Dimanche, 20h02, banlieue.
Je sors de l'aréna où pratiquait mon fils pour aller chercher à la voiture son Gatorade pendant qu'il se change.
Il doit faire -7 pas moins, mais avec la fatigue accumulée et le fait que je sois passé plusieurs heures dans les arénas ce week-end -là, mon corps ressent -24. Mais vous le savez déjà, j'aime le froid.
Et cette petite neige qui tombe avec un romantisme floconné me rend tout chose. Je plane. Avec pour seule musique le son, si Québécois, d'un bâton de hockey frappant une rondelle, suivi du bruit de cette rondelle frappant une bande. Quelques coups de patins aussi.
Sur une patinoire extérieure, deux jeunes hommes, s'amusant en lançant dans deux filets. Je les envie. J'aurais dû apporter mes patins au lieu de m'apporter un livre. Mais comme je ne suis pas un grand jaloux, je passe vite à autre chose et croise une mère que je connaissais d'une saison précédente et dont le fils jouera au même aréna après le mien.
"Hey! ton fils joue tu après?" je demande au père.
"Oui, oui, Midget A"
"Cybole! i' jouent ben tard, ça va être mon gars l'an prochain ouch!..."
Elle me fait une face d'incompréhension. C'est vrai, il n'est que 20h02...mais les dimanches, à partir de 16h00, je vous dirais que je suis généralement fermé. Je ne répond plus au téléphone, je mets la visite dehors, je suis à ma famille et vice-versa. Et là, avec fiston qui a joué/pratiqué 13 fois dans les 9 derniers jours (oui, vous avez bien lu...) dans deux équipes, papa qui suivait tout ça après des nuits à travailler dans les entrepôts...
Claqués nous étions tous les deux.
Mais en un coup d'oeil sur une banlieue cheap du 450, je retombais amoureux.
Pas d'une femme, d'un décor. Le décor hivernal.
Quand la cape d'argent devient bleutée à la nuit tombée.
Quand les flocons tombent comme les plus riches cils sur les plus scintillants yeux des plus jolies filles.
Quand la nature enfile son costume pâle et sa robe fraîche.
Quand le vent embrasse mes joues et caresse mes oreilles.
Quand la musique est une puck lancée sur une bande suivi d'un coup de patin.
Je plane.
Je jouis.
Je me sens comme vous vous sentez quand vous arrivez sur une plage.
Dé
ten
du.
C'est presqu'une larme qui me monte dans l'oeil, quand je sens l'hiver m'embrasser ainsi.
Un amour d'enfant.
Un amour d'ado.
Un amour d'adulte.
Un amour nordique.
Certains me diront masochiste et m'inviteront à venir aimer l'hiver dans leur entrée, une pelle à la main.
Aucun problème.
Laissez-moi votre adresse dans les commentaires et j'irai pelleter votre entrée sourire au visage.
Et vous viendrai torcher ma piscine cet été en échange.
Pendant que je rêve aux prochains hivers.
Dimanche, 20h02, Banlieue.
J'ai eu un frisson.
Et ça avait peu à voir avec le froid.
mardi 11 février 2014
lundi 10 février 2014
Luger en Bobettes à Sochi en Frenchant son Ami(e) Gai(e)
Imaginez que vous soyez athlète Olympique à Sochi.
Comme Marc-Antoine Gagnon, skieur de bosse dans la section acrobatique, fils d'un collègue de l'amoureuse, qui aura sa compétition aujourd'hui entre 9h du matin (heure du Canada-les qualif.) et 13h PM (la finale). On sait déjà que ses parents, Diane & Patrice, ne sont probablement plus que paquet de nerfs. Mais nous savons aussi qu'ils sont assurément extraordinairement fiers. Y a de quoi. D'autant plus que le brave Marc-Antoine travaille dans l'ombre absolue de deux têtes d'affiches bien de chez nous: Alexandre Bilodeau et Mickaël Kingsbury. Les médias ne voient qu'eux et ne mentionnent même pas Gagnon.
Mais nous, de notre salon, nous ne verrons que lui.
Pour Patrice et Diane.
Qui sont là-bas et qui ont toutes les raisons du monde d'être formidablement fiers.
Imaginez que vous soyez athlète olympique gay.
Car il y en a, ça ne fait aucun doute. Comment vous sentez-vous dans ce pays homophobe? En effet, le pays de Vladimir Poutine empêche les couples de même sexe d'adopter des enfants, un des ministre de Poutine à dit sans rire que "les homosexuels étaient des violeurs d'enfants", et en juin 2013, Poutine a fait passer une loi qui promet de pénaliser la propagande homosexuelle en direction de mineurs, désormais passibles d'amendes et d'une détention allant jusqu'à 15 jours.
Bon. La propagande sexuelle de tout genre envers un(e) mineur(e) est en soi un crime. Que l'on soit obligé de préciser que ce qui serait visé est la "propagande homosexuelle" est non seulement discriminatoire mais très dérangeant. Est-ce à croire que la propagande sexuelle sur les mineurs hétéro serait acceptable? Et comment mesure-t-on cela? un clip de Shakira et Rihanna ça entre dans quoi?
En août dernier, les coureuses russes Kseniya Ryzhova et Yulia Gushchina, double médaillée d'or lors d'une compétition d'athlétisme, se sont toutes deux embrassées sur la bouche devant toute les caméras. Moins de deux mois après que le loi anti-gay russe eût été votée, on a aussitôt crié au défi. Mais elles se sont toute deux défendues d'être mariées. (Comme si l'un empêchait l'autre ...enfin...).
Moi je serais très sympathique à un athlète de n'importe quelle nation qui ferait de la propagande contre la loi anti-propagande-gay russe.
Parlant de propagande vous avez vu comment on commence déjà à gommer les images?
On a tous vu lors de la cérémonie d'ouverture 4 des anneaux se gonfler au plafond du stade et un anneau NE PAS se gonfler. Si chez nous, on a tous vu ça, en Russie, on a substitué l'image par celle de la répétition où tout avait bien fonctionné.
Plus récemment, la chaîne de télévision Rossia 24 avait diffusé le 1er février dernier des images d'alpinistes gravissant le mont Elbrouz, plus haut sommet d'Europe avec la flamme olympique sous un magnifique soleil, laissant croire aux téléspectateurs que l'événement avait lieu ce jour-là.
En réalité, l'ascension a eu lieu en octobre, à un période où la météo permettait une telle expédition, pratiquement impossible en hiver. Ce que la chaîne de télé s'est bien tenue de préciser.
On a aussi censuré le passage (disponible partout ailleurs dans le monde) où le Premier ministre Russe Dmitri Medvedev roupille profondément pendant la cérémonie d'ouverture.
Ce que vous croirez voir, comprendre, pendant les jeux, questionnez-le quelque fois...
Imaginez que vous soyez un athlète olympique gay & Ukrainien.
L'Ukraine est au seuil de la guerre civile. Et voilà que paradaient une poignée d'athlète lors de la cérémonie d'ouverture tout sourires.
Devant le diable en personne. Comment se sentaient ses athlètes pour vrai?
Comment se sentait Jesse Owens face à Hitler en 1933?
Je scrutais longuement leurs visages et j'y voyais de la résilience.
De l'espoir aussi, beaucoup d'espoir.
Ces athlètes seront quand même fichés, c'est certains. On les as probablement étudiés plus que les autres.
Les pauvres.
Imaginez que vous soyez un code barre.
Comme Fuhael Semi.
Fuhael Semi est un ancien joueur de rugby du Tonga. Répondant à l'invitation de la princesse Salote Mafile'o Pilovelu Tuita qui lançait des auditions pour monter une équipe de luge afin de relancer son ami Albert II de Monaco, lui-même ancien pilote de bobsleigh. Semi s'est taillé une place comme lugeur aux Olympiques de Sotchi et portait le drapeau du Tonga à la cérémonie d'ouverture.
Toutefois, Semi ne sera jamais mentionné dans les annales olympiques. On parlera plutôt de Bruno Banani.
Semi a pour principal commanditaire le fabricant de sous-vêtement allemande Bruno Banani. Et ceux-ci le paient si grassement qu'il a officiellement changé son nom pour celui de son commanditaire (!).
Le temps que les Comité Olympique s'en aperçoive, il était trop tard! Semi était enregistré sous le nom de Banani et la fameuse bureaucratie Russe ne pourra jamais reculer la machine à temps pour effacer la connerie.
Le lugeur sera débaptisé le temps des olympiques.
C'est le journaliste Trojan Tremblay qui nous l'as rapporté...
Comme Marc-Antoine Gagnon, skieur de bosse dans la section acrobatique, fils d'un collègue de l'amoureuse, qui aura sa compétition aujourd'hui entre 9h du matin (heure du Canada-les qualif.) et 13h PM (la finale). On sait déjà que ses parents, Diane & Patrice, ne sont probablement plus que paquet de nerfs. Mais nous savons aussi qu'ils sont assurément extraordinairement fiers. Y a de quoi. D'autant plus que le brave Marc-Antoine travaille dans l'ombre absolue de deux têtes d'affiches bien de chez nous: Alexandre Bilodeau et Mickaël Kingsbury. Les médias ne voient qu'eux et ne mentionnent même pas Gagnon.
Mais nous, de notre salon, nous ne verrons que lui.
Pour Patrice et Diane.
Qui sont là-bas et qui ont toutes les raisons du monde d'être formidablement fiers.
Imaginez que vous soyez athlète olympique gay.
Car il y en a, ça ne fait aucun doute. Comment vous sentez-vous dans ce pays homophobe? En effet, le pays de Vladimir Poutine empêche les couples de même sexe d'adopter des enfants, un des ministre de Poutine à dit sans rire que "les homosexuels étaient des violeurs d'enfants", et en juin 2013, Poutine a fait passer une loi qui promet de pénaliser la propagande homosexuelle en direction de mineurs, désormais passibles d'amendes et d'une détention allant jusqu'à 15 jours.
Bon. La propagande sexuelle de tout genre envers un(e) mineur(e) est en soi un crime. Que l'on soit obligé de préciser que ce qui serait visé est la "propagande homosexuelle" est non seulement discriminatoire mais très dérangeant. Est-ce à croire que la propagande sexuelle sur les mineurs hétéro serait acceptable? Et comment mesure-t-on cela? un clip de Shakira et Rihanna ça entre dans quoi?
En août dernier, les coureuses russes Kseniya Ryzhova et Yulia Gushchina, double médaillée d'or lors d'une compétition d'athlétisme, se sont toutes deux embrassées sur la bouche devant toute les caméras. Moins de deux mois après que le loi anti-gay russe eût été votée, on a aussitôt crié au défi. Mais elles se sont toute deux défendues d'être mariées. (Comme si l'un empêchait l'autre ...enfin...).
Moi je serais très sympathique à un athlète de n'importe quelle nation qui ferait de la propagande contre la loi anti-propagande-gay russe.
Parlant de propagande vous avez vu comment on commence déjà à gommer les images?
On a tous vu lors de la cérémonie d'ouverture 4 des anneaux se gonfler au plafond du stade et un anneau NE PAS se gonfler. Si chez nous, on a tous vu ça, en Russie, on a substitué l'image par celle de la répétition où tout avait bien fonctionné.
Plus récemment, la chaîne de télévision Rossia 24 avait diffusé le 1er février dernier des images d'alpinistes gravissant le mont Elbrouz, plus haut sommet d'Europe avec la flamme olympique sous un magnifique soleil, laissant croire aux téléspectateurs que l'événement avait lieu ce jour-là.
En réalité, l'ascension a eu lieu en octobre, à un période où la météo permettait une telle expédition, pratiquement impossible en hiver. Ce que la chaîne de télé s'est bien tenue de préciser.
On a aussi censuré le passage (disponible partout ailleurs dans le monde) où le Premier ministre Russe Dmitri Medvedev roupille profondément pendant la cérémonie d'ouverture.
Ce que vous croirez voir, comprendre, pendant les jeux, questionnez-le quelque fois...
Imaginez que vous soyez un athlète olympique gay & Ukrainien.
L'Ukraine est au seuil de la guerre civile. Et voilà que paradaient une poignée d'athlète lors de la cérémonie d'ouverture tout sourires.
Devant le diable en personne. Comment se sentaient ses athlètes pour vrai?
Comment se sentait Jesse Owens face à Hitler en 1933?
Je scrutais longuement leurs visages et j'y voyais de la résilience.
De l'espoir aussi, beaucoup d'espoir.
Ces athlètes seront quand même fichés, c'est certains. On les as probablement étudiés plus que les autres.
Les pauvres.
Imaginez que vous soyez un code barre.
Comme Fuhael Semi.
Fuhael Semi est un ancien joueur de rugby du Tonga. Répondant à l'invitation de la princesse Salote Mafile'o Pilovelu Tuita qui lançait des auditions pour monter une équipe de luge afin de relancer son ami Albert II de Monaco, lui-même ancien pilote de bobsleigh. Semi s'est taillé une place comme lugeur aux Olympiques de Sotchi et portait le drapeau du Tonga à la cérémonie d'ouverture.
Toutefois, Semi ne sera jamais mentionné dans les annales olympiques. On parlera plutôt de Bruno Banani.
Semi a pour principal commanditaire le fabricant de sous-vêtement allemande Bruno Banani. Et ceux-ci le paient si grassement qu'il a officiellement changé son nom pour celui de son commanditaire (!).
Le temps que les Comité Olympique s'en aperçoive, il était trop tard! Semi était enregistré sous le nom de Banani et la fameuse bureaucratie Russe ne pourra jamais reculer la machine à temps pour effacer la connerie.
Le lugeur sera débaptisé le temps des olympiques.
C'est le journaliste Trojan Tremblay qui nous l'as rapporté...
dimanche 9 février 2014
Perle Précieuse
Juin 1940, Versailles.
Une France fraîchement occupée guillotine les juifs. Les hommes sont décapités dans la cour de la prison de la santé, les femmes dans celle de la prison de la petite Roquette par les Nazis.
"Les exécuter avec leurs propres inventions" pensait le sous-commandant Schmidt, se croyant spirituel.
Schmidt avait pour tâche de ramasser les items de valeur, les bijoux, les montres, les boutons de manchettes, les souliers vernis, les portefeuilles en cuir, leur contenu, avant que la victime ne se rende à l'échafaud.
C'était la fin d'une interminable journée où l'intensité des pleurs et la détresse des familles épurées ne l'avait pas vraiment atteint. Il ne faisait que son travail. Et c'est vers 17h, alors que son corps semblait lui indiquer qu'il était plutôt 5 h du matin, qu'il se permit d'allumer sa pipe.
Schmidt planait. Il ne rêvait même pas de promotion, la seule chose auquel il aspirait, et il se trouvait fleur bleue de le penser, était de tomber en amour avec une femme de son âge. Il rêvait précisément à ça dans les volutes de la fumée de sa pipe. C'est le visage d'une jolie blonde qu'il y voyait.
C'était le visage d'une jolie blonde qu'il y voyait.
C'était le visage d'une jolie blonde qui s'y trouvait.
Assise dans les escaliers sous un pont, comme cachée à l'ombre, pleurant tout bas.
Schmidt la regarda longuement avant de réaliser que se trouvait bien là une jeune fille de son âge comme il en avait toujours rêvé.
Mais qui pleurait.
Il lui demanda si elle parlait allemand.
Elle ne répondit pas, sursautant, remarquant la présence de Schmidt pour la première fois.
"Je ne vous veux pas de mal, ne craignez rien, vous êtes française?"
La jeune femme baissa les yeux, pleura encore un peu. Schmidt, prit d'un élan de galanterie lui tendit un mouchoir en s'approchant. On avait pleuré autour de lui toute la journée et ce ne l'avait en rien affecté mais cette jeune femme en détresse, seule, et si jolie, c'était autre chose. Il était prêt à quelques concessions.
"Je peux savoir ce qui vous trouble mademoiselle" lui demanda-t-il.
La jeune blonde attendit longuement, comme si elle calculait les mots précis à utiliser pour s'exprimer. Elle lui dit d'une voix douce, presque enfantine:
"ma famille au grand complet, mon frère, mon père, ma mère, ma grande soeur, tous tués..."
"par...?" il voulut demander "par nous?" mais se dissocia aussitôt de cette idée qui l'associerait peut-être à sa tristesse.
"Comment sont-ils décédés?" demanda-t-il prudemment.
"La guillotine, aujourd'hui..."
"Vous êtes juive?" demanda Schmidt presque malgré lui. Elle n'avait pourtant pas les traits que l'on prête généralement aux juives. Elle était blonde, un nez fin, on aurait cru voir une allemande. Elle s'appelait d'ailleurs Wellmann. Un nom courant chez les Allemands. Mais elle était bien juive. De là, peut-être ce petit air de bête traquée.
Il remarqua le collier qu'elle portait au cou. Il la complimenta sur ce collier.
"Je suis horriblement désolé de ce qui s'est produit pour votre famille (il ne se rappelait pas avoir fait exécuter des Wellmann mais il en avait tant passé dans la journée, du côté des hommes, qu'il aurait pu oublier) et je suis prêt à faire bien des choses pour vous aider à vous remettre de cet horrible choc et acceptez de prendre un café en ma compagnie" Ce qu'elle accepta sans dire oui. En se levant et en le suivant. La tête baissée. Comme une condamnée à obéir. Ceci irrita un brin Schmidt. Quel âge pouvait-elle bien avoir? étais-ce pour cela qu'elle avait été épargnée? sa jeunesse? Était-elle majeure? Schmidt ne se formalisa pas longtemps de toute ses questions et se dit qu'il en ferait fort probablement sa partenaire. Tous les Nazis se trouvaient une femme d'occasion, alors pourquoi pas lui?
Une fois en tête à tête, ils se livrèrent l'un à l'autre. Elle se laissa découvrir un peu. Elle n'avait plus rien devant elle. Ni derrière, sinon des souvenirs, qui lui ramenaient des larmes aux yeux et des tremblements. Elle s'en excusa. Elle se disait exténuée. Il lui suggéra de s'étendre un peu sur un divan tout près dans le café. Il la trouvait si séduisante. Si il avait pu, il l'aurait mariée sur-le-champs. Mais il se contenta de se rendre à la salle de bain. Ne serais-ce que pour se rafraîchir la coiffe et se montrer sous son meilleur jour afin qu'elle soit aussi séduite que lui l'était par elle. De tous les bijoux qu'il avait un jour ramassé sur les victimes de la guillotine, rien ne valait cette perle précieuse qu'il considérait avoir trouvé.
À son retour, la belle jeune femme dormait, étendue sur le divan, lui tournant le dos. Il la trouva touchante de vérité. La lourde peine, suivie de la fatigue. Elle dormait comme un bébé. Il s'en émeut.
Ce n'est qu'à ce moment qu'il remarqua la présence de deux lieutenants Allemands à ses côtés qui le regardaient sérieusement.
"Herr Schmidt! Qui a amené cette femme ici?"
Schmidt hésita avant de répondre. Confus, il se tût.
Les deux lieutenants en profitèrent pour se présenter et pour le féliciter pour son travail. Ils avaient entendu de bien belles choses à son sujet. Une efficacité hors du commun. Une efficacité dont l'équipe de la petite Roquette, là où on guillotinait les femmes, pourrait bénéficier. La preuve de leur négligence: ce cadavre traînant dans un café et ce collier qu'on avait oublié d'enlever.
Trop d'informations en même temps...Schmidt toucha la peau du visage pâle de la jeune femme qui était dur et froid.
En touchant le collier à nouveau, la tête roula au sol.
Il crût voir les yeux de cette tête s'ouvrir et le fixer.
Le siens se fermèrent et une grosse larme naquît sous sa paupière droite.
Des larmes précédées d'un grand frisson.
La jeune Wellmann avait été guillotinée le jour même.
Il avait eu rendez-vous avec un spectre, luttant dans l'entre-deux lieux.
"Les exécuter avec leurs propres inventions" pensait le sous-commandant Schmidt, se croyant spirituel.
Schmidt avait pour tâche de ramasser les items de valeur, les bijoux, les montres, les boutons de manchettes, les souliers vernis, les portefeuilles en cuir, leur contenu, avant que la victime ne se rende à l'échafaud.
C'était la fin d'une interminable journée où l'intensité des pleurs et la détresse des familles épurées ne l'avait pas vraiment atteint. Il ne faisait que son travail. Et c'est vers 17h, alors que son corps semblait lui indiquer qu'il était plutôt 5 h du matin, qu'il se permit d'allumer sa pipe.
Schmidt planait. Il ne rêvait même pas de promotion, la seule chose auquel il aspirait, et il se trouvait fleur bleue de le penser, était de tomber en amour avec une femme de son âge. Il rêvait précisément à ça dans les volutes de la fumée de sa pipe. C'est le visage d'une jolie blonde qu'il y voyait.
C'était le visage d'une jolie blonde qu'il y voyait.
C'était le visage d'une jolie blonde qui s'y trouvait.
Assise dans les escaliers sous un pont, comme cachée à l'ombre, pleurant tout bas.
Schmidt la regarda longuement avant de réaliser que se trouvait bien là une jeune fille de son âge comme il en avait toujours rêvé.
Mais qui pleurait.
Il lui demanda si elle parlait allemand.
Elle ne répondit pas, sursautant, remarquant la présence de Schmidt pour la première fois.
"Je ne vous veux pas de mal, ne craignez rien, vous êtes française?"
La jeune femme baissa les yeux, pleura encore un peu. Schmidt, prit d'un élan de galanterie lui tendit un mouchoir en s'approchant. On avait pleuré autour de lui toute la journée et ce ne l'avait en rien affecté mais cette jeune femme en détresse, seule, et si jolie, c'était autre chose. Il était prêt à quelques concessions.
"Je peux savoir ce qui vous trouble mademoiselle" lui demanda-t-il.
La jeune blonde attendit longuement, comme si elle calculait les mots précis à utiliser pour s'exprimer. Elle lui dit d'une voix douce, presque enfantine:
"ma famille au grand complet, mon frère, mon père, ma mère, ma grande soeur, tous tués..."
"par...?" il voulut demander "par nous?" mais se dissocia aussitôt de cette idée qui l'associerait peut-être à sa tristesse.
"Comment sont-ils décédés?" demanda-t-il prudemment.
"La guillotine, aujourd'hui..."
"Vous êtes juive?" demanda Schmidt presque malgré lui. Elle n'avait pourtant pas les traits que l'on prête généralement aux juives. Elle était blonde, un nez fin, on aurait cru voir une allemande. Elle s'appelait d'ailleurs Wellmann. Un nom courant chez les Allemands. Mais elle était bien juive. De là, peut-être ce petit air de bête traquée.
Il remarqua le collier qu'elle portait au cou. Il la complimenta sur ce collier.
"Je suis horriblement désolé de ce qui s'est produit pour votre famille (il ne se rappelait pas avoir fait exécuter des Wellmann mais il en avait tant passé dans la journée, du côté des hommes, qu'il aurait pu oublier) et je suis prêt à faire bien des choses pour vous aider à vous remettre de cet horrible choc et acceptez de prendre un café en ma compagnie" Ce qu'elle accepta sans dire oui. En se levant et en le suivant. La tête baissée. Comme une condamnée à obéir. Ceci irrita un brin Schmidt. Quel âge pouvait-elle bien avoir? étais-ce pour cela qu'elle avait été épargnée? sa jeunesse? Était-elle majeure? Schmidt ne se formalisa pas longtemps de toute ses questions et se dit qu'il en ferait fort probablement sa partenaire. Tous les Nazis se trouvaient une femme d'occasion, alors pourquoi pas lui?
Une fois en tête à tête, ils se livrèrent l'un à l'autre. Elle se laissa découvrir un peu. Elle n'avait plus rien devant elle. Ni derrière, sinon des souvenirs, qui lui ramenaient des larmes aux yeux et des tremblements. Elle s'en excusa. Elle se disait exténuée. Il lui suggéra de s'étendre un peu sur un divan tout près dans le café. Il la trouvait si séduisante. Si il avait pu, il l'aurait mariée sur-le-champs. Mais il se contenta de se rendre à la salle de bain. Ne serais-ce que pour se rafraîchir la coiffe et se montrer sous son meilleur jour afin qu'elle soit aussi séduite que lui l'était par elle. De tous les bijoux qu'il avait un jour ramassé sur les victimes de la guillotine, rien ne valait cette perle précieuse qu'il considérait avoir trouvé.
À son retour, la belle jeune femme dormait, étendue sur le divan, lui tournant le dos. Il la trouva touchante de vérité. La lourde peine, suivie de la fatigue. Elle dormait comme un bébé. Il s'en émeut.
Ce n'est qu'à ce moment qu'il remarqua la présence de deux lieutenants Allemands à ses côtés qui le regardaient sérieusement.
"Herr Schmidt! Qui a amené cette femme ici?"
Schmidt hésita avant de répondre. Confus, il se tût.
Les deux lieutenants en profitèrent pour se présenter et pour le féliciter pour son travail. Ils avaient entendu de bien belles choses à son sujet. Une efficacité hors du commun. Une efficacité dont l'équipe de la petite Roquette, là où on guillotinait les femmes, pourrait bénéficier. La preuve de leur négligence: ce cadavre traînant dans un café et ce collier qu'on avait oublié d'enlever.
Trop d'informations en même temps...Schmidt toucha la peau du visage pâle de la jeune femme qui était dur et froid.
En touchant le collier à nouveau, la tête roula au sol.
Il crût voir les yeux de cette tête s'ouvrir et le fixer.
Le siens se fermèrent et une grosse larme naquît sous sa paupière droite.
Des larmes précédées d'un grand frisson.
La jeune Wellmann avait été guillotinée le jour même.
Il avait eu rendez-vous avec un spectre, luttant dans l'entre-deux lieux.
samedi 8 février 2014
Bowie/Burroughs
Dans le livre Wild Boys de Williams S. Burroughs, l'arme privilégiée de ses "garçons sauvages" est un couteau Bowie.
David Bowie n'a jamais choisi son patronyme en l'honneur du livre (qui ne serait public que 5 ans plus tard de toute façon) mais bien en l'honneur du couteau. Versant autour de 1966 dans la philosophie, il tentait de trancher au travers des mensonges de la vie et s'était affublé de ce surnom pour associer image et motivation.
Quoiqu'il en soit, Burroughs et Bowie se sont rencontrés il y aura 50 ans cette année, et tous deux se sont lourdement inspirés l'un de l'autre suite à cette rencontre orchestrée alors par le magazine Rolling Stones.
Fin 1973, Bowie est à la croisée des chemins. Il assassine Ziggy sur scène, son public explose et revisite ses albums passés le rendant riche. Bowie devient le guide de Lou Reed en solo, écrit pour Mott the Hoople et se fait le parrain d'Iggy et de ses stooges.
La Ziggymania est à son zénith et l'album suivant en bénéficiera largement. Marc Bolan et Rod Stewart, ses principaux rivaux, n'ont pas le mystique (le côté androgyne qui intrigue entre autre) pour le rejoindre au sommet. Seul Elton John, et parce qu'il cède à la même flamboyance et ambiguïté sexuelle, réussit à suivre la parade. Certains tentent vainement de copier Bowie, mais trempant dans le désespoir plus que dans l'habileté artistique.
Bowie est alors plus qu'une pop star, il est le leader d'une culture artistique.
Et comme pour Bob Dylan une décennie auparavant, ça l'effraie.
William S. Burroughs en était, lui, dans les derniers moments de son séjour à Londres, débuté en 1968. Mieux connu pour l'invention de sa technique de cut-up que pour ses oeuvres chez le grand public, il avait publié Wild Boys la même année que Bowie s'inspirait des droogies de Kubrick dans A Clock Work Orange pour créer Ziggy Stardust.
Pour Burroughs, qui publiait depuis 20 ans avec des succès d'estime mais qui n'avait jamais goûté à l'aventure "grand public", rencontrer Bowie au sommet de la montagne, c'était embrasser la célébrité sur écran géant (bien qu'ils n'existaient pas encore). Burroughs avait déjà tâté du glamour avec un grand G en frayant avec Paul McCartney entre 1965 et 1966, ce qui lui avait valu un salut sur la pochette de Sgt.Pepper's Lonely Hearts Club Band de la part du Beatle.
Des groupes de musique naissants, Insect Trust et Steely Dan, feraient un clin d'oeil à l'oeuvre de Burroughs dans leur nom de band.
Les besoins de Bowie étaient peu évidents et ceux de Burroughs, issu d'une famille giga-riche qui avait coupé les ponts avec lui, étaient tout aussi diffus, mais dans les deux cas, on cherchait une "redirection de carrière." Il y avait urgence de part et d'autre.
Au début des années 60, Burroughs et son ami le peintre Brion Gysin, avaient aussi développé la cut-up technique visuelle, c'est-à-dire applicable à la peinture. Les ancêtres du scrapbooking sont Burroughs et Gysin. Bientôt, Bowie appliquerait ça aux sons.
Bowie, ayant lu Nova Express de Burroughs en prévision de la rencontre avec l'auteur, un livre écrit avec la méthode de la cut-up, trouva cette nouvelle manière de créer si agréable qu'il l'appliqua aussitôt à son projet suivant: une adaptation du livre de George Orwell 1984, fusionné à l'univers de William S. Burroughs.
La famille Orwell, effrayée par les idées de Bowie, refuserait de lui donner l'accord d'utilisation du matériel du grand George, mais Bowie teinterait les 6 années suivantes de réalisme social germanique au passé punk croisé de science-fiction. Diamond Dogs, lancé en 1974 sera son album le plus Ballardien.
Bowie connaissait son public et il voulait grandir, se transformer, au même rythme que ceux-ci se transformaient. Avant même le début des années 80, il s'en éloignerait toutefois, se relocalisant en Allemagne et refusant tout type de promotion pour ses albums. Tournant presque le dos à la machine musique. La business du moins.
Le personnage du martien qu'il avait joué pour Nic Roeg allait devenir Bowie. Aliéné de sa planète.
Le truc étant de déserter avant que le public ne choisisse de le déserter.
L'album Low lancé en 1977 allait emprunter des sons entrecoupés (des loops), des collages sonores de Brian Eno et même une langue inventée, techniques qui avaient William S. Burroughs à la racine.
Celui-ci pour sa part reviendrait vivre aux États-Unis, effectuant des tournées de lecture et apprenant à se mettre lui-même en marché, sur scène, dans les espaces publics, sur disque, en clip, en film, jusqu'à tard dans les années 90 touchant enfin de la richesse dont l'underground l'avait séparé de son héritage familial bourgeois.
La rencontre Bowie/Burroughs était publiée dans le Rolling Stones il y aura 40 ans le 28 février prochain.
William S. Burroughs aurait eu 100 ans mercredi dernier.
David Bowie n'a jamais choisi son patronyme en l'honneur du livre (qui ne serait public que 5 ans plus tard de toute façon) mais bien en l'honneur du couteau. Versant autour de 1966 dans la philosophie, il tentait de trancher au travers des mensonges de la vie et s'était affublé de ce surnom pour associer image et motivation.
Quoiqu'il en soit, Burroughs et Bowie se sont rencontrés il y aura 50 ans cette année, et tous deux se sont lourdement inspirés l'un de l'autre suite à cette rencontre orchestrée alors par le magazine Rolling Stones.
Fin 1973, Bowie est à la croisée des chemins. Il assassine Ziggy sur scène, son public explose et revisite ses albums passés le rendant riche. Bowie devient le guide de Lou Reed en solo, écrit pour Mott the Hoople et se fait le parrain d'Iggy et de ses stooges.
La Ziggymania est à son zénith et l'album suivant en bénéficiera largement. Marc Bolan et Rod Stewart, ses principaux rivaux, n'ont pas le mystique (le côté androgyne qui intrigue entre autre) pour le rejoindre au sommet. Seul Elton John, et parce qu'il cède à la même flamboyance et ambiguïté sexuelle, réussit à suivre la parade. Certains tentent vainement de copier Bowie, mais trempant dans le désespoir plus que dans l'habileté artistique.
Bowie est alors plus qu'une pop star, il est le leader d'une culture artistique.
Et comme pour Bob Dylan une décennie auparavant, ça l'effraie.
William S. Burroughs en était, lui, dans les derniers moments de son séjour à Londres, débuté en 1968. Mieux connu pour l'invention de sa technique de cut-up que pour ses oeuvres chez le grand public, il avait publié Wild Boys la même année que Bowie s'inspirait des droogies de Kubrick dans A Clock Work Orange pour créer Ziggy Stardust.
Pour Burroughs, qui publiait depuis 20 ans avec des succès d'estime mais qui n'avait jamais goûté à l'aventure "grand public", rencontrer Bowie au sommet de la montagne, c'était embrasser la célébrité sur écran géant (bien qu'ils n'existaient pas encore). Burroughs avait déjà tâté du glamour avec un grand G en frayant avec Paul McCartney entre 1965 et 1966, ce qui lui avait valu un salut sur la pochette de Sgt.Pepper's Lonely Hearts Club Band de la part du Beatle.
Des groupes de musique naissants, Insect Trust et Steely Dan, feraient un clin d'oeil à l'oeuvre de Burroughs dans leur nom de band.
Les besoins de Bowie étaient peu évidents et ceux de Burroughs, issu d'une famille giga-riche qui avait coupé les ponts avec lui, étaient tout aussi diffus, mais dans les deux cas, on cherchait une "redirection de carrière." Il y avait urgence de part et d'autre.
Au début des années 60, Burroughs et son ami le peintre Brion Gysin, avaient aussi développé la cut-up technique visuelle, c'est-à-dire applicable à la peinture. Les ancêtres du scrapbooking sont Burroughs et Gysin. Bientôt, Bowie appliquerait ça aux sons.
Bowie, ayant lu Nova Express de Burroughs en prévision de la rencontre avec l'auteur, un livre écrit avec la méthode de la cut-up, trouva cette nouvelle manière de créer si agréable qu'il l'appliqua aussitôt à son projet suivant: une adaptation du livre de George Orwell 1984, fusionné à l'univers de William S. Burroughs.
La famille Orwell, effrayée par les idées de Bowie, refuserait de lui donner l'accord d'utilisation du matériel du grand George, mais Bowie teinterait les 6 années suivantes de réalisme social germanique au passé punk croisé de science-fiction. Diamond Dogs, lancé en 1974 sera son album le plus Ballardien.
Bowie connaissait son public et il voulait grandir, se transformer, au même rythme que ceux-ci se transformaient. Avant même le début des années 80, il s'en éloignerait toutefois, se relocalisant en Allemagne et refusant tout type de promotion pour ses albums. Tournant presque le dos à la machine musique. La business du moins.
Le personnage du martien qu'il avait joué pour Nic Roeg allait devenir Bowie. Aliéné de sa planète.
Le truc étant de déserter avant que le public ne choisisse de le déserter.
L'album Low lancé en 1977 allait emprunter des sons entrecoupés (des loops), des collages sonores de Brian Eno et même une langue inventée, techniques qui avaient William S. Burroughs à la racine.
Celui-ci pour sa part reviendrait vivre aux États-Unis, effectuant des tournées de lecture et apprenant à se mettre lui-même en marché, sur scène, dans les espaces publics, sur disque, en clip, en film, jusqu'à tard dans les années 90 touchant enfin de la richesse dont l'underground l'avait séparé de son héritage familial bourgeois.
La rencontre Bowie/Burroughs était publiée dans le Rolling Stones il y aura 40 ans le 28 février prochain.
William S. Burroughs aurait eu 100 ans mercredi dernier.
vendredi 7 février 2014
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Je ne sais pas combien de temps je vais durer avec ce rythme de vie.
5 fois par semaine, de 4h du matin à 13h, en intensité physique aussi sévère que 6 à 7 heures d'entrainement en salle.
Quelques fois je me couche en après-midi mais pas toujours. La vie de tous les jours, mes traductions, l'amoureuse, les kids, le hockey de l'un, la danse et les devoirs de l'autre, les attentions à la grande qui se dit veuve, la vie quoi! entre en ligne de compte.
"T'as l'air fatigué, Hunter. Travailles tu toujours chez Rye & Die?" m'a demandé un voisin.
Yip
& I die.
C'était mon anniversaire mardi, qu'on avait célébré le samedi précédent. Parce que justement, Monkee, notre fils, allait être absent, Punkee, notre fille, aussi de 17h30 à 19h00 et l'amoureuse arriverait vers 18h30 à la maison ce soir-là. De plus, ce serait le 5ème jour de ma semaine de rythme mongol et je serais au sommet de ma fatigue. Ce que j'ai été ce jour-là.
Les Jones, j'y ai repensé en déchargeant une caisse de rye, ont toute une lignée de débardeurs, de marins et de déchargeurs de cargaison. Il y a quelques années, un pur inconnu découvrait entre les murs de sa maison de Québec un album photo. En cherchant, suivant les notes manuscrites inscrites derrière certaines des photos, il remontait jusqu'à mon père, Bevan Jones. Nous découvrions alors toute une série de photos de marins en charmante compagnie dans les ports d'un peu partout dans le monde et trouvions l'identité de cet arrière-grand-oncle qui était le héros de cet album photo. Les traits du visage étaient sans équivoque, c'était bien un des nôtres. En fouillant, on découvrirait que plusieurs des grands oncles/cousins de mon père travaillaient dans les ports. Comme déchargeurs/chargeurs, matelots, marins, découcheurs, fêtards. Les photos, pour l'époque, nous suggéraient quelques jours de congés émêchés pour ses cous qui se tordaient pour mieux s'entendre rire.
Du côté de ma mère aussi, son père à elle, d'origine Atikamekw, tout comme son épouse, travaillait comme soudeur pour le CN. Et chargeait/déchargeait aussi les wagons.
Je continuais donc la tradition sans vraiment y avoir réfléchi. C'était l'instinct du sang familial.
L'amoureuse, convaincue à tort que je trouverais ma journée d'anniversaire plate, se démenait pour la rendre agréable:
"Qu'est-ce que tu veux souper? dis-moi ce que tu veux, je vais te le donner"
"J'ai pas faim, honeybee...je suis crevé..."
Finalement j'ai cédé pour quelque chose que je savais que le trio que nous étions aimerait: de simples sushis.
Mais fatigue aidant, j'ai mangé plus ou moins distraitement tout en jetant un oeil à la télévision sur le match des Canadiens, club que je n'écoute plus en raison de mon horaire de hibou. Et sans m'en rendre totalement compte, j'ai enfilé entre mes dents et jusqu'à mon estomac une motte complète de wasabi...
Le temps que la sueur gagne mon front, que mes joues rosissent, que ma fille et ma douce explosent de rire et que je fasse du feu avec mes narines, les yeux parfaitement expulsés de leur orbite, les joues gonflées, je calais d'un seul coup la bouteille qui était sur la table, cette fois parfaitement réveillé.
Cette bouteille n'étant pas suffisante, j'en ai prise une autre dans le frigo, aussitôt la première terminée. Comme c'était deux bouteilles de vin rouge j'ai eu le hoquet presque tout de suite. Deux bouteilles de rouge coup sur coup n'atténuaient pas l'incendie dans ma bouche et je calais un 2 L de Pepsi, terminant sur le plus gros rot de l'humanité, désolant les deux filles et enlevant toute forme de classe à la soirée.
Même la chatte a fui à toute jambe.
Après avoir survécu à tout ça, ma langue ayant maintenant la texture du bacon, j'ai pris une douche ne serais-ce que pour changer ce linge tout suintant, l'amoureuse avait préparé dans la courte pause, l'option gâteau.
Quand j'avais 11 ans, un ami du même âge que moi buvait un café et voulût me faire goûter la même chose. Ce que j'ai alors fait en buvant un au complet.
Je l'ai vomi pendant trois jours.
Depuis cette initiation dans une rue de la côte Salaberry en 1983, chaque fois que mon corps détecte indice de café, tout remonte et je vomis aussitôt ingurgité. C'est psycho-somatique.
Vous me voyez venir, non?
L'amoureuse avait, comme toujours fait bien attention pour s'assurer que le gâteau ne contenait pas de cacao ou de parfum de café, ce qui fût fait, toutefois la petite plaquette qui portait le Bonne Fête Hunt! et dans laquelle je mordais pleine dent allait me faire sursauter et courir jusqu'à l'évier afin de vider mes intestins ainsi qu'un peu de mon estomac de tout ce qui y était entré dans le dernier 24 heures.
C'était de toutes les couleurs...
Je sais, je vous écoeure.
Je suis déchargeur.
Et Jones, du foie jusqu'au menton.
En passant par le colon.
5 fois par semaine, de 4h du matin à 13h, en intensité physique aussi sévère que 6 à 7 heures d'entrainement en salle.
Quelques fois je me couche en après-midi mais pas toujours. La vie de tous les jours, mes traductions, l'amoureuse, les kids, le hockey de l'un, la danse et les devoirs de l'autre, les attentions à la grande qui se dit veuve, la vie quoi! entre en ligne de compte.
"T'as l'air fatigué, Hunter. Travailles tu toujours chez Rye & Die?" m'a demandé un voisin.
Yip
& I die.
C'était mon anniversaire mardi, qu'on avait célébré le samedi précédent. Parce que justement, Monkee, notre fils, allait être absent, Punkee, notre fille, aussi de 17h30 à 19h00 et l'amoureuse arriverait vers 18h30 à la maison ce soir-là. De plus, ce serait le 5ème jour de ma semaine de rythme mongol et je serais au sommet de ma fatigue. Ce que j'ai été ce jour-là.
Les Jones, j'y ai repensé en déchargeant une caisse de rye, ont toute une lignée de débardeurs, de marins et de déchargeurs de cargaison. Il y a quelques années, un pur inconnu découvrait entre les murs de sa maison de Québec un album photo. En cherchant, suivant les notes manuscrites inscrites derrière certaines des photos, il remontait jusqu'à mon père, Bevan Jones. Nous découvrions alors toute une série de photos de marins en charmante compagnie dans les ports d'un peu partout dans le monde et trouvions l'identité de cet arrière-grand-oncle qui était le héros de cet album photo. Les traits du visage étaient sans équivoque, c'était bien un des nôtres. En fouillant, on découvrirait que plusieurs des grands oncles/cousins de mon père travaillaient dans les ports. Comme déchargeurs/chargeurs, matelots, marins, découcheurs, fêtards. Les photos, pour l'époque, nous suggéraient quelques jours de congés émêchés pour ses cous qui se tordaient pour mieux s'entendre rire.
Du côté de ma mère aussi, son père à elle, d'origine Atikamekw, tout comme son épouse, travaillait comme soudeur pour le CN. Et chargeait/déchargeait aussi les wagons.
Je continuais donc la tradition sans vraiment y avoir réfléchi. C'était l'instinct du sang familial.
L'amoureuse, convaincue à tort que je trouverais ma journée d'anniversaire plate, se démenait pour la rendre agréable:
"Qu'est-ce que tu veux souper? dis-moi ce que tu veux, je vais te le donner"
"J'ai pas faim, honeybee...je suis crevé..."
Finalement j'ai cédé pour quelque chose que je savais que le trio que nous étions aimerait: de simples sushis.
Mais fatigue aidant, j'ai mangé plus ou moins distraitement tout en jetant un oeil à la télévision sur le match des Canadiens, club que je n'écoute plus en raison de mon horaire de hibou. Et sans m'en rendre totalement compte, j'ai enfilé entre mes dents et jusqu'à mon estomac une motte complète de wasabi...
Le temps que la sueur gagne mon front, que mes joues rosissent, que ma fille et ma douce explosent de rire et que je fasse du feu avec mes narines, les yeux parfaitement expulsés de leur orbite, les joues gonflées, je calais d'un seul coup la bouteille qui était sur la table, cette fois parfaitement réveillé.
Cette bouteille n'étant pas suffisante, j'en ai prise une autre dans le frigo, aussitôt la première terminée. Comme c'était deux bouteilles de vin rouge j'ai eu le hoquet presque tout de suite. Deux bouteilles de rouge coup sur coup n'atténuaient pas l'incendie dans ma bouche et je calais un 2 L de Pepsi, terminant sur le plus gros rot de l'humanité, désolant les deux filles et enlevant toute forme de classe à la soirée.
Même la chatte a fui à toute jambe.
Après avoir survécu à tout ça, ma langue ayant maintenant la texture du bacon, j'ai pris une douche ne serais-ce que pour changer ce linge tout suintant, l'amoureuse avait préparé dans la courte pause, l'option gâteau.
Quand j'avais 11 ans, un ami du même âge que moi buvait un café et voulût me faire goûter la même chose. Ce que j'ai alors fait en buvant un au complet.
Je l'ai vomi pendant trois jours.
Depuis cette initiation dans une rue de la côte Salaberry en 1983, chaque fois que mon corps détecte indice de café, tout remonte et je vomis aussitôt ingurgité. C'est psycho-somatique.
Vous me voyez venir, non?
L'amoureuse avait, comme toujours fait bien attention pour s'assurer que le gâteau ne contenait pas de cacao ou de parfum de café, ce qui fût fait, toutefois la petite plaquette qui portait le Bonne Fête Hunt! et dans laquelle je mordais pleine dent allait me faire sursauter et courir jusqu'à l'évier afin de vider mes intestins ainsi qu'un peu de mon estomac de tout ce qui y était entré dans le dernier 24 heures.
C'était de toutes les couleurs...
Je sais, je vous écoeure.
Je suis déchargeur.
Et Jones, du foie jusqu'au menton.
En passant par le colon.
jeudi 6 février 2014
Les Étincelles du Géant
"Vas y man, t'as juste une vie"
Alain Magloire est le fils d'un ancien procureur de la ville de Montréal-Nord et deux fois ancien ministre de la justice d'Haïti, René Magloire. On connait tous le tempérament haïtien, affable, lent, "posé" comme dirait mon fils, horriblement pondéré au point de nous faire perdre les pédales parce que nous remettant en plein visage notre propre rythme de vie trop accéléré.
Intense n'est pas le mot qu'on colle généralement à un haïtien.
Bon vivant, ça oui.
Alain Magloire faisait 6 pieds 6. C'était un gentil géant. Moniteur dans un camp pour jeunes handicapés alors qu'il était ado, c'est là que Magloire trouvera la femme de sa vie, une animatrice elle aussi. Ils auront ensemble deux fillettes. Magloire était une bolle à l'école aussi. Il a été invité à faire sa médecine en Sorbonne, a fait une maîtrise en biochimie, a travaillé à l'institut national de recherche scientifique et chez PROCREA où il faisait des recherches sur la fertilité avec une amie à nous.
Alain Magloire avait plein d'étincelles dans sa tête, on le sentait animé par tout ce qu'il entreprenait. Avec son amoureuse, il se sont acheté un triplex.
Puis au milieu des années 2000, quelqu'un, dans une soirée entre amis, lui refile une pilule "d'extasy" qui est probablement de la cochonnerie pure à 100%. Une sale, sale, sale, sale, pilule.
"Vas y man, t'as juste une vie"
Commence une vie qui n'aura rien à voir avec la première.
Une étincelle nouvelle se produit dans la tête de Magloire. Son cerveau réagit très mal et dès le lendemain matin, il appelle son père, convaincu que la police de la terre entière le recherche. En plein délire paranoïaque, le géant a un genou à terre.
Il ne se relèvera jamais complètement.
Sa santé mentale n'a plus rien de sain. Le climat est si nocif que pour protéger son amoureuse et leurs deux fillettes, il choisit de quitter le triplex et de tenter de se reprendre en main ailleurs. En tâtant de l'itinérance entre autre, la mission Old Brewery et autres semblables. Ce sera un peu comme un retour au camp de vacances de son adolescence, un retour à la case départ, une remise à neuf. Peut-être pourra-t-il même aider, ceux qui en arrachent pour vrai. Lui, ce n'est probablement pas pour vrai. C'est une fêlure du cerveau qui se resoudra. Et c'est de la chambre d'un hôtel près du parc Émilie-Gamelin, là où traînent tant de déséquilibres, de résistants et de pockés de la vie, que Magloire tentera de se reconstruire mentalement.
Mais mardi matin, les étincelles se sont multipliées dans sa tête. Il a d'abord choisi de démolir sa chambre d'hôtel à coup de marteau. Un marteau qui ne quittera plus on poing tendu. Inquiétée, la direction de l'hôtel a alerté la police qui est aussitôt arrivée.
"Tirez-moi dessus, tirez-moi dessus" criait Magloire, marteau au poing et avec un cache-oeil de pirate. Une policière a tenté de lui asperger du poivre de cayenne, elle a glissé sur une plaque de glace. une voiture avait frappé l'homme de 6 pieds 6, le forçant à verser sur la capot. Magloire s'est dirigé vers la policière au sol et nous tombons maintenant dans la brume FreddyVilanuevesque.
Deux policiers ont été victimes de violents chocs nerveux.
On ne saura jamais trop si tout ça était nécessaire.
Trop d'étincelles de calibres différents en même temps.
Magloire a été touché au thorax à trois au quatre reprises.
Il en est mort, nouvelle qui a jeté la consternation chez ceux qui le connaissaient.
Intense n'était pas un mot qu'on collait généralement à l'haïtien.
Son père revient d'Haïti enterrer ce fils qui lui parait étranger.
Mais qui sera toujours un géant dans le coeur du père.
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