vendredi 25 mai 2012

Quand Les Hommes Vivront d'Amour

(Aux peuples d'Israël et de Palestine)

La chanson est naive, pleine de bons souhaits, de wishful thinking, d'espoir donc.

Mais il semble encore que nous n'embrassions pas la profondeur des sentiments évoqués par la chanson de Raymond Lévesque, qu'il disait lui-même, "philosophique".

Raymond Lévesque était à Paris et gagnait sa vie comme auteur/compositeur sur les champs-et-élysée en France depuis 1952. Il marchait dans les traces de Claude léveillée qui composait pour Piaf. Il se tenait avec Eddie Barclay qui lui ouvrait les portes d'une activité d'écriture débordante sur la Rive Gauche. Il composait pour les autres mais interprétait aussi des morceaux sur scène dans les cabarets comme il le faisait déjà dans les années 40 au Faisan Doré à Montréal. Lévesque avait 27 ans en 1955. Il avait déjà composé pour Bourvil, Jean Sablon, Cora Vaucaire et Eddie Constantine. Bien que fier Rosemontois, c'est la France qui aura cette chanson en cadeau la première fois. Lévesque l'offre à Eddie Constantine qui l'enregistre en 1956. Constantine est alors plus connu pour son rôle de dur détective Lemmy Caution dans la série télé Alphaville. La chanson lui offre un côté fragile que les gens ne lui connaissait pas et est un bon succès.

C'est en pensant à la naissante guerre d'Algérie qui le chagrine que Lévesque compose cette chanson poignante qui dégage un léger parfum de l'existentialisme d'après-guerre.

Naive et idéaliste, "rêveuse" dirait l'homme d'affaires, "utopiste" dirait l'artiste, "touchante" dirait le sensible, l'auteur se réapproprira sa chanson et l'enregistrera sur disque lui-même. Non seulement ce sera son plus gros succès mais la chanson deviendra le plus gros succès québécois francophone au monde.

Traduite dans plus de 50 langues dans autant de pays, la chanson sera reprise chez nous par entre autre Fabienne Thibeault, Pauline Julien, Felix Leclerc, Michel Louvain, Nathalie Simard, René Simard, Gilles Vigneault, Robert Charlebois, Offenbach, Luce Duffault et Céline Dion.

La chanson, qui appelle à la paix et est teintée d'humanisme, est restée populaire jusqu'à aujourd'hui.

En 2005, dans le cadre d'un concours de la Fête nationale du Québec, le Mouvement national des Québécoises et Québécois a désigné cette chanson comme étant la préférée des Québécois et une des meilleures de tous les temps.

Depuis cette année-là, cette chanson, régulière des fêtes nationales, au risque de devenir ronflante, est devenue une incontournable de la Saint-Jean Baptiste.

On y pense au titre de cette chanson ces temps-ci.
Difficile de ne pas être ému non plus par les concerts de casseroles partout au Québec la nuit dernière.

Y a de quoi être fier.

jeudi 24 mai 2012

L'Exposition des Atrocités

(à Stephen Harper, ses amis, et tous leurs partenaires idéologiques)

Cela faisait tout juste deux ans, en 1964, que James Graham Ballard, avait choisi de laisser tomber sa carrière scientifique pour devenir écrivain à temps plein. Marié, père de trois enfants, en vacances à l'étranger, sa femme meurt soudainement d'une bête pneumonie.

Veuf avec trois enfants sur les bras et une carrière d'écrivain à la prospérité incertaine, Ballard tombera dans la bouteille.

Mais il écrira aussi. Et majestueusement.

Dès 1965, il commence à écrire des histoires qui sont en quelques sortes des expériences diverses basées sur la matière visuelle de la culture médiatique qui l'entoure : le suicide de Marilyn Monroe, la bombe d'Hiroshima, l'assassinat de John F. Kennedy, la course à l'exploration spatiale, l'anihilant Ronald Reagan, les encastrements de voitures de luxe (thème que Ballard développera davantage ensuite dans Crash !): Ballard réunit une série de textes impressionistes qu'il rassemblera sous le titre The Atrocity Exhibition (La Foire aux Atrocités) en 1969. Ces textes le rendront célèbres pour ses titres comme Why I Want To Fuck Ronald Reagan et pour l'histoire personnelle de J.G.Ballard (la mort de sa femme), qui laisse croire qu'il explore des thèmes, dits déviants dans les années 60, afin d'exorcier tout le mal intérieur qu'il a vécu dans le deuil.

Le recueil de nouvelles a comme douxième nouvelle Crash ! ICA-Eventsheet, qui deviendra un film de Cronenberg beaucoup plus tard et une exposition en 1970 intitulée simplement Crashed Cars. Dans cette exposition tenue au New Arts Laboratory, Ballard y expose sans aucun commentaires d'accompagnement, des voitures désincarnées suite à un accident. Il y exposera des fantasmes sexuels dans son roman Crash! paru trois ans plus tard.
Le recueil de nouvelles The Atrocity Exhibition, 15 nouvelles aux titres déstabalisant que The Great American Nude, The Assassination of JFK Considered as a Downhill Motor Race et Plan For The Assassination of Jacqueline Kennedy, autant que le roman Crash! paru 4 ans plus tard font scandale.
Nous sommes dans les années 60. Le peuple de l'époque est facile à froisser, frileux. Pas toujours super ouvert mentalement.

Stephen Harper et son gouvernement, écoutant la pression de nombreux groupes religieux qui s'étaient plaints, se sont dit outrés de l'exposition Sexe: l'Expo Qui Dit Tout, une exposition qui a remporté le prix Cascades de la meilleure exposition dans la catégorie Grande Institution et le prix Excellence de la Société de Musées Québécois.

Sans rire, mais en provoquant beaucoup sans le vouloir, ils ont dit que l'exposition faisait la promotion des relations sexuelles hors en dehors des liens du mariage...

Vous avez le droit de rire vous aussi...

...ou de pleurer...

Nous sommes en 2012, les dirigeants de notre époque sont faciles à froisser, frileux. Pas toujours agiles mentalement.

Moi je ferais une exposition des atrocités et j'y placerais de nombreux membres du parti conservateur.

Ça viendra une jour sûrement.
Ce sera gênant un jour dans les livres d'histoires ce qu'on retiendra de ses gens soumis à la religion mais bon...
Un jour ils s'effaceront.

mercredi 23 mai 2012

Un Grand Tonnerre

Ceci est un texte de Christian Nadeau, professeur de philosophie de l'Université de Montréal.

Chères Étudiantes, chers Étudiants,

Vous me permetterez d'abord de m'adresser à votre groupe dans son ensemble et non à vos porte-paroles ou à ceux que nos médias nomment vos leaders, une expression qui reflète bien l'abrutissement servile de notre époque.

Voilà pourquoi je veux parler à tous les militants et militantes du mouvement Étudiant.

Je vous écris cette lettre afin de vous saluer et de vous demander humblement de nous aider à pousuivre votre oeuvre. Votre lutte est la renaissance de la gauche au Québec, endormie depuis des années par les privilèges de quelques uns et étourdie par sa propre rhétorique préfabriquée.

Vous êtes les travailleurs de la liberté.

Vous avez dénoncé les fastes doucereux de nos paradis artificiels, vous nous avez rappelé ce qu'est un peuple dans ce qu'il peut être de plus beau. Un grand acte de confiance. Vous nous avez parlé, vous nous avez tendu la main, même lorsque nous vous laissions sans réponse, mais il n'est pas trop tard.

Nous serons d'abord quelques centaines, puis nous serons des milliers à oeuvrer avec vous. Reste la question de la violence qui serait le mur entre nous. Mais de quelle violence parlons-nous au juste? Il est confortable de condamner la violence lorsqu'on ne la subit pas au quotidien, commode de juger sans comprendre, et de juger en bloc tous les Étudiants pour des gestes favorisés, voire peut-être même espérés avec cynisme par nos élus. Certes, certains d'entre vous jugent que l'heure n'est plus aux évènements festifs ou l'imagination confronte le pouvoir. Mais vous savez aussi que la raison du plus fort ne peut être la meilleure. Pour ma part je serai toujours contre un pouvoir qui est au bout du fusil, peu importe qui tient le fusil. Mais je n'ai jamais vu une matraque entre les mains d'un Étudiant.

En revanche, je n'ai jamais été témoin d'une telle violence envers un groupe social au Québec.Je n'ai jamais vu un tel mépris de la part du gouvernement à l'égard de ses propres citoyens. Je n'ai jamais vu une telle arrogance d'un trop grand nombre de journalistes et de chroniqueurs devant ceux qui pourraient leur apprendre à écrire et à s'exprimer décemment.

Le mouvement Étudiant s'insurge contre les bastonnades par des matamores de la matraque maniant celle-ci comme si il s'agissait d'un hochet. Ils postillonnent du poivre de cayenne et dégradent toute leur profession. Je suis peut-être naïf, mais je demeure absolument convaincu que les policiers sont profondément divisés sur l'image donnée d'eux lors des répressions à la sauce militaire. Les charges martiales des policiers contre les manifestants pacifiques n'ont pas pour premier but de vous effrayer. Elles visent en réalité à vous humilier, jusqu'à ce que la raison cède le pas à la colère et déclenche des hostilités dont les forces de l'ordre se voient déjà vainqueurs.

Voilà contre quoi vous luttez. À la raison du plus fort, vous opposez la force de la raison. En dénoncant la violence commise sur des personnes, vous avez rappelé le sens réèl de ce débat moral. Vous avez fait ce que vous faites depuis des mois. Vous nous apportez une parole édifiante.

Chacun connait le fameux passage de Terre Des Hommes, où l'auteur condamne la volonté de mettre un terme à ce qu'il y a de meilleur dans le coeur de tous et de toutes. Ce qui me tourmente, dit Saint-Éxupéry, les soupes populaires ne le guérissent point. Ce qui me tourmente ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C'est un peu, dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné. Cette phrase, souvent galvaudée, résonne malgré tout dans le contexte actuel. Car elle exprime le dégoût devant l'ignoble.

Le gouvernement s'obstine à vous mépriser au mépris même de sa raison d'être. Il espérait une humiliation publique et il l'a fait à coup de matraque. Mais aussi et peut-être surtout, d'invectives des chiens de garde des nantis, des profiteurs et des saboteurs de la chose publique.

Aux courtisans du pire, vous répondez en refusant de perdre votre dignité. Vous offrez une leçon de morale publique à un gouvernement qui ne se préoccupe plus d'honneur depuis trop longtemps.

Il est étonnant de voir les commentateurs s'étonner du tournant politique de la grève Étudiante. Pourtant depuis le début vous avez dit clairement pourquoi votre lutte concernait un enjeu fondamental de notre société. Depuis le début vous avez refusé toute forme de corporatisme. Vous avez proposé des options, Et vous avez accepté tous les débats sociaux, y compris avec ceux-là même qui préféraient vous trainer dans la boue plutôt que de vous accorder le moindre crédit.

Quelque soit la suite des choses, vous avez déjà remporté une victoire que vous avez eu l'immense générosité de nous offrir tous les jours depuis le début de la grève. Si une partie de notre société à voulu vous humilier, c'est qu'elle craint le retour d'une véritable option sociale-démocrate. Si elle réagit avec une telle violence à votre mouvement, c'est par peur de ceux qui redressent l'échine et se disent prêts à défendre le bien commun.

Pourquoi vouloir enfermer la liberté dans une cage et briser l'espoir d'une société plus juste? Est-ce bien Mozart qu'on assassine en voulant détruire votre mouvement? Ne devrions-nous pas plutôt chercher à comprendre pourquoi ils veulent tuer Jaurès?   

Je termine en vous remerciant encore une fois, et en conviant tout ceux qui comme moi, ressentent au plus profond d'eux-même, une infinie reconnaissance à votre égard, à en faire autant.

Nous saluerons votre courage et votre refus de l'abdication. Et ensemble nous reconstruirons une société civile et un État que les thuriféraires du privé voudraient voir disparu.

Chers Étudiantes, chers Étudiants,
Vous nous avez montré la voie.
On dit de vous que vous exigez l'impossible.
Au contraire.
Vous ouvrez les possibles
C'est la raison pour laquelle nous étions si nombreux à la grande manifestation d'hier.
En marchant avec vous, en formant une grande haie d'honneur, pour saluer votre détermination.
En vous saluant de toutes les fenêtres.
Nous avons formé ensemble un grand tonnerre.

Oui, un très grand tonnerre d'applaudissements, une ovation dont l'écho se fait entendre encore et encore.
Pour que dure la lutte.
Et l'espoir.

(J'aurais souhaité avoir écrit certains passages de ce texte, ma mince collaboration se limite aux majuscules du mot Étudiant)

mardi 22 mai 2012

Le (convenable?) Étranger

Je ne déteste pas le Canada. Il y a de très beaux endroits au Canada. Des gens intéressants aussi.

 Mais je le regarde comme on regarderait un pays étranger.

C'est une question de sensibilité.

Je trouve que j'ai bien peu en commun avec les gens hors province. Je m'intéresse à l'information internationale, aux arts, aux différents pays dans le monde, aux conflits internationaux, aux enjeux politiques, aux gens extraordinaires et je suis contre la religion.

Mon Canada est en général petit dans sa tête, peu cultivé, peu porté sur les pays étrangers si ce n'est que pour lui souquer un peu d'argent, légèrement cancre dans ses implications dans les enjeux internationaux et parfaitement ordinaire, voire beige. La religion empoisonne aussi quelques fois les raisonnements canadiens.

J'ai déjà le regard de celui qui regarde le Maroc, la Bulgarie ou le Bengladesh et qui est fasciné par ce qu'il découvre quand je regarde la Canada.

Mais la fascination n'est pas toujours heureuse.

Surtout depuis que les créationistes de Stephen Harper sont au pouvoir.

Bon je ne mentionnerai pas tout ce qui me sépare de leur manière de faire rouler le petit hamster dans leur calotte crânienne, j'en ai suffisament parlé sur ce site et je me tombe moi-même sur les nerfs sur le sujet.

Mais la semaine dernière, je n'y peux rien c'est arrivé tout seul comme un gros bouton blanc dans un beau visage, un nouveau projet loufoque du gouvernement Harper est tombé sur la table.

Dans la réinvention du pays, outre l'idée avortée de vouloir écrire une charte des droits du foetus (à l'encontre des droits de la femme), un nouveau projet de réécriture de la définition du mot "convenable" a été suggéré. Ou si vous préféré "d'emploi convenable".

Le gouvernement Harper s’apprête à resserrer les critères qui permettent aux chômeurs de toucher des prestations d’assurance emploi. Il demanderait donc à ceuux-ci de se montrer moins exigeants dans leur quête d’un emploi.

Quelqu'un lit comme moi une définition de l'expression "niveler par le bas"?

Le ministre des Finances, Jim Flaherty, a même crêmé la proposition avec cette stupéfiante déclaration lancée sans rire:
«Il n’y a pas de mauvais emploi. Le seul mauvais travail est de ne pas en avoir un».

Suivant son raisonnement, même si vous avez un baccalauréat en sciences appliquées et une maitrise en linguistique, vous devriez tout de même prendre ce job chez Tim Horton.

Ou si vous préférez une analogie toute autre, si vous n'êtes pas en couple ou en liaision amoureuse avec quiconque depuis un bout de temps, acceptez les avances de n'importe qui. C'est mieux que d'être tout seul.
Je comprends ce qui est derrière tout ça, l'envie de réaliser des économies, mais il y a pire. Derrière ce type de raisonnement il y a cette idée méprisante que certains chômeurs ne sont pas DÉJÀ en train d'accepter des emplois bien en-dessous de la valeur de leur candidature. Faites le tour des chauffeurs de taxi et vous en trouverez de la diplomation.

Les conservateurs croient que la femme n'a pas son mot à dire quand vient le temps de choisir entre avoir un enfant et se faire avorter.
Ils croient aussi que tous les artistes sont des parasites.
Ils sont étouffés par la religion comme cette stupide guerre au sexe livrée encore cette semaine.
Ils croient que le réchauffement climatique est une invention d'alarmistes.
Ils croient maintenant qu'il ne serait pas innaceptable de se faire offrir un boulot moins bien rémunéré, avec des conditions de travail moins avantageuses, ou hors de son champ de compétences.

Un refus face à ses critères (de luxe nous disent les conservateurs) pourrait entraîner une suppression de prestations d'assurance emploi.


Comment ne pas penser qu'on est franchement pas du même pays?

lundi 21 mai 2012

Dessine-Moi Une Révolution

Prévenez vos gendarmes, si vous me pourchassez,
Que je possède une arme, et que je sais tirer.
                                                 -Boris Vian, Le Déserteur

Dans la gestion de dépanneur du gérant Charest, il a envoyé au front sa caissière Bine Longchamps pour faire face aux étudiants dans une crise que son gouvernement n'a jamais comprise.

Avec une condescendance noyée dans le mépris ultime, il a osé prétendre "qu'il a tout fait". Sauf peut-être dialoguer pendant les dix premières semaines du conflit. Sauf assoir aussi, ne serais-ce qu'une seule fois, le chef lui-même à la même table que les leaders étudiants. Mais il vous mentira chaque soir qu'il a tout fait. Et vous les croirez. Car du fond des régions, vous croyez votre télévision.

Quand Bine Longchamps a largué son poste, il s'en est trouvé pour parler de "sacrifiée". Line était une bonne personne, disait-ils/elles. Quel sophisme douteux! L'un n'explique pas l'autre. Être une bonne personne ne fait pas de quelqu'un un bon ministre. Réjean Houle est une perle, un homme adorable. Mais un terrible gérant de club sportif. Bine Lonchamps, dans un moment particulièrement grotesque de très mauvais théâtre, a dit, la gorge nouée, qu'elle croyait ne plus faire partie de la solution. La même madame qui nous as dit pendant deux semaines, la formule ultra-creuse qui ne veut rien dire je suis en mode solution. Plus surréaliste encore est ce moment où elle a semblée atterir de pluton en disant Nous avons demandé aux étudiants si ils avaient encore confiance en leurs élus et la réponse a été: non. Venant d'une femme qui fait partie d'un gouvernement qui obtient un taux de mécontement historique de 70% de la part de la population depuis six mois, c'est inquiétant de voir que ceci lui eût paru comme une révélation. C'est finalement une excellent chose que cette "bonne personne" aille être "bonne" ailleurs.

La loi matraque 78 que fait avaler les Libéraux est lamentable. Rien ne justifiait de suspendre les droits démocratiques fondamentaux de l’ensemble des citoyens québécois, tel le droit de manifester qui sera désormais soumis à des conditions et des contrôles exercés arbitrairement par les corps de police. On laisse aux policiers le bon jugement d'intervenir ou non et on a vu dès le premier soir ce que cela a donné sur la terrasse de la brasserie Au Saint-Bock.

Si la jeunesse n'a pas toujours raison, la société qui la frappe a toujours tort- Francois Mitterand, 1968.

Toujours vrai.
Tiré de la Charte des Droits et Libertés de la Personne du Québec:
Partie 1, Chapître 1, article 3
Toute personne est titulaire des libertés fondamentales telles la liberté de conscience, la liberté de religion, la liberté d'opinion, la liberté d'expression, la liberté de réunion pacifique et la liberté d'association. 

Ce sont ces trois derniers mots, la liberté d'association, que les Libéraux assassinent avec leur loi patibulaire.
Pour les étudiants, cette loi est une « déclaration de guerre ». Pour les groupes sociaux, c’est l’occasion saisie par l’État pour miner des droits fondamentaux.

Toute la semaine dernière j'avais dans ma voiture une feuille de chou que l'on distribue dans les stations de métro. À la une, les quatres visages des suspects d'avoir fait de la fumée dans le Métro: Roxanne Belisle, François Vivier-Gagnon, Vanessa L'Écuyer et Geneviève Vaillancourt. Chaque jour, malgré leurs visages fermés d'accusés, je les trouvaient plus beaux que la veille. Chaque jour je repensais à ceux qui ont envoyé les photos aux médias et je me disais que c'est bien plus que de l'intimidation que j'aurais fait à ces sales délateurs. Il aurait fallu réinventer le mot violence.

La loi matraque confère aux corps policiers des pouvoirs d’encadrement qui effacent, en définitive, la manifestation spontanée. Elle rend l’État omnipuissant, lui conférant des pouvoirs exorbitants qui flirtent avec le déni de droit. Ses imprécisions et son arbitraire pourraient s’étendre à d’autres sphères. L’inquiétude et la méfiance se justifient pleinement.
Il faudra faire un exposé oral de son projet de manif afin de la faire valider par les autorités. Absurde! Il faudra de demander la permission afin de savoir si on a le droit d'être en colère. Il faudra dessiner le parcours pour rendre la tâche des gens qui vont vous coffrer, peut-être simplement parce que vous étiez là, plus facile.

Et vous croyez que c'est le désordre qui est anormal?

Ce que j'aime dans tout ça c'est que le Québec, discute, échange, débat, articule sa pensée.
Plus que le gouvernement ne l'a jamais fait avec ses étudiants.
Ça, peu importe l'issue de ce conflit, c'est très sain.

Ne reste plus qu'à se débarrasser de ce qui l'est moins.

Le Québec pense.
Le feu commence.

dimanche 20 mai 2012

Un Éclat Dans Le Mouvement d'une Étoile

(à Canette)

Elle l'a trouvé beau tout de suite. Grand garçon à la force tranquille.

D'une beauté simple. Sa manière de se placer dans l'espace. De choisir ses mots. De rester posé et serein dans le brasse-camarade. Ils se connaissaient depuis peu mais il l'avait tout de suite appelé Roxy, diminutif de son prénom, Roxanne, liberté qu'elle laissait généralement à ses amis intimes.

Elle s'était surprise à trouver cette attention agréable.

La contestation étudiante battait son plein. Ils avaient pris part ensemble à plusieurs marches contre la hausse des frais de scolarité. Sa faculté à lui était en grève, pas celle de Roxanne. De jour, elle prenait part aux esclandres des étudiants. De loin. Aux côtés de quelques amis. Dont lui. L'ami d'un ami d'une amie. Dès qu'on sentait l'odeur de la matraque, on se poussait. Ça pouvait être des raids de 15 minutes comme ça pouvait être des marches de trois heures. Jamais ils n'avaient été inquiétés par la brutalité policière ou encore par une potentielle arrestation arbitraire. Ça ne semblait que se passer à la télévision ces choses-là. Pour justifier la présence de l'hélicoptère TVA dans le ciel de Montréal.

De jour, elle était figurante dans les manifestations avec lui (comme Jean Charest les voudrait figurants dans leurs vies à eux) et en soirée, elle poursuivait ses études, en criminologie. Sa faculté avait voté contre la grève et elle s'en réjouissait car ceci ne retarderait pas son parcours scolaire. De plus, son emploi au Camp de Vacances Boute en Train en juillet ne serait pas affecté par la suspension des cours. Tout allait bien pour Roxy.

Sauf en amour.

Jeune fille simple. Jolie, d'une beauté simple elle aussi. Qui créait un impact visuel aux formes enviables dans un groupe.
Bien que timide, elle savait faire sentir sa présence. Par contre la vie à deux ne semblait pas s'imposer dans sa vie.
Lui, sans attaches amoureuses apparentes, lui avait dit qu'elle lui faisait penser à Scarlet Johansson. Il y a pire comme comparaison. Elle avait rougi. Convaincue que ceci voulait dire qu'il la trouvait belle et désirable. Ensemble, ils avaient beaucoup parlé de participer à la marche des étudiant nus. Ils en avait parlé pendant deux jours pour mieux se trouver des excuses pour ne pas y être au bout du compte. La pudeur de part et d'autre.

Il semblait d'ailleurs quelques fois plus réservé qu'elle, presque plus timide. Avec les gars, il était dynamique, enjoué, verbomoteur, comique mais avec elle, il semblait intimidé. Quand il riait, il s'obligeait à freiner son rire rapidement. Comme si rire était un luxe qu'il ne pouvait pas se permettre en sa présence. Elle lui avait dit quelques fois qu'elle le trouvait drôle. Dernièrement elle lui avait aussi dit qu'elle le trouvait très drôle. Toutes les fois cela voulait plutôt dire qu'elle voulait bien de lui dans sa vie. Pas juste dans la rue à ses côtés. Ailleurs aussi, peut-être, si il le voulait bien. Rire avec lui. Plus souvent. Mais il semblait sur ses gardes. Sur la défensive.
Fragilisé par un amour déçu du passé?
D'une autre allégeance sexuelle?
Incertain de commettre les bons gestes autour d'elle?

Roxy ne le savait pas.
Mais elle avait envie de lui crier : "C'EST CORRECT, TU FAIS TOUT CE QU'IL FAUT' TU ME PLAIS"
Mais en même temps, étais-ce possible qu'elle ne lui plaise pas à lui? Elle avait multiplié les efforts dernièrement pour se présenter de manière toujours impeccable en sa compagnie. Elle avait remarqué qu'il la regardait différemment. Les yeux vers sa poitrine quand elle portait un gilet moulant. Les yeux sur ses cuisses quand elle portait des shorts ou une jupe. Elle se sentait désirée de sa part et elle aimait ça. Mais quand le groupe d'amis se retirait, il avait toujours autre chose pour s'occcuper.

Jusqu'à ce soir là, quand les libéraux ont suspendu la session, où il a simplement dit sagement "Moi je rentre chez nous à pied, je suis trop fatigué pour vous suivre". Roxy avait sauté sur l'occasion et sans même réfléchir lui avait dit "je vais marcher avec toi". Pour lui tout cessait, pour elle ça devait durer. Des amis avaient tout de suite compris où ça pouvait mener tout ça. Et dans l'appartement aux murs jaunis par la cigarette du jeune homme ils avaient collés leurs peaux l'une contre l'autre.

Dans des ébats que seule la passion et le désir savaient traduire.
Roxy était ravie.

Le lendemain matin on était déjà passé à un nouveau chapître. Il était distant. Rieur mais en complicité avec ses deux co-locs. Deux amis beaucoup plus dominants que lui. Il avait l'air d'un petit animal bléssé au bout de la table.

Roxy avait été la dernière à se lever. Elle se sentait vulnérable en compagnie de ses trois loups dans la petite cuisine. Ils avaient été gentils avec elle, lui avait fait à déjeuner, avaient voulu en savoir plus sur sa personne, lui avait parler du conflit étudiants. Rapidement le sujet du conflit étudiant allait prendre toute la place et Roxy remarquerait que ses deux co-locs étaient plutôt en faveur de la hausse des frais de scolarité. Que son amant était seul avec elle sur cette position anti-hausse de frais de scolarité.
Ça aussi ça la rendait heureuse. Ils étaient en quelque sorte à nouveaux unis, rassemblés, branchés l'un sur l'autre. Cela expliquait surement aussi pourquoi il paraissait gêné au bout de la table. Sa soeur d'armes qui apparait autour d'une table où se trouvent deux déserteur d'une guerre contre laquelle ils s'inscrivent en faux. Roxy s'est vite trouvé une excuse pour quitter les lieux. En lui faisant dire "on se revoit bientôt". Il ne l'avait pas embrassé par exemple.

Par pudeur devant ses co-locs peut-être.
Peut-être aussi parce que... cette aventure... n'aurait pas de lendemain?

Elle ne lui as pas demandé. Elle a cherché la réponse à la question qu'elle ne posait pas dans les yeux de son amant mais n'avait rien trouvé d'autre que le reflet d'une étoile. Une étoile peut-être simplement logée dans son regard à elle.

Ou un éclat dans le mouvement d'une étoile
qui va mourir au petit jour
Aux aurores boréales.