samedi 17 octobre 2026

Blonde & Idiote Bassesse Inooubliable***************************Sprained Ankle de Julien Baker

Chaque mois, vers le milieu, tout comme je le fais pour le cinéma (dans ses 10 premiers jours) et tout comme je le fais pour la littérature (dans des 10 derniers) je vous parle de l'une de mes trois immenses passions: la musique.

Le titre de la chronique fait référence à 4 albums que j'ai tant écouté dans ma vie que j'en connais tous les airs, toutes les tons, toutes les paroles, toutes les nuances, tous les tons. Bref cette musique est composante de mon ADN.

Par ordre de création:

Blonde on Blonde de Bob Dylan

The Idiot d'Iggy Pop

Low de David Bowie

The Unforgettable Fire de U2

B.I.B.I. c'est moi. C'est aussi le terminaison du mot arabe habibi voulant dire je t'aime.

Musique, je t'aime.

SPRAINED ANKLE de JULIEN BAKER.

 Lancé il y a 11 ans, d'abord sur Bandcamp avant qu'un ami ne lui passe du temps en studio pendant son stage, le premier album de Julien Baker est une oeuvre émotionnelle rare et d'une simplicité désarmante. Enregistré lorsqu'elle était étudiante universitaire, cet album s'impose comme un manifeste de la vulnérabilité brute, redéfinissant les contours du folk confessionnel et du slowcore moderne au milieu des années 2010. Sans jamais s'appuyer sur des artifices de production, l'artiste y livre une instrospection profonde qui résonne comme un secret partagé dans le noir. Elle nous offre une esthétique du vide et du dépouillement. 

Le squelette musical de l'album de 9 chansons repose entièrement sur 2 éléments : une guitare électrique (souvent teintée d'une légère réverbation) et une voix d'une clarté parfois déchirante accompagnée au piano. Amateurs de batterie et de base, ce n'est peut-être pas le bon rendez-vous. Ce minimalisme n'est pas un manque de moyens, mais un choix artistique radical. En refusant les arrangements complexes, les percussions lourdes ou les orchestrations denses, l'album crée un espace de silence autour de l'interprête. 

La guitare ne cherche pas la démonstration technique. Elle tisse des boucles mélodiques hypnotiques, dea arpèges fragiles qui semblent s'effondrer sous leur propre poids. Ce vide instrumental amplifie chaque respiration, chaque tremblement dans la voix parfois très puissante de l'artiste. L'auditeur n'est pas face à un spectacle, mais assis par terre, dans une pièce vide , face à la détresse d'une âme humaine. 

Les thèmes abordés sont la foi, l'addiction et la solitude. Le coeur textuel navigue dans des eaux sombres et profondémment personnelles. L'album explore avec un honnêteté surprenante les luttes contre les dépendances et les traumatismes qui en découlent. L'auteure ne romance pas sa douleur. Elle la décrit avec la précision d'un médecin légiste soignant une cheville tordue. Analysant sa propre blessure. Il y a une physicalité dans ses mots, une maniere de lier à la souffrance psychologique à la défaillance du corps. 

Parallèlement à ces démons terrestres, l'album est profondément habité par la question de la foi et de la spiritualité chrétienne. Élevée dans un environnement religieux du Tennessee, l'artiste utilise un vocabulaire théologique pour exprimer son sentiment d'indignité et sa quête de rédemption. La prière y est rarement un cri de joie, mais plutôt une supplique désespérée lancée vers un ciel silencieux. Cette tension entre l'identité queer de l'artiste, ses traumatismes et son éducation religieuse traverse tout le disque, créant une poésie de la culpabilité et de la grâce. Elle utilise sa voix comme vecteur de catharsis.

La performance vocale sur ce projet est le véritable véhicule de son impact émotionnel. La voix commence souvent dans un murmure timide, presque adolescent, (elle n'avait que 19 et 20 ans sur cet album), pour s'élever soudainement vers des cris d'une intensité bouleversante. Ces explosions vocales ne sont jamais feintes, toujours bien senties, et surgissent lorsque les mots ne suffisent plus à contenir la douleur. Elle est vite devenue ma préférée du trio Boygenius. Bien que j'adore Lucy Dacus et Phoebe Bridgers aussi.

C'est cette dynamique qui transforme ce qui pourrait être un album folk léthargique en un expérience cathartique. En poussant ses cordes vocales jusqu'au point de rupture, l'artiste évacue son trop-plein d'angoisse. L'auditeur assiste à une mise à nu textuelle et sonore où la fragilité devient, paradoxalement, la plus grande force de l'album. Un ton qui a un impact durable dans la paysage sonore indépendant. 

Cet album posait les fondations de la carrière de Julien, établissant sa réputation d'auteure-compositrice-intèrprète, hors-pair, capable de traduire les sentiments de marginalisation et de dépression avec une dignité universelle. Il a également ouvert la voie  à une nouvelle vague d'artiste féminines explorant le folk, le country et le rock dans une forme confessionnelle, sans filtre, un mouvement qui culminera, quelques années plus tard, avec la formation du supergroupe Boygenius qui raflera 3 Grammys, celui de la chanson rock de l'année, de la meilleure prestation rock et du meilleur album de musique alternative. 

Ceci étant dit, puisque la porte est ouverte, explorer les oeuvres solos de Lucy Dacus et Phoebe Bridgers aussi, elles en valent la peine. 

Pour amateurs d'indie-folk, de minimalisme, d'émotion brute, de crescendos, de textes littéraires et confessionnels, de Bright Eyes, Lucy Dacus ou Phoebe Bridgers, d'Elliot Smith et Bon Iver, de Cat Power aussi, d'introspectif, d'intensité et de sadcore. 

Et je la trouve sensationnellement belle sur la pochette, tout à fait le style de beauté qui me touche.

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