faisant presque toujours hululer comme des singes, suite à leur passage, par la suite. On avait définitivement chacun, mentalement, nos palmarès personnels des plus belles jambes et des plus belles poitrines. 

La classe E, dans laquelle j'ai fait mes deux seules années dans cette école, semblait composée des pires Energumènes, les deux années. Ma présence et influence y étaient assurément pour quelque chose. La A semblait rassembler ceux qui auraient souvent cette note en classe. La B aussi, qui comprenait l'actuel chef de la section des sports de la Cyberpresse, Jean-François Bégin et Raymond Fillion de TVA. C était composée de gens assez ordinaires, mais comprenait Elsa, la fille qui faisait tourner absolument toutes les têtes dans l'école. La D était si plate qu'on pensait que si ils avaient hérité de la lettre D, c'était pour Dull (plate). Nous étions la E. Pour Excitante et Excitée. Extraordinaire surement aussi, Épatante. O.K. j'arrête, c'était plutôt pour Énervée. 

J'ai retrouvé la belle Hélène

Nous étions assez chanceux pour avoir 4 des 12 filles dans notre classe. Annie-Claude, qui était la seule "Qui n'avait pas de formes" et qui n'avait pas encore compris qu'elle pouvait faire quelque chose de ses cheveux. Sex appeal, -1000. Paule était rousse et j'ai poussé l'odieux, dès le premier cours à lui dire que c'était drôle parce que le prof lui avait parlé comme si c'était une fille, ce qu'elle avait ensuite confirmé, insultée, c'est dire la féminité qui se dégageait de celle-là. Hélène était très jolie pour nos jeunes yeux, parce qu'intelligente. Elle ne savait même pas qu'on la trouvait belle. Et les filles avaient le luxe de repousser les avances de tout le monde et de choisir qui elles voulaient dans leurs bulles. Ça devait être intimidant pour les pauvres filles tous ces babouins que nous étions. Ce n'est que 2 ans plus tard, quand je serai à une autre école (parce qu'expulsé de celle-ci) qu'Hélène un peu chaudasse me dirait "hey...t'es rendu pas mal cute, toi ".  La suite nous appartiens... 

Puis il y avait Krystelle Lara-Strippoli. Son seul nom était une mélodie exotique. Pourtant, à chaque prise des présences, elle insistait pour faire tomber le "Lara" qui, dans l'âge d'or de la business du divorce, voulait peut-être effacer un de ses parents. Comme son nom l'indique, elle était un joli croisement italien et libanais. Ce qui lui donnait un teint foncé avec des yeux noisettes foncées derrière d'intellectuelles lunettes. Elle avait de très jolis traits, était la plus intimidée timide des 4 et ne savait probablement pas encore tout le charme qu'elle dégageait sur nous. Elle était plus grande que tout le monde en classe (pour seulement 2 ans encore) et était archi développée de la poitrine. Comme nous étions toujours dans la même classe et que c'était les enseignants qui passaient de classe en classe, elle était en arrière, pouvant se vautrer dans sa discrétion, à souhait. 

Mais il y avait ce cours où c'était nous qui se déplaçaient. Et rusés, quelques uns d'entre nous, dont moi, s'étaient empressés, au premier cours d'aller se choisir les places du fond dans le cours d'écologie qui nous accueillait. Cette classe avait été rebaptisée lolologie car Krystelle avait hérité d'une place plus en avant et nous étions plusieurs larrons derrière, en angle à pouvoir tenter de démystifier du regard la tension de son t-shirt. Notre enseignant avait le même nom et prénom que le gardien des Bruins de Boston que Guy Lafleur avait humilié, en séries, en 1979. Il était donc presque naturel de s'amuser à ses dépens pendant le cours. Il avait souvent les bras exposés de ses chemises et montraient à nous, imberbes, une toison poilue époustouflante. Caucasien, ses bras étaient noirs de poils. Je ne connaitrai jamais ce "luxe", encore aujourd'hui, trop autochtone. En raison de cet intimidant poil, on l'avait surnommé, entre nous, Humus. Un mot qu'il venait tout juste de nous faire découvrir.

Nous n'étions pas encore bien braves dans nos débauches, l'année suivante allait faire exploser toutes les règles je vous en parlerai surement un jour. Mais dans un cours de lolologie précis, on avait été 5 à obtenir la toute première sortie de classe "de masse".  

Lemieux & Michaud, pour une raison que seuls eux connaissent avaient décidé de tromper l'ennui en chantant tout bas Dam dam di lam dalam dam dilam dalbapabalam  ce à quoi Lafleur avait ajouté un "Popoppopopop" une octave plus bas pendant qu'eux continuaient, une octave plus haut avec l'éloquent Dam dam di lam dadam dalididam talam pam pa palap Bedoum bedoum bedoum bedoum, toujours très bas, ces trois derniers bedoums étaient un ajout de moi. L'apport de Lafleur était une occasion rare, il n'était pas du genre à faire "la foire". Mais quand Noël de Tilly, lui aussi, un élève plutôt sage, a joint le morceau, avec un jeu de clignement de doigts, j'ai ajouté à mon bedoum bedoum bedoum un second clignement de doigt accompagnant Noël de Tilly. On était inspiré.  Bientôt, on ne murmurait plus, mais on était soudainement une trame sonore distrayante pour trop de monde. Surtout à partir de la 6ème reprise du refrain. Humus nous as hurlé de cesser nos niaiseries. Ou bien merde. 

Et merde a suivi.

Après un temps, on avait eu une telle chimie naturelle, fallait refrapper un grand coup. Cette classe était toute en tapis brun. Ce qui ajoutait à l'aspect laineux des bras du prof. On-je ne sais plus qui- a commencé à se demander si ça faisait du bruit, d'échapper un gros livre sur le sol tapissé. Le livre d'écologie avait la taille d'un dictionnaire. Si on se demandait si un arbre tombe dans la forêt, est-ce que quelqu'un entend ?, on avait le droit de philosopher plus loin, jeunes génies en herbes que nous étions (et oui, j'en serai), pour penser à notre tour : si un gros livre pesant tombe sur un tapis, ça fait un bruit ?

On avait essayé les uns et les autres, sans coordination, mais ça faisait peu de son. On a alors choisi de cibler une heure précise où on ferait tomber nos 5 gros livres en même temps. Juste pour voir. Entendre, en fait. Quand on a fait tomber nos 5 gros livres à l'unisson, ça a effectivement fait un énorme bruit sourd qui a provoqué le silence de tout le monde. Et la stupeur du poilu qui nous enseignait. Et qui nous expulsait de sa classe tous les 5 en même temps. 

On était maintenant étiquetés "galériens". 

Sauf Lafleur et Noël de Tilly qui avaient pleuré leurs expulsions. Gagnant quelques sympathies des autorités scolaires. Comme les trois autres, dont moi, riaient, on était cuit pour deux ans. Nos noms circuleraient. 

Krystelle nous avait souri. On avait gagné ça. Krystelle avait souri grâce à nous. Je me souviens avoir cherché du regard Hélène et y avoir aussi trouvé un large sourire. La sortie avait été glorieuse.

Jamais dans l'année on a tenté de vraiment les approcher parce que les singes ne se mêlent pas aux volpinos et aux chatons. 

Mais les filles avait été amusées par nous dans un mini-film mémorable pour nos petites têtes aux peaux de fesses. Ti-culs de 13-14 ans qui pensaient déjà trop, aux jeux de fesses. Et qui déjà, faisaient n'importe quoi pour un regard de Femme.  

dimanche 19 juin 2022

Jean Arthur

Gladys Georgianna Greene est née à Plattsburgh, New York, en 1900 d'une famille protestante elle grandit assez nomade, constamment en mouvement entre New York et la Floride. Elle quitte l'école secondaire pour "des raisons familiales" non déclarées, (peut-être un bébé à avorter) et travaille comme sténographe dans l'effort de la Première Guerre Mondiale. 

Elle s'inscrit pour faire du mannequinat commercial et c'est là que les studios Fox, la remarquent et lui font faire des auditions à la caméra. On la rebaptise Jean Arthur et la signe pour un an. Jean pour Jeanne d'Arc et Arthur pour le roi Arthur, deux de ses grands modèles. Elle est d'abord dirigée par John Ford, dans les films muets, puis obtient un premier rôle catastrophique où elle est vite remplacée, parce que trop mauvaise. Elle pense quitter la Californie, où elle réside maintenant, dans la jeune vingtaine, mais se ravise et tourne dans des comédies et des petits contrats sans trop d'envergure ici et là. 

Elle se présente sur un plateau de la compagnie Action Pictures et impressionne de sa simple présence, le proprio de la compagnie qui la fera travailler dans pas moins de 20 western sur 2 ans. Ne gagnant que 25 $ par film, elle vit assez pauvrement. Travaillant pour Buster Keaton et avec Monty Banks dans Horse Shoes, ce dernier insiste pour qu'elle soit soit payée 700$. Un changement majeur pour elle, il va sans dire. On lui donne le rôle principal pour The Poor Nut. Elle n'y croit pas tellement mais le tournage d'un premier film parlant pour elle devient un bon succès qui la voit renouvelée pour 3 autres années, avec Paramount Pictures. Elle ne croit pas au film parlant et n'aime pas sa voix. 

Les films parlant privilégient les acteurs et les actrices issus du théâtre, habitué(e)s à projeter leurs voix. Arthur n'est pas de ceux-là. Elle obtient tout de même une belle visibilité avec The Mysterious Dr.Fu Manchu. Elle déteste profondément poser pour les photographes et accorder des entrevues. Elle méprise la publicité, ce qui la rend attrayante pour moi, qui suis aussi, ainsi. Mais c'est contre nature dans le métier qu'elle fait. 

Son meilleur rôle survient alors face à Clara Bow dans The Saturday Night Kid. Elle joue dans Halfway To Heaven, avec Buddy Rogers, mais ensuite, sa carrière semble déjà ralentir. Choisissant de se teindre les cheveux en blond, ce fût une de ses décisions qui aura le plus d'impact. Les années 30 lui seront très très bonnes. 

Elle retourne à New York pour y faire beaucoup de théâtre et ne réapparait sur film qu'en 1933. Elle retourne à Hollywood et, dans la trentaine, sa carrière prend de l'élan dans les films de gangsters. Elle se spécialise aussi dans les rôles de femmes au grand coeur, dure travailleuse. Personnage sympathique au spectateur moyen. Elle sera assez futée pour s'organiser afin de se faire filmer principalement sur son côté gauche, convaincue que c'est son meilleur côté. Le producteur Harry Cohn dira qu'elle considérait avoir un côté de visage angélique et l'autre, chevalin. 

Frank Capra la remarque dans les rush du film Whirlpool et la choisit pour l'excellent Mr Deeds Goes to Town. La reconnaissance devient alors internationale. En 1936, seulement, elle gagne 119 000$, ce qui était davantage que le président des États-Unis et la superstar des Yankees, au baseball, Lou Gehrig. c'est là, alors que l'attention autour d'elle grandit, qu'on apprend qu'elle déteste tout le fla fla autour de son métier et préfère la discrétion et rester évasive en entrevue. Qu'elle n'accorde pas de toute manière. Dira qu'elle préfère se faire trancher la gorge que d'accorder une entrevue. 

Elle tourne pour Cecil B.Demille, Mitchell Leisen, Capra, où le film rafle l'Oscar du meilleur film, avec Arthur comme actrice principale. Sa valeur n'a jamais été plus haute. 

Le producteur David O.Selznick avait été lié amoureusement à Arthur dans les années 20, elle devient finaliste pour le rôle de Scarlett O'Hara pour Gone With The Wind. Elle tourne pour Hawks, pour Capra encore, et refuse de jouer la femme de James Stewart, dans It's a Wonderful Life afin de retourner à l'école. Brave geste pour l'époque. Elle tourne pour George Stevens deux fois, et est nommée pour l'Oscar de la meilleure actrice pour The More The Merrier. Pour The Talk of the Town, elle est en brouille avec le producteur Harry Cohn, qui la punira en la payant 50 000$ alors que ses partenaires Cary Grant et Ronald Colman gagneront le double. 

Quand les années 40 arrivent, et que son contrat se termine, elle choisit de se retirer. Refusant toute offre, qu'elle reçoit encore beaucoup, sauf celles de Billy Wilder et de George Stevens, en 1948 et 1953. Ce dernier film sera celui accumulera le plus de recettes de sa carrière, son unique, en couleurs, et son dernier. 

Atteinte de crises de panique régulièrement, elle était capable de vomir entre les prises et de revenir, fraiche comme une rose, tourner sa scène. À 50 ans, elle joue Peter Pan de Leonard Bernstein, à Broadway, et son idole Jeanne d'Arc au théâtre pour George Bernard Shaw. Elle quittera cette dernière pièce après un effondrement nerveux. 11 ans passeront avant qu'elle ne réapparaisse à la télévision dans un épisode de Gunsmoke.  Elle a son propre show télé, où elle incarne une avocate dans The Jean Arthur Show (un peu d'effort svp, pour les titres), mais ça ne dure que 12


épisodes. (no wonder!)

En 1967, elle essaie un retour sur scène, au théâtre, où elle incarnerait une femme tombant en amour avec des hippies, mais ça se passe si mal, elle refuse de remonter sur scène, apeurée, que la production est annulée. Elle enseignera un peu le jeu dans les écoles. 

Elle vit si privément que des images d'elles se font rares passé les années 40. 

Elle quitte notre planète à 91 ans, aujourd'hui, il y a 31 ans.