samedi 11 mai 2019

Les Accords de la Décence

Serions nous ENCORE en train de dire aux femmes comment s'habiller?

Semblerait que oui.

Je ne voulais pas vous parler de la loi de la CAQ imposant une interdiction de porter des `signes religieux" s««i vous êtes enseignants.
Une plus juste traduction dirait "Porter un hijab si vous êtes enseignantEs"

Cette semaine se tenait, au Québec, une consultation publique sur la loi à venir du parti au pouvoir qui voudrait interdire tout signe religieux pour les postes d'autorité, ce qui inclurait les enseignant(e)s.
Mais on ne définit aucunement ce qu'est un signe religieux.

Même les musulmanes elles-même, portant le foulard, ne s'entendent pas sur pourquoi elles le font. Certaines le font par devoir religieux. D'autres le font par définition culturelle. D'autres par soumission face à leur mari "aux désirs incontrôlables" donc par prétendu respect. D'autres pour marquer une opposition au monde faux dans lequel sont plongées des millions de femmes, faisant un pied de nez aux monde matériel et superficiel dans lequel celles-ci sont menottées. D'autres, plus rares, le font par simple coquetterie.La Femme musulmane s'est développée une pudeur que seule les autres Femmes musulmanes comprennent.

Ici, la Femme avec un "F" majuscule, est totalement libre. Elle est l'égale de l'homme dans les chances de faire absolument tout, tout, tout ce qui lui tente. Le foulard, pour beaucoup de gens, c'est le signe de l'asservissement de la femme, avec un petit "f", face à son homme. Une absence de rayonnement social. On aura beau taxer ceux qui pensent comme ça de paternalisme, c'est loin d'être faux de croire que la femme portant le voile se soumet à un diktat 100% masculin. À des interprétations tordus tirées d'un Coran tout aussi brouillon.

Et si on porte parce que le Coran en parle, on ne peut nier qu'on le porte religieusement. Et la religion c'est 100% privé. Pas besoin de savoir ta religion. Ever. Nulle part. Et surtout pas en première année où la petite fille pourra, à la limite, adorer son enseignante, trouver "cute" son hijab et ensuite vouloir le porter. C'est ce type de prosélytisme qui fait peur à tout le monde.

Je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que ce n'est actuellement pas un problème dans les écoles. Faudrait-il alors que ça le devienne? Raisonnement douteux.

Si je ne voulais pas vous en parler, c'est parce que je m'en contrecalisse un peu. En revanche, si une Femme le porte pour des raisons religieuses ou des raisons de soumission face à son homme, je ne peux pas être pour non plus. Et comme une Femme ne dira pas pourquoi elle le porte, je ne peux pas être contre l'interdiction complète du port du hijab.
Quelqu'un disait cette semaine que c'était comme demander à quelqu'un de vegan de ne plus l'être de 9 à 5. Mais serais-ce vraiment bien grave de ne pas voir cette personne manger?

Je lis ceci un peu comme mon approche du fumeur/de la fumeuse. Je ne suis pas contre les fumeurs. Mais sachant ce qu'on sait sur les ravages mortels du tabac, je ne peux pas être en totale harmonie avec les fumeurs/fumeuses.

Je ne peux donc pas être en totale harmonie avec les porteuses volontaires du hijab. Je ne crois pas du tout au côté "volontaire" du geste. Je ne peux donc pas être 100% contre la loi que veut faire passer la CAQ.

Ton foulard, je m'en torche, mais la dignité de la Femme*, au Québec, on y touche pas comme ça.

Et ça, c'est le minimum de la décence pour moi.

La logique voudrait qu'on ne devrait jamais se présenter en défenseur de la liberté des Femmes en s'attaquant à un symbole d'oppression sociale tout en leur interdisant le droit de choisir par elles-mêmes. C'est effectivement un non sens.

Mais ce symbole d'oppression, c'est un peu une cigarette. Un rappel d'une grande faiblesse

Innapropriée pour les Femmes d'ici. Avec un grand F.
Qui impose inconsciemment un discret mépris.

Quand Gerald Bouchard me parle, la semaine dernière, qu'on a pas l'air d'une société décente, avec cette loi à venir, j'explose de rire.

On travaille justement la chanson.

La décence pour moi commence par l'égalité des Femmes. Chez nous. Toute Femme de chez nous doit être respectée aussi dignement que tout homme. Et avoir les mêmes chances que n'importe qui. Partout.

Je ne vois jamais ça chez une femme portant un hijab. Je vois de la soumission.

Ça reste encore une interprétation de ma part.

Les interprétations de la CAQ sont encore vagues. La discussion qui se tient en ce moment sur le port du foulard est selon moi, saine.

Un jour, le Québec aura un air et une chanson commune sur le sujet.

Pour l'instant, on cherche encore les accords de la décence.

La chanson commune.

L'air que ne comprennent pas tonton Gerald et Grand-papa Taylor.

Qui ne détiennent pas toutes les vérités non plus.

*Si tu te sens plus digne enfoulardée, tant mieux pour toi, tu ne me verras plus jamais t'en parler. 

vendredi 10 mai 2019

Du Rouge à Lèvres sur un Cochon

On a appris cette semaine, par le biais d'une enquête du Times, que Donald Trump, prétendu riche entrepreneur, a aussi perdu plus d'un milliard dans les années 80, perdant tant d'argent qu'on a jamais pu lui réclamer d'impôts sur 8 des 10 années entre 1984 et 1994.

La nouvelle le fait mal paraître, lui qui trompe le public depuis des années en prétendant être celui qui détient la touche de Midas, transformant chaque projet en vif succès. Frauduleuse menterie. Menterie qui a bien fonctionné avec la complicité de centaines d'Étatsuniens, de leur crédulité lunaire, avec l'aide de quelques bénéouiouis aussi, lui écrivant des articles élogieux ici et là, tournant de la télé désinformative. Multipliant les faits erronés le concernant, afin que le personnage paraisse plus grand que nature.

Ça a fonctionné. Les idiots l'ont élu.

Tony Schwartz a été un des complices de la duperie. Il est l'auteur du best seller signé Trump, The Art of the Deal. Schwartz s'est excusé bien avant que Donald ne devienne président. Dès qu'il a été élu candidat républicain contre Hillary, Schwartz s'est excusé d'avoir présenté Trump autrement que ce qu'il était dans son livre. Il a même rajouté délicieusement que le livre n'était que du rouge à lèvres posé sur un cochon. Il confessait au New Yorker qu'il avait de terribles remords d'avoir présenté Trump beaucoup plus charmant qu'il ne l'est en vrai. Jettant une lumière fausse sur le cochon.

Mais Schwartz n'est pas le seul à avoir gommé le cochon. Le producteur télé Mark Burnett a présenté, à partir de 2004, la série télé The Apprentice, tournée à la Trump Tower, avec Donald en tête, présenté comme un très important homme d'affaires qui transformait tout en or. Sans jamais parler de ce que son père lui donnait par en dessous. Et ne parlant jamais des pertes dans les 10 chiffres de ses entreprises sur plusieurs années.
En 1987, il faisait la Une du Time étant présenté comme étant l'homme de 1 milliard. En vrai, l'argent était une hémorragie dans ses poches.
En mars 1988, Le New York Times estime la valeur de Trump à 3 milliards quand il achète le Plaza Hotel de Manhattan pour 390 millions. Bullshit.
En octobre de la même année, Forbes, estime sa valeur à 1 milliard. Faux.
En janvier 1989, Il refait la Une du Time. Rien ne suggère le prêt paternel losrqu'acculé à la faillite personnelle, pas plus que les échecs qui accotent les milliards que les médias prétendent qu'il vaut.
En juillet 1989, il fait la liste des plus riches selon Forbes avec une valeur estimée à 1,5 milliards. C'est pourtant plus près du chiffre d'affaires qu'il a perdu la même année.

En juin 1990, l'iceberg sort un peu plus de l'eau. Ivana divorce Donald Titanic. Et elle prétend qu'il n'a jamais valu ce qu'on prétend qu'il vaut. Que sa fortune oscille entre 400 et 600 millions, et qu'elle en goûtera beaucoup en le divorçant (ce qui sera vrai). Le Philadelphia Inquirer est l'un des rare médias à le souligner (et un des premiers à être banni de Trump pour ça) en parlant du divorce en cours, de sa terrible année financière et maritale. Contraire à ce qu'annonçait le Times en Une en janvier 1989.

Un mois plus tard, Forbes ne fait plus paraître Trump parmi les milliardaires les plus puissants des États-Unis. On estime sa valeur à 500 millions, peut-être moins.

En janvier 2000, DT clame qu'il vaut 5 milliards. Mais même ses proches associés secondent ses propos. Ils parlent de ses nombreuses exagérations, et de son optimisme vis-à-vis de projets à venir, de profits anticipés, et de choses loin d'être garanties. En d'autres mots, de bullshit.

En avril 2000, le journaliste Jerry Useem travaille la prochaine liste des plus importants millardaires des États-Unis. Trump l'appelle si souvent, afin de clamer sa propre fortune, ou d'en changer les chiffres selon ce que Useem aimerait entendre, que celui-ci demande à un stagiaire de gérer uniquement les appels de Trump. Qui sont tous les jours. Et toujours inutilement longs. Avec d'invraisemblables chiffres le concernant en fin de conversation en tout temps.

En mars 2005, la première saison de The Apprentice prend fin. Forbes le place au 228ème rang, à égalité avec 15 autres dans le monde, comme étant le plus riche, à 2,6 milliards de fortune personnelle.

Estimée...

En octobre 2005, Timothy O'Brien écrit Trumpnation, sur les naïfs adeptes du mégalomane. O'Brien, confirme par ses recherches que la vraie valeur de Trump se situerait plutôt entre 150 et 250 millions. Trump le poursuit en cour pour diffamation. Et perd sa cause. Il en parle peu de ça, le Don.

Des documents de la poursuite confirme même qu'il fait un emprunt de 640 millions pour construire à à Chicago. La plupart du temps, les médias ont tout simplement cru la bullshit qu'il lançait un peu partout.

Rarement, sinon jamais, a-t-il été présenté comme un entrepreneur ayant échoué quelque part. On apprend maintenant qu'entre 1990 et 1991, Trump a perdu plus de 250 millions année après année.

Et peu importe le nombre de fois où ses mensonges ont été éventés, jamais on a vraiment pris le temps de rectifier. Comme on a vite oublié qu'il a inventé un incident grave survenu en Suède. Où qu'il a grossièrement imité un handicapé. Où qu'il aime(rait) saisir les Femmes qui lui plaisent par l'entrejambe.

The Art of the Deal a été publié en 1987. Une suite a été publiée en 1990. Il faudrait au minimum mettre un correctif en intro, ne serais-ce que pour dire que les faits peuvent être faux. Parce que jamais DT ne perdait plus d'argent qu'alors.

Le Washington Post a le plus beau des slogans en ce moment.
Democracy Dies in Darkness.

La Démocratie meurt dans l'ombre.

Donald n'agite que des ombres.
Depuis toujours.
Pffffffproot!

Et incarne à lui seul, la plus orange des fake news.

Retenons que ce qu'il a réussi avec succès, c'est de tordre la réalité à son sujet pendant de nombreuses années.
Et qu'en ce moment, au seuil d'une inévitable récession, il prétend faire un travail de titan au niveau de l'économie des États-Unis...




jeudi 9 mai 2019

Poésie du Nord

Notre rythme de vie ne fait aucun sens.

Mes journées commencent à 5h00 se terminent vers 19h. Je ne cesse jamais de brûler du pétrole tout en recyclant, travaillant des muscles que je ne me connaissais pas au travers du Québec, et ce, depuis deux semaines, 5 jours par semaine.

Ça me fait de fort jolies paies, mais ça me tue aussi. C'est pas une vie.

Ce qui me plaît toutefois, et c'est ma soeur J.J. qui me le faisait remarquer, c'est le zoo que je fréquente toutes les semaines.

On s'envoie des "snaps" (une photo de notre journée)tous les jours et depuis plus de 100 jours et ellle me faisait remarquer que je ne cessais d'envoyer, depuis peu, des animaux que je croise un peu partout. Ils sortent tous avec l'arrivée du printemps.

Un lièvre à McMasterville. Une marmotte à Anjou. Une mouffette à Contrecoeur. Un malard séduisant une canard à Pierrefonds. Plusieurs jeunes chevreuils, plusieurs fois à St-Calixte et même à Anjou, dans le boisé du golf, près de deux marmottes écoutant le trafic avec nervosité. Une famille de raton laveur à Vaudreuil Dorion.

J'ai vu tout ça mort aussi. Moins joli. Si j'ai immortalisé sur Snap chat l'animalerie qui m'entoure quand je pilote nos camions, je n'ai pas enregistré ailleurs que dans ma tête les cadavres de ces mêmes animaux. Ni ce corbeau qui grugeait le coeur d'un écureuil éventré au milieu de la route. Mon sang Atikamekw (et le combat des livres à la radio) m'a fait réserver un livre de Naomi Fontaine.

Voyez, ma routine du lundi au jeudi me paraît déjà beaucoup plus vivante à vous l'écrire.

Mais la vraie, la vraie poésie, elle me vient de la musique que j'écoute issue de mon téléphone dans ma dernière heure de route, celle où je retourne à l'entrepôt vider le camion.

Toute est dans toute disait Pichnoutte, poète du nord. 

Une photo de Sheila E., son visage d'aujourd'hui, envoyée dans mes courriels par un de mes amis l'an dernier, a été le déclic pour une (re)découverte de Prince et de son univers. Je suis devenu complètement fanatique de Prince. Spotify m'a confirmé en fin d'année que l'artiste que j'avais le plus écouté en 2018 avait été Prince. Un mort. Suivi de David Bowie, moins surprenant, mais tout aussi mort.
Je vous écrit ceci sur une liste de lecture de Prince.

En jubilant, chantant à tue-tête une de mes chansons préférées sur terre, The Whole of The Moon des Waterboys, au volant du camion, de retour du travail, je me rappelais que Mike Scott et Karl Wallinger avaient tous deux composé le morceau après avoir été ébloui par un show de...Prince. Tentant d'en reproduire la magie aux claviers. Wallinger a aussi rajouté, en fin de chanson, un clin d'oeil à... David Bowie! en imitant les vocalises que Bowie empruntaient vers la fin de Fame.

Toute est dans toute à dit Vladimir Pitchnoutte.
Poète Inut.

Je me rappelais aussi le video de The Whole of the Moon. Une chose toute simple. Une prestation du groupe. Dans les teintes de bleu. Une esthétique commune des années 80. Mes si aimées et vécues années 80. Karl, fier au piano. Chris excité derrière son drum. Mike avec sa touffe de cheveux me rappelant la triste mienne du début des années 80. L'insigne du marin sur la droite, qui parlait au marin en moi (J'étais prof de planche à voile et de catamaran dans un camps de vacances de 1986 à 1991). Mick au violon et Roddy à la trompette. Max Edie, dont j'étais (suis toujours) si amoureux. Si mélodique dans son chant, un oiseau dans un si joli vent. Sa tenue vestimentaire, si élégante qu'on se surprend à vouloir la vicier. Le sax d'Anto qui naît dans le lancement de la comète.

Pourquoi le saxophone n'est plus dans la musique pop?
Le saxophone pourrait s'intégrer au hip hop?
Devrait.
Si le hip hop veut être pris au sérieux, tous les instrument doivent avoir le droit d'y être intégré.

Ma vie refait du sens si j'y intègre l'art. Si j'écoute ma musique au retour du travail. Si je compose moi-même de retour à la maison. Si je relis Ducharme pour le plaisir, en attendant Fontaine. Si j'écoute un brin de film avant de me coucher. Si mes yeux plongent dans ceux de ma blonde, rient avec mon fils, ma fille ou cette même blonde. Si on fait du feu ensemble, juste à se regarder.

Si la route, je ne la vois plus.

Mon rythme de vie ne fait pas de sens.

Mais quand tout le monde n'en voit que le croissant,
moi je vois le trou dans la lune.

Et m'y glisse.

En bon garçon d'eau irlandais.

En Atikamekw aussi.

Tentant d'influencer les larges océans plein de larmes.

mercredi 8 mai 2019

Dirk Bogarde

Derek Jules Gaspard Ulric Niven van den Bogaerde est né en mars 1921 à Perry Barr, au nord de Birmingham, en Angleterre. Papa est flamand, maman, écossaise.

Il sera influencé et par son père, éditeur de la section des Arts du Times et par sa mère qui était actrice. Il suivra ses pas. Mais, la Seconde Grande Guerre éclate. Allumé, il sera vite lieutenant et agent de reconnaissance des lieux aériens pour le débarquement de Normandie entre autre chose. Il sera fait capitaine pour ses photos aériennes et major. Très impliqué dans les mouvements en France, contre l'Allemagne et en Hollande.

Tout comme J.D.Sallinger, auteur de Catcher in the Rye, il sera parmi les premiers à découvrir les camps de concentration et à en libérer leurs prisonniers. Il en sera très naturellement lourdement affecté toute sa vie. Il se convainc alors que rien au monde ne pourra être pire, et que rien au monde ne pourra lui faire peur.
Lors d'un moment particulièrement pénible, un jeep devant lui explose sur une mine. Un soldat britannique atterrit à ses côtés, sans jambes, avec un seul bras et les yeux exorbités. Il lui demande le tuer. Bogarde prend le temps de regarder si son arme est chargée, mais le temps de le faire, quelqu'un d'autre dans sa jeep s'en occupe. Les images vues là-bas l'habiteront toujours. 

Il en gardera une aversion absolue envers les Allemands de sa génération. Ironiquement, trois de ses plus grands rôles seront tenus dans des films allemands, dont l'un d'eux, dans lequel il incarne un officier SS.

Il avait commencé une carrière théâtrale en 1939 avec le nom de Derek Bogaerde. Mais son agent le rebaptise Dirk Bogarde. Et il est suffisamment beau pour apparaître dans les téléromans journaliers et de jouer les jeunes premiers vers 1948, après la guerre. Un de ses premiers rôle au cinéma est celui d'un jeune criminel tuant un policier dans The Blue Lamp et celui d'un jeune artiste sauvant Jean Simmons de sa vie plate dans So Long at the Fair, en 1950. Il jouera aussi un meurtrier accidentel dans Hunted, Un jeune commandant militaire et un jeune homme emprisonné injustement, apprenant la survie de son amoureuse dans deux autres films.  Mais ce sera le film Doctor in the House qui en fera un superstar britannique. Le film sera le premier de toute une série très populaire en Angleterre.

Il fera son premier film d'expatrié aux États-Unis avec Joseph Losey. Jouera dans un des premiers films mettant aussi en vedette Brigitte Bardot. Il a la bouille suffisamment trouble pour jouer les amants meurtriers dans Cast A Dark Shadow. Il tournera dans The Spanish Gardener, dans I'll Met by Moonlight, A Tale of Two Cities, The Wind Cannot Read, The Doctor's Dilemna et Libel.   

Dans les années 60, il abandonne les films populaires pour entreprendre des rôles plus exigeants. Il commence avec un film traitant des humiliations homosexuelles, une première sur grand écran. Bogarde était fort probablement homosexuel, partageant sa vie avec l'acteur Anthony Forwood, mais ne se dévoilant jamais de sa carrière puisque l'homosexualité y ayant été criminelle presque tout le long. Il sera magistral de The Servant, auquel il participe aussi à la conception avec Harold Pinter. Il sera récompensé du BAFTA du meilleur acteur, en Angleterre pour ce rôle. Il sera avant-gardiste pour son rôle dans The Mind Benders, une idée en avance sur son temps. Il sera anti-guerre dans King & Country. Il aura un second BAFTA pour Darling. Il renoue avec Losey, un de ses réalisateurs préférés, encore écrit par Pinter. Il tournera sous la direction de Jack Clayton et de Lucino Visconti. Sera du très controversé Night Porter de Liliana Cavani, dans le rôle d'un ancien SS. Il rejouera pour Visconti, dans un film encore mémorable. Il sera brillant dans un tout aussi brillant Resnais puis de plus en plus fou chez Fassbinder. Il était le Daddy de Jane dans Daddy Nostalgie. Ce sera son dernier rôle.

Il aura aussi joué avec Ava Gardner, jouera Franz Liszt, sera faussement Mexicain, jouera avec Alec Guinness de manière sadique, sera du dernier film de Judy Garland, Fera de la comédie, plusieurs fois. Jouera avec Alan Bates dans une adaptation d'un livre de Bernard Malamud. Il sera le personnage titre d'un film de Micheal Powell et avec Laurence Olivier et John Gielgud. Il sera sous la direction de Cukor et de Attenborough.

À partir de 1977, il débute aussi une seconde carrière d'écrivain. Il publiera de son vivant 9 volumes de mémoires et de récits, 6 romans, des essais et des articles de journaux, des critiques, de la poésie, tout ça, dans un style très élégant.

Je me promets de lire un de ses écrits cette année.

Dirk Bogarde est décédé aujourd'hui, il y a 10 ans.

 

mardi 7 mai 2019

Petite Cantaloupe

Je n'ai pas voulu vous en parler tout de suite.

Et vous en avez assez entendu parler. Et pas assez en même temps.

Voilà pourquoi j'ai pris une bonne semaine pour ne pas que les mots atterrissent ici dans un désordre de colère, de tristesse, d'amertume et de rage.

Le Québec est passé d'un traumatisme collectif à un autre il y a 7 jours exactement. L'après inondations commence à entrer dans les corps des sinistrés de la Beauce, de l'Outaouais, de Pierrefonds, de Vaudreuil-Dorion, Ste-Marthe ou Rigaud et ailleurs, et le pire est à venir.

Et l'Estrie est venue s'inviter dans le drame.
Un drame pire encore. Le pire d'entre tous.
Celui d'une jeune fille de 7 ans, de Granby, torturée par un père de 30 ans et sa conjointe de 35, fillette trouvée attachée dans sa chambre, dans le pire des états, et morte quelques heures plus tard.

J'en ai eu les larmes aux yeux trois ou quatre fois au volant de mon camion dans la semaine qui a suivie. Quand j'ai entendu à la radio une intervenante proche du dossier, l'appeler sous le couvert de l'anonymat "ma petite cantaloupe". Quand j'ai entendu la mère, déplorable, et sans jugement aucun, des larmes de rage cette fois. Quand j'ai entendu une amie de l'école qui la pleurait à la radio en disant qu'elle ne méritait pas cela. Mais surtout quand j'ai entendu qu'elle avait réussi à s'enfuir, utilisant ses jambes peut-être une dernière fois, pour courir jusque chez le voisin, afin de sonner à la porte, à 1h40 du matin, pour réclamer de l'aide.

Tu as sonné à la porte pour réclamer de l'aide.

Tu avais 7 ans.

Tu avais eu la chance de naître là où les Femmes sont respectées.
Tu ne l'auras jamais su.
Tu n'aurais jamais dû avoir les parents que tu a eus.
Tu as été abandonnée par tous.
Nous t'avons tous abandonnée.

Le Québec ne se l'est pas pardonné encore. Ça prendra du temps. Cet épisode terrible d'Aurore l'enfant martyre, version 2019, a secoué toute la province. 

Je ne sais pas si j'aurais pu vivre avec moi-même d'avoir été celui qui a répondu, confus, à la porte, à 1h40 du matin. Ce n'est surtout pas de sa faute ce qui est arrivé. Mais je m'en serais voulu d'avoir passé si près de pouvoir la sauver. Comment savoir? en ouvrant la porte, la conjointe du père lui disait que tout irait bien, le père avait la fillette de Granby dans les bras, et tentait de calmer son hystérie, il fuyait les lieux, Ils fuyaient tous les lieux. La petite cantaloupe voyant autre chose que sa chambre peut-être pour la dernière fois.

On a pointé la DPJ toute la semaine. Connerie. On a même dit que le ministre avait suspendu son directeur en Estrie. C'est faux. On l'a peu entendu. C'est le directeur lui-même qui s'est retiré de son poste afin que les enquêtes prennent cours. Ça dit tout de la maturité des uns et des autres. La DPJ saigne depuis longtemps. Ça a pris ce drame pour que la lumière se fasse sur leur métier. Facilement l'un des plus difficiles existant sur terre.

S'occuper des pockés de la vie.

Vous faites face à toutes le horreurs de la vie, et vous serez immanquablement critiqués par ceux qui ne savent rien des réalités que vous côtoyez. C'est arrivé toute la semaine dernière. On les as blâmés.

C'est un peu de votre faute, mais pas tout. Pas tout du tout.
C'est aussi grave pour l'école dont elle était absente depuis une semaine. Comment celle-ci a-t-elle fait pour croire que la petite cantaloupe serait maintenant "enseignée à la maison"? Par deux parents anciens toxicomanes/encore toxicomanes, qui n'avaient pas de secondaire 5? Comment un juge a pu laisser cette petite cantaloupe retourner vivre avec papa parce que c'était la situation "la moins dommageable"? Oui, la mère était extrêmement pire (se cognant le ventre, enceinte, se droguant, enceinte, ne montrant aucune empathie pour l'enfant, etc.), oui papa s'était repris en main momentanément, il avait le bon masque au bon moment, Mais depuis 2 ans, ils étaient nombreux à savoir que plus rien ne tournait rond. L'état mental du père entre autre. La grand-mère était si "dommageable", elle? La famille élargie?
La DPJ a appliqué ce que le juge avait demandé de faire. Elle est là son erreur. Est-ci anormal de suivre la loi?

On ne pourra que faire grossir les conjectures, voilà pourquoi je ne voulais pas en parler.

Ma famille a été très impliquée avec la DPJ. Ma mère a été enseignante dans l'école la plus pauvre de la région de Québec. Elle a hérité de plusieurs de ses élèves quand nous avons quitté la maison. Facilement 6 enfants ont séjourné dans la maison qui m'a fait grandir. L'instabilité était grande. Autant chez les employés de la DPJ que parmi les familles dont on gardait les enfants.

Pour travailler dans la fragilité humaine, il faut une forte fondation. Les Libéraux, le ministre Barrette en tête, on coupé dans les budgets alloués aux regroupements comme le Département de la Protection de la Jeunesse en 2005. La DPJ saigne depuis au moins 15 ans.

Il est là le vrai coupable.

Celui qui garde la maison pauvre. Et faible. Là où il faut être fait fort.

Travailler pour sauver des vies est l'une des choses les plus nobles au monde.
Mais c'est aussi le travail le plus ingrat.

Toute la semaine dernière, la DPJ a mangé du crachat.

Je crois beaucoup au concept d'équipe.
En amour, au travail, en sports, en société. Partout.
La semaine dernière c'est le Québec en entier qui a perdu.
En équipe qu'elle n'a pas été.

Qu'elle devra apprendre à être.

Demain et jeudi, les Québécois de partout pourront donner un peu d'amour qu'elle n'a pas eu de son vivant alors que sa sépulture sera exposée pour ça.