jeudi 11 mai 2023

Beaux Luxes

Neil Young est un trésor national canadien. Originaire du Manitoba, sa carrière musicale internationale a percé à Los Angeles, d'abord au sein de Buffalo Springfield avec Stephen Stills, avec Crosby, Stills & Nash, avec Crazy Horse et en solo. Une carrière toujours très active et riche en contenu comme en revenus. Le grand Bob Dylan dira de sa chanson Heart of Gold qu'il aurait voulu en être l'auteur, la première fois qu'il l'entend. Folk, country rock, Neil semble né, guitare au cou. J'ai été suffisamment chanceux pour le voir de très près sur scène, au FEQ dans les 5 dernières années. Il a tout un catalogue de musique entre 1969 et nos jours. On l'a surnommé le parrain du grunge pour son travail de guitares au début des années 90 avec Crazy Horse. Si bien qu'en 1995, Pearl Jam, icône du grunge, a fait un album entier avec Neil. Young, 77 ans, n'est plus jeune. (C'est si le fun à écrire:).  Il continue de créer musicalement, plus récemment avec le band comprenant le fils de Willie Nelson, Promise of the Real. 

Mad as hell and not gonna take it anymore
Il n'abandonne jamais.

En fait, c'est faux. Il a abandonné le site de consommation musicale Suédois Spotify. Mon terrain de jeu. 

Il a fait retirer toute son oeuvre en guise de protestation contre Joe Rogan, un désinformateur professionnel autour de la Covid (donc, en général aussi), un imbécile heureux, qui tient sur cette plateforme la balado le plus tristement populaire au pays. Ma liste de lecteur de 3h29 de l'oeuvre de Neil est donc devenue 30 minutes de musique qui lui appartient moins, des morceaux de trames sonores ou des versions en spectacle (ce que j'ai généralement en horreur). 

Il nous punit donc tous de son absence. On peut retrouver toute son oeuvre sur Youtube ou parmi ses propres CD (J'en ai 4). Mais il devient beaucoup plus difficile à savourer. Bien que je seconde son mépris de Rogan, je ne salue pas son geste. C'est plutôt naïf. Spotify ne se débarrassera pas de la vermine Rogan. Spotify veut l'argent qu'il génère. Si Neil peut se permettre ce geste, c'est parce qu'il a eu le temps, depuis les années 60, d'avoir fait sa fortune. On ne pourrait pas demander la même chose de The Killers, des Cowboys Fringants ou de Dua Lipa.  

Joni Mitchell est aussi une légende immortelle nationale. Issue de l'Alberta elle a fait ses débuts avec Neil et ils ont musicalement grandi ensemble sur les mêmes sentiers. Entre 1968 et 1982, elle est presque parfaite. Auteure compositrice interprète en mesure de créer dans à peu près tous les styles, cette peintre déraillée par le hasard est un véritable bijou national qu'on pleurera beaucoup à sa mort qui arrivera plus tôt que tard, elle a deux ans de plus que Neil Young, soit 79 ans. 

L'âge de Robert DeNiro qui vient d'avoir un bébé...

...je garde mes commentaires là-dessus, mais ceux qui me connaissent devinent mes positions sur une telle décision.

 

Liée d'amitié avec Young depuis les années 60. Quelques jours après que Neil eût posé son geste militant, Joni a fait de même. Je venais tout juste de m'ouvrir à ses oeuvres et avait eu le temps de me faire une liste de lecture très bien calibrée d'1h25. Ses airs étaient parfaits, tôt le matin. J'ai eu le temps de savourer ma liste de lecture seulement 2 fois avant qu'elle retire tout faisant passer ma liste de lecture d'1h25 à 6 minutes...

Joni aussi a le luxe d'avoir un catalogue et une carrière qui l'a rendue financièrement confortable.

Je retourne quelques fois voir si ils n'ont pas changé d'idée. Non. Youtube seulement. Et si consommé sur Youtube, coupé par quelques infectes publicités. 

Pas cool. Nous sommes tous punis, privés de leurs mélodies.

Cette semaine l'actrice Adèle Haenel, une très brillante jeune Femme qui a fait des études en économie, en sociologie, en physique et en marine biologique pour lesquelles elle a été diplômée, a annoncé qu'elle se retirait du monde du Cinéma. 

Débutant enfant, à 12 ans, elle avait obtenu sa première nomination aux Césars, l'équivalent des Oscars, mais pour le cinéma français, en 2007, à 17 ans. 7 ans plus tard, elle le gagne pour un rôle de soutien dans un film de Katell Quillévéré. L'année suivante, elle gagne le César de la meilleure actrice pour Les Combattants de Thomas Cailley. Elle brille sous la direction de Bertrand Bonello, de l'habile André Téchiné et de Chris Kraus. Elle est à nouveau nommée dans la catégorie du meilleur rôle de soutien pour un film de Robin Campillo. Elle fait rire sous la direction de Pierre Salvadori et est à nouveau nommée dans la catégorie de la meilleure actrice. En 2019, Quentin Dupieux, Léa Rapin et Celine Sciamma la font tourner. Pour Le Portrait d'une Jeune Fille en Feu, elle se mérite une 7ème nominations aux Césars, à tout juste 30 ans. Aux États-Unis, des critiques suggèrent même qu'elle soit nommée aux Oscars pour ce film tout en subtilité. 

Depuis, elle fait surtout du théâtre, constamment chamboulé par la pandémie. 

En 2019 aussi, dans la foulée du mouvement #MeToo, elle a dénoncé le comportement du réalisateur Christopher Ruggia, qui l'avait fait tourner pour la première fois à 12 ans, et qui l'harcelait sexuellement des 12 à 15 ans d'Adèle. Plusieurs témoins ont confirmé. Ruggia a été expulsé de la Société des Réalisateurs de Films, la Guilde des réalisateurs français. 

En tournant récemment avec Bruno Dumont, elle a réalisé en cours de tournage que le message du film, qu'elle considérait raciste et condamnant pleinement la culture de l'annulation, elle trouvait qu'elle se trouvait du mauvais côté de la transmission des messages et appuyait même par sa présence dans le film, une certaine misogynie. 

Voilà pourquoi elle choisit de quitter pour se concentrer sur le théâtre et autres projets, mieux choisis. 

La France, depuis quelques années, socialement désoriente. 

Pas évident de se faire une tête par ici par rapport à ce qu'on voit et entend d'eux.

Neil a écrit l'excellente Already Great avec Promise of the Real qui était une réponse parfaite au "Make America Great Again" de Donald Trump. Une réponse à cette insulte aux intelligences.

Adèle, contrairement à Neil ou Joni, est beaucoup plus jeune, à 34 ans. 

Et a peut-être fait le bon choix. Si le paquebot mâle n'arrive pas à changer de direction. Mais ça reste un beau luxe que ne peuvent pas se permettre des Brigitte Thieme-Burdette ou Shahid Kapoor ou des tonnes d'artistes qui ne demandent qu'à exister.

J'aimerais bien que Neil & Joni pensent à leurs fans, quand même.   

mercredi 10 mai 2023

Billy Joel

 Billy, qu'on l'aime ou non, a vendu pour plus de 160 millions.

Le père de Billy, Helmut Joel, un Allemand, et sa mère Rosalind, tous deux Juifs, fuient l'Europe Nazie et se rencontrent à la fin des années 30 lors d'un spectacle de Gilbert & Sullivan au City College de New York. Papa est pianiste classique et homme d'affaires. Il ne s'habituera jamais aux États-Unis trouvant le peuple sous éduqué et matérialiste. Il divorcera de son épouse quand Billy a 8 ans et retourne en Europe, à Vienne où il refait sa vie comme chef d'orchestre. 
Billy aura un demi-frère, Alexander, qui sera directeur musical du Staatstheather Braunschweig en Autriche pendant 13 ans dans les années 2000.

C'est la mère de Billy qui l'inscrit au piano quand il a 4 ans, contre son gré. Il sera, enfant, meilleur organiste selon lui. Petit de taille, il apprend à se défendre en prenant des cours de boxe. Il y excelle gagnant 22 de ses 23 premiers combats mais abandonne au 24ème quand il se fait briser le nez. Sa cousine a été adoptée par la famille, avant le divorce et à trois maintenant, ils n'arrivent plus tellement aux fins de mois. 

Il rate sa graduation, adolescent, jouant au piano dans un bar afin d'ammasser un peu de sous pour la famille. 

Il dira que si il ne va pas à la Columbia University, il ira à Columbia Records. Inspiré par les Beatles, les Everly Brothers ou Elvis, il choisit le métier en voyant les Beatles au Ed Sullivan Show, à la télévision. À 16 ans, il joint le band The Echoes. Ils font des reprises de hits anglais. Il joue le piano sur un demo qui deviendra un gros hit pour les Shangri-La's. The Echoes prends toute sortes de formes et de nouveaux noms et Billy trouve sa première épouse en volant celle de son batteur. Inutile de dire que le band, lui, se sépare alors.

Il réussit à enregistrer un premier album, mais la vitesse d'enregistrement est mal calibrée et l'inefficacité technique aide l'échec commercial. Toutefois, en tournée, il fait les premières parties du J.Geils Band, des Beach Boys, de Taj Mahal et Badfinger. Il attire beaucoup l'attention. À la radio, en 1972, il joue à la radio dans une sorte de mini concert une version toute fraichement écrite de Captain Jack, qui deviendra rapidement la chanson la plus demandée de la station qui la joue. Columbia Records (justement!) choisit de le signer. 

Pendant 6 mois il travaille et vit en Californie, pianiste au bar The Executive Room où il compose sa chanson fétiche, inspiré de ce qu'il vit. 

Cette chanson sera le titre de son second album studio. Billy part en tournée au Canada et aux États-Unis, vivra trois ans en Californie. 

Insulté d'avoir été forcé de faire un montage de 3:05 pour la radio de sa chanson titre de l'album précédent d'une durée de 5:37, Joel écrit The Entertainer, une réponse sarcastique à Piano Man, qui sera le premier single de son nouvel album. Devenu déçu de L.A., il revient à New York enregistrer son nouvel effort avec le producteur de la formation Chicago et dans le studio où Elton John vient d'enregistrer. Billy enrgistre même avec les musiciens d'Elton. Mais il reste si insatisfait qu'il réenregistre l'ensemble et produit lui-même son 4ème album. Billy sera toujours insatisfait. Bien que jamais un single officiel, un des morceaux de ce 4ème album devient aussi, un classique. Phil Ramone devient le producteur de ses disques, et ce sera glorieux jusqu'en 1986.

The Stranger vend beaucoup et produit 4 singles. Un de ceux-là gagne un Grammy de chanson de l'année. On fait des tournées jusqu'en Europe et on lance un nouvel album qui gagnera deux autres grammys. Avec entre autres. Kris Kritofferson. Rita Coolidge, Stephen Stills & Weather Report,il participe à un concert historique à Havana, C#uba. Son album 52nd Street deviendra le tout premier album d'Amérique du Nord a être fait en disques compact, en 1982. Il divorce de sa femme qui était devenue sa gérante, ce sera maintenant son frère à elle qui sera gérant. Qualifié alors de chanteur de ballades, il trouve insultant et choisit de faire un album plus rock. Il obtient ses premiers #1 de ventes d'album et de chansons. 5 soirs de suite, il affiche complet au Madison Square Garden de NY. Il veut créer un chef d'oeuvre sonore avec son prochain album, qui vendra bien et sera suivi d'une tournée enregistrée sur vidéo, mise sur le marché l'année suivante. En 1983, il lance un album rendant hommage aux années 50-60 et au R&B et doo wop qui l'ont inspiré. 6 singles atteignent le top 30 des palmarès. Un vidéo d'une chanson sur un morceau écrit pour sa copine du moment, la mannequin Elle MacPherson. met ironiquement en vedette une autre mannequin, Christie Brinkley qui deviendra sa nouvelle épouse. 

Il participe à la chanson We Are The World en 1985, année où il épouse Brinkley. Il lance une compilation avec deux nouveaux morceaux. 

Un nouvel album en 1986 offre au moins un hit et un morceau aussi utilisé pour le film Ruthless People. La série télé Moonlighting qui ressuscite la carrière de Cybil Sheppard et fait naître celle de Bruce Willis utilise une de ses chansons dans un des ses épisodes titré du nom de la chanson. Il se rendra en Union Soviétique afin que son spectacle la-bas devienne le tout premier spectacle rock à être diffusé partout dans le monde, en direct de l'Union Soviétique par un Étatsunien. C'est filmé et enregistré sur vidéo tout comme lancé sur disque. (Elton John, Bonnie Raitt et James Taylor l'avaient fait avant lui là-bas, sans l'enregistrer). Il perd autour d'un million de sa poche dans l'entreprise, mais dira que l'effort en valait la peine. Il se dira aussi bouleversé de voir la sécurité soviétique expulser les spectateurs trop animés. 

Il fera la voix d'un personnage sarcastique dans un film d'animation. Le frère de sa première femme est son nouveau gérant, mais Joel le poursuit pour malversations et fraude, il gagne sa cause. Il lance un nouvel album qui lui donne un autre #1.son premier depuis 9 ans. Son dernier aussi. Il poursuit son avocat et on s'entend hors cours. Mais suite à l'album de 1993, où il annonce qu'il n'a plus envie de faire de la musique pop mais plutôt de la musique classique, Christie et lui divorcent. Ils ont eu une fille ensemble. 

Cet album classique est son dernier et est lancé en 2001.

Il se remarie en 2004 à 55 ans, avec une jolie chef de 23 ans. Sa fille de 18 sera sa dame d'honneur. Vieux sanglier, va. 5 ans plus tard, bien entendu, ils sont séparés. Mais à 66 ans, il remet ça avec une jeune femme de 33. Mariage. La même année, il a une fille d'elle et une autre, à 68 ans. Il a eu 3 filles de deux femmes.

Il a vendu plus de 160 millions de fois dans le monde. 

A eu 73 ans, hier. 

mardi 9 mai 2023

Ville Sans Hourras

 "There's nothing sadder, than a town with no cheer"

-T.W. 

Notre samedi dernier était un peu fou. Nous l'avons commencé dans le 450, tôt, avons fait 273 kilomètres jusque dans le 418, avons visité belle-maman, beau papa ensuite, avons soupé avec ma mère, sommes allées ensemble voir une pièce de théâtre amateure avec ma soeur Janiper Juniper, pièce qui mettait en vedette notre plus jeune soeur, Greenjelly. 

De 1974 à 1990 ici
Puis, après la pièce et avoir discutée avec elle, avons quitté la Route de l'Église pour revenir dans le 450. J'y ai laissé l'amoureuse et me suis rendu à l'aéroport chercher mon fils autour de 1h30 du matin. 

Croyez-moi, dimanche, on l'a dormi.

En 4 samedis consécutifs, je serai allé 273 kilomètres passés chez nous, c'est-à-dire, dans la région de Québec. J'y ai aussi passé 16 ans de ma vie. De 2 à 18 ans. J'y ai encore famille et ami(e)s. J'y ai même trouvé l'amour que j'ai corrompu en la "forçant" à migrer vers moi.*

J'ai aussi appris à (re)découvrir la ville qui m'avait fait grandir (Sillery, précisément) et la région (Ste-Foy, Cap-Rouge, St-Nicolas, Québec) de l'extérieur. Tombé amoureux de Montréal, je ne dénigrais pas Québec pour autant. Mais son esprit de clocher m'a atteint. Négativement. Quand j'ai choisi de quitter la ville, ma décision était prise depuis 6-7 ans déjà. Je ne comptais pas travailler au gouvernement-Québec est une ville de fonctionnaires-presque tous mes ami(e)s le sont, toute ma famille l'a été, dans l'enseignement- et j'anticipais vivre du monde des arts, beaucoup plus florissant à Montréal. Qui est aussi une vitrine sur le monde par rapport à Québec. La ville a fait de vraies petites merveilles en cinéma avec Robert Lepage, Louis Bélanger, Martin Brouard et Spira Film, des très intéressants efforts ont été faits. Mais pour des gens ma génération (X), l'avenir pouvait se trouver ailleurs. 

Je l'ai trouvé ailleurs. À Montréal. Et de Montréal j'ai quand même une oreille attentive à la ville où j'ai grandi. Et trop souvent, la région que j'avais quitté pâlissait. Aux Élections entre autres. J'allais être déçu plus d'une fois par le 418. Par la Rive-Sud de Québec. La radio populaire a été une honte longtemps. L'est encore souvent. Je n'ai pas besoin de nommer qui que soit, ils sont faciles à trouver, ce sont ceux et celles qui font TOUJOURS les mauvais choi-x...

Quand le projet du troisième lien a été mis sur pied, de loin, la manière de gérer tout ça, d'abord avec Régis, restait si opaque, et on refusait de chiffrer ou de rendre publique les études d'impact écologiques, ne pouvait que rebuter. Quand le projet a été abandonné, pour beaucoup d'entre nous, ça faisait du sens de l'abandonner. "Nous" ce ne sont pas les gens de Montréal comme je suis devenu, mais aussi mes ami(e)s et ma famille de Québec. Ce n'était pas la bonne chose à faire. 

En revanche, quand Bruno Marchand a été élu nouveau maire, c'était formidable. D'autant plus que je le connaissais de mon enfance, à Sillery. On s'était côtoyé. On ne s'est pas revu depuis son élection mais on se reconnaîtrait. Et il est dur à corrompre. Ça rassure ça, en politique. Mais c'est un véritable air de changement que certains boomers ne semblent pas accepter.

Avant Bruno, il y avait super boomer Régis Labeaume qui a mordu à l'appât de la LNH qui n'avait besoin que d'une carte dans son jeu afin de faire chanter les nouveaux clubs de la LNH en leur disant "Si vous n'êtes pas heureux de nos conditions offertes afin de joindre notre Ligue, Québec est fin prêt à accueillir un club. Québec, en construisant un Centre Videotron qui ne fait pas beaucoup d'argent, sert de bluff au commissaire de la LNH. Lui sert à monter les enchères. 

La ville et ses habitants voudraient un retour des Nordiques, mais le milieu des affaires n'est pas encore assez solide dans la région afin de garantir des soirées payantes pour la LNH. 

La ville voudrait enrayer les problèmes de "trafic" qui ne sont rien en comparaison à ce qui est très très quotidien et 400 fois plus lourd à Montréal, mais pourquoi se comparer à pire si on peut avoir mieux ? J'ai été tout simplement estomaqué d'être en mesure de me stationner au Costco, assez près de la porte, et de pouvoir y circuler assez facilement à l'intérieur, là où il y avait assez peu de personnes. 

Presqu'exclusivement des têtes blanches du troisième âge, mais ce n'était pas surpeuplé UN SAMEDI!!! Incroyable.  

On a mis une croix sur le mal pensé troisième lien en promettant finalement un lien qui ne favoriserait que le transport en commun. 

Gens de Québec, n'y croyez pas plus. Ils veulent vous garder une carotte. Ils veulent vos votes.  

Il y a aussi un projet de tramway qui est en branle. Une maudite belle idée. J'ai été surpris de voir un autre groupe de mécontents, ou mouvement même, anti-tramway, à Québec. Qui voulaient la tête de Bruno Marchand. 

Et là j'ai soupiré. 

N'en ont ils pas marre de continuellement se plaindre d'améliorations écologiques et de transports favorables aux gens qui n'ont pas les moyens d'avoir une voiture ou qui n'en ont pas envie de voitures ? 

Les mots qui me sont venus spontanément en tête étaient et sont toujours : "Christ de ville sans hourras". Un aréna où on savoure les Remparts et c'est à peu près tout. Et des beaux projets constamment hués.

On dirait parfois que la région de Québec n'a aucune envie de sourire. 

Ils ont leur centre Videotron qui est un gouffre financier, ils ont cette radio déshonorante qui se trouve à être l'écho de la station de télévision abjecte Fox, aux États-Unis, qu'on a, en revanche, jamais obligation d'écouter, ils ont un foutu de bon bougre comme maire et ne savent même le reconnaître.

Ma région de Québec était auparavant plus savoureuse. 

J'ai pas envie de penser "dommage". J'ai encore moins envie de penser "petit village". 



*Je ne l'ai jamais forcée, je l'avais honnêtement avisée que si on se partait quelque chose de sérieux, il fallait qu'elle sache que je comptais pas revenir dans le 418. C'était il y a plus de 30 ans.

lundi 8 mai 2023

Sang Sang

J'ai revisité le film Network ce week-end. J'avais oublié à quel point ce film était précurseur lorsque tourné en 1975. Paddy Chayefsky avait un sensationnel flair.

Par ce seul film, on anticipe Jerry Springer, les télé-réalités, le nouvelles en continu, Fox News, fake news, Donald Trump. 

Toutes sortes de dérives publiques. 

Quand un présentateur télé, un vétéran à qui on a annoncé le prochain renvoi, sors de son texte, en direct pour annoncer son possible suicide et sa lassitude générale du monde dans lequel il vit, tout le monde commence à s'énerver. Toutefois, les cotes d'écoute et les Unes de journaux sont fameuses. Tout le monde s'intéresse maintenant à lui. On ne le limogera plus. On en fera le prophète des jours maudits aux États-Unis. Un articulateur de rage pour le public. Qui les invite à continuellement répéter "I am mad as hell and I can't take it anymore!". 

À un certain moment, le nouveau directeur de la programmation, incarné par un agressif chasseur d'argent Robert Duvall, demande à quelqu'un qui lui suggère de ramener en ondes le présentateur en possible chute libre mentale:

"Tu veux que je remettes en ondes un irresponsable moral?"

Ce qu'ils feront, bien entendu. Aussi une question que ce sont INÉVITABLEMENT posé tous les membres intelligents du Parti Républicain quand ils ont accepté la candidature de Donald Trump en 2015 pour la présidence des États-Unis. Dans le film, comme dans la vie avec Trump, ça vire au désastre. 

Un peu plus loin, un des grands bonzes de la corporation qui mène la station télé, incarné par un terrifiant Ned Beatty, y va d'un monologue horrifiant, mais aujourd'hui très très vrai, concluant sur le fait que le monde est une business. C'est une scène qui glace le sang.

Parlant de sang. Les États-Unis ne sont jamais cohérent là-dessus.

Au cinéma, depuis les années 70 et plus particulière dans les années 90 jusqu'à nos jours, la violence et le sang sont des composantes constantes dans les propositions cinématographiques. Que ce soit le cinéma de Quentin Tarantino, le milieu du film d'horreur, les films des frères Coen, même les séries télés, on arrive même à rire de violence et de sang un peu partout comme on ne l'aurait peut-être pas fait, 20 ans avant. L'humour sanglant se porte bien. 

(divulgâchis dans les deux prochains hyperliens)

Dans Fargo ou Burn After Reading, je défie quiconque de ne pas exploser de rire dans au moins deux scènes se terminant par un éclaboussement sanguin en plein visage de la personne qui tue ou "décompose".  

Le sang, la violence, fait faire des millions aux studios de films. Ils ne ralentiront pas sur la chose. 

Les ponctuels bains de sang causés par les armes à feu, aux États-Unis, un jouet dans ce pays déséquilibré à jamais, ne causent que des émois passagers, désormais. Et les armes à feu rapportent aussi des milliards aux États-Unis. 

Le sang qui cause l'émoi, aux États-Unis, est étrangement ailleurs. 

En fait pas si étrangement si on considère que ça se déroule en Floride. Un État officiellement idiot massif en raison de son parfaitement déplacé gouverneur, qui vient de lancer un projet de loi voulant interdire que les écoles parlent des cycles menstruels aux jeunes filles qui les auront inévitablement un jour. 

Ça défie toute logique. C'est non seulement ENCORE décidé majoritairement par un groupe d'hommes, mais c'est aussi encourager l'ignorance, ce qui semble devenu une vocation Floridienne.

La Floride, et j'ai l'impression que ça fait 14 fois que je conclus ainsi, est très très certainement, le dumb state.

dimanche 7 mai 2023

Big Shot

Quand votre téléphone sonne et que vous ne reconnaissez pas le #, que faites vous ?

Bien entendu, vous ne répondez pas. Vous le laissez filez vers votre boite vocale.

Pas moi.

Pourquoi me direz-vous? Je ne sais pas. Opportunités. Possibilités. Shakira qui m'aurait retracé et qui voudrait à nouveau me rencontrer. Peau contre peau. Nouvelles réalités. Chances à prendre.

Quand je reviens de travailler, en voiture, il est toujours entre 15h00 et 16h20. Habituellement je mets de la musique et ça me suffit pour me garder allumé. Mais depuis plus un mois, peut-être deux, ma vidange de voiture est échue et comme mon fils est au Costa Rica, j'empruntes la sienne. Sur laquelle il est plus compliqué d'y mettre ma musique. Comme mes journées commencent à 5h00 du matin, et que le trafic est généralement lourd, je lutte très fort contre le sommeil sur le chemin du retour. Dangereusement. Depuis une semaine. Alors jeudi, quand un appel de New York a sonné sur mon téléphone, j'étais beaucoup trop content d'y répondre afin de garder mes neurones en action. J'ai répondu sur l'haut-parleur.

"Hello!"

"Hey Bruce! (ça se passera entièrement en anglais, je suis parfait bilingue, je ne vous l'impose pas, je traduis) Qu'est-ce qui se passe avec toi ?"  

Je ne suis pas Bruce, je suis Hunter, mais voilà, je décide que je serai Bruce.

"BAAAH! Pas grand chose, je suis dans la voiture, et toi ? qu'est-ce qui se passe de bon avec toi, man ?"

"Je vais te dire ce qui se passe mon ami, je viens de recevoir un couriel sur le budget, c'était supposé être 15 000$ c'est maintenant 10 000$, j'aimerais justement savoir ce qui se passe?!"

O.K.. Là je suis concentré. Mon nom est Bruce. Il y a un budget de 15 000$. Devenu 10 000$. Focus. Personne n'est content, que dire ensuite? Relancer par la répétition:

"10 000$ ?? c'est supposé être 15 000?"

"Ouin bin là je viens d'avoir un couriel c'est tout à fait 10 000!"

"Je ne sais pas quoi te dire, je suis sur la route, je n'ai pas lu ce couriel..."

"ES TU CELUI QUI EST DERRIÈRE TOUT ÇA ? T'AS APPROUVÉ CE BUDGET ?"

J'ai choisi de donner un peu de dents à la personnalité de Bruce:

"Écoutes Bro, le budget était de 15 000$. On a eu quelques excès de frais qui l'on fait monter à 16 200$. J'ai travaillé dessus, on est redescendu à 14 700$. On avait 300$ de lousse, j'ai arrondi à 15 000$, j'ai envoyé"

"OUIN BIN LÀ C'EST 10 000$!"

J'étais à la fois inquiété par la conversation et ravi que je sois capable de l'enfariner comme ça.  Focus, Jones, Focus. Le gars au bout de la ligne a enchainé:

"EST-CE QUE LARRY A VALIDÉ CECI ?"

Il m'a lancé "Larry" j'ai saisi au bond telle une star du basketball.

"Écoutes, j'ai amené la chose à Larry qui m'a dit que tout était ok. Mais je savais que je devais me protéger alors je l'ai fait lire à Jennifer aussi. Juste au cas. Elle a aussi dit que tout lui paraissait bien, j'ai envoyé"

"OUIN BIN LÀ C'EST 10 000$!"

Il ne dérougissait pas. Mais je réalisais du même coup qu'il ne savait rien sur rien. Il n'avait pas parlé à Larry, il n'avait surtout pas parlé avec Jennifer, je venais de l'inventer ! et il ne s'inquiétait pas de savoir c'était qui. Je parlais à un gros bonnet. Clairement, il ne parlait pas plus...à Bruce. Sur un ton plus civil il a ensuite dit:

"Alors qu'allons nous faire à propos de tout ça ?"

Je l'ai joué cool. 

"Bro, je suis sur la route, je n'ai pas lu le couriel, pourquoi n'appelles-tu pas Larry, regardes avec lui ce qui se passe, rappelle-moi ensuite..."

Il est redevenu fâché. C'était un big shot à qui on ne disait pas quoi faire.

"NON, TU TE RENDS CHEZ VOUS, TU LIS LE COURIEL, TU APPELLES LARRY ET TU ME RAPPELLES!"

J'ai eu du front.

"Larry sait beaucoup plus que moi ce qui se passe, vérifies avec lui"

J'ai réussi à renverser. Il a accepté. A raccroché. 

YES! J'étais très allumé. J'explosais d'euphorie. Une compagnie de New York était en train de capoter autour de 5000$, personne n'avait parlé à Larry, personne ne trouvait Bruce si ils pensaient que c'était moi, et personne ne savait qui était Jennifer. Excité j'étais. J'arrive à la maison, je raconte à l'amoureuse, à des amis, j'écoutes le hockey des séries éliminatoires, Toronto perds, la vie est belle. Un jour, deux jours, trois jours. je pousse même l'audace jusqu'à sauver son # de téléphone dans mes contacts sous  "Big Shot", Je le rappellerais peut-être afin de savoir où est-ce qu'on en étais. J'étais dedans. 

Mais après trois jours, très occupé (mentalement aussi) ailleurs, j'avais un peu oublié Big Shot. Il m'a rappelé entre la première et la deuxième du 2ème match Toronto/Floride. Sur appel conférence. Je suis un peu inquiet. Je suis chez moi. Peuvent-ils me géolocaliser ? J'ai le réflexe de leur parler sur haut parleur. Créer de la distance. Je suis moins dedans.

"Hello?"

C'est le même gars, je reconnais sa voix.

"Hey Larry, comment ça va ?"

(...)

Maintenant il pense que je suis Larry. Je prends un ton très subtilement différent, une voix de Larry, presque nasillarde.

"ÇA VA, ÇA VA, T..TOI?""

"O.K. je suis avec Janelle et Marie..."

Allais-je reculer face à Janelle et Marie? Franchement, non. J'y vais donc coooool-a-rama:

"HEY LADIES! BIENVENUE DANS L'APPEL!" je suis avenant, Prêt à payer la première tournée.

Marie doute. Elle commence:

"Il...il est quelle heure, là où tu es, Larry?"

Très vite dans ma tête: OKNewYorkmêmeméridienmêmeheure.

"17h30, comme chez vous!"Où devais-je donc être ?

"Fais-t-il beau, là où tu es ?" a renchéri Janelle. 

"La météo est correcte, il fait ni chaud, ni froid..."

"C'est bizarre t'as pas la voix de Larry..." a dit l'une d'elle.

"Ah oui ? J'ai la voix de qui d'abord ?"

Big Shot se mèle de la partie:

"BRUCE! T'AS LA VOIX DE BRUCE !"

Il menace de tout faire dérailler. Mais faire dérailler quoi ? Quel train je conduis ? Je confesse.

"O.K. vous ne parlez ni à Larry, ni à Bruce...je ne suis qu'un gars de Montréal qui avait juste envie d'avoir du fun..."

Marie n'avait aucun fun. Elle s'est fâchée.

"On est une petite entreprise, on travaille très fort, vous pensez que c'est une blague tout ça ? Vous aimez ça niaiser les petites entreprises ?"

J'ai pensé "tout à fait" l'ai peut-être même dit, mais en français, ils n'ont pas compris. Je me suis aussi senti un peu coupable. Je suis un homme bon, dans le fond.

Marie a commencé:

"Laisses-moi te dire quelque chose..." a commencé Marie, mais je l'ai coupée:

"NON LAISSEZ-MOI TE DIRE QUELQUE CHOSE!"

Ils ont été surpris de mon impulsion mais quelqu'un a dit : "Quoi?" j'ai demandé sur un ton plus courtois, calme et poli:

"Où...où en sommes nous avec le budget ?..."

J'ai raccroché, ouvert une bière, savouré la défaite de Toronto.

Jeté quelques regards sur mon téléphone de temps à autre. De loin.

Effacé Big Shot de mes contacts.