jeudi 7 juin 2012

Ray Douglas Bradbury (1920-2012)

Né à Waukegan en Illinois d'une mère immigrante suédoise et d'un père technicien en haute ligne de tension, Bradbury a noué très rapidement des liens très étroits avec ses grands-parents paternels, éditeurs de journaux du grand-père à l'arrière grand-père. Il leur écrit pendant toute sa jeunesse et passe d'innombrables heures à la bibliothèque.

Ses nouvelles Dandelion Wine, Something Wicked This Way Comes et Farewell Summer depeignent toutes trois la ville de son enfance et sont en partie autobiographiques.

Distant parent de Mary Bradbury, l'une des sorcières d'Eastwick brulées vives en 1692, Ray Bradbury sera toujours convaincu que sa vie ne pouvait pas être réglée par le monde ordinaire.

Quand Bradbury a 12 ans, un cirque passe à Waukegan. Un amuseur de foire le touche avec une baguette truquée dont le contact avec Bradbury créé instantanément de l'électricité statique qui lui feront dresser les cheveux sur la tête. L'amuseur clamera "Vis pour Toujours!". Fasciné, Bradbury choisira ce jour-là d'écrire pour vivre afin de laisser une trace éternelle comme lui commandait l'amuseur.  Il développera un amour de la magie même lorsque le secret sera éventé.

La famille s'installe à Los Angeles en 1934. Bradbury termine son secondaire en 1938 et choisit de ne pas aller à l'université afin de vendre des journaux au coin des rues South Norton Avenue et Olympic Blvd. Ceci lui donne quelques sous et il peut s'acheter ses Flash Gordon et ses Buck Rodgers qu'il affectionne tant. Il écrit des nouvelles, inspirées de ses héros de science-fiction, qui sont publiées dans les fanzines dès 1938.

En 1941, il gagne 15$ par nouvelle publiée dans le Pulp Magazine. Il choisit de devenir écrivain à temps plein en 1942.   De 1940 à 1947, il contribue au magazine sur le cinéma Script. Ses nouvelles sont publiés ici et là sporadiquement dans des journaux ou des magazines spécialisés. Ce n'est qu'en 1947 qu'il ramasse ses nouvelles et les publie ensemble dans un livre en librairie sous le titre Dark Carnival. Il marie cette année là Marguerite McClure avec laquelle il aura 4 enfants au cours de sa vie.

Trois ans plus tard, l'auteur (alors critique très respecté) Christopher Isherwood,  met la main et les yeux sur sa nouvelle The Martian Chronicle et sa critique en est si élogieuse que le livre devient un bestseller. Ce livre sera d'ailleurs son plus populaire encore aujourd'hui.

Rapidement reconnu comme un auteur de science-fiction, il s'en défendra toute sa vie.
"Je n'ai écrit qu'un livre de science-fiction, Farenheit 451, et il était basé sur la réalité. La science-fiction est un portrait du réèl décomposé. La fantaisie est le portrait de la fiction. Les Chroniques Martiennes sont de la fantaisie, ceci ne pourrait jamais arriver, je fais du fantastique pas de la science-fiction" dira-t-il.

De 1951 à 1954, 27 histoires de Bradbury seront adaptés en comics books et 16 autres seront publiées en livre de poche. Durant la décénnie des années 50, les émissions de télévision Tales of Tomorrow, Lights Out Out There, Suspense, CBS Television Workshop, Jane Wyman's Fireside Theater, Star Tonight, Windows et Alfred Hitchcock Presents... tournent toutes un épisode tiré de l'une de ses nouvelles. On l'adapte aussi à la radio dans les émissions Dimension X et X Minus One. 

Bradbury est engagé en 1956 par John Huston pour adapter le livre de Meville en scénario sur Moby Dick. Cette expérience sera détaillée dans la semie-fiction Green Shadows, White Whale.

Outre ses oeuvres de fiction, il écrit aussi des essais sur l'art et la culture élargissant ainsi son public. Dans les années 80, il écrira même des histoires de détectives.

En 1962, afin d'honorer le 100ème épisode de la série The Twilight Zone, on choisit de tourner I Sing The Body Electric adapté d'une nouvelle de Bradbury.

En 1964, il est consultant pour la pavillon des États-Unis à L'Exposition Universelle de New York. Il sera aussi plus tard consultant du premier Epcot Center de Walt Disney.

En 1966, François Truffaut adapte Farenheit 451 mettant en vedette Oskar Werner et Julie Christie. Trois ans plus tard c'est The Illustrated Man qui est adapté au cinéma avec Rod Steiger, Claire Bloom et Robert Drivas dans les rôles principaux.

The Martian Chronicles devient une série télé négligeable mettant en vedette Rock Hudson en 1980 et Something Wicked This Way Comes devient un film d'horreur en 1983.

L'année suivante une production radio, Bradbury 13, projet d'adaptation de 13 de ses nouvelles, devient un tel succès qu'il se mérite un Peabody Award, l'ultime prix radiophonique. Depuis 2010, ce projet radio est disponible en cd.
Toujours en 1984 un jeu sur Commodore 64 est lancé, inspiré de Farenheit 451.

En 1985, inspiré de l'ancienne série Alfred Hitchcock Presents..., HBO offre The Ray Bradbury Theater où Bradbury y présente l'adaptation de certaines de ses nouvelles. 65 de celles-ci seront adaptées à la télévision entre 1985 et 1992. Les deux premières saison sur HBO, la suite sur USA Network.

Dans les années 2000, le film The Butterfly Effect reprend les théories de Bradbury exposées dans son livre A Sound of Thunder.

Veuf depuis 2003, Ray Bradbury a fermé les yeux pour la dernière fois mardi dernier à l'âge vénérable de 91 ans.

mercredi 6 juin 2012

Gabriel Nadeau-Dubois

"Tonight, we are young, so let's set the world on fire, we can burn brighter than the sun"
                           -Fun
Il est tombé dans la soupe quand il était petit aurait dit Goscinny.

Né dans une famille d'activistes (ses parents se sont rencontrés dans le mouvement étudiant catholique et son père a milité dans des organisations syndicales et écologistes)Gabriel Nadeau-Dubois a été initié très tôt au militantisme. Écolier, il accompagnait son père dans des assemblées syndicales, où il écoute les discours plutôt que de faire ses devoirs.

Il a étudié au collège Regina Assumpta où déjà, il remet en question le mode de désignation des représentants des élèves par la direction de l'école. Il étudie ensuite au Collège de Bois de Boulogne puis, en 2009, commence un baccalauréat en Histoire, Culture et Société à l'UQAM.

Élu secrétaire aux communications de l'ASSÉ (la première mouture de la CLASSE) en avril 2010, il est devenu co-porte-parole de la CLASSE , avec Jeanne Reynolds, à l'automne 2011. La CLASSE n'a pas de leader, mais deux porte-paroles égaux(Maintenant trois). C'est le propre de la démocratie directe que prône le mouvement. Ces conditions sont toutefois limitées. La CLASSE ne "recommande" rien à ses membres. Il sert de courroie de transmission. Ce qui rend le titre de "leader" impossible dans leurs rangs. Toutefois appelons un chat, un chat, GND est la véritable tête de proue de ce merveilleux navire qui a tenu la route pendant si longtemps. L'emblème charismatique, le plus médiatisé, le plus verbomoteur et le plus honni de gens qui le perçoivent comme un simple rebelle. Selon les membres de la CLASSE, le plus modéré (de là cette arrivée d'un troisième porte-parole).

Il a pourtant tant dérangé les boomers au pouvoir qu'ils ont tout tenté pour le déstabiliser. Ils ont d'abord tenté de le diaboliser. Ils ont ensuite tenté d'en faire le maitre casseur pour une histoire d'invasion dans les bureaux de la ministre il y a quelques années où des lunettes avaient été brisées. (Les lunettes avaient aussi été remplacées aux frais des gens de la CLASSE et des excuses avaient été faites en bonne et dûe forme mais ça, on le passerait sous silence). On a tenu à le garder hors de la table des discussions avec le gouvernement. Mais comme Jean Charest n'était pas plus assis à la table que lui non plus, ça n'a jamais été grave. On a tenté d'en faire un diable, l'ennemi à abattre. Ça a marché chez les moins intellectuellement nantis (lire à Radio X) Il a été solide comme le roc, en total contrôle de sa personne et de ses émotions, même quand on lui tapait sur la tête, inébranlable. C'est le comportement d'un vrai leader qui nous as été présenté pendant plus de 100 jours. On a tenté de le rendre responsable de violence dont seule la surdité d'un gouvernement était la source directe. Le journal La Presse, encore au moment d'écrire ses lignes, a continuellement tenté de le discréditer. Un jour on a écrit qu'il n'avait pas payé son loyer pour mieux dire peu de temps après qu'il s'agissait plutôt d'une entente avec son propriétaire. Une non-nouvelle donc. Une preuve aussi qu'on cherchait à le coincer. Peu de temps après on titrait dans le même torchon qu'il bénéficiait d'une bourse de 20 000$ et alors? qu'est-ce que ça change? Où veux-t-on en venir?

Sujet de rumeurs, attaqué personnellement, et victime de 5 menaces de mort par semaine via twitter et la poste régulière, il a dû faire affaire avec des gardes du corps. Robert Dutil, Pénis de la justice, a envoyé la la Division des enquêtes sur la menace extrémiste de la SQ en avril dernier l'interroger en règle afin de l'intimider.

L'eunnuque Jean-François Morasse, un étudiant de l'Université Laval, a joint le bal des poltrons en le poursuivant (conseillé par un avocat contributeur de la caisse du Parti Libéral) pour outrage au tribunal. La totalitaire loi 78 a ceci de bon, elle fait tomber rétroactivement toutes les injonctions d'avant le dépôt de la loi. Toutes, SAUF, les outrages au tribunal (ahahahaha!) aussi bien dire que cette clause s'appelle l'article Gabriel Nadeau-Dubois.

La vendetta sur GND est évidente. Les héros ne sont jamais supposés l'avoir facile. Mais il reste inspirant et inspiré.

Il sera déclaré non-coupable fin septembre 2012.
Ou déclaré martyr et envoyé en prison.

Mais toujours il aura été droit comme un chêne.
Malgré les récriminations de gens, très souvent mal informés, 9 fois sur 10 ausasi égocentriques qu'ils l'accusent de l'être, GND aura été une fière inspiration pour des milliers d'autres.

Il prétend qu'il ne voudra jamais faire de politique ayant été dégoûté par la chose depuis un an.

Moi je lui garanti un brillant avenir.
Car il est nettement au-dessus de la mélée.

Mélée qui ne cesse de le juger mais qui a très peu des aptitudes ou des couilles du jeune homme de 22 ans.
Merci Gab,
Pour des milliers d'entre nous t'es la couleur dans le gris des cheveux des plus vieux. La lumière dans la tête des plus ignares.

T'es la proue d'un maudit beau vaisseau. Qui sait naviguer les eaux et dompter les tempêtes.

Tu donnes à la révolte ses lettres de noblesse.

Merci encore, Gab.
Quoiqu'ils en pensent.
Grâce à des gens comme toi, nous sommes devenus le symbole de la plus puissante remise en question du néolibéralisme affairiste sur le continent.

Le Québec réfléchit grâce à vous.
C'est beaucoup.

mardi 5 juin 2012

Choquer L'Singe de 40 Ans

(à Wakaluk McSpuntz qui a 40 ans aujourd'hui, donc 30 avec moi dans son entourage)

Sur son bureau, dans sa chambre du sous-sol de tous les partys éhontés de notre jeunesse, il avait cette photo de Peter Gabriel aux côtés de David Bowie, photo prise vers le début des années 80.

Étrange duo qui n'a pourtant jamais collaboré musicalement à ce que je sache. Question d'égo j'imagine.

Cette photo était tout à fait représentative de ma relation avec lui. Il était un fan fini de Gabriel, qu'il m'a en quelque sorte fait découvrir et moi un expert du Bowie d'Angleterre que je lui imposerais dans les oreilles.

C'est en fait en 4ème année qu'on s'est croisé pour la première fois. Un élève de sa classe allait quitter pour aller vivre en Europe créant du coup une place libre pour moi le 1er mars 198(2?3?) qui transferait en cours d'année. Moi, prenant trop de place, trop rapidement, il allait aussitôt me haïr. Tout pouvait nous séparer, il était de type B.D. j'étais passé aux romans, il était chétif, j'étais musclé, lui peu sportif, moi de tous les sports possibles, je ne jurais que par le hockey, il haïssait (encore maintenant) ce sport, lui a deux grandes soeurs devant lui, moi deux petites derrière, j'avais une sale grande gueule et une énergie débordante, il était posé, raisonnable et utilisait surtout sa gueule pour rire. Il est d'ailleurs fort bon public et l'écho de son rire est encore de nos jours la garantie que la soirée est réussie. Je ne peux pas dire que j'avais quoi que ce soit contre lui mais je n'avais rien nécessairement pour non plus. Au primaire nous n'étions pas amis autant que connaissances l'un pour l'autre. D'autant plus que lui était à cette école depuis 3 ans et demie, avait déjà quelques amis, des potes de sa rue ou des environs, deux avec un lourd accent français qui répondaient aux noms de Prévost et de Pin et que moi, j'habitais tout près de l'école et mon réseau était composé pratiquement exclusivement de filles de ma rue. Comme nous étions dans une école réservée aux garçons, tout était à faire au niveau des amis en ce qui me concernait.

En 5ème année, convaincue que je niaisais ou voulant me donner une leçon, l'enseignante m'avait empêché de me rendre aux toilettes pour une urgente envie de pisser. J'avais vainement tout essayé pour me retenir mais au bout du compte j'avais fini par pisser dans mon jean. J'avais passé toute la récréation à cacher mon malheur dans les toilettes et à mettre de l'eau sur le jean afin de laver tout ça discrètement, ce qui avait provoqué l'effet contraire. En sortant de la cabine j'étais mouillé sur la presque totalité de mon jean. Mon "ami", première face croisée à la sortie de la cabine et avec la discrétion d'un singe en rut, avait poussé un large cri  se transformant en inépuisable rire en me pointant du doigt. Je ne sais trop sous quel argument, convaincue que j'avais fais exprès j'imagine, mais la directrice m'avait puni (!) May she rest in hell.

Au secondaire on serait une dizaine de cette école primaire à fouler les même sièges. Plus naturellement, on se tiendrait alors ensemble. Mais là encore, malgré qu'il eût été de ma classe les deux premières années du secondaire, deux classes classées "criminelles" dans les annales de cette école, nous n'étions pas si proches. Je ne peux parler que pour moi mais j'étais alors trop occupé à courir les filles, les impressionner, faire un imbécile de moi-même en libérant le trop-plein et apprendre à cimenter mes rebellions. Lui, il était encore passablement sage et raisonnable. Moi j'étais leader de la brigade des cons.

Secondaire 3, il terminerait sa dernière année à cette école tandis que moi je ferais mon année là où m'avait expulsé (pour mauvaise conduite généralisée). Cette année-là, on ne se croiserait pas. Je virerais plutôt mal en écoutant Bon Jovi et Brighton Rock et mes cheveux me pousseraient dans le cou et l'ombre sous le nez. Lui se la jouerait à la Robert Plant au début des années 90.

On se retrouverait dans les corridors dans l'école du Cailloux Précieux, l'école du bonheur* où se sont cimenté 90% de nos amitiés communes aujourd'hui, en secondaire 4. Alors que j'étais plus grand que lui, un an auparavant, il avait alors choisi de me dépasser d'une tête. Tête qu'il aura de plus que moi pour le restant de ses jours. C'est franchement à partir de là qu'une réèlle amitié s'est installée. Nous serions partenaires de classe en secondaire 4 et 5. Nous n'aurions jamais nos amours réglées à la même heure.

Au printemps 1988, au mois de mars précisément, je commençais une relation avec une mémorable jeune fille rousse aux yeux noisettes(call me Charlie Brown). Lui, broirait un peu du noir quand les week-ends se passaient entre elle et moi. Mais en mai, le jour même où cette rousse me brisait le coeur, il venait me voir, surexcité, pour me dire qu'il commençait une relation avec une splendide brune, Maryline Paquette. Le jour où celle-ci lui brisait le coeur à son tour, je reprenais avec ma rousse. Vraiment...

En me disant un jour "mon char préféré c'est la Prélude" il m'apprenait du coup qu'une voiture pouvait être suffisament "intéressante" pour qu'on en ait une favorite...Nul en la matière je lui dirai alors que moi aussi c'était justement la Prélude mais sans jamais être en mesure d'en dire davantage, ni même d'en reconnaître une. On triperait Midnight Oil ensemble. Pete Gab bien sûr. Men Without Hats. Bowie. Ce sont nos deux faces qui passeraient à la télé aux nouvelles sous les mots "les tricheurs qui avaient volé les examens de chimie ont dû reprendre leurs examens aujourd'hui suite à l'annulation de l'examen original..."

PFF! on était plus de 700 à l'avoir acheté cet examen! Pourquoi nos deux faces à nous???

On en ferait en ostie des folies. Pas complètement racontables ici sans alerter la section des enquêtes criminelles. Encore récemment pour souligner ses 40 ans.

On en ferait des pires au chalet de mes parents.

La plus grosse connerie étant de tomber en amour. Pour vrai cette fois. Avec des immortelles. Deux femmes fantastiques.
Lui s'installerait sur la Rive-Sud pour que leur amour culmine en merveilleux jumeaux, tandis que moi je cèderais sur la Rive-Nord, pour faire plaisir à l'amoureuse et parce que je suis plus italien par tempérement que lui de toute façon.

Quand on se réunit maintenant c'est au minimum à 8. 50% d'adultes. Mais plus souvent c'est à 15-20 personnes. Une dizaine d'adulte seulement.

On est allé voir Arthur H ensemble cette année. Je crois que c'étais la première activité juste nous deux depuis 15 ans. Donc, avant qu'il ne rencontre sa charmante dulcinée.

Je me plais à croire que quand l'un va trépasser (en 2073) l'autre sera aussi là dans l'assistance pour le pleurer.

Mais pour l'instant, on rit.
Lui plus fort que moi.

Garantissant toujours une bonne journée.

Il est devenu Pete Gab travaillant de front sur de nombreux projets.

Je suis devenu Bowie, reclus et innatendu.

On a vieilli, il a 40 aujourd'hui...

Bonne fête, faux-frère.
Cales-toi une bière.
Une?...PFFFFFF!

*Il a fréquenté deux écoles secondaires (1,2,3, puis 4 & 5, et moi trois 1,2 avec lui, puis 3, puis 4 & 5 avec lui again)

lundi 4 juin 2012

Martine Desjardins

Ils vous voudraient cul-de-jatte mais, comme c'est con, vous marchez...

Le plus drôle c'est que cette jeune femme n'est absolument pas carriériste!

À 30 ans, cette ancienne chargée de cours pendant 5 ans à l'Université de Sherbrooke en adaptation scolaire a été aspirée dans le conflit étudiant et a été, comme les trois autres mousquetaires, d'une remarquable intelligence.

On se pense très ouvert au Québec mais fallait voir les journalistes du conflit ne poser leurs questions, à la française, qu'aux garçons au début du conflit étudiant. C'était extrèmement insultant pour la présidente de la Fédération Étudiante Universitaire du Québec (la FEUQ), la doyenne en plus. Ne faisait-elle pas elle aussi face à la même pression, ne rencontrait-elle pas elle aussi les même sourds au gouvernement? Ses membres ne la fouettait-elle pas elle aussi avant qu'elle ne se présente au bâton?

Et au bâton elle s'est présentée à toutes les fois. Elle était si disponible pendant le conflit qu'on pouvait la voir sur trois réseaux le même jour et quelques fois carrémment en studio en train de réagir en direct aux maladresses libérales. JAMAIS n'a-t-elle perdu la tête, n'a t-elle montré d'agressivité, n'a-t-elle montré d'exaspération face aux gens à sa table ou d'en face. Desjardins a toujours été en contrôle d'elle-même et d'une rigueur exemplaire. Elle a fait face à un mur de paternalisme politique et journalistique sans jamais céder à l'envie de hurler. Elle avait pourtant toutes les raisons de péter sa coche.

Dans cette entrevue avec des lunes de la France entre autre, une entrevue HYPER-CONDESCENDANTE ou au lieu d'envoyer paître ceux qui lui disaient que "Martine joue à la révolution? le Québec n'est plus sage? que se passe-t-il?", Martine s'est contentée de rire.

D'ailleurs vous avez remarqué que c'était la seule à trouver à rire à tous les jours? N'étais-ce pas rafraichissant un peu? À côté d'un Dutil désoeuvré, d'une Couschênes matante, d'un Lessard bourru ou d'un Moreau gnochon, il y avait tout à coup ce visage souriant au rire contagieux. Même l'impassible Gabriel Nadeau-Dubois trouvait le sourire à ses côtés.

Desjardins a également travaillé pendant plusieurs années au sein de l’organisme 1, 2, 3, GO ! Saint-Michel, où elle venait en aide à de jeunes parents et des délinquants juvéniles. La diplomatie dans l'excès donc, elle connait. Ancienne gardienne de but de l’équipe de handball du Québec et de Montréal, elle savait aussi venir voir les coups.  Mais dans le sport, les coups salauds ne sont jamais sur le gardien.

Ciment du quatuor, souvent la seule fille à une table de trois face à des journalistes d'une autre génération, elle a dû trimer beaucoup plus que les autres pour se faire valoir. La vie publique est plus cruelle pour les femmes que pour les hommes.  Si Léo et Gabriel n'étaient pas rasés, mal peignés, s’ils semblaient fatigués, c’était compris qu’ils travaillaient fort. Pour Martine, si elle avait l’air fatiguée, c’est qu'elle était complètement épuisée, débordée par ce qui se passait. C'était l'impression que les gens se faisaient. Même parmi les journalistes féminins. C'est d'ailleurs toujours comme ça (à tort)avec les femmes en général.

En politique tout est impression. Elle l'a appris, tout comme elle a appris à se mettre du cache-cernes.

Femme de tête, femme de coeur, femme remarquable dans le conflit étudiant qui s'éternise, Martine Desjardins aura fait forte impression sur le Québec.

À la fin de son mandat de présidence, elle ne sait pas ce qu'elle fera vraiment. Pas carriériste je vous dis.
Mais je ne suis pas inquiet pour elle. Son entrevue pour son prochain emploi aura duré plus de 110 jours.

Et elle a brillé sans arrêt.

Bravo Martine et surtout merci d'avoir été un phare pour tant de jeunes et moins jeunes.
Des gens de qualités comme toi, il s'en fait peu.

Tu es parmi ce que le Québec fait de mieux.

dimanche 3 juin 2012

Frenchkiss à la Clé

L'amoureuse me faisait un beau massage d'épaules pour me relaxer.

Ça me faisait du bien, me rassurait.

J'avais un peu l'oeil vitreux du soldat en guerre à l'aube, avant la montée au front. C'était une expédition dans les corridors de l'étrangeté qui m'attendait. Ça prenait un certain courage de ma part, la belle en était tout à fait consciente.

"Enweye déguédine" ont été ses dernier mots d'amour en ma direction après que je me sois trouvé une troisième excuse qui retardait mon départ.

Je devais me rendre chez le quincailler.

Récemment, le beau-père et moi avons complètement refait la salle de bain de l'entrée au grand complet(merci de venir chier dans mon entrée svp) provoquant de lourds moment de profond désarroi. Dans ma ville, quand on change une toilette dite "conventionnelle" pour la remplacer par une toilette dite "écologique", on nous redonne un 60$. Comme nous sommes plutôt écologiques mais encore plus en faveur des 60$ qui apparaissent dans nos portefeuilles j'avais commencé à remplir le formulaire de retour d'argent. Toutefois, dans le dossier, nous devions présenter la facture que nous n'avions plus.

De plus, notre (sale) BBQ ne fonctionnait plus très bien et je devais dévisser un tuyau avec un outil que je n'avais pas dans mon coffre d'outils perpétuellement vide, je devais donc aussi investir sur des clés à molettes.

La mission devenait donc:
A) vérifier au comptoir si ils avaient une copie de la facture originale.
B) Acheter un set de clés à molette.

"De quoi?" m'a dit la belle avant que je ne partes.
"De-clés-à-molet-tes"
"C'est pas de même que ça s'appelle"
"Hey c'est moi le gars des mots dans la maison, fais l'experte dans TA ligue veux-tu?..."

Elle m'avait aussi obstiné sur l'orthographe du mot "simagrées" que j'écrivais dans la carte d'anniversaire d'un vieux singe la semaine d'avant, non mais ça suffit!

C'est fou ce que j'ai le vertige quand j'entre dans une quincaillerie à grande surface. Je suis parfaitement désorienté. Je ne sais tellement pas dans quelle direction marcher que je tourne un bon 20 minutes sur moi-même avant de me brancher sur une piste. Ça doit expliquer en partie mes étourdissements récurrents dans ces lieux.
En revanche quand j'entre dans un magasin de musique, dvd et livres c'est comme un mafiosi chez les Libéraux, je connais tout le monde. A pour Anderson, B pour Bowie, C pour Calvin & Hobbes, D pour Ducharme, E pour Eastern Promises...je suis comme un chat qui retombe toujours sur ses pieds avec tous ses repères bien allumés.

J'étais donc là, comme une chandelle éteinte quand un commis m'a abordé.
"Des quoi?" m'a t-il fait répéter
"DES CLÉS-À-MOLETTES" ai-je dis impatient, coudonc ont-ils été à l'école?
Il m'a regardé comme on regarde un mulot mort, flottant dans une piscine puis m'a dit diplomatiquement:
"Vous voulez peut-être dire un set de clé anglaise"
Bah Pff! J'ai acheté ses clés à la con.

Au comptoir du service à la clientèle la jeune femme m'a demandé mon # de téléphone afin de retracer ma facture.
"Monsieur Cléophas Sergerie c'est ça?"

C'est vrai. Quand on me demande mes coordonées j'emprunte souvent des identités triviales ou je donne un # de téléphone improvisé. De tout évidence cette fois c'était le nom que j'avais tronqué.
"oui..oui...c'est bien moi..."
"666 rue de la main droite rouge...c'est bien votre adresse?"
"...Oui..."
"...à St-Satanas?"
"...er..."
Elle m'a regardé longtemps.

"Tu te souviens pas de moi hein?"
"Du..hein?...je...quoi?"
"Cléophas, y en a pas 5000 appelés de même, 1983, Sonia Schonn, 5ème année peut-être, dans le parc St-Josaphat à Ste-Agathe...
Ça en faisait des saints et par association mentale je commencais inexplicablement à me concentrer sur les siens...
                     ...tu m'avais frenché" a-t-elle dit avec un lourd accent de Vanier sur le "é" de frenché. Mot que je n'avais pas entendu depuis longtemps (1983?) et que je me suis senti obligé de répéter.
"Frenché?"
"Ouin avec la langue, mon premier chum à vie..."

On se regardait tous les deux se posant probablement des questions sur la nature du mot "chum". Je me demandais aussi si ses lubies allaient empêcher ma facture de renaître de sa machine. À quel niveau de menteries devais-je me situer en ce moment?
Plus que jamais j'étais complètement désorienté.
En apesanteur chez les bricoleurs.

"En tout cas mon premier french" a-t-elle conclu avant de me donner ma facture de bécosse.

Quand j'ai quitté elle me reluquait le cul comme je lui reluquais la craque de boules.
Fuck la pudeur chez les bricoleurs.

Ça m'a aidé qu'elle soit ainsi déconcentrée car elle n'a pas remarqué que j'avais signé Hunter Jones (quel con! désorienté je vous dis!) sur la facture de la quincaillerie.

samedi 2 juin 2012

Snuff Movie

Eric Clinton Newman n'était rien.

Le vide absolu.

Le degré zéro de l'homme.

Je ne connais rien de sa vie, de ses potentielles carences affectives et mentales mais je sais qu'elles existent. On ne se donne pas en spectacle comme il l'a fait sans être un brin décomposé de l'intérieur.

De la calotte crânienne.

Comme il n'était rien, il s'est réinventé sous le pseudonyme de Luka Rocco Magnotta dans l'industrie du film porno, comme mannequin et sur son blogue. Ce blogue donne tous les indices d'un homme glissant dans la dégénérescence mentale. La section appelée Cyber Stalking est particulièrement dérangeante. Les propos rappellent beaucoup ceux du personnage de Patrick Bateman dans le livre American Psycho de Brett Easton Ellis. Le destin de sa victime aussi.

Une névrose se caractérise habituellement par un trouble au niveau de la libido, dans le rapport à l'autre. Newman/Magnotta avait de toute évidence un très difficile "rapport à l'autre". 80% des lignes sur son blogue exposent ce difficile rapport à l'autre. Une incroyable solitude aussi. Un narcissisme obtu. Le narcissisme désigne beaucoup plus que l'estime de soi. Il s'agit de la base de toute pulsion : toute pulsion du moi. À l'origine, il y aurait narcissisme primaire, l'enfant n'aurait pas de relation psychique au monde extérieur. Magnotta, mentalement, même à 29 ans, était encore un enfant.

La psychose désigne un état de la santé mentale jugé anormal. C'est un terme générique psychiatrique et psychanalytique, évoquant le plus souvent une perte de contact avec la réalité chez le sujet. Il est notamment utilisé pour caractériser une forme classique mais sévère des troubles mentaux, durant lesquels des hallucinations ou des illusions peuvent apparaître. La personne souffrant de psychose, le/la psychotique, présente le plus souvent des troubles de la personnalité, ainsi que des troubles de la pensée. À l'âge adulte, le trouble psychotique est complexe, et le parcours de la personne est émaillé de crises. Ces crises sont de type schizophrénique et souvent déployées sous une emprise paranoïaque. Au paroxysme de la crise, peut surgir parfois la pulsion du geste violent, à l'encontre de soi ou de l'autre.

La psychose peut être accompagnée de comportements inhabituels voire étranges, et de difficultés d'intégration sociale ou de maintien d'une qualité de vie quotidienne.

N'est-il pas facile d'y lire le profil de Newman/Magnotta, qui était aussi quelquefois Vladimir Romanov et qui subsiste actuellement assurément sous une autre identité?

En 2007, en mal de publicité, se dessinant une nouvelle réalité, il avait inventé une relation avec la tueuse Karla Homolka, complice du démentiel Paul Bernardo. Homolka avait été libérée et habitait Montréal. Il avait inventé sa liaison pour mieux le nier par la suite à la télévision et se donner une publicité intéressante (à ses yeux qui ne voyaient que lui-même de toute façon).

On a tous besoin des autres pour se sentir existant. Mais ce malade avait besoin de plus.

Il avait mis en ligne des vidéos où il s'amusait (se pratiquait?) à assassiner des châtons. Ses vidéos ne sont plus en ligne mais encore facile à trouver. Il a aussi mis en ligne une vidéo où il assassine quelqu'un sur la musique de New Order (vidéo retirée aussi mais tout aussi facile à trouver-JE NE VOUS EN SUGGÈRE PAS L'ÉCOUTE-Notre cerveau n'a pas de focntion "supprimer" et les images pourraient vous hanter pour le reste de votre vie; créer peut-être aussi de nouvelles psychoses). Le cadavre démembré de cette victime, un étudiant chinois de 32 ans, a été retrouvé en partie cette semaine. Un pied (dans lequel se trouvait une lettre qui menacait Stephen Harper) a été envoyé au bureau du parti conservateur, une main devait aussi se rendre au parti libéral mais le colis a été intercepté par le bureau de poste. Les deux fois en Ontario. Un torse a été retrouvé dans une valise déposée dans les vidanges dans le secteur de Côte-des-Neiges à Montréal.

Newman/Magnotta/Romanov aurait quitté le pays depuis. Il serait en Europe. Il avait écrit un article intitulé How to dissapear completly and never be found. Il semble avoir mis son plan à éxecution. Sa face est aujourd'hui sur Interpol. 188 pays peuvent maintenant mettre le grappin dessus. Mais comme il est obssédé par les chirurgies plastiques, sa face a de bonnes chances de changer, elle aussi. Toutefois ce genre de changement ne se fait pas sans l'aide d'un réseau.
Ce genre de fuite non plus.

La bonne nouvelle dans tout ça, c'est que la victime et le suspect se connaissaient. Il ne choisiraient donc peut-être pas une victime au hasard.

Peut-être...

La mauvaise c'est qu'il a de l'avance sur ceux qui le pourchassent. Et qu'il avait planifié tout ça il y a quelques mois.

Des êtres malades du genre doivent être maitrisés.

J'ai parlé de ce monstre au passé dans ce texte. C'est parce qu'il n'était rien.

Le vide absolu.

Le degré zéro de l'homme.

Il est encore moins que rien aujourd'hui.
Sa famille de Peterborough est ravagée par toute l'attention. Et par le drame. En Chine une autre famille doit aussi être complètement anéantie. Peut-être apprenait-ils que leurs fils était gai, et maintenant en pièces détachées?...ouf...

Une seule chose par exemple: si on le trouve et on l'accuse, faudrait pas que ce soit le Québec qui le juge.

Il pourrait enguyturcotter les jurys.

vendredi 1 juin 2012

Léo Bureau-Blouin

"Si la jeunesse se refroidit, le monde entier claquera des dents"
                                                      -George Bernanos

C'était lui qui avait le visage le plus chérubin des quatre mousquetaires de la jeunesse.

Il représentait les plus jeunes aussi, les étudiants du collégial, donc quoi? 17-18-19 ans, quelques jeunes dans la vingtaine. Tout plein qui n'ont pas connu l'expérience d'une relation sexuelle encore. Il était le président et porte-parole de la Fédération Étudiante Collégiale du Québec, la FECQ.

C'est à Ste-Hyacinthe, à l'école St-Joseph (du même nom que ma propre école primaire) qu'il a fait sa scolarité. C'est à cette école secondaire de Ste-Hyacinthe qu'il a trouvé sa voie, et sa voix, lors d'une série de débats oratoires orgnanisée par l'école. Son équipe, dont il était l'incontournable leader, a non seulement été la meilleure mais a aussi remporté le concours régional de débat oratoire.

Il est retourné à l'école secondaire l'an dernier. Pour l'école c'était comme le retour d'une ancienne star sur la glace de ses exploits passés afin qu'on lui retire son chandail. Pour Léo toutefois c'était simplement pour y coordonner une activité. De débat justement. Le sujet improvisé avait été...une hausse des frais de scolarité (!). Par manque de participants et pour la bonne tenue du débat, même si il pensait tout à fait le contraire, il a prit part à l'action du côté de ceux qui étaient en faveur de la hausse...et il a fait gagner son équipe!

Ses parents travaillent tous les deux dans le milieu des arts visuels et contemporains. Ils se sont connus à une époque où le père de Léo dirigeait un collectif de jeunes sans emploi qui voulait mettre fin à une mesure discriminatoire dans le programme d'aide sociale. Cette passion familial pour les arts a fait de Léo un pianiste.

Brillant élève, on lui a fait sauté une année à l'école primaire. Il est donc habitué d'être le plus jeune. Adolescent qui articulait bien sa pensée, il est aussi devenu quelqu'un qui avait une vaste connaissance générale et un bon esprit de synthèse. S'il avait de bonnes notes, il faisait aussi beaucoup de critiques. Il est très intéressé par la philosophie et les années lumières entre autre chose.

C'est dans l'univers froid et rigide du droit à l'Université de Montréal que ce grande sensible compte étudier. Mais comme il est excellent plaideur, ça semble aussi tout ce qu'il y a de plus légitime.

Dans le tourment des 110 derniers jours, Léo- Bureau-Blouin, tout comme ses trois partenaires de table, n'a jamais dérapé. Il a toujours été en contrôle de ses émotions. Et ce même si certains journalistes posaient les questions les plus bêtes, faisaient preuve de condescendance ou de mépris à l'égard de ses doléances. On ne l'a jamais vu piquer une colère même si bien des choses auraient pu justifier une colère noire.

À la table des négociations, face aux caméras, c'était sa face à lui que toutes les mamans, que tous les papas, regardaient en se disant "Si c'était mon fils, j'en serais très fier(e)". C'était le Jean Béliveau du mouvement contestataire étudiant. Je ne doute pas un instant que ses parents soient très fiers de lui. Moi je le serais en tout cas.

Figure de la raisonnabilité en période agitée, on l'a vu récemment dès la sortie des pourparlers avec le sourvernement, en direct, s'adresser à une foule de manifestants, faire un appel au calme, les appeler à se disperser et ne pas faire de chichi.

C'est aujourd'hui le dernier jour de son mandat de présidence de la FECQ. Dommage que ce soit dans le climat d'un autobus ayant fait une 14ème crevaison...

Éliane Laberge, une étudiante de 19 ans du collège de Rosemont, enfile les souliers de son poste à compter de maintenant.

Certains feront surement une petite fête de départ à Léo aujourd'hui car il a travaillé très fort dans les 110 derniers jours et le mérite amplement.

Dommage que rien, rien, rien ne soit encore réglé.

Moi je lui ferais une statue à Ste-Hyacinthe.

Merci Léo.
Au contraire des gens au pouvoir en ce moment, tu transpires l'excellence.