Pourtant, derrière les portes closes de leur appartement de l'Upper East Side, la réalité est radicalement différente. Très tôt dans leur mariage, la personnalité toxique et le contrôle obsessionnel de Bob se manifestent. Il se montre d'une jalousie maladive et est sujet à des accès de rage d'une violence extrême. Un jour, dans un excès de colère noire, Robert étrangle le chat de Gail et la jette par la fenêtre de leur appartement. Gail y accordait plus d'attention qu'à lui. Une démonstration terrifiante de sa capacité de violence. La soeur de Gail remarque aussi que celle-ci a beaucoup changé. Elle semble nettement soumise à toute ses validations. Ce n'est pas la soeur qu'elle a connue. Devant les gens, il assit Gail sur ses jambes à lui, et la nourrit. Inconfortable.
Gail prend conscience du danger. Inquiète pou sa sécurité, elle insiste pour que son mari consulte un psychiâtre. Bob accepte et voit successivement 3 spécialistes différents. Le constat de ces professionnels est sans appel : l'un d'eux prend une décision extrêmement rare et grave, en dérogation totale avec le secret médical: il écrit une lettre officielle à Gail. Dans cette missive, le psychiâtre l'avertit formellement que son mari a des pulsions meurtrières envers elle et qu'elle doit absolument le quitter si elle veut sauver sa vie. Gail garde cette lettre précieusement (nous sommes dans la première partie des années 80), mais les mécanismes de l'emprise domestique la poussent à repousser son départ. Elle confie toutefois à sa soeur, sa ferme intention de divorcer Bob. Elle commence à chercher un appartement, emprunte de l'argent et se prépare à fuir. Malheureusement, il est déjà trop tard.Le 7 juillet 1985, Gail Katz disparait sans laisser la moindre trace. Bob attend de longues heures avant de signaler sa disparition aux autorités. Lorsque la police l'interroge, sa version des faits est simple et calibrée. Le couple a eu une violente dispute au sujet de leur avenir conjugal, après quoi, Gail, furieuse, a quitté l'appartement en trombe pour aller "se calmer" à Central Park (oubliant de prendre ses souliers). Selon lui, et ça c'est vrai, elle n'est jamais revenue. Pas le reste de son affirmation.
La famille de Gail, menée par sa soeur, refuse de croire cette histoire. Gail n'aurait jamais abandonné ses études, sa famille ses projets sans emporter la moindre de ses affaires. Pour sa soeur, il n'y a aucun doute, Bob l'a supprimée. La police partage rapidement ses soupçons. Mais elle se heurte à un obstacle juridique majeur: Il n'y a aucune preuve matérielle, aucune trace de lutte dans l'appartement, aucun témoin et surtout, aucun cadavre. Dans les semaines qui suivent, les enquêteurs découvrent que Bob est allé louer un petit avion de type Cessna 172 à l'aéroport de Caldwell, dans le New Jersey, l'après-midi même de la disparition de Gail. Plus suspect encore, les registres de vol saisis révèlent que les lignes correspondant à cette journée spécifique ont été falsifiées et altérées. Les registres du vol du 7, sont changés au stylo pour un 8 par dessus. D'une couleur de stylo différente... Malgré la forte conviction des policiers qu'il a utilisé l'avion pour se débarrasser du corps, la technologie de l'époque (les années 80) et l'absence totale de preuves médico-légales empêchent le procureur d'engager des poursuites. L'affaire stagne et finit par être classée parmi les dossiers non résolus.Pendant ce temps, le docteur Bob Bierenbaum continue sa vie comme si de rien n'était et se montre même agacé quand on lui parle de Gail. Il quitte NY, s'installe à Las Vegas, puis se relocalise à Minot, dans le Dakota du Nord, quand il sent la soupe chaude. Il y ouvrira un cabinet de chirurgie plastique prospère. Il se remarie, a un enfant, s'intègre parfaitement à la communauté locale et continue de séduire de nombreuses femmes en arborant un sourire impeccable de médecin dévoué. Pendant 15 ans, il échappe entièrement à la justice. En 1999, une unité Spéciale de la police de NY se penchant sur les dossiers froids, décide d'ouvrir le dossier sous l'impulsion de la famille Katz qui poussait dans cette direction. Et n'a jamais cessé de réclamer justice. Les procureurs adoptent une stratégie audacieuse. Poursuivre Bierenbaum pour meurtre au second degré, malgré l'absence de corps.
Le procès s'ouvre en octobre 2000, à Manhattan. 37 témoignages. L'accusation repose entièrement sur un faisceau de preuves circonstancielles. Les procureurs dressent le portrait d'un homme manipulateur et violent. La fameuse lettre d'avertissement du psychiâtre est lue devant la juge, faisant l'effet d'une bombe. Le témoignage de navigabilité de l'appareil est l'élément central. Les experts démontrent qu'en analysant le temps réel de vol de Bob, ce dimanche de juillet 1985, il avait largement le temps de survoler l'océan Atlantique, d'ouvrir la porte en plein vol et de larguer le corps. Une reconstitution minutieuse prouve la faisabilité technique de cette manipulation macabre.
La défense soutient que Gail était instable, consommatrice de drogues, et qu'elle a pu refaire sa vie ou se suicider. Mais le jury ne se laisse pas convaincre par le flegme arrogant du "bon" docteur. En novembre 2000, Robert Bierenbaum est reconnu coupable de meurtre et condamné à une peine de 20 ans de prison avant possibilité de demande de révision, sinon à perpétuité. Il maintiendra son innocence tout son séjour en dedans.
Jusqu'en décembre 2020.
Lors d'une audience de la commission des libérations conditionnelles. Réalisant que ses chances de libérations sont nulles si il n'exprime pas de remords, Bob Bierenbaum, 66 ans, décide enfin de parler:
"I wanted her to stop yelling at me, so I attacked her..."
Il admet l'avoir étranglée à mort dans leur appartement. Il détaille ensuite calmement l'horreur de la suite: il a transporté son corps sans vie jusqu'à l'aérodrome, l'a installé dans le cockpit du Cessna, puis a décollé vers le large. Une fois au-dessus de l'Océan Atlantique, il ouvre la porte de l'appareil et a jeté le corps de Gail Katz dans le vide.
Dans l'océan.
Le corps de Gail Katz n'a jamais été retrouvé et repose pour toujours au fond de l'océan. Si cette confession tardive a apporté une douloureuse confirmation à la famille de Gail. Elle a surtout mis en lumière la cruauté d'un homme qui aura feint l'innocence pendant des décennies, privant ses proches d'un dernier adieu.
Sa soeur continue d'honorer sa mémoire sur le net, un centre d'aide dédié au soutien des femmes victimes de violences conjugales. Elle narre en partie le balado The Girlfriends sur Spotify, racontant tout ça.
Quand le verdict tombe, sa soeur se fait serrer la main si fort par une inconnue à ses côtés, elle a l'impression qu'elle a une nouvelle soeur.
Le jury déclare "le bon docteur" coupable aujourd'hui, il y a 26 ans.
Et oui, sa libération a été refusée, il va mourir en dedans.
L'horrifiant abuseur manipulateur.











Aucun commentaire:
Publier un commentaire