dimanche 3 mai 2026

Cinema Paradiso***************Monty Python & The Holy Grail de Terry Gilliam & Terry Jones

Chaque mois, dans ses 10 premiers jours, tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) et tout comme je le fais pour la musique (vers le milieu) je vous parle de l'une de mes 3 immenses passions: La cinéma!

Je l'ai surconsommé, le surconsomme encore, l'ai étudié, même à l'université, puis dans une école spécialisée, y ai travaillé, y fût primé, en suis sorti, mais le cinéma n'est jamais resorti de ma personne. 

Je vous parles d'un film que j'ai aimé pour son histoire, son réalisateur, son thème, son sujet, ses interprètes, son audace, sa cinématographie, bref je vous parle d'un film dont j'ai aimé pas mal tous les choix. 

D'un film, souvent tiré de ma collection privée, de dvd.

Comme:

MONTY PYTHON & THE HOLY GRAIL de Terry Gilliam & Terry Jones. 

 Sorti en mars 1975, en Amérique du Nord, cette comédie n'est pas seulement culte, c'est une véritable leçon de créativité sous contrainte. Réalisé par les Python Gilliam & Jones, le film marque le passage de la célèbre troupe britannique du format court de vignettes télévisées, au long métrage narratif, tout en conservant leur esprit de déconstruction totale de l'absurde. 

Ce qui rend l'histoire de ce film aussi fascinante que son contenu, c'est sa production. Le budget initial n' était que de quelque 230 000 livres sterling , donc ensuite co-financé par des ajouts de nulle autre que Pink Floyd, Led Zeppelin, et Ian Anderson de la formation musicale Jethro Tull, (Dans le futur ce sera George Harrison, des Beatles, au financement) Les studios traditionnels ne voulaient pas y toucher. L'absurde ne pouvait pas être payant à leurs yeux. Les artistes y voyaient du même coup une manière de défiscaliser leurs revenus. 

Cette pauvreté financière à créé des éclairs de génie alors que, faute de moyens pour se payer des chevaux à monter, et des écuyers, John Cleese, Micheal Palin, Eric Idle, Graham Chapman, Gillian & Jones ont décidé de faire marcher les acteurs à pieds tout en demandant à des personnages de serviteurs de frapper des demis noix de coco pour simuler les bruits des sabots. Ce qui aurait pu être un aveu d'échec est devenu une signature comique géniale et représentative des Pythons. Un décalage permanent entre le sérieux épique de la quête arthurienne et le ridicule de sa mise en oeuvre, 

Co-réalisé par les deux Terry de la bande, les styles, radicalement différents ont créé une tension visuelle unique. Jones, passionné d'histoire médiévale, voulait un monde réaliste, sale et boueux. Pour lui, l'humour devait être de la trempe vagabonde d'un Charlie Chaplin. Ne fonctionnerait que dans un contexte authentiquement crasseux. On a même teint les dents en jaune aux figurants pour plus de réalisme. À l'opposé, Gilliam, doué en animation sur image de formation, apportait sa vision surréaliste, ses animations déjantées, et ses cadrages baroques et éclatés. Il y avait choc des deux Terry.

Le résultat est un moyen-âge qui semble "vrai" mais où tout peut déraper à n'importe quel moment vers le non-sens absolu. Cette dualité  se retrouve dans les décors. À cause du budget, presque toutes les scènes de château ont été tournées à Doune Castle, en Écosse, filmé sous différent angles pour faire croire à un immense château et une multitude des lieux. 

Le génie du film se trouve dans la satire continue et sa capacité de mêler bêtise humaine pure et folie intellectuelle féroce. On pense à la scène du Chevalier Noir, qui, visuellement battu, continue de parler en plein combat qu'il ne s'agit que d'égratignures Parodie parfaite de l'héroïsme absurde. Comme celui que tente de nous faire croire Pete Hegseth. Sans qu'on y morde.

Le film brille aussi par son écriture politique. La rencontre entre le roi Arthur et la paysan Dennis est un sommet de dialogue comique. Arthur tente d'imposer sa légitimité divine (la Dame du Lac ayant remis Excalibur) tandis que le paysan lui oppose un discours sur le syndicalisme et la légitimité démocratique, affirmant que "des femmes étranges gisant dans des étangs et distribuant des épées ne sont pas une base pour un système gouvernemental. "(!?!). En quelques répliques seulement, les Pythons dynamitent les fondements du mythe arthurien. 

Même la conclusion du film est un pied de nez aux conventions. Alors que le spectateur attend une bataille époque finale, le film se termine par une intervention moderne qui fait tout dérailler. On devient meta et reste surréaliste quand la caméra qui filme les scènes est saisie. Encore une fois, ce choix a comme source le manque d'argent. Lot de tous les artistes, encore de nos jours. La majorité en tout cas

Plus de 50 ans après sa sortie, l'influence du film et de l'humour de la troupe, est partout. Des Simpsons aux réseaux sociaux où les répliques sur le "lapin tueur" ou "Les chevaliers qui ne supportent pas le mot it" sont devenues des mèmes universels. 

Le film a même été adapté à Broadway sous le nom de Spamalot

Monty Python & The Holy Grail reste le témoin d'une époque où l'on pouvait faire du grand art avec peu de moyens, beaucoup de boue et une dose d'impertinence totale envers l'autorité, qu'elle soit royale ou cinématographique.    

 Si vous êtes amateurs de l'humour de Bruno Blanchet ou de François Pérusse, ce film est pour vous.

Cette troupe aussi.    

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