samedi 31 janvier 2026

Lacrymal Belvédère

Pleurer.

Je l'ai déjà dit, plus je vieillis, plus je réalises que je pleure face au beau, davantage que de réeele tristesse. 

Comme si le monde était si devenu laid et que de voir du beau me devient nostalgique et...inaccessible ?

Pas facile de trouver le monde beau en 2026. 

Quand j'ai vu pour la première fois l'excellent film de 2019 de Taika Waititi adapatant le livre de Christine Leunens, Jojo Rabit, il y a une scène vers la fin qui commande des larmes. Amenée avec une belle subtilité. J'ai été touché, saisi,  mais je n'ai pas eu de larmes. Pourtant, la scène finale, tout à fait heureuse, m'a fait couler de chaudes larmes. Peut-être que la scène terrible d'avant m'avait inconsciemment fragilisé. Faudrait demander à un psy. Mais la scène finale est presque drôle car Roman Griffin Davis, qui incarne le jeune allemand des Jeunesses Hitlériennes de 10 ans, semble même décrocher un peu. Je vous laisse découvrir, je n'en dis pas plus. C'est une comédie (dramatique)sur Hitler et c'est un pari réussi.

J'ai pleuré parce que j'ai trouvé si beau. 

Ce qui reste particulier est que j'ai revu le film en DVD, que j'ai acheté, savait donc ce qui s'en venait, et j'ai repleuré sur la scène finale. Il m'est arrivé la même chose avec le délicieux film Québécois La Petite et le Vieux. La scène finale, pourtant belle, m'a fait monter les larmes la première fois, et quand le film est passé à la télévision, dans le temps des fêtes, l'amoureuse est tombée sur la scène, que je connaissais, j'ai levé la tête de ce que je faisais lui ai dit de laisser sur cette station, pour encore sentir les larmes me monter aux yeux sur la scène. Une belle scène pourtant de notre personnage, désormais jeune adulte. Patrice Sauvé, adapté par Sebastien Girard du livre de Marie-Renée Lavoie, a tricoté un joli petit film touchant. 

 J'ai lu l'article de Rose-Aimée Automne T.Morin sur la cybperpresse. Sur pleurer. En Public.  

J'ai trouvé particulier qu'un lieu qui nous soit si familier, le belvédère du Mont-Royal, puisse réunir tant de gens sur place dans le but précis de pleurer quelque chose de trop lourd. Peut-on y pleurer une demande en mariage? Pleurer en équipe ? Weird. Comme je suis amoureux de ma ville, de l'hiver aussi, et que ça ne me prend pas beaucoup de raisons pour y rôder, j'ai donc choisi de me rendre sur place, au belvédère, afin de voir si je ne surprendrais pas quelques larmoyants, ayant choisi l'endroit, ou inspiré par l'article, pour venir y verser quelques larmes au froid. 

Après tout, je suis sensible moi aussi. Je pleure sur de la musique. Je l'ai fait aux petites heures du matin en me rendant au travail, découvrant un morceau de Patrick Watson, tout à fait splendide. Encore une fois, pleurant sur du beau. Les États-Unis me décourage tant avec leurs raisonnements d'ados de 13 ans, je commence à avoir hâte que des adultes investissent la Maison Blanche. Gardez les 13 ans dans vos fantasmes, pédoprésidence!

Comment vivre avec soi-même, alors qu'on répète ad nauseam que le port d'armes est un droit, mais que dans le cas de l'infirmier assassiné la semaine dernière par le groupe terroriste ICE, c'était ce qui justifiait son meurtre ? Son port d'arme. Ces gens oublient l'assassin libre Kyle Rittenhouse ? On a beau avoir lancé plus de 3 milllions de pages hier, nous en sommes à plus de 40 jours de délai de la date où on devait obligatoirement, selon la loi, divulguer l'entièreté des dossiers TrumpEpstein. La loi ? ça compte encore ? Et dans ces pages ? on expose encore les noms de victimes et caviarde les agresseurs. 

J'ai des raisons de brailler une si grande rage...

Sur place, dimanche PM, froid de canard, il y avait plus de monde que j'aurais pensé. Mais pas tant non plus. Juste assez pour qu'on puisse tous bien se voir. D'une distance de quelques pieds. Et avec le froid, on avait pas mal tous la plus grande partie du visage emmitoufflé dans un foulard. On ne voyait que les yeux. Ne lit-on pas tous dans les regards. J'ai porté le mien, voyeur, je le concède, sur les gens seuls. Sur la trentaine de personnes sur le belvédère, pas plus que 5 ou 6 semblaient seuls, comme moi. J'ai marché vers un jeune homme, ai fait de mon mieux pour ne pas le dévisager de manière outrancière, nos regards se sont croisés. Il a sorti une main de son manteau et a porté une cigarette à sa bouche. Il gardait une cigarette allumée dans sa main, dans sa poche ? Peut-être, sa main était nue par très grand froid. Il avait bien une larme à l'oeil, mais le vent était si froid, j'ai tout de suite pensé que ce ne devait qu'être ça, le vent, le froid, les cils qui glacent et la larme qui perle par le vent. 

Puis, un peu plus loin, j'ai croisé une jeune fille. Toute petite. J'ai d'abord cru que c'était une enfant. Elle devait ne pas avoir plus de 25 ans. L'âge de mes enfants. Nos regards se sont aussi croisés. Qu'est-ce que je cherchais ? des gens qui pleurent ? Je me trouvais donc ridicule tout d'un coup. C'est quoi cette intrusion dans l'intimité des autres ? Elle ne m'a pas parue triste. Mais semble avoir eu envie de me parler. Ce qu'elle a fait. Elle avait un accent français. De France. Disait être nouvelle au pays. Vivre son premier hiver Québécois. Trouver ça difficile. Giroflée, s'est présentée à moi et on a parlé un peu de la France et du Québec. Je lui ai parlé de ma belle-soeur, Française d'origine, Léonille, (on ne se trompe pas avec un prénom comme ça)  et on a bien ri des prétendues différences entre nos deux nations. Les clichés qu'elle avait sur nous, les idées préconçues qu'on a sur eux. Lui parler de la belle-soeur avait aussi pour stratégie de ne pas lui envoyer des messages de flirt. Lui faire savoir par la bande que j'étais en couple.

Je lui ai confessé la raison de ma présence voyeuse. Pour y voir de la mélancolie, lâchée lousse.

Elle n'a pas compris cette dernière expression.   

On a beaucoup ri. Tellement qu'on a fini...

...par en pleurer...de rire...

Comme si on était dans un spectacle de Fred Pellerin. 

Qu'elle n'aurait pas complètement compris.

On avait besoin de rire tous les deux. Les larmes sont devenus glaçons.Nos yeux, vitrés.

Je ne sais pas ce que j'allais vraiment voir ce dimanche là, jour de football de la NFL intéressant.

Mais j'y ai trouvé une amie. 

Giroflée Tansossobeurr est ma nouvelle jeune amie du pays de l'Hexagone. 

Qui a découvert le froid d'ici, sur un belvédère lacrymal, parait-il. 

Je vais lui faire rencontrer les ami(e)s de mes enfants. Qui comprennent aussi, au moins 3 Français d'origine, parmi eux. Gérer ses émotions en troupeaux. Pas toujours ce facile. Parfois hostile, parfois fragile. Parfois utile. Il y a risque de mise en scène qui ferait perdre le sens de libérer de la pression émotionnelle. Mais ce jour de froid, est resté chaud au coeur. Désormais, c'est seulement sur du beau qu'il faille que je pleure. 

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