vendredi 17 juillet 2026

Blonde & Idiote Bassesse Inoubliable *******************God Blesse de Saez

Chaque mois, vers le milieu, tout comme je le fais pour le cinéma (dans ses 10 premiers jours) et tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) je vous parle de l'une de mes 3 immenses passions: La Musique !

Le titre de la chronique est inspiré de 4 albums que j'ai tant surécoutés dans ma vie que j'en connais toutes les paroles, tous les tons, tous les airs, toutes les notes, toutes les nuances, tous les sons. Bref, cette musique est désormais composante de mon ADN. 

Par ordre de création:

Blonde on Blonde de Bob Dylan

The Idiot d'Iggy Pop

Low de David Bowie

The Unforgettable Fire de U2

B.I.B.I. c'est moi. C'est aussi la terminaison du mot arabe habibi voulant dire je t'aime. 

Musique, je t'aime. 

GOD BLESSE de SAEZ

C'est l'album de l'ambition démesurée d'un écorché vif. En mars 2002, Damien Saez a 24 ans. Mais porte déjà sur ses épaules, en Europe francophone, le statut de porte parole d'une génération désabusée. Réputation acquise 2 ans avant avec un hit au titre assumé. Attendu par la critique pour la suite, Saez refuse la facilité commerciale et choisit de livrer un projet gigantesque , sombre et complexe, aérien croisant musique chantée et musique instrumentale. Double album de pas mois de 29 titres (30 en comptant le morceau caché) séparé par deux disques distincts : God Blesse et Katagena

Ce projet est né dans un contexte mondial et personnel lourd. L'écriture est profondément marquée par les attentas du 11 Septembre 2001, aux États-Unis, la montée de la télé-réalité, l'omniprésence du capitalisme et une rupture amoureuse douloureuse avec sa muse de l'époque, Paula. Saez enferme sa mélancolie et sa rage en studio pour accoucher d'une oeuvre fleuve qui oscille  en permanence entre la lumière et les ténèbres

Entre français et anglais

Instrumental et chanté

Sur le premier album, la fureur rock et la désillusion amoureuse. On ouvre brutal avec envie de nucléaire. La couleur est annoncée. L'énergie est rock brute et agressive, héritière directe de Noir Désir ou de Nirvana. Des morceaux crachent un colère noire et une rage mordante face à une société de consommation qu'il juge en trop plein et aliénante. Un autre morceau marquera tant que Brian DePalma lui emprunte dans un de ses films. Riff de guitares entêté, paroles crues, dépendance charnelle, le titre fait scandale et le clip est censuré, Interdite de diffusion de jour sur la plupart des radios et des télévisions. Cette censure renforce l'aura rebelle de l'artiste jugé sans filtre. Passant de la langue de Molière à celle de Shakespeare allégrement. Laissant quand même un espace à la détresse sentimentale. Le chanteur hurle sa solitude et son incapacité à oublier son grand amour, noyant son chagrin dans les excès. 

En disque 2, il rompt radicalement avec le rock du premier volume. Ici, Saez s'éloigne des structures de chansons classiques pour proposer une oeuvre immersive, presque cinématographique. J'ai d'ailleurs écrit quelques scènes en m'inspirant de cette musique pour un film jamais proposé. Mais scénarisé. 

On le sent fortement influencé par la musique classique, et l'électronicko rock de l'époque, Radiohead ou Massive Attack. Les morceaux s'allongent, portés par des pianos mélancoliques, des nappes de synthétiseurs et des arrangements de cordes tragiques. Les titres durent parfois plusieurs minutes, est sont complaintes instrumentales poignantes. Saez y abandonne parfois les paroles pour laisser parler la musique, créant une atmosphère de fin du monde. Un sentiment d'urgence. Le coeur sur la main. Il offre même 11 seconde de silence. Vers la fin. Pour respirer. 

Lorsqu'il prend le micro, il prose en poésie dépouillée, il appelle aussi à la résistance poétique face à la déshumanisation du monde. 

On le sent emo. Sous culture dont je suis issu, née au milieu des années 80 dans la scène punk mondiale, avant de devenir plus populaire, justement au début des années 2000. 

24 ans après sa sortie, ce grand succès français (moins ici) reste considéré comme le chef d'oeuvre absolu de cet absolutiste artiste, posant toute les bases de sa discographie future: l'engagement politique, la grandiloquence du piano-voix et le refus des compromis face à l'industrie musicale. 

Pour amateurs de musique francophone, électronicko rock, de piano, de cinéma, de Radiohead période Kid A/Amnesiac, de Massive Attack, d'alternatif, d'intensité lyrique, de mélodies classiques, de pop, de dance et de techno. De Noir Désir ou Nirvana, 

De musique emo.    

jeudi 16 juillet 2026

Groove Volé & Rêves d'Été

1986.

J'ai 14 ans. 

13 jusqu'au 4 février. Je ne me rappelle plus si c'est l'hiver ou pas. Probablement l'automne. C'est, il me semble, le début de l'année scolaire et, au secondaire, il y a une école secondaire du 418 par mois qui organise un party de danse où une pièce (fermée!) agit comme fumoir, pour les fumeurs et les fumeuses. Ouvert à tous les jeunes.

Ce devait être septembre. Le début de l'année car le party du mois, il se tient à l'hôtel Le Concorde, une endroit neutre, qui offre au sommet, une vue sur les Plaines d'Abraham. C'est très près de chez moi. Je suis élevé sur la rue Belvédère, la dernière de la ville de Sillery, si bien que non seulement on a deux adresses sur deux rues (on fait le coin Belvédère/Chemin St-Louis) le 1200 et le 902 respectivement, mais à l'Ouest et au Nord c'est Sillery, et à l'Est et au Sud de la rue, c'est la ville de Québec. Pour aller sur les Plaines ou en ville, c'est pratique pour moi, je le marche constamment. Tout se fait à pieds. Mes consommations ont le temps de s'évaporer durant ces marches. 

À cet âge, j'ai un an de partys dans le corps, probablement pas plus. Parmi les premiers partys, grand fan de The Cure, j'avais mis du eyeliner et du rouge à lèvres pour un party et avait fait sensation auprès des filles. Peut-être auprès de quelques gars aussi, mais mon ouverture face à l'homosexualité alors n'est probablement pas existante. Je serai chanceux en amour. Elles s'intéresseront beaucoup à moi, et vice-versa. J'ai volé, pour relever le défi d'une jolie brune "blondifiée"qui me plaisait bien, de l'anti sudorifique à sa demande à l'épicerie (!) sur l'heure du midi, une fois, pour elle. Mon père, qui passait par la banque sur cette même heure du midi était passé en voiture et je l'avais vu en premier, me cachant derrière l'abri bus. Mais il m'avait vu aussi. Il était sorti et m'avait demandé ce que je faisais là. Je me sentais horriblement coupable, comme si c'était écrit sur mon front que je venais de voler pour une fille. J'ai balbutié n'importe quoi et mon père à ajouter, très justement, "On dirait que tu te cachais derrière l'abri-bus. 

"Ben non ! j'attends mes amis qui achètent leur lunch à l'épicerie, moi j'ai déjà mangé mon sandwich en chemin". Je ne mentais pas, j'avais mangé mon sandwich en chemin, mais je mentais aussi, on y avait été pour voler et j'étais simplement sorti le premier avec succès. Je n'avais pas envie que mes ami(e)s reviennent de l'épicerie et me voient avec mon père. Ou PIRE! qu'ils en sortent, pris sur le fait, au bras d'un gérant, attendant la police. Ils sont apparus, et le malaise en est resté là. Mon père a remarqué que l'un d'eux avait une bouteille de liqueur en main, ça a suffit afin de croire qu'on était autour de l'épicerie vraiment pour ça. Il n'a jamais su que j'avais un antisudorifique qui ferait le bonheur de Mirabo dans mes poches. Oui, elle se prénommait Mirabo. Même si elle était ravie que j'ai relevé le défi pour elle, on a jamais été un couple. 

Ce party au Concorde, dans une salle de l'Hôtel, est resté mémorable. Il y avait beaucoup de monde, tous des 12-17 ans, et il y avait une énorme piste de danse où un DJ nous jouait les hits de l'heure, avec deux ou trois écrans géants qui jouaient derrière les vidéos de ces morceaux. je m'y rappelle G.B. avec laquelle on avait passé de très bon moments ensemble, ce soir-là. À un âge où les engagements amoureux restent vagues et incohérents. Pas toujours clairs. On se touche, on s'embrasse, on est tu un couple ? C'est toujours à revalider de jour, à l'école ou ailleurs. Car ce qui est bien dans ces soirées là, c'est que c'est ouvert à tous et que d'une école à l'autre, on se passe le mot pour s'y rendre à ces soirées sans alcool,  (mais les plus futés ont bu/fumé de l'herbe avant). C'est toujours plaisant de découvrir de nouveaux visages des autres écoles. Qu'on ne croise souvent qu'à ces soirées. Pour plusieurs filles et garçons d'écoles privées, c'est le moment de sortir et de se découvrir autrement qu'en costume scolaire. Et quand on tombe sur des visages connus de nos écoles à nous, on est hyper contents aussi. On ne se parle pas à l'école, mais vient We Are The World, Careless Whispers, Against All Odds ou Cherish et on danse soudainement collés avec une fille qu'on regardera d'un oeil nouveau le lundi suivant.

C'est à ce party précis, l'unique au Concorde à ce que je sache, à cette époque, que j'associe la chanson Holiday Rap de MC Miker et DJ Sven. Deux ados moustachus des Pays-Bas qui choisissent de faire un rap d'un hit de Madonna, de 1983, chanteuse qui est alors au sommet de sa popularité. Les deux jeunes y ajoutent des lignes de Summer Holiday de Cliff Richard et on réenregistre le tout avec l'aide d'un producteur de là-bas, après le refus de la Madonne qu'on lui emprunte la chanson. On copie/vole une partie connue de la chanson et on crédite les 3 auteurs, les 2 de la chanson Holiday (Curtis Hudson & Lisa Stevem) et Cliff Richard. On fait une interpolation de deux morceaux. 

Cocktail estival que j'ai dû entendre plus d'une fois alors, puisque chaque fois que j'ai réentendu la version de Madonna, l'originale, me revenait en tête le Holiday Rap des ces deux ados néerlandais.      

Et non, si on dansait comme le gars derrière eux dans le clip, on était sujet au taxage éternel de la part des quidams.

On était alors plein de possibilités encore. On croyait au No Future

On l'a eu. 

Personne n'a voulu de nous sur le marché du travail. Ou presque. On rigole encore avec ces faux sondages qui se veulent moqueur et disant toujours quelle génération a été la plus oubliée ? A) Les baby boomers, B) La Génération Z C) Les Milléniaux (ou la Y) D) La Génération Alpha ? 

On était plein de rêves. Et personnellement, j'étais privé d'allergies. Je rêve des ces été sans allergies.

J'éternue TOUS LES JOURS de l'été. Je n'ai pas encore le réflexe de pilules en tout temps. Je l'ai depuis lundi, car mon nez n'en peux plus. Sécrétions nasales, sécrétions pleins les cordes vocales, j'en dors mal. Et je pitchoum toute la journée, mes collègues en sont exaspéré(e)s. Je me sens dégénérer.

Mais quand je pense à ce Holday Rap d'il y a 40 ans, je me sens revivre. 

Un comprimé d'antihistaminique, une veille cassette, et me voilà de retour sur les Plaines au Concorde avec G.B. Du moins, dans ma tête. 

On est peut-être la génération oubliée des sondages et du marché du travail, mais personne ne pourra nous enlever la bande-son de nos 14-15 ans. 

mercredi 15 juillet 2026

Crapuleux Crimes Contre les Osages

J'ai visionné Killers of the Flower Moon de Martin Scorsese, le week-end dernier. Martin manque de confiance avec l'âge. The Irishman: 3h29. Killers of the Flower Moon : 3h26.

 Les deux histoires, tirées de vraies, auraient pu être racontées en 1h30/1h40.  Et nous rentrer dedans encore plus fort. 

Le règne de la terreur contre la nation autochtone Osage, survenu au début des années 20 en Oklahoma, demeure l'une des conspirations criminelles les plus odieuses et les plus sombres et sanglantes de l'histoire sale des États-Unis. Ce complot à grande échelle ne visait pas que des individus isolés, mais cherchait à éradiquer de manière Israélienne méthodiquement des familles entières afin de s'emparer de leur richesses pétrolières. L'adaptation cinématographique du récit de David Grann, publié en 2017, met en lumière cette tragédie humaine, mais la réalité historique dépasse encore en cruauté ce que l'écran pouvait retenir. 

Pour comprendre la genèse de ces crimes crapuleux, il faut remonter au 19e siècle. Expulsée de ses terres ancestrales par le gouvernement des États-Unis, la tribu des Osages est forcée d'acheter une réserve dans le Nord-Est de l'Oklahoma. Ce territoire jugé aride et incultivable par les autorités blanches, cachait l'un des plus grands gisement de pétrole du pays. 

Au tournant au XXe siècle, la situation bascule. La découverte de l'or noir transforme radicalement la situation financière de la tribu. En 1906, La loi d'attribution des terres Osages introduit un concept juridique unique : "les droits de succession pétrolière". Ces droits stipulaient que les revenus issus des concessions pétrolières étaient répartis également entre les membres inscrits de la tribu. Plus important encore, ces droits étaient incessibles, c'est-à-dire qu'il ne pouvaient être ni vendus, ni achetés, mais uniquement transmis par héritage. 

Familial. 

Au début des années 20, la communauté Osage en Oklahoma, devient, par habitant, l'une des plus riches au monde entier. Les redevances pétrolières rapportent des millions de dollars. DANS LES ANNÉES 20!

Les familles Osages affichent un train de vie fastueux qui suscite la jalousie et la convoitise féroce de la population blanche environnante. Ils achètent cette récente invention qu'est la voiture, mais ils achètent les plus beaux modèles. Il se font construire des maisons opulentes et emploient même, des domestiques blancs. Cette immense fortune engendre immédiatement un racisme systémique institutionalisé. Jugeant les autochtones "incapables" de gérer de telles sommes d'argent, le Congrès des É-U vote une loi discriminatoire dès 1921. Cette loi impose à chaque Osage jugé de "sang-pur",  un tuteur blanc, souvent choisi parmi les "élites" comme les avocats, les hommes d'affaires, les notables locaux. La classe Epstein de 1921. 

Ce système de tutelle ouvre grand les portes à une corruption généralisée. Les tuteurs contrôlent totalement les comptes bancaires et leurs administrés., limitant leur accès à leur propre argent.

Ils surfacturent les biens, détournent massivement des fonds et maintiennent les Osages dans une dépendance financière totale. Pire encore, ce système créé une incitation directe au meurtre. Si un Osage venait à mourir, sans héritier direct autochtone, ses droits pétroliers pouvaient être légués à son conjoint/sa conjointe blanc/ blanche. Ou gérés entièrement par son tuteur. Blanc. Souvent cet homme était les deux. Mari opportuniste et tuteur. 

C'est dans ce contexte de spoliation légale que débute l'horreur contre les Osages. Dès 1921. Le plan des conspirateurs blancs est simple. épouser des femmes Osages, éliminer méthodiquement tous les membres de leur famille, pour centraliser les droits pétroliers sur une seule tête, puis assassiner cette dernière personne pour capter l'héritage. 

Le film nous présente un "roi" manipulateur, qui a existé pour vrai (photo à gauche) qui accueille son neveu revenu de la Première Guerre Mondiale,  et le pousse à épouser une Osage, afin d'exterminer un à un, les membres de cette famille. Avec l'aide de nombreux complices blancs. Dont les travailleurs de la santé qui ont le pouvoir de subtilement, accélérer la mort...

Incendies dans la nuit, dépressif à qui on met un fusil dans la main après lui avoir mis une balle dans le front pour que ce soit cohérent avec un "suicide", empoisonnements, "accidents soudains", passagers "tombés d'un balcon ou d'un train",  accidents de voitures toujours tombés dans un ravin et sans jamais d'autopsie, les meurtres hâtifs se multiplient tant que ça attirera l'attention du tout nouveau Bureau of Investigation, futur FBI, dont le jeune patron, J.Edgar Hoover, en fait une de ses premières grandes enquêtes. 

Hoover ne sera pas toujours une ordure. Surtout à ses débuts. 

Les forces de l'ordre, les juges, les médecins, la classe Epstein, sont directement impliqués dans les complots. Tout le monde se protège pour le blanc bien commun. Les enquêteurs du FBI s'imposent quand les enquêteurs Osages, meurent les uns après les autres. Étrangement tous avant l'heure où on les penseraient morts. L'affaire traitée par Grann & Scorsese est survenue pour vraie, et est le résultat de l'enquête du FBI sur ce que je vous raconte. 

Bien que les coupables héritent de la prison à vie, ils seront tous libérés "pour bonne conduite" quelques décennies plus loin. Au grand dam des Osages. Privilège blanc oblige. 

Le bilan s'estime à autour d'une soixantaine de morts avant qu'on mette le doigt sur le cancer interne. La cicatrice sera majeure. Entre 1910 et 1930, sous une fausse acceptation de la situation des riches autochtones, on dit qu'une centaine de morts autochtones suspectes ou inexpliquées sont survenues. 

La cupidité coloniale ne date pas d'hier.

La décimation de lignée entière aura traumatisé à jamais l'histoire de la nation Osage, rappelant le coût humain effroyable d'une cupidité encore extraordinairement vivante en 2026.

Les horreurs des États-Unis contre leur propre citoyens ne datent pas d'hier non plus. 

L'ennemi a toujours été à l'intérieur. 

mardi 14 juillet 2026

Délices de la Beauté Française

Hier je vous parlais de la laideur américaine.

Aujourd'hui, concentrons nous sur la beauté.

Française. Non pas Léa Seydoux, Emmanuelle Béart ou Isabelle Huppert. Pas la beauté primaire au simple regard.

La beauté sonore de la France. 

Et comme la France a 1545 ans aujourd'hui, les 15 meilleures chansons (15 x45 tours) selon moi.

Subjectivement vôtre.

D'un plouc d'Amérique.

Par ordre de création:

Il n'y a Pas d'Amour Heureux - George Brassens 1953.

À l'origine un poème de Louis d'Aragon, cette oeuvre magistrale mise en musique par Brassens explore la fragilité et la douleur inhérentes aux sentiments humains. Barbara & Françoise Hardy l'ont aussi reprise. La chanson exprime avec mélancolie l'idée que le véritable amour est indissociable de la souffrance et des épreuves du temps. 

Le Déserteur- Boris Vian 1954.

Écrite en pleine guerre d'Indochine, ce chef d'oeuvre antimilitariste prends la forme d'une lettre ouverte adressée à "Monsieur le Président" par un homme refusant de partir au front. Longtemps censurée parce que contreproductive pour le recrutement, et radicalement pacifiste, ce morceau est devenu un hymne international francophone contre l'absurdité guerrière. 

La Chanson de Prévert. Serge Gainbourg. 1961.

En s'inspirant des Feuilles Mortes de Jacques Prévert, Gainsbourg signe un titre mélancolique d'une immense délicatesse sur la nostalgie des amours perdues. C'est l'un des premiers grands succès français qui utilise le prétexte d'une chanson en souvenir d'une autre, afin d'évoquer le temps qui passe.  

La Javanaise - Juliette Gréco. 1963.

Chantée par la grande Juliette, la chanson était signée Serge Gainsbourg, qui n'avait pas fini de signer des succès pour lui-même et pour les autres. Serge est un monument de la chanson française. Greco aussi. On utilise ici le style de danse "Java" et l'utilisation de l'argot javanais pour raconter, avec une élégance poétique infinie, une liaison amoureuse aussi brève que passionnée.  

La Bohème - Charles Aznavour 1965.

Portrait nostalgique de la jeunesse artistique de Montmartre, fauchée mais heureuse et libre. Porté par une interprétation théâtrale et vibrante, le morceau est devenu l'hymne universel d'une époque révolue et le plus grand succès international du grand (mais aussi petit) Charles. 

Ni Dieu, Ni Maitre. Léo Ferré. 1965.

Inspiré de la célèbre devise de l'anarchiste Auguste Blanqui, ce cri viscéral pour la liberté individuelle et le refus des autorités me parle immensément. Et les harmonies me touchent beaucoup. À travers une interprétation habitée et un texte d'une violence poétique rare, Ferré fustige notamment la peine de mort et l'oppression religieuse ou politique. 

La Chanson des Vieux Amants. Jacques Brel, 1967.

Monument de tendresse qui dresse le bilan d'un amour mûr, qui a survécu à 20 ans de tempêtes, d'orages et d'infidélités. L'écriture bouleversante de Brel sublime la routine et l'usure du temps, célébrant la triomphe de la complicité d'un couple sur la passion destructrice des débuts. 

Comme d'Habitude - Claude François. 1967.

Inspirée de sa rupture avec France Gall, cette oeuvre inspirera Frank Sinatra, Elvis Presley,. David Bowie et Sid Vicious. Parmi tant d'autres. Froide lucidité sur le quotidien d'un couple qui ne s'aime plus. 

La Quête. Jacques Brel.1968.

Adaptée de la comédie musicale Étatsunienne L'Homme de la Manche, cette chanson est le testament poétique ultime du courage et de l'idéalisme. À travers la figure de Don Quichotte, Brel y chante avec une force et une intensité théâtrale uniques l'importance de poursuivre ses rêves, mêmes les plus fous, même lorsque jugés, inaccessibles.  

Il est 5h, Paris s'Éveille.  Jacques Dutronc. 1968.

Le rouquin Jacques capture la transition poétique de la capitale entre la fin de la nuit et l'aube, au rythme de la célèbre flûte traversière de Jean-Pierre Rampal. Co-écrite avec Jacques Lanzmann, le texte oppose les fêtards fatigués de la veille, aux travailleurs matinaux des rues de la ville, pour brosser le portrait unique de la vie parisienne.

Le Sud- Nino Ferrer 1975.

Initialement écrite en anglais, cette ballade nostalgique évoque avec mélancolie le souvenir d'un paradis perdu, inspiré par la maison d'enfance de l'artiste en Italie et sa vie en Nouvelle-Calédonie. Porté par une mélodie chaleureuse et planante, ce morceau est devenu l'hymne intemporel de la douceur de vivre et du temps qui s'arrête. 

Mistral Gagnant -Renaud 1985

Ballade intimiste au piano et déclaration d'amour bouleversante d'un père à sa fille, Lolita, face au temps qui s'envole. En évoquant les bonbons disparus de son enfance, Renaud y chante la nostalgie de l'innocence avec une tendresse et une poésie universelles qui ont ému des générations de Français. 

Foule Sentimentale. Alain Souchon. 1993.

Morceau phare de la chanson pop française, critique douce-amère de la société de consommation qui pousse au matérialisme et la superficialité, à travers des paroles d'une grande sensibilité, Alain rappelle notre besoin viscéral d'amour, de poésie et d'idéal face aux illusions de la télévision et de la publicité.

10 Heures en Été. Françoise Hardy. 1996. 

Chanson envoûtante inspirée d'un roman de Marguerite Duras, co-composée avec Rodolphe Burger, chante l'été à l'automne de sa vie, la belle Françoise utilise la métaphore d'un orage d'été dévastateur pour peindre avec gravité la tension, le chaos et la fin imminente d'une histoire d'amour. Sensuel.

L'Horizon. Dominique A.. 2006.

Chanson magistrale, en crescendo, déployant une atmosphère à la fois épurée, et d'une énorme puissance rock. La paysage marin est aussi le mien, issu d'une famille de marins Irlandais portés sur la mer. La mer, symbole incontestable de toutes la liberté, de toutes les possibilités. Dominique A. y chante la fuite du temps, la quête d'absolu, le besoin vital d'espace pour réinventer sa propre existence.

La France a tant d'histoire, impossible de ne faire que 15 sans omettre des tonnes d'autres.

Ne serais-ce que les génies de la musique classique comme Berlioz, Ravel, Fauré, DeBussy, Satie ou Saint-Saëns. Et sans Piaf, le reste est possible ? Et L'Accord Parfait d'Autour de Lucie, 1994, parabole subtile du bonheur ?  AAAAAAAAAAAAArrgh!

Je vous ferai, d'ici la fin de l'année, mes préférées des 20 dernières années, issues de la 5e République.

Entre cousins, malgré les griffes occasionnelles, on s'aime bien.

C'est mon vote pour le Mondial. L'Angleterre a un capitaine ami de l'ennemi mondial Trump, l'Argentine est favorisée par la triche, l'Espagne, ben non pas l'Espagne, LA FRANCE!. 

Le match a lieu aujourd'hui à 15h, heure d'ici. ALLEZ LE 11 FRANÇAIS !!!! 

C'est le jour parfait pour en sortir fier. Même à l'étranger. 

Oh et du coup, bonne fête, encore. 

lundi 13 juillet 2026

Le Malaise de la Beauté Étatsunienne

Il y a des choses qui vieillissent plutôt mal.

Quand Patti Smith a chanté son excellent chanson Rock'n Roll N..., le dernier mot de ce titre, qui est le refrain, était bien le mot en N qu'il fallait cesser d'utiliser. Celui qui parle de la couleur (réelle) de certaines peaux humaines. C'était 1978 et Smith ne voulait pas parler de la race autant que de l'aspect marginalisé des artistes, des rebelles, des exclus de la société. Ce n'était pas 100% habile. La chanson a discrètement été retirée des plateformes de diffusion en 2022, mais reste disponible sur les CD ou les copies de 33 tours originaux. Elle ne la joue jamais en spectacle aussi. Consciente que les époques ont changé. 

Les auteurs sudistes du passé des États-Unis, Harper Lee, John Steinbeck, William Faulkner, Mark Twain (bien que ce dernier ne soit pas issu du Sud) ont tous vu leurs brillantes oeuvres être retirées des lectures obligatoires dans les écoles des États-Unis. Certaines éditions ont remplacé le mot par le mot esclave. Jusqu'à près de 220 fois pour Mark Twain, dans un seul livre. Les moins brillants ont tout simplement banni le livre au lieu d'en choisir les copies qui ont fait des éditions modernes avec un N*** partout où c'est nécessaire. 

Mark Knopfler, chanteur de Dire Straits, chantait "The little faggot got his own jet airplane, the little faggot is a millionaire" sur le plus grand hit du band. Mais 2 mois après la sortie de l'album, il chantait déjà the little maggot (larve) et continuera de le faire tout sa carrière. Il a corrigé aussitôt son récit d'ouvriers enviant les riches gens chez qui ils travaillent, avec le nouveau regard que les gens commençaient à porter sur les homosexuels et le SIDA qui pointait son horrible tête. 

Elvis Costello a aussi été forcé de réécrire un passage de Oliver's Army, Only takes one itchy trigger, one more widow, one less white N*** qui faisait référence à l'armée britannique qui, dans son conflit Nord-Irlandais, voulait rabaisser les catholiques en les appelant ainsi. Comme l'attention n'était plus sur la cruauté militaire, il a choisi d'en changer les paroles par one more widow, another pallbearer

 

Avec la mort de Bonnie Tyler récente, le vidéo de son plus grand succès, Total Eclipse of the Heart, a recommencé à circuler et ça m'a rappelé deux choses. 1- Bonnie est la pire actrice du globe pour jouer le surprise/l'étonnement 2- Il y a malaise quand on voit une femme de 31 ou 32 ans, flirter avec ce qui semble être un étudiant de 15-17 ans. Mais ça peut toujours se défendre. Au collège, on a entre 18 et 22 ans. Il est peut-être collégien. Et l'acteur qui le joue, est visiblement majeur.  


Knopfler est Britannique. Costello. Irlando-Britannique et Tyler était Galloise. C'est en pensant à American Beauty, excellent premier film de Sam Mendes, 5 fois Oscarisé, que le malaise est devenu plus grand. Il a été lancé en 1999. Il y a 27 ans. Tout est des É-U autour de ce film.    

Dans son rapport avec aujourd'hui, il y a profond malaise. 

Le premier niveau d'inconfort vient du télescopage direct entre le personnage et l'acteur. Kevin Spacey incarne Lester Burnham, père de famille en pleine crise de la quarantaine, obsédé sexuellement par Angela, une amie mineure de sa fille adolescente. En 2017, la vague #MeToo a mis en lumière de nombreuses accusations d'agressions sexuelles et de harcèlement contre Spacey, plusieurs impliquant de jeunes hommes, alors mineurs. 

Le second niveau d'inconfort nait de cet effet sociétal, aux États-Unis, qui protège actuellement un lot de prédateurs indéterminés, en position d'influence, qu'on soupçonne tous pédophiles.

Depuis Lolita de Vladimir Nabokov, en 1955, une sorte de banalisation de l'attirance pour les mineures a semblé favoriser la pédocriminalité actuelle. Impunie. Et Mendes, et Alan Ball, son scénariste, ont dit que de nos jours, on ne pourrait pas présenter cette idée et tourner ce film. En tout cas pas de la même manière. 

Dans American Beauty, il y a cette scène qui est le vrai sujet du film. Qui en fait toute sa beauté. Le personnage du fils du voisin de Burnham explique un vidéo qu'il a tourné d'un sac qui vole au vent, à la fille de Burnham. Il conclut que "Parfois, il y a tellement de beauté dans le monde, que j'ai l'impression que je ne peux pas la supporter, et que mon coeur est simplement sur le point de lâcher. 

Je vis le contraire en ce moment en pensant aux États-Unis. Je vis la laideur dans le monde.

Les États-Unis ont tant de beau à offrir mais on semble n'en retenir qu'une malsaine laideur.

Quand j'ai appris que Lindsey Graham, 71 ans, idiot utile au pédoprésident après avoir juré être son ennemi absolu, était décédé, je n'ai pas cherché à savoir de quoi ou comment ou même à ;ire sur sa triste vie. 


Je me suis contenté de penser "Parfait, un de moins"

Et je me suis trouvé laid.   

On a plutôt tous envie de voir la plus belle chose qu'on ai jamais sentie.

Dès aujourd'hui.