La Toscane, a cette époque, est un secteur en ébullition, une sorte de foyer d'agitation. Les conditions de travail sont misérables, les bas salaires et l'absence de droits poussent Bresci vers l'anarchisme. Ses activités politiques et sa participation à des grèves attirent rapidement l'attention des autorités italiennes. Classé alors comme "subversif" il ne le sera jamais assez pour prévenir avec succès ce qui finira par arriver. Il subit quelques périodes d'arrestations, et d'exil intérieur, ce qui renforce sa rancoeur face à l'État. L'exil intérieur désigne la situation d'une personne contrainte de vivre isolée, ostracisée, dans une région éloignée, ou sous surveillance stricte au sein de son propre pays, plutôt que d'être bannie à l'étranger.
Face à la répression policière en Italie, Bresci choisit de s'exiler aux États-Unis, à la fin des années 1890. Il s'installe à Patterson, dans "l'exotique"À Paterson, Bresci mène une vie en apparence tranquille. Il épouse Sophie Kniel, une immigrée aussi, mais d'origine irlandaise, avec laquelle il a une fille. Ses employeurs le décrivent comme un ouvrier sobre, rigoureux et sans histoires. Pourtant, son engagement politique reste total. Il investit son temps libre et ses maigres économies dans l'action militante. Il devient l'un des fondateurs et des principaux soutiens financiers du journal anarchiste de langue italienne La Questione Sociale. C'est dans ce milieu qu'il côtoie de grandes figures du mouvement libertaire, comme Errico Malatesta.
L'évènement qui va faire basculer la vie de Gaetano Bresci se produit en mai 1898, en Italie. Le pays face à la hausse dramatique du prix du pain et de la farine, des manifestations de travailleurs, de femmes et d'enfants éclatent à Milan. Pour réprimer cette révolte populaire qui ne fait que s'escalader aux yeux du roi d'Italie Umberto Premier, il s'en inquiète assez pour que le gouvernement déploie l'armée contre le peuple sous les ordres du général Fiorenzo Bava Beccaris.| Le général |
| Le roi |
En mai 1900, Bresci réclame brusquement le remboursement d'un prêt de 150$ (autour de 5950$ de nos jours) qu'il avait accordé au journal La Questione Sociale. Sans dévoiler ses intentions réelles à ses camarades.. Il achète en secret un revolver et s'embarque pour l'Europe.
Arrivé en Italie, il étudie le quotidien du roi et le suit quelques jours. Attendant son moment. Il suit discrètement les déplacements du souverain, déjouant les regards amateurs de la sécurité de son entourage qui ne le remarque en rien. L'occasion se présente le dimanche 29 juillet 1900, à Monza.
Umberto assiste à une compétition d'athlétisme. Vers 22h, il se lève pour saluer la foule. Gaetano Bresci saisi son moment. Il s'en approche et lui tire 4 balles de son revolver, dont une qui le touche gravement au thorax et une autre, fatalement au cou. Immédiatement arrêté par les forces de l'ordre, Bresci est battu par la foule en délire. Il déclare quand même calmement, peut-être avec un peu moins de dents, qu'il n'a pas tué un homme, mais un principe. Celui de la tyrannie.
En cour, il revendique pleinement son acte disant qu'il a agi seul, pour venger les victimes de Milan. L'Italie vient tout juste d'abolir la peine de mort, 11 ans, avant. Mais voilà un fier candidat. Il est condamné à la peine maximale: les travaux forcés à perpétuité, assortis d'une longue période d'isolement cellulaire strict.
Incarcéré au pénitencier de l'île de Santo Stefano, une prison de haute sécurité, tristement célèbre pour ses conditions de détentions inhumaines. Il n'y sera pas si longtemps.Le 22 mai 1901, on le retrouve pendu dans sa cellule. Moins d'un an après le début de son incarcération. Le "suicide" aura ce parfum Epstein puisque les gardiens l'avaient souvent battu afin de venger le roi. Peut-être cette fois, pour la dernière fois. À 31 ans.
Maquillée.
Le geste de Bresci a une portée internationale et s'inscrit dans une période ensuite baptisée "propagande par le fait". Une stratégie prônée par une frange du mouvement anarchiste mondial consistant à commettre des attentats ciblés contre des dirigeants pour éveiller les consciences. Son action inspire entre autre Leon Czolgosz, anarchiste Étatsunien qui assassinera le 25e président des États-Unis William McKinley, le 14 septembre suivant. Cédant sa place d'urgence à un certain Théodore Roosevelt, qui revient d'urgence (à cheval!) à Buffalo où McKinley meurt à 58 ans, où il prête serment l'après-midi même. En costume plus ou moins formels.
Si la presse bourgeoise le décrit comme un fanatique fou furieux, Gaetano Bresci est perçu comme un héros pour de nombreux militants libertaires et républicains, symbole du sacrifice individuel contre l'arbitraire et la violence de l'État.
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