samedi 12 octobre 2024

Fighting Irish

Quand on entend le nom The Fighting Irish, on pense aussitôt à l'Université Notre Dame et à son programme de football. Ce que peu savent est que quelques centaines d'étudiants se sont battus avec dignité avant que ce nom ne colle aux équipes sportives de l'endroit, en Indiana. 

Il y a 100 ans, cette année, les Fighting Irish (alors Ramblers) ont probablement gagné leur meilleur match à vie. De manière historique. Et ça ne se passait même pas sur le terrain de football. En 1924, le racisme est beaucoup moins décomplexé que de nos jours. Le Ku Klux Klan a des bureaux connus et n'est généralement pas préoccupé par quiconque. Mais en trois jours de révolte, ils auront leur leçon. Au nom de la religion (hélas) de la dignité humaine (au moins) et de l'idée de rejeter tout concept de haine entre frères, entre le 17 et le 19 mai, on allait dompter le mépris. 

Le Klan planifiait une parade et un rassemblement afin d'exhiber la "supériorité blanche" et marquer sa présence dans les esprits autour. Quand les étudiants de l'Université Notre Dame ont eu vent de leur projet, ils ont fait le leur. Même si leur directeur d'école, l'irlandais Révérend Matthew Walsh, les avait pressé de faire une résolution pacifique, on allait créer un certain chaos dans les rues de South Bend. 

Entre autour de 500 élèves ont surnombré les membres du Klan, leur arrachant ce qui leur servait de capuche empêchant de les identifier,  et en les pourchassant dans les rues. On leur a déchiré leurs toges et sans caméras pour filmer quoi que ce soit, on a usé de bien des violences. On a brisé les vitres de leur bureaux avec des patates et on a saccagé l'intérieur dans le but d'en faire un endroit infréquentable. On a détruit une croix illuminée les annonçant dans la nuit. On a tiré les meubles du troisième étage de leurs bureaux. 

Pendant trois jours. Assurément alliée, la police n'est jamais intervenue.

Les étudiants étaient de toutes les nationalités. Principalement d'origine irlandaise. ils étaient enfants de cols bleus, et non gosses de riches. C'était souvent les premiers enfants à aller plus loin que l'école secondaire dans leurs familles respectives. Ils ne se battaient pas pour eux, mais pour ce en quoi ils croyaient: le respect pour tous. 

Le Ku Klux Klan avait plus ou moins disparu eu début du siècle, mais presque 25 ans plus tard, avait une certaine renaissance. Et en réponse à l'émancipation saine d'une frange de la population noire, aux États-Unis, le Klan grondait ici et là. Et d'étranges fruits pendaient aux arbres certaines nuits. Sans explications. On pouvait même placer les Catholiques et les Juifs sur la liste des indésirables dans certains milieux. Avec les immigrants arrivant de plus en plus du Sud ou de l'Est de L'Europe, la racisme était nourri. On entendait alors le même type de rhétorique que de nos jours: "Speak american if you want to fit in". Alors que TOUS les Américains, paroles d'autochtone, sont immigrants. 

Je suis autochtone (Atikemekw). Mais suis aussi irlandais de par mon père et du sien et surtout en raison de l'arrière grand-père de mon père. Médecin de Grosse -Isle. Qui a épousé ici. Une infirmière francophone. Suis donc aussi graine d'immigrant.

Le gouverneur de l'Indiana d'alors. Edward L. Jackson, était lui-même membre du Klan. Mais après le fracas de ses trois jours de violence, le vent a quelque peu tourné. La résistance est devenue publique. Et après avoir identifié bien des gens, dont le gouverneur Jackson, on était ouvertement hostile à leur vue. On leur rendait la vie impossible. D.C. Stephenson, un de leur important leader a été trouvé coupable de viol et de meurtre d'une jeune fille, travailleuse de l'État, qu'il a kidnappé et torturé. Il a servi 31 ans en prison mais la réputation du Klan se salissait davantage. La corruption étant devenue si malsaine, et publique, les membres du Klan ont commencé à quitter les rangs. À dénoncer aussi de l'intérieur. 

Le tumulte a été si important dans la région qu'on a parlé des Fighting Irish et c'était la plus grande des fierté. D'avoir anéanti le Klan. 

Trois ans plus tard, le terme était si héroïque dans l'esprit collectif que le Révérend Matthew Walsh a accepter de changer le nom des Ramblers à celui des Fighting Irish pour les clubs sportifs de leur Université. 

Un club qui compterait par la suite de nombreux héros noirs. 

Dont Condoleezza Rice, Sunny Hostin, Monty Williams, Jaylon Smith, Chase Claypool, Jerian Grant, Adrian Dantley, Skylar Diggins-Smith, Alan Page, Nikole Hannah-Jones, Austin Carr et tant d'autres. 

Il y a 100 ans, une certaine dignité naissait d'irlando-Étatsuniens, et de sains humains. 

vendredi 11 octobre 2024

Ma Trilogie Du Vulgaire Cinématographique

Ce ne sont pas tout les gens qui ont la même définition du vulgaire. Ça dépend toujours de notre éducation. Du côté de mon père, dont la mère avait un risible snobisme, simplement mâcher de la gomme était si considéré comme vulgaire que ses enfants n'avaient aucunement le droit d'en mâcher. Si bien que notre père nous as aussi inculqué l'idée que la gomme, enfant, était si nuisible pour les dents qu'il ne fallait jamais en mâcher.

C'est en partie vrai, mais pas tant non plus.

Quand mon père voulait imiter "un bum", il se faisait toujours une face mâchant faussement de la gomme. Ça nous as jamais donné le reflèxe d'en mâcher, vraiment. Même adulte. 

Je vous confesse que moi, il y a maintes choses que je considère vulgaire, les Partis Conservateurs Canadiens et Étatsuniens, entre autres, mais une, peut-être plus surprenante, est le tatou.

Une femme avec un tatou serait un deal breaker dans une entreprise de conquête amoureuse. C'est personnel. Certain(e)s ont de bonnes raisons de se faire tatouer quand ils ont perdu un(e) proche, mais encore. Jamais je ne pourrais dire "oh! il est beau ton tatou". De plus, ça force inconsciemment à placer les yeux sur le corps des autres là où on ne voudrait pas tout le temps. 

Nous sommes allé voir Joker, Folie à Deux, le week-end dernier. On savait qu'on allait se planter. C'était une comédie musicale, genre que j'ai en parfaite horreur. J'aime les bonnes histoires et quand une comédie musicale prend du mou dans le scénario, faites chanter quelqu'un et on fera oublier les carences de l'histoire. Ce film l'a confirmé par 1000. Plus jamais les "suites" plus jamais les comédies musicales. 3/10.

Sans que ce fût été vulgaire, la semaine d'avant on avait été voir le pas-mieux-réussi The Substance, mettant en vedette, Demi Moore, Margaret Qualley et Dennis Quaid (dans son propre rôle, celui-la.:). 

Ça m'a fait penser à cette trilogie du vulgaire que je me suis inconsciemment fait dans ma tête avec le temps. Je vous les présente. 

C'est propre à chacun.

Flashdance (1983)

Le film avait été écrit par Tom Hedley, inspiré de la vie de deux danseuses éxotiques qu'il avait connu. Après deux ans de tergiversations, l'avoir offert à David Cronenberg qui préférait tourner Videodrome et Brian DePalma qui préférait tourner Scarface, on l'a offert à un réalisateur de commerciaux, Adrian Lyne qui voulait se bâtir un nom afin de réaliser 9 1/2 Weeks qu'il voulait tourner. L'esthétique du film est effectivement assez près des commerciaux des années 80, et la vulgarité commence là. Des gros plans sur le corps de Jennifer Beals étaient probablement justifié car le monde de la danse c'est l'art du corps. Mais bon, la manière de nous la présenter dans le film me paraissait aussi plutôt vulgaire. Dès mes 14 ans, âge où j'ai probablement vu ce film en vidéo. C'était avant de savoir qu'on avait demandé à Joe Eszerthas de réécrire le scénario de Hedley et avant de savoir aussi qu'on avait hésité entre Sean Young et Jennifer Beals pour jouer le rôle principal, et qu'on avait tranché en demandant à un groupe d'hommes, "avec laquelle voudriez vous baiser ?". Édifiant.  

Showgirls (1995)

Ceci expliquant probablement cela, je ne savais pas avant de commencer à vous écrire que c'est aussi Joe Eszerthas qui allait signer ce film. Il semble avoir une fixation sur le monde de la danse penchant vers l'érotisme. Ce film de Paul Verhoeven a le mérite de se présenter comme un drame érotique. Mais l'érotisme, c'est dur à faire passer. Ça aussi c'est propre à chacun. Le film raconte les hauts et les bas d'une stripteaseuse qui devient danseuse à Vegas. On a fantasmé pensé à Pamela Anderson, Drew Barrymore, Angelina Jolie, Vanessa Marcil, Jenny McCarthy, Denise Richards, Jennifer Lopez ou Charlize Theron pour le rôle principal avant de choisir Elizabeth Berkley. L'histoire, du scénariste le mieux payé d'Hollywood alors, n'est pas impressionnante et le milieu décrit, dur. Ce dont je doutes pas. On a rencontré autour de 200 effeuilleuses pour s'inspirer. Yeah right, you needed that much... Vulgaire. 

Striptease (1996)

Je n'ai jamais été fan de Demi Moore. Je n'ai jamais été fan non plus de striptease. Ça relève de l'intimité. Deux fois où on m'a fait des striptease, l'inconfort était tel...j'aimais pas... je trouvais vulgaire. Et pas de danger que j'en fasse un moi-même. Les plus beaux stripteases sont involontaires et non calculés. Alors si vous me proposez un film sur le milieu...De plus, dur de croire en une intelligente femme du FBI devenant stripteaseuse au Eager Beaver. 

Dans les trois films, on y traite principalement du corps. En oubliant pas que le cinéma est un média de l'oeil. 

Mais en oubliant que c'est aussi un media de la narration. Et que la Femme, c'est plus qu'un corps. Les trois films sont des fantasmes signés par des hommes. 

Les bonnes histoires, ça peut aussi intéresser les spectateurs. 

jeudi 10 octobre 2024

Guerres Civiles, Ère du Vil

Calisse de guerres.

Regardes tes jeunes hommes se battre.

Regardes les Femmes les pleurer.

Regardes les jeunes hommes y mourir.

Comme ils l'ont toujours fait auparavant.

Regardes la haine à laquelle on s'abreuve

Regardes les vies qu'on mène.

Comme tout les autres l'ont fait auparavant.

Mes mains sont liées.

Les milliards circulent de bord en bord.

Regardes la peur qui nous nourrit.


Les guerres carburent aux cerveaux brûlés d'orgueil.

Pour l'amour de Dieu et les droits humains.

Tout ce qui est balayé sous le tapis.

Mes mains pleines de sang ne peuvent les nier.


Rincées à coups de génocides.

L'histoire cache les mensonges des guerres civiles.

Portais tu ton brassard noir?

Quand ils ont tiré sur l'homme

Qui avait dit que la paix pouvait durer pour toujours.

Parmi mes premiers souvenirs.


La mort de Kennedy.

Je suis devenu insensible quand j'ai appris à voir.

Ne suis pas tombé dans le panneau de la guerre du Vietnam.

Le mur à Washington nous rappelle le drame à tous.


Nous rappelle aussi ne de pas faire confiance à la liberté.

Quand ce n'est pas entre nos mains. 

Quand tout le monde se bat.


Pour la terre promise.

Je n'ai pas besoin de ta guerre civile.

Qui nourrit le riche en enterrant le pauvre. 

Ton appétit pour le pouvoir à vendre les soldats.

Dans un supermarché d'âmes humaines.

N'est-ce pas frais du jour ?


Je n'ai pas besoin de ta guerre civile.

Non.

Regardes le soulier que tu enfiles.

Regardes le sang que tu gaspilles.

Regardes le monde que tu assassines.


Comme ça a toujours été fait. 

Regardes le doute dans lequel nous nous sommes vautrés.

Regardes les leaders qu'on a choisi de suivre.

Regardes les menteries qu'on a avalées. 

Je ne veux plus rien entendre.


Mes mains sont liées.

Ce que j'ai vu m'a fait changer d'idée.

Mais les guerres durent et les larmes coulent

Sans amour de Dieu, sans droits humains.


Parce que tous ces rêves sont mis de côté.

Par des mains hypnotiques, ensanglantées.

Portant la croix des homicides.

L'histoire porte les cicatrices des guerre civiles.

mercredi 9 octobre 2024

Réelle Régression

Sally avait 17 ans en 1963. Elle a été élevée aux États-Unis, sans grand support familial. Ses parents se sont séparés dès ses 4 ans, et ont refait leurs vies avec d'autres. Sa mère était actrice aussi, et son nouveau conjoint, cascadeur dans les films de la Californie. 

En 1963, naïve Sally s'est découverte enceinte. Et presqu'aussitôt regrettée par sa famille. Papa était pharmacien et avait des amis médecins. Il s'est arrangé pour qu'un de ses amis, conduisent Sally au Mexique, à Tijuana, afin de "régler le problème". Sally ne savait rien de rien. N'était jamais sortie de la Californie, n'avait jamais pris l'avion. Elle était en voiture avec sa propre mère, le médecin, et la femme du médecin. Ils se sont tous rendus au Mexique en voiture, dans la nuit. Se sont stationnés dans une rue qui n'inspirait aucune confiance. Le médecin a donné une enveloppe pleine d'argent à Sally et lui a dit de se rendre au point A. Tous le monde avait les yeux pleins de larmes car personne ne pouvait garantir qu'elle s'en sortirait vivante. Là où elle se rendait, était un endroit où on performait des avortements. Ce qui était illégal aux États-Unis, en 1963, et au Mexique. Ce ne sera qu'en 2007, au Mexique, que ça deviendra légal. Le médecin pouvait perdre son droit de pratique si c'était su, tout devait rester secret. 

Sally a été parfumée d'éther. Pas même anasthésiée. Et on lui a donné toute sortes de choses qui l'ont étourdie. Elle ne sentait plus ses jambes ni ses bras. Si bien que lorsque le Mexicain qui la traitait pendant que les autres ne savaient rien de ce qui se passait, restés dans la voiture, celui qui ferair cesser la grossesse, la molestait, tout simplement. En plus d'avorter ce qui s'amorçait en elle. Sally voulait bien se débattre, mais ses jambes et ses bras ne répondaient aucunement. L'avortement a fonctionné. L'expérience a été terrifiante pour elle. Elle a été abusée. 

À la fin de cette même année, elle auditionnait pour des rôles comme sa maman avait fait plus jeune. Et on la choisissait dans la future populaire série Gidget. Sally serait la All American Girl jusque dans les années 70. Mais son beau-père, le nouveau conjoint de sa mère, en remettrait en abusant d'elle à son tour.

Ma propre mère, lui ressemblant tant, se déguisera souvent à l'Halloween en soeur volante, charmant tout le monde. 

Sally Field était effectivement la All American Girl. 

L'est encore, en quelque sorte. La All American peut encore avoir ce parcours underground.

Parce que malgré les progrès sociétaires, les États-Unis, avec le passage de l'effronté président orangé, a choisi de faire quelques pas en arrière avec sa Cour du Mal Suprême. Ces derniers, tristement majoritaires RépubliCons, ont choisi de renverser Roe vs Wade, qui rendait légal l'avortement au Pays. Désormais, les jeunes femmes, mêmes violées par leurs proches ou par des inconnus, ont, dans certains États, aucunement le droit de se faire avorter, puisqu'on a choisi que chaque État prenne la décision sur le sujet. 14 États, dont 12 au Sud des États-Unis, ont alors banni l'avortement. Depuis Trump. Et sa Cour du Mal Suprême. 

Ce que Sally racontait est encore vrai. 61 ans plus tard. 

Les États-Unis, (L'Alberta, Poilièvre) reculent. 

De nos jours, "L'inceste" est beaucoup plus présent. Je place inceste entre guillemets car il y a énormément, plus que jamais, de séparations entre couples, après avoir eu des enfants. Donc, de possibles nouveaux conjoints. Et ce nouveau conjoint n'ayant pas de liens de sang avec les enfants de madame, se dédouane mentalement de tout crime si il tâte la cuisse de la version rajeunie de celle qu'il aime. Ça reste impardonnable.  

L'Idaho, le South Dakota, le Missouri, l'Indiana, le Kentucky, West Virginia, l'Arkansas, le Tennessee, le Mississippi, l'Alabama, l'Oklahoma, le Texas et la Lousiane ont légiféré l'avortement comme un crime. 

8 autres États l'interdisent entre 6 et 18 semaines. La Floride, la Georgie, la Caroline du Sud et du Nord, Iowa, le Nebraska, l'Utah et l'Arizona.

Des États qui se méritent aucune Femme, en 2024.

Le 5 novembre prochain, c'est aussi une lumière là dessus qu'il faudra faire au pays d'en bas.


 Ça reste inconcevable que des femmes, aux États-Unis, aient encore envie de voter pour les Républicains. 

Une Femme se présente au poste le plus puissant au monde. UNE FEMME.

Y a des éveils qui doivent se faire d'ici le 5 novembre. Je ne serai jamais plus nerveux que ce soir là. Imaginez, je suis Québécois...qu'est-ce que ça doit être là-bas...       

mardi 8 octobre 2024

Aventures Nocturnes

Pour les plus anciens lecteurs, je vais peut-être me répéter. (Ici à gauche, ma vue 5 x par semaine)

Ceux qui me connaissent savent que je dors peu. Que la nuit me voit beaucoup bouger*. Il fût un temps où plusieurs fois par semaine, quand les enfants étaient plus ados, j'allais les chercher dans la nuit, peu importe où ils étaient afin de les ramener de leurs sorties entre ami(e)s, souvent eux-mêmes trop grisé(e)s par l'alcool pour prendre le volant. Parfois, sachant que j'étais volontaire pour aller le chercher dans la nuit, les jeunes se planifiaient une soirée "no cars" avant de sortir. J'étais taxi de leur bonheur.

Mais je me levais toujours à 5h du matin le lendemain pour aller travailler. Parfois après avoir roulé en voiture en ville entre 3h33 et 3h58 et rapporter quelques débauché(e)s ici et là. Plus jeune, j'ai aussi beaucoup travaillé de nuit. Moi-même ado, je surveillais dans la région de Québec, sous les ordres d'une compagnie de voyages-échange avec l'Ontario, les corridors d'hôtels de la région de Québec, afin que les groupes de jeunes ne fassent pas de folies entre chambreurs quand venait le temps de se coucher. Les soirées de "travail" commençaient vers 21h, les jeunes avaient entre 10 et 14 ans. C'était mal pensé dès le départ, je n'en avais que 17 moi-même, et j'étais plutôt distraction pour les jeunes.

...filles surtout. Qui humblement, se jouaient dans les cheveux, trichaient des yeux vers moi et se trouvaient des excuses pour se trouver dans le corridor pour rien et avoir à interagir le jeune homme plus âgé que j'étais. Occupé le temps que les jeunes se couchent à leur dire de ne pas trainer trop longtemps, ce que des organisateurs adultes coordonnaient aussi de toute manière, et jusqu'à peu près 22 h, je devais être simplement visuellement signe d'appel à rester civil(e) dans l'excitation d'un voyage de jeunes à l'étranger. Quand tout le monde dormait autour de 23h, je devais rester sur place jusqu'au petit matin par mesure de sécurité. Dans un corridor de l'hôtel, "éveillé". Ce qui n'était pas toujours le cas, je le confesse. Mais je lisais un livre, parfois deux, dans la nuit. On avait pas de musique sur nos téléphones à cette époque. On avait pas de téléphones en fait. 

Comme je travaillais dans les hôtels du centre ville du Vieux-Québec, et que nous habitions à une demie-heure de marche de là, je marchais jusque chez moi par la suite. Et la nuit n'y étais plus, mais j'avais flirté avec pendant presque 8h, à la regarder par une fenêtre. La lune me faisant les clins d'oeil que le jeunes filles esperaient que je leur fasse.

Jeune adulte, maintenant à Montréal, pendant un mois, l'été 1995, 23 ans, j'ai travaillé de jour au défunt cinéma du Complexe Desjardins de 18h à 22h et ensuite de 23h à 8, de nuit, au défunt Club Vidéo Esprit de Verdun. Un mois. Au club vidéo, il fallait non seulement sonner à la porte pour entrer, mais monter deux séries d'escaliers tout en étant filmé pour moi, situé en haut, qui jugeait si je vous laissait entrer ou non. (car la nuit, toute une jungle de moineaux à Verdun). 

Bien entendu, je me tapais 4 films par nuit sur les télévision du club vidéo. Le premier, assez peu attentivement, car c'est là qu'il y avait encore quelques clients. Le second, plus attentivement, vers 2 h du matin. Quand ça se tranquillisait et qu'un locateur de films (toujours de films porno) venait se chercher un film à l'heure. Le troisième moins pertinent car il était possible que je le dormes un peu sur le comptoir. Et le dernier plus attentivement aussi, où parfois je recroisais les mêmes clients qui m'avaient loué un/des films pornos 5-6 heures avant. Dont ce couple asiatique qui s'en prenait 3 assez souvent et me les ramenais tôt le matin.

Bien entendu, ce cycle n'a pas pu durer trop longtemps. Payant, mais très épuisant. Je n'étais chez moi que pour y dormir. Je dis que présentement je dors peu, mais c'est faux. Je dors assez. Mais de manière inégale.

De nos jours, je me surprends à apprécier davantage la nuit et les pièces peu éclairées. Mes enfants me niaisent en disant "On sait que papa est à la maison parce que son auto est dans l'entrée et qu'il y a pratiquement aucune lumière dans la maison.".

Afin de brûler chaque jour mes (au moins) 900 calories, je sors pratiquement tous les soirs avant de me coucher afin de jogger/marcher la nuit. Et comme je quitte toujours à 5h00 du matin, je la fréquente 5 jours semaine aussi. Particulièrement présentement, avec le soleil qui se lève en retard. Et ce, pour les 6 prochains mois. Une autre raison d'aimer tant l'automne.

La nuit m'est différente aussi. Monkee, 25 ans, est désormais paramédic pour Urgences Santé. Fréquente la nuit beaucoup plus souvent que moi. La partage parfois en direct avec moi, me sachant souvent éveillé. Et c'est fou ce que ça me rend fier. Trois fois déjà, il a tout simplement ramené à la vie des coeurs qui avaient cessé de battre. Parlez de moi de se rendre utile à la société ! Il sauve littéralement des vies ! Et notre fille qui sera radiologiste. Mon unique rendez-vous pour une radio (du nez!) a été à 3h00 du matin. 

Bohringer, avait milles fois raisons, c'est beau une ville la nuit. 

Ces temps-ci, c'est plus-que-vrai.  

*vampirisme oblige aussi.

lundi 7 octobre 2024

Pathétisme

1986.

J'ai 14 ans. 

Chaque jour de la semaine, quand je reviens de l'école, j'ai mon rendez-vous télé avec Samantha Taylor qui nous présente 3 ou 4 vidéos, et la moitié d'un 5e sur le générique de la fin, nous parlant de l'artiste présenté, des vidéos de musique de ce qui serait le plus populaire au Canada, cette semaine. Souvent, deux fois le même vidéo dans la semaine, si c'est vraiment très populaire. Je découvre plusieurs artistes par Samantha Taylor, on a alors pas de stations entièrement dédiés à la musique ou aux vidéos. Au Québec, ça n'existera qu'à l'automne. 

Je découvre des perles, mais je découvre aussi du plutôt mauvais. 

Mais les goûts, c'est toujours selon.

Un jour de mars ou avril , Sam me présente la nouveauté qui est la pièce titre du dernier album de Neil Diamond, 45 ans. Headed For The Future. Je le connais parce que mes parents aiment beaucoup Sweet Caroline. Nous habitons Sillery, région de Québec, et ne nous doutons pas que cette même chanson deviendra un jour fétiche au stade l'Université Laval, pendant les matchs du Rouge & Or, alors que la foule chante à l'unisson. Rajoutant même quelques portions. Mes parents adoreront davantage, mon père travaillant bénévolement au kiosque de bières et ma mère assistant aux matchs ces jours-là, avec la femme d'un ami de mon père, qui bénévole aux bières aussi. Mais en 1986, le Rouge et Or n'existe pas. Et j'ai souvent entendu Sweet Caroline et le folk de Neil Diamond. On avait surement un de ses disques chez nous. Je le classais mentalement dans la catégorie, James Taylor, Leonard Cohen, Nick Drake. 

Mais ce que me présente Samantha Taylor c'est de la pop. Sur son album il n'a écrit qu'un morceau, en a co-écrit 3, dont la pièce titre, sur 10. Pas de guitares sur sa chanson titre. Surtout du terrible synthé. Et dans le clip présenté, on prend un temps fou à me présenter Neil, le montrant d'abord en ombre, ce qui place la barre si haute que, quand il est dévoilé, on ne peut que remarquer ses 45 ans, ses cheveux trop longs, d'une coupe assez moche, disons-le, portant le manteau de cuir brun qui déjà, en 1986, n'est pas vraiment cool, et il se dandine sur cet air musical foncièrement mauvais. 

J'ai beau avoir 14 ans, j'ai un malaise. J'ai l'impression de voir un de mes enseignants de l'école, je suis en secondaire 2, qui se mettrait à chanter pour essayer de se rendre cool aux yeux de ses élèves. Sans y arriver.

Je ne crois pas le placer mentalement en mots dans ma tête comme je vous l'explique maintenant, mais ce que je me dis (sans me le dire) c'est "Christ que c'est pathétique". Il me faisait pitié. Il essayait trop fort. Et chaque fois, depuis 38 ans, que j'entends le nom de Neil Diamond, un conflit mental s'installe entre l'auteur compositeur folk de Sweet Caroline et le gars qui essaie trop fort d'incarner ce qu'il n'a jamais vraiment été, en 1986. Cool.

N'est pas Rolling Stones qui veut nécessairement.

Un ami d'école, un peu guignol, ne comprend pas pourquoi j'aime, cette année-là, beaucoup, Peter Gabriel, 36 ans. Il me sert comme argument "Oui mais Hunter, l'artiste est tellement vieux". Ce n'est pas un argument pour moi. Je ne lui dis alors pas, mais j'écoutes aussi à cette époque le catalogue passé des Rolling Stones. Et Pink Floyd. Et Led Zep. Et les Beatles. Ils ont tous mieux réussi. Ou ont su arrêter à temps. 

Neil Diamond par contre, est un VRAI vieux. Qui essaie mal de paraître branché. 

Mal connecté à son époque. Gauchement. 

2024.

Dimanche, 6 octobre. Je lis ma cypberpresse et qu'est-ce que je trouve en Une ? Notre Premier Minus François Legault, boomer qui étale son racisme jusqu'en France, qui nous dit "Qu'il est possible de déplacer de force humainement les nouveaux arrivants". 

(...)

Déplacer de force. "humainement".

Comme dans violer, amoureusement.

Christ je m'en pince encore. Je ne rêve pas. Notre leader Québécois. 

Pa

Thé

Ti

Que.

C'est à faire frémir d'effroi. Impossible de ne pas avoir la nausée. Dé-goû-tant. Je ne comprends pas comment on en est rendu là. 

Mon Québec est dégueulasse parfois. 

6 Québécois sur 10 n'ont jamais voté pour cet imbécile. 

France, monde entier, ceci n'est pas nous. 

Cet homme nous fait honte. Cette honte nous fait Hommes. C'est un Premier Minus. Mental. Cet homme est mal connecté à son époque. 

dimanche 6 octobre 2024

Skippy Spence

Alexandre Lee Spence est né à Windsor, en Ontario d'un père machiniste, vendeur et musicien. Il était aussi héros décoré de la Seconde Guerre Mondiale. La famille emménage en Californie quand celui qu'on appelle Skip a autour de 10 ans. Il a sa première guitare aussi à cet âge. 

Doué pour la musique, il se saisit de plusieurs instruments assez habilement. Si bien que Marty Balin, alors membre de Jefferson Airplane, le remarque comme guitariste du band The Other Side mais choisit de lui offrir le poste de batteur du groupe car il en a le look cool. Membre clé de la scène psychédélique de San Francisco Bay, dans les années 60, Spence sera du premier album du band. Mais il est limogé quand il choisit de prendre des vacances au Mexique sans aviser personne et déstructure les plans du groupe. 

La formation Buffalo Springfield lui fait de l'oeil, mais il préfère retourner à sa guitare et co-fonder, avec Matthew Katz et Jerry Miller, Moby Grape. La formation comprendra (comme Buffalo Springfield et The Warlocks, futurs Grateful Dead) 3 guitaristes. Un morceau du premier album de Moby Grape est signé de sa main et est considéré comme un des meilleurs morceaux pour guitares. Skip est très investi dans son époque Californienne. Il fume comme une cheminée et pas seulement de la cigarette. Mais toujours du tabac. Et il passe vite aux drogues fortes. Qui ne lui feront plus de bien à partir de 1968. 

Pendant l'enregistrement du second album de Moby Grape, sous l'influence du LSD, dans un hôtel avec le band, il tente d'entrer dans la chambre d'un collègue à grands coups de hache. Convaincu qu'il était lui-même devenu l'antéchrist. Il sera alors poursuivi par leur gérant et envoyé en prison, à New York. Où on lui découvre d'importantes défaillances mentales. Il écrit un album entier, minimaliste, forcément, guitare acoustique principalement, batterie, base ici et là qu'il ajoutera en studio à sa sortie. Sa carrière semble faire écho à celle d'un contemporain britannique, Syd Barrett. Les drogues n'ont fait qu'exacerber ses problèmes mentaux. Pendant 6 mois, on lui injecte de la Chlorpromazine, une sorte de lobotomie chimique. On le diagnostique schizophrène. Selon la légende urbaine, à sa sortie de l'hôpital psychiatrique, en bas de pyjama, il enfile sa moto et se rend à Nashville enregistrer son album solo. Ironiquement, sans connaitre sa vie, quand j'entends son album solo, il me fait penser à The Madcap Laughs de Syd Barrett. 

Il sera encore occasionnel pour Moby Grape, jouera dans un trio appelé Pachura, et ensuite avec les Rhythm Dukes. Ce sont les membres de Moby Grape qui l'aide à survivre. Tour à tour. Jefferson Airplane, maintenant avec Grace Slick & Spencer Dryden, chantent pour lui un tendre morceau. Même si il n'est plus du band. Comme il continue de consommer de monumentales sommes de cocaïne, il régresse à tous les niveaux. Il fait même une surdose d'héroïne et on le considère mort au point de lui poser une étiquette au bout de l'orteil quand il se relève et demande un verre d'eau. On lui offre un petit rat comme animal de compagnie, mais il lui fait aussi sniffer de la cocaïne. Il insiste trop souvent pour inviter des étudiantes chez lui et quand un parent s'en plaint, il est interné. Où on le découvre à un certain moment, du côté des femmes avec on ne sait trop quelles intentions, mais on préfère ne pas savoir.

Quand il est incapable d'accéder aux drogues, il boit de l'alcool autant qu'il peut. Y est aussi accroc. Dur d'être plus toxique. Skippy, à sa sortie, sera un temps, sans abri. À San Jose ou Santa Cruz. Il se trouve un gîte dans une caravane, près de la plage, à Capitola. Plusieurs amis du passé l'encadrent. Peter Lewis, de Moby Grape surtout. Le lâchant peu. Avec lui toutes les 5 dernières années de sa vie. 

La série télé The X-Files lui propose d'écrire un morceau pour la trame sonore de sa série télé. Ce ne sera pas retenu. Sa dernière présence sur scène est avec Moby Grape, en 1996, où il chante comme chanteur principal aux moins deux morceaux. 

Qualifié de l'une des lumières les plus scintillantes de l'ère psychédélique, mais aussi une de ses plus grandes victimes, il apprend qu'il a le cancer du poumon dans la jeune cinquantaine. On lui fait écouter un album hommage quelques jours avant qu'il ne meurt, un album qui réunit entre autres, les talents de Robert Plant, Tom Waits et Beck. Mark Lanegan, Robyn Hitchcock, et son morceau pour The-X Files, en pièce cachée à la toute fin, sont aussi du disque. 

Skippy Spence s'éteint à 52 ans, mon âge, il y a 25 ans, cette année.   

Les excès sont pratiquement toujours toujours toxiques.

Surtout combinés aux problèmes psychiatriques.

Vie et mort d'une ampoule maintenant brulée de la guirlande psychédélique.