Je vous parles d'un film que j'ai aimé pour son histoire, ses interprètes, sa réalisation, sa cinématographie, son sujet, sa trame sonore, son audace, bref je vous parle d'un film dont j'ai aimé pas mal tous les choix.
Je vous parles ce qui me plait dans le cinéma.
THE GRIFTERS de Stephen Frears.
Donald Westlake est un auteur dont j'aime le style. Noir. Intéressé par les marginaux, les non traditionnels. Les ratés et les imparfaits. J'aime aussi qu'il soit insaisissable poisson. Il a écrit plus de 100 romans ou nouvelles sous des tonnes de pseudonymes. Richard Stark, une vingtaine de fois entre 1962 et 1974. Il a aussi écrit, de son propre aveu, sous les pseudonymes de Tucker Coe and some other fellows. Si bien que quand Frears lui demandera de signer l'adaptation du livre de Jim Thompson, sous le nom de Stark, et que Westlake invente une raison pour ne pas l'y associer, Frears finira par placer un nom d'entreprise dans le film qui soit nommé Stark, Coe & Fellows. Ce sont Robert Harris, Jim Painten et Bruce Kawin qui présentent le livre à Martin Scorsese dans le but qu'il l'adapte en film vers la fin des années 80. Mais Martin est très investi sur Wiseguy déjà, qui deviendra le formidable Goodfellas. Frears vient de terminer Dangerous Liaisons, chef d'oeuvre dont j'étais convaincu que je vous avais détaillée ma passion ici, (à ma façon, oui) et dont je vous reparlerai surement aussi, un jour. Le film a été un grand succès et il se cherche un nouveau projet différent. De l'époque actuelle. Scorsese aime beaucoup aussi et offre à Frears si il peut produire le film. Frears est charmé par le style dur de Thompson, croisement de fiction pulpeuse et de tragédie grecque. C'est le réalisateur allemand Volker Schlöndorff qui leur recommande Westlake, qui ne sera pas tout de suite enchanté. Trouvant trop glauque. Frears le reconvoque et lui fait voir le film autrement. Comme l'histoire d'une femme sur le déclin qui ne tente de survivre dans un univers qui la dépasse désormais. Westlake aime. Anjelica Huston incarne Lily, escroc de longue date, qui veut faire un grand coup comme dans sa jeunesse en se joignant à son fils, John Cusack dans la peau de Roy, et de sa copine, Myra, de laquelle elle a un instantané dégoût, elle est belle, jeune et pleine d'énergie, ce que Lily ne se sent plus être. J'avais découvert Annette Bening dans Valmont, peu de temps avant, et dans ce film, j'en tombais amoureux. Les deux femmes seront si parfaites qu'elles seront toutes deux nommées aux Oscars. Cusack avait lu le livre de Thompson, lancé en 1963, quand John avait 19 ans et pensait lui-même vouloir un jour adapté ceci pour le cinéma. Quand il apprend que Scorsese et Frears travaillent là-dessus, il s'impose entre les deux. Et avec passion, lui parle de la sienne pour ce projet. Il travaillera auprès de vrais escrocs et apprendra avec eux tout les petites arnaques qu'il fait de ses mains dans le film. Cher et Sissy Spacek étaient les deux premiers choix pour le rôle offert à Anjelica. Annette est fraichement découverte, n'ayant alors que 2 longs métrages à son actif, et son rôle "pétillant " séduit tant que Warren Beatty craque pour elle sur grand écran et la choisit pour son projet l'année de la sortie du film. Bening accepte une scène de nudité frontale car elle ajoute à l'aspect comédie de son personnage. Huston trouvera le tournage éprouvant. Quittant le tournage plusieurs heures après l'intensité de la scène finale entre elle et son fils. Et vomissant presque toute la soirée dans la scène de torture qui la plaçait au coeur. Comble de l'horreur, la scène sera coupée au montage final. On commence à tourner en octobre 1989, principalement à Los Angeles, dans les appartements du Bryson Hotel, et aussi à Phoenix, en Arizona. Les éclairages pour lesquels tourne Oliver Stapleton sont assez délicieux. J.T. Walsh, Charles Napier (le Joker original de la télévision), Jeremy Piven y tiennent des rôles de soutien fort intéressants. Rôles tordus un peu partout.Tension des petits criminels des années 60 dans le chic cheap de Los Angeles des années 90. Huston tentant de survivre, Cusack croche sous des airs de bobo, Bening, pimpée poupée.
Agréable film noir aux personnages dans une toile, un labyrinthe de conséquences de ce qu'ils sont et de ce qu'ils font.