Mais la rage face au fascisme Étatsunien m'habitait trop, fallait que je la sorte hier, au plus vite.
Reste que Bowie, je l'ai revisité toute la semaine. En sa mémoire, je vous parles de mes 10 incontournables. En albums. 90% se trouveront dans les années 70, années fructueuses pour l'homme caméléon, Années qui furent mes 8 premières années de vie.
(Mais j'ai découvert Bowie, pré-adolescent et j'ai craqué pour lui par une chanson tirée d'un album qui ne sera pas ici)
Lodger (1979)
Bowie a son plus fébrile et relativement expérimental. Une chanson fait jouer tout le monde d'un instrument qui n'était pas le leur. Une autre qui était une de siennes passées, est jouée à l'envers et on construit dessus, on offre un exposé sur les hommes qui battent leurs femmes. On offre un air turc, deux fois la même structure de chansons, mais deux chansons différentes, malin et angulaire, presque Talking Heads qui sévit à son plus fort, alors. Presqu'un travelogue avec ses inspiration de Can !, ses propos meta et son tranquille subversif me plaisent. Sous estimé album. Qui contient des bijoux.
Hunky Dory (1971)
4e album de Bowie, éblouissant album qui le présente comme réel auteur compositeur aux styles très variés, plein d'esprit, néo-papa, vulnérable, littéraire, cabaret, à sensibilité pop. occulte et Nietzschien, Intime et théatral aussi, avec sa pochette pseudo Dietrich, traçant le carbone pour ce qui allait suivre. Avec Rick Wakeman, aux claviers. Et les araignées de Mars qui ne s'appellent pas encore ainsi, mais qui sont tous là. Aussi acoustique que classique et s'adressant à ses muses artistiques.
Young Americans (1975)
Plongée dans le soul de Philadelphie et le R & B, un soul qu'il qualifiera de "plastique" car Bowie est pain blanc et ne sera jamais noir, ne pourra que rendre hommage à ceux et celles qui ont fait naitre la musique commercialisée. Avec une surprenante sincérité, il offre de fluviales guitares et de riches grooves, dont un morceau d'un jeune Luther Vandross. Il refait les Beatles aussi, et travaille avec Lennon, dans son "lost weekend" de 18 mois. Mais c'est pas son travail avec Lennon qui me plait, pas du tout même, c'est le caramel de plusieurs morceaux "lounge" que j'adore. Et le soleil en ouverture.
Outside.1 (1995)
20 ans plus tard. Sombre et fracturée épopée cyber-noire qui s'écoute tout d'un trait, concept racontant l'histoire d'un détective enquêtant sur la séquestration d'un(e) enfant dans un sous-sol, avec un focus sur l'art et plusieurs personnages. Trempé dans la violence narrative, la musique est techno rock, embrassant le chaos de manière menaçante avec traces de maladie mentale (ce qui a inspiré l'album). Réunion heureuse avec Eno, qui n'a jamais donné de réelle suite intéressante. Il y avait bien un 1 après le titre de l'album. Suggérant un 2. Qui sera bébé avorté. avantgardorockandtechno.
Aladdin Sane (1973)
Glam rock avec clin d'oeil aux New York Dolls, débauche de Los Angeles, inspiration music hall et guitare cheval, reprise futuriste des Stones, élégance raffinée, second volet Ziggy, jazzy frôlant la folie, Ziggy qui craque sous la pression. Cet album a joué plus d'un an dans ma voiture dans les années 2000. Je le trouve toujours pertinent avec sa suggestion qu'avec les excès, arrivent paranoïa, doo-wop, chanson d'amour et blues.
Diamond Dogs (1974)
Blues pour ouvrir un peu à la Rolling Stones (Bowie commence à fréquenter Mick Jagger alors) cet album qui devait être une adaptation musicale de 1984 de George Orwell, n'en sera que traces. Décadente dystopie qui présente le personnage d'Halloween Jack, a really cool cat, théatral et solonnel, sale et un peu pirate, premier effort sans ses araignées, pari personnel relevé, avec ses morceaux qui n'ont parfois qu'un seul hook. Même expérimental. Glam encore, mais sombre. Et dans les teintes du gris-jaune. S'écoute d'un trait. Un de ses plus courts albums. Mais parfait dans la forme. S'écoute aussi d'un trait.
Heroes (1977)
Froid, à l'hymne monumental, et émotivement distant, jusqu'à ce qu'il soit, au contraire rétro pédalant. Rock inspiré de l'Allemagne où il a été majoritairement composé, créé et enregistré, rock brut et parfois noisy, il y a une tension qui nous glisse dans le corridor malsain du divorce de Bowie d'Angela, alors. Défiante beauté aux airs d'aciers. Tony Visconti, y trichera sa femme avec Antonia Maass pour inspirer la pièce titre. Moody, Nuancé. Gris. Magique.
Station To Station (1976)
Élégant, hanté, dangereusement maigre parce que cocaïné, prêt à changer de personnage, de son, de ton. intense, avec des morceaux avec Iggy et un autre pour Elvis, que Presley refuse parce que de quoi aurait-il l'air d'accepter un morceau de cet homme efféminé ? Heureusement Elvis, et son conservatisme mental, s'éteint un an plus tard. Earl Slick et Carlos Alomar brillent à la guitare, se relancent habilement. Le dernier morceau de l'album me plait tant qu'en 2023 ou 2024, ce sera le morceau que j'écoute le plus de mon téléphone, selon Spotify. Un de mes morceaux préférés à vie, peu importe l'artiste. Une reprise. Quelle honte !
The Rise & Fall of Ziggy Sardust & The Spiders From Mars (1972)
Chef d'oeuvre proto-punk, transcendant, soul et pop, album concept à la trajectoire narrative tragique pour un leader perdant la tête en raison de son ego mal contrôlé, mais toujours inspiré des étoiles. Ça ne pouvait que faire écho à un extra terrestre comme moi. D'ailleurs les personnages du band sont nés dans la semaine où je suis né. C'est pas innocent. Mythique, cet album a marqué au fer rouge mon adolescence.
Low (1977)
Cet album a sauvé ma vie. À un moment où je vivais ce qui devait être une sorte de dépression, j'ai eu alors l'impression d'en avoir la trame sonore salvatrice. Aliénant par moments, mais aussi agréablement aérien et plein d'espoir, coloré et lumineux, équilibré entre instrumental et chanté, profondément humain, cet album m'a fait pleurer au moins 2 fois. Dont une fois en spectacle et ce n'était même pas lui qui chantait sur scène, c'était un hommage chanté par 3 filles. Murmures et tapisseries sonores, fractures pop, aucune envie de séduire les radios. On avait refusé l'album à la maison de disque. Ce qui confirme l'excellence de celui-ci. Les requins ne sont pas les meilleurs juges dans les océans musicaux. Atmosphères hantées, album intemporel, dont éternel, et ami pour la vie.
| "Décroche, Jones" |
C'est personnel, mais c'est réel.
Contrairement à toute intervention devant les journalistes de la part du gouvernement le plus corrompu de l'histoire des États-Unis.
Oui, j'en deviens obsédé.