mercredi 5 février 2014

Travailler, Morte

Robyn Benson, une jeune femme de la Colombie Britannique, était enceinte de 22 semaines quand elle s'est plainte de violente migraines. Son époux, Dylan, a donc été chercher des aspirines à la pharmacie et le temps de revenir, Robyn, 32 ans, était tombée au sol, victime d'une hémorragie cérébrale.

Les amoureux, depuis leurs 16 ans, versaient alors dans le pire film d'horreur. Robyn a été envoyée d'urgence à l'hopîtal où on a confirmé que son cerveau était cliniquement mort. Son corps, toujours vivant, (bien que branché) mais son cerveau ne répondant plus de rien.

Dylan a alors choisi, avec l'accord des proches, de garder Robyn "branchée" afin que le corps continue de nourrir l'enfant. Et nous voilà à 27 semaines de grossesse pour la maman, morte, mais toujours enceinte et dont le corps "progresse" paradoxalement braindead.

À la fin février, la grossesse en sera à sa 34ème semaine et le garçon dans le ventre de la maman décédée sera extirpé du ventre d'une maman qu'il ne connaîtra jamais par voie de césarienne. On a le projet de la baptiser Iver Cohen Benson.

Les amis, le père éploré et son entourage ont démarré une campagne de financement en soutien à sa monoparentalité soudaine. On a atteint l'objectif de 36 000$ très rapidement dépassant le 50 000$ et l'argent continue de rentrer car la publicité sur cet étrange cas ne fait que commencer à poindre.

Étrange car imaginez l'étroite proximité entre deux émotions 100% contraires chez le père.

Le jour où naîtra le fils de Dylan & Robin, un jour que l'on sait, parents, extraordinaire, Robyn, s'éteint.

Tout dépendant de la manière dont réagira le corps de Robyn, le bébé a 80% de chances de réussites de survie. Des 12 cas de l'an dernier dans le monde en tout cas, les 12 ont survécu.

Bien qu'aux yeux de la loi canadienne, ni le feotus, ni la mère décédée ne possèdent de droits, tout le monde semble d'accord pour aller de l'avant avec ce projet.

Par simple humanité.

C'est ce qu'aurait voulu Robyn, selon Dylan et les gens qui les connaissent.
La connaissaient...
Il faut maintenant parler au passé de Robyn.
Avant même son futur.

Heureusement qu'ils n'habitent pas le Texas.

L'exact même scénario s'est dessiné entre Erick Munoz et sa femme Marlise.

Marlise, 33 ans, a été victime d'une embolie pulmonaire qui l'a rendue cérébralement morte le 26 novembre dernier. Marlise était enceinte de 14 semaines. Elle, avait confessé à son mari que si un jour elle était cérébralement morte, elle ne souhaiterait pas être gardée "branchée" pour allonger son existence. De plus, il y avait de fortes chances que le bébé soit né avec des difformités importantes. Erick, ainsi que la famille, avait donc décidé du contraire de ce que souhaitait Dylan & Robyn. Il voulait qu'elle soit "débranchée" et que le bébé décède du même coup. L'hôpital a d'abord refusé sous prétexte qu'une loi empêchait de soutirer les besoins vitaux d'une patiente enceinte.

Toutefois. lorsque l'histoire s'est transformée en poursuite contre l'hôpital en cours, les avocats d'Erick ont stipulé que cette loi ne pouvait s'appliquer sur une morte. Et les juges leur ont donné raison.

Le 26 janvier dernier, Le corps de Marlise a été débranché du respirateur artificiel. Et bébé-en-progression "Nicole" (bien qu'on eût jamais été 100% convaincu du sexe) s'est éteinte en même temps que maman. Marlise et Erick avaient déjà un fils.

Suite à ce cas, 12 États des États-Unis, dont le Texas ont réécrit leurs lois, favorisant maintenant l'obligation de garder branchée une femme enceinte, même morte.

Comme quoi les femmes sont d'éternelles travailleuses, même mortes.

mardi 4 février 2014

Ce Manche à Balai Qui Vous Pénètre Les Fesses n'a Aucun Lien Avec Ma Main Qui le Tient

La propagande soviétique et post-soviétique n'a plus à faire ses preuves.

Vous êtes sur le site d'une manifestation? vous êtes fichés parce que vous êtes contre le gouvernement. Vous êtes subversif. c'est binaire comme ça.
Et dès le lendemain, quand les arrestations seront faites, malgré le calme d'un rassemblement, des bouteilles seront plantés sur le site des arrestations afin de faire croire à un groupe de soûlons cherchant d'abord à faire le trouble et rien d'autre.

Les législatives de 2012 en Ukraine sont à la source du fouillis actuel là-bas. D'un côté des dissidents qui connaissent très bien les techniques de tricherie des gens au pouvoir, de l'autre, des tricheurs qui doivent multiplier les démarches pour justifier leur raison d'être au pouvoir.

Poutine est content, lui. On mate la dissidence.

Parmi les techniques, tout ce qu'il y a de plus soviétiques, il y a le kidnapping, la torture et autre forme de disparition qui sont aussi anciennes que Staline, mais qui sont encore bien ancrées dans la réalité de l'Ukraine de 2014.

À preuve, le très actif opposant au président Ukrainien Viktor Ianoukovitch, Dmitro Boulatov, a disparu le 24 janvier dernier. Il est réapparu publiquement le vendredi 31 janvier avec un visage dont la joue droite était très sérieusement (et profondément) blessée. Les deux oreilles ont aussi l'air lourdement tuméfiées. "ils m'ont crucifié! a dit Boulatov en présentant les perforations dans ses mains. Et vous savez qu'elle a été la réaction des enquêteurs?
"Nous n'excluons surtout pas la mise en scène afin de faire peur au gens"

Ils parlaient du gouvernement?
En tout cas Boulatov a eu peur car il veut même pas rapporter l'incident aux autorités.

Car il sait aussi que les autorités répondent du gouvernement...

Celui-ci, le gouvernement, a fait savoir par le ministre de la justice que Boulatov exagérait tout et qu'il n'avait que quelques égratignures, sans plus. Ce qui est à la fois un aveu de torture et un manque de jugement assez flagrant quand les images viennent dire tout le contraire. Ces gens du gouvernement prennent la communauté internationale, ainsi que leur propre peuple pour de parfaits idiots. De là le titre frisant la vulgarité de cette chronique. Mais la grossièreté inspire la grossièreté.

Rappelons que la leader de l'opposition au gouvernement de Ianoukovitch, Loulia Timochenko, est en prison.
Rappelons que l'agence d'évaluation foncière Moody's a annoncé le jour même de la réapparation publique de Boulatov, qu'elle abaissait d'un cran la note de solvabilité de l'Ukraine à CAA2, qui place maintenant le pays dans la catégorie ultra spéculative avec obligations de très mauvaise qualité.

Rappelons que même si les Olympiques d'hiver débutent dans trois jours et que Kiev est qu'à un peu moins de 20 heures de voiture de Sotchi, une prise d'otage a fait quelques morts encore hier.

Je sors toujours les épouvantails quand les Olympiques sont sur le point de commencer. Chaque fois je me trouve con de le faire.

Et pourtant cette fois, j'ai vraiment la chienne. Si l'Ukraine prend les gens pour des cons comme ça, avec leur déclaration de simple égratignure (une large grafigne à notre intelligence, oui) peut-être seront-ils aussi trop bêtes pour voir venir deux nouveaux frères Tsarnaev.

J'ai comme un feeling qu'il y aura un gros coup d'éclat pendant les jeux.
Le contrôle à la soviétique réussira-t-il à freiner ceux qui voudront la plus grand tribune internationale pour faire passer leur message?

On sait qui contrôle les messages en post-soviétie.
On ne sait rien des jeux qui s'en viennent.

Surtout au niveau de la sécurité.
Courage camarades, courage!

lundi 3 février 2014

PSH (1967-2014)

Non Phillip, non.

1991, tu commences ta carrière de pro dans Law & Order à la tivi.
Tu as 24 ans.
Tu crèves déja l'écran.

1992, premier film d'envergure. Bien que moyen. La victoire de Pacino aux Oscars pour le rôle de l'aveugle donne de la publicité à l'effort cinématographique. On te vois beaucoup dans le monde.

PTA te fais jouer dans Hard Eight en 1996, tu joues dans la niaiserie Twister l'année suivante puis encore avec PTA dans Boogie Nights.

1998: L'année des grands crus: Happiness & The Big Lebowski.

1999: PTA encore. Toujours plus fort. La même année avec Law, Damon, Paltrow, un casting d'enfer, un très bon film.

2000: Très sérieusement grippé, tu tournes quand même pour Cameron Crowe. Mais étais-ce une grippe ou tes démons? Nous ne connaîtrons pas tous la même version.

2002: PTA te réengage, son pire film mais tu brilles, comme toujours.
2003: Mimi et toi avez un garçon. Un petit ange blond.

2005: Le monde entier capote sur Capote, tu rafles la fameuse statuette. Tu es au sommet de la montagne.

2006: Mimi et toi avez une petite fille.

2007: Tu es le frère de Laura Linney, vous êtes fameux. Vous portez le film sur vos épaules. On y croit.

2008: Tu donnes la réplique à Merryl. Tu es grand. Mimi et toi avez une autre fille.

2011: Tu joues Art Howe, une de mes cartes des Astros de Houston de ma collection de 1980, mais beaucoup plus tard dans sa carrière. Tu fais mouche, comme toujours.

2012: PTA te réembauche pour The Master. Discutable, les gens en discuteront.

2013: Tu es Plutarch dans Hunger Games, tu devais l'être pour le 2, tu l'a été aussi en 2014, tu devais l'être en 2015 pour la seconde partie du 2, le tournage était commencé.

Tu ne le seras pas.
Trop occupé à jouer l'aveugle à la place de Pacino.

On t'a retrouvé à moitié habillé avec une aiguille dans le bras.

Le pire rôle de ta vie.
Le premier de ta mort.
Pendant que toute l'Amérique regardait des millionnaires se pousser pour un ballon, tu t'es poussé comme le dernier des cons.

Ton plus vieux avait 10 ans.

Tu as failli.
Lourdement.

Tu seras souvenir visuel.
Et peine éternelle pour trois petites têtes et une amoureuse de longue date, deux soeurs, un frère et une mère.

Inconsolable dans un hiver devenu noir.

Non, Philip fallait pas.
Fallait pas.
C'est péniblement misérable tout ça.

Et nous qui regardions tous le Super Bowl.
T'avais gagé au mauvais endroit.
T'avais fais les mauvais choix.

Fallait pas.
Fallait pas.

Non, Phillip, non.



dimanche 2 février 2014

Bleus (ou Quelques Briques d'Amérique)

Blue Jasmine

Le dvd du film de Woody Allen a trainé pendant quelques jours dans le lecteur sous la télévision du sous-sol.

La musique du menu (on l'entend dans la bande annonce dans le premier 40 secondes) m'avait déjà gagné. Un petit beat jazz en loop qui me ramenait autour de 1981 à Sillery dans le restaurant St-Germain du Chemin St-Louis en famille.

Mais le film de Woody se déroule bien aujourd'hui. Et c'est l'une de ses plus belles qualité. Tout comme Up in the Air était tout à fait représentatif de son époque, avec les effets dévastateurs d'une crise économique qui frappait l''Amérique et le monde, le film de Woody traite aussi d'une certaine idée du succès social et de l'autre côté de cette médaille.

Cate Blanchett y est tout simplement sensationnelle. Du type "bonne à la Meryl Streep". Portant plusieurs masques dont la plupart ne tiennent pas la route bien longtemps. Dès la quatrième scène, on comprend que Jasmine est malade. Et Blanchett le livre très bien. Elle en est bouleversante. Au 15ème chapître, alors qu'elle confronte Alec Baldwin (aussi charmant que serpent), les larmes me sont montées aux yeux. Je reconnaissais des gens, des scènes...

Le casting de Patricia DiCerto et de Juliet Taylor est tout simplement parfait. Andrew Dice Clay (0:48 dans la bande-annonce) était une excellente idée. Sally Hawkins, (qui lui donne la réplique dans la même scène et qui est nommée, tout comme Blanchett, aux Oscars pour sa performance) est marveilleusement bonne, on y croit beaucoup, Louis C.K. passe rapidement mais y est très éloquent. Bobby Canavale et Max Casella (le petit Vinny dans Dr.Doogie... Canavale et Casella à 0:59 dans la bande annonce) sont aussi criants de vérité. Peter Sarsgaard et Michael Stuhlbarg sont tous deux brillants dans des rôles furtifs, mais importants dans la déconstruction du désordre mental de la Jasmine bleue, née Janet.

Car ce personnage de fille adoptée (soeur du personnage de Sally Hawkins, adoptée aussi, aux antipodes de ce qu'est devenue Jasmine.) se réinvente tout au long de cette heure 36 minutes. "Mes parents m'ont baptisé du nom de cette fleur qui prend vie une fois la nuit tombée" ment-elle à un courtisan. Mais Woody n'est pas innocent dans ses choix et effectivement, Jasmine se tient volontairement "in the dark" une bonne partie de sa vie. Et c'est ce qui la fera plonger dans l'abîme. Le fils de Jasmine, joué par un excellent (et très beau, diront mesdames) Alden Ehrenreich, la maudira pour ces décisions mais aussi pour celles qu'elle a refusé de prendre.

C'est un angle qui n'a pas été traité tellement souvent que celui de la personne qui choisit de "regarder ailleurs", lorsque le thème des escroqueries financières a été tourné en film. Et il est 100% d'actualité en 2013. Partout dans le monde.
Quand ce thème est dosé avec un brin de maniaco-dépression et le talent de l'actrice australienne, ça donne un des 10 meilleurs films à vie de Woody Allen à mon humble avis.

Et un fabuleux portrait d'une certaine Amérique tout à fait contemporain.

Blue Velvet

Le temps de digérer le premier film, j'ai ensuite revisité le film de Lynch, visionné une seule fois, et il y a plus de 20 ans.

Et je l'ai aimé mieux qu'auparavant.

Lynch est magique parce qu'il nous glisse dans l'inconscient. Chacun de ses films est un voyage dans nos cerveaux. C'est toujours une expérience existentielle troublante.

Dans Blue Velvet, tournée en 1986, il y a les lignes:
"It must be great"
"Yes but it's terrible too"

qui résument à la fois la vie en générale sur cette planète, mais aussi le coeur de l'oeuvre de Lynch. Après un décor de paisible banlieue Reagennienne, avant le premier 10 minutes, nous découvrons une oreille humaine dans l'herbe. À la fois parce qu'à la dixième minute c'est un homme portant des bretelles parce que son ventre est trop protubérant, tenant en laisse un minuscule chien dans la nuit qui nous attend, et à la fois parce que Lynch nous entraîne toujours là où on ne l'attends pas.
On attend une bataille et on découvre une femme nue.
On ouvre avec de la musique de film noir des années 50 et on glisse vers le jazz avant de finir avec du Roy Orbison.
On assiste au tabassage d'un personnage mais aussi à la danse d'une pute à temps partiel.

Kyle Maclachlan, avec la candeur de Snoopy, est littéralement "piqué" par sa propre curiosité. Facile pour moi de m'identifier au comédien qui allait fêter ses 27 ans sur le plateau de tournage. Laura Dern a un tendre 19 ans (mais joue deux ans de moins dans le film). Isabella Rossellini atteint la grâce de sa fameuse mère à quelques occasions dans ce film. Quand elle s'apprête à revoir son fils entre autre. Dennis Hopper était terriblement dérangeant, pas dans le film, car on oublie pas, spectacteur, que ce n'est que du cinéma, mais au quotidien alors qu'il criait haut et fort qu'il ÉTAIT Frank Booth, son personnage.

Oulàlàlà...sombre et terrible aveu...

Il y a autant de masques en banlieue qu'en ville nous dit David Lynch. Peut-être plus encore. Même la robe d'Isabella cache des secrets.

Le film introduit les rideaux rouges qui annonceront toujours un déséquilibre, ici et dans les oeuvres futures du futé réalisateur. C'est aussi l'introduction du feu qui chancelle au vent, animé par une chandelle.

"You're like me" dit le personnage de Hopper à celui de Maclachlan.
(photo)
Trou
blant.

Cette chronique du désordre de la banlieue est une autre brique dans la grande Cathédrale d'Amérique.

Une cathédrale où la religion se perd.

Et une Amérique où une femme peut sortir sur une civière, les yeux sans paupîères par faute de les avoir fermé trop souvent, se noyer dans un verre pour masquer ses douleurs et où  mourir debout est possible.

C'est sur deux jours de congé très agréables que j'ai navigué.
Très bouleversants aussi.
Très bien, mais terribles également.

samedi 1 février 2014

Terry Gilliam

Terry Gilliam est un homme possédant une imagination débordante.

Élevé au Minnesota et travaillant en publicité, c'est en travaillant sur une animation pour le film Help! des Beatles qu'il fait la rencontre du britannique John Cleese. Comme Gilliam se fait constamment harceler par la police en raison de ses cheveux longs, il accepte les recommandations que Cleese à fait à Terry Jones sur et se joint à l'émission pour enfants Do Not Adjust Your Set où y travaillent les futurs membres de la formation comique Monty Pythons: Eric Idle, Terry Jones et Michael Palin.

Commence l'aventure des célèbres comiques.

En 1968, il est fait citoyen britannique.

En 1975, il co-réalise avec Jones (pas moooooooooooooooooooui, j'avais 3 ans! Terry!) le film Monty Python & the Holy Grail.

En 1977, il tourne son premier projet solo racontant l'histoire d'un tonnelier malhabile forcé de lutter contre un dragon suite à la mort de son père. Terry Jones y joue un braconnier, Gilliam y fait aussi un caméo et Michael Palin joue le tonnelier. La comédie sera qualifiée de demi-frère des Monty Pythons. L'humour sombre, la direction artistique élaborée et les thèmes de la poursuite du bonheur, la critique du commerce et la succession d'événements heureux accidentels sont déjà en place pour la suite de son oeuvre.

En 1981, il co-scénarise (avec Palin) et tourne le premier film d'une trilogie "où on tente de s'extirper du délire du quotidien pour passer au délire extraordinaire". John Cleese, Sean Connery, Shelley Duvall, Ian Holm & Michael Palin participent à l'aventure. Le Beatle George Harrison, qui avait fait la même chose pour un film des Pythons (un fan), finance la production. Le film fera 35 millions de profits.

En 1985, Gilliam joint sa plume à celles de Tom Stoppard et de Charles McKeown pour tourner un "1984 (de George Orwell) comique". La satire de la société bureaucratique sera une bataille que Gilliam lui-même livrera à l'industrie du cinéma toute sa vie. Le film mettant en vedette Jonathan Pryce, Kim Greist, Robert De Niro, Katherine Helmond, Bob Hoskins et Michael Palin devient culte. La fantaisie dystopienne pourrait être son oeuvre maîtresse lorsque Gilliam mourra.

En 1988, Gilliam & Charles McKeown s'inspirent des écrits du 18ème siècle du Baron Münchhausen pour disgresser dans le délire fantaisiste. John Neville, Sarah Pooley, Eric Idle, Jonathan Pryce, Oliver Reed, Uma Thurman, Sting (brièvement) et la tête de Robin Williams font parti de la fête. Le film est excellent mais coûte 46 millions et n'en rapporte que 8. Gilliam est sur la liste noire...

En 1991, Richard LaGravanese sera nommé aux Oscars pour son histoire d'un animateur de radio arrogant de New York qui se sent responsable de la mort d'un paquet d'innocents dans un bar de Manhattan. En tentant de mettre fin à ses jours trois ans plus tard, il est assailli par des mécréants et sauvé par un homme dont la femme a justement été une victime du crime dont l'autre se sent responsable. Aussi drôle que troublant et touchant, le film mettant en vedette Jeff Bridges, Robin Williams, Mercedes Ruehl (Oscar du meilleur second rôle féminin), Amanda Plummer et Tom Waits est salué partout où il est présenté et rapporte presque le double de ce qu'il a coûté. Gilliam revient dans les bonnes grâce d'Hollywood avec un premier film sans un seul python, un rare sans effets spéciaux et un film où il ne signe pas le script. C'est mon premier contact avec l'animal Gilliam. Je suis séduit.

En 1995, Gilliam s'inspire du court-métrage La Jetée de Chris Marker pour tourner 12 Monkeys scénarisé par David & Janet Peoples. L'intemporel film, naviguant entre 2035 et 1996 met en vedette Bruce Willis, Bard Pitt (nommé aux Oscars pour son rôle) Madeleine Stowe et Christopher Plummer. Terrorisme et paranoia post apocalyptique sont au rendez-vous. Gro$$e recette$.

Des les années 70, le fameux livre d'Hunter S. Thompson devait être adapté et tourné avec Jack Nicholson et Marlon Brando qui bientôt allaient être trop vieux. Puis, ce fût Dan Aykroyd et John Belushi mais celui-ci meurt d'une overdose. Martin Scorcese et Oliver Stone prendront le projet en main tour à tour mais le l'abandonneront aussi. Alex Cox et Tod Davies acceptent d'adapter le livre et Cox de le tourner en moins de 4 mois mais se brouille avec une productrice et c'est Gilliam qui doit non seulement tourner le film mais réécrire le film en 10 jours. Johnny Depp et Benicio Del Toro s'investissent à fond dans leurs rôles, Del Toro gagnant 45 livres pour son rôle et Depp vivant 4 mois dans le sous-sol de Thompson pour mieux saisir l'animal. Le film est un délice de décadence. Le film, livré en 1998, sera 8 millions dans le trou au finish.

En 2004, au Canada, Toni Grisoni, engagé à l'écriture sur le projet de Hunter S. Thompson en 1998, et Terry Gilliam adaptent le livre de Mitch Cullin racontant "une histoire d'horreur poétique" dira David Cronenberg. Le film génère peu d'intérêt chez les distributeurs et ne sera lancé sur le marché que deux ans plus tard. Le film rafle tout de même 6 prix au Genie Awards, les Oscars canadiens, dont celui de la meilleur actrice pour la jeune Jodelle Ferland.

En 2005, Gilliam tourne en République Tchèque une aventure fantaisiste sur la vie des Frères Grimm. Johnny Depp et Heath Ledger sont les deux choix pour jouer les rôles mais Harvey Weinstein à la production juge que Depp n'est pas une tête d'affiche "payante". Matt Damon est engagé à sa place. Damon et Ledger interchange leurs personnages quand ils s'aperçoivent tous les deux qu'ils préféreraient jouer l'autre. Au milieu de la production, Pirates of the Caribbean est lancé en salle et Weinstein se bouffe les poings de rage. Peu importe, le film de Gilliam rapportera 105 millions à Weinstein avec Damon & Ledger.

En 2009, je suis en avion quand je découvre The Imaginarium of Doctor Parnassus, un chef d'oeuvre de divertissement qui me donne l'impression de vivre 5 voyages en 1. L'importance de l'imagination est au parfum de ce merveilleux film mettant en vedette Tom Waits, le regretté Heath Ledger, mort en cours de tournage mais remplacé tour à tour par Colin Farrelll, Jude Law et Johnny Depp habilement grâce à d'intelligentes astuces scénaristiques. Fabuleux film qui rapportera 30 millions de plus qu'il aura coûté. À voir pour la folie assumée de toute l'équipée.

Gilliam a aussi été le premier choix de J.K.Rowling pour les Harry Potter mais la réputation caractérielle de Gilliam fait peur aux producteurs de chez Warner.
Il fait aussi de la publicité, de la mise-en-scène pour un clown et pour un opéra, et mijote toute sorte de projets incomplets depuis le début des années 90.

-Une adaptation de la nouvelle fantaisiste Good Omens
-Une adaptation de Charles Dickens mettant en vedette Mel Gibson
-Don Quichotte, projet damné, dont je vous reparlerai un jour
-Une adaptation de Mark Twain.
-Un script co-scénarisé avec Richard LaGravenese: The Defective Detective.
-Un projet avec le band Gorillaz

Mais ce qui m'a inspiré de vous parler de tout ça (et de revisiter bientôt son oeuvre passée en privé), c'est la bande-annonce de son prochain effort qui sera en salle cette année.

Une merveille visuelle déjà.

À quand une adaptation d'une nouvelle de J.G.Ballard entre les mains de Gilliam?

Quel bon vin ce Gilliam....