samedi 25 janvier 2020

Les 12 Milliardaires du Québec

Ils sont enviés, jalousés, admirés, honnis, ils ont parfois de la graine de bandit.

Ils ont surtout beaucoup beaucoup d'argent. Et souvent travaillé très fort pour atteindre leur fortune.

Ils sont 11 ou 12 maintenant, étaient 12 il y a 2 ans, l'argent, ça va, ça vient. Ça pue, ça sent bon.
12 Hommes 0 Femme.
Des hommes qui, si ils se cherchent un(e) partenaire amoureux, ne chercheront pas longtemps.
Et ont le luxe de choisir, quand ça se bouscule aux portes.

Sans ordre du plus riche au moins milliardaire. Mais pas loin.
Parce que l'argent c'est comme le jello quand on secoue le bol.
Ça bouge.

Emanuele (Lino) Saputo
L'entrepreneur fromager d'origine italienne n'est pas qu'impliqué dans les produits laitiers. Il a pris la relève de papa Giusseppe en 1969, et ce jusqu'en 2017. C'est de nos jours son fils, Lino Junior, qui tient les brides de la compagnie. Lino père a trempé dans la mafia montréalaise et Newyorkaise, avec Joe Bonanno, entre autre, ce dernier investissant pas moins de 20% dans la business pour la garder bien vivante. (Quoique Lino prétende). Saputo a acquis la compagnie britannique Daiyra Crest et possède des parts dans le club de soccer de l'Impact de Montréal. Le soccer, un sport lavé de toute forme de corruption...La compagnie génère annuellement autour de 12 milliards par année et compte 15 000 employés sur 40 pays. Soyez impressionnés même si ces gens ont triché. Lino a 82 ans.

Alain Bouchard
Co-fondateur de la chaîne d'alimentation Couche-Tard, il règne en roi et maître dans le domaine du dépanneur depuis 1980, alors que lui et un comparse ouvraient leur premier dépanneur dans l'exotique région folklorique de Laval. On brasserait de nos jours des affaires autour de 51 milliards. L'entreprise a plus de 16 000 points de vente à travers du globe. Couche-Tard est aussi propriétaire des enseigne Mac's, Ingo, Kangaroo, Topaz et Circle K. Alain a 70 ans.

Robert Miller
Bobby est discret. Il a fait fortune en fondant son entreprise, Future Électronique, en 1968. Sa compagnie est l'un des plus importants distributeurs de composantes électroniques au monde. Chaque année amène apparemment 5 milliards par année. Le siège social est toujours à Montréal et compte 169 succursales dans 44 pays. Miller est très peu baigné dans les médias et la publicité. C'est tout à son honneur de faire tant d'argent avec autant de discrétion.
Robert a 73 ans.
Charles Bronfman
Papa avait fait fortune dans l'alcool de contrebande dans son entreprise d'alcool fondée en 1924. Charles pas vraiment pauvre, est devenu encore plus riche autour de 2000, quand il a vendu l'entreprise familiale Seagram's, spécialisée dans le divertissement et la production de vin et de spiritueux. La compagnie française Vivendi a offert pas moins de 34 milliards pour la business. Charles a écrit 2 livres sur ses modes de vie, son fils, Stephen, est directeur de Claridge, une société d'investissement de Montréal. Longtemps investi dans le club de baseball des Expos, Stephen est à la tête du mouvement de retour de ceux-ci dans la MLB. Charles a 87 ans.

Jean Coutu
Fils de pédiatre et de médecin de famille de Montréal, Jean a ouvert sa première pharmacie en 1969. Depuis plus de 420 succursales ont ouvert leurs portes au Québec, Nouveau-Brunswick et en Ontario. Jean a travaillé jusqu'en 2017, année où il a vendu son entreprise au géant de l'alimentation Métro pour 4,5 milliards. Jean a 91 ans.

Serge Godin
Hommes d'affaire et président du conseil d'administration de la multinationale CGI, compagnie qu'il a fondée en 1976, à 26 ans, avec 5000$ en poche. Aujourd'hui, la compagnie de services-conseils en technologie de l'information, d'intégration des systèmes, d'implantations et de solutions, génère aujourd'hui autour de 10,8 milliards par année. L'entreprise engage autour de 71 000 travailleurs dans le monde et a acquis autour de 70 autres entreprises depuis 44 ans.  Serge a 69 ans.

Jacques D'Amours
Co-fondateur, l'autre moitié, avec Alain Bouchard, de Couche-Tard, dès 1980,  il a pris sa retraite comme vice président administratif, il y a 6 ans, mais est demeuré au conseil d'administration. Il reste l'un des plus important actionnaire de la très riche entreprise dont il est papa, en garde partagée. Jacques a 62 ans.

Marcel Adams
Marcel Abramovic est d'abord et avant tout un survivant de l'Holocauste. Il s'est aussi battu pour la création d'Israël. C'est en 1951 que sa famille s'installe dans la ville de Québec. Dès 1955, il investit dans l'immobilier et fait beaucoup d'argent. Il fonde les développements Iberville en 1958. Il sera le chef d'orchestre derrière la construction des Galeries de la capitale à Québec et aura le génie de se garder 50% des revenus de bâtiments de 1959 à 2005. La compagnie est aujourd'hui gérée par son fils Sylvan, et Marcel opère un parc immobilier d'une centaine d'immeubles sur plus de 8 millions de pieds carrés dans le domaine commercial, industriel et résidentiel au Canada, au Texas et en Floride. Sylvan a dû verser 101 millions, en 2018, pour évasion fiscale. Marcel a 98 ans.

Guy Laliberté
Co-fondateur du Cirque du Soleil, l'ancien cracheur de feu détient toujours l'une des plus grande fortune au Québec. Depuis 2015, TPG Capital, société d'investissements, est propriétaire majoritaire du groupe. Guy conserve 10% des parts de sa compagnie. Il aurait vendu tout ça pour autout de 1,7 milliards. En 2017, Laliberté a fondé Lune Rouge, un groupe qui injecte de l'argent en soutient à des entreprises et des projets liés au domaine des arts, de la technologie, de l'immobilier et du divertissement. Guy a 59 ans. 

Stephen Jarislowky
En 1955, Stephen fondait la société montréalaise de gestion de placements Jarislowsky Fraser. Il en sera le PDG jusqu'en 2012. Il a ensuite siégé dans le conseil d'administration. Il y a 2 ans, avec seulement 150 employés, la société génère autour de 40 milliards par année. Elle a été vendue à la Banque Scotia dans une transaction évaluée à 950 millions. Stephen a 93 ans.

Lawrence Stroll
Père du coureur automobile Lance Stroll, confirmant que seul l'argent ouvre les portes de la F1, Lawrence, époux d'une entrepreneure de mode d'origine belge, il a aussi fait fortune dans le domaine en agissant comme intermédiaire dans les produits de Pierre Cardin d'abord, puis de Ralph Lauren, éventuellement Tommy Hilfiger et Micheal Kors, il a ensuite investi dans la compagnie de joaillerie et orfèvrerie Garrard & Co. Il a un bureau à Londres et fait des affaires un peu partout, Beverly Hills, New York, Hong Kong, Tokyo, Osaka, Dubaï, Moscou. Pas mal pour un petit juif de Montréal. Larry a 60 ans.

Ta gueule Jones, je suis riche tu ne l'es pas
Pierre Karl Péladeau
Fils du fondateur de Québécor Pierre Péladeau, PKP règnerait sur une fortune évaluée à 1,7 milliards. Président et chef de la direction du groupe spécialisé dans les télécommunications et les médias, il a fait un très court tour de piste à la tête du Parti Québécois, le temps d'assassiner sa vie de couple, avant de redevenir l'actionnaire le plus important de la société. Méchant moineau, il commente encore régulièrement l'actualité, ne voyant souvent que ce qui avantagerait ses propres ramifications commerciales. PKP a 57 ans.

On ne vous veut pas en politique, les boys.
Vous êtes uniques.
On veut du commun en politique.
Des gens qui comprennent nos réalités.

Mais on mentirait de ne pas vous admirer ne serais-ce qu'un peu.

vendredi 24 janvier 2020

Les Voix Devront Porter

Si Harvey Weinstein, prédateur sexuel majeur de notre époque, avait une once de conscience, il s'excuserait sincèrement et individuellement auprès de toutes les femmes qu'il a abusé, qui l'ont accusé honnêtement et avec courage, et il utiliserait ce qu'il a comme fortune pour réparer ce qui est possible de réparer dans les pots cassés laissés derrière.

Les pots étant des vies brisées.

Il y a deux ans, Harvey était désolé. Très désolé.  Il disait être né d'une autre époque, qu'il en avait probablement gardé les mauvais tics. Il signait une lettre aux 80 femmes qui l'accusaient d'inconduites sexuelles. Il réalisait qu'il se devait d'être une meilleure personne. Il citait Jay-Z en disant qu'il n'était pas l'homme qu'il pensait être, et qu'il était mieux de devenir cet homme, ne serais-ce que pour ses enfants. Il ne pouvait pas ressentir plus de remords vis-à-vis celles qu'il avaient blessé, disait-il. Il terminait en disant qu'il comptait honorer chacune d'elles.

C'était aussi, un autre âge...

Sur les 80 femmes l'ayant accusé, on a gardé 2 d'entre elles, pour le traîner en cour.

2!
Sciorra, Mann, Haleyi

L'actrice Jessica Mann et l'ancienne assistante de production Mimi Haleyi.
Vous ne trouverez aucune images de Jessica Mann qui, bien qu'actrice, a fait faire un vrai travail d'intimité réelle dans cette cause très publique.

On fera parader plusieurs autres victimes, des témoins aussi, des rescapées, qui se sont suffisamment défendues pour le garder à distance mais qui en ont payé souvent le prix de leur carrière. On a déjà commencé avec l'actrice Annabella Sciorra hier.
Weinstein a fait des arrangements avec une trentaine des 80 accusatrices. Négociateur depuis toujours, chaque entente avait comme garantie de n'avoir jamais à avouer quoi que ce soit à leur égard et ne jamais dépenser un sou sur le sujet.

Ce n'est pas gênant pour les Femmes d'avoir accepté des arrangements. Ça ne devrait pas l'être. Il serait déplacé de les juger. On ne connait pas leurs situations et on sait que le cinéma est très cruel pour mesdames. C'était surement, pour la plupart des arrangements, la meilleure chose à faire. Mais ça dit aussi que les mots, comme les excuses d'il y a 2 ans, ne valent vraiment pas grand chose.
Weinstein avait présenté une campagne de réhabilitation complète et publique, où les excuses seraient de mise et où les responsabilités seraient prises. Mais le temps de suivre ses propres mots, il n'aura fallu que piger dans sa fortune pour avoir à ne jamais vraiment exposer publiquement des remords envers une très grosse part des accusatrices. Pas même reconnaître quoi que ce soit!

En quelque part, ça reste dommage. Ses deals impliquent qu'il n'ait pas à avouer quelque tort que ce soit.

Ça démontre aussi comment le système de loi, aux États-Unis comme ailleurs, en ce qui concerne les agressions sexuelles, peut facilement être malléable. Harceler, agresser, c'est souvent fait en privé. Ça reste difficile de trouver ensuite les témoins. On sent les causes perdues d'avance. On sent qu'on ne sera pas cru. C'est déjà horrifiant de tout revivre, de trouver le courage de tout redéballer, si en plus on ne vous croit tout simplement pas, il est facile de comprendre l'envie de prendre un arrangement financier qui fermera en partie le dossier.

Aux États-Unis, dans le processus de la destitution présidentielle où on ne se cache même pas pour parler de l'absolu absolution avant même qu'on y soit, la loi en général ne semple plus un remède complètement curable. Doit-on aussi croire que justice ne sera que vent du sud dans les dossiers Weinstein?

Ce serait une transformation radicale et hautement improbable de voir Weinstein continuer sur la voie des remords comme il y a deux ans, et ce serait assurément contre l'avis de ses avocats. Mais ce serait encore la BONNE chose à faire.

Mais non, on jouera aux échecs. Et on tentera de fragiliser chaque témoignage comme on a fait avec Annabella Sciorra, hier.

"Que faisais-tu en robe de chambre quand il a cogné à ta porte?"
"Tu étais sous analgésique? en boisson? tu ne peux pas bien te rappeler"
"L'heure et la date sont imprécises"
"Tu voulais monter dans l'échelle sociale et ça n'a pas complètement marché"

Ce sera vicieux. Ce sera encore du viol.
2 sur 80...

Le très bon clip, du groupe Til Tuesday, avec la formidable Aimée Mann au chant, et leur formidable chanson Voices Carry, de 1985, était bouleversant. Un clip racontant une femme coincée dans une relation abusive. À partir de 2:50 dans le clip, on assiste à quelque chose de fabuleux.

Ce l'était alors, ça doit le rester.

La femme abusée se lève, hurlant sa situation, prenant à témoin un paquet d'inconnus dans une salle d'opéra. Des gens ne s'attendant pas à une telle sortie vocale. Son abuseur en est si honteux qu'il ira se cacher sous son banc. La scène est aussi bouleversante que parfaite. La réécoutant 35 plus tard, elle reste toujours bouleversante.

Il faut parfois sortir de l'intime tordu pour redresser sa dignité.

Les voix devront porter pour vrai.

Mais j'ai comme l'impression que le vieux porc va encore s'en tirer.
Comme trop y arrivent.

Je veux me tromper.
Je veux vraiment me tromper.


jeudi 23 janvier 2020

L'Ombre Qui Perd Son Temps à Dessiner Mon Théorème

Ce devait être autour de 1988. J'habitais Sillery.

L'été, on le passait au chalet. Je travaillais les étés dans un camp de vacances au Lac St-Joseph, depuis 1986. Mais c'était peut-être le premier été où je donnais des cours de planche à voile, de conduite de voiliers et de conduite de catamarans. J'avais pris deux ans à l'apprendre moi-même, et à 16 ans, la base de plein air qui m'engageait avait le culot de me faire donner des leçons à de vieux boomers. Parfois des jeunes. Parfois des ados de mon âge. Des kids aussi. Mais bon, je me sentais effronté et imposteur presque tout le temps.

En ville, sur la rue Cartier, une rue à 20 minutes de marche de chez nous, une famille avait défoncé des murs pour rénover un appartement. Ce faisant, ils avaient trouvé un album de photos contenant de images de gens de ma famille. Cette famille avait retracé dans le bottin les Jones de la région et nous avait retrouvé. Ça ne faisait aucun doute. Ces Jones sur photos avaient tous nos traits. De plus, la branche irlandaise paternelle de ma famille avait habité le secteur. Où on pouvait marcher jusqu'aux écoles anglophones primaires et secondaires St-Patrick's. Où mon père enseignerait la plus large partie de sa vie. Mon père avait été bouleversé par cette découverte et ça l'avait lancé sur la piste de recherche des oncles et des tantes, des grands-oncles et grand-tantes et il voulait identifier chaque photo.

Moi, ce qui m'avait marqué était le nombre de photos de marins. De travailleurs de la mer. Parfois imageant l'expression "une femme dans chaque port"... Il semblait que toute cette branche n'avait que des travailleurs du fleuve. Comme je travaillerais moi-même sur et autour de l'eau de 1986 à 1993, je sentais que j'avais, inconsciemment suivi la lignée Jones. Ayant en plus, moi aussi, eu ma part de "femmes dans chaque port"...

Une de ses conquêtes avait un jour écrit à mon égard cette ligne que je n'ai jamais oublié et que j'ai parfois même réutilisée.
"Certains voiliers n'ont jamais besoin de port". On me ramenait encore à l'eau. Sans que je le demande.

Ça faisait référence à mon grand besoin d'indépendance. Je suis aussi accro au concept à la liberté. La chanson de The Blaze, Heaven, son clip, m'a presque mis les larmes aux yeux tellement je trouvais que les images illustraient la totale liberté. Le bonheur. La richesse du bonheur. Les gars de Blaze ont visé juste. Le paradis c'est ce clip. Je cherche la branche sur laquelle me percher.

Du côté de la famille à mon père, il y avait eu beaucoup de médecins parmi mes ancêtres, mais encore plus de travailleurs marins. Les photos le confirmaient. Les recherches de mon père le feraient aussi. L'eau, c'est un symbole de la liberté.

Du côté de ma mère, il y avait aussi beaucoup de métiers dans les transports. Son père, c'était les trains. Soudeur pour le CN. Et les autochtones, c'est toujours en mouvement depuis tout le temps. En errance ou déplacés par les blancs. Ceux qui me connaissent intimement savent aussi que je voyage parfois en vaisseau. Je me suis souvent imaginé travailler dans un aéroport. J'en aime le décor.
De nos jours, je travaille aussi étrangement dans les transports. Sans jamais avoir vraiment trop réfléchi à la chose avant aujourd'hui.

Je tente de m'arracher à l'ombre qu'est devenu mon travail dans ma compagnie de recyclage, mais rien n'est moins facile. Je suis en prison. Comme dans "lieu d'où il est difficile de s'évader". Je ne suis plus jeune. J'ai mon vendredi off. Il est devenu précieux ce jour-là. Je travaille (théoriquement) 10 heures par jour, du lundi au jeudi, mais en vrai, je fais plus souvent trois jours de 11, 12, 13 heures avant d'en faire un vrai de 10. Et mes heures supplémentaires me rendent riche.

Physiquement et mentalement usé, mais riche. Et je suis relativement libre et sans supervision quand je travaille.
Trouverai-je autant d'espace ailleurs? Goûterais-je au sel de la mer?

Je magasine des ports.
Je scrute du luxe. J'en suis conscient.

Arriverais-je bientôt à trouver autant d'indépendance?

Certains diront que cette indépendance n'est que la mesure de ma solitude. La solitude n'est jamais forcément malsaine.
Mais je préfère y voir le confort de l'île.

Entourée d'eau, bien entendu...

Mon évasion est claire. Moins ma prochaine île.

mercredi 22 janvier 2020

Le Dimanche Sanglant de la Place du Palais d'Hiver

1905.

Les conditions de travail soviétiques sont pénibles. On travaille 18 heures par jour. On est pas toujours payé convenablement. Au mérite souvent, ce qui reste subjectif. Les déséquilibres sociaux sont importants.

En décembre 1904, 4 travailleurs de l'usine Putilov, sont limogés en raison de leur appartenance à un regroupement mené par le prêtre orthodoxe Gueorgui Gapone. On dit que ça n'a rien à voir, mais on n'arrive pas à trouver de meilleures raisons de les limoger. Personne n'est bluffé. Les autres travailleurs de la Putilov font une grève en soutien aux travailleurs perdus. Le mouvement fait du bruit et 150 000 autres travailleurs feront de même dans 382 autres usines. La production nationale est paralysée. Mi-janvier, St-Petersbourg n'a plus d'électricité, plus de journaux et tous ce qui devrait être public est fermé.

Le 19 janvier (le 6 en calendrier grégorien), Gapone rédige, avec son groupe, une respectueuse pétition exigeant: La libération de prisonniers politiques, diminuer les heures de travail de 18 à 10 ou 12 heures par jour, de meilleures conditions de travail en général puisque que mourir au travail n'est pas anormal, céder les terres aux paysans, la suppression de la censure. On demande aussi une démocratie dans la Russie Tsariste.
Ils veulent des votes par suffrage universel. Ce que la Russie n'aura jamais vraiment proprement. On veut remettre cette pétition au Tsar Nicolas II, mais celui-ci n'est pas à St-Petersbourg. Il déteste cet endroit qu'il considère un repaire à corruption. Il s'est retiré volontairement au Tsarskoïe Selo, Palais de retraite présidentiel.

Il sait qu'il y a vent d'hostilité et tente d'apaiser la crise en n'étant pas là, où les marcheurs l'attendront.

La marche est pacifique. On sera autour de 3000. Mais les chiffres soviétique sont toujours à douter.
On place les femmes, les enfants, les personnes âgées en avant, pour montrer sa bonne foi. On brandit des pancartes du Tsar pour assurer son écoute. La police ouvre même la marche, ce qui place tout le monde dans de bonnes dispositions sécuritaires. Les éléments plus anarchiques, plus violents et plus dangereux, comme les Mencheviks, les Bolchéviks et les membres du parti révolutionnaire ne prennent pas part à la marche, trouvant que ça manque justement de politique.

Mais ça, les unités de la garde impériale et l'armée, ne le savent pas. Tout comme les marcheurs ne savent pas que le Tsar n'est pas là où tout le monde se dirige.  Les dimanches, habituellement, les familles se rassemblent à la perspective Nevsky, un parc tout près. Comme tout est fermé, il y a peut-être déjà plus de monde là qu'à l'habitude. Ces gens ne sont pas associés à la marche. Mais la marche y dévie naturellement mêlant marcheurs et citoyens au mauvais endroit, au mauvais moment, quand l'armée et la garde impériale choisit de tirer aveuglément sur le groupe de marcheurs, avant leur arrivée au Palais d'Hiver.

Le groupe de Gapone est frappé en premier et une quarantaine de gens meurent tout de suite ou sont blessés. La confusion devient vite totale. Ça tire de partout et sur tout. Les sources anti-gouvernement parlent de 4000 morts (ils prétendaient aussi être 150 000). Certains disent 132 morts. D'autres, autour de 1000. La gouvernement prétend 96. La vérité en Russie...vous savez...

La réalité est que le traumatisme social est immense. On ne sera jamais d'accord sur le rôle du Tsar. Savait-il? A-t-il commandé? Il s'est comporté comme si les initiatives n'étaient pas les siennes, mais le mal est fait. Et punira peu après coup.

Il a perdu une large partie de la confiance du peuple. Gapone s'en tire, mais fuira la Russie.

Nicolas II sera blâmé et le peuple commence à dire qu'il n'a plus de Tsar. Le massacre fait le tour du monde et la Russie paraît mal. Des mouvements de grève poussent comme des champignons par la suite. Hors de St-Petersbourg. Moscou, Riga, Warsaw, Vilna, Kovno, Tiflis, Baku, Batum, la région Baltique, tous se mobilisent et sont aux prises avec des grèves. Près de 414 000 travailleurs refusent de le faire (travailler) en janvier 1905. 459 intellectuels indignés, dont Leon Tolstoi, 77 ans, gravement affecté par le dimanche sanglant, signent une lettre de protestation.

La 11ème symphonie de Dmitri Shoskakovich appelée l'année 1905, et son second mouvement appelé le 9 janvier, sont directement inspiré de ce terrible choc. Le père et l'oncle de Shostakovich étaient  présents sur place, ce triste jour.  Maxim Gorky a écrit La Vie d'un Homme Inutile autour de cet événement. Piotr Yakoubovitch écrit La Neige Rouge, un poème décriant ce crime d'État. Un poème ensuite imposé dans les écoles soviétiques. Avec un certain révisionisme et des marcheurs peut-être plus vils.
Valentin Serov peint Soldats, Héros, Où Est Passée Votre Gloire? la même année.

Ce drame sème le germe de la Révolution qui mènera au Manifeste d'Octobre.

Le massacre aura lieu aujourd'hui, il y a 115 ans.

Entre octobre 1905 et avril 1906, une sourde répression a lieue, on estime à 15 000 le nombre de paysans et travailleurs assassinés, 20 000 blessés et 45 000 autres forcés à l'exil.

Le régime a perdu son peuple.

mardi 21 janvier 2020

La Déplorable Équipe D'Avocats du Président

"Send in the clowns..."
-S.S.

Quand vous pensiez que l'absurdité avait atteint les plus hauts sommets, on en réinvente la chose. C'est comme un gros accident duquel il est tout simplement impossible de se retirer les yeux.

Vendredi dernier, la phrase la plus répétée en Amérique du Nord a été "Are you fucking kidding me?" et ses variantes.

L'équipe de défense de Donald J.Trump dans le processus de destitution du président nous était annoncée et comprend cette galerie de clowns:

Kenneth Starr:
Starr est l'ancien conseiller "indépendant" qui avait creusé les détails de la relation Monica Lewinski-Bill Clinton dans un rapport de 435 pages qui avait mené Clinton au même processus de destitution. Par la suite, il est devenu commentateur pour le réseau chéri de DJT, Fox News, sur les ondes duquel il s'oppose clairement à la destitution de l'actuel président des États-Unis. Dans un moment de parfaite reconversion, il soutient que le concept de destitution est devenu une terrible plaie aux États-Unis, affecte la démocratie et la conduite des gouvernements depuis le Watergate. Entre son époque pro-destitution et anti-destitution, Starr a été président de la Baylor University. Jusqu'à ce qu'il démontre une grave incompétence à répondre aux agressions sexuelles épidémiques de l'équipe de Football universitaire. Devant son inaction, il a perdu son emploi. Trump a un faible pour les prédateurs sexuels.

Robert Ray:
Ray est l'ancien conseiller "indépendant" qui a pris la relève de Kenneth Starr quand Bill Clinton a été innocenté de la destitution présidentielle dans le scandale Lewinsky. Il était si indépendant et non partisan qu'il pilotait le dossier suivant qui serait le dossier Whitewater contre les Clinton. Devant l'absence d'évidence tout le monde s'était entendu pour un arrangement hors cours. Toujours dans l'esprit du prédateur, Ray a été arrêté, en 2006, pour harcèlement contre une femme de 40 ans de Manhattan, bombardée de courriel et de visites surprises contre sa volonté après avoir mis un terme à une relation de 4 mois avec lui.

Jay Sekulow:
Jay est l'ancien conseiller général pour les Juifs et pour Jésus. Oui, oui, Jesus. Il est archi-partisan de "la liberté des religions", défendant la prière dans les écoles et le financement gouvernemental par les associations religieuses. Mais cette liberté des religions a une limite. Il a poursuivi en cours un groupe islamique, afin de bloquer la construction d'un centre communautaire à Manhattan et a perdu sa cause. Il a été pieux animateur de radio, et est dans l'équipe d'avocats de Trump depuis 2017. Ce qui en fait le plus ancien avocat engagé par DJT (le roulement de personnel là-bas, mes amis...étourdissant!). Il a fait un arrangement avec l'avocat John Dowd, qui représentait Lev Parnas, un associé de Rudy Giuliani, et dont le client s'est retourné contre Trump/Giulani.

Pat Cipollone:
Cipollone a succédé à Don McGahn à la barre du conseil légal de Maison Blanche en octobre 2018, quand McGahn a confirmé à Robert Mueller que Trump lui avait commandé de falsifier des dossiers afin de tromper Mueller dans son enquête sur la chantage ukrainien. Trump avait alors viré cet infidèle. C'est Cipollone qui a implanté avec succès la stratégie de l'absolue non coopération de l'administration Trump avec l'enquête en cours. Il a suggéré l'utilisation du terme chasse au sorcière en tout temps. Sa stratégie a provoqué la seconde accusation contre Trump, celle d'obstruction de la justice, mais a aussi empêché la divulgation de nombreux détails de l'affaire ukrainienne, ce qui, en quelque sorte, a fait de Cipollone, un relativement efficace défenseur de son client.

Alan Dershowitz:
Professeur de droit de Harvard, il s'est fait connaître dans la défense de fameux assassins comme O.J.Simpsonhttps://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_O._J._Simpson et Claus Von Bulow, ainsi qu'une pléthore de terrible individus de la race humaine. Parmi eux, le prédateur sexuel, pédophile et trafiquant sexuel Jeffrey Epstein. Une des accusatrices d'Epstein l'a aussi accusé, Dershowitz, d'agression sexuelle. Mais il insiste pour dire qu'il a toujours gardé sa petite culotte et que la massage a été fait par une très vieille femme russe.

Le procès pour destitution contre Donald John Trump, pour abus de confiance et obstruction de la justice, à la fontaine d'une justice  TOUT sauf impartiale, commence aujourd'hui.