mercredi 29 avril 2026

6 x 5

Alors que je disais à un ami que le Québec était trop petit pour contenir 6 partis (CAQ, PQ, Libéraux, Conservateurs, Québec Solidaires, parti Vert) cet ami me disait que non, si j'étais capable de me satisfaire de 6 artistes différents sur 5 ans, en musique, et m'en porter tout aussi bien après, je serais aussi capable de vivre la "vibe" de 6 partis différents. Qu'il en fallait de toutes les sortes pour faire un monde. 

Ça m'a fait réfléchir. Mais pas comme vous pensez.

Ça m'a fait penser à 6 artistes musicaux ou groupe d'artistes musical.

Qui ont connu facilement des séries de 5 albums consécutifs sans réels reproches.

À mes oreilles en tout cas. 

Je vous les (re)présente, car ils sont tous très connus.

 Par ordre de lancement du premier de la séries de 5 albums: Bob Dylan, Led Zeppelin, The Rolling Stones, Stevie Wonder, Pink Floyd, David Bowie. 

Dylan (1964 à 1967)

 

Sans doute l'une des périodes des plus révolutionnaires de l'histoire de la musique avec les Beatles qui ouvraient aussi les sens des baby-boomers au même moment. Avec Another Side of Bob Dylan, son 4e album, Bob délaisse la chanson de protestation pour une poésie plus introspective. Cet album clôt alors une première trilogie (folk) style duquel il voudra se détacher. Il tricote même une nouvelle trilogie, électrique cette fois, au grand dam de certains de ses fans, travaillant à la fois avec John Hammond Jr, le Mike Bloomfield Blues Band, et ceux qui deviendront The Band alors appelés The Nashville Cats par Dylan. Sur Bringing It All Back Home, par qui le scandale arrive, Highway 61 Revisited, où il fusionne le rock mordant et le surréalisme littéraire et le parfait album double Blonde on Blonde. À mes oreilles, toujours. Après son surévalué accident de moto, en 1966, il surprend tout le monde avec John Wesley Harding, americana délicieuse, dépouillé country, acoustique et même un peu biblique. En seulement 5 albums, il est passé d'icône folk à vagabond du son d'Amérique du Nord, pour finir en ermite à l'harmonica, prouvant son génie de la réinvention par vraie passion musicale communicative. 

Led Zep (1969 à 1973)

Cette période retrace l'ascension fulgurante de la formation britannique vers le sommet du rock mondial. Avec Led Zeppelin I, le groupe de Jimmy Page, John Paul Jones, Robert Plant et John Bonham pose les bases d'un blues rock-lourd et viscéral, tandis que II, lancé la même année, définit les codes du hard rock avec des riffs tranchants comme celui de Whole Lotta Love, où la virée des cordes électrisante de Heartbreaker. Sur III, ils surprennent en explorant les sonorités folk et acoustiques, prouvant une polyvalence, toujours trempée dans le blues encore plus parfait. L'apothéose arrive avec IV, chef  d'oeuvre absolu qui fusionne mysticisme, puissance et complexité, porté par la classique Stairway To Heaven. mais dont le rock coule comme une rivière sonore comme sur When The Levee Breaks. Houses of the Holy, premier titre qui ne soit chiffré, marque une ouverture vers des textures plus expérimentales, intégrant des influences reggae, du funk et des synthétiseurs. En 5 disques seulement, le quatuor anglais a redéfini les limites de la production studio et imposé une empreinte indélébile sur l'histoire de la musique. Et sur ma vie.   

Stones (1969 à 1974)

Sans rien enlever à Brian Jones ou Ron Wood, jamais le band n'aura été meilleur qu'avec Mick Taylor à la guitare. Sa virtuosité a rendu le band meilleur que jamais, selon moi. Ces 5 albums, sans reproches pour mon oreilles, me le confirment. Let it Bleed capture la fin des idéaux hippies à travers des classiques incendiaires et hantés comme Gimme Shelter. Jones passe la flambeau, malgré lui. Et ne survit pas à l'été 1969. Mick Taylor fait ses vrais débuts entiers sur Sticky Fingers, pur concentré de rock flamboyant, laissant place à exploration nouvelles, et sons diversifiés. Ballades country blues et chansons spatiale pour la route. Les lèvres du logo du band y naitront. Le magistral album double enregistré dans un été trop chaud, dans un château près de l'eau, ancien repaire nazi, est brut. blues, rock, gospel, plongée viscérale dans les racines du soul rock & Blues des États-Unis. Lourd d'intoxications productives. Autre album double parfait pour mes oreilles. Je nais cette année là. Avec Goats Head Soup, le groupe s'aventure vers des sonorités plus atmosphériques et une certaine décadence glam, avant de conclure cette période avec le cri de ralliement qui réaffirme leur identité et leur passion du rock. En 5 disques, et une tournée mythique, en 1973, les Stones ont cimenté leur titre de plus grand groupe rock au monde", équilibrant parfaitement virtuosité technique et arrogance rebelle.

 Stevie (1972 à 1976)

 

La période dite "classique" de Stevie Wonder représente l'un des sommets créatifs les plus impressionnants de l'histoire de la musique moderne. Libéré de sa tutelle artistique de chez Motown, Stevie prend le contrôle total avec Music of My Mind, où il explore les synthétiseurs TONTO pour créer un son futuriste et personnel. Talking Book et Innervisions assoient son génie, mêlant funk irrésistible et chroniques sociales tout en raflant tout ce qu'il y avait de Grammys. Il poursuit son exploration spirituelle et musicale  avec Fullfillingness' First Finale, avant d'aboutir à son absolu chef d'oeuvre, le double Songs in the Key of Life. Cathédrale sonore célébrant l'amour, l'enfance et l'humanité, confirmant Stevie comme un architecte visionnaire de la soul et du jazz fusion, En 5 albums seulement, il a redéfini les capacités d'un seul homme en studio, jouant lui-même de presque tous les instruments. Pavant la route pour un autre artiste qui fera de même, jouant de tout, assez habilement, seul, un autre génie, que j'aurais pu considérer ici. 

Floyd (1973 à 1983)

Je ne pouvais pas faire de 1970 à 1979, ça faisait trop d'albums, Et une trame sonore en 1972, vient un tantinet obscurcir tout ça, Mais Atom Heart Mother er Meddle sont aussi sans reproches à mes oreilles. Plus que le dernier album avec Roger Waters. L'âge d'or cinématographique de Pink Floyd marque ces 10 années. Mais aussi la transition d'un collectif démocratique vers une vision dominée par un seul homme, le possessif Roger Waters. Le monument sonore de 1973 explore l'aliénation humaine et reste un des albums les plus vendus sur terre. Wish You Were Here rend hommage à un ancien membre fondateur tout en offrant à Rick Wright, ses derniers élans créatifs pertinents. Ses nappes de synthés oniriques sont riches, et ses compositions pour Animals, l'album suivant, ne lui seront pas créditées. Cette fable politique inspirée d'Orwell fait gonfler la tête à Waters. Mais les solos rageurs de Gilmour sont encore majeurs. L'album double The Wall est fort sur l'isolement, l'aliénation encore et les traumatismes. Avec le film, l'album devient phénomène mondial. Et comme Waters y a la signature lourde, jusqu'à la trame narrative personnelle, le dernier effort, celui de 1983, serait vraiment la dernière coupure d'un band qui ne sera plus jamais le même. Le dernier disque est un requiem d'après-guerre. En 5 albums, on transforme le rock progressif en une expérience immersive, psychologique et universelle.

Bowie (1974 à 1977)

Cette période illustre à merveille la capacité de Bowie de se métamorphoser. Passant du rock théâtral, aussi inspiré de George Orwell, à l'expérimentation électronique. Il enterre sa période glam avec Diamond Dogs, dans un univers post apocalyptique sombre et cauchemardesque. Il surprend ensuite tout le monde avec son soul de Philadelphie qui ne pouvait qu'être "plastique" parce qui si blanc d'épiderme. Imprégné du R & B, du funk et du soul. Même du disco. Caramélisé son. Le virage devient plus radical avec son personnage du Thin White Duke, sur une musique mêlant rock, funk et influences allemandes. S'installant à Berlin, pour mieux gérer ses excès, il entame une série de trois albums qui auront l'empreinte de Brian Eno et Tony Visconti. Deux, lancés la même année, seront extraordinaires. Le premier est minimaliste, aérien et changera ma vie tellement il coche toutes les bonnes cases, au bon moment. Le second a comme chanson titre, un immortel hymne. Avant-gardisme, sauce germanique, pop divisée et déstructurée, paysages instrumentaux, espaces évasifs, textures sonores fameuses pour mon oreille.


Considéré(e)s aussi: Prince, de Purple Rain à Lovesexy mais Parade moins intéressant que 1999 pour moi, Radiohead, de Ok Computer à In Rainbows, mais ce serait si injuste pour The Bends,  R.E.M. de Murmur à tellement trop, U2, bloqué par Rattle & Hum, Bruce Springsteen, où commencer ? ou arrêter ? The Cure, avec un meilleur Pornography que The Top, à mon oreille toujours, les 5 premiers de Mike Scott et ses Waterboys, The Smiths qui n'en a que 4, les Beatles avec un sous-marin jaune qui noie l'ascension,  et PJ Harvey, que j'aime tant, et probablement trop, sans me questionner sur le désir, et sans vouloir m'en départir.         

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