mardi 22 avril 2025

John Waters

Fils de manufacturier d'équipement de protection et d'une mère canadienne, il grandit dans une famille de 6 à Baltimore, où adolescent, il se lie d'amitié avec un coiffeur pour femmes, Glenn Millstead, qui deviendra Divine, à ses côtés, incarnant les rôles de femmes dans les premiers films de Waters, et joignant sa troupe de comédiens, les Dreamlanders. On fait du théâtre, des courts-métrages, on créé ensemble, on s'amuse.

Dans la jeune vingtaine, il s'installe dans une maison qui devient vite un repaire de création où y traineront ceux qu'on appellera à Baltimore "The dreamland lot". Un film de 1953 avait inspiré le jeune John Waters de 7 ans qui lui donne envie des faire des spectacles de marionnettes. Il fera des spectacles de marionnettes dans les anniversaires, mais des versions si violentes, que ça ne pourra pas être  pour des enfants, des adultes avisés seulement. Pré-ado, il se rendait autour du ciné-parc de Baltimore pour y voir, à distance, avec des jumelles, le films, sans les payer. Tout en se donnant envie de vivre du métier. À 8 ans, il avait été fortement marqué par le meurtre irrésolu d'une jeune fille de 14 ans de son quartier. Il s'en inspirera pour un de ses films. Waters est aussi fortement influencé par le phénomène des blousons noirs, des années 50. 

Avant sa majorité, il fréquente illégalement le Marick's restaurant qui est aussi un bar-spectacle. Plusieurs de ses futurs collaborateurs y seront rencontrés. Expulsé de son dortoir universitaire de New York en 1966 car il fumait de la marijuana avec des amis, il revient à Baltimore où il y tourne encore quelques courts-métrages et bientôt, son premier film. Ce premier film fera parler de lui car souvent jugé de mauvais goût. Waters le regrettera de plusieurs manières. Trouvant qu'il aurait dû n'en faire qu'un court-métrage, mais aussi, négligeant de payer les droits sur la musique utilisée dans le film ce qui fera qu'il ne fera vraiment pas un sou, et lui coûtera même extraordinairement cher. Le film n'est plus distribué pour les mêmes raisons, le droits des chansons connues ne le permettant pas. C'est plus d'un million que ça coûterait, juste en musique. 

Homosexuel, il est d'emblée marginalisé. Mettant en vedette Divine, travesti efféminée, il le sera davantage. Le titre du premier film, devenu objet rare de collection, est inspiré d'un des films préféré de Waters, un film de Russ Meyer, Mondo Topless. Le film est tourné avec 2100$.

Son film suivant sera son premier film "parlant", une autre comédie noire à l'univers underground explorant le fétichisme et les freaks shows. Film indépendant tourné avec la plupart des mêmes gens, Waters s'inspire directement d'un film d'Hershell Gordon Lewis de 1964. Il s'inspire aussi du cinéaste indépendant Jack Smith, de Salvador Dali, et d'une carte postale de Provincetown montrant un homard consommant du LSD et du cannabis. Il y a cannibalisme, sexualité avec des objets, agressions sexuelles, ce n'est pas pour tout le monde. Mais tourné pour 5000 dollars, il en rapporte tout de même plus de 33 000. 

 En 1972, sa trilogie "trash" débute avec Pink Flamingos, film qui fait grosse controverse car Divine y mange des étrons humains. 1972 est une année de frontières brisées. On exposes les manières de la Mafia dans The Godfather, cette même mafia prendra le contrôle des recettes du très payant premier film pornographique où le personnage de madame prends plaisir à ce qu'elle fait sur grand écran, et un extra terrestre/vampire arrive au Québec, moi. Le film de Waters est jugé révoltant. Il est ravi.

Deux ans plus tard, il tourne la seconde partie de sa trilogie et trois ans après, la fin de celle-ci où la ligne "un exercice de mauvais goût" est la ligne directrice. Ce ne sera jamais distribué complètement partout. Ça finira par agacer Waters qui privilégie la voie commerciale plutôt que le cinéma indépendant dans les années 80. Il commence avec une comédie dans le style de Douglas Sirk où il ne sera pas aussi opérateur-caméra pour la première fois, et où on parle d'avortement, de fétichisme du pied, d'adultère, d'alcoolisme, de stéréotypes raciaux, de divorce et d'extrême droite religieuse. Debbie Harrie de Blondie et Micheal Kamen sont responsables de la musique. Le film ne coûte que 300 000$ à tourner mais rapporte plus d'un million.

Hairspray sera un tel succès qu'il sera adapté en plus gros succès encore comme comédie musicale pour Broadway. De 1989 à nos jours. Sonny Bono, Ruth Brown, Divine, Debbie Harry, Ric Ocasek, Ricki Lake, Jerry Stiller et Pia Zadora joue dans le film qui rapportera 8.3 millions après en avoir coûté tout juste 2,7. 

Voulant exorciser le meurtre de cette adolescente de 14 ans, dans sa jeunesse, il s'en inspire pour un film, en 1990, avec Johnny Depp, Amy Locane, Susan Tyrell, Iggy Pop, Ricki Lake, Polly Bergen et Traci Lords. Quand celle-ci s'inquiète parce que lors du tournage, elle est menacée d'être arrêtée par la police pour grossière indécence lors d'une séquence (elle est issue de la pornographie et tourne nue dans des espaces publics avec Waters). Toute l'équipe la rassure, pratiquement tout le monde a été arrêté au moins une fois avec Waters. 

Mais Cry-Baby est un extraordinaire échec. Coûtant entre 8 et 12 millions il ne fera jamais ses frais. Sera tout de même aussi adapté, sur Broadway. 

 Ça ne l'empêchera pas d'aller chercher un autre 13 millions pour tourner avec Kathleen Turner, Sam Waterson, Ricki Lake et Suzanne Somers dans une comédie noire qui ne fera pas non plus ses frais, en 1994. 

On redevient donc indépendant pour Pecker, avec Edward Furlong et Christina Ricci. L'action, même si on lui conseille de déplacer celle-ci tout le temps, se déroule toujours, à Baltimore. Je vois la comédie noire Cecil B.Demented au Festival des Films du monde de 2000. Ce film de kidnapping inspiré de Patti Hearst, qui avait tourné avec Waters par le passé, et qui y fera un caméo, met en vedette, entre autres, Mélanie Griffith, Stephen Dorff, Alicia Witt et un jeune Micheal Shannon. 

En 2004, il tourne avec 15 millions une catastrophe de recettes qui rapportera 15 fois moins. La même année, il joue un premier rôle qui ne soit pas une voix ou un caméo dans le premier film, un film d'horreur, de Don Mancini. 

Il devient animateur de 'Til Death Do us Part, sur Court TV. Il devait tourner un film de noël avec Johnny Knoxville et Parker Posey mais le financement devient presqu'impossible autour de ses projets et on place sur les tablettes de l'oubli.

Il a voulu adapter sa propre nouvelle Liarmouth, en 2022, mais pour les mêmes raisons, le projet sera abandonné.

Il sera baptisé le roi du trash.

John Waters a aujourd'hui, 79 ans. 

lundi 21 avril 2025

Train du Lendemain

C'était Noël à Bucarest. Le 21 décembre, en fait. Le dictateur de Roumanie Nicolae Caucescu faisait un discours en extérieur sans réaliser que ceux et celles à qui ils s'adressaient étaient en train de non pas célébrer ses propos, mais en train de rugir si fort qu'il allait être renversé par le peuple. Un coup de fusil dans la foule avait fait paniquer tout le monde qui soudainement avait cru en une attaque terroriste. Mais le vrai terroriste, c'était Caucescu qui, dans les années 80, avait copié les manières communistes de la Corée du Nord en enrichissant ses biens personnels tout en coupant les besoins essentiels au peuple qu'il gardait terrorisé par des (alors) rumeurs de disparitions ou de mort si dissidence, même soupçonnée.  Rumeurs confirmées faits quelques années plus tard. 

Le coup de fusil dans la foule, c'était son ministre de la défense qui s'était suicidé d'une balle dans la tête. Avant de le comprendre, l'armée avait eu le temps de penser que c'était Caucescu qui la faisait assassiner et elle se revirait contre lui. Le mouvement de révolte de la foule, c'était la tempête parfaite pour mettre fin au régime qui privait le peuple d'aliments, de chauffage et d'électricité face à eux qui vivaient dans des palais toujours plus luxueux depuis trop longtemps. 4 jours plus tard, le couple Caucescu était exécuté après un rapide tribunal de 55 minutes, identique aux tribunaux express que Caucescu faisait aux dissidents qu'il extreminait. Le 7 janvier suivant, on interdisait la peine de mort au pays maintenant libéré de sa tyrannie.

C'était formidable pour les Roumains. Dont le peuple s'était vraiment pris en main. 

Ça restait hanté pour nous ces images de Caucescu prendre conscience, en direct, que son discours change de ton. Quand il réalise que la foule ne l'acclame pas et que plutôt ça hurle contre lui, il improvise une augmentation de salaire pour tout le monde dès le 1er janvier 1990 pour faire reculer le tsunami de contestation. Mais renaissait une nation. Il était trop tard. 

Le regard de Caucescu prenant conscience de ce qui se passe, m'est toujours resté hanté en tête.

Comme les images d'Hilary Clinton , avec ses proches dans un avion, qui s'amusait à faire un vidéo "défi mannequin", une tendance de 2016, la veille de l'élection, pour faire voter le peuple, une élection dont les sondages la déclarait facile gagnante. L'issue, on le sait, serait contraire. C'est aussi hanté parce qu'on a jamais vu venir le train du lendemain. 

J'ai revisité mentalement ces deux moments de "renversement d'impression ", de complaisances fatales, la semaine dernière quand j'ai repensé au Premier Minus Québécois François Legault que j'avais vu assister au match de mercredi des Canadiens de Montréal au Centre Bell, à la télévision. C'était un grand soir, ce match. C'était celui qu'il fallait gagner absolument pour accéder aux séries éliminatoires qui ont débuté ce week-end dans la LNH. Quand je l'ai vu dans la foule j'ai pensé tout de suite que ça nous porterait malchance. J'ai spontanément dit "Ah non !". Mais Montréal a gagné. 

Dans son premier mandat comme Premier Ministre de la province, j'étais des 7 sur 10 qui n'avaient pas voté pour lui. Mais je ne peux pas dire que j'étais entièrement contre les idées et projets de son parti par la suite. Une pandémie dans les jambes, on s'en est quand même assez bien sorti.  Ne serais-ce que pour départager les idiots, des gens sains. 

Je suis quand même des 6 sur 10 qui n'ont pas davantage voté pour lui pour le second mandat. Qui est une catastrophe. Je ne me rappelle pas avoir été d'accord une seule fois avec ses décisions, souvent empreintes d'une condescendance boomer et teintée d'une certaine arrogance affairiste, depuis. Chaque mois m'amène un nouveau membre de son parti que je n'arrive pas à respecter. Fitzgibbons, Jolin-Barrette, Guilbault, Girard, Caire, sans parler de Kilmangedugâteau Duranceau. Prénom qui dit tout, déjà. Wach ! j'ai hâte à la débarque!

Elle est peut-être arrivée la semaine passée.

Ce gouvernement qui se présente comme un gouvernement d'hommes d'affaires et de comptables, a vu l'agence de notation financière Standard & Poor's décoter la cote de crédit du Québec, la faisant passer de AA- à A+. Ce que personne n'a vu venir.

Alors qu'on annonce des milliards pour un 3e lien pas encore finement pensé, mais qui aiderait à faire voter, qu'on projette des emprunts importants à placer en électricité et un autre emprunt de près de 70 milliards sur deux ans pour toute sortes de choses. N'entendiez vous pas la sirène du train, les comptables ?

Depuis, je ne cesse de revoir Legault, diverti par Youpi dans la foule, semblant au dessus de ses affaires. 

Qui allait dès le lendemain matin s'étouffer dans son café. 

Bouleversé. 

dimanche 20 avril 2025

Zappa 10X

(à P.C. qui a 53 ans aujourd'hui, je t'envoie my dirty love)

 "Dans chaque ville, il y a ce moineau dont les gens se moquent un peu, que d'autres admirent peut-être en secret, qui pourrait s'intéresser à ce qu'on fait comme musique. Ça nous suffit"

C'est Frank Zappa en 1967. Présentant le premier album du band et de ses "mères de l'invention". Marginal est un terme trop simple pour parler de Zappa qui était très souvent en avance sur son temps. À la lumière de son investissement musical sur quelques 30 ans, il ne fait aucun doute qu'il était absolu passionné de musique. Et l'audace lui sortait par tous les poils de sa moustache. 

Son oeuvre est si riche que si on demandait à 10 fans de Frank, les 10 meilleurs albums de Zappa, on aurait probablement 10 listes de 10 disques complètement différents. Voici, humblement la mienne.

Pour cerner la bête, l'hyène. 

The Yellow Shark  (with the Ensemble Modern)

L'année de sa mort, 1993, Frank nous a laissé un dernier témoignage de son rapport amour/haine pour la musique classique. Il avait toujours voulu être considéré comme un grand compositeur, tout en trouvant ridicule tout le cérémonial autour de la musique classique qu'il trouvait pompeux. Francesco Zappa, son pseudo baroque, fait appel au chef d'orchestre de Francfort et son ensemble moderne. Il y revisite ses propres morceaux du passé comprenant des titres toujours amusants dans de la musique "sérieuse" comme Pound For a Brown ou Dog Breathe Variations.  

Uncle Meat

Trame sonore d'un film ("dont on a pas l'argent pour finir" dira Frank) on a voulu axer sur le talent instrumental de tous et chacun. L'album est riche en intéressant riffs. On est en 1969, et l'oncle Meat kidnappe un groupe de musique qu'il drogue afin de les utiliser pour conquérir le monde et le dominer malicieusement. Critique voilée de ce qu'il percevait de Richard Nixon, mais qui pourrait s'appliquer au président orange de nos jours. Viande avariée, celle-là.

We're Only In It For The Money

La pochette est une parodie de celle de Sgt.Pepper's Lonely Heart Club Band. On est en 1967. Année de parution du classique des Beatles. Frank et sa gang se moquent des politiques de la gauche autant que de celles de la droite, des excès des deux côtés, et rend hommage au doo-wop qui l'a charmé dans les années 50. Aussi drôle que touchant. A été sélectionné à la librairie du Congrès des États parce que culturellement, esthétiquement et historiquement pertinent. Pyschédélique, expérimental et rock. Tiré de 4 albums dans son projet No Commercial Potential. Ce qui ne plaisait pas à la maison de disque que devait les vendre. 

Joe's Garage acts I, II & III

Narré par un scrutateur central, agent d'un gouvernement dont le travail est de renforcer des lois qui ne sont pas encore passées, ce triple album concept comprend sa part de scandales volontaires en commençant pas le visage noir de la pochette et suivi d'un trio de morceaux sexistes qui ne feront pas oublier un de ses plus beaux morceaux à vie. Un instrumental immortel. 1979.

Over-Nite Sensation

12e album de la joyeuse équipée, nous sommes en 1973, et le contenu est sexuellement extrême. Certains diront même puériles. Musicalement meilleur que les paroles, on propose des guitares électriques tordues, du violon baryton et des couches de sons qui rendent hommage aux Mothers of Invention des années 60 autant qu'aux avenues musicales des jeunes années 70. Mais les textes peuvent distraire.

Lumpy Gravy

En 1968, FZ, qui avait cité le compositeur Edgard Varèse sur son premier album, choisit d'offrir deux mouvements musicaux de plus de 15 minutes chacun, collage de rock déconstruit pouvant glisser dans des sons de jouets pour enfants. Ça restera son album favori, le 4e dans l'oeuvre entière de Zappa. Aussi avant-garde que rock & jazz.

Sheik Yerbouti

Album qui a fait des vagues en 1979, avec de l'homophobie discutable, de la parodie disco, de Peter Frampton et de Dylan, et du stéréotype juif. Frank savait faire parler de lui. La plupart des morceaux seront bannis des ondes, même si c'est probablement son album le plus musicalement accessible. 

One Size Fits All

Rare succès populaire, en 1975, funky et anticapitaliste, hard rock et même soul. George Duke est à la voix et aux claviers pour certains morceaux aux saveurs germaniques. Socio-politiquement satisfaisant considérant que dans les palmarès des ventes, l'album a atteint le 10e rang. Musicalement cohésif.

Hot Rats

Jazz & R & B, avec Sugarcane Harris, le batteur de Wes Montgomery et le violoniste Jean-Luc Ponty, 6 morceaux jazz rock fusion en avance sur leur époque (1969) qui mettent aussi en vedette Captain Beefheart, psychosexuel. Miss Christine des GTO's est sur la splendide pochette.

Freak Out!

Le premier effort, la racine. 1966. Psychédélisme, doo-wop, blues, garage rock, chimie de cimetière, éthique de fonce-partout, insurrection pop, jam d'improvisation, soul; Tom Wilson, qui a produit, ne se doutait pas qu'il offrait au monde musical un étrange animal. 

Comme chez tous les excessifs, il y a du matériel à éviter. Je vous aide:

Francesco Zappa en 1984. The Man From Utopia, un an avant. The Boots, 8 disques de 1991. 

Mais la série You Can't Do That on Stage Anymore vaut peut-être le détour. 

samedi 19 avril 2025

Renardes

Shirley Manson. 

À 23 ans, j'était très amoureux d'elle. Elle en avait 29. Ma #1 crush.

Je l'étais déjà quelques années avant. Alors qu'elle était au sein de la formation écossaise Goodbye Mr MacKenzie. Band que mes ami(e)s et moi aimions bien, lorsque découvert au CEGEP grâce aux recommandations de Claude Rajotte sur les ondes de (feu) Musique Plus. 

Et avec le temps, cet amour pour elle s'est bonifié. 

Sur les réseaux sociaux, je suis abonné au compte de la formation Garbage, dont elle est chanteuse, et d'après les interventions que je lis, j'ai la très nette impression que c'est Shirley qui intervient chaque fois. C'est souvent très axé sur la présence des femmes dans l'espace public, le respect de leur dignité et la défense des fières Femmes de cette terre injuste. Je l'ai vue sur scène au FEQ, en "première partie" de Lorde, un spectacle qui présentait aussi Cindy Lauper, dans une merveilleuse soirée d'été. C'était en 2022. 

J'étais toujours amoureux.

Manson est beaucoup plus jeune que ses acolytes de Garbage. Dont la star modeste est aussi Butch Vig, qui avait produit l'historique album Nevermind de Nirvana. Au milieu des années 90, elle ne prenait pas complètement conscience de tout ce qu'elle dégageait et représentait sur scène. C'était les années Alanis, Liz, Shania, Fiona, Jewel, PJSara, Sheryl, Celine, Janet, Madonna, Gwen, Courtney. Toutes des femmes qui avaient, comme elle, de la gueule. Elle était affamée et distraite ne portant pas complètement attention à la micro misogynie de l'époque. Elle n'était trop souvent uniquement perçue sexuellement. Par les femmes comme par les hommes. 

C'était une époque où les chanteuses étaient libérées, agressives, grandes gueules, opiniâtres, politiques, renardes, belles pour tout ça. Puissantes et influentes. Souvent, et encore maintenant, présentées par le prisme de l'hypersexualité. If you can't sell the music, sell the body. C'est encore très vivant cette connerie.

Shirley a jonglé difficilement avec tout ça. Le passage du temps restant toujours brutal avec les Femmes. Vision brutalisée par le regard des hommes, mais aussi par celui des femmes, trop souvent. C'est l'équilibre de tout ça qui lui a fait vivre une période sombre et déprimante, écrasante et sans âme, mais aussi en quelque sorte, formidable. Heureuse seulement quand il pleut

Maintenant que les Femmes ont beaucoup d'attention, est-ce vraiment sain de vouloir les étouffer ? 

Jamais Shirley ne s'est sentie complètement enracinée. Même dans son band. Beaucoup plus jeune, Écossaise parmi les Étatsuniens, Femme. En Angleterre, Garbage n'était pas assez British, en Écosse, le band n'était pas assez Écossais. Et quand ils ont repris les tournées, dans les années 2000, elle est tombée de la scène se blessant à la hanche, qui, le temps de guérir, a aussi endommagée l'autre hanche, forçant l'opération. Ce qui l'a encore gardée à distance des 3 autres qui faisaient renaître Garbage. Leur envoyant leur musique, sur laquelle elle mettait du sien.

À distance.

De voir les incels et immatures attaquer Taylor Swift, de nos jours, Manson voulait se réimposer parmi les renardes du jour. 

J'ai les 3 premiers albums de Garbage. Que j'aime de manière inégale. Garbage mérite un 10 sur 10. Version 2.0. mérite un 4 sur 10 selon moi, Et humblement, Beautiful Garbage mérite un 6. Je n'ai pas trouvé tant d'intérêt pour les 4 suivants entre 2012 et 2021. 

Sur ma liste de lecture du band j'ai 9 morceaux du premier album. 4 du second. 6 du troisième. Seulement 2 morceaux d'ailleurs.

Le premier album de Garbage, qui est un chef d'oeuvre pour mon oreille, a 30 ans cette année. 

Le 30 mai prochain, Garbage lancera son 8e album.  J'écouterai. Car je suis toujours amoureux d'elle.

À distance.  

Les artistes musicales féminines de nos jours doivent beaucoup aux renardes des années 90. Il faut continuer à les suivre.

De près.

Le monde n'est pas suffisant sans elle. 

Sans elles

Je vous parlais de femmes qu'on veut peu entendre hier parce que débranchées des citoyen(ne)s moyen(ne)s.

Aujourd'hui je vous parles de voix qui devraient mieux porter.  

vendredi 18 avril 2025

Un Bond Par Derrière Pour La Femme

"So confortable we're living in a bubble, bubble, so confortable, we don't see the troubles troubles..."

-S.F./S.M./M.M./K.P. 

Lundi dernier, l'entreprise de développement spatial de Jeff Bezos a envoyé 6 femmes dans l'espace à bord d'un nouveau vaisseau à lui, dans une mission qui se voulait historique puisque c'était la première fois qu'on y envoyait une équipe composée entièrement de femmes. 

La (alors) Soviétique Valentina Tereshkova, à 26 ans, en 1963, avait été la première femme à être envoyée en mission orbitale spatiale à bord de Vostok 6, le 16 juin. Elle avait fait le tour de la terre 48 fois sur 3 jours dans l'espace. Elle reste la plus jeune femme à avoir opéré une telle mission.

On voulait faire du vol de lundi quelque chose de mémorable pour les Femmes des États-Unis. Une sorte de moment de fierté féminine. Un geste qui devait vous faire dire "Believe in your dreams, Girls!". Un effort féministe.

L'évènement a eu un large effet contraire.

Lauren Sanchez, Amanda Nguyen, Katy Perry, Gayle King, Aisha Bowe et Kerriane Flynn ont fait pleurer Oprah Winfrey de fierté dans le pays incendié que sont devenus les États-Désunis. Le décollage a eu lieu à Van Horn, au Texas. 

Depuis 2022, il est interdit de se faire avorter au Texas. Et comme si ce n'était pas déjà arriéré mental, en cas de viol ou d'inceste, c'est aussi interdit pour madame de se faire avorter. Il n'y a aucune chance sur terre, tant que ce type de loi y existe, que la Femme ne soit respectée au Texas. Se rendre dans l'espace à partir de là, j'espère que c'est pour faire du repérage afin d'y trouver une meilleure planète pour les Femmes des États-Unis. Ne pas vouloir de l'enfant de son beau-père, transformé en crime est d'une barbarie qui sera étudiée dans le futur. Les hommes des États-Unis ne peuvent pas régresser davantage à l'égard des Femmes qu'en souhaitant ainsi contrôler leurs corps et leurs décisions ainsi.

Mais revenons à ces riches mesdames de l'espace. Lauren Sanchez est à l'origine du projet. Quand son amoureux Bezos a fait lui-même ce type de voyage, il lui avait alors demandé."Et toi? tu irais aussi ?" et elle avait répondu "Assurément, oui!". Et en y réfléchissant davantage, elle avait soulevé l'idée que ce soit plusieurs femmes qui le fassent avec elle. Ce qu'on avait trouvé intéressant. Mais surtout une belle publicité pour les affaires de Bezos. Qui pen$e Toujour$ tonne$ de Pe$o$. 

Sanchez a recruté la journaliste Gayle King, grande amie d'Oprah Winfrey, qui a défendu les critiques concernant ce qu'elles faisaient ce jour là, assez extraordinairement gauchement. Elle a dit qu'elle était blessée des remontrances de type "fantasme de bourgeois" alors que la mission première de ce développement de Bezos, était de prendre les déchets terrestres et de leur trouver un possible lieu de rejet, peut-être spatial. Elle ne réalisait pas que ses propos pouvaient aussi faire échos à tous ceux et celles qui trouvent que ces gens riches qui gravitent autour du nouveau pouvoir gouvernemental sont les véritables déchets terrestres. 

On a pas le droit de mépriser les portefeuilles de King ou de Winfrey, pas même celle de Bezos. Ce serait de la vilaine jalousie malsaine. Ils et elles ont travaillé pour se mériter leurs richesses. Mais ce qu'ils font avec leurs fortunes, on peut le décrier sur toutes les tribunes. Les millions, peut-être les milliards autour de ce carnaval spatial deviennent grotesques quand on pense aux millions, voire les milliards, légués par MacKenzie Scott au oeuvres de charité. L'ex-épouse de Jeff Bezos, qui ne sent pas le besoin de faire un show de boucane pour le faire. 

Amanda Nguyen était la plus légitime des voyageuses étant elle même recherchiste scientifique en bio astronautique , fondatrice de l'organisme Rise qui vient en aide aux victimes d'agressions sexuelles, militante des droits humains et même en lice pour le Prix Nobel de la Paix, en 2019. Elle avait le notions et les connaissances spatiales afin de bien guider les néophytes qu'étaient les autres.

Aishe Bowe est aussi ingénieure aérospatiale qui assistait Nguyen dans toutes ses démarches, elle devient la première jeune femme des États-Unis originaire des Bahamas à voguer dans l'espace. 

Elle est femme d'affaires importante dans la technologie. 

Kerianne Flynn est productrice de films indépendants, ancienne star des ressources humaines dans le domaine de la mode, on lui doit la production/co-production de films traitant de sujets très humains, les inégalités et injustices. 

Katy Perry est chanteuse et le lien populaire afin d'attirer l'attention sur la lancée de la fusée en orbite. Elle a vendu plus de 213 millions d'albums dans le monde depuis 24 ans. Elle est déjà lunaire sur terre, parce que souvent chevreuil face à la lumière, parmi les étoiles. Il n'était donc pas si surprenant de la voir trempée dans une mise en scène plus ou moins gauche,

La très bonne chose, c'est de nous faire découvrir ces femmes. Oui, ça se doit d'inspirer. Arriver à un tel niveau d'indépendance financière qui leur permettait de payer autour de 200 000$ pour cette mauvaise empreinte écologique de lundi dernier.

Difficile de cacher ma position face à ce qui s'est passé lundi dernier.

Commencez par ramener la dignité dans les États qui criminalisent l'avortement. 

Ce qui s'est passé lundi, c'était la parade des multimillionnaires qu'on a vu sur scène le jour de l'inauguration du président clown en janvier, dernier. 

Mais au féminin.

Un écart toujours plus creux entre privilégiées et citoyens moyens. 

Ça se digérait moyen. 

Surtout quand au même moment, des femmes de la NASA perdaient leurs emplois, parce que c'étaient des femmes, parfois racisées. 

Pendant qu'elle faisaient des pets dans les bulles et trouvaient ça rigolo. 

Les États-Unis saignent encore, du Sud au Nord. 

Qu'on ne voit jamais clairement de l'espace. 

jeudi 17 avril 2025

Blonde & Idiote Bassesse Inoubliable*******Mellon Collie & The Infinite Sadness des Smashing Pumpkins

Chaque mois, vers le milieu, tout comme je le fais pour le cinéma (dans ses 10 premiers jours) et tout comme je le fais pour la littérature (dans ses 10 derniers) je vous parles de l'une de mes 3 immenses passions: La musique.

Le titre de la chronique est inspiré de 4 albums que j'ai tant écouté dans ma vie que j'en connais toutes les paroles, tous les airs, toutes les nuances, tous les sons et tous les tons, toutes les nuances, bref, cette musique est désormais ADN de mon sang.

Par ordre de création:

Blonde On Blonde de Bob Dylan

The Idiot d'Iggy Pop

Low de David Bowie

The Unforgettable Fire de U2

B.I.B.I. c'est moi, c'est aussi la terminaison du mot habibi lié en arabe à la phrase Je t'aime.

Musique, je t'aime.

MELLON COLLIE & THE INFINITE SADNESS des Smashing Pumpkins. 

Billy Corgan, James Iha et D'Arcy Wretzky et Jimmy Chamberlin avaient souffert lors de l'enregistrement du second album du band de Corgan. Car Billy était réel capitaine de bateau, distribuant les ordres et les directions. Ce qui agaçait les 3 autres. Mais l'album avait été un excellent vendeur. Plus de 6 millions de fois. Ça avait mené à une tournée de plus 13 mois. Où la créativité de Corgan avait été surstimulée. Écrivant pas moins de 57 chansons prêtes à être retravaillées, on vise faire une sorte de "The Wall" pour les jeunes entre 14 et 24 ans. Ou pour la génération X (It's not). L'ambition ne manque pas à Corgan. Mais cette fois, on choisit de ne pas travailler avec Butch Vig, qui a produit Nirvana, Sonic Youth et les deux premiers albums du band de Chicago. 

On veut le son différent, hard, varié. alt rock, une palette riche comme le double album blanc des Beatles de 1968. On vise haut. Corgan veut éliminer les tensions de l'enregistrement du dernier effort où on pouvait attendre des heures et des heures pour les différentes couches de guitares, pendant que 2 ou 3 ne travaillaient tout simplement pas. On choisit la co-production de Flood, qui a travaillé avec New Order, Cabaret Voltaire, Nick Cave & The Bad Seeds, Depeche Mode, U2, Nine Inch Nails, PJ Harvey. Ce mélange des genres les charme. L'autre co-producteur est Alan Moulder, qui a bossé avec The Jesus & Mary Chain, Nine Inch Nails et My Bloody Valentine, dont cetalbum en hyperlien un de mes albums préférés à vie. 

Flood change tout de suite la manière de travailler en isolant Corgan de Iha & Wretzky. Chacun développant de son côté. En tournée, on s'est resserré, mais quand même dans une certaine adversité, et cette nouvelle manière de travailler rend Iha et Wretzky plus créatifs. Bien qu'au final, deux morceaux seulement auront la signature de Iha. On axe beaucoup sur la guitare qu'on veut parfois grunge, parfois simplement métal. On fait affaire avec une section de violon tirée d'un orchestre. On utilise des boucle cycliques de batterie, et même des salières et des ciseaux

Sur un des morceaux, on enregistre la piste de guitare une seule fois. Sur une autre piste, on fait le contraire. Ce seront 70 couches de sons de guitare qui seront superposées. On ne refuse pas de sonner garage punk. On utilise Pro Tools pour faire des collages de plusieurs enregistrement glanés en cours de tournée. Corgan joue a s'en faire saigner les doigts. Iha & Corgan se partagent les élans en solo de guitare. Sur la pièce qui ferme l'album double, qui contiendra 28 chansons au final, les 4 membres du band chantent. On fait même un peu prog et presque pop

C'est un collage d'oeuvres de Raphaël et de Jean-Baptiste Greuze qui composera un des personnages de la pochette. C'est un travail aussi pointilleux qu'obsédé par les sons métalliques des années 90, torturé, alternarock. On sent le groupe à la conquête de quelques chose. Offrant même un peu de nostalgie et d'échos de ce band nouveau d'Abingdon, en Angleterre. On ne voulait pas de concept autre que d'avoir un côté nuit et un côté jour. Mais comme c'est un album double. On aura le côté aube à crépuscule, le côté de la brunante à l'orée du jour, et les côtés heure du thé et minuit, lumière d'étoiles. Le titre est une référence à la peine humaine qui était le thème récurrent des textes de Corgan.  Qui reste audacieux de choisir un morceau instrumental doux au piano en ouverture et un refrain scandant Love is suicide

Pas moins de 5 singles seront tirés de ce disque qui raflera 7 Grammys. L'album sera #1 au Canada, États-Unis, Nouvelle-Zélande, Suède et en Australie

Pour amateurs de grunge, rock alternatif. garage rock, heavy metal, pop, rock indépendant, punk. 

L'album double a cette année 30 ans.

Et comme trop souvent après un album double, jamais plus le band ne sera aussi personnellement intéressant. Du moins, pour moi.