Dans les années 50, des figures féminines cadrées par des normes strictes sont présentées. De manière élégante, voire raffinée, Blossom Dearie, chez les blanches, Ella Fitzgerald, chez les Noirs, qui ne se mélangent pas encore complètement en Amérique du Nord, offrent leurs présences vocales et physiques qui restent maitrisées, souvent contenues. Robes longues, micros fixes, orchestres derrière elles, la voix prime, mais dans un cadre très codifié. Ella impressionne par sa virtuosité vocale et son scat lumineux, Blossom par sa voix de poussin. Patsy Cline, dans le mâle milieu country, impose une émotion profonde et un point de vue féminin, entre vulnérabilité et dignité. Billie Holiday, avec son phrasé fragile et déchirant, transforme la souffrance en art. Pourtant, malgré leur génie, ces femmes évoluent dans une industrie dominée par les producteurs masculins. Elles sont interprètes avant d'être perçues comme créatrices. C'est un jeune Willie Nelson qui écrit Crazy pour Patsy Cline quand les années 60 sonnent. Leur pouvoir réside dans l'émotion, mais leur image publique reste soigneusement contrôlée. Le destin tragique précoce de Billie & Patsy, et outremer, au début de cette décennie, le veuvage d'Edith, ajouteront une couleur au culte dramatique entourant Femmes & Musique à cette époque.
Les années 60 amorcent avec une fissure de cette façade. D'abord Européenne. La maman et la putain. Françoise Hardy qui pleure sa solitude et ne demande que d'être aimée, Brigitte Bardot, qui joue avec la sensualité et devient l'icône médiatique internationale qui fera le tour du monde au nom de France. Hardy impose une mélancolie introspective, et une distance presque intellectuelle. En Amérique du Nord, Karen joue de la batterie. Joan fait du vibratto, mais au final, nous présente Bob en s'effaçant. Michelle & Mama Cass sont des choeurs. Janis Joplin fait exploser les codes. Sur scène, elle hurle, transpire, incarne le blues de toute son être, En mourra. Elle vivait une expérience corporelle totale. Le femme n'est plus seulement interprète gracieuse, elle devient sujet désirant, sujet souffrant, sujet rebelle. La présentation scénique se libère, les cheveux se détachent, les vêtements deviennent plus personnels, l'attitude moins docile. L'authenticité commence à supplanter la bienséance. Les auteures se pointent. Le respect est exigé.Dans les années 70, cette libération prend des formes multiples. Carole King incarne l'auteure-compositrice interprète introspective avec quelque chose qui fera tapisserie sonore. Elle impose l'idée qu'une femme peut écrire son matériel. Ricky Lee le comprend. Donna s'impose comme absolue reine du disco. Elle revendique une sensualité assumée dans un univers de clubs, de lumières, et de pulsations électroniques. Blondie, Stevie & Christine se mêlent aux garçons tout en restant féminines. Glamour er punk pour la première. Folk et sophistopop pour les secondes. New wave et énergie rock pop. La femme peut être caméléon. Intime et hédoniste. Graphique et forte. Le présentation ne prend pas encore complètement toute la place. Mais dans les années 80, Madonna renverse tout ça. Le clip arrive, l'image du même coup voyage. Elle le comprend avant tout le monde. La musique est indissociable de la mise en scène en ce qui la concerne. Elle transforme chaque album en personnage. La vierge provocatrice. l'icône religieuse détournée, la dominatrice glamour. Elle contrôle son image entièrement. Joue la controverse. Vendre l'image, Samantha le comprend. Vendre le corps si on ne vend pas musique. modus operandi qui sera suivi jusqu'à nos jours. La sexualité est arme de pouvoir, si on le veut. Tina Turner incarne le résilience et la puissance scénique brute. Annie Lennox brouille les genres avec son apparence androgyne et sa voix basse. Ses performances théâtrales charment. La femme n'est plus simplement représentée, elle construit par la danse, par le corps, par le mythe. Le corps devient discours. Le clip, manifeste visuel.Dans les années 90, une nouvelle forme d'équité émerge avec ma génération qui deviendra adulte. Dans les marges de l'alternatif, le style shoegaze et la scène indépendante offrent une équité étonnante, ou les espaces pour que les femmes s'expriment résonnent. Se fondant dans les textures sonores éthérées, moins centrées sur la performance spectaculaire que la sensation. Une renarde écossaise adopte une posture frontale ironique face aux normes. En souffrira aussi. Comme dans les années 80, Cindy. Alanis Morrissette fait comprendre que la colère féminine peut être succès mondial. Björk déconstruit tout cadre attendu croisant expérimentations électroniques, fragilité, étrangeté visuelle, avant-gardisme. La présentation devient plus conceptuelle. L'artiste féminine peut être abrasive, vulnérable, étrange, sans chercher à rassurer. L'Industrie commence à accepter que la subjectivité féminine inclue la rage, la complexité psychologique et l'expérimentation.
Les années 2000 voient une hybridation des identités,. Lady Gaga pousse à l'extrême la performance artistique. Chaque apparition est une oeuvre. De l'art contemporain humain. Elle questionne la célébrité, le genre, et le regard médiatique. Amy Winehouse passe en comète avec son esthétique rétro et sa voix unique. Caramélisée. Les écriture deviennent plus personnelles, exposent aussi certaines fragilités face aux surexpositions médiatiques. Britney en écopera brutalement. Shakira mélange culture pop, latino, dans un marché globalisé. Se sert de son corps, de sa voix et de sa personne avec dignité. Tout en jouant la parfaite sexytude. La Femme s'écrit avec une majuscule. L'authenticité, même si on fonce vers l'ère de l'ego, doit coexister avec une stratégie internationale. Dans les années 2010, la maitrise narrative s'intensifie. Beyonce redéfinit l'album comme oeuvre visuelle et politique. Elle croise identité noire et féminité. Trahison et puissance collective. Lorde, propose une esthétique minimaliste, introspective, presqu'anti-glamour. Sia choisit l'effacement et impose une voie unique. Elle laisse parler son corps. Au diables les traits du visage. La présentation devient consciente des mécanismes médiatiques et on s'en amuse. Les artistes jouent avec l'invisibilité, la confession, et la mise à distance. Les années 2020 prolonge cette autonomie accrue. Taylor devient sensation. Se réapproprie tout ce qui était à elle. Maintenant bien à elle. Elle reprend le contrôle chantée par Janet, 35 ans plus tôt. Swift incarne la réappropriation économique et artistique. Billie déconstruit son et images. Ne joue pas la carte du corps. Elle préfère l'esthétique sombre, murmurée, les structures éclatées. Phoebe, Lucy & Julien nous rappellent enfin qu'en équipe, on est plus forte. divisée, on s'écroule. La sororité compte. Le collectif féminin n'est pas que compétition. Il peut être création collective. En 70 ans, les femmes en musique sont passées d'élégance contraintes et contrôlées, à pluralité radicale. D'interprètes magnifiées, devenues architectes de leur propre destinée. Stratèges et militantes. Auteures et accomplies. La musique des femmes n'est plus un genre ou une exception. Elle est champ d'expression.Et écho de reconnaissance.
Ou livre ouvert.
Et comme toute femme, se redéfinit sans cesse.
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