J'ai 14 ans.
13 jusqu'au 4 février. Je ne me rappelle plus si c'est l'hiver ou pas. Probablement l'automne. C'est, il me semble, le début de l'année scolaire et, au secondaire, il y a une école secondaire du 418 par mois qui organise un party de danse où une pièce (fermée!) agit comme fumoir, pour les fumeurs et les fumeuses. Ouvert à tous les jeunes.
Ce devait être septembre. Le début de l'année car le party du mois, il se tient à l'hôtel Le Concorde, une endroit neutre, qui offre au sommet, une vue sur les Plaines d'Abraham. C'est très près de chez moi. Je suis élevé sur la rue Belvédère, la dernière de la ville de Sillery, si bien que non seulement on a deux adresses sur deux rues (on fait le coin Belvédère/Chemin St-Louis) le 1200 et le 902 respectivement, mais à l'Ouest et au Nord c'est Sillery, et à l'Est et au Sud de la rue, c'est la ville de Québec. Pour aller sur les Plaines ou en ville, c'est pratique pour moi, je le marche constamment. Tout se fait à pieds. Mes consommations ont le temps de s'évaporer durant ces marches.
À cet âge, j'ai un an de partys dans le corps, probablement pas plus. Parmi les premiers partys, grand fan de The Cure, j'avais mis du eyeliner et du rouge à lèvres pour un party et avait fait sensation auprès des filles. Peut-être auprès de quelques gars aussi, mais mon ouverture face à l'homosexualité alors n'est probablement pas existante. Je serai chanceux en amour. Elles s'intéresseront beaucoup à moi, et vice-versa. J'ai volé, pour relever le défi d'une jolie brune "blondifiée"qui me plaisait bien, de l'anti sudorifique à sa demande à l'épicerie (!) sur l'heure du midi, une fois, pour elle. Mon père, qui passait par la banque sur cette même heure du midi était passé en voiture et je l'avais vu en premier, me cachant derrière l'abri bus. Mais il m'avait vu aussi. Il était sorti et m'avait demandé ce que je faisais là. Je me sentais horriblement coupable, comme si c'était écrit sur mon front que je venais de voler pour une fille. J'ai balbutié n'importe quoi et mon père à ajouter, très justement, "On dirait que tu te cachais derrière l'abri-bus."Ben non ! j'attends mes amis qui achètent leur lunch à l'épicerie, moi j'ai déjà mangé mon sandwich en chemin". Je ne mentais pas, j'avais mangé mon sandwich en chemin, mais je mentais aussi, on y avait été pour voler et j'étais simplement sorti le premier avec succès. Je n'avais pas envie que mes ami(e)s reviennent de l'épicerie et me voient avec mon père. Ou PIRE! qu'ils en sortent, pris sur le fait, au bras d'un gérant, attendant la police. Ils sont apparus, et le malaise en est resté là. Mon père a remarqué que l'un d'eux avait une bouteille de liqueur en main, ça a suffit afin de croire qu'on était autour de l'épicerie vraiment pour ça. Il n'a jamais su que j'avais un antisudorifique qui ferait le bonheur de Mirabo dans mes poches. Oui, elle se prénommait Mirabo. Même si elle était ravie que j'ai relevé le défi pour elle, on a jamais été un couple.
Ce party au Concorde, dans une salle de l'Hôtel, est resté mémorable. Il y avait beaucoup de monde, tous des 12-17 ans, et il y avait une énorme piste de danse où un DJ nous jouait les hits de l'heure, avec deux ou trois écrans géants qui jouaient derrière les vidéos de ces morceaux. je m'y rappelle G.B. avec laquelle on avait passé de très bon moments ensemble, ce soir-là. À un âge où les engagements amoureux restent vagues et incohérents. Pas toujours clairs. On se touche, on s'embrasse, on est tu un couple ? C'est toujours à revalider de jour, à l'école ou ailleurs. Car ce qui est bien dans ces soirées là, c'est que c'est ouvert à tous et que d'une école à l'autre, on se passe le mot pour s'y rendre à ces soirées sans alcool, (mais les plus futés ont bu/fumé de l'herbe avant). C'est toujours plaisant de découvrir de nouveaux visages des autres écoles. Qu'on ne croise souvent qu'à ces soirées. Pour plusieurs filles et garçons d'écoles privées, c'est le moment de sortir et de se découvrir autrement qu'en costume scolaire. Et quand on tombe sur des visages connus de nos écoles à nous, on est hyper contents aussi. On ne se parle pas à l'école, mais vient We Are The World, Careless Whispers, Against All Odds ou Cherish et on danse soudainement collés avec une fille qu'on regardera d'un oeil nouveau le lundi suivant.C'est à ce party précis, l'unique au Concorde à ce que je sache, à cette époque, que j'associe la chanson Holiday Rap de MC Miker et DJ Sven. Deux ados moustachus des Pays-Bas qui choisissent de faire un rap d'un hit de Madonna, de 1983, chanteuse qui est alors au sommet de sa popularité. Les deux jeunes y ajoutent des lignes de Summer Holiday de Cliff Richard et on réenregistre le tout avec l'aide d'un producteur de là-bas, après le refus de la Madonne qu'on lui emprunte la chanson. On copie/vole une partie connue de la chanson et on crédite les 3 auteurs, les 2 de la chanson Holiday (Curtis Hudson & Lisa Stevem) et Cliff Richard. On fait une interpolation de deux morceaux.Cocktail estival que j'ai dû entendre plus d'une fois alors, puisque chaque fois que j'ai réentendu la version de Madonna, l'originale, me revenait en tête le Holiday Rap des ces deux ados néerlandais.
Et non, si on dansait comme le gars derrière eux dans le clip, on était sujet au taxage éternel de la part des quidams.On était alors plein de possibilités encore. On croyait au No Future.
On l'a eu.
Personne n'a voulu de nous sur le marché du travail. Ou presque. On rigole encore avec ces faux sondages qui se veulent moqueur et disant toujours quelle génération a été la plus oubliée ? A) Les baby boomers, B) La Génération Z C) Les Milléniaux (ou la Y) D) La Génération Alpha ?
On était plein de rêves. Et personnellement, j'étais privé d'allergies. Je rêve des ces été sans allergies.J'éternue TOUS LES JOURS de l'été. Je n'ai pas encore le réflexe de pilules en tout temps. Je l'ai depuis lundi, car mon nez n'en peux plus. Sécrétions nasales, sécrétions pleins les cordes vocales, j'en dors mal. Et je pitchoum toute la journée, mes collègues en sont exaspéré(e)s. Je me sens dégénérer.
Mais quand je pense à ce Holday Rap d'il y a 40 ans, je me sens revivre.
Un comprimé d'antihistaminique, une veille cassette, et me voilà de retour sur les Plaines au Concorde avec G.B. Du moins, dans ma tête.
On est peut-être la génération oubliée des sondages et du marché du travail, mais personne ne pourra nous enlever la bande-son de nos 14-15 ans.